Qu’ont en commun les chalets, les emos et le film Bridesmaids ? À première vue, aucun lien évident. Pourtant, ces mots se sont imposés tout naturellement au fil de ma conversation avec l’autrice-compositrice-interprète, et désormais réalisatrice d’album, Caroline Savoie. C’est en assumant tous ces rôles qu’elle a affronté ses incertitudes et appris à lâcher prise pour mieux suivre son instinct. 

Puisqu’on ne part pas au combat seule ou sans armure, Caroline Savoie a constitué sa cavalerie : mentors, cheerleaders, amis et collègues. Entourée de ces complices de longue date, elle s’est nourrie de cette franche camaraderie pour donner vie à Rom-Com, son quatrième album. Dans ce dernier opus, elle plonge tête première dans ce qui l’allume. Elle s’abandonne à un feu créatif, kitsch et décomplexé. 

À quoi bon renoncer à ses plaisirs coupables ? Bonne question d’autant plus que les plaisirs coupables de Caroline Savoie sont aussi les nôtres et ils sonnent bien. Portée par ce nouveau vent de courage, elle revendique son romantisme, cette fois, sans compromis. Elle aime ce qu’elle aime et s’accorde finalement la douceur qu’elle mérite. 

Repose ici la morale de tout bon rom-com ! L’amour de soi précède toujours celui des autres. Caroline Savoie ça l’a bien compris. Elle nous chante l’amour en 90’s pop, power ballade, bossa, folk-pop, Indie-rock et toutes leurs hybridations. Rom-Com est une vraie courte-pointe sonore enrichie d’une identité narrative soignée. 

PAN M 360 : Comment as-tu trouvé le juste équilibre entre cette cohérence narrative et l’éclectisme des genres musicaux présent sur l’album ?

Caroline Savoie : Je te dirais que la cohérence narrative a justement fait en sorte que je me sente plus libre d’explorer différents genres musicaux. Vu que j’avais un fil conducteur précis, l’emballage musical venait en deuxième. Mon but premier était de raconter une histoire, peu importe dans quel genre la chanson allait se manifester. Après, c’était juste de coller le tout et faire en sorte que ça fonctionne.

PAN M 360: L’album explore une quête d’acceptation de soi avant de pouvoir trouver l’amour. Est-ce un reflet de ton propre parcours, ou une réflexion plus vaste sur les récits d’amour ?

Caroline Savoie : C’est plus sur mon parcours et celui de mon entourage. Je travaille encore à être plus confiante et à m’aimer comme je suis, mais une chose est sûre, je me respecte et me valorise certainement plus qu’au début de ma vingtaine. Et ça, ça vient avec faire de meilleurs choix pour soi. S’aimer avant d’être aimé c’est plus facile à dire qu’à faire, mais là j’ai trouvé une personne avec qui je me sens libre d’être moi-même et qui m’aime pour qui je suis, et ça c’est la base pour moi.

PAN M  360: À travers l’esthétique de Rom-Com, tu réinterprètes des archétypes amoureux de films cultes qui t’ont marquée. Quel est ton rapport nostalgique à ces films ?

Caroline Savoie : En fait, c’est un genre de film que j’adore regarder à cause de sa légèreté; souvent, la fin est prévisible, et ça fait en sorte que ça m’apporte un certain réconfort. En parallèle, ça faisait un certain moment dans ma démarche artistique que j’essayais de m’éloigner du « kétaine » J’essayais de prouver je ne sais pas trop quoi à je ne sais pas trop qui. Ceci dit, appeler l’album Rom-Com et en faire un concept était une manière pour moi de m’assumer pleinement, comme la emo girl que je suis depuis jour 1! Ça aura été libérateur d’enlever un peu plus le jugement que je portais sur moi-même et de plonger pleinement dans l’univers romantique.

PAN M 360 : Pour Rom-Com, tu as assuré la composition, l’interprétation et la réalisation. Y a-t-il des aspects de ce processus qui se sont révélés plus exigeants que tu ne l’avais imaginé ?

Caroline Savoie : C’était la première fois que j’assumais la réalisation et j’ai trouvé que c’était quand même un gros challenge! J’ai trouvé ça difficile d’avoir du recul sur le projet par moments – comme ne pas savoir quand prendre une pause pour écouter les tounes et analyser chaque détail haha! C’était toujours au moment de trancher sur certaines décisions artistiques que j’avais le plus de difficulté, par peur de prendre une « mauvaise’’ décision. Suivre mon instinct n’a pas toujours été mon fort alors ça a définitivement été un bel exercice pour ma confiance. Dans tout ce tourbillon, là j’ai la chance d’avoir une gérante qui est la meilleure cheerleader donc ça l’a fait un peu plus facile de se plonger dans le vide comme ça.

PAN M 360 : Pour prendre du recul, vers qui t’es-tu tourné pour bénéficier d’un regard extérieur ?

