Présentées à deux reprises dans le courant de l’année académique, soit en décembre et en avril, les soirées Ultrasons qui ont lieu à la Faculté de musique de l’Université de Montréal sont le moment de l’année pour les étudiant·es des programmes en composition de musique numérique de présenter le fruit de leur travail élaboré tout au long de la session.
Ancrées depuis plusieurs années dans la programmation événementielle de la faculté de musique, ces deux soirées qui auront lieu les 24 et 25 avril plongeront le public dans des univers sonores diversifiés et uniques. Œuvres installatives, vidéomusique et musique acousmatique, entre autres, seront à l’honneur. En amont de ces deux soirées de concerts qui mettront de l’avant le travail de la relève, Alexandre Villemaire, collaborateur à PAN M 360, s’est entretenu avec ceux qui pilotent cette série et accompagnent ces jeunes créateurs et créatrices dans leur cheminement : Myriam Boucher, Nicolas Bernier et Dominic Thibault, professeu·res à la Faculté de musique.
PAN M 360 : Pour les gens qui y seraient moins familiers, qu’entend-on par « musique numérique »? Quels sont les genres et/ou styles musicaux que ce terme englobe ?
Nicolas Bernier : Le mot « numérique » fait davantage référence aux outils technologiques (notamment l’ordinateur) qu’à un genre musical. Le fait d’explorer les technologies à leur plein potentiel mène habituellement à diverses formes d’expérimentation et à des musiques éclatées, non conventionnelles, surprenantes.
Myriam Boucher : Ce n’est pas un style musical, mais plutôt une façon de faire de la musique avec des outils numériques. Mais, globalement on pourrait dire que le terme est associé à la musique électroacoustique, à la musique expérimentale et à la musique électronique.
PAN M 360 : Quelle est la genèse de la série Ultrasons et comment s’inscrit-elle au sein de la programmation de la Faculté de musique de l’Université de Montréal et de l’année académique ?
Nicolas Bernier : Ultrasons permet de présenter l’impressionnante quantité de création qui se fabrique dans le cadre d’une session en musiques numériques. Après avoir travaillé sur son projet pendant une session, l’étudiant·e peut partager son travail avec ses collègues et le public. Ultrasons est donc un espace d’échange qui est crucial à la formation… et au plaisir d’étudier en création !
Myriam Boucher : La série est une véritable vitrine pour les étudiant·es du baccalauréat en musiques numériques. C’est aussi un moment important d’échanges, de rencontres et de partage.
PAN M 360 : À quoi peut-on s’attendre à voir et à entendre durant ces deux soirées de concerts ?
Nicolas Bernier : À l’inattendu ! C’est le principe de la création de ne pas pouvoir savoir d’avance ce qui se passera. Il y aura des œuvres vidéos, quelques installations… et une vaste quantité d’œuvres purement sonores qui seront diffusées dans des conditions impeccables utilisant notre système « plus que surround » d’une vingtaine de haut-parleurs.
Myriam Boucher : On ne sait jamais trop, car il y a autant de démarches qu’il y a d’étudiant·es ! On pourrait nommer les orientations classiques : musique acousmatique pour dôme de haut-parleurs, vidéomusique, performance audiovisuelle, projets de lutherie numérique et d’installation. Mais ces termes se limitent aux formats, alors qu’en réalité, il y a tellement de variété dans les propositions artistiques.
PAN M 360 : En quoi une série de concerts comme Ultrasons est importante dans le parcours des étudiants et étudiantes ?
Myriam Boucher : C’est bien sûr très formateur, car ça reflète en quelque sorte la réalité professionnelle des artistes. Mais c’est aussi très formateur du point de vue de l’appartenance à la communauté et aux échanges et réflexion que cela peut offrir.
PAN M 360 : En tant qu’enseignants, quelles sont les notions que vous souhaitez transmettre à vos étudiants et étudiantes?
Nicolas Bernier : Chaque enseignant·e a sa sensibilité propre et c’est pour cette raison que les étudiant·es auront plusieur·es enseignant·es pendant leur parcours. De manière générale, les enseignant·es seraient sûrement toustes d’accord pour dire que nous cherchons à sortir de la boîte, à encourager les étudiant·es à trouver leur personnalité propre à travers leurs projets de création.
Myriam Boucher : Je dirais la passion, mais aussi la persévérance, la bienveillance envers soi-même. Aller au bout de ses idées, ce n’est pas toujours facile, car on se compare aux autres et on se confronte à nos propres insécurités. Il est important de se rappeler pourquoi on fait de la musique et pourquoi on veut la partager. Trouver sa place dans ce domaine n’est pas toujours facile et, comme enseignant·e, je pense que nous pouvons offrir certains outils afin d’accompagner ce processus.
PAN M 360 : Y a-t-il une évolution au niveau des profils que vous voyez arriver dans chaque nouvelle cohorte ?
Myriam Boucher : Je ne nommerais pas ça une évolution. Mais, c’est évident qu’il n’y a pas une cohorte qui est pareille. C’est toujours en mouvement, et ça nous oblige à rester très souple et ouvert comme enseignant·e.
Dominic Thibault : On a aussi la chance d’avoir des cohortes super diversifiées avec, à chaque année, des personnes passionnées par la création sonore sous toutes ses formes. Si leurs intérêts évoluent au rythme des préoccupations contemporaines (c’est normal iels font de l’art!), la constance, c’est leur passion pour le renouveau, la découverte et l’expérimentation avec les médiums numériques et les discours importants pour la société.
PAN M 360 : Les œuvres présentées dans le cadre des deux concerts constituent les projets musicaux des étudiants. Est-ce que vous leur laissez carte blanche ou est-ce que vous leur donnez certaines balises ?
Myriam Boucher : Iels ont carte blanche, mais ça doit bien sûr entrer dans les objectifs de notre programme : expérimentation sonore, recherche, processus, développement d’une démarche personnelle. On ne fait pas du country !
Dominic Thibault : Nous essayons de laisser autant de liberté créative que possible aux participant·e·s et essayons ensuite de les soutenir dans la présentation de leur œuvre. Pour ce faire, les enseignants travaillent très fort avec les étudiant·e·s durant le processus de création afin qu’iels réfléchissent et prennent position sur une manière accomplie de présenter leur œuvre au public.
PAN M 360 : Qu’est-ce qui caractérise le programme de composition en musique numérique de l’Université de Montréal ?
Myriam Boucher : Nous avons le privilège d’avoir de petites cohortes et une équipe d’enseignant·es très engagée, alors nous sommes comme une petite famille. Ensuite, c’est un programme complètement unique au monde. Nous ne connaissons pas d’équivalent.
Dominic Thibault : Notre programme se concentre à donner le temps et l’espace aux étudiantes et étudiants pour qu’ils développent leur personnalité artistique. C’est pour cette raison que les cours-projets sont au cœur de notre formation ; ils sont l’endroit où chacun peut mettre en application et approfondir de façon personnelle les connaissances acquises dans un cursus très varié et foisonnant !
Irina Krasnyanskaya, directrice artistique de la société de concerts Pro Musica, a eu l’excellente idée de jumeler la violoncelliste Marion Portelance et le pianiste Emmanuel Laforest pour la série Mélodînes, se consacrant aux artistes émergents. Ils ont choisi Beethoven et Brahms pour unir leurs forces et faire valoir leurs potentialités musicales. L’occasion est belle de faire connaissance avec ces artistes québécois à l’aube de leur carrière professionnelle. Alain Brunet a mené l’interview pour PAN M 360.
Questions à Marion Portelance:
“Nommée en 2023, par la CBC, parmi les 30 jeunes musiciens les plus prometteurs au Canada, Marion Portelance, violoncelliste, se produit comme soliste avec des orchestres à Montréal, Londres et en France. Chambriste active, elle performe au Royaume-Uni, Etats-Unis, Canada ainsi qu’en Suisse. Ayant reçu divers prix de concours canadiens et britanniques, elle a l’honneur de jouer en 2023 sur le violoncelle du Roi Charles III pour le concert du Couronnement au Château de Windsor, diffusé par la BBC.”
PAN M 360 : Marion, plusieurs mélomanes vous ont découverte au couronnement du Roi Charles III, plutôt qu’à vos véritables exploits vous menant vers une carrière internationale, notamment avoir été nommée parmi les 30 meilleurs jeunes musiciens canadiens par la CBC. Alors? Quelles ont été les retombées de ces faits d’armes?
Marion Portelance: Je suis vraiment reconnaissante de la visibilité que m’a apportée cet événement hors du commun. Le couronnement m’a certainement fait connaitre d’un plus grand public et m’a donc apporté une certaine notoriété. Toutefois mon cheminement comme musicienne ne s’y limite pas et je dirais en fait que les magnifiques opportunités qui se sont présentées à moi par la suite n’avaient pas nécessairement ou concrètement de lien avec cet événement. Elles découlent plutôt de mes auditions et des précieuses rencontres que j’ai pu faire à Londres au cours de mes dernières années d’études.
PAN M 360: Quels ont été vos professeurs les plus marquants?
Marion Portelance: Mes 3 professeures qui m’ont accompagnée pendant plusieurs années! J’ai eu la chance d’étudier auprès de 3 femmes exceptionnelles qui ont su m’inspirer, me transmettre leur passion et leur savoir-faire, et me permettre de me découvrir et m’épanouir comme jeune musicienne. J’ai commencé mon apprentissage du violoncelle avec Janick Simard jusqu’à mon entrée au Conservatoire, où j’ai poursuivi mes études auprès de Carole Sirois. Ce n’est qu’après mon baccalauréat que je suis allée à Londres afin d’étudier sous la tutelle de Melissa Phelps au Royal College of Music.
PAN M 360 : Vos violoncellistes préférés?
Marion Portelance: Il y en a tellement, c’est difficile de choisir, mais je dirais certainement Jacqueline du Pré. Elle était d’ailleurs une amie très proche de ma professeure Melissa Phelps. Je suis encore davantage touchée lorsque j’écoute ses performances, connaissant maintenant son parcours personnel grâce à ma professeure.
PAN M 360 : Quels sont vos objectifs professionnels? Orchestre? Musique de chambre? Soliste? Un mélange de tout ça?
Marion Portelance: Pour le moment, un mélange de tout ça! Je suis tombée en amour avec la musique orchestrale et l’expérience de jouer dans un orchestre symphonique lorsque j’étais au secondaire. J’ai toujours rêvé de faire partie d’un orchestre. Je suis actuellement en essai avec le London Philharmonic Orchestra, c’est donc un rêve qui devient réalité. J’ai aussi eu l’opportunité de me joindre au Chamber Orchestra of Europe et j’ai fait quelques projets d’orchestre de chambre sans chef d’orchestre, ce qui fut absolument révélateur!
