Chaque année, les étudiants en musique de McGill, tous cycles d’études confondus, se réunissent pour mettre en scène un opéra. Cette saison, Cendrillon, du compositeur français Jules Massenet, prendra l’affiche au Monument-National. Cet opéra est remarquable par son ampleur : de nombreux chanteurs sont nécessaires. Un défi de taille, que même les compagnies d’opéra professionnelles décident rarement de relever.

Stephen Hargreaves, directeur de l’Opéra McGill, et David Lefkowich, metteur en scène invité, sont à la source de cette production. Ayant tous deux de nombreuses années d’expérience dans la direction et la mise en scène d’opéras, tant au niveau local qu’international, tant au niveau professionnel qu’universitaire, ils ont relevé le défi de Cendrillon. C’était la première fois qu’ils travaillaient avec cette oeuvre, qu’ils connaissaient et aimaient déjà.

PAN M 360 a eu la chance de s’entretenir avec eux quelques jours avant la première. Nous avons parlé de leur travail en commun, de ce qui rend cet opéra de Massenet si unique, et de leur souci commun de créer le meilleur environnement possible pour que les étudiants puissent apprendre et développer leur art.

PAN M 360 : Merci beaucoup d’être ici aujourd’hui ! Comment se déroulent les dernières répétitions ?

DAVID LEFKOWICH : C’est fantastique ! Je pense que les étudiants sont vraiment à la hauteur du défi que Massenet nous a présenté, c’est vraiment excitant d’avoir pu les voir s’épanouir au cours des dernières semaines.

STEPHEN HARGREAVES : Oui. À bien des égards, il s’agit d’un défi pour McGill et pour l’Opéra McGill. Et c’est une bonne chose. C’est l’une de ces choses qui demandent à beaucoup de gens de faire beaucoup de choses sur scène. Il y a beaucoup d’étudiants pour qui c’est la première fois qu’ils montent sur scène. Je ne peux pas imaginer une expérience plus révélatrice que celle-ci. Nous avons eu notre dernière répétition générale au piano hier soir, et ce soir, nous avons ajouté l’orchestre, qui avait répété un peu séparément les semaines précédentes.

PAN M 360 : Comment avez-vous décidé que Cendrillon de Jules Massenet était l’œuvre que vous alliez présenter cette année à l’Opéra de McGill ?

STEPHEN HARGREAVES : À McGill, nous essayons d’adapter le répertoire aux étudiants. Et c’est un défi, c’est un défi pour chaque institution. Par exemple, nous devons donner l’occasion aux étudiants du programme de maîtrise de monter sur scène, car ils ne sont là que pour deux ans. Et nous avons tous ces nouveaux étudiants qui arrivent. Cette année encore, nous avons accueilli une classe nombreuse. J’ai donc fait la liste de tous les chanteurs que nous avions, et j’ai cherché une pièce qui mettrait vraiment en valeur un grand nombre de ces étudiants et les ferait monter sur scène, car je pense que c’est vraiment la seule façon pour les étudiants d’apprendre ce qu’est l’opéra. Et cette pièce est apparue, que j’ai toujours voulu faire, c’est une pièce fantastique.

PAN M 360 : Massenet a écrit de nombreux opéras. Qu’est-ce qui distingue celui-ci de ses autres œuvres ?

DAVID LEFKOWICH : Il y a un très bel équilibre entre le réalisme, la fantaisie et la magie. Il y a toujours un peu de ces éléments dans ses pièces, mais dans celle-ci, c’est un peu plus développé. Par exemple, quand vous regardez Manon, vous savez, c’est une belle histoire, mais celle-ci, c’est une histoire classique que nous connaissons. Nous avons donc un aspect réaliste avec Cendrillon, ses sœurs, sa belle-mère et son père, des choses que nous connaissons. Mais lorsque l’on entre davantage dans le monde des fées, au lieu d’en faire une réflexion après coup, c’est comme un aspect majeur. Et je pense que c’est vraiment unique. Je n’ai pas vu cela dans beaucoup de ses œuvres. Cet aspect fantastique est donc magnifié par l’objectif de Massenet. Et c’est passionnant de juxtaposer ces scènes à des scènes plus traditionnelles de la cour et du palais, au ballet et à tout ce que l’on est en droit d’attendre du grand opéra français. C’est impressionnant.

STEPHEN HARGREAVES : D’un point de vue musical, une grande partie des aspects magiques sont présents dans l’orchestration, la légèreté, les qualités éphémères et éthérées. Parfois, c’est juste un petit instrument qui fait un pizzicato et d’autres fois des flûtes qui dansent. Il y a un autre moment, au troisième acte, où l’on se croirait presque chez Steve Reich, où l’on assiste à une sorte de minimalisme inquiétant. On entend la fée marraine et les esprits chanter diverses choses et essayer de résoudre le problème de Cendrillon et du prince. C’est intéressant de voir comment cet élément magique est tissé, vous savez, le prince et Cendrillon sont en quelque sorte touchés par cette magie, alors que tous les autres sont en quelque sorte séparés. C’est vraiment une histoire étonnante.

PAN M 360 : Cet opéra est un peu un défi, en particulier pour les étudiants qui monteront sur scène pour la première fois. Pourquoi ?

STEPHEN HARGREAVES : Je pense que les défis de cette pièce s’adressent à tout le monde, et pas seulement à un, deux ou trois chanteurs. Le défi est que vous devez interagir les uns avec les autres, même avec des rôles relativement petits. Mais il ne s’agit pas non plus d’un marathon pour Cendrillon, le rôle principal. C’est l’occasion pour eux de vraiment travailler leur art et les interactions avec leurs collègues.

DAVID LEFKOWICH : Du point de vue de la mise en scène, c’est aussi un défi. Lorsque Patrick [Hansen] m’a appelé pour me dire qu’il voulait que je mette en scène Cendrillon, je me suis dit :  » Oh, comment allons-nous distribuer les rôles ? Comment allons-nous faire cela ? C’est impossible. » Le Met peut le faire et Santa Fe peut le faire parce qu’ils ont de très gros budgets et beaucoup de chanteurs. Mais c’est plus difficile dans un contexte universitaire. Et lorsque c’est un défi, c’est un bon défi dans le sens où il est réalisable et où les étudiants réussiront et ne s’effondreront pas en cours de route. Cela peut toujours arriver.

Et ce qui est incroyable dans ce programme, c’est qu’il n’y a pas qu’un seul casting. Nous en avons deux. Le fait qu’un programme universitaire puisse avoir deux groupes pour tous ces rôles incroyablement difficiles est stupéfiant. Mais c’est ce à quoi je m’attends à Opéra McGill.

PAN M 360 : Racontez-nous un peu comment votre collaboration a commencé.

STEPHEN HARGREAVES : Nous nous sommes rencontrés brièvement lorsque David a assisté aux auditions des étudiants de l’opéra de McGill. Et je dois dire que j’adore travailler avec David. C’est un collaborateur hors pair. Nous allons dans la même direction. J’ai l’impression que nous avons fait un grand voyage ensemble et que nous sommes absolument en phase. Je veux dire que c’est formidable d’avoir quelqu’un comme David qui a une grande expérience de ce répertoire, car cette pièce est nouvelle pour nous deux.

Cela nous permet de faire un certain niveau d’exploration avec les élèves. Ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Comment tirer parti de ces performances ? Je pense que beaucoup d’étudiants ont un niveau presque professionnel et que c’est un environnement dans lequel ils peuvent affiner leur énergie et où nous pouvons les aider à acquérir les expériences qu’ils n’ont pas encore.

DAVID LEFKOWICH : Je trouve que ces collaborations peuvent être très effrayantes pour la première fois parce que nous nous embarquons en quelque sorte dans un voyage. J’étais très inquiet, non pas à l’idée de travailler avec Stephen, mais simplement de savoir comment cela allait se passer. Le premier jour, nous nous sommes assis l’un à côté de l’autre, et j’ai eu l’impression que nous faisions cela depuis des années. Et ce qui a été incroyable, c’est de voir les chanteurs. L’un d’entre nous donnait des instructions, que les chanteurs essayaient. Cela pouvait fonctionner. Cela peut ne pas marcher. Mais l’autre intervient et apporte quelque chose d’autre à la table et soudain, il y a ce moment de révélation avec l’étudiant et vous le voyez relever le défi.

PAN M 360 : Que doit attendre le public de cette production de Cendrillon ?

DAVID LEFKOWICH : Préparez-vous à être joyeux. Je pense que cet opéra contient une musique incroyable et une grande histoire que nous connaissons. Elle est racontée d’une manière légèrement différente. Je pense qu’il y a encore de belles surprises en cours de route. Mais ce qui est formidable, c’est que les scènes sont courtes, donc les choses changent constamment, et cet opéra apporte toujours des surprises. Je pense donc que, surtout pour ceux qui vont à l’opéra pour la première fois, c’est une façon parfaite de découvrir l’opéra. C’est une pièce très sûre, très facile à écouter et à apprécier. Et l’impact à la fin est très fort.

STEPHEN HARGREAVES : J’ajouterais que je pense que c’est nouveau pour Opera McGill. C’est un grand groupe de personnes sur scène. Et je pense que vous savez, si l’on compte les deux distributions, il y aura trente-neuf personnes qui chanteront sur scène. Il y a trente-neuf membres d’orchestre, et l’opéra à cette grande échelle frappe d’une manière différente, vous savez, et c’est intéressant parce que, comme David le disait, on n’a jamais l’impression d’être coincé dans un seul monde. L’opéra aborde toutes sortes d’aspects différents. Et lorsque nous avons l’occasion de nous délecter de la grandeur de tout cela, c’est tout simplement passionnant. C’est une expérience que je recommande de ne pas manquer, car elle est unique.

Cendrillon, opéra de Jules Massenet, avec Opéra McGill et l’Orchestre symphonique de McGill. Présenté à la salle Ludger-Duvernay du Monument-National, les 26 et 27 janvier (19h30) et le 28 janvier (14h). BILLETS ET INFORMATIONS ICI !

Au troisième rang du Beacon Theater de New York, Mahnoosh Arsanjani est debout, à chanter à l’unisson avec son idole. Elle et son amie Bita Zavari ont pris un avion depuis la Californie pour voir une dernière fois sur scène la plus grande chanteuse pop iranienne, Googoosh. « Pas question de manquer ça, dit Mahnoosh. Ma famille est arrivée aux États-Unis quand j’avais sept ans et les chansons de Googoosh ont bercé mon enfance. Même si c’est un peu la musique de nos parents, c’est la nôtre aussi ! »

Depuis plusieurs mois, l’artiste fait en effet ses adieux à la scène dans le cadre d’une tournée mondiale riche en émotions, intitulée The Last Chapters, après 70 ans (vous avez bien lu !) d’une carrière riche en chansons, films et interdiction. Pan M 360 l’a rencontrée à la veille de son tout dernier concert new-yorkais.

Chaque peuple a sa diva. À Montréal, nous avons Céline Dion. Les États-Unis ont Barbra Streisand et Diana Ross, les Libanais ont Fairuz et les Italiens, Raffaella Carrà. Les Iraniens et Iraniennes ont Googoosh. Née en 1950 à Téhéran, Fāegheh Atashin est placée sur une scène par son père dès l’âge de trois ans, et accède à la célébrité très jeune, avant de devenir la courroie de transmission de l’occidentalisation culturelle dans les années 1960 et 1970 au pays. Elle est l’interprète de succès disco et pop comme Talagh (Divorce), Makhlough (Créature) ou encore Pol (Pont) dans les années 70, pièces que l’on peut aujourd’hui parfois entendre remixées ou échantillonnées pour les pistes de danse. Si certains la jugent trop commerciale, une majorité de Perses du monde l’ont hissée au rang de déesse vivante.


Dans sa suite de la Fifth Avenue, à Manhattan, la chanteuse de 73 ans, maquillée et coiffée à la perfection, paraît gracile, un contraste avec le personnage irradiant la puissance et l’humour qu’elle incarne sur scène. Cette tournée doit se poursuivre jusqu’en 2025. C’est sa façon de remercier et de dire au revoir à son public bien-aimé, une relation qu’elle nourrit depuis l’enfance. Après New York, c’est Dusseldorf qui l’attend plus tard en janvier, puis Abu Dhabi, Istanbul et Londres.

Le temps de conclure

« Je crois que c’est le moment de conclure, dit Googoosh, en entrevue. Après 70 ans à chanter, à jouer, à l’exception de 21 ans dans ma vie. J’ai beaucoup d’autres projets, je travaille sur un livre, j’ai une fondation, qui s’appelle la Fondation Pol, qui vise à soutenir les jeunes artistes dans leur éducation artistique ».

Après la Révolution islamique de 1979, la voix des femmes d’Iran devient interdite. Googoosh est condamnée à un silence qui durera plus de vingt ans, jusqu’à ce qu’elle quitte définitivement le pays en 2000. Depuis, elle réside à Los Angeles (à l’exception de deux ans à Toronto entre 2000 et 2002), a repris les concerts et a sorti une dizaine d’albums.

Sur la scène du Beacon Theatre, le lendemain de notre rencontre, elle fait preuve d’une grande générosité à l’égard de son public plus âgé, qui l’a vue grandir, et de son public plus jeune, qui la considère un peu comme une marraine attachante.Tous les âges et toutes les classes sociales remplissent à craquer ce théâtre de 2600 places. On s’est habillé chic, on se prend en photo pour dire « j’y étais ». La très grande majorité est d’origine iranienne et la diva ne parlera qu’en farsi sur scène. Le concert commence avec une interprétation sentie de Talagh, accompagnée de projections représentant les femmes iraniennes en lutte et de photos de Mahsa Jina Amini, cette jeune Kurde de 22 ans assassinée par la police des mœurs en septembre 2022 pour port du voile jugé inadéquat.

Googoosh ne s’est jamais cachée de son soutien au mouvement Femmes, vie, liberté, et à la communauté LGBTQ. En 2014, la vidéo de sa chanson Behesht (Paradis) mettait en scène un couple de femmes victime de la répression. Si elle ne condamne pas verbalement le régime des mollahs, elle n’a de cesse d’offrir son soutien à ceux et celles qui lui résistent.

Célébrer la liberté

Elle sait de quoi elle parle. Ses 21 ans passés loin de la scène représentent une période noire pour la star. La majorité de ses collaborateurs et amis du monde du spectacle avaient déjà fui à l’étranger.

« C’était très dur pour moi, se souvient-elle. On m’a pris mon art, mon métier, mon amour, ma vie, tout. Dès l’âge de trois ans, j’étais sur une scène. Je suis née pour la scène et on me l’a enlevée. Je pensais que j’étais finie pour toujours, je pensais que plus personne ne voulait m’entendre chanter à ce moment-là. »

Elle se trompait : pendant son isolement, ses chansons et ses films demeurent en demande sur le marché noir et parmi la diaspora. C’est grâce aux nouvelles technologies qui s’implantent alors, comme internet et les satellites clandestins, qu’elle finit par voir que l’amour du public n’est pas mort. À son départ d’Iran, en 2000, elle entame une tournée mondiale, intitulée Comeback Tour, de vraies retrouvailles.

