Dans le cadre de Montréal / Nouvelles Musiques, consacré pour sa douzième édition au lien entre musique et image, l’univers des partitions graphiques offre un monde de possibilités foisonnantes pour l’auditeur. Et c’est précisément pourquoi l’Ensemble SuperMusique présentera le concert DigiScores le dimanche 23 février à l’Agora-Hydro-Québec au Cœur des sciences de l’UQAM avec cinq œuvres contrastantes de Linda Bouchard (Pandémonium), Nick Didkovsky (Zero Waste), Joane Hétu et Mano De Pauw (La vie de l’esprit), Terri Hron (Mouth of a River) et Nour Symon (Tiroirs bonbons pastel).

En fusionnant performance musicale et exploration de nouvelles formes de partitions animées, ce programme compte y offrir un aperçu de l’éclectisme et de l’étendue des possibles qu’offre ce médium. Ce concert s’inscrit dans un projet de recherche financé par une subvention européenne, intitulé THE DIGITAL SCORE (DigiScore), mené par Craig Vear de l’Université de Nottingham (Royaume-Uni) auquel le chercheur et compositeur québécois Sandheep Bhagwati a invité les Productions SuperMusique à participer. Pour PAN M 350, Alexandre Villemaire a discuté avec Joane Hétu de SuperMusique et la compositrice Nour Symon de ce concert qui s’annonce haut en couleur.

Image : Nour Symon

Programme

  • Pandémonium, alto, flûte et percussions (2022-25) – Linda Bouchard
  • Zero Waste, piano, ordinateur, synthétiseur, percussions, flûte et alto (2019) – Nick Didkovsky
  • La vie de l’esprit, synthétiseur, percussions, saxophone alto, flûte, voix, piano et alto (2019) – Joane Hétu / Manon De Pauw
  • Mouth of a River, synthétiseur, percussions, saxophone, flûte, piano et alto (2021) – Terri Hron
  • Tiroirs bonbons pastel (2021) – Nour Symon

Participant·es

  • Ensemble SuperMusique (ESM): Jean Derome, saxophones, flûtes, objets, voix; Corinne René, percussions; Jean René, alto; Olivier St-Pierre, pianos; Vergil Sharkya, synthétiseur

Concepteur·trices

  • Frédéric Lebel, sonorisation
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Après avoir épaté la galerie avec un premier album en 2023, les Montréalais de Cope Land cherchent à poursuivre sur leur lancée avec Expire qui vient d’être lancé. C’est pourquoi Vitta Morales s’entretient ici avec Ben Gilbert, leader de ce septuor de jazz fusion mâtin de hip hop et de rock dur.

PAN M 360 Votre premier album a été très bien accueilli à PAN M pour votre capacité à mélanger le jazz, le métal et le rap. Les auditeurs peuvent-ils s’attendre à en entendre davantage sur votre nouvel album ?

BEN – Bien sûr. Mais je pense que la principale différence entre notre premier et notre deuxième album est que le premier était principalement instrumental. Environ deux tiers de l’album était instrumental. Alors que cette fois-ci, presque tous les morceaux ont des paroles. Il y a aussi beaucoup plus de rap. Je pense que je voulais vraiment explorer l’écriture de paroles et de chansons plutôt que de morceaux, tu vois ? Je voulais aussi explorer les paroles bilingues sur cet album. Les paroles sont vraiment à moitié en anglais et à moitié en français.

PAN M 360Vous étiez auparavant connu sous le nom de Crossroad Copeland. Quelle est l’histoire derrière ce changement de nom ?

BEN- Eh bien, c’est plus pour des raisons pratiques qu’autre chose. Crossroad Copeland, au fil des années, je me suis rendu compte que c’était assez difficile à dire. Surtout pour les francophones. Mais l’idée maîtresse du nom du groupe, c’est que nous sommes au pays de l’adaptation. Nous vivons tous dans un monde assez difficile en ce moment. C’est d’autant plus pertinent avec l’arrivée de Trump au pouvoir et tout ce qui se passe en ligne aussi avec Meta. En fait, j’ai l’impression que beaucoup de gens sont en train de faire face dans leur vie en ce moment et j’ai donc voulu que le nom du groupe en tienne compte. Il se trouve que [Copeland] est aussi mon deuxième prénom. Donc en fait, oui, j’ai l’impression que c’était plus simple à dire, mais que ça rendait le message du nom du groupe plus fort.

PAN M 360 – Vous avez sorti les chansons « Shame », « Breathe » et « Enfin » en tant que singles et je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer les thèmes récurrents de la psychologie et des émotions fortes. Est-ce que vous allez explorer davantage ces thèmes dans le reste de l’album ?

BEN – Oui, bien sûr. Je voulais commencer et finir [l’album] avec des chansons qui parlent de notre expérience et de la société actuelle. La première chanson de l’album s’appelle « Attention Span », la dernière s’appelle « Real Life Video Game », et sur ces chansons, j’explore particulièrement les thèmes des médias sociaux, de l’Internet, de l’IA, et de l’aliénation qui se crée dans notre société. Vous avez mentionné « Shame » ; c’est une chanson sur l’addiction. C’est une chanson sur l’addiction, sur quelqu’un qui m’est proche et qui luttait contre cela. Et « Breathe » parle du fait que les pouvoirs en place vous chuchotent à l’oreille « inspirez, expirez, et tout ira bien ».

PAN M 360 – Comme une chose apaisante ?

BEN – Oui, mais une sorte d’apaisement à l’envers. Vous savez, « levez-vous, allez au travail, rentrez à la maison, suivez le système et respirez ». C’est sûr qu’il y a beaucoup de contenu émotionnel dans cet album.

PAN M 360 – Vous jouez de sacrés solos sur cet album. Quelle est la part d’improvisation dans le travail de la guitare et quelle est la part déterminée avant d’entrer en studio ?