Caroline Savoie : J’ai eu la chance de bénéficier du mentorat de Salomé Leclerc, qui m’a donné d’excellents conseils tout le long du processus. C’est une artiste que j’admire beaucoup,  donc   lui parler de tout ça, ça a répondu à plein de mes nombreuses questions. Y’a aussi Benoit Moirier (qui a fait la prise de son et le mix) sur qui j’ai pu compter tout au long de l’enregistrement pour son input. Il m’a même aidée à monter un studio à mon chalet et montrer comment utiliser les logiciels d’enregistrement! Ça a été tellement cool de travailler avec lui. Je dois dire aussi que mon chum a dû écouter l’album 100 fois avec moi pour me rassurer les jours où je trouvais que tout était pourri. En gros, j’ai vraiment eu la chance d’être bien entourée, avec bienveillance et amour !!!!

PAN M 360 : En portant autant de chapeaux, as-tu eu le sentiment de te livrer encore davantage à travers cet album que les précédents ?

Caroline Savoie : Je pense que oui ! Je me sentais hyper vulnérable tout au long du processus. J’apprenais plein de nouvelles choses en même temps tout en ayant l’air au top de mes affaires même si c’était pas toujours le cas. Le résultat me rend encore plus fière à cause de ça, je sens vraiment que j’ai réussi à faire briller ma personnalité dans ce projet et que j’ai été au bout de mes idées. 

PAN M : On apprend que c’est la première fois que tu crées un album exclusivement avec des amis. Comment cette dynamique a-t-elle influencé le son de Rom-Com ? Et comment vont tes anciens collaborateurs qui croyaient que vous étiez amis ?

Caroline Savoie : LOL ouf j’ai ri à cette question !!! Je pense que la différence avec les anciens collaborateurs c’est qu’ils sont devenus des amis à travers le processus. C’était souvent de nouvelles rencontres et surtout de nouvelles collaborations. Là, j’étais avec mes musiciens de scène et ami.e.s de longue date pour l’enregistrement. Ça fait en sorte que la réalisation était beaucoup plus facile,  vu que tout le monde qui a gravité autour du projet me connaît extrêmement bien et connaît déjà mon univers musical ainsi que ma personnalité. Ça fait que c’est moins stressant pour moi de communiquer mes besoins et mes idées. Ils me comprenaient déjà sans que j’aie besoin de dire grand-chose. Ceci dit, j’ai tellement appris des 3 derniers réalisateurs avec qui j’ai travaillé (Jay Newland, Philippe Brault et Joe Grass ). Ils étaient tous uniques et j’ai emmené toute leur sagesse avec moi !! 

PAN M 360 : L’album est à la fois une rétrospective et une introspection, un regard porté sur ta vingtaine. Si cette décennie était un Rom-Com, lequel choisirais-tu ?

Caroline Savoie : Je ne pense pas qu’on puisse nécessairement le qualifier d’un Rom-Com (un peu quand même) mais je choisirais Bridesmaids. Je trouve qu’il décrit tellement bien la beauté et la complexité des amitiés entre femmes tout en étant TELLEMENT drôle. Ça me fait penser à mes amies proches et toutes les différentes histoires qu’on a vécues ensemble. En plus, on a toutes eu notre fair share d’aventures et de déceptions amoureuses, et on a toujours été là l’une pour l’autre dans les hauts et les bas.

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Le quatuor Mivos a été qualifié de successeur ou héritier du quatuor Kronos. L’ensemble fondé en 2008 à la Manhattan School of Music est en effet spécialisé en nouvelle musique pour quatuor à cordes, mais il possède assurément sa propre personnalité. Le Mivos est un habitué des labels focalisés en musique d’aujourd’hui, tel l’excellent Kairos. Mais en 2023, c’est avec la très prestigieuse marque Deutsche Grammophon qu’il a enregistré les trois quatuors de Steve Reich, l’un des pionniers du minimalisme répétitif états-unien. Malgré la renommée de Reich et l’impact de ses œuvres, il s’agissait curieusement de la première fois que ses trois quatuors se retrouvaient nouvellement enregistrés par un même ensemble sur le même album. Non content de réaliser cette première sur disque, les musiciens du quatuor basé à New York en ont fait le sujet de concerts que l’on peut voir dans plusieurs grandes villes. Ce sera le cas de Montréal le mardi 1er avril 2025, à la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts. À l’occasion de cette visite, la première pour le groupe dans la métropole, qui offrira également pour la première fois ici l’occasion d’entendre cette intégrale Reich live, j’ai réalisé une entrevue avec l’altiste Victor Lowrie Tafoya.

PanM 360 : Certains disent que vous êtes en train de prendre la relève de Kronos. Qu’en dites-vous ?

Victor Lowrie Tafoya (Quatuor Mivos) : Nous leur devons beaucoup, comme tous les quatuors qui jouent de la nouvelle musique, bien sûr. Ce sont des pionniers. Mais ils sont encore très actifs et nous faisons notre propre truc. Je ne pense pas que nous prenions la relève de quoi que ce soit.

PanM 360 : Quelle différence faites-vous entre leur répertoire et le vôtre ?

Victor Lowrie Tafoya (Quatuor Mivos) : Je ne sais pas comment ils décriraient ce qu’ils font, mais je dirais que nous avons tendance à nous concentrer davantage sur la musique expérimentale états-unienne et européenne, avec beaucoup de ce qu’il y a entre les deux. 