J’ai découvert une passion pour la musique de chambre il y a quelques années avec mon Quatuor Vatra (quatuor avec piano, Montréal) et j’ai eu le privilège de faire énormément de musique de chambre depuis mon arrivée à Londres. Je viens de rejoindre le Fiora Quartet, quatuor à cordes londonien, et je suis très excitée des projets futurs avec eux. Je suis bien sûr toujours aussi passionnée du répertoire pour violoncelle et piano. C’est pour moi le plus grand des privilèges de revenir jouer à Montréal et faire ces concerts cette semaine aux côtés d’Emmanuel!
PAN M 360: Quels répertoires aimez-vous explorer en tant que violoncelliste?
Marion Portelance: J’aime faire de tout! Mon parcours à date a majoritairement gravité autour du large répertoire classique, mais j’adore explorer la musique contemporaine et je suis également toujours heureuse de participer à des projets qui sortent du cadre classique.
Questions à Emmanuel Laforest:
“Emmanuel Laforest se distingue par les nombreux prix qu’il a reçus, notamment en 2022 et 2024 : prix de la Fondation du Conservatoire, 1er prix du concours de concerto du Conservatoire de Montréal, Grands prix au Concours de musique du Canada, Concours de musique de la Capitale et au Concours Classival de Valleyfield. En 2021, il gagnait le 1er et le grand prix, volet concerto, du concours de Sorel. En tant que soliste, il a joué avec plusieurs orchestres canadiens.”
PAN M 360: Vous voyez-vous comme un pianiste volontairement polyvalent ou l’êtes-vous par la force des choses? Ou un peu des deux?
Emmanuel Laforest : Je suis un musicien avant tout. J’aime être pianiste de concert, j’aime la direction d’orchestre, l’accompagnement, la musique de chambre, le jazz, etc. J’adore pouvoir explorer toutes ces différentes branches, qui me permettent de me développer en tant qu’artiste complet et me font découvrir différentes façons de partager mon amour de la musique.
PAN M 360 : Vous vous êtes démarqué dans d’importantes compétitions canadiennes, comptez-vous vous mesurer dans des compétitions internationales?
Emmanuel Laforest : J’aimerais bien, éventuellement, participer à divers concours à l’étranger. Participer à de tels concours n’est pas obligatoire pour faire carrière comme pianiste, mais il s’agit d’une belle carte de visite. Cela permet aussi de vivre des expériences enrichissantes : les concours internationaux sont des lieux où l’on rencontre les étoiles montantes du monde musical de demain.
PAN M 360: Comment décririez-vous les principaux traits de votre personnalité pianistique?
Emmanuel Laforest : Je pense être un musicien sensible, et ma musicalité semble toucher le public, selon les commentaires que je reçois. Ma passion sincère pour la musique et le respect du texte sont des valeurs essentielles à ma démarche !
PAN M 360 : Avez-vous des influences marquées dans votre jeu?
Emmanuel Laforest : J’ai eu la chance de travailler avec plusieurs grands maîtres : Richard Raymond, Serhiy Salov, Mathieu Gaudet, Charles Richard-Hamelin, qui m’ont beaucoup façonné comme pianiste. À l’international, j’ai eu la chance de jouer pour Louis Lortie et Benedetto Lupo, et leurs conseils ont profondément influencé mon jeu. J’ai d’ailleurs été de nouveau invité cet été par ces deux maîtres dans le cadre de plusieurs stages à Charlevoix et en Italie, où je pourrai me perfectionner à leurs côtés.
PAN M 360: Avez-vous des compositeurs de prédilection?
Emmanuel Laforest : Sergueï Rachmaninov est mon compositeur fétiche (on vous réserve une surprise à la fin du récital !). J’adore également la musique des grands compositeurs comme Chopin, Jacques Hétu, Beethoven, Brahms…
PAN M 360. Questions au sujet du programme et de votre relation professionnelle :
Emmanuel Laforest : : Comment avez-vous décidé de jouer ensemble?
Marion et moi sommes collègues de longue date. On s’est rencontrés pour la première fois quand je suis entré au Conservatoire de Montréal, il y a cinq ans. On s’est croisés à de multiples reprises lors de concours régionaux auxquels on participait en même temps, on suivait les mêmes cours au Conservatoire, etc. Puis elle a terminé son diplôme et est partie étudier à Londres.
C’est la directrice artistique de Pro Musica, Irina Krasnyanskaya, qui nous a jumelés et proposé ce concert. On était super heureux de travailler ensemble. Avant même qu’on nous propose ce concert, j’avais déjà contacté Marion dans l’optique de collaborer. Je suis donc très heureux que ce projet se réalise enfin.
PAN M 360 : Quels sont les répertoires explorés à deux jusqu’à maintenant?
Emmanuel Laforest : Nous avons seulement exploré le répertoire du concert de demain, mais nous vous avons préparé quelques surprises. Nous espérons collaborer de nouveau prochainement dans un programme différent, basé autour de la Sonate de Rachmaninov.
Questions sur le programme
PAN M 360 : Pourriez-vous commenter sommairement les œuvres au programme, soit deux duos entrecoupés de 4 mazurkas de Chopin ?
Emmanuel Laforest : Le programme que nous vous proposons est à la fois riche en émotions et en contrastes, basé sur trois grands compositeurs, qui ont en commun le romantisme et l’aspect virtuose de leur musique.
La Sonate pour violoncelle et piano no 3 en la majeur, op. 69 de Beethoven ouvre le concert avec toute la vivacité et la noblesse propres au style classique. Cette œuvre met en valeur le dialogue égal entre les deux instruments, dans un esprit presque concertant, élégant, et rafiné.
Suivra la Fantaisie op. 49 de Chopin, une œuvre pour piano solo empreinte de lyrisme et de passion. Cette pièce, que j’interpréterai seul, représente un moment introspectif et profondément romantique au cœur du programme.
En deuxième partie, nous vous offrons la Sonate pour violoncelle et piano no 1 en mi mineur, op. 38 de Brahms, une œuvre majestueuse, dense et émotive, où la richesse harmonique se conjugue à une grande expressivité mélodique. C’est un véritable voyage intérieur que nous clôturons sur une note d’intensité dramatique et de profondeur.
Ludwig Van BEETHOVEN, Sonate pour violoncelle et piano No. 3 en la majeur, op. 69 I. Allegro, ma non tanto II. Scherzo. Allegro molto – Trio III. Adagio cantabile – Allegro vivace
Frédéric CHOPIN, 4 Mazurkas, op. 17
Johannes BRAHMS, Sonate pour violoncelle et piano no.1 en mi mineur, op. 38 I.Allegro non troppo II. Allegretto quasi minuetto II. Allegro
PAN M 360 : Quels sont vos projets en duo et/ou autres?
Marion Portelance : Nous espérons pouvoir rejouer ensemble bientôt, mais pour le moment je repars à Londres pour LPO et mon quatuor majoritairement. J’ai particulièrement hâte de rejouer pour les BBC Proms au Royal Albert Hall en septembre!
Emmanuel Laforest : Je termine ma maîtrise en piano au Conservatoire de Montréal le 4 mai prochain. Je participerai à trois stages en Italie et au Québec. Parallèlement à des études en direction d’orchestre, je jouerai, à titre de soliste, la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov avec la Sinfonia de Lanaudière en février 2026. Je donnerai également un récital solo à Lanaudière lors de la saison 2025-2026. Je me prépare aussi à divers concours internationaux. Beaucoup de projets stimulants à venir !
Il y a trois ans, un groupe de Colombiens-Montréalais a commencé à faire de la musique basée sur des rythmes afro-colombiens de la côte atlantique. En est issu Raíz Viva, un groupe de cinq musiciens associés à un groupe de danse afro-colombienne.
Raíz Viva est un groupe de percussion festif, mais également engagé. Ils sont quatre Colombiens et un Brésilien, plus les danseuses. Ensemble, ils essaient de faire des ponts avec d’autres cultures, dont le trad québécois.Raíz Viva fera partie de la finale des Syli d’Or, ce vendredi 25 avril au Théâtre Fairmount. Michel Labrecque s’est entretenu avec Nicolas Segura, membre fondateur du groupe.
Groupe phare du mouvement post-punk à la charnière des années 1970 et 1980, Gang of Four a marqué les esprits dès la sortie de son premier album, Entertainment!, salué par la critique et toujours reconnu comme une œuvre majeure du genre. L’album est souvent cité comme une pierre angulaire du post-punk, mais aussi comme une référence du dance-punk, de l’art punk et du funk-punk. Les textes incisifs, satiriques, du chanteur Jon King s’inspirent des théories situationnistes, mais aussi des réflexions de penseurs tels que Michel Foucault, Jacques Lacan, du féminisme et de la théorie de l’aliénation selon Marx. Parmi les thèmes abordés, on trouve la marchandisation des relations humaines (« Natural’s Not in It », « Return the Gift »), la condition ouvrière (« At Home He’s a Tourist »), la critique de la théorie du Grand Homme (« Not Great Men »), la répression politique pendant les Troubles en Irlande du Nord (« Ether »), les théories sur les médias (notamment celles de Guy Debord et la « Société du spectacle »), ou encore la manière dont les médias relatent le terrorisme et la guérilla maoïste en Amérique latine (« 5.45 »). La formation de Leeds détourne aussi les codes des chansons d’amour traditionnelles pour en dévoiler les ressorts idéologiques, notamment à travers des morceaux comme « Anthrax » et « Contract », qui questionnent l’amour romantique, ou « Damaged Goods » et « I Found That Essence Rare », qui déconstruisent les représentations classiques du désir et du sexe.
La pochette d’Entertainment!, conçue par Jon King, reflète directement l’influence de l’Internationale Situationniste. On y voit un « indien » et un « cow-boy » se serrant la main, déclinés en trois images stylisées, issues d’un film de la série Winnetou, qui, en Allemagne de l’Est à l’époque, étaient interprétés comme des critiques du capitalisme. Le traitement visuel réduit les visages à des aplats rouges et blancs, évoquant des clichés raciaux. Autour de l’image s’inscrit une phrase acerbe :
« L’Indien sourit, il pense que le cow-boy est son ami. Le cow-boy sourit, il est content que l’Indien soit dupe. Il peut maintenant l’exploiter. »
Cette image illustre non seulement le thème de l’exploitation, mais critique aussi la manière simpliste dont les médias et la culture populaire schématisent les conflits ethniques, sociaux ou politiques.