BEN – BEN – Les parties sont pour la plupart prédéterminées, à l’exception de petites sections où je suis, en train de « compiler », pour utiliser le langage du jazz. Les solos de guitare sont les morceaux finaux de l’album et sont en quelque sorte à moitié improvisés, à moitié concoctés.

PAN M 360 – Même question pour les sections de rap : Est-ce que vous avez fait du freestyle ou est-ce qu’elles étaient prédéterminées ?

BEN – Les sections de rap ont été écrites à l’avance. C’est drôle, [le freestyle], c’est que j’en ai fait assez souvent quand j’étais adolescent. La plupart du temps, ce n’était pas très bon. Mais j’ai l’impression que ces dernières années, lorsque je me suis mis plus sérieusement au rap, [mon écriture] est vraiment très bien conçue. Une quantité surprenante de modifications est apportée après coup. Vous écrivez une première version et vous vous rendez compte que vous pourriez changer cette phrase trois mois plus tard. Quelques semaines après la sortie de l’album, nous publierons une session live avec une version antérieure de la chanson « A Cage ». Vous pourrez entendre des paroles légèrement différentes sur la version live par rapport à la version studio de l’album.

PAN M 360 – Avez-vous expérimenté d’autres genres que le jazz, le métal et le rap ces derniers temps ? Y a-t-il une chance que nous les entendions dans une chanson dans un futur proche ?

BEN – Eh bien, je veux dire, je pense que sur l’album lui-même, il y a déjà quelques morceaux qui pourraient être considérés comme d’autres styles. Il y a un morceau plus ballade sur l’album, quelques morceaux plus acoustiques sur l’album. Mais la réponse courte est que je me suis concentré sur le fait de rendre cet album aussi bon que possible et sur tout ce qui va avec la sortie de l’album. En ce qui concerne la suite des événements pour le groupe ? C’est une bonne question. Faire en sorte que les choses évoluent et changent. C’est quelque chose que j’ai toujours apprécié chez beaucoup d’artistes que j’écoute. Si on devait en citer deux, je dirais les Beatles, ou Radiohead, et des gens comme Miles Davis. Des gens qui ont eu cette capacité à se réinventer constamment au cours de leur carrière et qui, de ce fait, sont restés pertinents.

PAN M 360- Comment vous y prenez-vous pour écrire pour un groupe de sept musiciens ? Est-ce que c’est une collaboration ou est-ce que vous écrivez tout de A à Z ?

BEN – J’écris tout la plupart du temps. Ce que j’ai fait ces deux derniers albums, c’est que j’ai créé une sorte de maquette. En gros, dans Ableton Live, j’enregistre une sorte de démo décente de la façon dont la chanson se déroulerait. J’enregistre sur une guitare, je programme un rythme de batterie, je joue de la basse, j’enregistre des cuivres MIDI, et je me fais une très bonne idée de la façon dont cela va sonner. Ensuite, je la retranscris. Pour les répétitions, nous l’assemblons et il est certain que des changements sont apportés. C’est incroyable de voir que parfois, on pense que quelque chose va sonner d’une certaine manière, et que ce n’est pas du tout le cas. Et vice versa ; vous avez des surprises agréables. Il faut aussi mentionner que Jeanne [Laforest], notre chanteuse, a joué un rôle de conseillère tout au long du processus et que je lui soumettais souvent des idées.

PAN M 360 – En regardant vers l’avenir, quels sont vos objectifs à court et à long terme après la sortie de cet album ?

BEN – Devenir des stars du rock mondialement connues ! Non, mais sérieusement, en tant que musicien, je pense qu’il est difficile de ne pas aspirer à long terme à gagner sa vie et à faire de la musique qui a du sens, vous savez ? Et cela signifie probablement faire de la musique originale. Et ce n’est pas forcément ma musique ; cela peut être la musique d’autres personnes. Mais je pense que c’est certainement l’objectif de beaucoup de gens. Et évidemment, comme on le sait, ce n’est pas facile à atteindre de nos jours. Je serais donc ravi que les gens aiment la musique. Nous allons d’ailleurs donner notre concert de lancement de l’album le 14 mars au Petit Campus. Karneef fera la première partie de ce projet fou de jazz rock progressif. Venez nous voir.

PAN M 360 – Parfait ! Merci beaucoup d’avoir accepté de vous entretenir avec nous, Ben. Bonne chance pour le lancement et tout le reste.

BEN – Merci, Vitta.

Mulchulation II, sorte de supergroupe indie québécois unifiant Population II et Mulch, connaît un franc succès avec l’EP Mulchulation II, paru l’automne dernier et dont les protagonistes se sont récemment produits à guichets fermés au Taverne Tour. 

La rage rencontre le voyage dans un mélange entre le psychédélique et le hardcore ! 

Frôlant l’expérimental, empruntant des chemins à la fois libres et improvisés, le premier EP de Mulchulation II a été conçu pour être joué à haut volume et  révèle le talent instrumental fusionné des deux groupes. De sa voix crue, l’inépuisable Rose Cormier y franchit un épais mur de son, elle crie à corps perdu ce qu’on peut imaginer comme étant un manifeste. 

C’est cathartique et impressionnant, ça savonne les oreilles, ça navigue sur des guitares virtuoses et des mélodies macabres aux textures noise

Pour mieux comprendre la créature mutante qu’est Mulchulation II, il faut rappeler ce que représentent ces deux groupes sur la scène montréalaise:

Mulch, un groupe récemment constitué,  secoue la scène punk, amène au style hardcore des paroles honnêtes et une présence incomparable sur scène. Population II, devenu au fil des dernières années un groupe incontournable de la scène locale, résulte des entrechoquements musclés entre ses trois électrons libres dans des salles pleines. Voilà un mélange dangereusement excitant, on comprendra pourquoi le premier concert  du groupe hybride fut donné à guichets fermés dans cadre de la tournée Taverne Tour, il y a quelques jours à l’Esco..

Je me suis assis avec Mulchulation II afin de mieux comprendre comment  ce mutant s’est si vite emparé de la scène montréalaise.

