Growl? Scream? Fry? Comment s’y retrouver dans toutes ces techniques vocales que l’on entend dans le punk, le métal et ses genres adjacents? L’écrivaine et animatrice radiophonique Jolène Ruest a recensé les femmes qui s’adonnent à ces techniques à travers le spectre de la musique underground et a créé la plateforme en ligne qui pourrait bien devenir l’outil de référence ultime pour les fans, les artistes  et les équipes de programmation de spectacles : Gueuleuses.

Observatrice chevronnée des scènes musicales underground du Québec, Jolène a rencontré PAN M 360 pour répondre à quelques questions au sujet de cette plateforme qui sera officiellement lancée le vendredi 8 mars 2024.

PAN M 360 : Votre répertoire des gueuleuses va sortir ce vendredi. Ce projet s’inscrit-t-il naturellement en continuité votre ancienne émission de radio Jolène jase de gueuleuses à CISM? De quelle façon?

JOLÈNE RUEST : C’était juste une saison Jolène jase de gueuleuses, c’est drôle l’impact… C’est vraiment plus personnel. J’ai l’impression que Gueuleuses s’imbrique parfaitement dans mon parcours artistique et professionnel parce que c’est né de Spectacles Bonzaï qui est producteur du projet.

Après la saison de Jolène jase de gueuleuses, je continuais d’archiver plein de chanteuses qui scream et growl. Quand Colin a vu mon fichier Excel, il l’a envoyé au webmestre de Spectacles Bonzaï, puis il a dit « Moi j’aimerais ça, faire un site web avec ça ».

Et le webmestre, il était bien fan de Québec Punk Scene à son adolescence, donc il était comme « ouais, on fait un répertoire! ». Chez Spectacles Bonzaï on a aussi répertorié toutes les salles indépendantes du Québec. On aime ça lister des choses, visiblement! C’était le timing entre avoir travaillé pour Bonzaï et puis ce que je fais artistiquement.

Tu sais, dans tous mes livres, il y a comme des mentions de punk, de métal, de mosh pit. D’avancer cette réflexion-là, cette recherche-là, avec la job, on dirait qu’il y a un point qui se rencontre.

PAN M 360 : Comment l’idée du format d’un répertoire en ligne s’est-elle dessinée?

JOLÈNE RUEST : C’est vraiment parce que c’est notre troisième projet numérique chez Spectacles Bonzaï. Donc c’était déjà, en partant, dans la volonté que ce soit numérique.

Mais c’est drôle parce que Roxana de Your Last Wish, même si elle ne peut pas être au lancement, a tout de même voulu qu’on s’en jase et c’est exactement ça qu’elle m’a dit : « Mais là, ça va faire un livre ça? » Ah non, ça y est! Mais c’est une bonne idée. Mais je suis déjà sur d’autres projets d’écriture. J’avais déjà un projet d’écriture lié à la scène québécoise.

PAN M 360 : Est-ce qu’on parle d’un répertoire qui pourra être construit par la communauté internet, un peu à la Encyclopedia Metallum (metal-archives.com)? Y a-t-il un souci d’exhaustivité?

JOLÈNE RUEST : On ne peut pas être metal-archives à cause de la façon dont c’est informatisé. C’est vraiment compliqué de faire un Wikipédia ou faire un site où il peut y avoir plus qu’un gestionnaire de contenu. Ce que j’ai fait comme compromis… D’une part, je vais vers les gens. Je leur écris quand j’ai des doutes, pour diverses raisons. Avoir écrit à plusieurs gueuleuses, déjà je fais le pont pour avoir le contenu à la source, même si je ne l’ai pas nécessairement fait pour tout… Puis je vais le faire surtout après, parce que c’est plus simple à expliquer avec le site et du visuel.

Mais pour mieux répondre à la question, sur chaque fiche, on un bouton « suggérer une modification ». Pour moi, c’était vraiment très important, que ce soit ta chanteuse préférée ou que ce soit toi même, de pouvoir justement faire des modifications.

Mais c’est vraiment plus un point de vue informatique. On ne peut pas non plus s’embarquer dans un projet aussi complexe. Mais après, ça reste niché. Déjà juste la question : C’est quoi le gueulage? C’est très subjectif et ça va sûrement évoluer avec le temps.

PAN M 360 : Donc c’est vous la principale modératrice pour la recherche de nouvelles données?

JOLÈNE RUEST : Ouais. C’est clair qu’il va en manquer, au final.

Quand je parle de se questionner sur la notion de gueuler, le webmestre m’a dit : «  Ah, la chanteuse de Against Me? » puis là j’étais comme « elle gueule tu, elle gueule pas? ». C’est sûr qu’elle chante fort là… et depuis je n’arrête pas d’y penser.