« En 2000, j’étais excitée, émue, heureuse. Je retrouvais le public que j’aime. Par opposition, cette tournée-ci, aujourd’hui, est empreinte de chagrin. Je pleure beaucoup sur scène, je dois apprendre à me contrôler. Dire au revoir, ce n’est pas un sentiment agréable. C’est doux-amer. »


Le contexte a changé depuis son départ. Les femmes n’ont toujours pas le droit de chanter seules sur scène en Iran, à moins de se produire devant un public exclusivement féminin ou d’être accompagnées d’un homme. Sur les réseaux sociaux, une nouvelle génération d’artistes bravent ces interdits, partageant leur musique avec le monde.

« Je suis tellement heureuse et excitée de les voir, ces nouveaux visages, dit Googoosh. J’oublie leurs noms, je suis mauvaise avec les noms, mais j’entends leurs voix. J’ai accès à ces chanteuses fantastiques grâce aux réseaux sociaux et je suis reconnaissante de ce qu’elles font, ce qu’elles essaient de montrer. Elles montrent que les femmes peuvent chanter très bien, mieux que moi, même. Car elles sont la nouveauté, l’avenir. Moi je fais partie d’une ancienne génération. Je suis tellement heureuse qu’elles se lèvent ».

Une bête de scène

Sur la scène, la tristesse que la star dit ressentir se mue en une connexion authentique avec la foule, qui chante ses paroles à sa suite, rit à ses traits d’esprit, pleure et lui crie des mots d’amour. Elle sait ce que veulent ses fans : les grands succès pop et disco d’avant la Révolution. La diva chante entre autres ses pièces Pol, Hamsafar, Kooh, Mano To et Jaddeh. Ses dix musiciens (claviers, flûte, deux guitares, basse, batteur, choriste, violon, percussions et contrebasse électrique) reproduisent ces sonorités tirées des années 1970 à la saveur d’aujourd’hui. Sur l’écran géant derrière elle, des images nostalgiques de la jeune Googoosh se fondent avec la retransmission du concert.

Après un long entracte, l’artiste revient sur scène. Elle a délaissé sa longue robe à cristaux pour un ensemble pantalon-veston vert olive à franges pailletées. Elle poursuit le spectacle avec ses pièces Hejrat et Maah Pishooni. Aux premières notes reconnaissables de Makhlough, l’avant-dernière chanson, la salle explose en cris de joie, on se rue à l’avant pour l’acclamer.

Selon Mahnoosh Arsanjani, cette admiratrice venue de Californie, de méchantes rumeurs circulent : Googoosh serait désormais trop vieille pour la scène. « Mais tu vois ce qu’elle arrive à faire. La voix est là, sa puissance est toujours là ! »

crédit photos: Siavash Rokni

Né juste avant les huis clos de la pandémie, Hank’s Dream est apparu comme la manifestation de l’auteur-compositeur-interprète Henry Cobb, ce premier EP éponyme fut rendu public à l’été 2020. Le groupe compte maintenant Henri Bouchard à la basse, Frédéric Ferland à la guitare et Zach Lalonde à la batterie, Hank’s Dream est sur le point de tourner un nouvelle page de son livre avec un tout nouvel extrait, All Over Now. Le groupe nous a gracieusement invités à leur répétition, juste avant leur concert de lancement au Bar L’Escogriffe.

PAN M 360  : Merci de m’accueillir. Un grand spectacle s’annonce !

Frédéric: Ouais, c’est notre premier concert en formation complète depuis septembre. Nous avons joué comme quelques concerts en duo, moi et Henry, mais cela faisait un moment que nous n’avions pas eu tout le monde ensemble sur scène. C’est vraiment excitant pour nous.

PAN M 360  : Vous devez avoir beaucoup de choses à nous montrer! 

Frédéric: Certes. Nous jouerons quelques classiques, comme l’EP 2020. Bien sûr, nous jouerons le single qui sortira en juin, San Francisco. Mais la plupart des chansons que nous jouons en ce moment sont inédites et proviennent d’un album que nous espérons sortir cet été.

PAN M 360  : Vous allez donc pouvoir tester le nouveau matériel dans un contexte live? 

Henry : Je ne dirais pas nécessairement que nous essayons parce que nous avons en fait ces chansons écrites depuis un bon moment maintenant. Il y a juste un stock de chansons qui doit être enregistré.

Frédéric : On joue plusieurs d’entre elles depuis 2021. On dispose d’une douzaine de chansons qui ne sont pas sorties, et on espère les mettre sur cassette.

Henry : Oui, mais c’est bien parce que, par exemple, la chanson que nous sommes sur le point de sortir, All Over Now, est l’une de celles que les gens aiment vraiment lorsqu’ils la jouent en concert. Et donc, comme nous l’avons fait depuis un certain temps, il a été facile de l’enregistrer rapidement parce que nous l’avons jouée un million de fois. 

PAN M 360  : Et quand vous dites que vous êtes sur le point de « sortir » la chanson, qu’est-ce que cela signifie exactement ?

Henry: « Qu’est-ce que ça veut dire ? »

PAN M 360  : Je comprends qu’elle sortira sur tous les services de streaming et tout le reste, mais il faut que les gens le sachent, n’est-ce pas ? Il semble donc qu’une sortie soit devenue un envoi Instagram. 

Henry : Oui, c’est comme ça que ça se passe maintenant. Nous n’avons pas encore fait de sorties physiques de nos morceaux. Je veux dire que j’aimerais bien, mais je pense que le marché est très restreint. Tu sais, tes amis pourraient l’acheter, mais à part mes amis qui conduisent des voitures, je ne connais personne qui écoute des CD. J’aime les disques, mais c’est peut-être plus à long terme.

Mais je ne sais pas, j’étais très attaché à l’aspect physique de la musique, mais ce qui est vraiment cool avec le streaming, c’est que les gens du monde entier peuvent avoir accès à votre musique. Il y a quelques jours, l’une de nos chansons s’est retrouvée sur une liste de lecture en Finlande. Tout à coup, nous avons eu un pic dans le nombre de streams qui nous parvenaient. Oui, c’était probablement l’intelligence artificielle ou quelque chose comme ça. 

Frédéric : C’était le deuxième pays au monde qui écoutait la plupart de nos chansons. On a eu 300 auditeurs en Finlande. 

Henri : Nous allons probablement partir en tournée là-bas maintenant. 

PAN M 360  : Je suppose que j’essayais d’évoquer le fait qu’il peut être parfois décevant. Voici un post et voilà

Et puis c’est fini. Oui, c’est un gros truc.

Henry : Honnêtement, nous en avons fait toute une histoire. Nous faisons un concert le même jour et nous sortons également un vidéo clip sur lequel nous travaillons depuis longtemps. J’ai donc l’impression que l’on peut faire toute une histoire de ces choses-là. 

PAN M 360  : Bien sûr, et je suis sûr que vos fans sont ravis.  Pouvez-vous me parler du nouveau single?

 

Henry : All Over Now est un morceau que j’ai écrit en 2021. C’était en quelque sorte une réponse au décès de Norm MacDonald, qui est mon humoriste préféré. C’est en partie à ce sujet, mais je veux dire que toutes ces chansons ont été écrites en pensant d’abord à la musique et ensuite aux paroles. J’ai donc eu la mélodie pendant un petit moment, puis j’ai joué avec les mots jusqu’à ce que quelque chose colle, et dans ce cas, la première phrase qui est venue était « it’s all over now » (c’est fini maintenant). Et j’ai écrit le reste de la chanson autour de cette phrase.

PAN M 360 : Y explorez-vous un son ou un thème différent des autres ? .

Henry : Eh bien, c’est le même schéma, au senbs sens où c’est la basse, la batterie, la guitare, le synthétiseur et la voix. Mais ça a définitivement un son plus sombre. Le synthétiseur joue davantage le rôle d’un pad. Je dirais que cette chanson est une sorte de dream pop. Si on voulait la classer dans un genre, on dirait que San Francisco est plus yacht rock. 

PAN M 360 : Ha, c’est ce qui décrit le mieux votre musique ?

Henri : C’est assez juste. Nous n’avions jamais entendu ce terme auparavant, mais l’été dernier, lorsque nous avons sorti « San Francisco », un grand nombre de personnes nous ont dit : « Oh, ça donne vraiment des vibrations Yacht Rock.  »

Henry : Oui, en tout cas. Je ne sais pas, je pense que c’est de la musique assez pop. Mais c’est ça le truc, j’ai l’impression que nos mélodies sont vraiment différentes d’une chanson à l’autre. Certaines d’entre elles sont vraiment faciles à classer, et d’autres pas tant que ça. 

PAN M 360 : Et pour San Francisco, quelle est l’histoire derrière la chanson ?

Henry : C’est un peu ironique, je crois… Je l’ai écrite pendant la pandémie, qui était vraiment nulle, et je suppose que c’est à propos de ce type qui a l’idée immature que partir dans une autre ville va résoudre tous ses problèmes et d’autres choses comme ça.  Ouais, je ne sais pas. C’est un peu comme une chanson stupide et gnangnan aussi. 

PAN M 360 : Je suis curieux de savoir quelle est la chanson préférée de chaque membre du groupe.

Henri : J’aime quand Henry joue des morceaux en solo, et que je pleure sur scène. 

Zachary : Je pense que c’est peut-être San Francisco.

Henry: Peut-être Just 23 pour moi, qui est une grande chanson très énergique que nous jouons depuis un moment. C’est super sympa à jouer.

PAN M 360 : Et quel est le prochain grand projet du groupe ?

Frédéric: Bien, je pense que le plus grand rêve en ce moment est de faire l’album. Je veux dire, dites-moi si je me trompe Henry, mais j’ai l’impression que c’est à peu près la prochaine grande chose que nous cherchons à faire. C’est vrai. Et quand ce sera fait, je pense que ce sera super satisfaisant parce que nous travaillons dessus depuis longtemps.

PAN M 360 : Avez-vous déjà un plan pour cela ? Ou est-ce que c’est encore une idée pour l’instant ?

Henry : Et bien, en gros, depuis six ou huit mois, nous sommes en train de faire des demandes de subventions. C’est en quelque sorte sur cette base que nous avons établi le calendrier de production. Si nous les obtenons, nous pourrons commencer à enregistrer l’album en mars et le sortir avant l’été. Et si nous ne les obtenons pas, c’est une toute autre histoire.

PAN M 360 : En tant que groupe s’exprimant en anglais, vous sentez-vous désavantagés par rapport à ces opportunités ?

Henry : J’ai l’impression que c’est plutôt le contraire. Je m’attendais à ce que ce soit le cas, mais nous jouons dans des salles qui sont peut-être plus orientées vers les francophones et ça se passe très bien. Nous avons des tonnes de fans francophones, peut-être même plus que des anglophones.

Frédéric: On joue tous avec d’autres groupes francophones aussi, donc pour nous c’est plus une question de lien que de séparation.

Henry : Nous avons fait un truc une fois lors de notre concert de sortie, et nous avons fait un sondage au début pour savoir quelle langue nous devrions parler entre les chansons, et c’était plutôt 50-50, mais le français a gagné.

PAN M 360 : Peu importe la langue, Montréal est une ville qui aime la musique. Bon spectacle !

Blanche Moisan Méthé a construit sa carrière en tant que trompettiste, tubiste et chanteuse, collaborant avec un large éventail de groupes musicaux avant de s’engager sur la voie de l’auteur-compositeur-interprète. Elle se produit aujourd’hui sous le nom de BLAMM et a sorti son premier album, Balivernes, au début de l’année. Ses compositions, empreintes de beaucoup d’ironie, s’inspirent de la musique de la Nouvelle-Orléans, de la riche poésie et des traditions folkloriques du Québec, ainsi que de la sagesse urbaine qui émane de la vie dans une ville comme Montréal. Nous avons rencontré BLAMM pour parler de son histoire, de son premier album et de son prochain spectacle au Club Soda.

BLAMM ouvre le spectacle de JP  » Le Pad  » Tremblay au Club Soda le 22 décembre à 20h.

PAN M 360 : Salut BLAMM, merci encore d’être avec nous. Vous avez sorti Balivernes il y a environ six mois maintenant. Et j’imagine que c’est un moment très intéressant où se trouver. D’être à six mois après la sortie de votre album.

BLAMM : Oh, oui.

PAN M 360 : Peut-être que vous pouvez nous parler de comment ça se passe?

BLAMM : D’accord, eh bien, premièrement, ça a été un six mois vraiment trippant. J’ai beaucoup tourné cet été, un peu partout au Québec. Maintenant que la grosse saison est finie, je commence à penser à la suite. J’essaye de booker des shows et je travaille sur de nouvelles idées. Je pense que je suis prête à commencer le processus pour le deuxième album.

PAN M 360 : Oui, je suppose que vous ne pouvez pas vous reposer sur vos lauriers trop longtemps.

BLAMM : Eh bien, je vais pas m’arrêter maintenant! Partir le projet c’était vraiment beaucoup de travail, maintenant que c’est fait, le continuer ça me semble évident. C’est le fun en plus! Quand j’ai du temps libre j’écris des nouvelles tunes et je commence à penser à comment je vais m’y prendre. Maintenant que j’en ai fait un le deuxième devrait être plus facile. 

PAN M 360 : Donc, l’expérience de la sortie de votre album Balivernes était vraiment positive? Une expérience qui vous a encouragé à vouloir continuer?

BLAMM : Oui, c’est sûr. Mais maintenant que les shows de l’été sont fini il faut que je me remette à booker d’autre chose, j’applique un peu partout et je me tappe les tâches administratives, c’est pas et avec autant de concerts à venir, c’est comme, oh, je dois retourner à la corvée de réserver des concerts, d’envoyer des courriels et de postuler à des choses, ce qui n’est pas la partie la plus amusante.

PAN M 360 : Eh bien, je me demande quand vous sortez quelque chose, essayez-vous de le promouvoir comme un moyen de jouer plus de concerts, ou vice versa.

BLAMM : Oui, en gros le but c’est surtout de jouer des concerts. L’album aide à faire connaître le projet, à booker des shows, et à faire venir du monde. J’aime vraiment être en studio, mais les shows c’est ce qui me fait le plus tripper. 

PAN M 360 : Donc, vous pensez que l’artiste BLAMM prend vraiment toute son ampleur dans l’expérience live?

BLAMM : Oui, c’est là que ça prend vie, sur scène il y a comme une magie, j’aime vraiment interagir avec le public et voir les réactions. J’aime aussi le studio c’est sûr, c’est vraiment excitant d’entendre ses tunes prendre forme et de construire des sonorités. Mais dans le processus de création d’un album, la proportion de temps en studio est assez petite par rapport à tout le travail administratif. J’ai pas d’équipe ou de label alors je m’occupe de tout ça moi-même, et c’est ni ma spécialité ni mon trip.

PAN M 360 : Et peut-être pouvez-vous simplement présenter le projet de BLAMM à nos lecteurs.

BLAMM : Bien sûr. C’est un projet d’auteure-compositrice-interprète. C’est définitivement très québécois. BLAMM c’est comme un personnage assez extravagant qui parle franchement, avec pas mal d’expressions locales et de thèmes un peu inusités, souvent presque banals ou vulgaires. Il y a beaucoup de folie, des paradoxes et du sarcasme, ça devient souvent un peu absurde aussi.