PanM 360 : Comment l’ensemble s’est-il formé, et avez-vous eu cette sensibilité contemporaine depuis le début?

Victor Lowrie Tafoya (Quatuor Mivos) : Oui, depuis le début. Nous nous sommes regroupés en 2008. Nous (tous les membres d’origine, dont il ne reste que moi et Olivia, la première violoniste) étions membres du nouveau programme de performance contemporaine de la Manhattan School of Music. 

PanM 360 : Comment décririez-vous ce programme ?

Victor Lowrie Tafoya (Quatuor Mivos) : C’était nouveau à l’époque, mais depuis, d’autres universités ont lancé des programmes similaires. Il s’agit d’un programme dans lequel l’apprentissage académique est intégré à la pratique de la musique. De nombreuses personnes d’horizons divers l’ont créé. Je me souviens que nous avions des formations en musique classique indienne, en improvisation, en théorie de la musique contemporaine, en musique de chambre. Il y a donc beaucoup d’angles d’approche qui se rejoignent à un moment ou à un autre. 

PanM 360 : Vous avez enregistré à plusieurs reprises pour de petits mais excellents labels comme Kairos. Comment avez-vous obtenu un contrat avec Deutsche Grammophon ?

Victor Lowrie Tafoya (Quatuor Mivos) : Cela a pris beaucoup de temps. En fait, lorsque nous avons commencé à parler d’enregistrer les trois quatuors, nous ne savions même pas que cela se passerait ainsi. L’idée est d’abord venue de Steve lui-même. Nous jouions souvent à New York et nous avons appris à le connaître. À un moment donné, il a évoqué la possibilité d’enregistrer les trois quatuors. Alors, nous avons dit  »si vous pensez que c’est une bonne idée, alors pourquoi pas ? » Ensuite, il a fallu de nombreuses années pour obtenir du soutien et des donateurs avant que notre agent à temps partiel ne nous mette en contact avec quelqu’un, puis avec quelqu’un d’autre, et finalement, c’est devenu un projet de DGG dont nous sommes fiers. 

PanM 360 : Curieusement, même s’il s’agit de chefs-d’œuvre fondamentaux du répertoire contemporain pour quatuor, ils n’ont jamais été enregistrés en tant que corpus entier sur un album. Comment expliquer cela, à votre avis ?

Victor Lowrie Tafoya (Quatuor Mivos) : Je ne sais pas. Kronos a marqué les esprit, bien sûr, et le dernier des trois n’a été créé qu’en 2010. Ce que je peux vous dire en revanche, c’est que c’est beaucoup de travail pour leur donner vie ! Chacun d’entre eux comporte de nombreuses couches d’enregistrement sonore à additionner. Le jeu instrumental, puis les sons (trains, voix, tragédie du World Trade Center, etc.) doivent être combinés avec soin. C’est un gros investissement de temps. De plus, pour ces versions, nous avons bénéficié du soutien de Steve qui a remastérisé toutes les bandes. La qualité est donc la meilleure possible. 

PanM 360 : Ils sont encore moins souvent joués ensemble en concert….

Victor Lowrie Tafoya (Quatuor Mivos) : Eh bien, c’est une musique assez intense. Ce qu’il faut savoir, c’est que le style de Steve est très transparent et qu’il nécessite une concentration rythmique continue et une intonation très précise. Cela peut sembler facile comparé à des œuvres aux constructions harmoniques plus complexes, mais ça demande beaucoup d’attention et d’énergie pour rester expressif dans le contexte de la cohabitation avec les bandes préenregistrées. Si vous ne lui donnez pas cette énergie et cette précision extrême, la musique devient simplement une trame de fond pour les éléments préenregistrés. Ce que nous voulons, c’est donner à cette expérience une qualité vibrante. 

PanM 360 : Avez-vous pensé à lui demander un nouveau quatuor ?

Victor Lowrie Tafoya (Quatuor Mivos) : Non, pas encore. Je ne suis pas sûr qu’il ait le temps, mais s’il l’a, nous serions certainement intéressés. 

PanM 360 : Comment évaluez-vous l’importance du corpus de quatuors de Reich dans le vaste répertoire contemporain ?

Victor Lowrie Tafoya (Quatuor Mivos) : Je pense qu’il est au centre de tout. Il a fait œuvre de pionnier en transformant toutes ces formes de ‘’parler’’ en mélodies. Les quatuors sont comme des mini-opéras, ils racontent de vastes histoires historiques avec du texte et de l’harmonie. Nous tenons cela pour acquis aujourd’hui, mais c’était révolutionnaire à l’époque. Son héritage esthétique est aujourd’hui omniprésent. Il résistera à l’épreuve du temps. 

DÉTAILS ET BILLETS POUR LE CONCERT DU QUATUOR MIVOS, LE MARDI 1ER AVRIL 2025

Dans Brûlez-moi vive, Éléonore Lagacé explore les thèmes de l’auto-affirmation, de l’amour, de la liberté et du temps qui passe, le tout émaillé de quelques réflexions existentielles. Tantôt dansant et

énergique, tantôt posé et introspectif, cet album nous emmène sur des rives insoupçonnées avec ses progressions surprenantes et sa réalisation éclatée.