Afin de souligner les 45 ans de cet album emblématique, les Gang of Four viendront nous visiter lors dune ultime tournée, adéquatement intitulée The Long Goodbye Tour. Lors de cette soirée unique, la formation britannique interprétera, dans un premier temps, Entertainment! dans son intégralité, pour ensuite revenir sur scène avec un florilège de titres majoritairement tirés des deux albums qui suivirent, soit Solid Gold et Songs of the Free.
À la suite du décès du guitariste Andy Gill en 2020 et tout récemment du bassiste Dave Allen, le chanteur Jon King et le batteur Hugo Burnham seront accompagnés du guitariste Ted Leo et de la bassiste Gail Greenwood.
Quelques jours avant le début de ce long dernier adieu, PAN M 360, sous la plume de Patrick Baillargeon, s’est entretenu avec Hugo Burnham, qui a troqué momentanément son rôle de professeur au Endicott College, dans le Massachusetts, pour celui de gardien du tempo. Le difficile retour derrière la batterie, les amis disparus, et bien entendu, la création du désormais mythique Entertainment!, Hugo Burnham, affable, généreux, parfois ému, a fouillé dans ses souvenirs, nous livrant au passage quelques anecdotes inédites.
PAN M 360: Tout d’abord, je voulais te présenter mes sincères condoléances pour le récent décès de ton ami et complice, Dave Allen, le bassiste original de Gang of Four. C’est très triste. Je pense qu’il serait intéressant de parler un peu de lui, si tu le souhaites. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Hugo Burnham: Lorsque Jon (King, voix), Andrew (Gill, guitare) et moi-même avons créé le groupe, nous avions un bassiste appelé Dave Wolfson, qui était vraiment un jazzman. Mais il était dans le milieu, il avait des amis communs et tout ça. Nous avons joué deux concerts avec lui en avril et mai 77, ou 76. Je ne me souviens plus de l’année, mais quoi qu’il en soit, l’été est arrivée et Jon et Andrew sont partis à New York. À leur retour, nous avons réalisé que Dave Wolfson ne nous convenait pas vraiment. J’ai donc affiché un flyer dans le bar de l’université disant : « cherche un bassiste R-I-V-V-U-M and blues ». C’était une sorte de code. Rien à voir avec ce que l’on appelle aujourd’hui le rhythm and blues, qui est essentiellement de la musique urbaine. Mais cela signifiait Dr. Feelgood, du pub rock, les Coasters, tout ce qui est de cette nature.
Dave venait de quitter le Nord-Ouest pour s’installer à Leeds, littéralement à la recherche d’un groupe. Il avait passé des années dans des groupes de reprises et de jazz. Il est donc venu nous voir. Cela nous a semblé facile, naturel, dès le début. D’un point de vue social, il s’intégrait bien à nous, mais c’était surtout un vrai musicien, contrairement à nous tous. Lorsque nous avons commencé à répéter et à écrire ensemble, il y avait des « Hé, Dave, tu joues trop de notes », ou « Super quatre notes, maintenant fais en deux ». C’était ce genre de choses, mais nous nous sommes tellement bien entendus. Et chacun d’entre nous a trouvé son rôle. Comme Jon, Andrew et moi étions de jeunes étudiants qui allaient en cours de temps en temps, et que Dave ne l’était pas, il a endossé le rôle de booker. Parce que nous n’avions pas de manager, pas d’agent, nous étions des idiots qui faisaient n’importe quoi. Et en plus chez lui, il y avait un téléphone, ce qui n’était pas la norme. Je veux dire, essaie d’expliquer cela aux gens de nos jours… C’est ce qu’il faisait, entre autres choses. La transition s’est faite très facilement vers un partenariat non seulement créatif, mais aussi amical avec Dave.
PAN M 360 : Quelle a été sa contribution à Gang of Four ? Il avait un style de jeu de basse tout à fait unique, et ce son impressionnant qu’il était capable de créer… Hugo Burnham : Au début, nous répétions et écrivions tous ensemble ; nous nous disputions sans cesse, nous nous testions mutuellement, nous nous poussions les uns les autres. Sa contribution était donc celle d’un partenaire à part entière. C’est un peu comme les quatre éléments que sont la terre, le vent, le feu et l’eau, ils sont complètement différents, mais ils se fondent ensemble pour créer cette planète sur laquelle nous vivons. C’est un peu exagéré, mais tu vois ce que je veux dire. Quatre éléments totalement différents qui ont travaillé ensemble pour créer quelque chose de féroce et de merveilleux. C’est ce que nous voulions faire et c’est ce que nous avons fait.
PAN M 360 : Était-il question qu’il participe à cette tournée, ou était-il trop malade ? Hugo Burnham : Nous savions que Dave n’était pas très bien depuis quelques années. En 2020, avant que la Covid ne mette le monde à l’envers, et quand Andrew est mort (de la Covid), nous avions espéré faire une vraie réunion, et cette réunion impliquait Dave. Mais une fois que nous sommes sortis de là et que nous sommes arrivés à la fin de l’année 2021, il est devenu clair que Dave n’était pas vraiment en mesure de venir jouer avec nous. C’est alors que nous avons retrouvé Sara Lee, notre Sara Lee, qui avait également pris sa retraite après une carrière époustouflante avec tant de gens brillants, que ce soit les B-52 ou Ryuichi Sakamoto. Sara Lee est vraiment une superstar. Mais Sara a de nouveau pris sa retraite l’année dernière.
Nous avons maintenant Gail Greenwood, de Belly et de L7, qui apporte une toute autre ambiance et rafraîchit vraiment les choses, et qui donne un coup de fouet. Je dois dire que j’ai eu une chance extraordinaire, en tant que batteur, de jouer avec ces bassistes. Je ne pense pas être un batteur brillant, mais je le suis devenu en jouant avec Dave. Nous formions quelque chose, nous nous comprenions, nous travaillions si bien ensemble, et c’était terrifiant quand il a quitté le groupe (en 1981, pour former Shriekback avec l’ancien XTC Barry Andrews). Je ne savais pas ce que j’allais faire, mais Sara est arrivée, c’était génial. Bien qu’avant Sara, pendant quelques semaines après le départ de Dave, nous avions Busta « Cherry » Jones, qui avait joué avec Talking Heads, Eno, Chris Spedding, Sharks, Parliament et bien d’autres (dont Pagliaro !). Il nous a rejoints pour terminer une tournée et c’était extraordinaire. Il était brillant, fou… encore un qui s’intégrait parfaitement à l’équipe. Pas seulement sur le plan musical, mais aussi sur le plan social et tout le reste. Mais en fin de compte, cela n’a pas fonctionné. Il vivait à New York, il avait d’autres choses à faire, alors Sara est arrivée.
Après mon départ (1983), Jon et Andrew ont continué avec d’autres personnes, puis nous nous sommes tous retrouvés brièvement de 2005 à 2006, et en 2012, Andrew a continué avec trois jeunes musiciens. Donc c’est une grande joie que de se retrouver pour une dernière tournée, mais cela aurait été merveilleux si Dave avait pu se joindre à nous… Lorsque nous avons joué au Cruel World Festival en Californie en 2023, nous avons également fait quelques concerts à San Francisco. Tout le monde est ensuite rentré chez soi, mais Jon et moi avons pris l’avion jusqu’à Portland pour aller passer une journée avec Dave et sa famille. Tout le monde savait qu’il n’allait pas très bien, mais il était en pleine forme ce jour-là et nous avons passé un agréable moment ensemble. C’était vraiment bien. Il nous manque terriblement. C’est vraiment… (étouffe un sanglot)… Même si nous savions qu’il n’allait probablement pas durer très longtemps, c’est toujours un coup de poing dans le cœur.
PAN M 360 : Tu mentionnais Andy Gill, dont la disparition en 2020 est également très triste. Lui aussi avait un son tout à fait unique. Avez-vous eu du mal à lui trouver un remplaçant ? Hugo Burnham : C’était vraiment un dilemme pour nous. Comment remplacer un son, une ambiance et une attitude comme celles d’Andy ? Beaucoup de gens ont dit, oh, vous savez, n’importe qui ayant déjà joué de la guitare pour les Red Hot Chili Peppers ferait l’affaire, ce genre de choses. Un de mes amis m’a suggéré David Pajo (Slint). Ne connaissant rien de l’histoire de David, j’ai commencé à enquêter sur Slint et sur tout ce que David avait fait. Je me suis rendu compte qu’il avait l’air d’être quelqu’un de brillant. Je l’ai donc contacté et lui ai demandé s’il était intéressé. Nous ne voulions pas de quelqu’un qui se contente de copier tout ce qu’Andy avait fait… Nous avons passé de bons moments avec David. Et puis, à la fin de l’année dernière, il a voulu se concentrer sur d’autres choses. Je pense qu’il avait vraiment besoin d’un peu de stabilité. Nous avons donc maintenant Ted Leo, qui est… je veux dire, les gens devraient connaître Ted, il existe depuis 100 ans. Il est arrivé sur la scène hardcore de New York et D.C. il y a des années. Il est plus jeune que nous. Mais tout le monde l’est, sauf Bill Wyman (rires).
PAN M 360 : Pour cette tournée spéciale, allez-vous vous concentrer uniquement sur Entertainment! ?
Hugo Burnham: Cette fois-ci, nous focalisons vraiment sur Entertainment!. Nous sommes donc quatre sur scène et nous faisons deux sets. Nous voulions vraiment que ce soit comme, et je sais que ça peut paraître loufoque, « une soirée avec les Gang of Four ». En d’autres termes, dès que tu mettras les pieds dans la salle, les chansons que tu entendras avant le spectacle seront celles que nous aurons choisies. Les visuels seront ceux que nous aurons choisis. Nous jouerons Entertainment! morceau par morceau, jusqu’au bout, pour honorer le 45e anniversaire de sa parution au Royaume-Uni. C’était en 1979 en Amérique du Nord et partout ailleurs, mais au Royaume-Uni, c’était au début de l’année 1980, cela fait donc 45 ans. Et il est intéressant de noter que pour ce show à Montréal, cela fera presque exactement 45 ans que nous y avons joué pour la première fois, c’était le 9 mai 1980, au Broadway Live!
PAN M 360 : Et pour le deuxième set ?
