Une pandémie, des ruptures, des déménagements et une multitude de spectacles plus tard, les membres de la formation montréalaise comment debord sont de retour ce vendredi pour nous raconter leur vécu des trois dernières années avec monde autour, un deuxième album aux airs folk, funk et disco. Au Café Pista dans Rosemont, PAN M 360 a rencontré trois maillons du groupe, Rémi Gauvin, Karolane Carbonneau et Étienne Dextraze-Monast afin de discuter de leur processus créatif, de leur second opus et bien plus!

En 2020, comment debord avait fait bonne impression avec la sortie de leur album homonyme. La voix douce et intrigante du parolier et chanteur principal, Rémi Gauvin, des refrains accrocheurs, une proposition sonore grandement inspirée par les années 70 ainsi qu’un univers décontracté; voici ce qui a permis au septuor de se démarquer dès ses débuts. 

Avec monde autour, les Québécois reviennent à la charge avec une offrande plus assumée et maîtrisée. À travers ce projet de douze titres, on y retrouve autant des morceaux qui donne envie de danser tel que blood pareil que des ballades plus calmes et introspectives comme c’est quoi l’affaire. Comme à l’habitude, les textes y sont soignés, poétiques et ponctués de références québécoises, aux grands plaisirs des auditeurs. Comment debord n’a certainement pas déçu avec cette sortie et continue de tracer son chemin sur la scène musicale québécoise. 

PAN M 360 : Près de trois ans (déjà) se sont écoulés depuis la sortie de votre premier album. Que s’est-il passé depuis dans vies respectives? 

KAROLANE CARBONNEAU : Comme pour tout le monde, il y a eu la pandémie. Techniquement, nous étions supposés sortir notre deuxième opus l’an dernier. Nous avons dû attendre une année de plus avec la pandémie. L’enregistrement de monde autour s’est étalé sur près d’un an. 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Outre l’album, il y a eu plein de choses. Pour ma part, j’ai eu un enfant. Il y a des membres du groupe qui ont vécu des ruptures tandis que d’autres sont maintenant en couple. Disons qu’il y a eu beaucoup de changements depuis le premier album. Nous avons vieilli beaucoup et sommes arrivés dans la trentaine. La réalité de la vie adulte est arrivée plus vite que nous le pensions. Nous sommes à l’âge d’avoir des enfants et de devenir propriétaires! 

RÉMI GAUVIN : Ouf, ce n’est pas tout de suite que je vais le devenir! Comme Étienne raconte, il y a un paquet de trucs qui se sont déroulés dans nos vies personnelles. Pour ce qui en est de celle du groupe, nous avons eu la chance de tourner énormément ensemble. Nous avons pu nous connaître davantage sur scène et de vivre la réception de nos morceaux par le public. C’est une dimension essentielle pour notre formation. 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : C’est vraiment un bon point qu’apporte Rémi. Nous avons joué dans de nombreuses salles partout au Québec, ce qui nous a permis de découvrir notre public. Nous aimons parler avec les gens après les spectacles et nous avons réalisé de superbes rencontres. De savoir que nous ne faisons pas de la musique dans le vide et qu’il y ait des personnes qui nous écoutent, ça nous a donné de la confiance. 

PAN M 360 : En quoi la pandémie a-t-elle affecté la création de votre nouveau projet?  

KAROLANE CARBONNEAU : Pendant un bon bout de temps, nous ne pouvions pas nous rencontrer en personne. Cela a rendu la création assez différente. Rémi nous envoyait différentes maquettes par courriel et nous essayions tous d’y ajouter un petit quelque chose. Nous n’avions jamais fonctionné de cette manière, c’était déjà un gros changement pour nous. 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Il y a certaines chansons de monde autour qui ont été écrites 100% à distance tandis que d’autres ont été créées lorsque nous étions tous ensemble. Il y a un côté hybride dans la création de cet album. Nous n’avons pas eu le choix de développer de nouveaux outils de création et de faire autrement. Nous avons été davantage spontané lors de l’élaboration du projet. Par exemple, certaines pièces ont été enregistrées seulement quelques jours après que Rémi a eu terminé l’écriture. C’est assez différent du premier album, car c’étaient des chansons que nous jouions déjà depuis deux ans en spectacle. 

KAROLANE CARBONNEAU : C’est vrai que nous avons été plus spontanés, mais ce n’était pas par paresse. Je crois qu’on voulait seulement se donner une certaine liberté en studio. Nous ne voulions pas trop penser et je crois que ça fonctionne avec notre musique. Lorsqu’on crée, il y a plusieurs choses qui viennent sur le moment et c’est ça qui est beau. 

PAN M 360 : Comment créez-vous en étant plusieurs personnes à être impliqué dans la création musicale?

RÉMI GAUVIN : Ça prend assurément une bonne communication. Il faut que tout le monde soit prêt à mettre de l’eau dans son vin et avoir une vision commune. C’est aussi important de mettre notre égo de côté et d’être au service des chansons. Nous apprenons tous à le faire de mieux en mieux. 

KAROLANE CARBONNEAU : Il y a une expression qui dit qu’il faut trust de process, et c’est vraiment ça qu’il faut faire, surtout quand on crée à plusieurs. Il faut faire confiance aux compétences des différents membres. 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Il y a certaines pièces qui se font tellement spontanément et tout se place, alors qu’il y en a d’autres dont l’accouchement est plus long. Il faut discuter beaucoup et être d’accord sur la vision des morceaux. Parfois, nous ne voyons pas tous les chansons de la même manière et on doit trouver un terrain d’entente pour nous permettre d’évoluer. 

PAN M 360 : Comment fonctionne l’écriture de vos morceaux? 

RÉMI GAUVIN : Les paroles, c’est vraiment moi. Disons que les autres doivent me faire confiance haha! Pour notre deuxième album, j’ai travaillé à différents moments sur les paroles. Parfois, je suis arrivé avec des pièces moins complètes, avec seulement un couplet et un refrain. Nous travaillons un peu sur la musique, je retournais œuvrer sur les paroles, et ainsi de suite. Il y a eu beaucoup de ça pour la rédaction de monde autour. J’écris de manière assez intuitive. 

PAN M 360 : Tout comme dans votre album éponyme, on retrouve dans monde autour de petits bijoux d’écriture tels que « je sais sweet fuckall pourquoi j’ai l’impression d’avoir trouvé quelle couleur crier après le « Omnikin » » dans tranquillement pas vite. D’où vous vient l’inspiration pour de telles paroles?

RÉMI GAUVIN : Honnêtement, il n’y a pas vraiment de secret. Dès que j’ai une idée intéressante ou un flash, je me le note quelque part pour m’en servir plus tard. Je note plein de choses, autant des expressions que des concepts, et je les mets dans des chansons. Pour ce qui est de la ligne sur le Kin-Ball, c’est un souvenir que j’ai eu lorsque j’ai fait une suppléance dans une école secondaire. Un jour lorsque j’étais professeur d’éducation physique, j’ai vu un ballon de Kin-Ball et ça m’a rappelé ma jeunesse. Je n’ai jamais pratiqué ce sport, mais je me souviens que ça me fascinait. Les joueurs de Kin-Ball étaient très associés à leur couleur, c’était presque une partie de leur identité.

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Rémi utilise plein d’images et de références qui parlent à des gens qui sont présentement dans la vingtaine et le début de la trentaine. La ligne sur le Kin-Ball en est un excellent exemple. Aussi, il fait appel à beaucoup d’expressions et références québécoises, et c’est vraiment cool. Il utilise des images qui sont communes à plusieurs personnes, les sort de leur contexte et les présente sous un angle différent. C’est ça la beauté de son écriture, et c’est ce qui fait que c’est de la poésie.  

PAN M 360 : Votre premier opus nous a permis de vous découvrir et d’apprendre à connaître votre univers. Que diriez-vous que ce deuxième projet nous permet d’apprendre sur votre formation? 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Vous allez apprendre que nous nous connaissons mieux musicalement. Notre son est plus cohérent et confiant. Nous sommes aussi plus posés et moins énervés. Nous avons trouvé ce que nous croyons être notre identité de groupe, autant au niveau de la poésie que dans la musique et les arrangements. Aussi, nous sommes définitivement plus matures que sur notre premier projet. Nous avons développé une meilleure méthode de travail, et ça paraît sur monde autour. Par l’entremise de nos nouveaux titres, les gens vont pouvoir apprendre ce que nous sommes devenus et ce que nous avons vécu au cours des dernières années. 

PAN M 360 : Sur la pochette de votre nouveau projet, on retrouve une magnifique fresque de fleurs réalisée par Julien Cayla-Irigoyen. Les fleurs étaient aussi présentes sur celles de vos deux récents singles. Parlez-moi davantage de votre penchant floral. 

RÉMI GAUVIN : Sur l’album, il y a des influences folk et québécoise.  Le concept avec le graphiste et l’illustrateur Julien était de s’inspirer des fleurs qui poussent ici. Nous avons lu différents livres de fleurs québécoises pour s’inspirer. Les différentes fleurs et couleurs représentent la diversité et la cohabitation. Dans notre formation, on retrouve différentes personnalités. En quelque sorte, c’est ce que représentent les fleurs. Julien nous a fait différentes propositions et il a été très créatif. C’était toujours très beau et notre choix s’est arrêté sur cette illustration. Nous sommes vraiment contents de la pochette d’album.

PAN M 360 : L’un de mes titres favoris de votre projet est tough luck. Que raconte ce morceau?

RÉMI GAUVIN : C’est l’un des premiers que nous avons écrit pour cet album.  C’est une chanson qui parle indirectement de l’attitude que l’on devrait avoir dans la vie. Tout peut être improvisé et il n’y a pas moyen de savoir ce qui va nous arriver. Je dis « ça va peut-être tomber en neige, ça va tomber en pluie », et c’est vraiment ça le thème de la chanson, l’incertitude de la vie. Pendant la pandémie, la vie était remplie d’incertitudes, autant au niveau professionnel que social et personnel. Ça fait aussi référence au fait de faire de la musique. Nous ne savons pas trop où cela va nous mener, mais nous savons que ça vaut la peine de le faire. Je trouve qu’il y a quelque chose de vraiment beau là-dedans. 

PAN M 360 : La chanson tranquillement pas vite est interprétée par un membre dont nous ne sommes pas habitués d’entendre la voix. De qui s’agit-il? Est-ce une volonté de mettre les différents membres de l’avant vocalement? 

RÉMI GAUVIN : C’est Willis Pride. C’est la première fois qu’il a une chanson à lui sur l’un de nos projets. Sur notre premier album, il y avait différents membres qui apparaissaient vocalement. C’est quelque chose que l’on aime faire.

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : En effet, on aime le faire quand ça sert la chanson. Rémi essaie de chanter les chansons qu’il a écrites, et quand ça ne fonctionne pas, nous trouvons des solutions comme de les faire chanter par un autre membre.  Parfois ça marche et parfois ça ne marche pas.  Lorsque Karolane chante les paroles de Rémi, ça prend un tout autre sens. C’était exactement ça avec Willis pour tranquillement pas vite. Il a pris la chanson de Rémi, il est allé chez lui et il l’a réarrangée. C’était vraiment intéressant et ça amène la chanson à son plein potentiel.  

PAN M 360 : Vous avez déjà réalisé trois vidéos pour des titres de monde autour, dont le plus récent pour veux veux pas. À une époque où les vidéoclips sont mis de côté par les artistes, pourquoi trouvez-vous important d’en faire? 

KAROLANE CARBONNEAU : Je pense que ça amène une image de plus que les gens peuvent se faire de nous. Ça donne une autre vie et une autre dimension à nos chansons

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST : Pendant  la pandémie, j’ai été professeur de musique à une école primaire. Quand je disais aux enfants que j’étais dans un groupe, ils voulaient tous voir ce que je faisais. Leurs premiers réflexes étaient d’aller sur YouTube et de taper le nom de notre formation. C’est assez anecdotique, mais ça prouve que les vidéos ont encore leur place. Aussi, c’est du contenu supplémentaire et ça nous permet d’en montrer davantage à notre public. Ça permet aux gens de nous voir et de donner une atmosphère à nos chansons. Lorsqu’on fait des vidéos, on rencontre des artistes vraiment chouettes. Ainsi, nous élargissons nos horizons et ça fait du bien de collaborer avec des artistes qui ne sont pas nécessairement musiciens. Ça rend notre art multidisciplinaire. 