PAN M 360: Avec un show qui affiche complet, c’est assez évident que le retour soit positif. On se demande tous quand sera le prochain, mais surtout, comptez-vous continuer à travailler ensemble ?

Sébaste (Basse, Population II) : On ne sait pas quand on va retravailler ensemble. Quand le mutant va vouloir ressortir, il va être présent. C’est vraiment unique comme projet et son idiosyncrasie demande d’être traité avec respect. Mulchulation II existe pour l’amitié et l’amour de jouer cette musique.

Rose (Vocals, Mulch) : Comme mentionné par Sébaste, nous n’avons pas pour l’instant, dans les plans de refaire un autre show comme celui de vendredi passé. Par contre nous avons tous encore certainement le désir de retravailler ensemble dans le futur, quand ce sera le temps. Sûrement sur un album encore plus collaboratif que celui-ci!

PAN M 360: Y a-t-il eu un moment  où vous avez su que vous deviez faire ce projet ensemble ?

Rose : L’histoire veux que moi et les gars de Population II nous sommes ramassés au restaurant Fameux après leur show au Francos à l’été 2024 et que l’idée nous est venue autour d’un pizzaghetti. 

J’étais certaine que c’était juste une idée lancée dans l’air comme ça, comme elles le sont souvent, mais 8 mois plus tard, on voit bien que non!

Au début on s’est dit qu’on essaierait de monter une toune avec moi au chant, toune fondée sur une ligne de basse que Sébaste avait dissimulée dans ses messages vocaux de cellulaire. Cette toune-là  est devenue Laisse-Faire

Ensuite c’était pas mal évident autant pour Mulch que pour Population II qu’un split, c’était quelque chose qui nous tentait vraiment, pour vrai de vrai! C’est quand même impressionnant que nous ayons réussi à écrire, enregistrer et sortir le split en à peu près 4 mois!!

PAN M 360: Les approches de Population II et Mulch se rencontrent à plusieurs niveaux, mais il y a aussi quelque chose de nouveau qui apparaît dans cette mutation. Y a-t-il des choses auxquelles vous ne vous attendiez pas et qui se sont produites ?

Timothy (guitare, Mulch) : C’était cool d’écrire du matériel qui fittait bien avec Population II sans changer notre son trop dramatiquement. Nous nous sommes donné le loisir d’explorer des territoires sonores que nous nous sentons peut-être moins à l’aise d’explorer d’habitude, et c’était pas mal le fun comme exercice! C’était aussi vraiment cool d’entendre Population II écrire des tounes plus heavy que d’habitude!

Rose : Des deux bords je crois que nous avons pris l’opportunité du split pour explorer un peu les genres musicaux de l’autre, et sortir de nos habitudes, comme dit Timothy. Le plus surprenant pour moi, c’est certainement notre toune Sans Sortie, une pièce de plus de huit minutes qui est non seulement la plus longue toune que Mulch ait jamais écrite, mais aussi celle qui sort le plus de notre genre habituel. C’est une pièce que j’affectionne beaucoup et je pense que nous allons vraiment essayer d’écrire d’autres choses dans ce genre! 

PAN M 360: Ce n’est pas souvent qu’on entend parler de deux groupes qui travaillent ensemble. Comment avez-vous partagé les rôles dans le processus créatif, ou plus généralement, comment ça s’est passé ?

Timothy : Les albums collaboratifs sont pas mal communs dans l’univers du hardcore ou encore du noise et de la musique experiementale! Nous sommes tous pas mal familiers avec ces types de projets et nous voulions réaliser quelque chose dans ce genre de tradition. Ce qui faisait le plus de sens pour nous, avec le temps limité dont nous disposions, c’était d’écrire les chansons chacun de notre bord et d’essayer de collaborer là où ça semblait naturel. Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de travailler sur des chansons les 2 bands ensemble donc beaucoup des bouts collaboratif était limités à ce qui était déjà en place, soit les chansons de Population II avec Rose dessus, et ce qui nous est venu comme idées lors de l’enregistrement, comme les twins guitars et les back vocals de Sébaste sur Déclin Soudain

PAN M 360: En écoutant, on ressent un profond sentiment de désobéissance, mais aussi un laissez-faire. Dans vos mots, quels sont les thèmes souhaités dans ce projet ?

Rose : Les thèmes sont un peu éparpillés! 

Cent Piasses, dont les paroles sont écrites par Pierre-Luc (Population II), c’est essentiellement une toune sur les snowbirds, ou les Québécois qui passent leurs hivers en Floride, alors que les 3 autres pièces avec les paroles écrites par moi sont assez lourdes et existentielles. C’est habituel dans  les paroles de Mulch, je devais amener ça dans ce projet aussi. Crier fort c’est certainement un merveilleux exutoire pour mes pensées, ça libère le cerveau aussi! 

Laisse-Faire, c’est en effet pas mal sur le thème du laissez-faire mais non pas dans la nonchalance à laquelle on pourrait penser. C’est plus sur le concept de laissez-faire des situations, ou des relations qui n’en valent pas la peine parce que toi ou l’autre, ou les deux, vous êtes perdus. De là les paroles “t’est mélée, t’est perdu, comment tu vas faire?” qui s’applique autant à moi qu’à d’autre monde.

Déclin Soudain suit un peu le même genre de trame narrative, mais de façon plus pessimiste en disant qu’il est trop tard pour remédier à quoi que ce soit, pis qu’on va être pris pour toujours dans nos cercles vicieux! Fun stuff!

Sans Sortie, c’est un vraiment long monologue existentiel que je n’avais pas écrit à l’avance! Je savais seulement que je voulais un mur de voix à la fin, sorte de point culminant de la chanson. Nous avons enregistré cette toune-là live off the floor (comme le split complet) en une seule prise de son, incluant les voix. Ce qui en est sorti des paroles est incroyablement brut.

PAN M 360: D’un point de vue stylistique, les termes “noise rock” et “hardcore” sont entre autres utilisés pour décrire votre son. Quelle est votre propre définition ?