Hugo Burnham : Après le set Entertainment!, nous ferons une petite pause et nous reviendrons pour faire ce que nous appelons un best of the rest. Nous jouerons des chansons d’autres albums, principalement de Solid Gold et Songs of the Free. C’est beaucoup de travail pour une bande de vieux, deux sets entiers. Il n’y a pas de première partie, tout le monde doit arriver assez vite après l’ouverture des portes, parce que ce n’est plus comme à l’époque où nous montions sur scène à 23 heures (rires). J’ajouterais que des exemplaires des récentes mémoires de Jon, To Hell with Poverty! seront disponibles sur place et que Jon procèdera à une séance de signature après le concert.
PAN M 360 : Il n’y a donc pas de nouvelles chansons dans ce spectacle ? Hugo Burnham : Aucune nouvelle chanson. Toutes les chansons que nous allons jouer proviennent des deux, voire des trois premiers albums et nous jouons une chanson, intitulée I Parade Myself, dont je ne suis pas sûr qu’elle ait été enregistrée sur un album, peut-être sur Content, je ne m’en souviens pas. C’était l’une des chansons des années Jon et Andy, un morceau fantastique. Pour certaines des chansons d’Entertainment!, il y en a que nous n’avons pas jouées depuis 1980. Comme pour Guns Before Butter, quand j’ai commencé à réécouter ce morceau pour me rappeler comment le jouer, j’ai pleuré. Je me suis dit que j’étais trop vieux pour ça. Ou Contract… c’est une chanson très difficile et rapide. Quand on a 23 ans, qu’on est plein de fougue, on peut faire ce genre de choses. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous les avons donc quelque peu adaptées.
PAN M 360 : Jouer l’intégralité d’Entertainment! en ces temps étranges semble tout à fait approprié. Mais à l’époque de la création de l’album, quelles étaient vos sources d’inspiration, tant au niveau des paroles que de la musique ? Hugo Burnham : Feelgood, Free, Jimi Hendrix, Parliament Funkadelic, Can, Hawkwind… Nous partagions de grandes passions musicales. Et comme tout groupe d’artistes, lorsque vous vous réunissez, vous travaillez à partir de ces éléments communs. Il est possible de dire quelles chansons ont été écrites parce que j’essayais de jouer comme Simon Kirk dans Free, ou parce que j’étais influencé par le reggae. Damaged Goods est très influencée par le reggae et le ska, avec lesquels nous avons tous grandi en Angleterre, bien sûr. Cela faisait partie d’un tout. Il n’y avait pas de stations de radio noires d’un côté et de stations pop de l’autre. Il n’y avait qu’une seule et même chose. Cela faisait donc partie de notre ADN. Et puis, en tâtonnant, on commence à trouver son propre son. Et je pense que du point de vue des paroles, on évitait de tomber dans l’évidence, de chanter sur les voitures et les filles, de se saouler et de mal se comporter… Il y avait quelque chose de plus subtil dans nos paroles, nous étions très attentifs à la façon dont les gens interagissaient entre eux, et avec les choses qui les entouraient, sur le plan émotionnel, social et politique. Tout est politique, non ?
PAN M 360 : Et comment cet album a-t-il été créé ? Hugo Burnham : Eh bien, nous avons joué pendant au moins 18 mois, deux ans peut-être, en développant et en construisant les chansons. Et nous avions eu beaucoup de succès avec notre premier EP/single indépendant, Damaged Goods, qui contenait Armalite Rifle et Love Like Anthrax. Et cela nous a soudainement permis d’attirer l’attention de la presse musicale. Je veux dire que nous avons apprécié le fait que soudainement, après avoir été ignorés pendant un certain temps par l’ensemble de l’industrie, tout le monde voulait que nous fassions un disque. C’est ce qui se passait à l’époque. Il y avait pas mal de labels qui espéraient nous signer. Ils avaient l’impression d’être passés à côté des Clash. Ils ont donc opté pour quelque chose de similaire, même si nous n’étions pas aussi bien habillés qu’eux (rires). Et pour être honnête, nous avons refusé beaucoup d’argent de la part d’autres grands labels pour signer avec EMI. Parce qu’au lieu d’avances énormes, nous avons obtenu des taux de redevance nettement plus avantageux. Pour l’époque, nous avions un contrôle créatif total. Tant que le label était techniquement capable d’enregistrer un disque à partir de ce que nous avions fourni lors de nos sessions d’enregistrement. Ils ne pouvaient pas le refuser sous prétexte qu’il ne sonnait pas juste ou qu’il n’était pas assez commercial.
Au fil des ans, nous avons commis des erreurs qui nous ont éloignés du label. Je veux dire, la fameuse histoire de notre refus de jouer à Top of the Pops… qui a vraiment paralysé notre progression (le groupe a quitté l’émission lorsque la BBC leur a demandé de chanter « rubbish » à la place de « rubbers », car le texte original était considéré comme trop risqué). Cette émission permettait d’accéder à un public plus vaste. Tout le pays regardait Top of the Pops. Ce fut donc décevant. Quoi qu’il en soit, nous avons réalisé Entertainment! dans un studio du Sud de Londres appelé The Workhouse, où Ian Dury et les Blockheads avaient enregistré New Boots and Panties, un album que nous adorions. Et nous aimions le fait que ce n’était pas un grand studio du West End ou du centre de Londres. C’était un peu en retrait, mais assez groovy. Et c’était le studio de Manfred Mann. Ce n’était pas la session la plus facile à réaliser par contre. J’ai trouvé cela très difficile. J’ai beaucoup souffert de ce que j’appelle la fièvre de la lumière rouge. Parce que la façon dont nous faisions les chansons était la suivante : nous commencions avec Dave et moi, Andrew se contentant de jouer pour nous aider à poser la basse et la batterie. Et la façon dont le studio était conçu, la salle de contrôle était à l’étage et les gens dans la cabine regardaient en bas à travers la vitre. C’était vraiment oppressant, et je n’étais pas très confiant. C’était tout le temps : « Non ! Refais-le, refais-le ! ». Et l’ingénieur n’était pas assez intelligent pour nous laisser continuer. Si on faisait une erreur, il s’arrêtait. C’était vraiment un peu déstabilisant. C’était aussi assez difficile avec l’ingénieur parce qu’il ne comprenait pas ce que nous essayions de faire. Il s’agissait de faire un disque qui sonnait comme nous l’entendions. Il ne s’agissait pas d’une série de traitements, tu sais, avec de la réverbération et tout le reste. Nous voulions un son sec, sans artifice. Et c’était un anathème pour lui. Ce n’était donc pas facile, mais nous aimions ce que nous avions fait… Dans les semaines qui ont précédé l’enregistrement, nous sommes allés nous isoler dans une ferme au milieu du Pays de Galles, où nous avons répété toute la journée et écrit ces chansons. Je pense que Not Great Men est née de cette session, et c’est l’une des chansons les plus brillantes et durables que nous ayons jamais écrites.
PAN M 360 : Et comment est née la chanson Love Like Anthrax ? Parce qu’elle était tout à fait unique avec sa guitare maniaque et ses paroles superposées.
Hugo Burnham : Nous voulions faire quelque chose qui saute aux oreilles des gens, quelque chose de maladroit, d’étrange et d’extrême. Et il y avait ce truc à la Godard, tu vois? Un écran ici, un écran là. Il y a donc Jon qui chante et Andrew qui marmonne quelque chose de l’autre côté, à contre-courant. Il y a donc deux choses qui se passent en même temps. Et puis, bien sûr, le clin d’œil à Jimi Hendrix dans le feedback extrême. Les gens ont été stupéfaits, soit ils ont détesté, soit ils ont dit « wow » ! Et c’était génial parce que ce n’était jamais tout à fait la même chose chaque fois que nous la jouions en concert, et elle fait toujours autant délirer les gens aujourd’hui. Comme je l’ai dit, nous voulions faire des choses qui n’étaient pas prévisibles et, en même temps, qui étaient intéressantes pour nous. Je veux dire que c’était amusant quand nous avons commencé, en faisant des chansons punk idiotes, ou quand nous jouions une chanson des Ramones et d’autres reprises, c’était amusant. Mais ensuite, nous voulions faire quelque chose qui nous mette au défi les uns les autres, ainsi que notre public.
PAN M 360 : Au fil des ans, Entertainment! a gagné un peu en popularité, mais surtout en respect.
Hugo Burnham : Oui. Comme nous l’avons dit par le passé, nous étions en quelque sorte la version du Velvet Underground de notre génération ; tous ceux qui nous ont vus ou entendus ont monté un groupe et ont eu du succès (Nirvana, Red Hot Chili Peppers, Franz Ferdinand…), mais nous n’avons jamais vendu de disques. Tu sais, pour tous ceux qui ont dit « Oh mon Dieu, sans Gang of Four, nous n’aurions jamais existé », ou « Oh mon Dieu, ils ont été si influents », si on avait un dollar pour tous ceux qui ont dit ça… Les chansons que nous écrivions et les paroles que Jon créait à la fin des années 70 sont toujours aussi pertinentes. C’est comme si on était toujours d’actualité, encore plus aujourd’hui, je dirais… Et je pense que c’est en grande partie pour cela que nous touchons une corde sensible chez beaucoup de jeunes. Depuis que nous nous sommes réunis en 2022, 30% à 40 % de notre public a moins de 30 ans, ce qui est encourageant. Et il ne s’agit pas seulement de vieux bedonnants comme moi qui amènent leurs enfants adolescents au concert. Les gens… Ils l’entendent, ils y réagissent, ils viennent nous voir. C’est génial, je suis content que notre public ne soit pas uniquement composé de sexagénaires comme nous. Venez donc voir si nous pouvons jouer deux sets entiers sans nous évanouir !
Gang of Four – The Long Goodbye
22 avril 2025 Théâtre Beanfield – 2490 Notre-Dame St W, Montreal Quebec H3J 1N5
Le Centre des Musiciens du Monde (CMM) de Montréal et Traquen’art présenteront un concert de chant diphonique mongol le jeudi 24 avril 2025. Au-delà de ce concert, c’est une semaine de tournée et d’activités qui occupera le duo formé de Nasanjargal Ganbold, Mongol basé en Allemagne et promoteur de cette culture ancestrale en Europe, et Johanni Curtet, Français et rare occidental à maîtriser la technique authentique du khöömii (prononcé avec un H expiré, ‘’Hhhoomii’’). Cette technique est la raison derrière les sons épatants, fascinants, qui sortent de la bouche des artistes vocaux mongols (et désormais quelques occidentaux) et que l’on associe spontanément à l’univers culturel de la Mongolie, avec Gengis Khan, les courses de chevaux, le ciel bleu presque infini, les vastes steppes et les yourtes blanches.