PAN M 360 : Vous effectuerez votre rentrée montréalaise au Club Soda le 3 novembre prochain. À quoi doit-on s’attendre de ce concert? 

KAROLANE CARBONNEAU : À un grand spectacle. Nous voulons faire quelque chose d’unique. Nous ne pouvons pas trop en dévoiler, mais il risque d’y avoir des invités. Je pense que ça va valoir la peine d’y être! 

ÉTIENNE DEXTRAZE-MONAST: Nous travaillons sur ce spectacle-là depuis quelques mois et nous sommes encore en train d’y apporter des changements. Ce spectacle sera l’ouverture de notre tournée qui s’en vient. Ce sera notre plus grosse salle à ce jour et plusieurs de nos amis y seront. Ça va être le fun, c’est certain.

Comment debord se produit dimanche au FME, 17h

Le groupe montréalais sera au Club Soda le 3 novembre prochain dans le cadre du festival Coup de cœur francophone.  

Crédit photo : Audiogram

Photos by Anna Arrobas

Depuis Première apparition, son premier album sorti en 2019 qui s’est retrouvé sur la longue liste du Polaris, la Montréalaise Laurence-Anne élargit son horizon musical à chaque parution. L’artiste originaire de Kamouraska a d’ores et déjà touché à la dream pop, au shoegaze, à l’indie francophone, à l’art rock et maintenant à un peu de dark pop ou même de darkwave. Voilà entre autres ce qu’on pourrait repérer sur Oniromancie, son prochain album à être rendu public le 15 septembre prochain sous étiquette Bonsound.

Autre vecteur important du projet discographique, Oniromancie porte sur la thématique du rêve, ou l’expérience de visions et de paysages pendant le sommeil, une grande inspiration pour le style d’écriture de Laurence-Anne. Inutile d’ajouter qu’elle présentera quelques-unes de ces nouvelles chansons lors de sa prestation au Festival Musique Emergente (FME) à Rouyn-Noranda.

Mais avant tout ça, nous avons eu l’occasion de discuter des inspirations derrière l’album à venir, de son amour pour l’expérimentation et de quelques indices pour ce qui nous attend au FME.

PAN M 360 : Le prochain album s’intitule Oniromancie. D’où vous est venue l’idée de vous plonger dans ce thème ? Êtes-vous une grande rêveuse ?

Laurence-Anne : Les rêves ont toujours été une grande source d’inspiration pour mon écriture, parmi d’autres thèmes comme la nature, l’espace, le corps. J’ai senti que ces nouvelles chansons allaient plus loin dans le sujet. Je rêve beaucoup et j’y vois souvent une signification cachée. Les rêves sont une porte d’accès à notre subconscient, et je suis vraiment étonnée de la façon dont je peux y voir si clair, en me montrant les causes de mes angoisses, de mes désirs, de mes idéaux.

PAN M 360 : Écrivez-vous vos rêves ou est-ce que vous y entendez la musique que vous créez pour vos chansons ?

Laurence-Anne : Ni l’un ni l’autre. C’est plutôt le sentiment qui s’en dégage. Je peux me souvenir de l’ambiance et des paysages d’un rêve pendant des jours. C’est là, dans mon esprit, quand il s’agit d’écrire de la musique.

PAN M 360 : Pour la chanson Flores, d’où vient le chant en espagnol ? Vous avez l’habitude d’écrire en français ou en espagnol ?

Laurence-Anne : L’espagnol me semble tellement lyrique, avec un tout nouveau niveau de sensualité. Chanter dans une autre langue, c’est comme découvrir de nouvelles tonalités dans mon instrument vocal. C’est différent. Flores est ma deuxième chanson en espagnol, après Pajaros. Il est utile de pouvoir changer de langue lorsque l’on est bloqué sur une mélodie. Pour ces deux chansons, j’avais déjà tout essayé en français, mais ça ne collait pas. L’espagnol a été la solution. Je vais probablement en écrire d’autres.


PAN M 360 : Je sais que vous pratiquez parfois l’écriture automatique lorsque vous écrivez des paroles, pouvez-vous me parler de ce processus et de son fonctionnement ?

Laurence-Anne : Tout se passe quand tu joues un nouveau riff en boucle et que tu essaies de trouver la mélodie parfaite. Je commence donc à fredonner, et parfois quelques mots surgissent. Je recommence à jouer en boucle et les paroles apparaissent sans que je doive trop y réfléchir, comme on le ferait dans un style libre de hip-hop. Après coup, je comprends ce que je viens d’écrire et cela a tellement de sens. J’ai l’impression que ce contenu provient de la même connexion avec votre subconscient que celle que vous avez lorsque vous rêvez.

PAN M 360 : D’après les trois premiers singles, il semble que vous adoptiez une approche plus sombre de la dream pop, peut-être même un peu darkwave. Est-ce un changement organique pour vous ?


Laurence-Anne : D’après mon expérience de la composition d’albums, je dirais que chaque début vous mène quelque part de différent. Dans mon cas, en fait, j’ai l’impression que chaque album est vraiment différent de l’autre, croisant des chemins similaires, mais empruntant une direction complètement différente. Mon approche de la musique a toujours été basée sur l’expérimentation. J’ai commencé à jouer de la guitare pour composer, je ne connais rien de théorique ou de technique. Ces dernières années, j’ai plongé dans l’univers des synthés, et c’est infini. L’exploration de plusieurs genres me semble organique, parce qu’elle permet de découvrir de nouvelles choses.

PAN M 360 : Aviez-vous une vision musicale achevée lorsque vous avez travaillé sur la musique, ou avez-vous improvisé avec les autres musiciens ?

Laurence-Anne : Le processus derrière cet album est différent de ce que j’ai fait auparavant. Il n’y a pas eu de gros jam. J’ai commencé seule, en produisant des maquettes à distance. Puis quand j’ai eu toutes les chansons en mains, je suis allée voir mon ami musicien François Zaidan. Nous avons travaillé sur ce projet en équipe pendant environ deux ans, ce qui est le processus le plus long pour moi jusqu’à présent. François m’a aidée à construire cette vision musicale que j’avais pour Oniromancie. Nous nous voyions presque toutes les semaines, travaillant petit à petit pour trouver les sonorités les plus cool, les synthés et les lignes de basse parfaits, tout en gardant l’essence et les nombreux morceaux des démos. Lorsque nous nous sommes sentis prêts, nous sommes allés au Wild Studio à Saint-Zénon avec Pete Petelle (batterie), David Marchand (guitare/basse), Ariel Comtois (saxophone) et Rami Reno (ingénieur du son) pour compléter l’ensemble.

PAN M 360 : A quoi ressemble le live avec ce nouvel album et à quoi peut-on s’attendre au FME ? Des lumières, des costumes délirants ?

Laurence-Anne : Le truc, c’est que le lancement de l’album est à la fin du mois, (le 28 septembre à La Sala Rossa dans le cadre de POP Montréal) et je ne veux pas tout dévoiler au FME, et je veux garder des surprises pour le grand jour. Je vois le FME comme l’occasion de présenter les nouvelles chansons pour la première fois, puisque l’album ne sera pas encore sorti, sans trop de folies, afin que vous puissiez vraiment vous concentrer sur la musique, même en fermant les yeux, pour la ressentir plus profondément.

PAN M 360 : Quelle est votre relation avec le FME ? Je sais que vous y avez joué quelques fois et que vous allez y jouer encore quelques fois avec votre projet et La Securité ?

Laurence-Anne : Je participe au festival depuis quelques années maintenant, c’est toujours amusant. Il y a une ambiance spéciale à chaque concert et on quitte toujours Rouyn-Noranda avec de bonnes histoires. Pour une raison ou une autre, le festival est plus sauvage que les autres. Peut-être parce que c’est si loin, il faut en faire un grand moment, pour que cela vaille la peine de faire des heures de route.

PAN M 360 : Ressentez-vous une pression pour que cet album soit  » meilleur  » ou plus réussi que les deux précédents ?

Laurence-Anne : Pas vraiment. Je dirais que la notion de succès est de plus en plus floue ces dernières années, à cause des médias sociaux, la pression est plus une question d’exposition. Quoi qu’il en soit, le succès pour moi est d’être fière de ce que j’ai fait à la fin. Ce qui est le cas !

La fondatrice et directrice artistique de la Fête de la Musique de Tremblant,  la violoniste Angèle Dubeau, assure la tenue d’une 23e présentation de l’événement, du vendredi 1er au  lundi 4 septembre prochains dans le village piétonnier de Mont-Tremblant. Plus d’une trentaine de concerts gratuits seront offerts pour la durée entière de la fête du Travail : Jean-Michel Blais avec quatuor à cordes, Charles Richard Hamelin au piano public, Serhiy Salov, Yves Lambert, Elinor Frey, Ayrad ou même Diane Juster sortie de sa tanière, exceptionnellement aux côtés de La Pietà, pour ne nommer que les artistes les plus en vue de cette programmation.

PAN M 360 :Quelle est l’approche cette année?

Angèle Dubeau : Tu connais la recette, elle est toujours bonne, elle est toujours là. Et puis honnêtement, je suis très contente de la programmation. 

PAN M 360 :  On aimerait que tu nous la décrives, c’est d’ailleurs l’objet de cette conversation

Angèle Dubeau : C’est un feu roulant. Ça commence le vendredi soir et ça se termine le lundi en après- midi. On parle de 25 concerts et activités dans le village piétonnier de Mont-Tremblant, à l’exception du premier concert ce vendredi soir : Jean-Michel Blais présente des extraits de son dernier album, Aubades. Ce premier concert se fait à la salle Première Scène Mont-Tremblant, l’ancienne église qui fait désormais partie du réseau des salles de diffuseurs du Québec depuis quelques années. C’est une salle qui est fun parce que c’est une salle qui a une proximité, les gens sont tout près des artistes. Le reste de la programmation est gratuit et ça se passe dans la village piétonnier de Mont-Tremblant, au pied de la montagne. Tous les concerts sont gratuits et il n’y a pas de limite de styles, c’est la fête de toutes les musiques ! 

PAN M 360 : Parlons de tous les points forts de la programmation.

Angèle Dubeau : Je suis très contente que Jean-Michel vienne enfin à la Fête de la musique. Ça fait longtemps que je le voulais et les horaires ne fonctionnaient jamais.  Et là, c’est bon! Je le connais depuis quelques années, j’ai enregistré l’une de ses pièces avec La Pietà, Nostos. À l’époque,  je lui avais donné rendez-vous pour un café dans Vieux-Montréal, je lui avais dit alors : « Cette pièce se porte très bien à un ensemble à  cordes. Il s’en était étonné : « Tu peux jouer ça au violon ? Tu peux faire ça ? » Oui, oui, oui, oui! écoute, me laisses-tu t’impressionner avec quelque chose ? » J’avais répondu :« Écoute, je prendrais Nostos, je ferais une cadence au début avec le violon, puis après on fera le build-up. » Je lui avais fait part de mon idée, il était ravi. Il était venu à la première répétition parce qu’il était bien curieux de constater le résultat. Et il avait fait : « Wow ça sonne bien avec les cordes! » J’avais dit « Oui, puis tu devrais en faire davantage pour les cordes ou les orchestres de chambre ». Je suis tellement contente qu’il l’ait fait dans son dernier album, Aubades. Je ne veux pas dire que c’est grâce à moi, mettons que j’ai semé quelque chose. Il viendra donc en quatuor pour y présenter des extraits d’Aubades. C’est le coup d’envoi du vendredi soir. »

PAN M 360 : Yves Lambert finira par la faire, sa “Fête au village” !

Angèle Dubeau :  Le concert de samedi lui est consacré avec toute sa québécitude. Il sera entouré de huit ou neuf musiciens. Quand on connaît Yves, on sait qu’il est un rassembleur. Je suis sûre que le pied va être gigueur sur la place! L’an dernier, j’ai invité Yves, le lui ai dit : « Je te sais rassembleur, je veux que tu crées vraiment une grande fête au village, je veux que tu fasses danser, que tu fasses taper des mains, que ce soit vraiment une ambiance de fête. Je ne suis absolument pas inquiète, ça se fera. Yves devait donc présenter ce spectacle l’année dernière et… nous avions dû l’annuler à cause d’un orage avec éclair, tonnerre… bref trop dangereux pour l’électricité sur scène. Les spectateurs étaient tellement déçus, les artistes aussi. J’étais alors montée sur scène:« Je vous le promets, ils seront de retour l’année prochaine. » Alors voilà, ils sont de retour. 