Mais tu vois, ça fait partie des conversations à l’interne. Sinon, Louise Girard, à l’époque, elle m’avait aidé. Et vu qu’elle va être présente au lancement, je lui ai repartagé la liste. Elle m’a renvoyé un band de l’Estrie qui n’a qu’un album sur YouTube. On est dans le pointu de la découverte.

J’espère que les gens seront au rendez-vous pour participer à la chose, parce qu’à chaque fois que j’ai eu des réponses de gueuleuses, c’était très positif et très très généreux. Mais sinon j’ai essayé quand même un peu de m’entourer. Il y a Christine Fortier aussi, qui m’a fait des suggestions.

Il y a tellement d’autres sites blogs qui l’ont fait par le passé, puis qui ont arrêté de faire des mises à jour, d’autres qui le font actuellement, d’autres qui le font seulement dans le punk, ceux qui le font dans le métal, etc. Ve serait vraiment pas humble de ma part de ne pas être reconnaissante de tout le travail de tous plein d’autres fans. Pour moi, c’est de mettre en valeur un effort collectif web et humain aussi sur le terrain là.

PAN M 360 : Quel rôle espères-tu que cette nouvelle plateforme puisse jouer au sein des scènes de musiques extrêmes?

JOLÈNE RUEST : La découverte, tout simplement. On vient de le dire, il ne manque pas de découvertes. C’est sûr qu’on touche à différents genres musicaux qui ne se rencontrent pas nécessairement, donc je pense que ça permet aussi d’aller chercher un large public.

C’est vrai que tu peux aimer le punk, mais ne t’aimes pas nécessairement quand ça gueule non plus. Il y a plein d’entrecroisements intéressants en termes de mélomanes puis de convergence vers un point en commun un peu inusité, le gueulage au féminin.

Mais sinon, d’avoir plus de représentation des femmes, des personnes de minorités de genre, c’est sûr que ça peut devenir un outil pour n’importe quel programmateur, radio ou festival. C’est une volonté d’avoir plus de femmes. Il y aura de moins en moins d’excuses pour dire qu’on ne les trouvait pas. En fait, tu es capable d’en trouver plein dans un milieu hyper niché, donc c’est cool.

PAN M 360 : À quoi peut-on s’atteindre lors de la soirée de lancement de vendredi au Quai des brumes?

JOLÈNE RUEST : À bien du fun!

J’ai l’impression que ça va être tous des amis, donc ceux qui ne le seront pas vont devenir mes amis. Il va y avoir des punks, des métalleux, des gueuleuses qui ne se connaissent pas du tout. J’ai invité toutes les gueuleuses du Québec pour qu’elles soient présentes! Après ça, c’est comme envoyer des lettres avec un pigeon : des fois ça se rend et des fois ça ne se rend pas!

Je pense qu’il va y avoir des rencontres inédites. Peut être que les chanteuses métal peuvent se connaître, mais tu sais, ils ne connaissent pas nécessairement les chanteuses punk. Je pense qu’il y a ce moment-là qui risque d’être très unique.


Sinon Kapitur, je sens que ça va être un bon spectacle. La rencontre avec Louise Girard aussi va être intéressante. Elle se prépare, elle est retournée dans ses recherches et on essaie de déterminer c’est qui les premières gueuleuses? On n’aura peut-être pas de réponse, mais c’est ça qui est le fun avec la soirée. C’est un moment où on construit l’histoire dans un angle féminin. Tu sais, elle n’est pas écrite! Il y a un petit peu de ça qui va se passer dans la soirée je pense.

PAN M 360 : Finalement, où est-ce qu’on peut entendre Jolène Ruest gueuler?

JOLÈNE RUEST : Sur la chanson « Pardon!? » de Ultra Vedge parue en 2021. Simon Gauthier, Il est gentil, il m’a invitée, mais moi je ne gueule pas très bien, donc je suis juste très reconnaissante. Mais j’attends les invitations!

De concert avec le Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM), Arion Orchestre Baroque propose ce week-end de (re)découvrir deux Messes jouées en France sous les règnes de Louis XVI et de Napoléon. Écrit par Mozart en 1791 alors qu’il se mourait, le Requiem fut interprété triomphalement à Paris pour la première fois en 1804 dans une version remaniée par Luigi Cherubini. De ce dernier, on a prévu la Marche funèbre de 1820 pour grand orchestre, qui rappelle par sa charge dramatique la Marche lugubre pour orchestre à vents et percussions de son collègue François-Joseph Gossec, composée trente ans plus tôt, également au programme. De François Giroust, que l’on considère comme le dernier représentant du grand motet à la française, on aura droit à Super flumina Babylonis, composé en 1768, ainsi que la Messe Gaudete In Domino Semper qu’il avait composée pour sacre de Louis XVI en 1775. Les deux piliers de ce programme joué sont la soprano québécoise Florie Valiquette et du directeur artistique d’Arion, aussi maestro et bassoniste Mathieu Lussier. PAN M 360 les a conviés à une interview en visio, afin que nous puissions nous préparer à ce programme intitulé Requiem et couronnement.