Ganbold et Curtet passeront la semaine dans l’est du Canada, en donnant, en plus de la prestation de jeudi au CMM, un concert à Québec (avec l’ensemble Oktoecho), un autre à Toronto, au Small World Music Center, puis un atelier d’introduction à cette technique à la Maison de la culture Ahuntsic, le dimanche 27 avril. L’atelier sera une occasion en or pour tous ceux et celles qui souhaitent oser se frotter à cet art unique et complexe. Parions que certains growlers de métal pourraient s’y présenter et avoir même une certaine facilité à l’acquérir! L’invitation est lancée à ceux qui se reconnaissent!
Démonstration de khöömii par Johanni Curtet :
Johanni Curtet
Dans l’entrevue que j’ai réalisée avec Johanni Curtet, nous avons exploré plusieurs aspects du khöömii, ainsi que ce qui a amené ce jeune Français d’abord allumé par le Grunge de la fin des années 1990 à se passionner pour des techniques de contrôle musculaire guttural dont l’origine est perdue dans le tempes et sujette à plusieurs hypothèses anthropologiques.
Curtet voulait d’abord faire de la musique, ce à quoi son père musicien a répondu par des cours de guitare classique. Mais quand il a voulu chanter, on lui a fait comprendre que ça n’allait pas, car il le faisait mal (et très faux). Un jour, il voit à la télé un ethnomusicologue, Trân Quang Hai, parler de la technique du khöömii (qui veut dire simplement ‘’pharynx’’). Il est jeune, il est impressionné par ces sons, mais ne retient pas le nom du savant. Pendant des années, il s’essaie par lui-même à répéter ces sonorités. C’était probablement très loin de la vraie chose, mais ça l’habite continuellement, en parallèle de ses études instrumentales au Conservatoire. Au cours de cette formation, il apprend les rudiments des voix du monde, et voilà que se présentent les chants de gorge Inuit et le fameux khöömii! Il peut désormais mettre des mots sur ces sons qui le fascinent tant depuis longtemps. Il bifurque alors vers l’ethnomusicologie pour finalement réaliser sa Maîtrise avec… Trân Quang Hai.
De bourses d’études en voyages d’initiations, il perfectionne ses connaissances et surtout sa maîtrise de ce genre musical avec des professeurs parmi les meilleurs en Mongolie. Et puis il crée des projets de groupes musicaux, il initie des collaborations, il fonde une ONG franco-mongole (Routes nomades) et commence à partager son amour et ses connaissances du khöömii à travers le monde, dont maintenant au Canada avec cette courte tournée.
La rencontre avec Gambold s’est faite en 2019 en Allemagne, mais le duo que l’on entendra cette semaine n’existe que depuis la fin 2024, créé pour le festival Ethnosoi de Helsinki!
On lui demande souvent si ça fait mal à la gorge, ce genre de pratique. ‘’Le corps s’habitue à l’instrument. Comme pour n’importe quelle nouvelle technique, il y a un passage plus difficile au début, où il faut résister à la tentation de quitter. Moi, quand j’ai commencé la guitare, j’avais mal aux doigts, et j’ai eu envie d’abandonner. Mais quand j’ai compris que la corne qui se formait au bout de mes doigts me permettrait de mieux jouer et de pouvoir mieux projeter le son, l’esprit s’en est accommodé et le corps s’est habitué. C’est vrai qu’il peut y avoir un picotement dans la gorge dans les premiers moments d’apprentissage, mais quand on apprend les bons gestes et la bonne méthode, ça n’a aucune incidence négative.’’
De toute façon, si ça faisait mal, les Mongols ne pratiqueraient pas cet art depuis tout ce temps et en si grand nombre. Mais pourquoi le font-ils d’ailleurs?
‘’Il existe plusieurs hypothèses, dont celle de l’utilisation chamanique.’’ C’est vrai qu’en s’imaginant dans un temps reculé, dans les steppes sauvages, dans un clan nomade imprégné d’un univers imaginaires puissant, un rituel chamanique dans lequel un homme en transe se met à résonner vocalement de cette manière, ça devait être très impressionnant. Cela dit, avec le temps, c’est devenu, selon Curtet, un passe-temps pour les bergers. Mais attention! Pas comme si on sifflotait en allant au marché. Dans le cadre du nomadisme mongol, il s’agit plutôt d’une communion avec la nature et avec la nature même de l’Univers dans lequel ce peuple évolue. Une nature très verticale, avec un lien très fort entre le sous-terrain, la terre visible, et le ciel infini (puis l’au-delà). Faire résonner ces sons multiples, basés sur un bourdon de base créé par le resserrement des muscles de la gorge, puis filtrés à travers diverses positions buccales avec les lèvres et la langue, c’est littéralement se connecter, telluriquement, vibratoirement, magnétiquement et spirituellement avec l’Univers.
Cela dit, le chamanisme inhérent aux premières études musicologiques sur le khöömii ont mené à une récupération occidentale à travers le mouvement New Age, qui en a fait une source de transcendance yogique et méditative, mais en édulcorant la technique elle-même. Si bien que, ironiquement, on trouve probablement plus d’Occidentaux pratiquant cette technique ‘’facilitée’’, que de Mongols pratiquant la technique authentique, plus complexe et difficile. En fin de compte, Johanni Curtet demeure l’un des seuls à le faire pour vrai. C’est pourquoi il a commencé à enseigner un cursus de khöömii authentique au l’Institut international des musiques du monde d’Aubagne depuis environ 5 ans.
L’équivalent montréalais (le CMM) est peut-être le seul de son genre en Amérique, et c’est pourquoi la Métropole est si privilégiée et peut avoir accès à tant de concerts et d’ateliers sur les plus savantes et fascinantes traditions artistiques musicales du monde entier. Et même désormais en faire profiter d’autres villes autour, comme Québec et Toronto. Une artiste mongole s’est d’ailleurs installée ici il y a quelque temps, et dont je vous ai déjà parlé, Uurintuya Khalivan, qui joue le morin khuur, la vièle à tête de cheval.
Curtet est passionné et tout à fait passionnant dans son étalage de connaissance sur le sujet. Un étalage simple et convivial, dont j’ai personnellement profité pendant cette entrevue d’une heure qui aurait pu durer bien au-delà et dont j’omets ici de large partie tellement l’homme est intarissable et l’espace me manque. Je ne saurais trop vous recommander de mettre sa visite (et celle de son compagnon de route) à votre agenda le plus urgemment possible. Il ne faut pas rater une occasion pareille de découverte et d’enrichissement lorsqu’elle se présente.
Tout a commencé avec une levée de fonds pour leur grand-mère. En effet, les frères MARZOS ne savaient pas que cela lancerait leur carrière artistique, malgré une pause forcée par la pandémie. Mais cela ne les a pas empêché de relancer la machine en 2024, en approchant MATEO pour un projet autour du géant Héctor Lavoe. And the rest is history, comme on dit! Depuis lors, MATEO et MARZOS se sont mis de nouveau ensemble dans cette aventure des Syli d’Or, un pari réussi puisqu’ils sont arrivés en finale. Notre journaliste Sandra Gasana s’est entretenue avec les frères MARZOS et MATEO à quelques jours de la finale qui se tiendra au Théâtre Fairmount le vendredi 25 avril.
Crédit photo: André Rival
Après une récente entrevue avec un artiste de l’Ile Maurice, Yannick Nanette, du groupe The TWO, c’est au tour de l’Ile de la Réunion d’être à l’honneur cette fois-ci, à travers le groupe Kozé, finaliste de la 18ème édition des Syli d’Or. Durant mon entrevue avec l’un des membres fondateurs, nous avons parlé bien évidemment du Maloya et des différents instruments joués par les membres du groupe, mais également de leurs projets futurs et de leur rapport à leur terre natale. L’esprit de groupe est important pour Kozé qui donne l’espace à chacun des membres decontribuer selon ses forces. Notre journaliste Sandra Gasana a pu recueillir les propos de David Lynam pour PANM360 à quelques jours de la finale qui aura lieu le vendredi 25 avril au Théâtre Fairmount.
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L’album Apostrophe et l’enregistrement public Roxy & Elsewhere, parmi les joyaux de Frank Zappa, ont été rendus publics en 1974, d’où les célébrations sur scène de leur cinquantenaire par fiston Dweezil et son excellent groupe constitué exclusivement de virtuoses issus de la génération suivante à celle de l’illustre et génial paternel. Et on fait durer le plaisir en 2025! Des escales à Montréal et à Québec, fin avril, justifient sans conteste cette interview réalisée par Réjean Beaucage, certes le plus fervent zappophile de la communauté d’experts regroupés au sein de PAN M 360.
Voici d’abord le préambule à l’interview vidéo ci-dessous.
Après une trentaine de concerts à l’automne 2024 et encore une quinzaine en janvier, Dweezil Zappa reprend la route en avril pour présenter une vingtaine de dates de la tournée Rox(postroph)y, dont cellesThéâtre Maisonneuve et du Palais Montcalm.
Les dates de janvier, surtout dans l’est des États-Unis, ont donné une nouvelle couleur au programme préparé pour la tournée. « Il y a sans doute plus d’humour que jamais, parce que nous avons quitté la ville quand tout était en feu, et on ne savait pas du tout si les membres du groupe auraient des problèmes avec leur maison… Tout semblait irréel, et l’humour est devenu un antidote naturel pour évacuer le stress. »
Le groupe qui l’accompagne cette fois-ci est le plus petit qu’il a formé depuis le début de l’aventure Zappa Plays Zappa en 2006. On y trouve Scheila Gonzalez, qui est dans le groupe depuis le tout début (sax, flûte, claviers, voix, etc.), Kurt Morgan (basse), Ryan Brown (batterie), Bobby Victor (claviers) et Zach Tabori (guitare, batterie, voix). Ce dernier a une histoire assez surprenante :
« En effet, explique Dweezil, il a découvert la musique de mon père en voyant mon groupe jouer Punky’s Whips sur Youtube alors qu’il n’avait que 12 ans ! Quand j’ai lancé ce projet, en 2006, le but était de toucher une nouvelle génération de musiciens qui pourraient être inspirés par cette musique et peut-être la jouer un jour. Zach est certainement dans cette catégorie et il est maintenant dans le groupe. » L’histoire ressemble à celle de nombre de musiciens qui ont pu jouer dans l’une ou l’autre des formations de Frank Zappa, comme Steve Vai ou Ike Willis.