Réalisé par Frantz-Lee Leonard sous étiquette Ad Litteram, cet opus de 10 chansons mêle des influences pop, R&B, années 80, et autres ballades mélancoliques sur fond de basses endiablées et d’envolées lyriques.

Présente sur nos écrans depuis l’adolescence, Éléonore Lagacé n’est plus à présenter. Après avoir participé à  Big Brother et Zénith , elle lançait ce 21 mars 2025 ce premier album.  Brûlez-moi vive succède à l’EP Elle s’en fout,  sorti en avril 2023. 

Marilyn Bouchard s’est penchée sur ce travail d’Éléonore Lagacé avant de lui soumettre ses questions. Pour PAN M 360, notre intervieweuse souhaitait ainsi  “s’enquérir de ses ressentis et de son expérience suite à cette première réalisation et aussi de savoir ce qu’elle nous réserve pour la suite des choses.”

Alors 10 questions pour 10 chansons!

PAN M 360:  Un premier album complet, on se sent comment à sa sortie?

Éléonore Lagacé: Soulagée! Je peux enfin passer à autre chose et recommencer la création. Je suis très fière de cet accomplissement!

PAN M 360:  Combien de temps t’a pris la composition et l’écriture de l’album?

Éléonore Lagacé: Environs 2 ans

PAN M 360: Tu as dit en interview que tu ressentais un grand besoin d’appropriation dans ce projet. De quelle manière t’es-tu approprié cet album?

Éléonore Lagacé: Quand je parle d’appropriation, c’est de celle de moi-même! D’apprendre un peu plus chaque jour qui je suis, où sont mes limites, ce que je veux et ce que je ne veux plus. Les sujets des chansons de l’album traitent de mes grandes questions existentielles des deux

dernières années. Elles me sont apparues car je me connais de mieux en mieux. 

PAN M 360: Quelles émotions avais-tu envie de partager avec le public dans cet album?

Éléonore Lagacé: La liberté, le tourment, l’amour, l’envie de danser, honorer ses émotions, même celles les plus intenses.

PAN M 360- Comment était-ce de peaufiner la réalisation et l’identité sonore de l’album avec Frantz-Lee Leonard? Comme vous avez déjà travaillé ensemble, j’imagine que votre relation créative s’enrichit ?

Éléonore Lagacé: Frantz-Lee est un musicien que j’admire énormément. J’ai adoré travailler avec lui car il n’a pas peur d’aller au bout de ses idées les plus folles et pense sincèrement qu’il n’y a pas de rêve trop grand.

PAN M 360: De quelle manière tes inspirations Lady Gaga et Charli XCX t’ont aidées dans la direction de l’album?

Éléonore Lagacé: Charli XCX a été pour moi le modèle de jemenfoutisme et de liberté, que j’ai voulu dépeindre dans ma musique. Lady Gaga, mon idole depuis mes 11 ans, m’a donné la force d’écrire cet album.

PAN M 360: Une chose que tu gardes de cet album et une chose que tu laisses?

Éléonore Lagacé: Je garde mes mélodies, j’en suis vraiment fière. Et je laisse l’idée que j’aurais aimé que ce soit un album de 20 chansons.

PAN M 360:  Ce que tu as trouvé le plus difficile dans la création de ce premier album? Ce dont tu es le plus fière?

Éléonore Lagacé: Le plus difficile était de ne pas lâcher. Ce dont je suis le plus fière: les collaborateurs qui y ont participé – 

PAN M 360- Tes projets pour la suite de 2025?

Éléonore Lagacé: Tournée avec mon propre spectacle Brûlez-moi vive et mon band FANTASTIQUE, spectacle Zénith, comédie musicale Peter Pan.

10- En terminant, la perle cachée de l’album?

Éléonore Lagacé: Journée mélancolique.

 

L’an dernier, Jaeden Izik-Dzurko fut le premier lauréat canadien d’un volet instrumental du Concours Musical International de Montréal (CMIM), tout un exploit. Autre accomplissement épique dans la même foulée en 2024: The Leeds International Piano Competition, rien de moins. En 2021, la CBC avait déjà nommé le pianiste l’un des « 30 musiciens classiques canadiens de moins de 30 ans ». Ce statut prestigieux fait suite à de nombreuses récompenses, accolades, apparitions avec de nombreux orchestres et chefs d’orchestre renommés, bref, tous ces événements qui définissent une grande ascension dans le monde classique. Quatre ans après la révélation de CBC, Jaeden Izik-Dzurko mène une carrière internationale en tant que soliste, les férus montréalais de piano assisteront à son récital du dimanche après-midi à la salle Pierre-Mercure. C’est exactement pour cette raison qu’Alain Brunet s’est entretenu avec ce plus qu’excellent musicien.

PAN M 360 : Quel impact réel cette reconnaissance significative a-t-elle eu sur votre carrière depuis lors ?

Jaeden Izik-Dzurko :Je considère que j’ai beaucoup de chance d’avoir un agenda de concerts très chargé et de pouvoir partager ma musique avec des publics plus larges dans le monde entier.