Pour la petite histoire, on avait quand même vécu un moment magique. Dans l’attente de savoir si l’orage allait passer, on était tous à l’arrière-scène, sans électricité. Autour de nous,  on voyait des flaques d’eau. Et alors un musicien d’Yves  a commencé à taper du pied… tap, tap, tap…, aussi avec les mains, un petit rythme de gigue avec les pieds dans l’eau. Puis ça s’est mis à chanter tout doux pendant à peu près 15 minutes.  C’était magique!  Mais nous n’avons pu continuer à cause de l’orage persistant. Alors j’ai bien hâte d’entendre  Yves Lambert pour de vrai sur scène, cette fois.

PAN M 360: Comme à chaque année, vous invitez une personnalité de la musique québécoise à monter sur scène avec La Pietà. Cette fois c’est une Diane Juster qui fait une rare prestation publique. Racontez-nous comment elle a consenti !

Angèle Dubeau : Depuis maintenant plusieurs années, j’ai créé ce moment unique  du dimanche et j’invite à partager la scène des artistes que je respecte, que j’admire, avec qui je n’ai jamais eu la chance de jouer. Cette année, je suis allée chercher Diane Juster, une grande dame de la chanson. Plusieurs me disent « Mais comment as-tu réussi ? » On sait que Diane est absente de la scène depuis plusieurs années, quoique  très présente pour protéger les droits des artistes, les auteurs- compositeurs – rappelons qu’elle a jadis fondé la SPACQ, la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec. 

C’est une femme de projet qui met tout son cœur dans tout ce qu’elle entreprend. Alors je l’ai croisée à l’aéroport; on attendait nos sacs de golf et puis là, j’entends « allô » et je regarde, c’est Diane qui est là.  Parle parle jase jase,  elle me dit « J’ai fait une performance pour Dominique Michel, on lui rendait hommage … le monde m’en parle encore ! Ça m’a fait tellement drôle de retourner sur scène… » Je retourne chez moi après ma semaine de golf en Floride et je trouve l’enregistrement de cette performance. Mon Dieu ! Elle joue encore très bien, elle a tous ses réflexes, elle est une bête de scène, elle va chercher l’attention. J’en avais la chair de poule ! Alors je l’appelle, je lui dis être  émue de cette performance et lui suggère: « Imagine si tu étais entourée, enrobée de violons! Je pourrais être avec toi, puis on pourrait faire des petits moments magiques ensemble. » J’ai été une bonne vendeuse,  il faut croire, car elle a dit oui. On a commencé les répétitions, les arrangements ont été faits sur mesure.

PAN M 360:  Vous n’avez quand même pas fait les arrangements d’un programme entier !

Angèle: On fait cinq chansons ensemble. Sa performance sera précédée de La Pietà, incluant deux pièces de Philippe Glass offertes en primeur…  parce qu’il y a cet album qui vient ! Tout est beau à ce titre, il ne me reste que l’approbation de la bande maîtresse. Je suis très contente ! Pour le spectacle, j’ai aussi invité Iza Kamnitzer ,une jeune violoniste extraordinaire qui est étudiante actuellement au Conservatoire de musique de Montréal, âgée de 9 ans, et qu’on m’a présentée lors d’un concert hommage m’étant dédié.. Des jeunes qui ont de la technique, ça existe, on en a souvent entendus. Des jeunes de cet âge qui, pour chaque note, y mettent tout leur cœur, c’est beaucoup plus rare.

PAN M 360: La relève classique est aussi invitée régulièrement à la Fête de la musique.

Angèle: Absolument. Le lundi, Iza sera aussi sur scène avec les étoiles du Conservatoire de musique de Montréal. Je suis sûre que le public sera ébloui. Il y aura aussi un jeune 15 ans, Natal Prévot, qui joue du marimba et Anaïs Saucier-Lafond, une jeune violoniste de 20 ans. Il y aura aussi Marion Portelance, cette violoncelliste qui a joué au couronnement du roi Charles. Il y aura aussi Zhan Hong Xiao, un pianiste dans la jeune vingtaine. J’en passe, il y aura 7 porte-étendards, de 9 ans à 24 ans, certains seront accompagnés par la pianiste Chloé Dumoulin. Les amateurs verront à quel point c’est encourageant, cette relève. Ils sont là, ils sont bons, ils sont passionnés.

PAN M 360 :  Depuis quelques années consécutives, le percussionniste Kattam revient avec ses tams-tams. Pourquoi donc est-il un « régulier »?

Angèle Dubeau : Il est tellement bon avec les enfants. Il les enflamme, il les fait voyager en musique et tout. Les enfants dansent et chantent, leurs parents redeviennent des enfants, ils participent  avec des tam-tams. L’année suivante de sa première performance, les enfants le réclamaient alors qu’il était absent : « Il est où Kattam ? » Il était attendu, il est donc revenu. 

PAN M 360 : Au-delà des animations, la valeur  initiatique de cette Fête de la musique semble faire partie de sa mission.

Angèle Dubeau : C’est une belle façon de le faire parce que d’abord, il y a une proximité.  Aujourd’hui, tu n’as plus besoin de payer 20 $ pour ton disque, et si tu le fais tu iras dans tes valeurs sûres.  Mais dans une Fête de la musique, la magie de la musique passe aussi par les yeux: un enfant qui voit jouer Charles Richard Hamelin peut être subjugué, ça devient alors magique.  C’est aussi ça, la Fête de la musique. C’est bon pour le mélomane, c’est aussi bon pour le passant, pour le jeune, pour le vieux.

PAN M 360 : Puisqu’on cite l’exemple de Charles Richard Hamelin, qu’en est-il de cette performance à venir?  

Angèle Dubeau : Il y a une scène au festival qui s’appelle le Piano public. Ainsi, un piano se trouve sous un chapiteau, juste à côté de la place principale. Le passant peut y pianoter  s’il le désire mais,  deux fois le samedi et deux fois le dimanche, il y a un rendez- vous. Et là, c’est Charles Richard Hamelin qui sera au rendez-vous. Ainsi, les gens se trouvent autour de l’artiste qui joue et se raconte. Il peut  fournir des éléments sur sa carrière, sur sa préparation ou autres détails intéressants de la vie d’un soliste. Il peut jouer une pièce et soudain s’arrêter et suggérer un commentaire ou une explication. C’est complètement ad lib et c’est ce que les gens aiment. C’est donc une carte blanche pour Charles.  Je suis sûre qu’il sera intéressant. 

PAN M 360 : Vous avez aussi d’autres invités importants.

Angèle Dubeau : Oui!  Il y a le klezmer de Kleztory, le jazz à la Django de The Lost Fingers, le guitariste François Rioux et la chanteuse de jazz Stéphanie Laliberté,  le groupe Ayrad, la violoncelliste Elinor Frey, le harpiste Antoine Malette-Chénier,  ou encore le pianiste virtuose Serhiy Salov qui vient en trio (violoncelle et voix) rendre hommage à l’Ukraine dont il est originaire. Ça va commencer d’ailleurs avec l’hymne national de l’Ukraine et ça se poursuivra avec des œuvres ukrainiennes.

PAN M 360 : Ce festival, en somme, c’est l’éclectisme selon Angèle Dubeau!

Angèle Dubeau: La Fête de la musique est un podium pour nos artistes et ça, j’y tiens. Au début, on me disait « Tu vas avoir de la redite » et…. Non, pour une 23e année. Il y a tant d’excellents musiciens au Québec, environ 50 000 personnes pourront les apprécier ce week-end, avec le soutien généreux de Québecor, de la Ville de Mont-Tremblant et d’Analekta. Pour moi, c’est une fierté !

PAN M 360 : On vous souhaite du beau temps!

Angèle Dubeau : On  annonce beau et chaud yé. Ça serait probablement le premier beau week-end  de l’été haha!

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Depuis 1994, Innovations en concert offre aux mélomanes un large éventail d’occasions de découvrir certaines des meilleures musiques contemporaines à découvrir. L’organisme a permis aux Montréalais et aux visiteurs d’apprécier un éventail particulièrement large de sons modernes, allant des plus expérimentaux à des incontournables de la culture minimaliste tels que Titanic Sinking et Jesus’ Blood Never Failed Me Yet de Gavin Bryars.

L’organisation a été fondée par le guitariste et compositeur Tim Brady, qui l’a dirigée pendant 10 ans, puis par Michel Frigon, qui l’a dirigée de 2004 à 2010. Cassandra Miller et Isak Goldschneider ont dirigé leur première saison en 2011, Isak Goldschneider prenant le poste de directeur artistique et général solo en 2014. Depuis les débuts, plus de 300 concerts ont été présentés au cours de 27 saisons artistiques.

Voilà une institution remarquable, peut-être pas aussi connue du grand public que la SMCQ, par exemple, mais qui mérite d’être mise en lumière, notamment Isak Goldschneider, que j’ai rencontré pour parler de la prochaine saison, un peu de lui et d’autres choses.

Allons-y.

Pan M 360 : Il y a des personnalités bien connues à Montréal qui représentent la musique contemporaine, comme Walter Boudreau ou Lorraine Vaillancourt. Le nom d’Isak Goldschneider devrait également y figurer, car ce que vous faites avec Innovations en concert est vraiment important et constructif. Parlez-nous de vous et de ce qui vous a amené à diriger cette organisation ?

Isak Goldschneider : Je suis originaire des États-Unis, mais j’ai vécu à Amsterdam pendant environ 16 ans. C’est là que j’ai rencontré ma partenaire, la trompettiste Amy Horvey, qui est canadienne. Nous sommes ensuite revenus au Canada et nous nous sommes installés à Montréal en 2007. À l’époque, je travaillais de manière tout à fait ‘’undergroung’’, je faisais des concerts expérimentaux, quelques contrats commerciaux, je jouais dans le métro, toutes sortes de choses. J’ai également travaillé pour le programme musical d’une synagogue, Shaar Hashomayim. Ils ont un programme merveilleux. Plus tard, nous avons fait les voix de fond pour le dernier album de Leonard Cohen.

Ensuite, j’ai commencé à travailler avec la compositrice Cassandra Miller. Nous avons codirigé Innovations pendant un an, succédant à Michel Frigon, puis elle est partie au Royaume-Uni, où elle a connu un grand succès en tant que compositrice. J’ai donc repris son poste de directeur d’Innovations en concert. C’était une opportunité merveilleuse, car j’ai pu être à Montréal à un moment où les choses changeaient de manière très excitante. Il y avait beaucoup de nouvelles voix dans la musique contemporaine, beaucoup de représentations d’artistes qui n’avaient pas vraiment eu accès à la scène jusqu’à cette période, vous savez, autour de 2008 2010.

J’ai eu l’occasion de faire des choses magnifiques avec des organisations comme Suoni per il popolo, la SMCQ, etc. Et nous avons exploré de nouvelles possibilités dans le domaine de la musique savante contemporaine en stimulant les collaborations entre, par exemple, l’artiste hip hop expérimental américain, poète, écrivain, etc. Saul Williams et le Montréalais Kaie Kellough, avec le saxophoniste Jason Sharp. C’était incroyable et très innovant. Ce n’est qu’un exemple. Il y a tellement d’opportunités. Je pense que Montréal est une ville absolument extraordinaire sur le plan artistique. Déjà, lorsque je suis arrivé ici en 2007, des articles du New York Times disaient que Montréal était une Mecque secrète de la musique. Et c’est toujours aussi intéressant ! Nous avons fait beaucoup de choses passionnantes, mais je pense que la saison prochaine le sera encore plus.

Pan M 360 : Ok, parlons de la saison prochaine !

Isak Goldschneider : Cela va être une course effrénée. Pour le concert d’ouverture, je jouerai la gigantesque œuvre pour piano Triadic Memories de Morton Feldman. Il s’agit d’une œuvre pour piano de 90 minutes, que Feldman a qualifiée de « plus grand papillon en captivité ». Elle allie contemplation profonde et grâce rythmique, et constitue une expérience d’écoute épique. Ce concert aura lieu au Centre de musique canadienne au Québec, rue Crescent, le 12 septembre. Ils ont un très beau petit espace de concert qui sera inauguré en même temps.

À ne pas manquer : Triadic Memories, de Morton Feldman, pour piano, joué par Isak Goldschneider le 12 septembre 2023.