REQUIEM ET COURONNEMENT EST PRÉSENTÉ VENDREDI 8 MARS, 19H30, SAMEDI 9 MARS, 16H, ET DIMANCHE 10 MARS, 14H30 INFOS ET BILLETS ICI

Programme

Luigi Cherubini (1760-1842)

Marche funèbre (1820)

François Giroust (1737-1799)

Super flumina Babylonis (1767)

Messe « Gaudete In Domino Semper » pour le sacre de Louis XVI (1775)  

François-Joseph Gossec (1734-1829)

Marche lugubre (1790)

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Requiem, K. 626 (version de Paris, 1804)

Artistes

Mathieu Lussier

Mathieu Lussier

Directeur artistique d’Arion Orchestre Baroque depuis juin 2019, et récemment nommé directeur artistique du Domaine Forget de Charlevoix, Mathieu Lussier s’applique depuis plus de vingt ans à faire découvrir avec dynamisme et passion le basso…Voir la biographie complète de Mathieu Lussier

Florie Valiquette

Florie Valiquette

Après avoir été artiste en résidence à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, puis membre du Studio de l’Opernhaus Zürich, Florie Valiquette poursuit une carrière à l’international.   Elle se produit sur des scènes presti…Voir la biographie complète de Florie Valiquette

Sophie Naubert

Sophie Naubert

Sophie Naubert est une jeune soprano remarquée pour sa « maturité extraordinaire vocale doublée d’une exceptionnelle qualité de jeu » (Louis Bilodeau, L’Opéra). Dès l’âge de 23 ans, elle fait ses débuts en tant que soliste avec l’…Voir la biographie complète de Sophie Naubert

Nicholas Scott

Nicholas Scott

Reconnu pour la sonorité de son timbre et sa remarquable diction (Olyrix Le Stagioni), Nicholas Scott s’est imposé sur la scène baroque internationale. Parmi ses engagements récents, citons son interprétation du rôle de Parque Hippolyte et A…Voir la biographie complète de Nicholas Scott

Alexander Dobson

Alexander Dobson

Le baryton britanno-canadien Alexander Dobson est loué pour sa musicalité ainsi que pour sa présence dramatique, autant en concert qu’à l’opéra. Tout récemment, M. Dobson a été encensé par la critique pour son interprétation « triomphale » et…Voir la biographie complète de Alexander Dobson

Studio de musique ancienne de Montréal

Studio de musique ancienne de Montréal

Le Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM) a pour mission est de restituer dans leur vitalité, leur sensualité et leur force de conviction toutes les dimensions des musiques de la Renaissance et du Baroque. Pour ce faire, et depuis sa fondat…Voir la biographie complète de Studio de musique ancienne de Montréal

Les Percussions de Strasbourg, c’est une formation pionnière dans le monde des musiques contemporaines, côté percussions vous vous en doutez bien. Fondé en 1962 par Jean Batigne en 1962, l’ensemble français est devenu une véritable institution à l’échelle internationale, qui présente simultanément plusieurs concerts à travers la planète, dont Ghostland, pour la première fois à Montréal dans le cadre de la Semaine du Neuf mise en oeuvre par Groupe Le Vivier. Cette œuvre immersive du compositeur Pierre Jodlowski repose sur l’idée du fantôme. Elle implique 4 percussionnistes s’exécutant sur des batteries et des instruments virtuels, musiciens auxquels se joint une marionnettiste, le tout assorti d’un dispositif interactif de lumières, sons et vidéos. Dans le cas qui nous occupe, le fantôme est évoqué dans de multiples dimensions symboliques. La scène devient alors plus qu’un espace de représentation mais encore « un lieu ambigu et un espace infini, essentiellement destiné à voir éclore une sorte de rituel sonore et visuel devenant lui-même un objet à percevoir ». Pour mieux en comprendre les tenants et aboutissants, le directeur artistique des Percussions de Strasbourg, Minh-Tâm Nguyen, nous parle en visio de Ghostland et de l’institution qu’il dirige.