PAN M 360 : Au-delà de votre remarquable virtuosité, comment définissez-vous votre personnalité pianistique ?

Jaeden Izik-Dzurko : Il est assez difficile de caractériser son propre jeu, mais je me considère comme un interprète sérieux et introverti. J’aime présenter des œuvres de grande envergure avec des récits musicaux ambitieux, voire monumentaux.

PAN M 360 : Quelles sont, selon vous, les caractéristiques les plus évidentes de votre jeu ?

Jaeden Izik-Dzurko : Je crois que l’une de mes forces pianistiques est la superposition : maintenir la clarté et des formes indépendantes dans plusieurs lignes mélodiques simultanées. C’est une qualité que possèdent mes pianistes préférés et que je m’efforce de cultiver dans mon propre jeu.

« Né à Salmon Arm, en Colombie-Britannique, Jaeden a obtenu sa licence de musique à la Juilliard School avec Yoheved Kaplinsky et sa maîtrise à l’Université de Colombie-Britannique avec Corey Hamm. Il a également été l’élève de Ian Parker. Il étudie actuellement avec Jacob Leuschner à la Hochschule für Musik Detmold et Benedetto Lupo à l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia ».

Q : Quels ont été les enseignants les plus influents dans cette sélection de maîtres ?

Jaeden Izik-Dzurko : J’ai la chance d’avoir bénéficié des conseils et de l’expertise inestimables de nombreux professeurs exceptionnels. Je leur suis extrêmement reconnaissant de l’empreinte qu’ils ont laissée sur ma formation musicale. L’influence la plus importante est peut-être celle de mon mentor, Corey Hamm, qui m’a encadrée pendant mes années de formation, alors que j’étais adolescente, et qui m’a guidée lors de mes premières expériences de concours internationaux pendant ma maîtrise.

PAN M 360 : Où êtes-vous basé aujourd’hui ?

Jaeden Izik-Dzurko : Je réside actuellement en Allemagne et je me rends fréquemment à Rome pour suivre des cours.

PAN M 360 : Partagez votre regard sur le programme montréalais du dimanche 30 avril.

JEAN-SÉBASTIEN BACH (1685 – 1750) Partita n° 4 en ré majeur, BWV 828

PAN M 360 : Quelle est votre expérience personnelle de cette œuvre ? Où la situez-vous dans votre répertoire ?

Jaeden Izik-Dzurko : Lorsque je participais à des concours, on m’a souvent conseillé, comme à de nombreux pianistes, de ne pas jouer Bach, car cette œuvre est considérée comme risquée et potentiellement source de discorde. Bien que je n’aie pas toujours suivi ce conseil, j’ai trouvé difficile d’inscrire la musique de Bach dans les programmes de concours en raison des contraintes de temps et des directives en matière de répertoire. Maintenant que j’ai terminé la période de compétition de mon parcours musical, j’ai hâte de programmer à nouveau la musique de Bach !

PAN M 360 : Et dans le répertoire pour clavier de Bach ?

Jaeden Izik-Dzurko : La quatrième Partita est une œuvre remarquable et sophistiquée. Les sept danses entraînent l’auditeur dans un voyage émotionnel profond et varié. Certains mouvements, comme l’Ouverture, la Courante et la Gigue, sont empreints d’une joie légère, tandis que d’autres sont plus introspectifs, voire tristes. L’Allemande, la plus longue danse de la Partita, est particulièrement ambitieuse : elle soutient un magnifique lyrisme hautement chromatique tout au long de ce vaste mouvement.

SERGUEÏ RACHMANINOV (1873 – 1943) 10 Préludes, Op. 23

PAN M 360 : Superbe musique pour piano de Rachmaninov ! Où voyez-vous cette œuvre dans votre répertoire et dans celui du compositeur ?

Jaeden Izik-Dzurko : Les Préludes sont une œuvre de jeunesse dans l’œuvre de Rachmaninov, mais ils regorgent de profondeur émotionnelle, de lyrisme et d’originalité. J’ai joué de nombreux préludes en rappel, mais j’aime le grand récit musical qui se dégage de l’interprétation des dix préludes à la suite les uns des autres.

PAN M 360 : Comment l’abordez-vous personnellement au clavier ?

Jaeden Izik-Dzurko : L’une des qualités que j’apprécie le plus dans la musique pour clavier de Rachmaninov est sa merveilleuse sensibilité pianistique. Lorsqu’on joue ses œuvres, on est frappé par sa maîtrise technique et son approche novatrice au piano. Virtuose singulier, Rachmaninov disposait de tous les moyens techniques possibles et savait comment utiliser l’instrument pour obtenir la plus grande énergie, la plus grande force et la meilleure sonorité possible. Pour lui rendre justice, j’ai la chance d’avoir de grandes mains. Par conséquent, je trouve l’écriture de Rachmaninov très pianistique et idiomatique, bien qu’elle comporte d’innombrables défis techniques.