Le 7 novembre, le compositeur péruvien-canadien et montréalais Mirko Sablich présentera sa nouvelle œuvre, Uno, un dialogue entre les mathématiques et la musique. Puis, le 13 mars 2024, nous aurons une nouvelle collaboration passionnante entre l’autrice/actrice afghano-canadienne Shaista Latif, de l’Ontario, et le célèbre compositeur égypto-canadien de Montréal Osama (Sam) Shalabi, qui explorera l’histoire du cinéma et de la culture de l’Afghanistan d’une manière tout à fait originale. Elle sera suivie de la première montréalaise de Supervillain Etudes de Vincent Ho, nominée aux Juno Awards, par les pianistes Vicky Chow et Megumi Masaki. Le concept est étonnant : prendre six méchants célèbres de la culture des bandes dessinées, faire un profil psychologique de chacun d’entre eux, et composer une musique qui décrirait ces profils ! Ainsi, nous aurons sur un « canapé » musical métaphorique le Sphinx (Riddler), 2-Face, le Pingouin, Catwoman, Poison Ivy et le Joker. Le concert sera également animé par le journaliste scientifique québécois Michel Rochon. Une expérience artistique/scientifique/sociologique complète ! Ce sera le 27 avril 2024.

Enfin, nous clôturerons la saison le 28 mai 2023 avec la première d’une toute nouvelle œuvre de Nicole Lizée, avec Amy (Horvey) comme soliste. Nicole et Amy sont toutes deux originaires de la Saskatchewan, l’une de la communauté anglophone, l’autre de la minorité francophone. Saskbient est le titre de l’œuvre et promet de plonger les auditeurs dans une sorte d’hymne ambiant à la Saskatchewan, une expérience sonore de ce qu’elle représente pour ces artistes.

Mon rêve a toujours été de faciliter l’émergence d’un nouveau type de musique qui transcende ces catégories d’art et de culture, et j’espère que j’atteindrai cet objectif avec ces projets.

Création d’une oeuvre de Nicole Lizée en 2022 : 

Pan M 360 : Cela semble très excitant ! Vous avez mentionné plus tôt que Montréal est un bon endroit pour les arts, et la musique contemporaine d’avant-garde en particulier, que ce soit du point de vue de la musique classique, de l’improvisation-jazz ou du rock de chambre. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Isak Goldschneider : Montréal a d’abord été une ville divisée entre Français et Anglais, puis l’immigration, très importante, en a fait l’une des villes les plus cosmopolites du continent, voire du monde. Dans certains cas, cela peut être une source de problèmes ou de tensions sociales. Mais Montréal a réussi à en faire un aspect extraordinairement positif et stimulant de sa personnalité. Je ne sais pas s’il existe une autre ville en Amérique du Nord où il est possible de vivre en tant qu’artiste et de construire une pratique créative expérimentale. L’incroyable diversité des pratiques que l’on trouve ici (musique ancienne, pop, rock, avant-garde, improvisation, musique du monde) a conduit à des situations où l’on ne sait pas vraiment ce qui relève du grand art et ce qui relève du petit art. C’est l’un des domaines les plus créatifs de l’art contemporain actuellement dans le monde, ce mélange de haut et de bas, d’ancien et d’expérimental. Et Montréal est  » génétiquement  » faite pour cela ! 

Je ne sais pas s’il y a d’autres villes en Amérique du Nord qui ont ce genre de diversité d’approche, vous savez, des groupes qui brouillent les lignes entre la musique contemporaine et ce qu’on appelle la World Music, par exemple (c’est ce que fait Sam Shalabi). Et puis, bien sûr, il y a toute la scène du théâtre et de la danse, le cirque, les arts technologiques, toutes sortes de choses. C’est incroyable si l’on considère que Montréal n’est pas aussi grande que, disons, Los Angeles, Chicago ou New York.

Pan M 360 : Est-ce sur cela que vous voulez baser la personnalité d’Innovations en concert ? Je veux dire par rapport à d’autres organisations importantes comme la SMCQ ou le NEM ?

Isak Goldschneider : Je ne veux pas faire ce genre de comparaison. Ce que je veux dir, c’est que nous faisons notre travail et qu’ils font le leur. Parfois, nos chemins se croisent, et c’est une bonne chose ! Je ne pourrai jamais surestimer, par exemple, l’importance de ce que fait le NEM. La musique contemporaine n’est pas toujours synonyme de nouveauté. Il y a eu un siècle de discours sur l’avant-garde classique, et il est très important que certains ensembles s’intéressent aux modèles historiques d’efforts « expérimentaux » et « novateurs ». Quand on pense à la richesse de la musique artistique européenne des années 1960 et 1970, à des œuvres comme la Sinfonia de Berio, qui ne sont pas jouées par les orchestres nord-américains, on se dit qu’on a absolument besoin d’ensembles comme le NEM. Ce que nous faisons à Innovations en concert est différent mais, je pense, complémentaire. Et cette complémentarité est bonne et essentielle.

Pan M 360 : Êtes-vous optimiste quant à l’avenir de la musique d’avant-garde en général ?

Isak Goldschneider : Je suis très optimiste quant à la créativité qui existe ici à Montréal et à son potentiel d’incubation. J’espère que les pouvoirs en place dans notre environnement créeront des conditions propices à ce type de créativité bouillonnante, car ce sont vraiment ces éléments de base qui la rendent possible. Par exemple, le fait que Montréal soit un endroit plus abordable pour les artistes a été très, très important et je pense qu’il ne faut pas sous-estimer l’importance des conditions matérielles dans la création d’œuvres d’art fantastiques. J’espère que ce type de soutien continuera à exister et à maintenir Montréal sur la carte en tant que plaque tournante importante pour la culture dans le monde entier.

Pan M 360 : Merci beaucoup, Isak, de participer à ce bouillonnement de créativité dans notre ville. Nous espérons que le message sera entendu, parce qu’il y a certainement des problèmes en ce moment à propos de l’accessibilité financière. Je vous souhaite une excellente saison 2023-2024, qui s’annonce passionnante. J’y serai, et nos lecteurs aussi, j’espère ! Surtout s’ils aiment la créativité et l’originalité.

Isak Goldschneider : Merci pour cette opportunité.

Originaire de Berlin, Cinthie est une figure de proue de la scène musicale house. Son histoire est une démonstration frappante de sa passion pour la musique et de son dévouement au métier. Bien qu’elle soit une favorite locale, ayant joué dans des lieux tels que le Panorama Bar ou le Robert Johnson, Cinthie n’est pas étrangère à la scène internationale. Alors qu’elle a participé deux fois au festival MUTEK 2023 (un live pendant Metropolis 2 et un DJ set à Experience 6), PAN M 360 s’est assis avec elle pour discuter de son parcours musical, de son approche de la curation et de son plongeon dans les expérimentations live.

Crédits photo : Nina Gibelin Souchon

PAN M 360 : Que pouvez-vous nous dire sur la relation que vous entretenez avec la house music et les musiques électroniques en général ?

Cinthie: J’ai une longue histoire avec la house music et la musique électronique en général. Je pense que j’aimais toutes sortes de musique jusqu’à l’âge de 14 ans, quand mon cousin m’a donné une cassette d’un DJ qui s’appelait Sven (Väth). J’ai été totalement époustouflée parce qu’il jouait des choses que je n’avais jamais entendues auparavant. J’étais évidemment plus intéressé par la musique pop, ou du moins c’est ce que la radio me disait que j’aimais. Mais honnêtement, je n’aimais pas trop ça, c’était trop ringard, trop générique et trop ennuyeux pour moi. Après avoir reçu cette cassette de mon cousin, j’ai creusé plus profondément dans la musique électronique et j’ai découvert toutes sortes de choses, mais c’est la house music américaine qui a résonné le plus en moi. Cela devait être aux alentours de 1995, alors que je venais d’avoir 15 ans et que c’était l’âge d’or de la house music. Un an plus tard, j’ai trouvé un emploi dans un magasin de disques appelé Humpty Records et le reste appartient à l’histoire.

PAN M 360 : And you became a DJ…

Cinthie: J’aimais tout simplement la musique et je collectionnais les morceaux que j’aimais le plus et j’enregistrais des cassettes pour mon ami, pas de mixage cependant car c’était si loin de moi. Mais lorsque j’ai travaillé chez un disquaire et que j’ai rencontré d’autres personnes du milieu partageant les mêmes idées, j’ai découvert le plaisir de mixer deux disques ensemble et cela s’est rapidement transformé en un passe-temps et une fascination. Mais je n’ai jamais eu l’intention de devenir DJ. Tout cela est venu naturellement, de même que la production, que j’ai commencé vers 1999 après avoir joué dans des clubs pendant quelques années et m’être dit : « Ce serait bien si j’avais un disque qui ressemble à ceci ou à cela ». Comme ce disque n’existait pas encore, j’ai essayé de le faire moi-même.

PAN M 360 : Quels sont les meilleurs endroits pour écouter de la musique house en Allemagne, d’où vous venez ?

Cinthie: Nous avons beaucoup de bons endroits pour écouter de la musique house en Allemagne. Le plus célèbre est probablement le Panorama Bar, l’étage supérieur du célèbre club Berghain. À Berlin, j’aime aussi beaucoup Heideglühen. C’est un club qui fait vibrer. Malheureusement, je suis souvent hors de la ville, donc je n’y suis pas allé depuis longtemps. Sinon, je peux vous recommander le Robert Johnson d’Offenbach, la Galerie Kurzweil de Darmstadt ou le Blitz Club de Munich. 

PAN M 360 : Vous avez ouvert un magasin de disques il y a quelques années à Berlin, qu’est-ce qui vous a décidé à suivre cette voie ?

Cinthie: Comme tout dans ma vie, cela m’est venu naturellement. J’ai travaillé dans un magasin de disques dans les années 1990, mais je n’ai jamais eu l’intention d’en ouvrir un moi-même. J’ai juste eu l’idée de combiner mes forces avec celles d’autres labels d’amis lorsque j’avais mon label Beste Modus. Je voulais créer une grande plateforme où on se soutiendrait tous les uns les autres. Lorsque j’ai cherché un local de stockage, on m’a proposé les locaux désormais bien connus d’Elevate.

PAN M 360 : Comment envisagez-vous le travail de curation dans le contexte d’un magasin de disques ?

Cinthie: Il est facile de faire la « curation » du magasin. Il me suffit de commander davantage de disques que je commande également pour moi-même. C’est pourquoi le magasin s’appelle aussi « Elevate Berlin – Selected Records ». Cela signifie que nous n’avons pas tout ce qu’il faut et que c’est très présélectionné. J’ai toujours aimé profiter du goût personnel du propriétaire d’un magasin de disques lorsque j’achetais des disques dans d’autres magasins. Obtenir une bonne recommandation pour une arme secrète, c’est la classe.

PAN M 360: En quoi la curation dans le contexte du DJing est-elle différente (ou non) ?

Cinthie: C’est à peu près comme si je commandais des disques pour le magasin. Tout ce qui me fait vibrer va directement dans mon sac.

PAN M 360: Êtes-vous une grande chineuse et collectionneuse de vinyles ? Quelles sont les pièces de votre collection de disques que vous chérissez le plus ?

Cinthie: Sur une échelle de 1 à 10, je dirais que je suis un 8. J’aime digger, mais je ne suis pas désespérée. Par exemple, je n’ai pas de liste de vinyles à acheter, mais j’aime découvrir des magasins de disques lorsque je voyage et j’essaie généralement de leur rendre visite. C’est toujours un plaisir de trouver de nouveaux trésors. Les disques que j’aime le plus sont ceux que j’ai achetés dans les années 1990. Quelques bons vieux Dance Mania, Nu Groove, Downtown pour n’en citer que quelques-uns.

PAN M 360: Le public vous connait bien en tant que DJ et productrice. Vous expérimentez maintenant le live, était-ce une voie naturelle pour vous et comment vous sentez-vous à l’idée de faire ce saut ? 

Cinthie: Yes, as I said before, everything came absolutely natural to me. Playing live is just like bringing my studio on tour with me. I’m there almost every day, jamming and making new tracks. I thought why not doing it live? To be honest, the first three shows were mostly about getting the sound right and getting familiar with the new situation in general but I love the journey so far ! From starting it a bit basic and more on the save side, I am now more confident and I am always trying to add more gear to be able to edit and tweak sounds more and make it more “live” and interesting. It’s still a long way to go but the journey is fun. 

PAN M 360: Can you remember live music shows or artists that profoundly touched you as a listener? And maybe inspired you for the creation of your live?