« C’est vrai, commente Dweezil, mais c’est quand même spécial parce que ce n’est pas la musique originale de Frank qui l’a inspirée, mais plutôt ma version de cette musique. Par la suite, bien sûr, il a découvert le corpus original. Punky’s Whips est certainement l’un des moments forts de notre spectacle. »
La tournée Rox(postroph)y célèbre la sortie, en 1974, de deux albums de Frank Zappa parmi ses plus populaires : Apostrophe (‘) et Roxy & Elswhere, mais le programme ne se limite pas aux 19 pièces que l’on trouve sur ces derniers, comme le montrent bien les listes que l’on peut consulter. Outre les reprises amusantes, comme Frank aimait souvent en placer dans ses propres concerts (on note par exemple Gary Newman ou Bon Jovi, et même quelques notes de Led Zeppelin, entre autres), Dweezil nous présente aussi une Lost Zappa Song , retrouvée dans la mémoire de son oncle Midget, qui l’a apprise du compositeur en 1971, à l’époque où il était cloué à un fauteuil roulant après avoir été jeté dans la fosse d’orchestre par un spectateur débile au Rainbow, à Londres.
« Mon père ne l’a jamais enregistrée, mais mon oncle s’en souvenait et il a pu me l’apprendre. Comme à l’époque mon père travaillait sur la musique des Waka/Jawaka (1972) et The Grand Wazoo (1972), j’ai décidé d’en faire un arrangement dans ce style. Je vais jouer cet arrangement avec le Metropole Orkest lors d’une soirée consacrée à ma musique et à celle de mon père, le 1er juin prochain [au Muziekgebouw d’Eindhoven], aux Pays-Bas. On ne peut pas jouer cet arrangement à six, bien sûr, mais on travaille toujours sur la pièce et je pense qu’on aura quelque chose de solide lorsque la présentera à Montréal et à Québec. »
Souhaitons que les partitions préparées pour le concert du Metropole Orkest puissent trouver un jour leur chemin jusque chez nous!
Tout le monde a entendu parler de la bisbille qui a éclaté au sein des enfants Zappa suite au décès de leur mère Gail en 2015 et, en particulier, des problèmes juridiques que le petit frère Ahmet faisaient peser sur Dweezil, cherchant même apparemment à l’empêcher d’utiliser le nom Zappa ! Mais il avait accès à l’époque à du matériel ayant appartenu à Frank ; qu’en est-il aujourd’hui?
« J’avais un accès relativement limité à l’équipement à l’époque, et maintenant j’ai encore quelques guitares. Durant cette tournée, j’utilise la « Roxy SG », la même qu’il utilisait aussi sur Apostrophe (‘), et aussi la Les Paul qu’il a utilisé sur Shut Up’n Play Yer Guitar. Pour le reste, j’ai découvert des façons de recréer ses sonorités sans avoir à recourir à l’équipement original. Il s’est aussi fait faire sur mesure une guitare signature qui semble très performante, un modèle Lynx de chez Shabat Guitars.
Au sein de la famille, les tensions se sont peut-être un peu dissipées depuis que le catalogue de Frank, incluant les enregistrements inédits que recèlent encore ses célèbres voûtes, a été vendu à Universal Music Group, qui fait même la publicité des concerts de Dweezil dans une infolettre dédiée à l’actualité zappaïenne.
« Ça se limite pas mal à ça, précise Dweezil. Ce serait certainement positif la relation avec Universal se développait, mais pour le moment ce n’est pas le cas. »
Dweezil pense peut-être à célébrer les cinquantenaires d’autres albums de Frank (Zoot Allures en 2026 ? In New York en 2028 ?), mais il veut mesurer l’appétit du public pour le projet avec lequel il tourne actuellement, et sans doute travailler un peu sur des projets personnels. On l’a effleuré plus tôt, Dweezil fait aussi à l’occasion sa propre musique, ce qui inclut, par exemple, la pièce What the Hell Was I Thinking?, sur laquelle il a commencé à travailler en 1989 ! Une espèce d’opus maximus d’une durée de 75 minutes sur laquelle plus d’une quarantaine de grands guitaristes ont enregistré des solos jusqu’à maintenant! Au fil du temps, il a eu des problèmes avec l’évolution de la technologie, mais la pièce est en développement.
« J’espère pouvoir la terminer pour la fin de cette année et ce sera en version Dolby Atmos, pour une écoute immersive. »
JACO arrive peut-être tard dans le décor mais ce Plan F, un titre sciemment autodérisoire pour ses 38 ans, pourrait être l’amorce d’un grand feu d’artifice. Chose certaine, ce flamboyant late bloomer est habité par une volonté ferme de réussir son Plan F. Il maîtrise à l’évidence les codes de la synth-pop et sait écrire de la rime solide, et il le fait dans un québécois de bon aloi que tout francophone sur Terre est capable de kiffer.
Son profil biographique nous indique qu’il a enregistré l’EP Vies et presque mort d’un chérubin en collaboration avec sept musiciens classiques, pour ensuite négocier un virage pop aux accents housy et dance par moments, avec un premier EP homonyme (Jacques Rousseau, en 2014), puis s’inscrit à l’École nationale de la chanson de Granby.
Artiste queer parfaitement assumé, JACO s’annonce comme une créature magnétique, aussi sensuelle que futée, soucieuse de la forme et du fond. Avant de traverser l’Atlantique puisqu’il travaille fort à s’implanter dans le marché français, JACO nous accorde cette généreuse interview menée par Alain Brunet pour PAN M 360.
PAN M 360 : Salut JACO, faisons connaissance! Pourquoi, d’abord, as-tu choisi le pseudo ?
JACO: En fait, JACO c’est un peu un pied de nez au passé pour deux raisons. Mon nom légal est Jacques. Jeune, ma marraine avait utilisé de manière affectueuse le surnom Jaco devant mon père qui était plutôt rigide et l’avait reprise de façon plutôt sévère : son nom c’est Jacques, pas Jaco. Elle avait donc cessé de m’appeler comme ça. Ensuite, à l’école secondaire, j’avais vécu de l’intimidation auprès d’un groupe de jeunes qui s’amusait à chantonner Jaco… Jaco… Perso, j’aime bien ce diminutif. Pour moi, ça évoque quelque chose de plutôt candide et joyeux. À l’âge adulte je me le suis donc réapproprié et c’est devenu mon surnom le plus commun auprès de toustes.
PAN M 360: Comment es-tu venu à la pop? Autodidacte? Éduqué en musique?
JACO: Jeune, j’affectionnais particulièrement ce style. J’écoutais religieusement le 6à6 à CKOI 96,9, ma première peine de cœur était auprès de Nick Carter des Backstreet Boys. On a aussi retrouvé une lettre que j’avais écrite à la «fée du destin» où je lui disais que plus tard je serais un chanteur dance très populaire.
J’ai par contre eu l’élan d’apprivoiser plusieurs autres styles musicaux, avec comme favoris la chanson française, l’opéra, la musique classique plutôt cinématographique (Danny Elfman, Philip Glass)…
J’ai effectué mes études post secondaires en théâtre, mais j’ai rapidement commencé à chanter. J’ai eu un court parcours comme interprète après mes études, mais rapidement j’ai eu besoin d’écrire mes propres textes. J’ai collaboré avec plusieurs musiciens formés pour mettre au monde en collaboration mes premières inspirations de chansons, pendant que moi j’étais autodidacte.
Puis, un jour j’ai saisi que si je voulais vraiment comprendre mes élans créatifs, savoir les communiquer et devenir maître à bord de ma création, je devais faire mes devoirs. C’est ainsi que je suis retourné sur les bancs d’école à l’École nationale de la chanson et juste après, j’ai fait naître mon projet JACO.
PAN M 360: La chanson Moi te définit-elle ou encore s’agit-il d’un personnage virtuel qui se raconte? Le narrateur de la chanson a 33 ans. Et toi?
JACO: Cette chanson, je l’ai écrite à mon pupitre de l’ENC. Elle correspond à un témoignage sincère de l’époque. En cours d’écriture, on nous avait suggéré qu’afin de créer une chanson qui a un certain impact, du sens, il est parfois bon d’oser dévoiler quelque chose d’intime à propos de soi, quelque chose que l’on aimerait, même, garder pour soi. J’ai donc donné la parole à cette part de moi qui, à 33 ans à l’époque, avait besoin de faire sortir cette confession. Me rappeler d’être moi, d’être fidèle à qui je suis, d’être seulement moi (dans le sens que je me suffis à moi-même quand je suis dans mon cœur plutôt que dans mon égo) c’est quelque chose qui est toujours d’actualité et qui me permet de garder le cap qui m’est cher.
PAN M 360 : Pourquoi le titre Plan F a-t-il été retenu pour cet album?
JACO: Encore une fois, le titre est tiré de la chanson MOI. Le plan A est devenu plan B, puis de B c’est passé à C, D, E…F*CK, je vais me rendre jusqu’où dans l’alphabet?
Ce n’était donc pas mon plan de sortir mon 1er album à 38 ans, mais ce PLAN F parle d’un parcours de maturation, de résilience, de persévérance. Aujourd’hui, je suis vraiment reconnaissant de ne pas avoir connu le succès tant espéré auparavant. Je suis content d’avoir mûri, d’avoir guéri des trucs. Maintenant, j’axe davantage ma création au service de quelque chose de plus grand que ma petite personne et je suis tellement mieux avec moi.
PAN M 360 : Comment as-tu gagné ta vie jusqu’à maintenant?
JACO: J’ai été serveur dans les restos pendant plus de 10 ans (le seul boulot que j’arrivais à garder, car c’est en lien avec les gens… et ce n’est pas trop routinier dû à cette multitude de rencontres.) J’ai été prof de méditation. Depuis 2 ans maintenant, mon unique métier est la chanson et j’y suis pleinement investi.
PAN M 360 : Quels sont tes objectifs de carrière? Marché keb franco ou toute la francophonie?
JACO: Mon objectif principal est de partager mon art sur les grandes scènes de la francophonie, avec des scénographies permettant aux gens de rêver grand, de se sentir grands.
PAN M 360 : Quels ont été tes modèles en tant que parolier? Quelle langue vises-tu? Joual international? Mélange de français normatif et de langue locale? On ressent les influences (et citations) d’Europe mais aussi du QC. Comment dessines-tu ta propre identité culturelle?