ALEXANDRE SCRIABINE (1872 – 1915) Fantaisie en si mineur, op. 28

PAN M 360 : Vous aimez manifestement la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, y compris, bien sûr, ses variantes russes. N’est-ce pas ?
Jaeden Izik-Dzurco : Cette période a été marquée par un certain nombre de compositeurs qui, outre leur voix distinctive et puissante, étaient également des solistes et des interprètes exceptionnels – en particulier Scriabine, Rachmaninov et Medtner. Par conséquent, leur musique est parfaitement adaptée à l’instrument et écrite avec un sens intuitif de la scène de concert.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous plaît le plus chez Scriabine ? Pourquoi avez-vous choisi cette œuvre ?

Jaeden Izik-Dzurko : La musique de Scriabine est extrêmement évocatrice et originale. L’évolution créative transformatrice qu’il a connue au cours de sa vie révèle l’esprit artistique idiosyncrasique qu’il possédait. Si je devais identifier un seul élément de sa musique que j’aime le plus, ce serait son remarquable don pour la mélodie – le second thème lyrique de sa Fantaisie est l’un de ses plus exquis.

FRÉDÉRIC CHOPIN (1810 – 1849) Sonate n° 3 en si mineur, opus 58

PAN M 360 : Chopin est un incontournable pour tous les pianistes de bon, excellent ou exceptionnel niveau. Quelle place occupe-t-il dans vos goûts ?

Jaeden Izik-Dzurko : Je dois avouer que l’interprétation de la musique de Chopin ne m’est pas particulièrement naturelle. Je trouve que son utilisation du piano est un véritable défi et qu’il est parfois difficile de l’exécuter. Néanmoins, son écriture possède une élégance unique, une grâce et un lyrisme poignant que j’adore.

PAN M 360 : Comme l’une de vos grandes qualités pianistiques est la fluidité de votre phrasé, qui définit son exceptionnel raffinement, on imagine que Chopin a été un modèle pianistique en ce sens. Qu’en pensez-vous ?

Jaeden Izik-Dzurko : Il est certain que les témoignages écrits sur le style d’interprétation de Chopin et son approche du piano sont de merveilleuses sources d’inspiration pour moi.

PAN M 360 : Dans votre enregistrement pour le concours international de Leeds, vous jouez également deux études de Ligeti, ce qui vous rapproche du présent. Quelle est votre relation avec Ligeti ?

Jaeden Izik-Dzurko : Je n’ai pas une grande expérience de la musique de Ligeti, mais j’ai eu la chance d’être guidé par mon professeur, Corey Hamm, qui a joué l’ensemble de l’œuvre de Ligeti et qui a une connaissance remarquable de son style musical.

Voilà ! Excellent séjour à Montréal et excellent concert !

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Voyager, le plus récent album de Boubé, fera l’objet d’un lancement ce samedi 29 mars, au Club Balattou. En effet, ce virtuose de la guitare électrique mêle rock et blues désertique, comme lui seul parvient à le faire. Pour l’occasion, il sera accompagné par ses musiciens de longue date, et prévoit quelques surprises pour les spectateurs. Finaliste aux Syli d’or en 2024, ce tremplin lui a permis d’enregistrer cet album, qui a été composé au Niger. En français, en anglais et en tamasheq, parfois les trois dans la même chanson, il nous fait voyager musicalement dans diverses régions d’Afrique, notamment l’Afrique du Nord. Il compte d’ailleurs défendre cet album en Afrique et ailleurs. Notre journaliste Sandra Gasana s’est entretenue avec lui, à quelques jours de son spectacle tant attendu.

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Le Couleur a marqué la francophonie d’Amérique et la pop francophone tout court. Fondé sur le groove, la synth-pop, l’euro-disco, la house et autres saveurs idéales pour le plancher de danse, l’ensemble montréalais a oeuvré plus d’une quinzaine d’années sur les scènes du monde avant d’annoncer une pause indéterminée et passer à d’autres expressions et projets individuels. Mais avant de fermer les lumières, plusieurs concerts sont prévus d’ici la fin de la saison chaude, et le premier show à l’agenda est le dernier concert montréalais, prévu ce vendredi 28 mars à la SAT. Laurence Giroux-Do en cause avec Alain Brunet pour PAN M 360.

INFOS + BILLETS ICI

Bella White est une auteure-compositrice-interprète un peu plus récente sur la scène country et bluegrass, mais son influence se fait rapidement sentir. Originaire de Calgary, en Alberta, elle a sorti son premier album complet, Just Like Leaving, en 2020 et l’album suivant, Among Other Things, en 2023. Bella a grandi au son du bluegrass, joué par son père à la maison, qui faisait toujours partie d’un groupe de bluegrass. Elle utilise sa voix saisissante pour faire place à une musique bluegrass country traditionnelle, plus simple et apaisante, qui chronique les moments de la vie.

Bella aime aussi donner sa propre tournure aux standards de la country avec son EP de reprises de singles Five For Silver, comme « Concrete and Barbed Wire », de Lucinda Williams, ou d’auteurs-compositeurs plus contemporains, comme Jeff Tweedy (de Wilco). Nous nous sommes entretenus avec Bella avant son concert au Petit Campus le 29 mars.