PAN M 360 : Eh bien, vous le faites dans un univers sonique très intéressant aussi, vous savez, la façon dont vous choisissez de présenter ces thèmes.

BLAMM : Eh bien, j’ai fait de la musique depuis quasiment dix ans dans toutes sortes de projets, en tant qu’accompagnatrice ou interprète alors j’ai eu l’occasion de découvrir plein de styles. Tout ça ça influence ma façon de composer. Et puis, ma musique est pas mal centrée sur les cuivres.

PAN M 360 : Donc, un instrument à vent était votre premier instrument de musique?

BLAMM : Oui, c’était la trompette au secondaire. Donc, j’ai surtout été trompettiste, puis j’ai commencé le tuba et l’euphonium et après le banjo et la guit ténor. Et maintenant je suis rendue auteure-compositrice-interprète.

PAN M 360 : Pourriez-vous nous parler un peu de cette transition? Étiez-vous toujours enclin à explorer cette direction?

BLAMM : Je chante depuis longtemps, mais au début c’était pas mes chansons originales, surtout du jazz traditionnel. C’est vraiment le fun à chanter ces chansons mais en général les paroles me rejoignent pas tant que ça. 

Donc, j’ai toujours voulu écrire des chansons à moi, mais pendant longtemps il n’y a rien qui sortait. Et un jour, j’étais en Nouvelle Orléans et j’ai acheté un banjo ténor. Je pensais l’acheter pour faire un cadeau, mais j’ai commencé à jouer, j’ai vraiment aimé ça et je l’ai jamais donné.

PAN M 360 : Est-ce la guitare à quatre cordes particulière que vous jouez?

BLAMM : En fait non. J’ai commencé avec ce banjo un peu cheap et dès que j’ai pu en jouer un peu j’ai commencé à écrire des chansons. Direct. Je fais du piano depuis longtemps, mais j’avais jamais réussi à faire ça. Mais le banjo c’est un peu limité dans le style, le son est trop connoté. J’ai justement un ami luthier qui travaillait sur un modèle de guitare ténor à ce moment-là, alors je savais que c’était le moment de lui en commander une. Il m’a fait un instrument incroyable. 

PAN M 360 : Wow, c’est donc l’instrument qui est au cœur de nombreuses compositions?

BLAMM : Oui. Les premières je les écrivais au banjo, et dès que je l’ai eu j’ai switcher à la guitare

PAN M 360 : Et votre fascination pour la musique de La Nouvelle-Orléans était-elle due à votre amour des cuivres?

BLAMM : Oui, c’est vraiment une musique de cuivres. C’est festif, c’est rythmé, et tout le monde peut apprécier. J’ai beaucoup busker (jouer dans la rue) avec cette musique.

PAN M 360 : Oui. C’est intéressant d’entendre son influence sur votre travail créatif. Parce que vous prenez ce son, mais ensuite, comme vous l’avez dit, explorez ces thèmes banals absurdes.

BLAMM : Oui, il y a un gros mélange d’influences. Je m’inspire un peu de toutes les musiques où il y a des cuivres. Ça donne comme une ambiance de cirque. La musique est importante mais elle reste au service du texte alors la composition est influencée par les thèmes. 

PAN M 360 : Et donc votre album est très québécois en même temps, était-ce une grande référence pour faire cette musique?

BLAMM : Pour la musique, peut-être pas tant que ça. Il n’y a pas beaucoup de cuivres dans la musique d’ici. Et j’ai grandi en écoutant de la musique d’un peu partout, pas vraiment tellement de musique québécoise. Maintenant, j’en écoute beaucoup plus et ça m’aide à écrire. Mais en gros j’écris un peu comme je parle. 

PAN M 360 : Donc, pour vous, les paroles étaient vraiment une partie importante de cela.

BLAMM : Absolument, et je pense que c’est pour ça que ça m’a pris tant de temps avant de commencer à écrire, parce que je savais pas ce que je voulais dire et pour moi le texte sert pas juste à remplir. Si j’avais pas grand chose à dire je ferais de la musique instrumentale à la place. Alors, même si les paroles ont l’air un peu absurdes, c’est quand même des choses que je voulais dire et souvent il y a des sous-entendus. Et dans les shows les gens réagissent beaucoup aux textes, même qu’ils chantent les paroles des fois, alors c’est encourageant.

PAN M 360 : Eh bien, Si hier était demain et Vie D’ange en particulier sont vraiment puissantes ! Donc, est-ce que Blamm est un peu comme un alter ego?

BLAMM : Oui, vraiment. Je suis assez introvertie et j’ai l’impression qu’avec BLAMM je suis  plus extravagante, un peu folle ou insolente des fois. C’est un côté de moi que je garde plus pour mes proches d’habitude. J’ai l’impression que les gens me connaissent mieux quand ils ont entendu ma musique.

PAN M 360 : Donc, beaucoup de ces chansons ont commencé comme des chansons guitare-voix. Les avez-vous ensuite arrangées aussi?

BLAMM : Oui, j’ai fait les arrangements. J’ai fait des maquettes en jouant moi-même la plupart des instruments, ça aide à tester et entendre d’avance les idées. Après j’écris les partitions et ça va plus vite avec les musiciens, parce que je joue pas tout ça moi-même sur l’album.

PAN M 360 : Oh pourquoi?

BLAMM : Parce qu’on a joué en direct et j’ai engagé des musiciens vraiment bons, je joue ces instruments-là mais je connais des gens qui en jouent mieux. Et oui, en le jouant en direct, c’est sûr que je peux pas tout faire. Mais vu que je sais jouer du tuba et de l’euphonium je peux trouver des lignes qui marche bien, c’est pratique pour faire les arrangements. On a aussi arrangé beaucoup de choses tous ensemble pendant les répètes, c’est plus en band qu’on peut vraiment essayer des trucs et décider comment on joue les tunes. Mes musiciens sont bons et vraiment versatiles, ils connaissent leurs instruments mieux que moi alors ils ont souvent des bonnes idées, et je veux leur laisser des libertés. 

PAN M 360 : Je veux dire, votre groupe est très talentueux. C’est sûr.

BLAMM : Oui, j’ai un bon réseau, je suis chanceuse. 

PAN M 360 : Donc, quelle est la principale différence entre la musique en studio et la musique jouée en direct, selon vous?

BLAMM : Je fais beaucoup de shows en solo, en duo, en trio, et des fois avec le quintette. Pour le lancement de l’album on était 11 personnes. C’est sûr que les arrangements sont beaucoup plus complexes avec tout le monde, mais j’aime vraiment ça jouer en plus petites formations aussi. Je trouve que pour la musique avec des paroles, c’est mieux quand c’est plus épuré, ça fait un meilleur contact avec le public et les gens comprennent mieux le texte.

PAN M 360 : Et quel est le groupe pour votre spectacle de ce mois-ci?

BLAMM : En quintette. C’est pas mal le groupe de base, je dirais. Et ce sera un court spectacle, j’ouvre JP « Le Pad » Tremblay au Club Soda. 

PAN M 360 : D’accord, beau concert! Vous avez fait du réseautage? C’est comme ça que ça marche?

BLAMM : Ahah oui j’imagine. J’ai rencontré les bonnes personnes au bon moment et ils avaient besoin d’une première partie!

PAN M 360 : Et donc, comment a été votre expérience en tant qu’artiste indépendant naviguant dans l’industrie musicale ? Eh bien, y a-t-il vraiment une industrie musicale ? Est-ce qu’il y en a une?

BLAMM : Pour moi, ça reste un mystère. Je vis de la musique depuis bientôt 10 ans et c’est très rare que j’ai eu à faire avec des bookers, et les labels ou les gérants d’artistes encore moins. Je sais pas ils sont où. Dans tous les groupes où j’ai joué, on n’avait pas le choix de faire ça nous même, sinon il se passe rien. Pendant que je préparais le lancement, j’ai un peu essayer de me trouver une équipe pour ça mais je pense qu’il y a beaucoup trop de demande et pas beaucoup de gens qui font ça. Aussi j’ai l’impression qu’ils veulent pas trop prendre de risque avec des musiques qui sortent de la norme. 

Finalement j’ai tout fait ça toute seule et j’ai quand même réussi à booker une quinzaine de concerts cet été. Je connais beaucoup de gens qui sont signés qui en font pas autant. C’est sûr que c’était pas tous des gros shows mais je pense que c’est un bon début. Anyway j’ai pas besoin de toujours jouer dans des grandes salles. J’aime les ambiances intimes et être proche des gens. C’est sûr que je dirais pas non à avoir de l’aide avec la job administrative, et il y a des gens mieux pluggés et meilleurs pour trouver des bons contrats, mais en attendant de trouver je sais que je peux me débrouiller.

PAN M 360 : Quel serait votre plus grand rêve avec cette musique ? Ou où voudriez-vous idéalement que ce projet aille ?

BLAMM : Bonne question. Je me demande beaucoup c’est quoi la prochaine étape ces temps-ci. Mais je pense que le but c’est surtout de faire des shows. Je commence à booker l’été prochain, j’applique dans des festivals et certains concours. J’ai aussi des nouvelles tunes, donc il y a un deuxième album qui prend forme, mais je sais pas quand ça va se concrétiser, je suis pas trop pressée. C’est sûr que ça serait cool de me trouver une équipe, parce que c’est vraiment beaucoup de travail de faire rouler un projet, et je joue avec d’autres bands aussi alors des fois je manque de temps pour tout faire. En même temps, il y a beaucoup d’artistes que j’admire qui font tout tout seuls et je pense que même si c’est de la job, t’as plus de contrôle sur ce que tu fais. On verra bien où ça va me mener, ce qui est sûr c’est que c’est juste le début. 

PAN M 360 : Un signe des temps, BLAMM. Nous vous souhaitons tout le meilleur avec votre musique et votre prochain spectacle. Nous attendons avec impatience le prochain album !

La compagnie Soledad Barrio & Noche Flamenca a été crée en 1993 par Martín Santangelo, cofondateur, directeur artistique et chorégraphe, et Soledad Barrio, cofondatrice, chorégraphe et danseuse étoile. Depuis les années 1990, leur société de production est considérée aujourd’hui comme l’un des meilleurs représentants de la tradition flamenco. Leur offre la plus récente est un programme unique et captivant intitulé « Searching for Goya ». Cette production spéciale, conçue par Martin Santangelo, promet d’être une exploration extraordinaire des liens profonds entre l’art du flamenco et l’emblématique peintre espagnol Francisco Goya. Prévu pour se produire en janvier à Montréal, nous nous sommes entretenus avec Martin avant ses nombreuses premières et tournées pour parler du spectacle.

Soledad Barrio & Noche Flamenca se produiront au Théâtre Maisonneuve à 20h le 18 janvier 2024.

PAN M 360 : Merci d’être avec nous Martin. Nous sommes très excités par ce programme très spécial. Avez-vous commencé à présenter la série ?

Martin Santangelo : Oui, nous venons de faire officiellement la première mondiale à Seattle, Washington la semaine dernière. Et la semaine précédente, nous avions eu la première officielle. Nous y travaillons et y travaillons depuis environ un an. Et bien sûr, j’y travaille depuis quatre ans. Nous étions donc très, très heureux et soulagés de faire la première mondiale. Cela s’est très bien passé. J’en étais très content.

PAN M 360 : Eh bien, je me demande, à votre avis, quelle est réellement la mesure d’une bonne performance ?

Martin Santangelo :  C’est une très bonne question. Une bonne performance pour moi est que le public comprenne ce que j’essaie de dire. C’est la première mesure. C’est bien au-delà du fait qu’il s’agisse d’un bon ou d’un mauvais spectacle, que la compréhension de ce que j’essaie de faire parvient au public. Et en fin de compte, il est également extrêmement important qu’il se produise quelque chose de cathartique. Parce que la catharsis est inhérente au flamenco. Cela fait partie du flamenco. C’est pour cela que le flamenco existe. C’est une façon pour les gens de continuer leur vie face ou à la place d’une impossibilité.

Le flamenco est un mécanisme de catharsis. C’est un cri qui existe pour que les gens puissent se réveiller le lendemain et continuer leur vie. Donc ma mesure du succès est une : qu’est-ce que j’essaie de faire ? Qu’est-ce que j’essaie de faire comprendre dans ma performance ? Et puis deuxièmement, est-ce que j’utilise le flamenco de la manière appropriée ? Et ces deux choses se sont produites la semaine dernière lors de la première mondiale. Voilà donc ma mesure du succès. Bien sûr, les choses peuvent être meilleures. Les choses peuvent toujours être meilleures. Nous allons reprendre les répétitions la semaine prochaine.

PAN M 360 : Avez-vous déjà senti que parfois cette histoire très réelle derrière le flamenco était négligée ? Il est peut-être important de connaître ses origines pour profiter au maximum de l’expérience.

Martin Santangelo : Je veux dire, ça aide seulement d’être conscient. Cependant, le flamenco est assez mondial, dans le sens où il a été créé par 28 cultures différentes. Ce n’est pas seulement l’espagnol. Cela concerne les Nord-Africains, les musulmans, les juifs, les juifs séfarades, les chrétiens, les indiens du nord qui ont émigré en Espagne. Et ils se sont tous mélangés pendant 900 ans. Et beaucoup de ces cultures ont été réprimées et elles ont crié et ont créé le flamenco. Alors bien sûr, il peut être utile de connaître les origines de cette tradition… En même temps, nous constatons… nous constatons actuellement beaucoup d’oppression des cultures partout dans le monde. Les choses n’ont donc pas changé historiquement. Donc, dans un sens, vous pouvez également vous identifier à ce qui se passe dans le flamenco à l’heure actuelle.

Et donc si vous avez la chance de remonter aux origines, tant mieux. Si vous ne le faites pas et que vous y êtes simplement exposé et si c’est fait correctement, je suis presque sûr que vous le ressentirez. Vous comprendrez. Une compréhension intuitive.

PAN M 360 : Et bien sûr, ce programme a une touche Goya particulière. Était-ce votre idée ?

Martin Santangelo : Oui, je suis tombé amoureux de Goya il y a environ quatre ans pendant la pandémie. Je le connaissais un peu, mais je ne le connaissais pas profondément. Et vous savez, il y a une citation géniale d’un critique d’art que nous avons mise dans le programme : « voir Goya, c’est se voir soi-même » – et c’est tout à fait vrai. Goya révèle vraiment qui nous sommes, notre nature humaine, nos insuffisances, notre brutalité envers les autres êtres humains. Et les animaux aussi, ce qui est intéressant, car il va dans tout le monde de la tauromachie. Il l’appelle. Il dénonce la violence que les êtres humains exercent envers les animaux. Quelque chose avec lequel il a dû faire face toute sa vie. Il aimait vraiment la tauromachie mais il détestait la partie violente de celle-ci. Et donc il nous fait vraiment voir ce que la violence, la guerre, la brutalité font les uns aux autres, leurs effets. De ce que nous nous faisons les uns les autres.

PAN M 360 : Y a-t-il une pièce en particulier qui a ouvert les portes pour ainsi dire ?