JACO: Dans mon parcours, Plamondon m’a marqué bien sûr, avec Starmania, puis son travail avec Dufresne. Orelsan m’a beaucoup parlé aussi, dans sa capacité de parler de lui de manière désarmante de sincérité, souvent avec une bonne dose d’autodérision. Il ose dire des choses que l’on garde habituellement pour soi justement, exposer ses travers. Son langage est familier, mais tourné de manière vraiment fine je trouve.
J’ai à cœur de m’assurer de bien me faire comprendre par l’auditoire qui m’écoute. Dans les derniers temps, ma vie oscillait entre la France et le QC donc on y retrouve les 2. Je planifie de passer la majeure partie de ma vie en France dans les prochaines années, donc naturellement je vais sûrement utiliser un langage qui m’assure d’être compris de toustes là-bas, tout en restant le plus naturel avec qui je suis dans l’instant.
Mon identité n’est pas profondément patriotique ou géopolitique, elle s’appuie davantage sur des valeurs universelles.
PAN M 360 : En tant que musicien, qui t’a vraiment marqué ? Quelles sont tes influences les plus récentes?
JACO: Tellement d’inspirations variées : Mitsou, Diane Dufresne, Vigneault, Pauline Julien, Claude Léveillé, Supertramp, Juliette Gréco, The Doors, Pink Floyd, La Callas, Jane Birkin, Thomas Fersen, Joe Dassin, Dalida, Abba, Mylène Farmer, les chorales de chants religieux…
J’ai beaucoup de difficulté à répondre à la question de qui je m’inspire récemment parce que je suis surtout dans une démarche où je fais de mon mieux pour être à l’écoute de ce qui veut vivre de l’intérieur vers l’extérieur, riche de tout ce qui a constitué mon bagage musical. Je m’amuse à combiner mon amour de la pop accrocheuse avec mes influences moins conventionnelles….
Je ne suis pas celui qui arrive en studio avec des refs d’artistes du moment en disant que j’aimerais que mon projet partage certaines sonorités.
PAN M 360 : En tant que producteur/réalisateur?
JACO: Max Martin est à la barre de tellement de hits que je considère comme des joyaux de composition malgré le fait qu’ils soient on ne peut plus mainstream, haha.
PAN M 360 : Que cherches-tu dans une chanson pop? Équilibre entre la musique et les mots? Prééminence de la musique?
JACO: Des verres d’oreille grâce à de riches mélodies, qui progresse, de l’émotion, une rythmique accrocheuse aussi . De la forme et du fond. De l’impact. Je pense que la pop est un véhicule formidable pour rassembler et pour passer des messages.
PAN M 360 : Raconte-nous une séance de travail en studio ayant marqué cet album.
JACO: Plutôt qu’une séance studio en particulier, j’ai l’élan de partager que c’est un album qui s’est fait dans la joie et dans une complicité vraiment heureuse avec le réalisateur Arthur Bourdon-Durocher. Nous avons créé tous les arrangements ensemble et je n’aurais pas pu demander mieux comme alliance. On a ri énormément, il y eu un beau flow dans la création, beaucoup de jeu. Je suis vraiment heureux d’en être rendu dans une collaboration musicale où je me sens compris, capable d’exprimer ce que je désire tout en étant capable de laisser de l’espace de création à l’autre, être ouvert tout en étant connecté à ce qui m’apparaît juste. Le but de tout ça au final, quand j’écoute mes chansons, c’est que mon kid intérieur jubile, haha.
PAN M 360 : Présente-nous ton équipe et tes principaux acolytes en studio.
JACO: Alors, ça a été Arthur tel que mentionné plus haut. Ensuite, il y a eu Pascal Shefteshy (qui a justement était assistant de NK.F sur les albums d’Orelsan, Angèle, Zaho de Sagazan, etc.) Avec lui aussi, super belle connexion humaine, et beaucoup de rire dans un travail méticuleux.
PAN M 360 : On dit que tes shows très dynamiques pourraient même l’emporter sur tes enregistrements. Qu’en penses-tu?
JACO: C’est un sacré défi de réussir à infuser autant d’énergie sur enregistrement que sur scène, lorsque la scène est notre lieu d’expression le plus exalté. Quand je fais mes voix à la maison (j’enregistre plus souvent qu’autrement mes voix en solo dans mon studio maison), je gesticule beaucoup, je mets le son fort dans mes oreilles et je m’imagine que je chante ma chanson à qqun.ne pour recréer ce sentiment de don de soi, d’expression large. D’ailleurs pour la suite des choses pour moi, je veux trouver la manière d’être encore plus brut dans mes enregistrements, pas trop lisse.
PAN M 360 : Qui t’accompagne sur scène?
JACO: Pour mes dernières dates (tournée en France, concert à Paris et lancement à Montréal, j’étais solo. Quand on est seul et qu’il y un aspect performatif dans notre répertoire (danse, une certaine théâtralité) il y a une obligation de constamment être connecté avec le public, dans un dialogue constant, et j’aime cette contrainte. Je trouve qu’elle ramène à l’essentiel de ce qui est important sur scène pour moi, donner au public.
PAN M 360: On m’explique que tu pars en Europe. Mais encore? Tournée? Démarchage professionnel?
JACO: En fait, j’ai passé 8 mois en France dans la dernière année et demie et là, j’ai obtenu mon passeport talent qui me permet de rester sur de longues périodes. À mon dernier passage, j’ai fait un concert solo aux Étoiles à Paris qui a été produit par la boîte TS3 (Thierry Suc, manager de Mylène Farmer et producteur de spectacle associés à plusieurs artistes formidables). Après m’avoir vu sur scène, ils ont confirmé leur volonté de m’aider à me rendre là où je souhaite me rendre (les fameuses grandes scènes). J’entre particulièrement en résonance avec la scène musicale européenne francophone. Des projets électro pop comme le mien là-bas sont très bienvenus et tous les artistes plus actuels dont j’admire le travail se retrouvent là-bas.
PAN M 360 : Que souhaites-tu apporter au paysage sonore keb avec cet album?
JACO: Une bonne dose d’énergie positive, un encouragement à s’assumer pleinement, et si je peux en inspirer certains.nes à ne pas lâcher et à poursuivre leurs rêves, j’en suis ravi.
Formé de Yannick Nanette et Thierry Jaccard, l’un Mauricien, l’autre Suisse, ce duo, qui s’est rencontré par hasard lors d’un jam dans un bar de Suisse, poursuit son aventure même treize ans plus tard sous le nom de scène The TWO. C’est d’ailleurs ce que signifie le nom donné à leur plus récent album Sadela, en créole mauricien. Ce qui ressort d’emblée de ces deux artistes, c’est leur complicité flagrante et leur connexion humaine, sans artifices. Prônant une créolité dans leur version du blues mais également dans leur mode de vie, ils encouragent le métissage des cultures et refusent d’être enfermés dans des tiroirs ou des étiquettes. Puisqu’après tout, vous les trouverez dans plusieurs à la fois : dans le tiroir blues, dans celui du jazz, ou encore de la soul. Citant Edouard Glissant à plusieurs reprises, le binôme s’auto-qualifie de « philosophes du dimanche » et c’est de ces discussions que naissent leurs chansons, principalement écrites par Yannick.
Le duo, qui est ensuite devenu trio, puis quartet avec le temps et selon les circonstances, sera au Club Balattou en formule trio (ou quartet, je vous garde le suspense) ce dimanche 20 avril, à 21h. Notre journaliste Sandra Gasana a pu s’entretenir avec eux avant leur concert à Maskinongé.
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Enfant, il jouait au hockey bottine avec les frères Fred et Nicolas Pellerin, dans ce village de Mauricie devenu mythique pour la synergie créatrice qu’on y observe. Benoît Pinette (Tire le Coyote) et sa compagne Émilie Perreault vivent dans le secteur, sans compter d’autres artistes talentueux tels le pianiste Jérôme Beaulieu, le batteur Kevin Warren, on en passe. Avec ses potes de Saint-Élie-de-Caxton, dont certains sont célèbres comme on le sait, Jeannot Bournival a été au centre de multiples ensembles et projets de studio qui lui ont valu une reconnaissance et un respect à l’échelle québécoise. Multi-instrumentiste, compositeur, improvisateur, réalisateur d’albums, homme à tout faire de la musique versé dans le trad mais aussi le jazz contemporain, le rock, l’americana en général, et plus encore, genre la photo. Il est à se demander si cette façon de phraser et de raconter à la Fred Pellerin ne contient pas des molécules de Jeannot… et vice versa. Chose certaine, Jeannot Bournival est un pilier créatif de Saint-Élie-de-Caxton, ayant travaillé avec tous ses protagonistes. Confiture printemps comète moustache molle, un album illustrant en toute cohérence le monde apparemment éclaté, est le met principal de son nouveau spectacle Western Paillettes qu’il présente au Lion d’Or le vendredi 18 avril. Ce qui justifie cet entretien convivial avec Alain Brunet pour PAN M 360.
Ça y est, la programmation de la saison prochaine à l’OSM est rendue publique. PAN M 360 était sur place lorsque les haut gradés de l’organisation ont dévoilé le contenu d’une programmation méticuleusement concoctée. En voici les principales citations!
Mélanie La Couture, cheffe de la direction de l’OSM : cap sur l’accessibilité
Mélanie : C’est la première saison que j’annonce en tant que chef de la direction, donc je suis particulièrement excitée aujourd’hui. Le mot d’ordre pour la saison qu’on annonce, c’est vraiment l’accessibilité. Moi, je voulais que l’accessibilité soit la plus grande possible aux concerts. On sait qu’on est dans une période difficile, moralement, économiquement, pour toute la population.
Donc, on veut que les gens puissent avoir accès à la musique. Donc, on a réduit les prix de plusieurs de nos billets. Ce qu’on a décidé de faire, c’est que 20 % de tous les billets dans la salle, à chaque concert, seront disponibles à 30 $. Et quand les gens vont acheter quatre billets, ils auront 25 % de rabais sur ce 30 $. Donc, c’est une accessibilité intéressante à tous.
Et pour les jeunes de 35 ans et moins, ce tarif de 30 $ est disponible pour 75 % des sièges dans la salle. Donc, les gens de 35 ans et moins vont pouvoir avoir accès à une grande partie de la salle pour venir participer au concert.
La dernière saison, j’ai commencé à développer des liens entre le public et les musiciens. J’essaie aussi de mettre en valeur les musiciens de façon individuelle. Je veux que les gens reconnaissent un musicien qu’ils croisent « Ah, ça c’est André, ça c’est Sébastien ». Je veux que les gens établissent aussi des liens avec les musiciens.