PROGRAMME

Pierre JodlowskiGhostland 2017 – pour quatre percussionnistes, un marionnettiste, vidéo, scénographie, lumières et électronique

ARTISTES

LES PERCUSSIONS DE STRASBOURG

MINH-TÂM NGUYEN (percussion)

FRANÇOIS PAPIRER (percussion)

THÉO HIS-MAHIER (percussion)

OLIVIA MARTIN (percussion)

KATHARINA MUSCHIOL (performance)

LES 3 REPRÉSENTATIONS SONT PRÉVUES À L’ÉDIFICE WILDER, SOIT SAMEDI 9 MARS, 16:00 ET 20:30, ET DIMANCHE 10 MARS, 10:00 INFOS ET BILLETS ICI

L’artiste franco-colombienne Ëda Diaz nous a éblouis avec son premier album, Suave Bruta, qualifié d’« enivrant élixir » par Radio-France. Elle s’est confiée à nous, depuis Paris, sur ses identités musicales multiples et son parcours qui a mené à la création de Suave Bruta

« C’est un album qui reflète mon identité multipolaire, qui voulait creuser cela musicalement, un mélange entre tradition et musique contemporaine », raconte Ëda Diaz, avec un regard lumineux. Ëda a grandi en France, née d’une maman bretonne et d’un papa colombien. 

La musique a toujours été dans sa vie : « Mon père était un grand mélomane, il écoutait France-Musique le matin, puis Ella Fitzgerald ou encore Joe Arroyo (chanteur colombien très connu) en soirée. » 

À partir de l’âge de huit ans, elle étudie le piano classique pendant plus d’une décennie. Mais, en parallèle, elle visite régulièrement la famille paternelle, à Medellín, ce qui la plonge dans la culture colombienne.

« Mes premières vraies émotions musicales sont venues en passant des après-midi à chanter avec ma grand-mère et mes cousines, autour d’un chocolat chaud ou d’un aguardiente », dit Ëda Diaz. C’est l’Amérique latine bien davantage que le conservatoire qui lui a donné envie de devenir musicienne. 

Elle s’est aussi passionnée pour la littérature latino-américaine et espagnole. Musicalement, la contrebasse devient son principal instrument et elle découvre comment les effets électroniques peuvent en transformer le son.  En 2017, elle réalise un premier EP, intitulé Ëda. « C’est là que j’ai commencé à explorer ce mélange de rythmes traditionnels avec la modernité. »

Il faudra du temps pour arriver à Suave Bruta, dont la réalisation a été ralentie par la pandémie. Mais ça valait la peine de patienter, car ce disque synthétise à merveille l’électronique, les sons naturels, et les multiples styles de musique de la Colombie : valletano, bullerengue, danzón, currulao ou bolero.

« La cumbia était le genre colombien qui était à la mode en France, mais j’en avais tellement d’autres en tête, que je voulais partager », dit Ëda. « Entre autres, toute la musique noire extraordinaire de la côte pacifique, négligée à cause du racisme structurel. Les mélanges entre autochtones, blancs et noirs sont très spéciaux. » 

Ëda Diaz ajoute deux styles qui, au départ, ne viennent pas de Colombie, mais qui y occupent une place très importante : le boléro cubain et le tango argentin. Savez-vous que Medellín est la deuxième ville de tango au monde, derrière Buenos-Aires?

« Suave Bruta, c’est un dialogue entre musiques différentes, mais aussi entre moi et mon producteur Anthony Winzenrieth », affirme Ëda. « Nous sommes autant influencés par les musiques latines que par Bjork, Jeff Buckley, James Blake, Miles Davis. » Anthony Winzenrieth est un guitariste de jazz, claviériste et membre du groupe alternatif 3somesisters. 

« C’est comme ça que nous sommes parvenus à faire notre version de ce qu’on pourrait appeler une French touch à la colombienne », raconte Ëda en souriant.

Suave Bruta paraît dans une période où la musique latine et espagnole sont en pleine ébullition. « Le succès international de Rosalia ouvre beaucoup de portes pour la musique alternative en espagnol », selon Ëda. « En Colombie, il y a Bomba Ésteréo, Las Anès, Lido Pimenta (qui vit à Toronto), Les Méridian Brothers. »

Ëda Diaz note également qu’en France, les mentalités changent : « Auparavant, il fallait que la musique hispanophone soit traditionnelle, les gens étaient fermés à des styles plus modernes ; je constate maintenant plus d’ouverture vers la pop et les styles contemporains. »

Suave Bruta a reçu des critiques élogieuses de nombreux médias français, mais également britanniques et canadiens.

Ëda Diaz espère venir sous nos latitudes le plus rapidement possible pour nous présenter sa musique en concert. Et nous le souhaitons également. Je serais très curieux d’entendre cette musique innovante sur scène.