Cinthie: Oui, absolument. Je suis une grande fan d’Octave One, d’Aux 88, de Cosmic Baby, de 3. Raum, de Kink, de Leo Pol, d’Orbital… Il y en a tellement. Chacun a sa propre approche de la scène, mais il est très intéressant de voir comment ils transposent leur travail de studio sur scène.

PAN M 360: Pour ceux qui ne pourront pas assister à votre live, pouvez-vous décrire comment vous l’abordez ?

Cinthie : C’est un mélange de tout. De nouveaux morceaux, des remixes que j’ai faits récemment et de vieux classiques. J’ajoute de plus en plus de matériel en concert et pour MUTEK, j’ai apporté un petit synthétiseur de basse pour pouvoir peaufiner un peu plus les sons de basse. Une boîte à rythmes a été mon dernier ajout. Malheureusement, je dois voyager léger en avion, donc je ne peux pas emporter trop de choses. Je pense que mon prochain ajout sera un clavier midi. Je prends des cours de piano depuis le début de l’année et je pense que ce serait bien de jouer quelques « riffs » en direct.

Tiana McLaughlan baigne dans l’écosystème musical montréalais depuis quelques années déjà, son projet Honeydrip a été sélectionné dans une soirée à forte tendance dub/dancehall/jungle/drum’n’bass, présentée samedi à la SAT dans le contexte de la série Nocturne. Et puisqu’un album de Honeydrip est attendu pour octobre, PAN M 360 a rencontré Tiana (une seconde fois depuis son émergence) pour nous causer de son live set et de l’enregistrement à venir qui y est indirectement associé.

PAN M 360 :  Depuis quand le projet Honeydrip existe-t-il?

Tiana McLaughlan : Environ 8 ans. C’était au départ mon pseudo d’animatrice à la radio de l’université Concordia. Mon émission était alors intitulée Waves of Honey, d’où le pseudo  Honeydrip.

PAN M 360 : Quels étaient alors tes goûts musicaux?

Tiana McLaughlan   : J’ai toujours aimé la musique. À l’école secondaire j’écoutais beaucoup de rock psychédélique – Warpaint, Tame Impala, etc. À l’université, j’écoutais aussi beaucoup de musique électronique lo-fi hip-hop des années 90, musiques chill, je souhaitais alors me procurer un échantillonneur SP-404. Je me suis dit alors que le choix de ces musiques serait plus avisé pour faire de la musique électronique. Et c’est dans cette direction que j’ai fait mon émission de radio.

PAN M 360 : Et puis tu es devenue productrice. Évidemment, ce n’était pas un plan, mais quelles en furent les étapes ?

Tiana McLaughlan  : Avant de devenir productrice, je faisais DJ pour tous genres de musique. J’étais alors très éclectique et je me considère encore ainsi aujourd’hui. Alors, cette perspective est restée : mélanger et lier les genres dans un contexte d’études électroacoustiques. Dès le départ, j’avais un côté musique chill, éthérée, et c’est toujours resté en moi lorsque j’ai commencé à produire. Aussi j’ai toujours travaillé avec la percussion, j’aime les séquences rythmiques. Ayant fait de la danse à l’adolescence, j’ai conçu ma musique en fonction du mouvement et de la danse. 

PAN M 360 : Vous avez des origines caribéennes, cela  n’a-t-il pas aussi marqué votre travail?

Tiana  McLaughlan : Oui, mon père provient de la Barbade, et donc cela se trouve quelque part dans le son de mon travail.

PAN M 360 : Voilà qui justifie fort bien les invitations que vous faites dans certains de vos sets, notamment celui de MUTEK avec King Shadrock qui plonge aussi dans le dub et le dancehall.

Tiana McLaughlan  : Oui ces musiques sont à l’origine de tant de musiques électroniques d’aujourd’hui. Alors King Shadrock, que j’ai connu lorsque je travaillais au Blizzarts (devenu Barbossa), peut chanter fort bien dans les styles dub et dancehall. Alors que mes beats et ma musique électronique peuvent aussi naviguer dans le dub et le dancehall, mais aussi dans d’autres genres. Difficile d’étiqueter tout ça !

PAN M 360 : Nous n’avons pas à le faire obligatoirement ! 

Tiana McLaughlan : Exactement. Pour créer de nouveaux sons et repousser les frontières musicales, on ne doit pas viser obligatoirement un seul style.

PAN M 360 : Le spectacle est aussi important pour vous.

Tiana McLaughlan :  Oui, le mouvement et les vêtements de scène sont liés aux images et à la musique Avec l’artiste visuelle Emma Forgues, nous avons fait en sorte que le son et les images projetées soient connectés en temps réel.

PAN M 360 : Un trio permanent pourrait émerger de cette expérience!

Tiana McLaughlan : Je l’espère! J’aime l’idée de ne pas être seule dans ce projet et j’ai actuellement de bons alliés. Ça fait chaud au cœur et je souhaite faire des tournées mondiales avec une équipe.

PAN M 360 : Tout ce travail vous mène également à la confection d’un nouvel enregistrement prévu en octobre. Comment cela s’est-il passé?

Tiana McLaughlan : On va en studio, on discute, on enregistre les voix surtout en freestyle après quoi je crée un arrangement et reviens avec les chanteurs pour finaliser le tout. On a d’ailleurs répété plusieurs chansons depuis quelque temps, de manière à finaliser cet album.

PAN M 360 : Comme vous, il y a de plus en plus d’artistes de la scène électronique qui sont éduqués en  électroacoustique. Que tirez-vous de votre éducation ?

Tiana McLaughlan : J’ai vraiment bénéficié de ce programme à Concordia. Pour les formations, mais aussi pour le contact avec d’autres producteurs aux études et pour l’accès à de l’équipement professionnel – qui m’avait d’ailleurs permis de faire mon premier live. J’y restais parfois très tard dans la nuit pour y travailler. En fait, on en tire ce qu’on veut et je savais ce que je voulais faire. Il y avait beaucoup d’entraide entre les étudiants.

Sara Berts, compositrice et designer sonore de Turin, utilise le synthétiseur Buchla afin de compléter et traiter des enregistrements de terrain effectués en pleine  nature. Après avoir étudié l’ingénierie du son à l’Institut SAE de Milan, elle a participé à de nombreux projets artistiques, organisations et festivals, dont le Club2Club Festival, Primavera Sound et Elementi, pour n’en citer que quelques-uns. 

Ainsi, Sara Berts combine les enregistrements de terrain et la synthèse, à la recherche d’un espace sonore intermédiaire entre les sons générés naturellement et le célèbre synthétiseur semi-modulaire de feu le pionnier Donald Buchla.

PAN M 360 : C’est la première fois que vous venez à MUTEK ?

Sara Berts : Oui, c’est ma première fois à MUTEK et ma deuxième à Montréal – je suis juste venue en touriste pour rendre visite à des amis.

PAN M 360 : Votre processus créatif est très intéressant. Il commence par des études d’électroacoustique et aboutit à des enregistrements sur le terrain. Pouvez-vous l’expliquer ?

Sara Berts : Mon processus créatif est fortement influencé par la nature. J’ai passé du temps isolée dans la nature, c’est en quelque sorte une pratique pour moi, similaire à la méditation ou au yoga. Cela s’est produit pour la première fois lorsque j’étais au Pérou, dans la forêt amazonienne. Cette expérience m’a conduite à la composition de mon premier EP, sorti en 2021, composé d’enregistrements de terrain provenant de l’Amazonie et d’un synthétiseur semi-modulaire Buchla, qui est le principal instrument que j’utilise. 

Et le deuxième EP, qui est sorti en septembre 2022, a également été influencé par une longue période d’isolement dans la forêt environnante, à côté de ma maison à Turin, dans le nord de l’Italie. C’est arrivé pendant la pandémie, lorsque la ville a perdu tout son pouvoir d’attraction (pas de concerts, pas de théâtre, pas de cinéma, pas de restaurants).J’ai donc passé beaucoup de temps dans les bois près de ma maison à Turin. Et chaque fois que je passe du temps dans la nature, c’est comme si la qualité de ma présence s’améliore. J’ai l’impression que les plantes, les insectes et les oiseaux m’invitent en quelque sorte à me joindre à ma musique. Il s’agit donc d’une sorte d’invitation provenant du son de la nature, mais pas seulement du son des animaux, mais aussi des mouvements des animaux et de la végétation.J’aime transposer cela dans le son.

PAN M 360 : Il y a quelques producteurs électroniques ou compositeurs électroacoustiques qui enregistrent des sons dans la nature. Avez-vous l’impression de faire partie d’une communauté ? 

Sara Berts :Bien sûr, il existe une communauté de personnes créatives qui partagent la même inspiration.De nombreux musiciens croient en cette beauté et en sa musicalité.Par exemple, j’ai entendu parler d’un artiste coréen nommé Kohui. Alors oui, il y a vraiment un  mouvement d’artistes rompus à l’enregistrement du paysage sonore naturel.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous dire pourquoi vous utilisez le synthétiseur Buchla ?

Sara Berts : C’est un synthétiseur unique et assez emblématique, car il a été conçu par le physicien Don Buchla, qui était le maître de la synthèse sonore de la côte ouest. C’est un instrument très imprévisible, il possède une gamme de tensions aléatoires. D’une certaine manière, il faut passer du temps avec l’instrument et se connecter avec lui, j’ai parfois l’impression qu’il a sa propre volonté !  Pendant la pandémie, j’ai passé beaucoup de temps avec cet instrument, qui m’a beaucoup aidé à faire face au stress de l’isolement.

PAN M 360 : Et que faites-vous avec vos enregistrements de terrain ?  Comment procédez-vous après avoir trouvé des sons dans la nature ? Comment filtrez-vous ces sons ?  

Sara Berts : Je ne filtre pas beaucoup ces enregistrements de terrain, je les égalise juste pour pouvoir enlever les fréquences qui posent problème ou qui ne sont pas intéressantes d’un point de vue esthétique. Mais la plupart du temps, je laisse les enregistrements de terrain tels quels. Je ne les modifie donc pas tellement.

PAN M 360 : Ces sons sont en quelque sorte des citations de la nature.

Sara Berts : Oui. Lorsque j’entends un paysage sonore naturel, je peux déjà ressentir la musicalité du son. Puis je rentre chez moi, je commence à écouter les enregistrements sur le terrain et je commence à les égaliser. D’une certaine manière, c’est une invitation de l’environnement sonore et aussi après une autre invitation du synthétiseur Buchla. C’est comme si j’avais une jam session avec un paysage sonore naturel !

PAN M 360 : Et qu’ajoutez-vous avec votre Buchla ?  

Sara Berts : Je peux ajouter des couches sonores du synthétiseur, je peux aussi mélanger et jouer avec le volume des enregistrements effectués sur le terrain. Parfois, ça devient plus fort, parfois le synthétiseur devient le personnage principal ou la voix principale.C’est donc plus un processus de mixage que d’édition.

PAN M 360 : Et lorsque vous jouez de cette musique, votre set live est-il une sorte de reproduction de ce que vous avez enregistré ?  

Sara Berts : Il y a quelques clips sonores que je peux lancer en temps réel avec Ableton Live, puis je joue en direct quelques couches du synthé Buchla sur ces enregistrements de terrain.

PAN M 360 : Quel est donc le prochain paysage sonore que vous allez explorer ?

Sara Berts : Pour le prochain projet, il y aura certainement des éléments naturels dans le prochain album, sur lequel je travaille en ce moment. Mais je vais expérimenter et, cette fois, je trouve très intéressant de travailler avec la voix et avec mon chant.J’ai commencé à explorer le chant il y a un an, ce sera un nouvel élément qui n’était pas présent dans l’EP précédent. Je vais également expérimenter des rythmes nouveaux. Ce ne sera donc pas seulement mélodique et downtempo comme ça l’est en ce moment, il y aura aussi de la batterie et des pistes plus musclées rythmiquement.

PAN M 360 : Utiliserez-vous la voix humaine et de nouveaux rythmes lors du concert de Montréal ?

Sara Berts :Non, j’interpréterai mes projets précédents.

PAN M 360 : Et puis vous reviendrez avec le nouveau matériel !

Sara Berts : Oui, je l’espère !

SARA BERTS SE PRODUIT À MUTEK, SAMEDI, 17H, ESPLANADE TRANQUILLE

Rosina, un spectacle de drag queen mêlé furieusement  à un beatmaking de musique électronique de haut niveau, est né de notre monde apocalyptique. Ainsi, Rosina est à la recherche de joie, de gentillesse et de bienveillance.