Rose : Je crois que les 2 termes sont pas mal justes! Ni Mulch ni Population II sont des bands qui aiment se caser dans des genres, clairement, et nous sommes heureux comme ça! 

Pour Mulch, le terme noise rock revient souvent, je crois que c’est un terme assez générique mais qui englobe bien tout ce que nous faisons! Le terme hardcore revenait plus souvent lorsque nous avons commencé, et lorsque nous avons sorti notre premier EP Nothing Grows Out Of Dried Flowers, mais il est vite tombé puisque nous avons vite inclus plusieurs autres influences dans notre musique! On continue de crier,  par contre.

PAN M 360: En dehors de ce projet, comment décririez-vous la scène rock en ce moment au Québec ? Quels sont les groupes qui vous inspirent ?

Sébaste : À Montréal, la Sainte Trinité du punk : Faze, Puffer, Béton Armé/Spleen! Tout ce que Joe chez Celluloid Lunch sort, de Laughing à Retail Simps. Le songwriting d’Hélène Barbier et de Perma! Les amis de One Track Mind, Solids jusqu’au sapré bon noise rock de Pnoom. 

Et les Mothland goodness : La Sécurité, Yoo Doo Right et Atsuko Chiba.

Montréal, c’est juste du bon en ce moment!

Timothy : La scène semble assez forte et durable.. Il y a eu une vague de groupes vraiment ennuyeux juste après la covid et ça semble s’être un peu éclairci donc on est dans une bien meilleure situation. Je pense que beaucoup de gens ont commencé des projets pendant le Covid et pour être honnête, beaucoup d’entre eux auraient dû rester dans leurs chambres.

Les meilleurs bands en ce moment: Pnoom, Psychic Armor, Show of Bedlam, A.T.E.R., Forensics, everything Ky Brooks does.

Rose : J’ajoute pas grand chose qui n’a pas déjà été dit mais oui, le rock se porte bien en ce moment! Il y a plus que jamais une ouverture à différents horizons musicaux! Les genres se côtoient de plus en plus, à mon plus grand plaisir. Je pense que c’est signe d’une scène en santé!

Sébaste et Timothy mentionnent déjà pas mal tous les bons groupes mais si je tiens à rajouter à leur longues listes 2 de mes groupes préférés de Montréal en ce moment : Zouz et Victime. 

Et aussi sur ordre d’idée absolument pas rock, le nouvel album Nouveau Langage de N Nao, et l’album Abracadabra de Klô Pelgag sont probablement deux des plus importants albums à sortir de Montréal dans les dernières années. 

Sinon des splits inspirants que vous devriez écouter : les splits de Full of Hell et The Body, le split de Full of Hell et Andrew Nolan ou le déjà très classique split de The Body et Big Brave. 

PAN M 360: Que souhaitez-vous voir changer dans les prochaines années ?

Timothy : J’aimerais vraiment continuer de voir plus de shows avec des mixed bills, soit des shows avec des lineups plus éparpillés, avec des bands dont les genres ne se ressemblent pas! 

Aussi, pas pour sonner comme un vieux grincheux mais j’aimerais que les jeunes comprennent plus l’étiquette des shows. Quand j’ai commencé dans la scène, il y avait un respect mutuel qui est peut-être disparu un peu depuis la covid. C’est bien sûr pas tous les jeunes qui sont comme ça, et ceux qui ne le sont pas sont ceux qui resteront dans la scène le plus longtemps.

Rose : Pour moi, non seulement j’aimerais continuer à voir plus de mixed bills comme l’a mentionné Timothy, mais j’aimerais vraiment voir plus de shows qui mélangent les scènes anglos et francos. Je côtoie de très près les deux scènes et c’est impressionnant à quel point l’une n’est pas au courant de ce qui se passe dans l’autre, alors que des trucs vraiment cool et important ce passe autant dans la scène anglo que dans la scène franco. 

Y’a pleins de mes amis anglos qui n’avaient aucune idée de c’était qui Population II avant qu’on sorte le split, comme il y avait pleins de francos pas au courant de Mulch! 

Tout le monde gagne à ce que nous faisions tous plus de choses ensemble.

PAN M 360: Quel est le message premier que vous aimeriez transmettre ?

Rose : Mulchulation II c’est un projet créé pour le fun, sans se soucier de profits, de maisons de disques ou de la réception du public. Je pense que c’est ça qu’il faut retenir. Faites de la musique avec vos amis parce que ça vous tente et que ça vous gratifie. 

J’espère aussi que nous avons donné le goût à pleins de monde de faire des splits parce que pour vrai c’est vraiment, vraiment le fun! 

PAN M 360: Dernière question, c’est quoi le pizzaghetti ?

Bon okay, c’est une question polarisante haha !  Le vrai de vrai pizzaghetti c’est une pizza avec du spaghetti dedans! Le faux pizzaghetti c’est une pizza coupée en 2 avec du spaghetti dans le milieu. Mais les vrais savent que ça c’est pas un pizzaghetti, c’est juste une pizza et un spaghetti. 

Le nom Dessalines est peut-être familier pour certains mais l’impact de ce premier empereur d’Haïti est malheureusement encore peu connu du grand public. C’est justement cela que Jean Jean Roosevelt va tenter de rectifier lors de son spectacle du samedi 22 février à la Maison de la Culture du Plateau Mont-Royal, dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs. Celui qu’il a surnommé « Dieussalines » sera à l’honneur pour l’occasion et notre journaliste Keithy Antoine s’est entretenue avec Jean Jean pour en savoir plus. Il nous invitera à un voyage historique pour rendre hommage à l’homme qui a osé inventer la liberté pour le bien-être des siens et pour les opprimés de la Terre. Cet événement est organisé par KEPKAA, le Comité international pour la promotion du Créole et de l’Alphabétisation.