Crédit photo : Misael Belt

Né en Chine, Zhan Hong Xiao débarque au Québec avec sa famille à l’âge de 2 ans et découvre la musique à l’âge de 9 ans, soit avec Les Petits Chanteurs du Mont-Royal où sa passion se révèle… non pas pour le chant mais pour le piano ! Depuis 2013, il a remporté plusieurs prix, notamment le Grand Prix de l’émission Virtuose diffusée à Radio-Canada (2017), le 3e Prix au Concours OSM Manuvie et le 2ième prix au Concours Prix d’Europe (2023). En tant que soliste, il a d’ores et déjà joué́ avec la Sinfonia de Lanaudière, l’Orchestre Métropolitain et l’Orchestre Classique de Montréal. Pour de son récital, le virtuose de 25 ans a choisi d’interpréter ses pièces coup de cœur. PAN M 360 l’a interviewé peu avant ce concert de la série Les Mélodînes de l’organisme Pro Musica.

ZHAN HONG XIAO SE PRODUIT CE MERCREDI MIDI À LA SALLE CLAUDE-LÉVEILLÉE, INFOS ET BILLETS ICI

crédit photo : Qing He

PROGRAMME

Igor STRAVINSKY, Suite du ballet L’Oiseau de feu (Danse infernale, Berceuse et Finale), arr. Guido Agosti
Maurice RAVEL, Valses nobles et sentimentales, M.61
1.Modéré, très franc
2. Assez lent, avec une expression intense
3. Modéré
4. Assez animé
5. Presque lent, dans un sentiment intime
6. Vif
7. Moins vif
8. Épilogue. Lent

Frédéric CHOPIN, 24 préludes, Op.28

Félix Dubé est un pianiste et compositeur de jazz basé à Montréal. Inspiré de Bill Evans, Herbie Hancock et Brad Mehldau, son jeu découle d’une grande curiosité pour la couleur harmonique, la richesse rythmique et des mélodies bien définies.  En ce moment, Felix est sur le point de sortir son premier album avec son trio, Impermanence. Nous avons eu la chance de nous asseoir avec lui au Parc Lafontaine, pour discuter de cette sortie.

Le Felix Dube Trio jouera à la Sala Rossa le 20 mars à 1900.

PAN M 360 : Je suis avec Félix Dubé, un pianiste incroyable, qui va lancer son premier album dans quelques semaines, n’est-ce pas ?

Félix Dubé : Oui, très bientôt. Ça va être le 20 mars. Ça s’en vient assez vite. Les billets sont en vente sur le site de Casa del Popolo. La salle, en fait, c’est la Sala Rosa, mais la Casa del Popolo, c’est vraiment le groupe collectif qui produit les spectacles, la musique plus émergente. C’est une belle institution à Montréal.

PAN M 360 : Et pour le spectacle, tu veux jouer l’album en complet, j’imagine?

Félix Dubé : J’ai une approche plus… J’aime ça garder une différence entre l’album et le spectacle parce que dans ma tête, c’est vraiment des produits qui sont reliés mais qui ont une identité séparée. Je trouve ça important de faire aussi des covers, jouer des choses inédites pour le public qui vient écouter. Puis aussi garder une flexibilité en tant que groupe pour le jour du spectacle. 

PAN M 360 : Oui, pour donner une image plus complète de votre musicalité.

Félix Dubé : Oui, c’est ça. Je trouve que ça donne un peu plus parce qu’après l’album, pour moi, d’essayer de reproduire un album au complet, pendant un spectacle live, je ne trouve pas ça aussi intéressant que de dire comme « ah, voici une des pièces de l’album qu’on joue, on a trouvé cette interprétation-là qui est intéressante et voici d’autres pièces qu’on travaille. » C’est comme tu dis, ça donne une vision plus complète. 

PAN M 360 : C’est ton premier album, donc je voulais savoir, c’est quoi exactement la thèse de votre disque,Impermanence?

Félix Dubé : La thèse impermanence, en fait, c’est vraiment un concept qui vient du bouddhisme. C’est l’idée que…Le changement est un problème existentiel et on doit dealer avec le fait que tout dans la vie change constamment et qu’il n’y a rien réellement qui est permanent quand on y pense. J’aimais vraiment cette idée-là, d’observer ce problème-là musicalement et de me laisser inspirer par l’idée que les choses ne durent pas. Et que même des choses, des fois, qui donnent l’impression qu’elles sont infinies, qu’elles sont simplement comme des illusions.

Une rivière, ça a l’air d’être la même chose, mais c’est jamais la même eau, c’est jamais la même énergie. Des fois, il y a des marées hautes et basses. Puis l’idée de la pièce légende aussi, comme une légende, ça semblait quelque chose d’éternel, mais les légendes puis les histoires ou les contes sont appelés à changer avec le temps aussi. 

PAN M 360 : Eh bien, on a des liens avec le jazz, l’improvisation comme ça. 

Félix Dubé : Oui.

PAN M 360 : Pouvez-vous expliquer votre vision de jazz de trio. C’est quoi exactement le concept avec lequel tu joues dans le groupe? 