 « Rosina a pour objet de libérer nos esprits dans l’univers et de se connecter au divin  » dixit  le profil bio de ce collectif on ne peut plus sympa. Les 3 membres de Rosina sont également à la recherche de paysages naturels, à travers la technologie,  » honorant les vivants et les non-vivants, les ancêtres humains et non-humains, et pourtant nés de la  grande ville.  » 

Plus précisément, il  s’agit d’une collaboration entre le producteur Murr, la drag-performeuse et artiste multidisciplinaire Franny Galore-Wngz, et le producteur, chanteur, fauteur de merde et poétesse Rosina. Basic Income est le premier album de ce collectif issu de communautés marginalisées, évidemment issu de la mouvance LGBTQ +. 

 » ROSINA est une célébration, où une partie de l’art du travestissement et de la performance se fond dans  la musique de danse. C’est sensuel, amusant, ridicule, astucieux, d’attitude punk et cela aborde des questions importantes auxquelles leurs communautés sont confrontées ! « 

Ce sont exactement les  raisons pour lesquelles PAN M 360 a voulu rencontrer ces humains avant leur première représentation de MUTEK.

PAN M 360 : Rosina, vous avez un accent britannique et vous êtes de Toronto. Expliquez-nous !

Rosina :  Vous savez, nous faisons semblant d’être britanniques parce que nous pensons que Montréal n’aime pas les Torontois. Alors on va peut-être changer d’accent.

PAN M 360 : Hahaha ! Quelle est votre approche en tant que formation ?

Rosina : C’est un peu comme une performance artistique et nous nous moquons de tout !

PAN M 360 : Est-ce une nouvelle configuration pour vous ?

Rosina : Oui. Nous l’avons joué à Toronto, dans de petites salles et de petits festivals. L’album est sorti il y a trois ans mais nous ne l’avons dit à personne. Alors qui s’en soucie encore ? 

PAN M 360 : Oui, en effet. Il y a tellement d’excellentes productions qui se produisent tout le temps maintenant, qu’il est impossible de les identifier toutes.

Rosina : Exactement. Nous prenons notre temps. Nous lançons un album, puis nous avons un site web et une vidéo qui sortent. 

PAN M 360 : Vous vous êtes rencontrés à Toronto ?

Franny Galore-Wngz : Oui, nous nous connaissons depuis un certain temps. Rose était mon mentor. Elle l’était il y a des années, quand je faisais de la comédie musicale. Mais c’est pendant la pandémie que nous avons eu besoin de trouver un moyen de faire face à la situation. Nous avons donc commencé à nous côtoyer. Et le projet est né.

Rosina : Oui, nous vivons dans un entrepôt à Toronto, Unit 2, et pendant le COVID, nous avons eu la chance d’être à l’extérieur. C’est un espace génial, mais il est en train de disparaître parce que tout ce quartier est en train de s’embourgeoiser. Mais nous sommes toujours là. Nous arrivons toujours à nous amuser et nous ne recevons aucune plainte concernant le son. Nous sommes donc là depuis longtemps.  

PAN M 360 : Expliquez-nous cette configuration.

Rosina : C’est un trio, Murr est un producteur de musique électronique.Il a commencé par le hip hop.Il dirige tout en direct et nous deux, c’est une sorte de performance de drague. Je commence d’une manière particulière. Nous sommes très masculins et amicaux, nous commençons comme ça et, au fur et à mesure que le spectacle avance, nous changeons de genre. Et puis on parle beaucoup de merde et on danse haha !

PAN M 360 : Votre musique est un mélange de plusieurs styles. Il y a le hip hop, la house, le dub, pour n’en citer que quelques-uns. Qu’y a-t-il d’autre ?

Rosina : Il y a un peu de techno. En live, c’est un peu plus dur. Mais nous utilisons aussi beaucoup de rythmes internationaux comme le brésilien.

Franny Galore-Wngz : Oui, il y a beaucoup d’inspiration latine dans certaines chansons, mais c’est magnifique de venir d’horizons aussi divers et d’être capable de mettre en œuvre ces histoires et l’album, ce que les gens ont expérimenté. Mais oui, j’ai l’impression que c’est le grand mélange, c’est juste un mélange de nous tous.

PAN M 360 : Pouvons-nous être plus précis sur la production ?

Rosina : La production était principalement assurée par Nick. Mais j’ai aussi fait des arrangements, j’ai utilisé Ableton et j’ai fait mes voix.  Pour cet album, nous avons eu la chance d’avoir accès au studio House of Balloons à Toronto, qui est géré par Doc McKinney, qui a beaucoup travaillé pour The Weeknd. Il fait partie de notre famille. Pendant la pandémie, nous avons passé trois mois à écrire avec Nick, à échanger des morceaux, à faire des allers-retours. Nick (Murr) m’envoyait des rythmes et je les modifiais. Ensuite, je faisais les voix, et nous avons procédé de manière très organique. Et c’est un peu comme ça que nous travaillons, et en live, Nick lance les rythmes et nous courons et dansons.

Franny Galore-Wngz : C’est une émission très aléatoire, un projet très aléatoire aussi, mais il y a aussi beaucoup d’informations sur la vie. Parce que tout dans la vie actuelle est si aléatoire et si chaotique.Et nous essayons de prendre un peu de cela et de le transformer en joie.Rosina : Et nous sommes assez critiques, l’album s’appelle Basic Income.Je viens moi-même de la scène militante de Toronto, et j’ai parfois l’impression que nous nous prenons trop au sérieux.Nous essayons donc de nous amuser, car l’activisme peut être trop pesant. Nous voulions donc travailler en nous amusant.C’est un moyen pour nous de survivre spirituellement.

PAN M 360 : Exportez-vous votre album et votre spectacle ?Rosina : Oui, par exemple, l’un de nos labels est basé à La Havane Est, à Cuba.Nous voulons simplement faire de la musique pour voyager et rencontrer des gens que nous voulons vraiment rencontrer. Nous ne nous préoccupons pas tant de la célébrité et de l’argent que des voyages, des relations et des découvertes.Et voir le monde naturel avant qu’il ne disparaisse parce que nous le tuons.Et faire des spectacles dans la forêt ou sur la plage.Nous serions tellement heureux de faire cela.

PAN M 360 : L’art est donc pour vous un moyen de vous évader.

Rosina : Oui, absolument. Nous essayons de créer notre propre monde. Nous n’avons pas le temps de démanteler celui que nous avons, mais je peux en créer un nouveau. Et nous essayons aussi de développer une communauté de personnes queer et trans et, et plus de personnes de couleur, de personnes brunes et noires et d’autres amitiés. Nous touchons donc toutes sortes de personnes, mais nous mettons l’accent sur le soutien aux communautés marginalisées. Vous savez, je ne pense pas que nous soyons marginalisés, mais on ne cesse de nous le répéter.  Nous essayons donc de créer ce monde et de rassembler nos communautés pour que nous puissions tous survivre.

ROSINA SE PRODUIT À MUTEK MONTRÉAL 2023, CE SAMEDI, 20H, ESPLANADE TRANQUILLE

Atamone est un producteur de musique inuk expérimenté, né à Montréal, multi-instrumentiste et artiste multimédia impliqué dans l’animation 3D, la conception sonore et les médias interactifs. Il crée des rythmes enjoués et entraînants, incorporant des éléments de jazz, de soul, de hip hop, de house et de techno. Son matériel comprend des instruments analogiques et des technologies numériques, mais aussi de la musique instrumentale. Il a sorti de la musique sur les labels Tour De Manege et Inner Ocean Records.

PAN M 360 : Après avoir écouté votre musique, nous constatons que vous vous intéressez au boom-bap, au hip-hop instrumental, au jazz hip-hop et à d’autres influences électroniques.

Atamone : Oui, on peut dire ça… Et je touche aussi un peu à la house. Plus précisément, ce que je fais est une exploration de la culture underground, du hip hop et de la dance music. Une grande partie de mon influence vient de l’exploration des différents aspects de la culture underground ainsi que des arts visuels. Quand j’étais plus jeune, je m’intéressais beaucoup aux graffitis, mais je ne m’y intéresse plus. Je veux dire que cela fait toujours partie de mon parcours, bien sûr.

PAN M 360 : Vous avez donc plongé dans la culture hip hop totale !

Atamone : Oui. J’en collectionne aussi les disques, je suis également un fan de jazz, ça fait partie de mon identité.

PAN M 360 : Créez-vous vos propres images pour vos concerts ou vos sets de DJ ?

Atamone : Cela pourrait arriver, mais je n’ai pas prévu de set visuel cette année.

PAN M 360 : Votre set live est-il réalisé avec un VJ ?

Atamone : Non, ce n’est pas le cas. Je ne travaille pas avec un VJ cette année. Je ne suis pas sûr que la scène où je joue soit préparée pour cela.

PAN M 360 : D’accord, c’est donc exclusivement de la musique.

Atamone : Oui, ce sera une performance musicale en direct avec mon gear.

PAN M 360 : Et quel est votre gear ?

Atamone : J’utilise un hybride entre logiciel et matériel, principalement Ableton et une boîte à rythmes SP404.

PAN M 360 : Votre musique s’accorderait également très bien avec un groupe de musiciens. Nous pouvons imaginer des instruments jouant votre musique.

Atamone : Effectivement, j’ai déjà travaillé avec des groupes. Et cette fois-ci, d’ailleurs, je serai accompagné d’un bassiste – il s’appelle Jesse Manzini. Grâce à mes enregistrements, je peux ajouter des instruments, une guitare, une basse, des percussions. C’est une démarche humaniste et j’aime aussi l’inclure en live.

Atamone : Vous allez donc utiliser un pad numérique à Mutek ?

Atamone : Oui, exactement. Je tapote les pads sur des batteries et des rythmes préenregistrés. Cela donne toujours un résultat différent. Il s’agit d’interagir avec la machine

PAN M 360 : Votre profil bio indique que vous êtes né et avez grandi à Montréal et que vous avez également des origines inuites. Pouvez-vous expliquer votre parcours familial ?

Atamone : J’ai vécu la majeure partie de ma vie à Montréal. Mais j’ai aussi vécu en partie au Nunavut, dans la région de Yellowknife. Mais ma communauté est en fait originaire du Nunavik, dans le nord du Québec, plus précisément à Kuujjuaq.

PAN M 360 : Peut-être que ce n’est pas pertinent de poser cette question, mais faites-vous parfois référence à vos racines autochtones dans votre travail musical ? Est-ce important pour vous ?

Atamone : Je ne me suis pas vraiment penché sur cette question.

PAN M 360 : Ce n’est absolument pas une obligation. Tout être humain peut faire ce qu’il veut sur le plan artistique. Un artiste international n’est pas obligé de citer sa musique traditionnelle dans ses compositions originales.

Atamone : Oui, exactement. Je ne suis pas lié à un style ou à une tradition culturelle d’une communauté.

PAN M 360 : Bien sûr, nous ne nous attendons pas à ce que vous introduisiez obligatoirement des chansons traditionnelles dans votre hip-hop électronique. Les origines de l’artiste ne signifient pas ce qu’il fait aujourd’hui.

Atamone : Oui, exactement. Ce que je fais vient principalement de mon propre isolement et du mal que j’avais à trouver d’autres musiciens avec qui jouer. C’est ainsi que j’ai commencé à composer avec des boîtes à rythmes, des échantillonneurs et des logiciels.

PAN M 360 : Vous faites partie de ces producteurs qui nous amènent à penser que le jazz hip hop est définitivement de retour. Vous devez apprécier le hip-hop des années 90, de feu J Dilla à A Tribe Called Quest, Diggable Planets, Pharcyde et Jurassic Five.

Atamone : Oui, absolument. J Dilla est l’une de mes plus grandes influences, c’est certain. Et j’ai eu la chance de collaborer avec mon bon ami Illa J, qui est le frère de J Dilla.

PAN M 360: Wow !

Atamone : Oui, j’ai eu la chance d’entrer en contact avec lui lorsqu’il vivait brièvement à Montréal. Avant qu’il ne retourne à Détroit, et maintenant il est à Las Vegas. Mais oui, nous travaillons toujours ensemble. Je viens d’enregistrer quelques instruments sur son dernier album.

PAN M 360 : Vous êtes donc un producteur et un multi-instrumentiste, n’est-ce pas ?