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Sous étiquette Kscope Music, le Suédois Jonathan Hultén vient de lancer l’album Eyes Of The Living Night. On a, d’ailleurs, pu le voir à l’œuvre seul sur scène avec son attirail, le 8 février dernier au MTelus en première partie de Uncle Acid & the Deadbeats. En attendant son retour avec son groupe, la cote du jeune artiste grimpe en Europe, et il pourrait en être de même au nord de l’Amérique du Nord, territoire propice à son solide alliage de prog, grunge, folk, ethereal rock, ambient synth pop ou même dream pop. L’opus fut enregistré aux Chanting Studios de Stockholm et coréalisé avec Ola Ersfjord (Lady Blackbird/Tribulation/Monolord), Eyes Of The Living Night explore ce qui mijote dans nos esprits, entre autres notre propension à fantasmer le surnaturel et interroger les rêves et même les spectres du passé.

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Transcendant le temps et l’espace, la musique de God’s Mom sonne à la fois ancienne et futuriste. Ce duo électronique darkwave se compose de Bria Salmena et d’Andrew Matthews, qui unissent leurs forces pour créer des morceaux obsédants à haut BPM. Salmena, qui a chanté avec Orville Peck et dont le catalogue solo s’oriente davantage vers la country, explore avec ce projet un autre type de chant folk. Sa voix s’inspire de la musique folklorique italienne de Calabre, tandis que la production électronique de Matthews présente des rythmes frénétiques et industriels dignes d’un rave dans un entrepôt.

God’s Mom a sorti un premier album en septembre 2024, intitulé As It Was Given. Enregistré entre Rome et Toronto, cet album est coincé quelque part dans les ténèbres du futur antérieur. Se décrivant comme un  » poing serré réactif à la suppression de l’identité féminine dans la culture du sud de l’Italie « , son univers sonore comprend des mélodies anciennes qui s’expriment à travers des vagues de bruit électronique et de rythmes de batterie. Une semaine avant leur concert au Taverne Tour, nous avons discuté des influences folkloriques italiennes, de l’hystérie, des tarentules et des films de rêve.

PAN M 360 : Quelle est l’origine du nom de votre groupe ? J’aime qu’il soit à la fois sacré et très décontracté.

God’s Mom : Nous aimons ce nom pour la même raison. Son origine est secrète.

PAN M 360 : Votre musique contient des tambours oontz-oontz pulsés qui conviendraient parfaitement à une rave, mais vous avez aussi ces voix italiennes grandioses qui flottent au-dessus de tout cela. Votre Bandcamp fait allusion au chant folklorique calabrais comme source d’inspiration pour ces voix. Avez-vous grandi en écoutant cette musique ?

GM: La famille de Bria est originaire de la région de Calabre en Italie. Elle a découvert cette tradition musicale de la région à l’âge adulte et nous sommes toutes les deux très attachées à cette musique depuis lors.

PAN M 360 : J’ai commencé à lire à propos des tarentelles que vous mentionnez sur Bandcamp, qui sont des danses folkloriques rapides du sud de l’Italie. Dans As It Was Given, quels sont les éléments des tarentelles qui ont résonné en vous ?

GM: The style of singing is the first thing that stuck out to us. It is polyphonic and atonal in a way that feels incredibly emotional and also dissonant. Also, the lyrics of many of the tarantellas come from women who are responding to gender and class strife in rural Italy. In many ways, the tarantellas share a common quality to punk music. 

PAN M 360 : Selon Wikipédia, le mot « tarentelle » viendrait du « tarantisme », l’hystérie provoquée par une piqûre de tarentule, et la musique est censée ranimer les victimes. J’ai trouvé cette description intéressante : elle illustre le côté sombre et possédé de la danse et des raves, mais aussi le salut qu’elle peut apporter. Comment voyez-vous le rôle spirituel de votre musique ?

GM : Notre musique n’a pas d’objectif spirituel. Vous avez fait référence au tarantisme et à l’idée d’hystérie. Si notre musique et nos performances semblent hystériques, il s’agit de se l’approprier d’une manière qui nous permette de contrôler la situation, plutôt que d’utiliser ce mot pour opprimer les femmes comme c’était le cas dans le passé.

PAN M 360 : Les synthés de « Vespa e Spina » me font penser à une tarentule floue. Comment décririez-vous les textures des synthés sur cet album ?

GM : « Vespa e Spina » est l’une de nos plus anciennes chansons. A l’époque, je voulais utiliser des synthés comme Public Image Ltd. utilise des guitares. J’ai échoué. Mais je voulais aussi que les synthés bourdonnent et s’élancent comme des insectes.

PAN M 360 : « Niente Davanti » est l’un de mes morceaux préférés de l’album. Quelle est l’histoire de ce sample au début ?

GM : C’est un acapella d’une tarentelle qui a déclenché l’énergie pour le reste de la chanson. C’est l’une de nos premières chansons où les tarentelles ont influencé l’esprit que nous formions. Nous avons réfléchi à la manière dont ces voix, qui s’exprimaient avec tant d’émotion, pouvaient passer des années 1950 à une époque et à un son futurs.

PAN M 360 : As It Was Given est l’aboutissement de quatre années de travail. Comment s’est déroulé votre processus de création au fil des ans ?

GM : Bria et moi travaillons de manière très maniaque et très prolifique. Quand les idées viennent, nous essayons de les capturer aussi vite que possible et de terminer les choses dans l’instant. Donc, après environ quatre ans de travail sur le matériel de manière assez continue, nous nous sommes retrouvés avec un surplus de chansons que nous estimons dignes d’intérêt.

PAN M 360 : Vous avez enregistré l’album entre Toronto et Rome – des villes à l’histoire, à la culture et au climat très différents. Comment ces deux villes ont-elles façonné le son de God’s Mom ?

GM : Nous parlons souvent de la façon dont des villes comme Rome ou d’autres villes européennes réaffectent des espaces culturels souvent anciens, condamnés ou oubliés pour en créer de nouveaux. Toronto semble avoir davantage l’habitude de démolir son histoire pour construire quelque chose de nouveau. Les choses devraient toujours aller de l’avant, mais si vous pouvez conserver l’histoire d’un espace ou d’une énergie et la redresser, plutôt que de la détruire et de la recréer, cela a beaucoup plus de sens. Ce concept a une influence considérable sur God’s Mom.