Félix Dubé : Ma vision du trio jazz, c’est vraiment relié à une tradition en fait moi de… surtout…J’ai en tête Bill Evans qui a parlé souvent du concept qui dit en anglais ‘Interplay’. C’est l’idée que les musiciens entrent dans leurs improvisations. Donc je ne me considère pas comme le seul chef de mon trio. C’est quand même moi qui vais déterminer la vision artistique. C’est moi qui…qui suis le plus en contrôle en quelque sorte, mais je donne beaucoup de liberté à mon batteur et beaucoup de liberté à ma contrebassiste parce que je trouve que ma vision d’un trio qui improvise ensemble c’est que je devrais me laisser influencer parce qu’eux jouent aussi et vice versa.

L’improvisation c’est en quelque sorte une adaptation en quelque sorte. On s’adapte constamment au moment présent et on doit on doit sentir quelle direction en tant que groupe on peut prendre. Puis pour moi c’est important que les trois musiciens soient un peu comme dans cet état d’esprit-là. C’est vraiment aussi en opposition avec comment le jazz était fait avant Bill Evans. La raison pour laquelle c’est un concept, c’est qu’autrefois le batteur et le contrebassiste avaient comme un rôle très petit, très défini de comme « Ah t’es un contrebassiste, tu dois jouer des noirs par exemple, une répétitive, puis garder le beat, puis jouer des choses plus prévisibles ». Le batteur aussi avait davantage un rôle de stabilisation, mais là en trio avec ce concept-là tu es appelé à déstabiliser, puis parfois les rôles peuvent être inversés, peut-être que la contrebasse va jouer la mélodie, peut-être que le piano va avoir un rôle plus percussif. Il y a quelque chose dans cette possibilité-là que je trouve très attrayante. J’ai toujours aimé explorer.

PAN M 360 : Peut-être que tu peux expliquer ou raconter ton parcours musical. Parce que j’observe une touche classique dans ta technique. Est-ce que c’est une partie de votre formation? 

Félix Dubé : Oui, j’ai été formé un bon deux ans en classique au cégep de Sainte-Foy. Des années difficiles parce que je n’étais pas encore certain quel genre de musicien je voulais être. En classique, je ne me sentais pas nécessairement à ma place parce que je trouvais que c’était déjà très écrit. Il y avait une espèce de rigidité. Quand tu interprètes de la musique classique, tu fais un peu un travail d’historien pour dire « ok, je dois jouer la pièce de Bach comme Bach aurait voulu que je la joue. » « Je dois rester proche de l’idée originelle. » Mais ça m’a servi beaucoup juste parce que le classique est aussi réputé pour être une bonne école, pour apprendre la technique et l’expressivité au piano aussi, difficile et exigeante, mais ça m’a vraiment beaucoup aidé dans mon jeu et ça contribue à qui je suis aujourd’hui. Après le classique, c’est là que j’ai essayé le jazz à l’Université Laval. 

Avec plusieurs professeurs, j’ai commencé avec Sébastien Champagne, qui est un excellent pédagogue. J’ai continué avec Rafael Zaldivar, qui m’a  beaucoup influencé. Il est un excellent musicien Cubain, qui a gagné le concours de la relève de Radio-Canada, et  il est relativement connu quand même. J’ai toujours été marqué par son jeu très franc et percussif. Il est capable d’aller dans les profondeurs du clavier. Ses lignes improvisées sont très définies, percussives, puis il y a quelque chose dans les vents que j’ai beaucoup aimé, que j’ai essayé d’absorber de son jeu. Après que j’ai terminé à l’Université, j’ai continué mes études à Montréal. J’ai été accepté à McGill pour un diplôme d’études graduées en performance. C’est comme un programme est à mi-chemin entre entre la maîtrise et le doctorat. Une seule année, c’est vraiment un diplôme de perfectionnement.

PAN M 360 : Avant la pandémie?

Félix Dubé : Oui c’est ce qui était quand même étrange aussi parce que j’ai préparé un plein récital cette année-là, puis juste quand la pandémie a commencé, tous les spectacles dont mon récital de cette année ont été malheureusement cancellés, puis ce fut la fin de mes études. Ça fait en sorte que mes études et puis mon parcours académique musical ont fini un peu en queue de poisson.

C’était quelque chose. Et là, c’est ça, pendant la pandémie, j’ai pris une pause de la musique le temps que la pandémie passe. J’ai travaillé sur les camions à transporter du matériel médical, comme des choses pour les hôpitaux, le temps de me financièrement. Et finalement, dans les dernières années, j’ai été capable de recommencer et finaliser ma lancée en musique.

PAN M 360 : Et c’est quoi exactement les origines de tes compositions dans l’album? Ont-elles été créées durant la pandémie?

Félix Dubé :  C’est une bonne question. Les origines de mes pièces ont quand même varié. Il y en a certaines que j’avais écrites…La majorité, je les ai écrites, c’était pour le récital qui a été cancellé. La grande majorité. Mais ils ont été écrits de plusieurs façons différentes. 