PAN M 360 : Pour les lecteurs qui n’ont aucune idée de qui vous êtes, qui est Bella White ? Comment êtes-vous arrivée à la musique ?

Bella White : Je suis née à Calgary (Alberta), au Canada, dans une famille très musicienne. Mes deux parents m’ont transmis leur amour de la musique. Je me sens très chanceuse d’avoir été encouragée à jouer et d’avoir suivi cette voie toute ma vie.

PAN M 360 : J’adore votre reprise de « Unknown Legend ». Pouvez-vous nous parler de la façon dont Neil Young a inspiré votre écriture ? Ou de quelqu’un d’autre ?

Bella White : J’aime beaucoup Neil Young. J’ai toujours été une très grande fan. Je ne vois pas en quoi il a inspiré mon écriture, mais je pense que le fait de l’avoir absorbé au fil des ans m’a permis d’apprécier cet art.

PAN M 360 : En tant qu’Albertain (je suis originaire d’Edmonton), pensez-vous que ce genre d’influence folk-country bluegrass vient de votre éducation ? Peut-être à cause des Rocheuses et du ciel ouvert ?

Bella White : Les Rocheuses à ciel ouvert ont certainement influencé mon amour pour la musique. Je pense que c’est mon père qui m’a fait apprécier la musique country folk Bluegrass. Il a grandi à Lynchburg, en Virginie, et a toujours joué ce genre de musique.

PAN M 360 : Prévoyez-vous une nouvelle sortie ou travaillez-vous sur quelque chose pour 2025 ?

Bella White : Oui, je le suis ! Je suis entrée en studio cet hiver et j’ai enregistré un troisième album que je suis très excitée de partager !

PAN M 360 : Quand vous avez commencé, avez-vous mis du temps à trouver cette touche de country dans votre voix ?

Bella White : Je pense que cela m’est venu assez naturellement puisque c’est la country et le bluegrass qui m’ont appris à chanter.

PAN M 360 : Avez-vous l’impression que vos disques sont tous liés, qu’ils viennent du même endroit, qu’ils poursuivent la même histoire et les mêmes thèmes ou qu’ils sont complètement différents et pourquoi ?

Bella White : Je pense qu’ils sont tous différents. Je les ai tous écrits à des moments différents de ma vie, et ils ont capturé des moments différents pour moi. Je suppose qu’ils sont probablement liés d’une manière ou d’une autre, et peut-être qu’ils poursuivent l’histoire de ma vie en général, mais j’aime penser qu’ils sont différents.

PAN M 360 : Est-ce que vous vous asseyez et prenez le temps d’écrire des chansons, ou est-ce que c’est un processus plus long ?

Bella White : Il y a vraiment deux façons de faire ! Parfois, c’est plus structuré, et parfois, c’est plus libre.

PAN M 360 : Allez-vous venir avec un groupe pour votre spectacle à Montréal ? À quoi les gens peuvent-ils s’attendre ?

Bella White : Je serai accompagnée d’un trio ! Sam Gelband joue de la batterie et Gina Leslie de la basse. J’adore jouer avec eux et nous avons hâte d’être à Montréal !

BELLA WHITE W/ MADDY FRIGO – BILLETS POUR LE PETIT CAMPUS

Les extraits Love Outta Luck, The Willow et Better This Way ont précédé la sortie de l’album homonyme du groupe The Damn Truth sous étiquette Spectra Musique. Réalisé par le mythique producteur Bob Rock (Mötley Crue, The Offspring, Bon Jovi, Metallica), ce quatrième opus relance la formation montréalaise sur les routes du rock. À la veille du coup d’envoi au MTelus, soit ce mercredi 26 mars, le batteur Dave Traina s’entretiet avec Alain Brunet pour nous en expliquer davantage sur les motivations récentes du groupe, son allégeance au classic rock et au hard rock, et bien sûr sur l’encadrement du mentor Bob Rock qui a aussi travaillé sur l’album précédent de The Damn Truth, Now or Nowhere. Contenu exclusif sur PAN M 360!

Il s’appelle Moulaye Dicko,  mais on le connaît sous celui de Dicko Fils. En quelque 20 années de carrière, le musicien burkinabè, joueur de kora et de n’goni, a produit douze albums, dont le tout récent La route. Une vedette dans son pays natal (le Burkina Faso) et dans une large partie de l’Afrique de l’Ouest, l’artiste a néanmoins dû emprunter le chemin de l’exil et s’installer à Montréal. Car, voyez-vous, l’homme, plutôt timide, n’a quand même pas froid aux yeux et s’est investi depuis 2016 dans une cause humaniste, celle de combattre certaines traditions ancestrales comme les mariages forcés des jeunes filles, l’excision, et le refus d’éduquer les filles pour les confiner au rôle de femme de maison. Cet engagement courageux dans une société encore très attachée à ces coutumes lui a valu des problèmes avec des opposants. Des problèmes suffisamment graves pour l’obliger à s’installer sous des cieux certes plus froids, mais aussi plus cléments pour ce genre de militantisme. 