Martin Santangelo : Oui, il y en avait ! On l’appelle « les folies », ou « Los disparates » en espagnol. Il s’agit d’une série qu’il a réalisée vers la fin de sa vie, que de nombreux artistes considèrent aujourd’hui comme le début de l’art moderne et de l’art abstrait. Et c’est un dessin ou une lithographie, une gravure d’une femme sur un cheval faisant un tour de magie ou faisant un spectacle devant un public. Et vous regardez la lithographie, l’image, et vous voyez la première chose que vous voyez, c’est un public. Donc vous regardez un public, regardez… un spectacle. Et ça l’est, c’est incroyable. C’est un peu voyeuriste. Nous le faisons dans le spectacle et c’est une femme qui danse sur un cheval et il y a un moment où elle fait ça dans le spectacle. C’est extraordinaire.

Et vous voyez ce public démoli, sous-alimenté, regardant l’un des plus beaux spectacles du monde. Et c’est comme, vous savez, un monde magique pour eux. C’est donc, c’est, c’est vraiment une peinture assez compatissante de regarder ces citadins sans beaucoup d’éducation assister à un spectacle incroyable. Et c’est mon rêve, vous savez, de pouvoir faire de l’art pour les gens qui en ont vraiment besoin. Donc ça a été le début pour moi, ça m’a ouvert les portes comme tu l’as dit.

PAN M 360 : Et quel a été votre processus pour traduire, vous savez, un support visuel en une chorégraphie flamenco ?

Martin Santangelo : Quel n’a pas été le processus ! Oui, j’ai essayé tout et n’importe quoi parce que c’est une chose très nouvelle pour moi de prendre un artiste visuel et de le traduire en danse ou en chanson. Il s’agit simplement de comprendre en profondeur ce que Goya veut dire. Et puis, avec mon langage, avec la musique, la chanson, et je dis, d’accord, comment puis-je dire ça ? Parce que j’ai commencé à faire le truc typique, c’est-à-dire une imitation des images originales, mais c’était un peu un désastre. Parce que tu ne peux pas vraiment le faire. Mais je pourrais lui voler certaines choses comme son sens de la composition. Parce que c’est un génie en ce sens.

Après environ un an de travail sur ce projet, j’ai réalisé que je ne pouvais pas simplement imiter les images car elles ne disaient rien de nouveau. Il me fallait trouver un point de rencontre entre la narration émotionnelle du flamenco et la narration narrative de Goya, de ce que nous racontent ses images. Et puis j’ai commencé à trouver ma voie, ou du moins, je commence à trouver ma voie.

PAN M 360 : Et que pouvez-vous dire du rôle de Soledad dans tout cela ?

Martin Santangelo : Le rôle de Soledad dans tout cela a été déterminant. Elle a été très patiente avec moi, parce que j’ai passé tellement de mois, de semaines et d’heures à parler et à parler et à discuter avec elle d’idées. Et nous faisons des allers-retours. Je parle, elle danse, elle danse et je regarde. Elle convertit une grande partie de ce que j’ai en tête en réalité physique. Donc ça a été, vous savez, un vrai cadeau pour moi. Elle est extraordinaire. Et on se comprend, ce qui est génial.

En ce qui concerne l’autre partie, la partie musique, je travaille généralement là-dessus seul avec les musiciens. Et puis je lui donne sous forme de carte, la musique qui est en grande partie faite, à environ 90 %. Et puis elle prendra ça, prendra mes idées et sortira une chorégraphie extraordinaire. Nous sommes donc co-créateurs de ce processus. Co-créateurs absolus.

PAN M 360 : Je vois. Cela doit être incroyable de voir enfin votre vision prendre vie après tout ce temps. Combien de concerts avez-vous devant vous ?

Martin Santangelo :  En ce moment, nous avons beaucoup de spectacles à New York. Je pense à 20 ou 25 concerts, ce qui est super, car ce sera comme travailler les muscles. Maintenant que nous avons brisé la glace, nous allons continuer à travailler sur le spectacle et simplement le perfectionner. Il y a tellement d’autres choses que j’aimerais faire.

PAN M 360 : Donc chaque performance est toujours un peu différente ?

Martin Santangelo : Un peu, ouais. Et, vous savez, quand on fait un spectacle un mercredi et un jeudi, je peux répéter jeudi ce qu’on a fait mercredi.

PAN M 360 : Cela semble épuisant. Surtout pour une tradition aussi exigeante et cathartique comme vous le dites. Quel est ton secret Martin? Yoga?

Martin Santangelo :  Ha, eh bien, je nage beaucoup. C’est ma méditation. Et oui, c’est épuisant mais c’est aussi tellement enrichissant, ce travail. Parce que, tout d’abord, on comprend des choses plus profondes dans la vie avec des artistes comme Goya. J’ai commencé à comprendre les choses, à voir les choses d’une manière nouvelle grâce à lui. Et bien sûr, chaque prestation me redonne beaucoup d’énergie. Vous savez, je serais perdu sans ce travail.

PAN M 360 : Je vois, c’est vraiment du donnant-donnant. C’était tellement intéressant de vous entendre parler de ce projet. Il est clair que vous avez passé beaucoup de temps à essayer de pénétrer dans le monde de Goya. Et je trouve qu’avec ce genre d’efforts, en fin de compte, on ne sait jamais vraiment ce que ressentaient réellement ces artistes, ni d’où ils venaient réellement. Parfois, je me demande ce qu’ils penseraient de nous.

Martin Santangelo : Ce serait fascinant.

PAN M 360 : Imaginez si Goya était dans votre public !

Martin Santangelo :  Ouais. Je ne sais pas s’il se lèverait et partirait ou m’emmènerait boire un verre de vin rouge !

PAN M 360 : J’aime penser qu’il le ferait ! Ce fut un vrai plaisir Martin. Je suis extrêmement excité pour cette performance, je vous souhaite, à vous et à l’équipe, tout le meilleur pour vos performances.

Martin Santangelo : Nous aussi, nous l’attendons avec impatience. Merci beaucoup.

Nourrie par la riche mosaïque culturelle montréalaise, l’auteure-compositrice-interprète Gabrielle Cloutier a toujours su intégrer divers styles musicaux et tisser des liens étroits avec de nombreux musiciens. Aujourd’hui, à l’aube de son premier album, Chamade, son groupe rassemble sept musiciens talentueux. Ensemble, ils ont créé un son unique mêlant chant, violon, alto, violoncelle, contrebasse, santuri et accordéon. Les mélodies douces, envoutantes et mélancoliques sont au cœur de cette invitation à se laisser emporter par les mots et les mélodies.

Gabrielle Cloutier se produira à La Sala Rossa le 5 décembre à 18h30.

PAN M 360 : Merci d’être là Gabrielle. Et félicitations pour la sortie prochaine de Chamade ! L’album sort-il immédiatement après votre concert ?

Gabrielle Cloutier : Oui, le spectacle, c’est le lancement de l’album et c’est aussi la première prestation de ce groupe. Nous avons formé ce groupe pour enregistrer l’album et nous n’avons donc jamais vraiment joué ensemble en concert auparavant. Les gens ne nous ont pas encore entendus, c’est une surprise! J’ai seulement mis un petit clip sur Facebook. Donc ça va être génial de pouvoir enfin jouer cette musique pour tout le monde.

PAN M 360 : Eh bien, je vous ai déjà vu jouer, donc je connais l’ambiance et je sais un peu à quoi m’attendre. Votre musicalité est très intéressante. Il y a ces belles qualités folk, chanson et baroque. Pouvez-vous peut-être nous parler un peu de votre parcours ?

Gabrielle Cloutier : En fait, j’ai commencé avec une formation classique. J’ai étudié la musique au cégep. J’ai fait un baccalauréat en chant classique et par la suite, j’ai fait ma maîtrise à McGill en chant baroque,  chant classique & contemporain. J’aime donc toucher un peu à tous les styles. À Montréal, c’est comme ça, vous savez. On rencontre toujours beaucoup de musiciens de styles très différents. Vers la fin de mes études, certains de mes amis, provenant de divers milieux musicaux, voulaient monter un groupe et ils ont pensé à moi. Ils avaient écrit la musique mais pas vraiment les paroles et les mélodies. Alors on a commencé à jammer et, venant d’un milieu classique, je n’étais pas très habituée à improviser et composer. Les chansons se sont rassemblées et nous avons commencé à faire quelques concerts et résidences et finalement j’ai commencé à vraiment prendre plaisir à composer. Mon parcours a donc un peu changé, mais je peux utiliser ce que j’ai reçu du monde classique et le transposer dans ma propre musique.

PAN M 360 : Ça, je l’entends. Et quand je t’ai vu jouer, tu jouais de l’accordéon et tu chantais aussi !

Gabrielle Cloutier : Oui, donc ce projet a commencé car je voulais être capable de m’accompagner, j’ai donc monté un petit trio. Avec le temps, j’ai réalisé que jouer et chanter me limitait dans ce que je voulais faire musicalement. L’’accordéon est un instrument très exigeant, si j’étais d’abord accordéoniste puis chanteuse, ce ne serait pas si mal. Mais commencer comme chanteuse et ensuite apprendre l’accordéon, ce n’est pas la même chose. Je veux être libre quand je chante, et c’est un instrument difficile si l’on veut vraiment être dans l’instant présent et pleinement en connexion. J’ai donc décidé de demander à un de mes amis accordéoniste de jouer et finalement le band a pris beaucoup plus d’ampleur nous sommes désormais sept musiciens. 

PAN M 360 : Et bien, tu avais l’air plutôt à l’aise quand je t’ai entendu la dernière fois !

Gabrielle Cloutier : Oh merci! 

PAN M 360 : Je pense que vous pouvez vous accorder un peu plus de crédit, mais je peux comprendre ça ! Et alors, jouez-vous aussi d’autres instruments ?

Gabrielle Cloutier :  Je joue effectivement de certains instruments médiévaux comme la chifonie et la citole. La chifonie est une boîte rectangulaire avec seulement trois cordes et quelques notes, mais c’est fondamentalement l’ancêtre de la vielle à roue. Je joue aussi de la guitare et divers petits instruments à corde. 

PAN M 360 : L’aspect lyrique de l’écriture de chansons est-il un grand attrait pour vous dans ce projet ?

Gabrielle Cloutier : Oui le lyrisme sera toujours intégré dans mon style, ça fait partie de ma musicalité. Je vois vraiment ce projet comme… une certaine période de ma vie où ces chansons sont sorties très naturellement, très facilement. Je pense qu’en tant qu’artistes, nous vivons certaines choses et les paroles reflètent la façon dont nous nous trouvons dans notre âme et ce que nous ressentons à ce moment-là. C’est ce qui est intéressant chez les artistes, car ils évoluent et nous pouvons assister à leur différents états d’être à travers leur musique. 

PAN M 360 : Cela transparaît dans le titre de votre album, Chamade.

Gabrielle Cloutier : C’est le battement de cœur. Il y a une expression en français, « mon cœur bat à la chamade ». C’est comme si ton cœur était vraiment plein de passion, tu sais. Cela dépend du tempo de votre cœur, c’est peut-être un peu kitsch. Mais c’est ce que je ressentais et ce qui me vient à l’esprit. C’est non seulement pour parler d’amour, mais ça reflète la passion et l’implication qu’on a à travers les expériences de vie. 

PAN M 360 : Alors, est-ce que vous avez l’impression que cette sortie a mis du temps à arriver, ou est-ce que tout cela vous semble nouveau ?

Gabrielle Cloutier : C’est comme du neuf et de l’ancien à la fois. Je suis ravi de lancer cet album! Nous avons de nouvelles chansons, et je suis impatiente de les développer et de voir comment nous pouvons aller plus loin avec ce projet. Certains peuvent peut-être attendre deux ans avant de sortir un album, je suis plutôt assez pressée, j’ai hâte, un an c’était bien assez pour moi! 

PAN M 360 : Et bien sûr, pensez-vous que 2023 est une période incroyablement étrange pour diffuser de la musique dans le monde ?

Gabrielle Cloutier : Bien sûr, et j’ai fait beaucoup de copies de cet album, donc je ne sais pas si les gens vont l’acheter, maintenant c’est rare que les gens aient des lecteurs CD, mais cet album est tout fait à la main, avec du beau papier fait à Montréal, la pochette a aussi été fait en sérigraphie. Le pamphlet intérieur se développe en affiche avec des dessins faits par Cathy Beauvallet..En fin de compte, je l’ai fait pour moi-même et je pense que chacun doit le faire pour lui-même. C’était un défi pour moi en tant qu’artiste de voir si je pouvais faire ce disque, même s’il était reçu ou non. Et ça aide d’avoir un disque, c’est bien d’avoir quelque chose à montrer et à donner aux gens.

PAN M 360 : Alors, comment s’est passée la gestion de la logistique réelle de la sortie et de la distribution d’un album ?

Gabrielle Cloutier : J’ai vraiment beaucoup appris à ce sujet, en autre sur les droits d’auteur, la distribution, l’impression, l’enregistrement, le mastering, la presse, etc. Finalement, tout s’est bien passé, mais la partie la plus difficile à gérer et à comprendre c’était par rapport à  la presse, des labels, des magazines. Je suis comme un petit poisson dans cette mer immense, tu sais. Et notre musique est très acoustique, vous savez, c’est assez niché.. Mais qui sait? 

PAN M 360 : Alors que pouvez-vous nous dire sur le show de lancement ?

Gabrielle Cloutier : Ce sera une soirée veloutée et enivrante, assez douce. Les deux autres groupes sont également très acoustiques et s’inscrivent dans le même univers avec la musique que nous jouerons. Pour commencer la soirée, il y aura un quatuor à cordes, le Quatuor Bazar, et ils joueront en fait une composition d’un de mes amis, Nominoë, qui a arrangé trois chansons de l’album. Il joue aussi dans le deuxième acte, qui est un duo interprétant des chansons traditionnelles de Grèce et de Turquie.

PAN M 360 : Donc beaucoup de trucs différents mais tous dans le même univers de chambre. Et vous jouerez Chamade front-to-back ?

Gabrielle Cloutier : Ce ne sera pas dans le même ordre que l’album, car nous avons des nouvelles pièces, des solos et des interludes qui se sont ajoutés. Tous les musiciens sont géniaux, je suis vraiment reconnaissante qu’ils participent à ce projet avec moi.

PAN M 360 : Vous devez être vraiment excité pour cette performance. Êtes-vous toujours nerveux ?

Gabrielle Cloutier : Je me sens vraiment bien. J’étais plus nerveuse quand il fallait faire tout le travail logistique que je ne comprenais pas vraiment,  mais maintenant, depuis hier quand je suis allé chez l’imprimeur pour imprimer les dernières affiches, je me détends. Nous avons une dernière répétition, tout va bien, je suis contente et je pense que ça va être une belle soirée! 

PAN M 360 : Nous le pensons aussi. Merci encore Gabrielle, bon spectacle !

Ce dimanche après-midi à la Salle Wilfrid-Pelletier, AWR Music Productions et GFN Productions présentent Distant Worlds : music from FINAL FANTASY, la tournée officielle de l’Orchestre symphonique FINAL FANTASY, amené à Montréal par le désormais respecté Orchestre FilmHarmonique.

Lancé en 2007 pour commémorer le 20e anniversaire de FINAL FANTASY, Distant Worlds propose des musiques tirées de la célèbre série de jeux vidéo FINAL FANTASY du compositeur japonais Nobuo Uematsu, y compris des musiques du dernier cycle, FINAL FANTASY VII REMAKE. Au fil des décennies, d’autres compositeurs ont également apporté leur contribution, notamment Masayoshi Soken.