Il y en a une que j’ai écrite en marchant à la base de plein air de Québec. Des fois, j’aime ça marcher dans les bois, juste parce qu’il y a tellement de silence que ça amplifie un peu mes pensées et la musique dans ma tête. Ça m’aide à recevoir des mélodies en quelque sorte. Puis j’ai réentendu les pas dans ma tête et la pièce m’est venue comme ça.

Puis après, j’étais intéressé à faire des covers intéressants, vraiment conscients, parce que j’aime beaucoup Brad Mehldau. Je suis un énorme fan de Brad Mehldau et j’ai toujours aimé qu’il fasse des covers des Beatles. Puis il y a une pièce que je ne sais pas pourquoi j’arrêtais pas d’entendre partout puis que j’aimais beaucoup, c’est la pièce God Only Knows des Beach Boys, qui est le single de l’album.

Je trouve que les bons covers en jazz, il faut qu’il y ait quelque chose qui reste quand t’enlèves les paroles. Parce que certaines pièces, si t’enlèves les paroles, t’enlèves trop de ce qui fait que la composition fonctionne, surtout quand on a des gens qui travaillent principalement avec le texte. Mais je trouvais que God Only Knows, puis Brian Wilson en général, et The Beach Boys écrivent la musique qui fonctionne très bien, même sans paroles. Puis God Only Knows, je trouvais que d’une façon un peu étrange avec une base aussi qui bouge beaucoup que je trouvais fascinante. Je suis vraiment tombé en amour avec la pièce puis je l’ai étudiée puis je l’ai arrangée à ma façon. 

PAN M 360 :  C’est super beau ton rendition. 

Félix Dubé : C’est gentil.

PAN M 360 : On a très hâte de voir ce spectacle à Casa del Popolo le 20 mars. 

Félix Dubé : Oui, le 20 mars. C’est à 1900 heures. Il va avoir aussi une première partie avec le groupe qui s’appelle Empty Melon. C’est une formation avec ma contrebassiste. C’est elle qui interprète son projet. Je voulais lui offrir une première partie parce qu’elle fait vraiment de la très belle musique.J’ai beaucoup de respect pour elle comme compositrice. On a vraiment hâte de jouer, puis après on fera deux sets avec beaucoup des pièces de l’album et plus encore. 

PAN M 360 : Super! Félicitations Félix, toutes mes félicitations. Merci d’être là. 

Félix Dubé : Cela me fait plaisir, c’était vraiment un honneur. 

Le producteur et musicien Radwan Ghazi Moumneh est l’un des manitous fondateurs du studio Hotel2tango, mais aussi un artiste recherché qui a fondé Jerusalem in My Heart et participé activement à Land of Kush, entre autres. Une sommité quoi. Moumneh s’est associé avec Amélie Malissard, manager d’artistes et de projets culturels, fondatrice de act·art·mgt, qui guide les destinées de plusieurs artistes et groupes de la scène montréalaise, afin de créer un nouveau label: Asadun Alay.

Radwan et Amélie ont ainsi voulu mettre en valeur des artistes qui ont peu de chances d’obtenir un passeport de ce genre de la part de labels ‘’conventionnels’’. Aussi bien dire qu’ils font dans le niché. Chez PAN M 360, nous sommes mille fois d’accord avec cette vision. Ainsi, quand nous avons su que deux albums allaient sortir en même temps le 29 mars, les deux premiers du label (exception faite d’un premier essai, sorti en 2022, mais qui était une édition vinyle d’un album sorti auparavant sous une autre étiquette), nous nous sommes dit que l’occasion était parfaite pour parler avec eux en visio du label, des artistes choisis, de leurs albums et d’un concert de lancement au Centre PHI.

Deux albums sortiront le 29 mars sous étiquette Asadun Alay :

  • Farah Kaddour – Bada
  • Nadah El Shazly – Les damnés ne pleurent pas sera lancé au Centre PHI, le 21 mars

Chanteuse, autrice, compositrice, productrice, Erika Angell constitue l’une des moitiés du binôme Thus Owls, formé avec son mari Simon Angell. À travers ce band indie ultra ‘’Montréal’’ dans sa personnalité musicale, elle a participé à la création d’un corpus artistique de très haute tenue, jusqu’au plus récent album du duo, Who Would Hold You If The Sky Betrayed Us?, mondialement reconnu comme un bijou, voire un authentique chef-d’œuvre. Seulement, voilà : l’artiste ressentait le besoin de revenir à une part d’elle-même qu’elle avait laissé derrière elle dans sa Suède natale, avant l’aventure montréalaise et Thus Owls. C’est cette partie qu’elle retrouve dans son tout premier album solo, The Obsession With Her Voice, à paraître le 8 mars sous étiquette Constellation. Un univers plus expérimental, que je qualifierais de dark cinematic cyberpunk, avec l’acquiescement de la principale intéressée dans l’entrevue que voici.