Atamone : Oui. Ce que je fais est assez large, cela va de la création de rythmes en direct au DJing en passant par le multi-instrumentalisme et même les performances acoustiques. J’ai fait quelques performances acoustiques, en accompagnant des chanteurs. Et même en ce qui concerne la musique ambiante, donc musicalement, mes intérêts musicaux sont assez vastes. Je m’adapte assez facilement à la situation.

PAN M : Quand avez-vous commencé à vous produire professionnellement ?

Atamone : J’ai commencé mon projet Atamone en 2011, en fait, donc ça fera 12 ans en septembre. Et ce sera ma deuxième participation à MUTEK, la première ayant eu lieu il y a 10 ans.

PAN M 360 : Après toutes ces années, gagnez-vous votre vie avec votre musique ?

Atamone : C’est très difficile depuis la pandémie. Mais comme avant la pandémie, je jouais des événements assez régulièrement. Chaque semaine. Je faisais partie de l’équipe du Tour de Manège à Montréal et je jouais chaque semaine dans un pub, donc c’était gérable. Et puis, depuis la pandémie, ce n’était plus le cas, alors j’ai décidé de retourner à l’école pour étudier les arts visuels et l’animation 3D. J’ai hâte de ralentir un peu pendant l’automne et l’hiver pour me concentrer sur l’application de cette pratique dans mes performances. C’est mon prochain projet.

PAN M 360 : Et musicalement, quelle est la prochaine étape ?

Atamone :Il y aura un album 7 titres, qui est prêt à sortir et je viens de sortir un single, début août de cet album, et je vais sortir un autre single. Ensuite, l’album sortira très bientôt.En ce moment, j’essaie d’élargir mon catalogue musical, d’un point de vue sonore, en explorant différents genres et bpm, plus dans la techno et la house.

PAN M 360: Merci!

Hatis Noit, une chanteuse japonaise aux multiples talents originaire d’une petite île au large d’Hokkaido, a choqué le monde électronique et électroacoustique l’année dernière avec la sortie d’Aura, un album expérimental centré sur la voix qui a été publié sur Erased Tapes, la maison du wonderboy de l’électronique ambiante Nils Frahm. Le résultat est une affaire méditative, parfois ambiante, qui ressemble plus à une écoute de prières bouddhistes ou spirituelles qu’à un album complet.

Il n’y a vraiment rien de comparable, et en live, Hatis Noit est un tout autre genre de bête. C’est émouvant et cela ne demande qu’à être vécu en personne. Heureusement, Hatis Noit donnera son premier concert à Montréal à l’occasion du festival MUTEK de cette année. Bien sûr, il y a un autre aspect à attendre avec impatience : une réponse en temps réel de l’IA, programmée par Yuma Kishi, aux voix en boucle d’Hatis Noit. Nous avons eu une brève discussion avec Hatis Noit avant sa performance pour en savoir un peu plus.

PAN M 360: Avez-vous grandi dans une ambiance musicale ? Le chant a-t-il été encouragé pendant votre enfance ?

Hatis Noit: Il n’y avait pas un seul musicien dans ma famille. Bien que j’aime chanter depuis mon enfance, ma famille estime que je suis une assez mauvaise chanteuse. Ils me disaient que lorsque je rentrais de l’école en chantant, ils savaient que j’étais rentrée rien qu’au son de ma voix. Je suis heureuse de ne pas avoir écouté les plaintes de ma famille et d’avoir continué à chanter (haha).

PAN M 360: La chanson « Himbrimi » me rend toujours sombre et je ne peux pas expliquer pourquoi parce que je ne comprends pas la langue, mais il y a quelque chose qui réside dans votre style vocal. De quoi parle cette chanson et, à partir de là, pensez-vous que la musique est un langage universel ?

Hatis Noit: Vous n’êtes pas la première personne à me dire que vous vous sentez « triste » lorsque vous écoutez « Himbrimi ». En fait, c’est une chanson très ludique et amusante pour moi. Il n’y a pas de paroles dans cette chanson et il n’y a pas d’histoire spécifique. La musique est pour moi un langage beaucoup plus éloquent que les mots et contient toutes sortes de souvenirs, de sensations et d’informations qui sont trop riches pour être décrits avec des mots. Je pense que lorsque le symbolisme de la musique est à nouveau traduit dans sa signification, les gens se connectent d’une certaine manière à leurs souvenirs et à leurs sensations. C’est très thérapeutique et j’aime beaucoup cet aspect de la musique.

PAN M 360: Le grand William Basinski a retravaillé votre chanson « Inori » il y a quelques mois. S’agissait-il plutôt d’une collaboration ?

Hatis Noit: J’ai été très touchée que William comprenne si profondément la chanson « Inori » et qu’il en embrasse le chagrin si doucement par le son. Le son du piano, qui signifie sa maison pour lui, embrasse doucement les souvenirs des maisons que les habitants de Fukushima ont perdues à cause du tremblement de terre, du tsunami et de la catastrophe de la centrale nucléaire. C’est devenu une collaboration très spéciale pour moi.

PAN M 360: Vous avez choqué le monde avec Aura, mais avez-vous déjà commencé à travailler sur votre prochain projet?

Hatis Noit: Le fait d’avoir donné tant de concerts depuis la sortie d’Aura m’a paradoxalement motivé à faire un autre album. J’ai envie de me rendre à nouveau vulnérable sur scène en interprétant de nouvelles chansons.


PAN M 360: Comme vous utilisez un looper pour votre voix, vous devez faire preuve de beaucoup de spontanéité dans vos interprétations. Plus d’improvisation avec vous-même ?

Hatis Noit: Oui, comme vous l’avez imaginé, mon processus d’écriture commence par l’improvisation, avec le seul instrument autre que ma voix, le looper.

PAN M 360: Votre musique semble très méditative, non seulement à écouter mais aussi à faire sur place. À partir de là, quelle est l’importance du public dans votre performance ? Ou la considérez-vous plutôt comme une transe personnelle ?

Hatis Noit: Le public est très important dans mon travail. Lorsque je chante, j’essaie de me connecter musicalement et énergétiquement à l’espace et aux personnes qui s’y trouvent. Ils m’inspirent beaucoup et, d’une certaine manière, mes performances changent à chaque fois. Je pense que les espaces physiques dans lesquels je chante et les personnes qui m’accompagnent sont les deuxième et troisième membres de ma performance.

PAN M 360: Pour MUTEK, vous jouerez avec Yuma Kishi, qui utilisera l’IA pour créer une sorte d’expérience multimédia. Que pouvez-vous nous dire sur ce projet et connaissez-vous déjà Yuma dans le monde de l’art ?

Hatis Noit: Pour la chanson « Angelus Novus », je me produirai avec des œuvres d’art visuel de Yuma. Une IA programmée par Yuma générera des images en temps réel en réponse à ma voix sur scène. Alimentée par ma voix, l’IA montrera trois figures asiatiques en mouvement, dont moi-même, montrant leurs identités individuelles, leurs similitudes et leurs différences génétiques, fusionnant et se séparant à nouveau à travers les frontières physiques et spirituelles qui nous séparent. Je veux ainsi montrer la certitude et l’ambiguïté du « moi », et la potentialité des deux.

HATIS NOIT JOUE À MUTEK A/VISIONS 2 , 26 août 2023, 19h – BILLETS ICI

Au début du mois d’août, le rappeur Neimo a dévoilé l’excellente BOÎTE DE PANDORE, une mixtape de neuf titres démontrant toute la polyvalence et les habiletés du Québécois. À l’occasion de cette sortie, PAN M 360 a rencontré l’artiste de 18 ans à son studio afin de discuter de son histoire, de ses influences, de son nouveau projet et même d’Hubert Lenoir. 

Né au Québec de deux parents français, Neimo a grandi dans la ville de Saint-Eustache. Au cours des deux dernières années, le jeune homme a publié de nombreux morceaux et s’est attiré l’attention de la scène montréalaise, notamment avec les sorties de ses EPs Né pour briller et Rien n’a changé. Son accent franco-québécois, son univers musical, sa plume ainsi que ses flows diversifiés font de lui un artiste à surveiller au cours des prochaines années. 

Avec BOÎTE DE PANDORE, nous faisons la rencontre d’un Neimo authentique, transparent et créatif. Sur de très bonnes productions auxquelles il a travaillé, l’artiste explore de nouvelles avenues. On ressent que sa musique est en pleine mutation, ce qui donne lieu à des moments à la fois musicalement imparfaits et intéressants comme sur différemment.

En passant par le boom bap, la trap, des morceaux plus chantés et même le jazz, le protagoniste est accompagné d’homme sur CENDRES et de Franky Fade sur AROUND THE WORLD, l’un des meilleurs titres du projet. Cette offrande à la fois diversifiée et cohérente raconte le cheminement psychologique de Neimo lors de la création de l’album. D’une durée d’une vingtaine de minutes, BOÎTE DE PANDORE est très accessible et mérite d’être découvert. 

Neimo foulera la scène du Ministère le 7 septembre prochain lors du lancement d’album du rappeur québécois DVinyle.

PAN M 360 : Enchanté! D’où venez-vous et comment est né votre passion pour la musique?

NEIMO : Je suis né au Québec de deux parents français, ce qui explique mon accent mi-français, mi-québécois. J’ai grandi à Saint-Eustache et j’habite à Montréal seulement depuis juillet dernier. À l’âge de trois ans, j’ai été initié à la musique au Conservatoire. Plus tard, j’ai fait du violon au primaire, et ce pendant au moins une heure chaque jour. Rendu à douze ans, je n’en pouvais tout simplement plus du violon et j’ai décidé de le vendre. Peu de temps après, je me suis fait un mini-studio dans ma chambre avec mon portable, un micro, une enceinte et une carte son. Il ne m’en fallait pas plus pour que j’enregistre des morceaux sur des type beats de YouTube, et me voilà j’en suis aujourd’hui.

PAN M 360 : Quels genres de musiques écoutiez-vous plus jeune? Et maintenant?

NEIMO : J’écoutais et j’écoute encore beaucoup de rap français. Les premiers projets de Caballero & JeanJass et Nekfeu ont été très importants pour moi. Aujourd’hui, j’écoute de tout. Ces temps-ci, je suis beaucoup dans le rock des années 70 et le rap actuel. 

PAN M 360 : Et ces artistes que vous venez tout juste de nommer, est-ce à quoi vous souhaitez ressembler? 

NEIMO : Ça va sembler étonnant, mais je dirais que ce ne sont pas mes plus grandes influences. Mon artiste préféré, c’est Hubert Lenoir. C’est certain que je souhaite faire des rimes et impressionné comme un artiste tel que Caballero, mais j’aimerais davantage suivre les traces d’Hubert. 

PAN M 360 :  Ce n’est définitivement pas la réponse à laquelle je m’attendais, mais il est vrai qu’on sent quelque peu l’influence d’Hubert Lenoir dans BOÎTE DE PANDORE. Quel est votre projet préféré de ce dernier?

NEIMO : C’est assurément son plus récent, PICTURA DE IPSE: Musique directe. J’aime beaucoup Darlène et les deux opus de son ancien projet The Seasons, mais c’est vraiment son dernier album qui m’a « donné une claque ». Au début, son album est presque repoussant, car tu ne comprends pas vraiment ce que tu écoutes. Au bout de 3-4 écoutes, tu comprends la cohérence dans l’incohérence de son art. Sa musique devient limpide et tu ne peux plus t’arrêter d’écouter. Ça m’a rendu accro et ça m’a même touché par moment. On y retrouve des phrases qui sont inhabituelles dans la musique populaire. C’est un projet sincère et je trouve ça très intéressant. 

PAN M 360 : Comment diriez-vous que ce projet a influencé votre nouvelle mixtape? 

NEIMO : Le concept de musique directe et de tout simplement exprimer ce qui se passe dans notre vie m’a beaucoup inspiré. Le morceau UN AUTRE GARS est un excellent exemple de ça. Sinon, son influence se fait ressentir au niveau du visuel, dans la mesure où je me laisse aller et que je ne crains pas d’accepter l’extravagance. 

PAN M 360 : Parlons davantage de BOÎTE DE PANDORE, votre plus récent projet paru le 4 août dernier. Comment s’est déroulée la création? 