Ces œuvres sont interprétées par un orchestre symphonique, un chœur, des solistes et extraits du fameux jeu vidéo. Dans ce cas, le chef d’orchestre est Arnie Roth, lauréat d’un GRAMMY. Il va sans dire que des images HD des développeurs SQUARE ENIX sont projetées sur des écrans géants, en phase avec les interprétations.

PAN M 360 : Quelles sont les qualités des œuvres au programme, tirées de Final Fantasy, jeu vidéo mythique qui existe depuis plus de 35 ans ?

Arnie Roth : Je peux répondre à cette question en précisant que dans les productions de concerts Distant Worlds, toutes les partitions que nous interprétons visent à être aussi proches que possible de la manière dont elles sont apparues dans les jeux. Nous représenterons la musique de l’ensemble des 35 années de la série FINAL FANTASY lors de ce concert, et nous inclurons des partitions de FINAL FANTASY VII REBIRTH, ainsi que la première représentation de FINAL FANTASY XIV : The Final Day, lors de ce concert.

PAN M 360 : Qui a écrit les arrangements et les orchestrations du programme ? Comment ont-ils été élaborés ? Comment transforme-t-on la musique des jeux vidéo en œuvres orchestrales ?

Arnie Roth : Les réponses nécessiteraient trois différentes discussions approfondies. Les arrangements de Distant Worlds ont été réalisés par des équipes au Japon, ainsi que par Eric et Arnie Roth. Beaucoup d’entre eux sont en fait des versions originales des jeux, et à ce titre, ils ont été supervisés par les compositeurs impliqués : Nobuo Uematsu, Masashi Hamauzu, Masayoshi Soken, et bien d’autres encore.

PAN M 360 : Travaillez-vous toujours avec les mêmes partitions ? Les partitions peuvent-elles évoluer avec le temps ?

Arnie Roth : Oui, en fait nous avons plus de 160 partitions de FINAL FANTASY dans notre bibliothèque Distant Worlds. C’est un processus constant d’ajout de nouvelles partitions. Il n’y a pas deux concerts qui aient exactement le même répertoire.

PAN M 360 : Selon vous, quelle est la valeur ajoutée des arrangements symphoniques de musique pour les jeux vidéo ?

Arnie Roth : Il y en a tellement. Tout d’abord, il faut comprendre que l’une des qualités uniques de tous les jeux vidéo FF est l’extrême variété des genres et des ensembles utilisés dans l’OST de chaque jeu – rock, jazz, symphonique, ensembles de musique de chambre, ensembles choraux, voix solistes, et bien plus encore. L’utilisation de la symphonie dans ces concerts provient du modèle créé par Nobuo Uematsu lors des premiers concerts de FF au Japon.

PAN M 360 : Vous travaillez avec un certain nombre d’orchestres différents sur le même répertoire. Existe-t-il donc des différences d’interprétation entre les orchestres avec lesquels vous travaillez ?Si oui, quelles sont ces spécificités ?

Arnie Roth : Bien sûr, chaque orchestre avec lequel nous travaillons dans le monde entier possède des atouts différents. De nombreux facteurs entrent en ligne de compte, notamment le temps de répétition dont nous disposons, la salle dans laquelle nous nous produisons, etc. Cependant, je peux affirmer en toute confiance qu’il n’y a pas de différences perceptibles dans l’interprétation, puisque c’est moi qui la guide dans chaque cas.

PAN M 360 : Avez-vous déjà travaillé avec l’Orchestre FilmHarmonique ? Que savez-vous de cet orchestre ?

Arnie Roth : Oui, et ces musiciens ont toujours fait un excellent travail. C’est un grand plaisir de travailler avec eux.

PAN M 360 : Votre public est-il principalement composé de gamers qui sont fiers d’entendre la musique de leurs jeux préférés acquérir un lustre symphonique ?

Arnie Roth : Oui, c’est en grande partie exact, même si je ne manquerais pas de souligner le fort sentiment d’appartenance à la communauté FF qui se dégage de chaque concert.

PAN M 360 : Quels sont vos prochains projets en tant que maestro et musicien ?

Arnie Roth : Nous avons de nombreux concerts Distant Worlds et A New World tout au long de 2024, certains avec de nouveaux thèmes. Il y a aussi beaucoup de nouveaux projets pour 2024, et je ne peux malheureusement rien divulguer pour l’instant.

PAN M 360 : Pensez-vous que cette musique symphonique peut intéresser le public au répertoire classique, moderne et contemporain pour orchestres symphoniques ?

Arnie Roth : Oui, sans aucun doute. Et je dois dire que nous jouons Distant Worlds dans les salles de concert les plus importantes depuis 16 ans.

PAN M 360 : En tout cas, votre public s’amuse beaucoup avec cette nouvelle musique orchestrale. Est-ce plus qu’assez pour vous d’apporter du bonheur à ce public amateur de jeux vidéo ?


Arnie Roth : OUI ! Mais ne sous-estimez pas ma propre joie d’interpréter ces partitions fantastiques avec des musiciens du monde entier !

PAN M 360 : Grand merci pour votre collaboration !

Partenaire de la famille PAN M 360, le Quatuor Molinari peut compter sur la plateforme web durant toute sa saison 2023-2024 afin de fournir un maximum d’éléments de compréhension pour ses activités artistiques . À l’approche du solstice d’hiver, bouclons la boucle des activités publiques du Molinari : un second album consacré à Philip Glass, un concert sous thème de la danse transposée en musique, et un autre programme qui reprend des œuvres intégrées au répertoire du quatuor montréalais.

Fondatrice, directrice artistique et premier violon du quatuor,  Olga Ranzenhofer répond aux questions de PAN M 360 avant le dernier droit de 2023.

 2e ALBUM CONSACRÉ À PHILIP GLASS

PAN M 360: Sous étiquette Atma Classique,  le Quatuor  Molinari lance un second album consacré aux quatuors à cordes # 5 -6-7 de Philip Glass. Puisque l’opus est titré Intégrale des quatuors à cordes Vol 2, comptez-vous enregistrer les autres, soit le #8, le # 9 et les autres qui ne sont pas numérotés?

Olga : Oui nous nous sommes embarqués dans l’enregistrement de l’intégrale des quatuors à cordes de Philip Glass. Pour le moment, il en existe 9 qui sont numérotés. Le dernier quatuor a été composé en 2022, alors qui sait s’il n’y en aura pas un autre l’année prochaine! Nous prévoyons enregistrer aussi la Suite Bent. Il y a aussi Dracula for string quartet, mais on n’a pas le droit de le jouer sans la projection du film.

PAN M 360 : Rappelez-nous votre intérêt pour le compositeur et votre motivation à jouer ses quatuors à cordes. 

Olga : Dès la première saison du Quatuor Molinari en 1997-98, nous avions déjà joué du Glass, c’était le Quatuor no.5. Par la suite, nous avons travaillé le 3e, Mishima,  qui est très célèbre. Au cours des dernières années, nous avons commencé à réfléchir à présenter l’intégrale de ses quatuors à cordes. Vous savez combien nous aimons les intégrales! C’est toujours fascinant de suivre le parcours d’un compositeur à travers ses quatuors à cordes. Prenez par exemple son premier quatuor, qui  était vraiment une œuvre exploratoire; suite à un voyage en Inde il a écrit ce quatuor qui est inspiré des ragas indiens. C’était un jeune Glass qui cherchait sa voix, et cette œuvre pose les bases de son écriture minimaliste. C’est seulement 20 ans plus tard, avec l’avènement de son second quatuor, que le premier a été créé. Dès le second, Company, une courte œuvre de 8 minutes qui accompagne la pièce éponyme de Beckett,  on reconnaît le Glass qui deviendra une icône de la musique minimaliste.

PAN M 360 : Philip Glass est possiblement le compositeur américain le plus joué des depuis les années 80. Qui plus est, son influence dépasse largement le public de la musique contemporaine ou classique, plusieurs artistes pop le citent parmi leurs influences Pourquoi d’après vous ?

Olga : La musique de Philip Glass rejoint en effet un très large public. Les progressions harmoniques, les rythmes motoriques, les répétitions font de cette musique une musique très attrayante. Elle peut être tantôt dépouillée ou touchante, ou bien entraînante et ensorcelante.

PAN M 360 : Très brièvement, quelles sont les qualités des quatuors 5, 6 et 7 et quels sont les défis de l’interprétation pour chaque œuvre ?

Olga : Le 5e quatuor est un probablement son plus accompli, c’est une œuvre de maturité. Dans les cinq mouvements, on y retrouve toutes les qualités que je viens de mentionner. Il y a comme un réconfort à la toute fin lorsqu’on reprend le thème rêveur du 1er mouvement. Écrit plus de 20 ans plus tard, le 6e est très complexe et les événements musicaux se superposent et se succèdent très rapidement. On n’est plus dans la musique hypnotique mais plutôt dans une musique plus théâtrale et plus tendue. Il semble que Glass ait retrouvé le goût d’écrire des quatuors car le 7e a été créé à peine 9 mois après le  6e. Contrairement à tous ces autres quatuors, celui-ci est conçu en un seul mouvement. De plus, son caractère est plus intime que les précédents, l’écriture est moins jubilatoire et plus en demi-teintes.

PROGRAMME  DANSES, 1ER DÉCEMBRE, 19H30, CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE MONTRÉAL

« Le concert du 1er décembre, intitulé Danses, présente des oeuvres pleines de vitalité et de mouvements. La compositrice Franghiz Ali-Zadeh nous dit que la danse est très présente en Azerbaïdjan, son pays natal, dans tous les événements importants de la vie, heureux comme tristes. Reqs, qui signifie danse, évoque les rythmes et inflexions des danses azéries. La musique de Béla Bartók regorge de motifs dansants et de rythmes envoûtants; son 4e quatuor en est un exemple éloquent. Enfin, l’unique Quatuor en sol de Claude Debussy, avec ses inspirations et origines multiples ne le rattache à aucun lieu ni temps. Ce qui fait de ce quatuor une œuvre unique, sans frontière. »

PAN M 360 : Quel fut le point de départ pour le thème de ce programme? 

Olga : La danse est présente dans toutes les cultures et dans toutes les musiques. Même dans des musiques aux sources très différentes, on retrouve la danse. Debussy a été influencé par la musique et la danse balinaises lors de l’Exposition universelle de Paris de 1889 et son Quatuor à cordes nous fait entendre de nouvelles couleurs harmoniques issues des musiques orientales. Le folklore est très présent dans la musique de Bartók et les quatuors ne font pas exception. Le 4e a une vigueur rythmique impressionnante qui nous donne le goût de nous lever et de sauter. Et bien sûr Reqs, qui signifie Danses, de la compositrice azérie Franghiz Ali-Zadeh, est un feu roulant de différentes danses inspirées du mugham.

PAN M 360 : Vous avez déjà joué la musique de  la compositrice azérie Franghiz Ali-Zadeh. L’an passé?  Pourquoi avez-vous choisi d’y revenir cette année avec l’œuvre  Reqs ?

Olga : Nous avons été impressionnés par les sonorités et la beauté de la musique d’Ali-Zadeh lorsque nous avons joué Oasis l’année dernière. Nous avons donc décidé de continuer à explorer son œuvre. Il faut rappeler que  Reqs a été écrit pour le Quatuor Kronos dans le cadre du projet Fifty for the Future.

J’ai été en contact avec Mme Ali-Zadeh et, grâce à un généreux mécène, nous lui avons commandé son 7e quatuor. Nous ferons venir Mme Ali-Zadeh à Montréal la saison prochaine pour un grand événement «Le Quatuor selon Ali-Zadeh» au cours duquel nous jouerons l’intégrale de ses 7 quatuors.

PAN M 360 : Comment cette œuvre est-elle construite?

Olga : La danse est très présente dans la vie des azerbaidjanais ; elle souligne tous les grands moments de la vie. Cette œuvre fait entendre les rythmes et inflexions des danses azéries mais dans un langage occidental.

PAN M 360 :  Quel est le lien avec ce Quatuor en sol de Claude Debussy? Quelles sont les caractéristiques sommaires de cette œuvre et les défis que posent son exécution?

Olga : Le Quatuor en sol de Debussy est un des plus grands chefs-d’œuvre du répertoire pour quatuor à cordes, donc il y a beaucoup de modèles! Nous avons forgé notre propre interprétation en utilisant la nouvelle édition Bärenreiter. C’est un privilège de jouer cette œuvre empreinte de couleurs, de rythmes et d’harmonies si uniques. Le second mouvement est en effet une danse inspirée de la musique espagnole et rejoint donc notre thématique.

PAN M 360 : On enchaîne avec le Quatuor no 4 de Béla Bartók. Pourquoi le 4? Quel est le lien avec les autres quatuors au programme?  Quels sont les défis de son interprétation?

Olga : La musique de Bartók est remplie de folklore et de danses. Son 4e quatuor ne fait pas exception. C’est une œuvre très forte, avec une écriture dense; les canons se succèdent de façon très serrée, l’énergie est à son comble avec des nuances extrêmes, des dissonances dramatiques. On adore ce quatuor!

PROGRAMME L’OEIL ATTENTIF, 16 DÉCEMBRE, 15H, FONDATION GUIDO MOLINARI

« Le premier concert de la saison 2023-24 de la série «Musique à voir» qui se tient à la Fondation Molinari, coïncide avec la dernière fin de semaine de la magnifique exposition « L’oeil attentif ».Notre concert « L’oreille attentive »  fera vivre au public un parcours musical tout en finesse avec trois oeuvres canadiennes et une œuvre  envoûtante d’Ali-Zadeh. »

PAN M 360 : Encore une fois, Ali-Zadeh est au centre de l’affaire. Comment avez-vous sélectionné son œuvre pour ce programme?  Quelles en sont les caractéristiques?

Olga : Les concerts Musique à voir sont une occasion pour le Quatuor et le public de réentendre des œuvres qui sont au répertoire du Molinari. Reqs est une pièce envoûtante et pleine d’entrain et nous terminerons le concert de façon festive avec cette œuvre.

PAN M 360 : Pour la suite, vous plongez dans le répertoire local ou canadien. D’abord, présentez-nous brièvement le Quatuor d’Otto Joachim (1997). 

Olga:  Originellement conçue comme un trio à cordes, cette œuvre fut transformée par Joachim en un quatuor dont nous avons fait la création en 2000 pour souligner les 90 ans du compositeur. Otto Joachim a trouvé la source d’inspiration  de cette œuvre à la suite d’une visite à Séoul en Corée du Sud. Ayant vécu pendant 16 ans en Malaisie et en Chine, ce retour en Asie en 1977 lui a permis  de renouveler son intérêt pour la musique asiatique. Ce quatuor intègre des traces de musique coréenne avec des structures dodécaphoniques et aléatoires. 

PAN M 360 :  Puis le Quatuor no 7 de Brian Cherney.  Mêmes questions : Pourquoi? Comment?