The Obsession With Her Voice sort le 8 mars 2024 et bénéficiera d’un lancement au Ausgang Plaza, le 12 mars.

Depuis au moins deux décennies, Émilie Simon fréquente à notre plus grand plaisir les espaces concomitants, elle emplit les vases communicants, bref explore tous ces points de jonction entre synth pop, synthwave, électro, recherche électroacoustique, dream pop, chanson française et plus encore. La revoici au Québec après plusieurs années d’absence, avec une performance faite sur mesure pour le festival Montréal en Lumière.

Autrice, compositrice, interprète, arrangeure, productrice, beatmaker,intéressée à toutes les formes, de la chanson aux musiques de film. A l’occasion des 20 ans de son premier album éponyme sorti en 2003, ce qui nous a valu des relectures éclairantes en 2023, Émilie fait durer le plaisir scène en plus de ramener d’autres titres nous ayant ravis au fil du temps, sans compter quelques extraits inédits de Polaris, son album à venir.

Voici donc la toute récente conversation vidéo de PAN M 360 avec Émilie Simon.

DANS LE CADRE DE MONTRÉAL EN LUMIÈRE, ÉMILIE SIMON SE PRODUIT AU GESÙ LE DIMANCHE 3 MARS, 20H INFOS ET BILLETS ICI

Sous étiquette Secret City Records, le troisième album de Flore Laurentienne, ensemble multigenres mené par compositeur, orchestrateur et multi-instrumentiste Mathieu David Gagnon, s’inspire de Jean-Paul Riopelle – à l’instar de plusieurs projets artistiques entourant le centenaire de la naissance du grand peintre. La commande fut d’abord destinée à un balado radio-canadien, puis le musicien québécois a complété le parcours dans une salle du Musée des Beaux-Arts de Montréal consacrée à Riopelle. PAN M 360 voulait en savoir davantage sur le processus de création et de l’exécution sur scène qui s’ensuivra très bientôt à la Salle Bourgie. Ainsi, nous avons joint le leader de Flore Laurentienne en visioconférence, soit dans l’arrière-pays de Kamouraska où il réside.

Photo libre de droit : Autriche III de Jean-Paul Riopelle

FLORE LAURENTIENNE SE PRODUIT À LA SALLE BOURGIE LE 23 MARS, 19H30 ET LE 24 MARS, 18h. INFOS ET BILLETS ICI

Après avoir lancé une série d’extraits en 2023, KNLO a lancé son nouvel album 438 le 1er décembre dernier via Disques 7ième Ciel. 438 est un album de continuit, bricolé de concert avec Eman, VLooper, Caro Dupont, Dr. Mad, Magnanimous, SevDee, Bob Riddim, Tommy Kruise, Le Youngin (alias Ti-Kid) , LOU FRE$H, Claude Bégin. Comme on le sait, 438 est un code régional que possèdent dans leurs cells plusieurs Kebs ayant vécu à Montréal et qui sont de retour en région. Ce nouvel opus de KNLO, qui fait suite aux opus Long-Jeu (2016), Sainte-Foy (2019), Club Mixtape (2020) réconcilie les différents univers de sa transhumance en continue… et celle de son cell 438 ! En voici la transcription sur scène, ce vendredi 1er mars à Ausgang Plaza. Voici l’interview vidéo accordée à PAN M 360, il y cause de la création de 438 et de la démarche sur scène qui s’ensuit à compter du 1er mars 2024.

KNLO ET INVITÉS CE VENDREDI 1ER MARS, 20H, AUSGANG PLAZA. INFOS ET BILLETS ICI !

Du 1er au 18 mars, Le Vivier met en branle son principal happening annuel, soit une ambitieuse programmation s’échelonnant du 1erau 18 mars. Alt-Escape est présenté ce week-end, notamment dans le contexte de la Nuit Blanche, puis Quasar, Paramirabo, Jimmy Le Blanc, Les Percussions de Strasbourg (France), Giulio Colangelo et Vittorio Montalti (Italie), Architek Percussion, Quasar, le Nouvel Ensemble Moderne, le Quatuor Bozzini, Sam Shalabi, Innovations en Concert, l’Ensemble Hopper (Belgique), Collectif 9, PSM, Magali Babin, Sixtrum, on en passe! Pour y voir plus clair, le directeur artistique du Vivier, aussi flûtiste et d.a. de l’ensemble Paramirabo, suggère à PAN M 360 un survol en visio de cette programmation qu’il a mise sur pied.

INFOS et BILLETS pour la Semaine du Neuf, c’est ICI

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