PAN M 360 : Enfin, si vous deviez créer la bande originale d’un film, à quoi ressemblerait-elle ? Quel serait le genre, l’intrigue et qui le réaliserait ?

GM : Le film raconte l’histoire d’une personne qui a une relation sexuelle avec son propre clone. Il se déroule au Club Voodoo à Toronto dans les années 80. La musique serait soit drone, soit 190 bpm+. Bria et moi le dirigerions. Ce serait une tragédie.

Ric’key Pageot est un petit gars de Montréal, élève à l’école Pierre-Laporte, puis à McGill. Une solide formation en classique et en jazz lui a ouvert les portes de son premier contrat : directeur musical pour le Delirium du Cirque du Soleil (le plus jeune jamais nommé à ce poste). Corneille, Jill Scott, Diana Ross mettent la main dessus, avant que Madonna n’en fasse son pianiste de tournées (depuis Sticky & Sweet, 2008-2009), et plus récemment, Christina Aguilera. À travers tout cela, Ric’key continue d’aimer la musique classique, et même encore plus depuis qu’il a découvert le riche mais insoupçonné répertoire conçu par les compositeurs et compositrices noirs. Cet amour l’a conduit à se plonger dans cet univers et à concevoir un récital intitulé Classic Black, qu’il présentera le 21 février 2025 à la salle Claude-Léveillée de la Place des Arts à Montréal. Une représentation à 20h est déjà complète, si bien qu’une deuxième est désormais nécessaire, à 22h cette fois, pour ceux et celles qui veulent des billets (mais il n’en reste pas beaucoup!). J’ai parlé avec Ric’key de tout cela et plus encore…

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Cette année, la Saint-Valentin rimera avec un hommage à Toumani Diabaté par nul autre que son frère Madou Sidiki Diabaté. Pour l’occasion, il sera accompagné entre autres par Zal Sissokho dans l’une des plus belle salles de concert de la ville, le Gésu. Dans l’entrevue que Madou a accordé à notre journaliste Keithy Antoine, il revient sur les origines de la kora, cet instrument à 12 cordes qui s’apparente à la harpe, mais aborde également l’histoire de son pays, le Mali, de son statut de griot et de la figure importante qu’était son frère. Une soirée qui s’annonce riche en émotions et en sons.

C’est un concert marqué par les contrastes que l’Ensemble Caprice, en collaboration avec l’Ensemble ArtChoral, proposera aux mélomanes de Montréal et de Québec les 14 et 16 février. Avec le souci de la programmation qu’on lui connaît ainsi que le désir de tisser des liens entre les époques et les styles de musiques, tant pour le répertoire instrumental que pour les chœurs, Matthias Maute a concocté un programme comprenant à la fois de la musique ancienne, de la musique folklorique et de la musique contemporaine. Cet aréopage d’œuvres évoluera vers la mythique neuvième symphonie de Beethoven, qui sera, selon les dires du chef et directeur artistique, la première présentation à Montréal de l’œuvre sur instruments d’époque. Alexandre Villemaire de PAN M 360 s’est entretenu avec Matthias Maute au sujet de ce concert, mais également des autres projets discographiques qui rythment la saison d’ArtChoral et qui sont liés à son identité.

Ernst Bloch (1880-1959)

Yih’yu L’ratzon

Traditionnel

Oy dortn, arrangé par Matthias Maute

Gregorio Allegri (1582–1652)

Miserere

William Kraushaar(*1989)

Höre auf meine Stimme, Première mondiale – commande de l’Ensemble Caprice

Entracte

Ludwig van Beethoven (1770–1827)

Symphonie no 9 en mineur, op. 125

  1. Allegro ma non troppo, un poco maestoso
  2. Molto vivace – Presto
  3. Adagio molto e cantabile – Andante moderato
  4. Presto – Allegro assai – Recitativo – Allegro assai vivace – Alla marcia – Andante maestoso – Allegro energico

Sopranos

Sydney Baedke

Sharon Azrieli

Mezzo-soprano

Stéphanie Pothier

Ténor

Scott Rumble

Baryton

Dominique Côté

Présentée au Centre PHI jusqu’au début mai 2025, Jean-Marc Vallée: Mixtape est une exposition suggérant un parcours multimédia et (particulièrement) musical dans l’œuvre de feu le réalisateur. La musique, surtout le corpus pop/rock/americana, était le fondement de sa cinématographie, sans laquelle il n’aurait pas eu cette signature unique. Ses collaborateur·trice·s et ses proches témoignent tour à tour avoir été imprégnés de ses choix. La musique était pour lui un moteur pour le jeu et l’émotion, pour en magnifier les images et ainsi bouleverser les cinéphiles.

« Mixtape est composée de quatre installations et d’un environnement sonore qui accompagne et enveloppe le public tout au long du parcours. Ces différents espaces mettent en valeur plusieurs moments forts de la carrière de Vallée, mais constituent surtout une invitation à plonger dans la tête et la musique de l’artiste pour y découvrir ce qui l’inspirait dans son quotidien, l’influençait dans sa création et ce qui se transposait jusqu’au grand écran. »

Pour encore mieux comprendre ce parcours que l’exposition nous offre, son directeur de création et co-concepteur nous en cause: Sylvain Dumais est ici interviewé par Alain Brunet, pour PAN M 360.