Olga:  Nous avons commandé à Brian Cherney son 7e quatuor à l’occasion de son 80e anniversaire et l’avons créé au printemps dernier. C’est une oeuvre tout en finesse et délicatesse  Nous allons faire une vidéo de ce quatuor en décembre et il sera accessible en ligne sur notre site Vidéothèque québécoise Quatuor Molinari (vqqm.ca), un site qui se veut un lieu de découvertes et de sources d’informations sur les œuvres pour quatuors à cordes de compositeurs québécois. Les œuvres nouvelles, les créations, sont rarement jouées plusieurs fois et le Molinari se fait un devoir de les rejouer et de les inscrire dans son répertoire pour qu’elles trouvent une place dans l’Histoire. 

PAN M 360 : Vous concluez  avec Quatuor no 2, Waves, de R. Murray Schafer, un de vos compositeurs de prédilection. Comment votre connaissance de cette œuvre a-t-elle évolué?

Olga: Plus on joue une œuvre, plus elle fait partie de soi. La principale difficulté de ce quatuor réside dans le fait que les mesures sont remplacées par des séquences de 6 à 11 secondes, dont les motifs sont joués en accélérant et/ou en ralentissant. Il faut donc avoir en nous cette notion de temps qui s’écoule. et cela s’acquiert avec le travail et la répétition. C’est une œuvre toute délicate, qui fait rêver d’être au bord de la mer en cette fin de novembre froide et grise!

Les interprétations de Philip Glass sont parmi les plus belles réussites de l’ensemble à cordes La Pietà que dirige la violoniste Angèle Dubeau. En 2008, l’album Portrait avait donné beaucoup de crédibilité à la musicienne auprès de Philip Glass et son équipe, il est aisé d’affirmer que cet album fut l’un des plus déterminants de sa discographie en ce sens. 

Suite logique? Absolument.

Quinze ans plus tard, Signature Philip Glass est un nouvel effort de l’ensemble et sa directrice artistique, qui a obtenu carte blanche pour ce second chapitre consacré au compositeur, une des figures marquantes du minimalisme américain. Pas moins de 16 pièces ou extraits d’œuvres figurent au programme, étoffant ainsi l’expertise de La Pietà  dans le répertoire glassien. Ce lundi, un concert donné à la Maison symphonique de Montréal en témoigne, Angèle Dubeau nous en explique généreusement les tenants et aboutissants. 

PAN M 360 : Après Portrait, voici donc Signature et le concert qui s’ensuit. 

Angèle Dubeau : J’étais dans ma série de portraits, alors là, je me suis dit « Comment j’appelle cet album? » Je ne peux quand même pas l’appeler Portrait bis. » Je me suis dit « Tiens, il y a tellement une signature unique, on va l’appeler Signature. » 

PAN M 360 : Alors 15 ans plus tard, vient Signature.

Angèle Dubeau :  Oui, 15 ans. D’ailleurs, ce portrait de Philippe Glass a été le premier de ma série de portraits ensuite qui est venue avec Arvo Pärt, John Adams, Ludovico Enaudi, Max Richter, enfin tous ces minimalistes, post- minimalistes, appelons-les comme on veut. Philippe Glass a été le premier de cette série. Et 15 ans plus tard, on le sait, Philippe est encore prolifique.

C’était la première de sa 13ᵉ symphonie, il y a deux ans, au Carnegie Hall. Il continue malgré l’âge (86 ans) et ce qui vient avec. Il a réalisé certaines œuvres. 

PAN M 360 : La dernière fois qu’on l’a vu sur scène avec son ensemble, c’était pour la projection de Koyaanisqatsi à la Maison symphonique en septembre 2019, après quoi il n’était pas de l’ensemble qui porte son nom sous la direction de Michael Reisman à la Salle Bourgie, au printemps dernier.

Angèle Dubeau : Je pense qu’il  a des hauts et des bas, il ne sort plus beaucoup et continue de travailler en solitaire – comme il a toujours fait, d’ailleurs.   

PAN M 360 : Quelles œuvres ont été choisies pour le deuxième tome?

Angèle Dubeau : À l’époque, j’étais plus frileuse de revisiter. J’avais choisi des œuvres qui étaient déjà écrites pour cordes, des quatuors à cordes que je doublais ou triplais. J’avais fait certaines œuvres que Michael Reisman  avait revisitées, par exemple la suite de The Hours.
Je m’étais collée sur ce qui existait et que j’avais rehaussé pour La Piétà – 12 cordes. 

Là, dans ce cas- ci, la grosse différence, c’est que quand j’ai rejoint Richard Guérin, son bras droit depuis toujours, pour lui dire que je voulais revenir à Philip pour lui un autre portrait, il m’a dit « Tu as carte blanche. On te fait tellement confiance »… et ce « on » venait aussi de Philip. Ce dernier lui a dit « elle peut même jouer mes œuvres au gazou et ça me dérange pas, je sais que ça va être beau ». J’ai eu carte blanche.


PAN M 360 : Quelles fut l’étape préliminaire ?

Angèle Dubeau : Je suis allée butiner, réécouter le répertoire, tout ce que je pouvais retrouver de Philip Glass. À partir de là, j’ appelais Richard régulièrement pour lui demander telle ou telle partition, j’ai pu voir  celle de Koyaanisqatsi écrite à la main, des choses complètement incroyables. Ils connaissent le respect que j’apporte à l’œuvre de Glass, ils m’ont appuyée dans mon intention de revisiter certaines œuvres dans une couleur différente.  Ils connaissent mon bon goût, il faut croire, et ils l’approuvent. J’ai eu ce cadeau très rare et très apprécié. Je suis donc partie dans cette quête, sans limite de choix. 

PAN M 360 : Quelle serait alors l’approche ?

Angèle Dubeau : Je n’avais pas osé à l’époque aller vers la série des quatsi Je me disais « Non, c’est trop lié aux instruments à vent ou au chant choral, alors que cette fois j’ai fait un clin d’oeil, je me suis permise d’explorer sans limite de choix et amener ça dans une formation violon solo, corde et piano. Bien sûr,ce n’est pas juste une revisite pour en être une. Il faut que ça ait sa raison d’être, puis il faut que ça soit amené avec une autre écoute, une autre façon valable de l’exprimer. C’était vraiment avec ces antennes que je suis partie à la redécouverte de l’œuvre de Glass.


Angèle Dubeau : Que justifient les choix de ce 2e album consacré à Philip Glass ? 

Angèle Dubeau :  D’abord, j’ai décidé de commencer avec un beau clin d’œil: l’album de 2008 se termine avec Closing, un extrait de Glassworks. Celui-ci, je l’ai commencé avec Opening du même album, la boucle était bouclée, c’est la continuité.Opening nous met dans l’ambiance, dans l’univers de Philip Glass. J’avoue que je suis bien contente d’Opening, de ce qu’on a fait avec ça. Je suis une trippeuse de son, l’intention était d’aller chercher justement ces couleurs qu’on est capable d’exploiter avec nos instruments à cordes.  

PAN M 360 : Prenons le 4e mouvement de sa 3e symphonie.

Angèle Dubeau : On sait que l’œuvre  Philip Glass est très variée, soit pour le théâtre, le cinéma, de toutes les configurations classiques possibles, de la symphonie à l’orchestre de chambre, au duo, etc.. J’ai voulu aussi exploiter cette diversité de propositions, Et donc cette symphonie avait  été écrite au départ pour pour un orchestre à cordes, je crois que c’était  l’Orchestre de chambre de Stuttgart qui l’avait commandée. J’avais  lu que le compositeur voulait donner un rôle important à chaque musicien, comme s’ils étaient tous solistes. Tant qu’à moi qui dirige un ensemble de 12 cordes, ça vient renforcer justement cette approche où on veut vraiment donner à chaque section un rôle de soliste. Il y a vraiment beaucoup de matière, puis on l’entend très bien dans cette formation réduite. On s’entend que c’est aussi une œuvre, quand on parle quand même d’une diversité d’écritures, ça, c’est une écriture beaucoup plus classique, je dirais, beaucoup plus traditionnelle dans l’écriture. 

PAN M 360 : Prenons aussi pour exemple les duos # 1 et # 4 pour violoncelle et violon.

Angèle Dubeau : J’ai eu beaucoup de plaisir à jouer avec Julie Trudeau, une merveilleuse violoncelliste. On se connaît depuis longtemps, c’était du bonbon! Julie était ravie, je l’étais aussi. On s’est vues, on a travaillé aussi chacun de notre côté. J’avais choisi les deux duos, mais en lui faisant entendre tous les duos, son choix s’arrêtait sur les deux mêmes. C’était facile : tu t’écoutes, tu joues, tu trippes ensemble. C’était vraiment ça. 

PAN M 360 : Le 3e mouvement de la sonate pour violon et piano est aussi remarquable.

Angèle Dubeau : Une idée complètement folle car c’est une sonate qui a été très rarement enregistrée. C’est très virtuose, ça donne des notes plein les oreilles et plein les mains aux musiciennes de La Pietà. J’ai pris ce dernier mouvement parce que je voulais faire aussi un survol, j’ai hésité un moment à faire s’enchaîner les 2e et 3e, et j’ai arrêté mon choix sur le seul 3e mouvement.  

PAN M 360 : Il se trouve des œuvres récentes sur cet album Signature, autre signe de sa spécificité.

Angèle Dubeau :  La plus récente est son Piano Quintet Annunciation, une œuvre  composée en 2018. C’est une œuvre composée en deux sections, j’ai choisi la première. J’ai gardé dans cette œuvre l’intimité du quintette à certains moments, mais à d’autres moments, j’ai décidé de bonifier le matériel en le distribuant à des sections. Je suis contente aussi de ce résultat, c’est une écriture qui ressemble beaucoup à Philip Glass où tu as des moments sombres, et aussi  des moments plus lumineux. La première fois que je l’ai entendue, je trouvais quand même spécial ce quintette, relativement traditionnel de prime abord. Mais très vite, on tombe dans l’écriture si familière du compositeur.

PAN M 360 : Dans le cas de cet album, on ne sent pas le souci d’être pop comme on peut le sentir sur d’autres albums. Tu pouvais choisir quoi que ce soit de Glass selon tes goûts personnels.

Angèle Dubeau : Je n’ai aucun problème à être pop mais pour ce projet, j’avais surtout en tête cette carte blanche du compositeur. Un cadeau du ciel !  La première fois, tu dis « Il me connaît pas trop. Tu veux être respectueuse de l’œuvre. » J’avais aussi 15 ans de moins. Aujourd’hui, j’ai l’âge que j’ai et  le bagage que j’ai, je n’ai pas cette crainte ou quoi. Je suis allée sans limite aucune. Ça, c’est la grande différence.

PAN M 360 : Et ta connaissance de l’œuvre de Glass te permet bien des choses! 

Angèle Dubeau : Je l’ai réécoutée entièrement en me questionnant : ai-je quelque chose à dire de plus ? Puis-je y apporter un autre regard ? » Ça partait comme ça et je tentais ensuite de mener l’affaire ailleurs. Oui, il y a toujours cette recherche, quels que soient mes projets, je suis quelqu’un qui va au fond des choses et c’est ce qui s’est passé également avec cet album. Bien que je connaissais très bien l’œuvre, je lai réécoutée des heures et des heures et  plus encore. Pour Candyman Suite, par exemple,  je suis tombée sur un arrangement de Michael Reisman pour violon et piano. On a bonifié, on a coloré avec les cordes, mais en ajoutant des petites touches. Des pizzicati ont remplacé des notes de piano, par exemple. 

PAN M 360 : On imagine que l’altiste et arrangeur François Vallières t’a prêté main forte, une fois de plus.

Angèle Dubeau : Absolument. Pour cet album, cependant, je me suis permise plus que jamais de lui donner des directives. Je veux ça comme ça, on coupe ça là, on fait ça ici, etc. François, on travaille depuis longtemps ensemble, alors il me connaît. Quand je lui dis « Écoute, ça, ça semble vraiment plus grave, je veux que ça gronde dans l’orchestration », je n’ai pas besoin de donner de détails. Je sais que ça va gronder, que ça va aller comme je le veux. Il connaît tellement la dynamique de l’ensemble! 

PAN M 360 : Un autre exemple?
 

Angèle Dubeau :  Une autre pièce dont j’aime beaucoup le résultat, c’est Metamorphosis. C’était à l’origine pour piano solo. J’ai entendu tellement de versions de cette œuvre, toutefois  je n’avais rien entendu avec cordes et piano. Je me disais que toutes ces montées rythmiques très rapides  me donneraient la liberté d’un contre-chant au violon. Alors, voilà, j’ai rajouté mon violon dans ces passages très rythmiques de triolets rapides, arpégés, si tu veux. C’est beaucoup plus pianistique que violonistique, mais je double le piano partout. Je suis très contente du résultat ! 

PAN M 360 : Pour la facture générale, qu’est- ce qui est, au-delà du choix du répertoire, ce qui diffère dans le son d’ensemble par rapport à l’enregistrement de 2008?

Angèle Dubeau : Une des choses pour moi qui me rend si fière, c’est que La Pietà se reconnaît désormais par sa sonorité unique. Les gens me le disent: « J’écoutais la radio, puis ça ne faisait pas 30 secondes que ça jouait, ça ne pouvait être un autre orchestre que La Pietà. Je le répète, je suis vraiment une trippeuse de son. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours vu mon interprétation comme un peintre avec sa palette de couleurs. Je peux, avec mon violon, colorer la musique.

PAN M 360 : Cette valeur est évidemment partagée avec les membres de La Pietà.


Angèle Dubeau : Tout à fait. Les musiciennes me connaissent (certaines depuis les études!), me devinent, me font confiance et savent où je m’en vais avec ça. On arrive à cette osmose avec le temps et les tournées. Et à un moment donné, ça devient cette sonorité que je veux atteindre et qui devient la leur. Et quand on se retrouve dans des moments comme ça, sans avertir, je vais changer la couleur, la texture. J’ouvre grand les yeux et je communique cette idée : « Attention, quelque chose s’en vient. » Et les musiciennes sont aux aguets ! J’arrive ainsi à modeler mes intentions pour la couleur et la texture. Ça, je pense que c’est devenu aussi une signature de la Pietà.

ANGÈLE DUBEAU ET LA PIETÀ SE PRODUISENT CE LUNDI 27 NOVEMBRE, 19H30 À LA MAISON SYMPHONIQUE. AU PROGRAMME: PHILIP GLASS ET LUDOVICIO EINAUDI

« Berlin a son Ensemble Les 12, Amsterdam Les 8, deux formations de violoncellistes concertistes qui font le tour du monde. C’est maintenant à Montréal d’avoir SON Ensemble. »  Le samedi 25 octobre, la Maison symphonique sera pleine pour accueillir Les 9, soit 8 violoncelles et une contrebasse sous la gouverne de Vincent Bélanger. Le lendemain à Québec, il en sera de même au Palais Montcalm. 

Le projet du violoncelliste québécois a germé il y a 5 ans au Festival de Lanaudière, l’ensemble dont il est ici question fut fondé l’année suivante, l’impact n’a cessé de croître depuis lors. Trois albums en témoignent dont le tout frais Nocturne, sorti sous étiquette GFN Productions et dont la matière sera la part congrue du programme ce week-end.

En toute courtoisie, Vincent Bélanger a répondu aux questions de PAN M 360 à la veille des concerts donnés à Montréal et Québec. On connaît peu d’ensembles nationaux ou internationaux fondés quasi exclusivement sur le violoncelle, bien que ceux mentionnés dans le préambule du texte officiel aient à l’évidence un impact important chez les mélomanes. Notre interviewé nous éclaire d’abord à ce titre.