Donc, de plus en plus, vous allez voir ça. Vous le voyez dans la vidéo qu’on a faite, vous allez le voir aussi pendant la saison. Et dans la brochure. Les pages centrales de notre brochure, d’ailleurs, c’est la photo de tous les musiciens avec leurs noms pour que les gens puissent associer des noms aux visages qu’ils voient.
Rafael Payare, chef principal et directeur musical de l’OSM, et Marianne Perron, Directrice principale, Secteur artistique de l’OSM et : plus de deux ans de préparation
Marianne : Ça nous fait très très plaisir d’être avec vous aujourd’hui. Vous savez, concevoir, réaliser une une saison, c’est un travail de deux ans. Alors ce n’est pas sans fébrilité, mais surtout avec grand plaisir nous vous partageons ce qu’on a essayé de concocter pendant tous ces mois. Alors Rafael, quels sont les éléments que vous aviez en tête quand vous avez travaillé avec l’équipe à la construction de la saison?
Rafael : Je suis vraiment content de partager notre prochaine saison. Je dirais même que c’est plus de deux ans de préparation. On suit un chemin avec de petits détours ici et là. Comme toujours, on va commencer avec le concert d’ouverture, la Damnation de Faust, donc un concert dédié à Berlioz en version concert avec les solistes. Nous continuerons notre chemin avec Chostakovitch (7e symphonie Leningrad ) et Mahler(5e et 9e symphonies). Il y aura d’autres symphonies de Chostakovitch qu’on mettra plus tard au programme, on en parlera un autre moment.
Sur le programme d’immersion orchestrale
Marianne : Et d’ailleurs on aura notre programme d’immersion orchestrale. On a une quinzaine d’étudiants des meilleures écoles de Montréal qui viennent passer la semaine avec nous, qui se joignent aux musiciens de l’OSM, donc c’est vraiment une formation.
Rafael : Oui, et c’est bien, parce que c’est un programme qui a tellement d’importance pour les musiciens qui vont y venir. C’est très intensif et je suis vraiment content de poursuivre avec ce programme.
Sur les programmes que retient Rafael
Rafael : Aussi, on fera Les noces de Figaro et on continuera notre apprentissage de Mozart. On pourra voir qu’il y a un parcours avec l’orchestre… notamment sur ce qu’on peut faire avec la dramaturgie des œuvres. On l’a déjà fait avec Mendelssohn, qu’on parlait d’un petit mélange de théâtre, un effet de dramaturgie, d’éclairages, quelque chose de différent. Et on va finir avec le Wagner (Wagner et la légende de l’anneau) , parce que le son de cet orchestre avec Wagner, c’est incroyable.
Pour continuer notre chemin, il y a d’autres choses quand même, qu’on va continuer avec des compositeurs comme Richard Strauss avec Ainsi parlait Zarathoustra, et aussi, on peut parler en même temps de nos compositeurs canadiens, les créations mondiales à venir. Moi, je suis vraiment content d’avoir la chance de parcourir des compositions d’ici, dont celles de Denis Gougeon et Samy Moussa.
Il y aura aussi les autres chefs d’orchestre (Kent Nagano, Leonard Slatkin, Lucie Leguay, Jacques Lacombe, Anja Bihlmaier, Barbara Hannigan, Simone Young, Elim Chan, etc.) . Et je suis vraiment content parce que pour moi, c’est vraiment important de connaître et entendre les voix de notre temps. Petit à petit, je me plonge un petit peu plus dans les différentes voix canadiennes, québécoises et montréalaises pour savoir quelles sont les voix de l’heure à présenter.
Marianne : D’ailleurs, depuis vos débuts à l’OSM, Rafael, vous avez toujours fait une grande place aux familles musicales québécoise et canadienne, et vous avez incité des chefs invités à intégrer à leurs programmes des œuvres canadiennes, notamment une œuvre de Michael Colgrass dirigée par Leonard Slatkin et de Cassandra Miller avec Elim Chan.
Jimmy Lopez, compositeur péruvien en résidence
Rafael : On peut parler aussi de la nomination de Jimmy Lopez comme compositeur en résidence. Ses œuvres seront dirigées par un autre chef et par moi-même dans un programme incluant aussi une œuvre de Billy Childs pour saxophone et orchestre. On jouera des pièces déjà écrites et on prévoit une composition pour la saison suivante. Cette résidence se fait en partenariat avec l’Orchestre de San Diego.
Je suis vraiment, vraiment, vraiment content que Jimmy ait accepté d’être notre compositeur en résidence parce qu’il a une vaste palette, son parcours est très intéressant. Péruvien, il a résidé en Norvège et en Finlande, il vit en Californie. Et il connaît très, très bien la couleur de notre orchestre. Il ajoute beaucoup de couleurs et rythmes orchestraux.
Dans ses mélanges, il y a ce qu’on adore de la musique française, de l’impressionnisme, mais ce n’est qu’une facette, il a une voix très, très, très intéressante. La commande de l’OSM sera consacrée au papillon monarque, dont la boucle migratoire du Canada en Amérique centrale, nécessite six générations.
Et il y a comme le monde que c’est un peu compliqué à ce moment, c’est une belle manière de parler d’un thème comme l’immigration et les mutations des migrants en cours de route. Et c’est une belle manière de le faire et puisque j’adore ce que fait Jimmy.
Marianne : Concernant Jimmy Lopez, effectivement, on a déjà joué de lui une œuvre pour piano et orchestre, et puis, donc, l’année prochaine, l’oeuvre intitulée Aino sera dirigée par Thomas Netopil, et puis l’oeuvre que vous dirigez s’intitule Perù Negro et sera présentée dans un programme assez original qui comprend également Diaspora, concerto pour saxophone et orchestre de Billy Childs, ainsi que la Symphonie no 4 de Mahler.
Et Jimmy Lopez sera présent à Montréal à deux occasions pendant la saison, c’est très agréable de pouvoir échanger et d’avoir accès directement aux compositeurs, de voir un petit peu, ça nous permet de rentrer dans leur univers. C’est une résidence de deux ans, et un peu, c’est l’idée de prendre le temps de connaître quelqu’un, de découvrir son univers, et de pouvoir échanger.
Programmes éclatés et Temps des Fêtes
Marianne : Pour les apéros, on poursuit les concerts éclatés, donc un autre type de format, c’est-à-dire plutôt un petit peu plus tard en soirée, 20h30, un concert d’environ une heure, qui est suivi par une soirée festive, puis qui est vraiment conçue en fonction du programme précédent, donc on aura une soirée comme ça, notamment dirigée par Dina Gilbert, autour de l’Halloween, et puis Raphaël dirigera également ses concerts, de même que Barbara Hannigan. Donc, on est toujours dans le répertoire, on est également dans l’exploration, mais justement, c’est une façon de vivre la musique un peu différemment dans nos salles. Les concerts sont bien appréciés, on l’a vécu récemment, justement, avec Fantasia. Alors on poursuit aussi l’année prochaine, je dirais, une série de musiques de films et de jeux vidéo, avec ou sans projection, donc dans ce sens, on va célébrer les 25 ans du premier film de Harry Potter, donc avec des concerts sans projection, seulement la musique de films, et on sait à quel point c’est extraordinaire. Il y aura également 2001, l’Odyssée d’espace, donc pour nous, c’est important aussi d’aller présenter quelques grands classiques du répertoire cinématographique, donc 2001 en fait partie.
Pour le Temps des Fêtes, nous avons comme d’habitude deux programmes, un avec vous, Le Messie de Haendel avec Rafael, c’est une tradition que l’OSM avait pendant de très nombreuses années, on le présentait à chaque année, et puis on a décidé d’alterner avec d’autres œuvres. Kent Nagano reviendra aussi avec Fred Pellerin, on se rappelle que ça devait être une trilogie, on est rendu à sept productions autour de Fred Pellerin.
La série pop se poursuit, nous aurons trois productions, dont une avec le groupe acadien Salesbarbes qui sera dirigée par Dina Gilbert, et puis nous aurons également une soirée vraiment spéciale, qui suscitera beaucoup de curiosités, avec François Pérusse.
Artistes québécois et internationaux, la relation se poursuit
Rafael : L’orchestre continue sa relation avec Bernard Labadie et Jacques Lacombe, c’est magnifique de les avoir. Aussi, il y a des artistes qui viendront avec moi comme (le pianiste) Bronfman, (la violoniste) Simone Lamsma, (le pianiste) Emanuel Ax, (la soprano) Anna Prohaska ou les soliste du concert d’ouverture consacré à Berlioz, ou encore (l’oudiste) Joseph Tawadros – venu l’été dernier au Stade olympique et que je ne pourrais pas diriger cette fois, malheureusement. C’est important pour nous de faire découvrir ces artistes au public montréalais.
Dina Gilbert, désormais cheffe associée à l’OSM
Marianne : Dina Gilbert elle reflète bien plusieurs attributs de l’OSM, la curiosité, l’ouverture, le dynamisme, et puis ça fait des années qu’on travaille avec elle, alors on a eu envie d’amorcer notre relation avec elle en tant que cheffe associée.
Dina : Donc c’est ça, c’est un très grand privilège pour moi de me dire qu’il y a une quinzaine d’années, j’ai travaillé la billetterie de l’OSM pour devenir plus tard chef assistante et continuer cette magnifique collaboration en dirigeant plusieurs concerts, notamment celui donné à l’aéroport. On fait toutes sortes de moutures différentes avec l’orchestre, c’est aujourd’hui un grand privilège de continuer à apprendre, à mieux connaître cet orchestre et ses musiciens qui font en sorte que chaque concert devient précieux.
Donc dans la prochaine saison, justement, je vais avoir le privilège de pouvoir diriger du temps dans les concerts éclatés, de pouvoir faire aussi un concert dans les apéros avec Philippe Audrey Larrue Saint-Jacques. J’ai très hâte, d’ailleurs, de pouvoir présenter une pièce de Camille Pépin, une compositrice française que je connais depuis longtemps ou encore avec le saxophoniste Jason Xu. Donc que cette relation avec l’OSM se matérialise davantage, c’est vraiment un grand plaisir. Je remercie l’orchestre pour cette magnifique occasion.
Pour Rafael, Montréal c’est chez lui
Nous avons déjà commencé à planifier les saisons 26-27 et 27-28, mais il y a d’ici là un chemin qu’on peut faire ensemble. Je suis d’ailleurs très ému par la manière dont la ville m’a adopté. Je m’y sens vraiment chez moi.