Détails et infos

« À couper le souffle », « imaginative et expressive », « Bartók sur stéroïdes ». C’est en ces mots que la critique qualifie la musique de la compositrice canadienne Kelly-Marie Murphy. Récipiendaire de plusieurs prix et distinctions, ces œuvres ont été jouées par d’importants ensembles au Canada, tels les orchestres de Toronto, Vancouver et Winnipeg, ainsi que par des interprètes comme The Gryphon Trio, James Campbell, Shauna Rolston, le Cecilia and Afiara String Quartets et Judy Loman. Ne lui manquait plus comme corde à son arc que Les Violons du Roy, avec qui elle signe sa première collaboration avec la pièce pour violon et orchestre Found in Lostness qui sera interprétée par Kerson Leong. L’occasion était donc parfaite pour en apprendre sur son parcours de compositrice et sur une de ses plus récentes créations.

PAN M 360 : Parlez-nous un peu de votre parcours musical. Qu’est-ce qui a motivé votre décision de devenir compositrice ? 

Kelly-Marie Murphy: Je pense qu’il était évident dès mon plus jeune âge que j’aimais la musique !  Enfin, à l’âge de 8 ans, nous avons acheté un piano et j’ai commencé à prendre des leçons.  J’ai chanté dans des chorales pendant toute ma scolarité et j’ai commencé à suivre des cours de chant à l’âge de 16 ans.  Au secondaire, j’ai commencé à m’intéresser au jazz, j’ai donc joué du piano dans l’orchestre de jazz et j’ai chanté un peu en parallèle.  J’ai commencé mes études de musique le jour de mes 18 ans, en pensant plutôt à l’interprétation ou même à l’enseignement.  Il est devenu évident que je n’étais pas à l’aise devant un public, et que je devais donc trouver autre chose à faire avec mes capacités musicales.  On m’a encouragé à suivre des cours de composition.  C’est donc ainsi que, par hasard, j’ai trouvé ma vocation !

PAN M 360 : Quels sont les compositeurs ou les personnes qui vous ont influencé ou qui ont joué un rôle important dans votre parcours de musicien et de compositrice ?

Kelly-Marie Murphy: D’un point de vue personnel, mon professeur de composition, Allan Gordon Bell.  Il a été un merveilleux mentor et a toujours cru en moi, même quand je n’y croyais pas.  En ce qui concerne les compositeurs qui m’ont littéralement éveillée, je dirais Stravinsky et Bartok pour commencer.  J’ai assisté à un cours d’histoire de la musique et je me suis accroché au classicisme et au romantisme, mais j’ai vraiment eu un coup de foudre pour les ballets de Stravinsky et les quatuors à cordes de Bartok.  Je dirais également que mon goût pour le jazz et le bebop a influencé ma façon de penser la musique.  La musique contemporaine continue de m’inspirer.  Les compositeurs vivants font partie du tissu artistique, et nous observons et commentons ce qui nous entoure.   

PAN M 360 : Comment le thème de la perte est-il ressorti comme cadre narratif dans Found in Lostness, l’œuvre que vous avez composée pour Kerson Leong ?

Kelly-Marie Murphy: Kerson et moi avons eu une belle rencontre il y a environ un an.  Je lui ai demandé quel genre de choses l’intéressaient, quelle imagerie, ce qu’il aimerait avoir dans un concerto, etc.  Il m’a demandé si je pouvais écrire quelque chose sur le fait d’être « perdu dans les bois » et sur le sentiment d’en émerger. J’ai vraiment aimé ce concept, car il présentait plusieurs avenues différentes.  

Le fait d’être perdu présente de multiples facettes : on peut être perdu physiquement, émotionnellement, spirituellement, etc.  Cela m’a donné matière à travailler.  Le philosophe Soren Kierkegaard considère la « perte » comme une opportunité de découverte et de croissance.  Tout au long de la pièce, j’explore les idées de la quête et de l’inconfort de la perte – l’idée de se connecter aux choses dans l’espoir qu’elles vous amènent là où vous avez besoin d’être.  La fin est un peu irrésolue : avons-nous trouvé ce dont nous avions besoin ?

PAN M 360 : Ce n’est que le deuxième concerto pour violon que vous écrivez ! Comment avez-vous abordé l’écriture pour cet instrument ? Vous êtes-vous lancé des défis en expérimentant avec l’écriture et les techniques instrumentales ?

Kelly-Marie Murphy: Le premier concerto pour violon était assez volumineux : 4 mouvements, orchestre complet, durée d’environ 20 minutes, et très dramatique.  Cette nouvelle pièce n’est écrite que pour un orchestre à cordes, mais elle doit néanmoins répondre aux besoins dramatiques du concept.  Mon défi consistait à garder la couleur et la texture fraîches avec seulement des cordes.  J’aime les sons percussifs, et j’ai donc voulu créer une petite section d’accompagnement où le soliste est soutenu par des tapes et des cris.  J’ai également écrit un solo assez long pour la contrebasse !   

PAN M 360 : Comment l’œuvre est-elle structurée ? Avez-vous conservé la forme classique du concerto ou était-elle plus libre ?

Kelly-Marie Murphy: Il s’agit d’une œuvre en un seul mouvement, avec des sections lentes et rapides.  Les cadences sont intégrées tout au long de l’œuvre.  Il y a certainement une certaine liberté rythmique dans la pièce.  Il y a des éléments thématiques qui reviennent et sont développés, mais c’est aussi proche que possible d’un concerto classique.

PAN M 360 : Quelle est votre démarche en matière de composition ? Qu’est-ce qui vous inspire lorsque vous composez ?

Kelly-Marie Murphy: Je suis compositrice tous les jours.  Pour moi, l’écriture est une pratique quotidienne. J’ai besoin de planifier et d’expérimenter.  Je dois faire des choix entre les idées pour m’assurer que j’utilise les plus fortes.  J’essaie d’écrire et de « dessiner » le contenu d’un morceau – comment je veux qu’il bouge ; ce que je veux dire…. Ensuite, il s’agit de trouver le bon matériau.  J’aime qu’il y ait un poème ou une œuvre d’art pour ancrer les pensées.