Vincent Bélanger: L’ensemble de violoncelles est souvent utilisé dans un cadre académique. Il est coutume que tous les élèves d’un même professeur se réunissent pour jouer des œuvres de compositeur-violoncelliste du 19e siècle (comme David Popper, Julius Klengel) et des arrangements des grands classiques.

Les 12 de Berlin est, si on peut dire, l’un des premiers ensembles professionnels. Dans le cadre de mes études à Montpellier, avec mes collègues de l’époque, nous avions formé un ensemble de violoncelles. Cette idée m’est toujours restée. 

Gregory Charles, alors directeur du festival de Lanaudière, a eu vent de cette expérience et lorsqu’il à travaillé sur le programme Dode Cello, ensemble de douze violoncellistes qui fut présenté à l’été 2018 à L’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, il m’a contacté et nous avons bâti le programme ensemble. En 2019, j’ai décidé de créer une formation réduite avec 8 violoncelles et l’addition d’une contrebasse. Traditionnellement,  le nom d’un orchestre de violoncelle contient un chiffre, ce fut donc Les 9 de Montréal.

PAN M 360 : « La formation réunit 8 violoncellistes et un contrebassiste, une union de jeunes virtuoses canadiens. »  Comment-avez vous sélectionné vos collègues? 

Vincent Bélanger: La plupart d’entre nous avons travaillé ensemble sur Dode Cello en 2018. Mon premier critère repose sur les qualités humaines. Dans la situation actuelle, les conditions ne sont pas toujours maximales et il arrive quelquefois des imprévus. Nous devons donc être en mesure de nous entraider rapidement malgré les difficultés. L’écoute aussi , en musique de chambre, c’est primordial. 

Mon objectif à moyen et long terme est de réaliser de grandes tournées au Canada et à l’étranger. Il est très important que le lien de confiance soit solide entre tous les membres. On ne veut pas de chicane en plein milieu d’une tournée!

PAN M 360 : Vos collègues ont-ils/elles des fonctions spécifiques dans l’orchestre ou encore les œuvres dictent-elles les choses à faire pour chacun.e?

Vincent Bélanger: En fait, les deux.

Certaines œuvres que nous avons à notre répertoire, comme le Concerto pour deux violoncelles de Vivaldi ,  Chant d’espoirs de Christian Thomas et nouvellement Nocturne  de Chopin, exigent un ou plusieurs violoncellistes concertants. 

Dans les œuvres d’ensemble, non concertantes donc, on peut diviser en deux quatuors : le premier étant plus mélodique et le deuxième plus plus rythmique et harmonique.

J’aime aussi explorer la spécialisation de chaque musicien: certains sont des références en musique ancienne, contemporaine, et d’autres sont aussi compositeurs et improvisateurs. D’ailleurs, à tous les concerts, il y a un moment d’improvisation, ce qui confère un moment unique à l’audience. 

PAN M 360 : Quel est la fonction de la contrebasse dans votre ensemble? On a vu une telle configuration avec Forestare, ensemble de guitares classiques avec contrebasse. Y a-t-il un lien à faire dans ce choix similaire?

Vincent Bélanger : La contrebasse donne de la stabilité et ajoute à la force de l’ensemble. C’est l’instrument qui passe partout. Et notre contrebassiste, Étienne Lafrance, est un véritable virtuose! Dans tous les styles en plus. Et il improvise comme un dieu! Au-delà du musicien, la personnalité d’Étienne nous inspire beaucoup. Musicalement, la contrebasse ajoute aussi une dimension orchestrale. C’est-à-dire qu’ à certains passages, on peut avoir l’impression d’être beaucoup plus que 9! 

PAN M 360 : Comment le son d’ensemble, soit la cohésion et le travail collectif, ont-ils progressé depuis les débuts des 9?

Vincent Bélanger : Depuis 2019, la cohésion et le son sont de plus en plus forts. Les membres sont stables, l’esprit de famille est plus fort. Et le public le ressent. Comme je l’ai souligné précédemment, c’est important pour moi. Si  nous n’avons aucuns plaisir sur scène, comment pouvons-nous espérer, avec un ensemble comme Les 9, en susciter chez  l’audience?

Demain, 25 novembre à La Maison symphonique de Montréal, nous serons à guichets fermés. En 3 ans, l’audience a doublé année après année. Nicholas Choinière de GFN Productions nous a bien compris et a grandement contribué à ce succès. En tant que fondateur et directeur musical, je suis très fier de ce grand travail d’équipe.

PAN M 360 : « La création des 9  pour but d’explorer l’univers musical original, unique et universel que le violoncelle embrasse. Les découvertes sont très présentes : grands classiques revisités et ou adaptés, musique ludique musique latine, compositions originales, parmi lesquelles  Adaptation, ou « le mouvement perpétuel de l’être en devenir » de Christian Thomas, bien connu du milieu théâtral montréalais pour ses nombreuses musiques de scène. »

Les compositeurs québécois Christian Thomas et Brigitte Bard se trouvent au même programme que Rameau, Saint-Saëns, Rachmaninov, Ravel, Chopin, Debussy, Fauré sont au programme de votre album Nocturne et, il va sans dire, de votre concert ce week-end. 

PAN M 360: Quel est le fil conducteur de votre éclectisme?

Vincent Bélanger: Le violoncelle. Et le goût de surprendre l’audience par ses capacités techniques et expressives!

PAN M 360: Présentez-vous exclusivement les pièces de votre album?

Non. Le programme contient 8 œuvres canadiennes sur un total de 14. 

Participer à l’ajout d’œuvres originales au répertoire d’ensemble de violoncelle fait partie de ma mission comme directeur musical. Christian Thomas est notre compositeur en résidence depuis 2019, nous créons 6 de ses œuvres. Brigitte Bard, compositrice du Kamouraska, nous a dédié Les Vagues. J’ai arrangé Exil de François Dompierre – cette œuvre fut créée par Angèle Dubeau et La Pietà, un ensemble qui m’a beaucoup inspiré.

PAN M 360: Pouvez-vous nous résumer l’aventure de l’enregistrement? Les séances? Le mix? 

Vincent Bélanger: C’était la 2e fois que Les 9 enregistrait à Mirabelle. Nous étions en terrain connu. Afin de solidifier l’esprit d’équipe, c’est devenu pour moi une tradition de cuisiner pour la gang. Je trouve que c’est plus intéressant  la nourriture maison que la restauration rapide. Ça donne toujours lieu à des moments de détente et de rire. L’enregistrement s’est très bien déroulé. Francis Choinière, qui a signé les somptueux arrangements, a aussi fait la réalisation. Son sens musical est très impressionnant. 

Philippe Bouvrette,  le preneur de son, avait une attitude très positive. Nous avons eu des moments magiques tout au long des sessions d’enregistrement. L’un des moments est lors de l’enregistrement de  Pavane pour une infante défunte  de Maurice Ravel. Il y avait beaucoup d’émotion. Dominique Beauséjour-Ostiguy et moi nous sommes regardés et il m’a lancé : « il me semble que je la jouerais encore et encore … »  

Je crois que ces moments s’entendent sur l’enregistrement.

Les 9 à la Maison symphonique, samedi, 19h30;

Les 9 au Palais Montcalm, dimanche, 19h30

« Bigflo & Oli, tu connais non? » — Les frangins toulousains s’amusent à poser cette question sur plusieurs de leurs morceaux. Nul doute, le Québec les connaît et les apprécie énormément. À chacune de leurs visites depuis leur première en 2015, les Québécois et Québécoises ont répondu présent, leur réservant à tout coup un accueil chaleureux. Au cours des dernières années, le duo français a conquis son public grâce à ses habiletés techniques impeccables, des textes soignés et un immense charisme.

En marge de leurs concerts à Montréal au Centre Bell ce vendredi 24 novembre puis au Centre Vidéotron à Québec samedi pour présenter leur quatrième album Les autres c’est nous, Pan M 360 a rencontré les rappeurs afin de discuter de leur relation avec le public d’ici avec qui ils renouent sans faire d’argent avec cette tournée nord-américaine, leur quotidien sur la route au cours des derniers mois, leur marque de vêtement Visionnaire et bien plus!

PAN M 360 : Bonjour à vous deux, re-bienvenue à Montréal. Votre première visite ici remonte à 2015 dans le cadre des Francos, et il y en a eu plusieurs autres depuis. Lors de vos premières fois, vous étiez au début de votre carrière et aviez assurément quelque chose à prouver ainsi qu’un public à conquérir, ce qui n’est plus nécessairement le cas aujourd’hui. Comment approchez-vous cette venue au Québec?

BIGFLO : On arrive ici avec un seul but en tête, soit de célébrer au maximum. Lors de nos premières visites, nous étions un peu les outsiders du rap, nous amenions un rap différent et étions même parfois incompris, donc on voulait prouver, prouver, prouver. Aujourd’hui, nous ne sommes plus vraiment dans ça, nous aimons toujours nous prouver en rappant et en démontrant que nous sommes de bons musiciens, mais nous prenons la tournée d’une manière beaucoup plus apaisante. On voit ça davantage comme une fête avec les gens qui nous écoutent. Comme on dit sur le premier titre de notre dernier album, ceux qui n’aiment pas et qui n’écoutent pas, et bien tant pis, on ne peut pas plaire à tous. On se concentre sur les gens qui nous aiment vraiment.

PAN M 360 : Au fil des années, vous n’avez jamais oublié les Québécois et Québécoises. Pourquoi c’est important pour vous de nourrir cette relation avec le Québec?

OLI : Dès le début, les gens nous ont réservé des accueils chaleureux à nos spectacles. Si nous n’avions pas eu ça, peut-être que nous ne serions pas venus aussi souvent au Québec. Nous avons tout simplement rendu l’énergie que les gens d’ici nous ont donnée. Je me souviens de nos deux dates d’affilée au Club Soda, nos moments au MTELUS et la tournée à travers le Québec avec des dates à Sherbrooke, Laval, Québec et Montréal. Nous avons vécu des super moments dans la province, et nous revenons tout simplement pour en vivre d’autres. C’est aussi bête que ça.

BIGFLO : Sur nos deux concerts à Montréal et Québec ce soir et samedi, nous ne gagnons pas d’argent, en raison des coûts de déplacements et tout. Nous sommes vraiment là pour le plaisir et parce beaucoup de personnes nous soutiennent ici. Nous recevions déjà en 2015 des messages de la part de gens du Québec qui disaient nous écouter, et nous nous disions que c’était trop bien d’avoir des personnes qui nous écoutent d’aussi loin.

PAN M 360 : Vous êtes en tournée et avez enchaîné les concerts depuis déjà plusieurs mois, ça ne semble jamais s’arrêter pour vous! Dans quel état d’esprit vous amenez-vous à Montréal? 

BIGFLO : Franchement, cette venue au Québec est une véritable bulle d’air frais pour nous. Nous terminons présentement notre grosse tournée, et nous aimons mettre les dates à l’international vers la fin pour changer un peu d’air avant notre important concert à Paris. C’est très ressourçant de venir ici, surtout que l’on sait que les concerts au Québec se déroulent toujours très bien. Nous avons des souvenirs fous de nos visites à Montréal. 

OLI : D’ailleurs, un de nos meilleurs souvenirs sur scène est lors d’une de nos présences au Club Soda quand notre mère était assise au balcon, c’était dingue. 

BIGFLO : Nous connaissons très bien l’endroit, et nous ne sommes vraiment pas stressés à savoir si ce sera bien ou pas. 

OLI : C’est vrai que nous avons enchaîné beaucoup de concerts ces derniers temps, mais avec l’expérience, nous savons mieux nous reposer et gérons mieux tout ça. Certes, c’est une longue tournée intense, mais ce n’est pas usant de manière négative. 

PAN M 360 : Vous mentionnez mieux gérer cette tournée. Avez-vous des passe-temps ou occupations qui vous permettent de vous détendre et de mieux vous en sortir?

OLI : Nous sommes avec beaucoup d’amis en tournée. Sur scène, il y a des personnes avec qui nous sommes allés à la garderie, au primaire et même au lycée. 

BIGFLO : C’est une grande colonie de vacances. En tournée, nous jouons au foot, faisons des tournois de ping-pong et des matchs de padel, un sport qui est un mélange de tennis et… de tennis quoi! Bref, nous faisons beaucoup d’activités comme ça et cela nous aide beaucoup. Comme nous sommes souvent fatigués, nous ne faisons pas grand-chose en après-midi, nous nous concentrons sur le concert du soir. 

PAN M 360 : Ça fait déjà plus d’un an que vous avez dévoilé votre dernier album Les autres c’est nous. Avec un peu de recul, comment voyez-vous ce projet? 

BIGFLO : Pour moi, c’est du soulagement. C’était un vrai défi pour nous, à ce niveau-là de carrière, d’arriver avec un quatrième album solide. À notre âge, c’était ça passe ou ça casse. C’était l’album le plus important à faire pour nous. 

OLI : C’est aussi notre projet le plus abouti au sens du fond, dans ce que nous avons raconté. J’ai l’impression que nous avons vraiment vidé une partie de ce que nous avions à dire sur notre identité, sur nos questionnements de jeunes adultes, sur notre rapport aux autres, notre lien avec l’amour, nos ancêtres et notre pays. Nous avons réussi à aborder plein de sujets forts qui nous tiennent vraiment à cœur. C’est ce qui nous permet aussi d’offrir notre meilleur concert à ce jour, avec davantage de musicalités, de vrais moments pour les textes avec des histoires racontées sur scène ainsi que des instants de fêtes avec notamment des morceaux comme Dernière et Coup de vieux

PAN M 360 : L’éventail des sujets que vous avez abordés au cours de votre carrière est extrêmement large. Cependant, y a-t-il quelque chose de nouveau que vous aimeriez aborder dans vos chansons?

OLI : Par exemple, j’y pensais ce matin, j’aimerais faire quelque chose sur le divorce et pousser plus loin sur l’impact de ça. On en a d’ailleurs déjà parlé sur Tant pis ou tant mieux sur notre dernier album.

BIGFLO : Nous n’avons pas vraiment de sujets en stock. L’inspiration vient plutôt sur le moment lorsqu’on entend les instrumentales. En tout cas, j’espère que nous avons encore plein de sujets à aborder, et on peut même reparler de certaines choses. Avec le temps, les choses changent et notre angle d’approche aussi, nous avons encore beaucoup de choses à dire. 

OLI : Avec notre succès et la maturité gagnée, on va moins parler de ce que pensent ou vont penser les gens. Donc, ça nous ouvre la porte à donner davantage notre avis, le vrai, sur certains sujets. Tout ce qu’on a raconté au fil des années a toujours été vrai, mais on risque d’être davantage engagé et assumé. 

PAN M 360 : Votre marque de vêtements Visionnaire s’est installée au NINETY sur la rue Saint-Denis pour quelques jours. Parlez-moi de votre passion pour la mode et ce que vous apporte un tel projet. 

OLI : Notre marque vient du fait qu’on s’est dit qu’on pourrait porter des chandails que l’on crée nous-mêmes à la place d’enfiler ceux inventés par les autres. Ça vient aussi du hip-hop, nous avons grandi avec des Jay-Z et P.Diddy qui avaient leur marque de vêtement. 