NEIMO : Ça a été un très long processus créatif. J’ai commencé à travailler sur cette mixtape avant Né pour briller, mon EP sorti en novembre 2022. Pendant la création de BOÎTE DE PANDORE, je suis passé à travers plusieurs phases de remises en question. À plusieurs reprises, le projet à presque avorté. Tout a commencé il y a un peu plus d’un an lorsque j’étais avec un ami et que nous avons enregistré l’introduction. À ce moment-là, nous pensions que la création allait se dérouler comme sur des roulettes, mais ça n’a pas été le cas. Nous avons dû faire plus de 50 morceaux pour en arriver aux neuf qui se retrouvent sur la mixtape. Le processus était très intéressant et ça m’a permis de me poser beaucoup de questions sur moi-même. La première version du projet avait plus d’interludes et il y avait plus de narration. À force d’écouter les sons, nous avons décidé d’en couper pour que ça soit plus digeste, ce qui nous a forcé à enlever des interludes pour ne pas en avoir trop versus le nombre de chansons. Nous avons tout de même réussi à raconter ce que je voulais, et je suis vraiment heureux du résultat. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que ces interludes nous permettaient d’apprendre de plus sur l’histoire du projet? Quel est ce message que vous souhaitiez transmettre?

NEIMO : Il y a eu un interlude d’un enregistrement vocal d’une discussion que j’avais eue avec un ami où je disais que j’étais débordé par mes problèmes, mais que je devais les régler un par un. Cette pièce mettait l’ambiance pour une enfilade de plusieurs morceaux qui parlaient de différents problèmes, mais nous l’avons mise de côté. On avait aussi prévu de faire un interlude pour « fermer » la boîte de pandore au milieu du projet afin d’indiquer le début de la deuxième moitié de la mixtape. On a aussi décidé de l’enlever parce qu’elle était trop longue. Malgré l’absence de ces interludes, c’est facile de comprendre mon projet. BOÎTE DE PANDORE est un projet très personnel. Ça parle en quelque sorte de ma quête vers le bonheur. Ça aborde le fait d’accepter ses émotions et de vouloir atteindre une certaine sérénité intérieure. Le projet commence sombre en parlant de rupture et ça en parle aussi dans le titre UN AUTRE GARS. Au fil du projet, la vibe devient plus douce et l’on comprend que j’ai une copine. Le projet suit mon cheminement mental et ma direction positive. Si vous écoutez les paroles, vous suivez mon avancée psychologique.

PAN M 360 : Les trames sonores des différents morceaux du projet sont franchement intéressantes. Avez-vous assumé la production du projet?

NEIMO : En partie, oui. Il y a des morceaux que j’ai produits tout seul, tandis que pour d’autres, plusieurs personnes y ont mis la main à la pâte. Au tout début, le projet devait être produit par une seule personne, mais cela n’a pas fonctionné. Deux producteurs de France ont repris le tout et le projet de mixtape a repris vie. Pendant le processus, je créais des maquettes et je les envoyais à d’autres collègues qui y ajoutaient des éléments. D’ailleurs, j’ai travaillé à plusieurs reprises avec le producteur québécois Kodakludo. C’était super enrichissant de travailler avec différentes personnes et ça a permis d’avoir un résultat très complet. 

PAN M 360 : Votre mixtape débute avec PANDORE (ouverture). Présentez-moi les différentes couches sonores de la production du morceau?

NEIMO :

PAN M 360 : L’un de mes morceaux favoris est sans équivoque AROUND THE WORLD avec Franky Fade. Que raconte cette chanson?

NEIMO : Dans ce morceau, ce n’est pas encore la joie ni la fête, mais ça commence à aller un peu mieux. En gros, ça raconte qu’on se débrouille avec ce que l’on a pour être heureux. Ça parle aussi que l’on fait des spectacles avec des amis et qu’on fait le « tour du monde » avec notre musique. C’est vraiment un morceau qui parle de passer du temps entre amis et qu’on est les plus forts. C’est très égocentrique et brut comme titre. 

Il y a une anecdote que je dois raconter sur AROUND THE WORLD. Au début, j’ai reçu une prod et le sample me rendait fou. À ce moment-là, j’ai écrit un premier couplet et je l’ai acheminé à Franky Fade, qui me l’a renvoyé à son tour avec sa partie. Franky voulait retravailler les batteries du morceau, mais j’avais perdu le fichier avec les différentes pistes sonores. C’était la panique totale. Un jour, on a finalement réussi à retrouver le sample et j’ai dû refaire les batteries et réécrire mon couplet pour finir mon titre. C’est à la fois le premier morceau que j’ai commencé pour le projet et le dernier que j’ai finalisé. La deuxième version est bien meilleure que la première, c’était peut-être une bonne chose d’avoir perdu les fichiers!

PAN M 360 : Par son début jazz et de sa deuxième moitié plus chantée, différemment détonne de tous les autres morceaux de BOÎTE DE PANDORE. Quelle est l’idée derrière ce titre en deux temps?

NEIMO : Écoute, l’ouverture de la chanson a été enregistrée à la Maison Kekpart, la maison des jeunes à Longueuil. J’étais présent lors d’un concert de talent qui s’y déroulait et j’ai tout simplement enregistré le groupe jazz qui jouait avec mon téléphone. Je me suis dit que je ferais quelque chose avec cet extrait sonore un jour, et c’est devenu l’intro de différemment. En ce qui concerne la deuxième moitié du titre, j’étais dans ma chambre et ça ne feelait pas trop. J’ai trouvé trois accords de piano, j’ai posé mon téléphone puis je me suis mis à jouer et chanter. J’ai exprimé ce que je ressentais en chansons et j’ai adoré le résultat. Je trouvais que ça se collait bien à l’extrait sonore jazz et c’est l’une de mes pièces favorites de la mixtape

PAN M 360 : Après un projet tel que BOÎTE DE PANDORE, à quoi doit-on s’attendre de vous pour la suite?

NEIMO : Je ne veux pas trop m’avancer, mais je crois que j’ai réussi à me trouver en tant qu’artiste grâce à la création de ce projet. Je trouve que j’en suis arriver à un projet plus complet et précis que ce que j’ai fait auparavant. Je suis davantage vrai avec moi-même, et je vais toujours essayer d’être de plus en plus sincère dans mes textes. Avec le temps, je grandis, je vis de nouvelles choses et j’ai plus de choses à raconter. Je veux continuer dans la direction que j’ai entreprise et voir où tout cela va me mener. On doit s’attendre à plus de collaborations dans le futur, c’est certain.

Crédit photo : Ludovic Rolland-Marcotte

Airhaert est multi-instrumentiste, DJ, productrice et artiste visuelle. En février dernier, elle sort I. I. (Intuitive Intelligence), un album électro-ambient-techno aux textures granulaires qui vise l’enracinement, la méditation, et la découverte de choses enfouies profondément en soi-même. L’album est inspiré des nouvelles sciences de l’intuition, de la philosophie taoïste, et de différentes théories de guérison. PAN M 360 a profité de quelques instants de conversation après sa performance lors de l’Expérience 2 du festival MUTEK.

Crédits photo : Frédérique Ménard-Aubin

PAN M 360 : Tout d’abord, pouvez-vous nous présenter rapidement votre parcours musical ? Comment le projet Airhaert est-il né?

Airhaert : À l’école primaire, mon programme était très axé sur la musique, en tant qu’activité parascolaire. Je me souviens que je n’aimais pas tellement la récréation, je préférais la musique. J’ai donc participé à la chorale, à l’orchestre de concert, à l’orchestre de jazz. Je participais à presque tout ce qui avait trait à la musique. Participer à toutes ces activités, jouer de tous ces instruments, de la flûte, du saxophone alto, et utiliser ma voix, ça a vraiment ancré cela dans mon être d’enfant. Maintenant, revenir à la musique me fait vraiment me sentir à la maison.

J’ai arrêté la musique lorsque je suis entrée à l’école secondaire (high school). Je voulais faire de l’art visuel. J’ai fait des études universitaires pour obtenir un baccalauréat en beaux-arts et, à la fin, je n’étais toujours pas sûre de ce que je voulais faire. J’ai touché à tous les médiums et à toutes les professions, j’ai travaillé comme vidéaste, photographe, graphiste, et même comme technicienne, et ce sont toutes des choses que je pensais vouloir poursuivre. Mais toutes ces choses tournaient autour du fait d’être une artiste. Au cours de mes dernières années d’études, j’ai commencé à intégrer du son dans mes installations. Lorsque j’ai découvert le DJing, il y a 8 ou 9 ans, cela m’a vraiment ouvert l’oreille et m’a propulsée vers une compréhension approfondie de la musique électronique et d’autres genres. J’ai également essayé la production, en marge du DJing, mais ce n’est que depuis trois ans environ que je me sens suffisamment en confiance dans le studio pour produire des morceaux solides. Évidemment, il y en a toujours plus à apprendre. Et puis, déménager à Montréal il y a environ 8 ans a été une source d’inspiration, car il y a une énorme communauté d’artistes à laquelle je peux m’identifier, des artistes qui poursuivent des intentions internationales comme moi.

PAN M 360 : Vous avez récemment sorti un album intitulé I. I., qui signifie Intuitive Intelligence. Pouvez-vous nous dire ce que cela signifie pour vous ?

Airhaert : J’ai été très inspirée par le livre Body of Health, de Francesca McCartney. Elle a écrit sa thèse de doctorat sur l’intelligence énergétique intuitive. Cela signifie que l’on peut se soigner soi-même et utiliser le son, ainsi que l’esprit et l’énergie aurique, pour guérir des endroits à l’intérieur de soi et former son espace mental et physique. C’est assez complexe, alors j’essaie de le résumer.

PAN M 360 : Et comment ces notions se traduisent-elles dans votre travail ?

Airhaert : J’ai eu une année entière pour travailler sur mon album, parce que j’ai obtenu une bourse dans le cadre du programme Jeunes volontaires d’Emploi-Québec, qui ont été inspirés par le fait que je voulais fusionner la musique de guérison et la musique électronique, et qui aimaient l’idée de partager ces idées dans le monde. Alors, comment j’ai utilisé ces notions : J’ai commencé par les chakras, parce que l’autrice du livre parle de comment ils ont chacun des fréquences différentes. En focalisant sur le son et en méditant dessus, cela peut changer les choses dans notre monde intérieur. Dans mon travail, j’ai essayé d’utiliser chaque chanson de l’album comme un chakra différent. Pour chaque chanson, j’ai donc accordé tous les instruments à la tonalité correspondant au point de chakra sur lequel je me concentrais. J’ai également utilisé des instruments du domaine de la guérison par le son, comme un bol chantant. Je ne l’ai pas apporté sur scène, mais j’ai quand même utilisé ses enregistrements, car c’est un instrument très fragile.

PAN M 360 : Quels sont les sons que vous aimez le plus utiliser ? Y a-t-il des sons qui vous obsèdent ?

Airhaert : C’est difficile à dire, parce qu’il est si facile de mettre quelque chose en boucle, et que ça devienne alors très répétitif et obsessionnel. Mais j’essaie toujours d’utiliser la voix. J’aime beaucoup la voix en tant qu’élément, qu’elle soit utilisée comme pad ou comme voix réelle, pour chanter ou dire des choses.

PAN M 360 : Que ressentez-vous lorsque vous faites de la musique ?

Airhaert : Ouf, c’est tout un défi à déterminer! Ma musique, je l’ai créée, donc je connais tous les détails et le travail acharné qui y ont été consacrés. Et je l’ai écoutée tellement de fois, surtout pendant les phases de mixage et de mastering, que je l’ai mise de côté pendant longtemps. J’ai arrêté de l’écouter complètement pendant un moment. Donc, à l’époque, je me disais « Oh mon dieu, je suis contente que ce soit fini ! », mais maintenant, en le réécoutant, j’ai l’impression que c’est plus méditatif pour moi.

PAN M 360 : Les thèmes que votre musique explore peuvent être considérés à la fois comme très académiques et très instinctifs. Vers quel côté penchez-vous?

Airhaert : Je suis plutôt du genre à sentir les choses comme elles viennent et à faire les choses de manière intuitive. Je pense que cette année entière passée à faire l’album m’a vraiment permis d’utiliser ce muscle qu’est l’intelligence intuitive. Mon travail est davantage basé sur l’intuition, même s’il comporte de nombreux aspects techniques que je ne perds pas de vue. Mais l’essentiel était d’utiliser ce muscle intuitif et de l’entraîner tout au long de l’année. Et maintenant, je l’ai!

PAN M 360 : Génial ! Merci Airhaert !

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