Depuis son premier prix au Concours international de violon Yehudi Menuhin en 2010, l’aura du violoniste canadien Kerson Leong n’a jamais cessé de briller. Encensé par la critique comme étant un des plus grand violoniste au pays (Toronto Star), dans de nombreux enregistrements notamment son plus récent album paru en 2023 mettant à l’honneur les concertos de Britten et de Bruch, son jeu présente « un mélange de spontanéité et de maîtrise, d’élégance, de fantaisie, d’intensité qui rend sa sonorité reconnaissable des les premières notes » (Le Monde). Soliste recherché et chambrette passionné, Kerson Leong se produira avec les Violons du Roy dirigé pour l’occasion par Nicolas Ellis dans un programme mettant à l’honneur le répertoire de Mendelssohn et Bach ainsi qu’une création de la compositrice canadienne Kelly-Marie Murphy. Un dialogue entre les époques et les styles avec l’intemporalité de la musique comme toile de fond. Nous en avons discuté avec lui.

PANM 360: Le programme de concert que vous allez interpréter avec les Violons du Roy a en filigrane le thème de l’intemporalité avec notamment des œuvres de Felix Mendelssohn et de Johann Sebastian Bach. Qu’est-ce qui, pour vous, rend cette musique intemporelle ?

Kerson Leong: Pour moi, le « secret » de la musique intemporelle est qu’elle ne manque jamais de transporter l’auditeur et le musicien dans un monde différent. Peut-être un monde plus idyllique, loin de notre réalité, et qu’elle ne manque jamais de nous réconforter, de nous consoler ou de nous élever. C’est exactement ce que la musique de Mendelssohn et de Bach apporte.

PANM 360: Pouvons-nous dire quelques mots sur les œuvres de Mendelssohn qui entourent les pièces de Bach ?

Kerson Leong: On a le contraste entre sa symphonie pour cordes, composée alors qu’il n’était qu’un adolescent, et son dernier quatuor à cordes (arrangement pour orchestre à cordes), qui est un requiem très puissant et sincère pour sa sœur décédée à l’époque. Donc, nous pouvons nous faire une idée du cours de sa vie, littéralement. 

PANM 360: La pièce de la compositrice canadienne Kelly-Marie Murphy, Found in Lostness, que vous allez créer, est un concerto en un seul mouvement qui explore le thème de la perte. Comment, en tant qu’interprète, vous abordez une nouvelle œuvre qui n’a jamais été entendue, pour vous l’approprier et transmettre les intentions et émotions qui sont inhérentes à l’œuvre?

Kerson Leong: Je commençais toujours par avoir le sujet en tête et les types de couleurs, de nuances et de textures que j’associais à ce sujet. C’est la source de toutes les décisions musicales que je prendrais. La partition d’une pièce est comme une carte qui peut vous orienter dans la bonne direction ou au moins vous donner des indices, et dans ce cas, c’est un vrai luxe de pouvoir échanger des idées avec la compositrice elle-même.

PANM 360: Comment décririez-vous la musique de Kelly-Marie Murphy ?

Évocatrice, viscérale et vivante.

PANM 360: Quelle place la musique de création occupe-t-elle dans votre pratique artistique ?

Kerson Leong: Je pense qu’il est important de développer un esprit ouvert et d’être réceptif à de nombreux types d’influences, non seulement pour développer son propre son, mais aussi sa personnalité musicale en général. Ce processus consistant à « trouver sa propre voie » à travers une nouvelle pièce en est le reflet direct.

PANM 360: Le répertoire de Bach pour violon est imposant et important dans l’histoire de la musique. Vous avez déjà qualifié les partitas et sonates de Bach de « bible des violonistes ». En quoi ce répertoire et la figure de Bach sont-ils significatifs pour les violonistes ?

Kerson Leong: Pour moi, Bach est le meilleur test pour ce qui est de laisser le violon s’exprimer avec un maximum de liberté et de pureté acoustiques, et d’être capable de capter un profond sentiment de révérence et de poids dans la musique avec des moyens plus « simples ». On apprend non seulement l’importance de la passion, mais aussi l’importance de la retenue, et à se considérer comme faisant partie de quelque chose de plus grand que soi.

PANM 360: Les deux œuvres de Bach que vous allez interpréter n’ont pas été originellement composées pour le violon, mais bien pour l’orgue et la voix humaine respectivement. Est-ce que cela change la manière de concevoir le phrasé et la direction des lignes musicales et l’intention ? Y a-t-il des éléments techniques tant pour votre instrument qu’à l’orchestre qui sont mis en place pour imiter le timbre des versions originales ?

Kerson Leong: Cette question nous amène à parler de l’importance de la voix comme source d’inspiration pour les instrumentistes à cordes. Même si l’archet nous donne un souffle illimité, la phrase naturelle et la « gravité » musicale, pour moi, sont toujours régies par l’élévation et l’abaissement de la voix humaine et du souffle. Le solo de violon dans « Erbarme dich » est l’un des plus célèbres et des plus appréciés de tous les solos de violon, et la partie d’alto chantée avec laquelle il est en duo sert d’inspiration directe.

PANM 360: Ce n’est pas la première fois que vous collaborez avec Nicolas Ellis. Quel est le type de travail que vous effectuez avec lui en répétition pour mettre ensemble les différents éléments de votre jeu avec celui de l’orchestre, et notamment dans ce cas-ci, dans un contexte de création d’une œuvre contemporaine ?

Kerson Leong: Tout d’abord, Nicolas est un bon ami et nous nous entendons bien, ce qui facilite certainement le processus musical. Nous pouvons être ouverts l’un envers l’autre en répétition, mais en même temps, je sens toujours une complicité naturelle dans la façon de voir la musique.

PANM 360: Quels sont les prochains projets qui vous attendent ?

Kerson Leong:Le mois prochain, j’enregistrerai le Concerto n° 3 de Saint-Saëns à Vienne avec le Vienna Radio Symphony Orchestra dans le cadre d’un projet collectif sur Saint-Saëns. J’ai aussi très hâte à la sortie de mon prochain album, consacré aux œuvres pour violon et piano de Gabriel Fauré, réalisé avec un ami, le pianiste français Jonathan Fournel.

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