BIGFLO : Dans le rap français, c’est plutôt l’inverse. C’est quasi étonnant si tu n’as pas une ligne de vêtement, c’est très propre à la culture entrepreneuriale du hip-hop. La majorité des rappeurs en a une. Forcément, nous voulions être des rappeurs et ça allait de soi de créer la nôtre. Visionnaire existe depuis déjà 2017, ça fait quand même un bon moment. Nous sommes très contents de voir le tout évoluer.

OLI : Récemment, nous avons collaboré avec le Toulouse FC pour créer le troisième maillot de l’équipe, avec différentes marques et récemment avec un artiste de New York. Ça bosse bien!

PAN M 360 : Il y a trois ans, vous avez mis sur pied votre label Bonne étoile. Il est clair que vous avez un intérêt et un engagement envers les jeunes talents. Auriez-vous des suggestions d’artistes de chez vous à faire découvrir au Québec?

BIGFLO : Justement, il y a LauCarré qui sera en première partie des concerts au Québec. On se disait que les gens ici pourraient bien aimer son style de rap. Il a d’ailleurs une collaboration avec un gars de chez vous en pleine ascension, Fredz, qui assurera lui aussi la première partie. 

Bonne étoile, c’est vraiment une autre corde à notre arc. Quand on voit nos jeunes talents réussir à remplir des salles de 400-500 personnes et que nous sommes dans la salle, nous ressentons une fierté différente de quand nous sommes sur scène. 

OLI : Après dix ans de carrière et de succès, on sentait que c’était le moment de transmettre ce que nous avons appris et de les accompagner, sans totalement leur paver la voie, car ce sont à eux de choisir leur route. On s’était promis de partager et d’aider les autres le jour où nous allions avoir réussi, et c’est ce que nous sommes en train de faire.

PAN M 360 : Récemment, vous avez tous les deux créé des titres ou effectué des collaborations en solo, notamment sous le nom de Bunshiin pour vous Bigflo. Que pensez-vous que cette liberté créative en solo vous apportera lors de vos moments en duo?

BIGFLO : C’est vraiment le début, et on essaye de ne pas trop y penser. Parfois, on fait des collaborations en solo, car c’est avec un artiste qu’un de nous affectionne particulièrement, où il n’y a tout simplement pas la place pour être deux. Oli n’en a fait qu’une, et un peu plus pour moi. Au départ, on trouvait que c’était un blasphème et que c’était de trahir Bigflo & Oli de faire ça, ça nous préoccupait beaucoup. Nos amis et nos entourages nous disaient que nous avions le droit de faire des morceaux l’un sans l’autre et que ce n’était pas la fin du monde, mais nous trouvions ça grave. Aujourd’hui, on se dit que c’est cool et que ça nous fait respirer. Effectivement, quand on revient en studio ensemble, on apporte de nouvelles inspirations et ça fait évoluer notre projet commun.

PAN M 360 : Parlons maintenant de votre spectacle à venir ce vendredi  24 novembre au Centre Bell et le lendemain au Centre Vidéotron. À quoi doit-on s’attendre, vous qui nous avez toujours habitués à une excellente mise en scène. 

BIGFLO : Écoute, ce qui est dommage c’est que nous n’avons pu apporter tous nos équipements au Québec. Nous apportons beaucoup de surprises, mais c’est assez compliqué pour nous de vous présenter le vrai « Bigshow ».

OLI : Les gens peuvent s’attendre à la synthèse de plusieurs années de scène avec tous les éléments qui fonctionnent bien de nos concerts précédents. C’est bien ficelé et l’esthétique est travaillée. Nous venons avec une dizaine de musiciens, un ensemble de cuivres, de trompettes et de trombones. 

BIGFLO : Je vais jouer du piano et de la batterie, Oli jouera de la trompette. On a un bon mix d’anciens et nouveaux sons. On est très fier du spectacle, encore plus que de notre dernier album.

PAN M 360 : Est-ce qu’il y a un morceau en particulier qui a su traverser vos spectacles et qui ne quittera jamais vos concerts?

BIGFLO : C’est certainement le morceau Demain avec Petit Biscuit. C’est un titre d’été qui nous fait du bien en live. Il y a certains morceaux qui ne sont pas mes préférés à l’écoute, mais qui sont incroyables en concert. Pendant Demain, il y a des confettis, des flammes et les pétards qui explosent, c’est vraiment le bordel! En termes de vieux morceaux, nous faisons encore Aujourd’hui et Début d’empire. Nous aimons toujours faire un ou deux sons pour ceux qui nous suivent depuis nos tout débuts.

Avec raison, on dit souvent qu’il y a eu un avant et un après Dubmatique sur la scène hip-hop québécoise. En 1997, le groupe montréalais composé de Disoul, OTMC et DJ Choice a dévoilé son premier projet, La force de comprendre, frayant ainsi son propre chemin vers le succès, celui que de nombreux artistes ont emprunté à leur tour. Difficile de se dire amateurs de rap keb sans connaître les couplets engagés des deux MCs sur un titre comme Soul pleureur.

Puis le temps passe et Dubmatique fêtait (déjà) il y quelques temps les 25 ans de son album culte. Pour l’occasion, les membres du groupe dévoilent ce vendredi une réédition en vinyle et en format numérique. PAN M 360 a discuté avec les deux voix de la formation, OTMC et Disoul, de cette sortie surprise, de leur vie après Dubmatique et bien évidemment de l’immense succès de leur premier opus.

PAN M 360 : Même après toutes ces années, La force de comprendre est encore écoutée et certains des titres du projet tournent encore. Comment votre album a-t-il réussi à traverser les époques et les générations?

OTMC : C’est grâce au public et nos fans qui ont réussi à faire traverser nos morceaux à travers le temps. Cela étant, je dirais que c’est peut-être grâce aux messages véhiculés dans cet album qu’on en entend encore parler à ce jour. Que le hip-hop au Québec soit solidement ancré depuis quelques années aide aussi, si des gens cherchent à en savoir plus sur les racines de ce mouvement, notre groupe y figure. Les personnes ont envie d’en savoir plus sur l’histoire du rap d’ici. Il y a aussi les radios qui aident beaucoup. Ce sont toutes ces petites choses qui rendent cela possible. Il y a plusieurs années, on pensait que le rap et le hip-hop étaient des modes, et finalement ce ne l’était pas. Il y a aussi les célébrations des 50 ans du rap hip-hop cette année qui permettent de nous garder dans la tête des gens. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que vos fans pourront obtenir avec la réédition de ce projet?

DISOUL : Ils pourront obtenir l’album tel qu’il était en 1997. La pochette a été retravaillée et le son a été amélioré. Nous n’avions jamais vraiment eu la chance d’offrir La force de comprendre en vinyle. À l’époque, notre compagnie en avait imprimé quelques exemplaires, mais c’était seulement pour remettre aux DJs, environ une centaine de copies. C’est pour permettre à ceux qui nous suivent depuis nos tout débuts de mettre la main sur cette pièce de collection.

OTMC : Il y eut certains anciens exemplaires qui ont été vendus à plus de 1000$ par le passé, alors c’est vraiment cool de pouvoir enfin le sortir.

PAN M 360 : Votre dernier album en tant que Dubmatique remonte à 2009 lors de la réunion de votre groupe le temps d’un projet. Que faites-vous depuis? Quelles ont été vos occupations?

DISOUL : Depuis maintenant un peu plus de 12 ans, je travaille dans un autre domaine, je travaille pour FedEx. Ça a été un changement de cap qui s’est fait naturellement, près de la naissance de ma fille qui a maintenant 11 ans. J’avais besoin de me ressourcer. Je demeure maintenant à Valleyfield depuis plusieurs années, moi qui suis un Montréalais de cœur. La musique est toujours présente dans ma vie, mais plutôt par passion aujourd’hui. Lorsqu’il y a des événements ou des concerts reliés à Dubmatique, c’est toujours un plaisir « de remettre les gants ». 

OTMC : Pour ma part, j’ai toujours regardé le mouvement hip-hop grandir. À un certain moment, j’ai voulu mettre la main à la pâte. J’ai voulu tenter de produire des plus jeunes et j’aimais beaucoup le côté visuel aussi, alors j’ai appris à faire des vidéos. Puis le temps passe, on fonde une famille et on réalise qu’on ne peut pas donner tout son temps à la musique. Quand nous étions jeunes, nous avons donné tout notre temps, comme dit notre chanson Jamais cesser d’y croire, « nos cœurs, nos âmes ». Ce n’était pas un sacrifice, mais nous avons donné ce que nous devions donner au rap. Je suis content d’avoir eu le privilège de pouvoir vivre de ça en étant très jeune, puis après les priorités changent et aujourd’hui on voit le hip-hop grandir au Québec. Dans nos vies personnelles, nous essayons de trouver une autre vie après Dubmatique. 

PAN M 360 : Quand vous repensez à La force de comprendre, quel est le premier mot qui vous vient à l’esprit?

DISOUL : Je dirais la volonté, parce que ça a été un chemin parsemé d’embûches, d’une part parce qu’il y avait très peu de précédents et d’autre part parce que c’était un pari un peu fou de se dire de se lancer là-dedans. L’insouciance de la jeunesse a fait que nous nous sommes lancé la tête baissée dans cette direction-là, mais on se rend compte en échangeant avec les gens que le jeu en a valu la chandelle. En toute humilité, je crois que le succès du projet est à la hauteur des sacrifices qu’on a faits. Ça n’a vraiment pas toujours été facile. OTMC, DJ Choice et moi-même avions un but commun, soit de prouver qu’on était capable de le faire, et dieu merci le temps nous a donné raison. 

OTMC : On pourrait aussi parler de découverte. Pour nous, c’était une découverte de rentrer dans l’industrie du disque, c’était vraiment ça. Nous faisions de la musique sans vraiment comprendre l’industrie, et quand l’album est sorti, c’est là qu’on y est vraiment entré. Nous avons dû en apprendre rapidement les rouages. Nous connaissions les succès de certains groupes francophones comme Alliance Ethnik, MC Solaar & IAM et nous voulions atteindre ce niveau-là, mais ça nous a frappé au début quand nous avons commencé à voir des gens se déplacer pour venir nous voir. C’est fou de voir que ce qu’on écrivait et chantait rejoignait des gens. Dans ce temps-là, il n’y avait pas de réseaux sociaux et tout, les gens venaient à nos concerts pour vivre le moment présent et c’était fou. Les artistes aujourd’hui le vivent autrement, mais c’est quelque chose qu’on ne retrouvera plus. Nous sommes chanceux d’avoir pu vivre les années 90 du rap où c’était l’âge d’or de cette musique. Je dirais que découverte et âge d’or du rap me viennent à l’esprit. 

PAN M 360 : Est-ce qu’une anecdote vous a particulièrement marqué de l’époque de La force de comprendre?

DISOUL : Il y en a plusieurs, c’est certain. Ce qui me vient en tête, c’est qu’on ne se rendait pas compte de notre popularité et on était encore dans notre bulle de « débutants ». Un jour, on se rendait à la salle de spectacle Le Spectrum pour un test de son, en billet avec l’édifice de MusiquePlus. On se tourne la tête et on voit une centaine de fans qui étaient venus pour assister à un spectacle des 98 Degrees. On se demandait qui les gens étaient venus voir, et le temps qu’on tourne la tête, une centaine de personnes a traversé la rue pour venir nous voir et nous a encerclés pour avoir des autographes. On s’est dit « Voyons, ils préfèrent venir nous voir que d’aller à MusiquePlus. Ayoye! » C’est à ce moment qu’on a compris que notre album faisait une percée.

OTMC : Ce sont toujours les premières fois dont on se rappelle le plus, comme notre première apparition à la télévision à l’émission Bouge de Là. Dans le temps, il y avait toujours des gens avec nous. Nous sommes arrivés à plusieurs pour notre prestation à l’émission. Ce n’était pas incroyable, mais pour nous c’était déjà super de pouvoir se retrouver à la télévision. Sinon, il y a aussi la première fois que nous avons fait salle comble au Spectrum, c’était la salle mythique pour démontrer que tu avances dans ta carrière. C’est des bons petits souvenirs. 

PAN M 360 : Vous avez vu la scène hip-hop et rap naître et évoluer au Québec au cours des dernières années. Selon vous, comment se porte-t-elle en ce moment? 

OTMC : Elle se porte très bien. Comme vous savez, il y a des artistes qui ont réussi à remplir le Centre Bell et d’autres qui affichent complet dans des salles sans même jouer à la radio. Le rap a réussi à rejoindre son public cible, et même plus loin avec des artistes comme FouKi qui élargissent le panel. Aujourd’hui, on se rend compte que c’est difficile de détrôner le rap et de ne pas retrouver un artiste hip-hop dans une programmation d’un festival. De nos jours, il n’y a plus de filtre, les maisons de disque ont moins à jouer et ça se rend directement au public. C’est certain que les gens de notre génération sont toujours attachés à un certain style de rap. À notre époque, cette musique avait et a toujours une mission, et nous tenions à accomplir cette mission. Maintenant, tu peux voir tout les style de rappeurs. 

PAN M 360 : Dès le départ, vos textes étaient très engagés et l’ont toujours été. Estimez-vous que les rappeurs de la génération actuelle devraient l’être davantage? 

OTMC : Je crois que les artistes d’aujourd’hui sont engagés à leur manière. Cela étant, le rap a passé à un autre niveau, c’est beaucoup du divertissement. Le rap a pris plusieurs formes, ce qui est bien. Au niveau de l’engagement, nous suivions un fil conducteur parce que même avant le rap, nous écoutions beaucoup de reggae et étions influencés par l’aspect dénonciateur de ce genre musical. Alors étions-nous réellement des artistes engagées? Je dirais plutôt que nous étions inspirés et observions beaucoup la période dans laquelle nous vivions. Nous essayions de relater le tout dans notre musique. Aujourd’hui, il y a des artistes qui le font, chacun tente de le faire à sa manière, mais on dirait que leur ambition principale est la réussite, et par n’importe quels moyens. Nous, ce n’était pas notre objectif de vouloir vendre des millions de disques et tout. De nos jours et c’est malheureux, le message est un peu dilué parce que les artistes doivent vendre et faire le buzz.

PAN M 360 : 25 ans plus tard, quel est le titre le plus important pour vous sur ce projet?

DISOUL : Le morceau qui nous colle sur cet album-là, c’est La force de comprendre qui est justement le titre de notre album. Au départ, l’album s’appelait Montréal / Paris / Dakar, mais nos producteurs ont dit que La force de comprendre nous représentait très bien. 

OTMC : La force de comprendre, c’est un peu la chanson qui résume l’esprit de l’album. Sans cette chanson et son succès, peut-être que nous ne serions pas en train de nous parler de ce projet en ce moment, que le rappeur serait minoritaire au Québec et qu’il n’y aurait toujours pas de catégorie pour notre genre musical à l’ADISQ. Cela étant, Soul pleureur est naturellement importante, car c’est celle qui nous a fait connaître au grand public. Il y a aussi Un été à Montréal qui est l’hymne pour la ville. Certains morceaux comme Jamais cesser d’y croire prennent tout leur sens quand on les interprète aujourd’hui.

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