C’est donc à Montréal que Dicko Fils à finaliser la construction de La route, le douzième album de sa carrière. Un album qui poursuit dans la même voie que les précédents, c’est-à-dire celle d’une adaptation des rythmes, couleurs instrumentales et particularités mélodiques de la musique traditionnelle peule à la modernité. Tant à travers la cohabitation des instruments traditionnels et modernes (guitares, batterie, lutherie électronique), il y a également l’apport de facettes stylistiques importées d’autres genres musicaux qui permettent un arrimage conséquent de la musique de Dicko avec celle d’autres stars de la musique ouest-africaine. On peut penser à Salif Keita et Oumou Sangaré. Là encore, selon Dicko, cette modernisation n’a pas toujours été facile. Certains lui ont reproché de ‘’gâter’’ la tradition peule. Mais il a poursuivi son chemin, accumulant sur celui-ci des dividendes appréciables comme l’appréciation et l’admiration d’une nouvelle génération de musiciens peuls qui sillonnent désormais dans les traces laissées derrière lui. 

LISEZ LA CRITIQUE DE LA ROUTE

Quand je lui demande de dresser un bilan de sa carrière, de ces 20 années de musique et des résultats dont il est fier, il me dit que c’est le message de paix entre les peuples qui a été entendu par des milliers et des milliers de ses compatriotes qui lui font penser qu’il y a lieu d’être positif. Mais, tout de même, il a dû s’exiler. Le combat ne peut pas encore s’arrêter, et ce combat il affirme être prêt à le mener à partir d’ici, désormais. 

Lors du concert de lancement donné au Balattou le 8 mars 2025, de nombreux représentants de festivals étaient présents avec pour résultat que Dicko a des engagements pour la prochaine saison de Québec à Hamilton, en passant par Ottawa et Halifax (et Montréal bien sûr). 

Je lui demande comment s’est passé sa relocalisation. Il ne ment pas : ç’a été difficile. D’ailleurs, il était en tournée quand des menaces sérieuses lui ont été proférées. L’exil a donc été très subit, sans trop de réflexion ni de préparation. Mais Dicko avait déjà un bon réseau au Québec. Montréal est depuis longtemps une ville visitée par l’artiste lors de ses nombreuses tournées. Nuits d’Afrique et d’autres amis lui ont permis d’atterrir relativement en douceur. Il ne fait pas de doute que l’accueil positif qu’il a reçu l’aide à amortir le choc et à se concentrer sur la poursuite de sa mission et de sa carrière (les deux sont intimement liées désormais). 

La route est donc en partie balisée par une certaine montréalitude, et ce pour notre plus grande fierté, car il s’agit d’un album d’Afro pop bien mené, bellement produit et qui a toutes les qualités requises pour se démarquer sur les scènes où Dicko Fils se présentera. 

Déjà, confirme-t-il, il a reçu des appels d’ailleurs dans le monde pour aller le présenter en concert. La route est droit devant, pas en arrière. 

Événement culturel majeur du printemps musical qui rythme la métropole, le Concours musical international de Montréal (CMIM) accueillera du 25 mai au 6 juin vingt-quatre artistes lyriques exceptionnels pour son édition de 2025 qui est dédiée à la voix. À travers ces différentes éditions consacrées au violon et au piano, le CMIM contribue, tant par son identité que par son ancrage dans le milieu culturel montréalais et à l’international, au dynamisme culturel de Montréal et au lancement de carrières d’artistes internationaux de la nouvelle génération. En plus du rayonnement, c’est plus de 160 000 $ en prix et bourses qui seront remis aux différents lauréats et gagnants des prix spéciaux de l’édition de Voix 2025. Alors que les préparatifs en vue de ces deux intenses semaines de compétition sont en branle, Alexandre Villemaire, collaborateur pour PAN M 360, a discuté avec Shira Gilbert, directrice artistique du CMIM, au sujet des différents aspects de cette édition du concours.

Cette entrevue a été réalisée en français et en anglais.

Découvrez les 24 concurrents et concurrentes de Voix 2025 ICI

Pour plus d’informations, rendez-vous sur https://concoursmontreal.ca/fr/voix-2025/

crédit photo : Tam Photography

Rose Cousins devrait figurer sur votre radar si ce n’est déjà fait. Cette talentueuse auteure-compositrice-interprète et multi-instrumentiste originaire de l’Île-du-Prince-Édouard (aujourd’hui installée à Halifax) a remporté plusieurs prix JUNOS et ses chansons cinématographiques ont été diffusées dans de nombreuses émissions télévisées.

Elle s’est également fait connaître pour son interprétation dépouillée de « I Would Die 4 U » de Prince, mais avec son dernier album, Conditions of Love : Vol. 1, Rose Cousins a complètement revigoré son son. Mettant le piano, son premier instrument, à l’avant-plan comme instrument principal de ce nouveau lot de chansons, Rose a livré 10 belles chansons, ses communions et ses réminiscences sur le sujet audacieux de l’amour. Avant sa tournée pancanadienne Conditions of Love Tour (qui comprend un spectacle à la Sala Rossa le 7 avril), Rose a eu le temps de discuter de l’abandon des chansons, de son amour de la nature, du piano et de la photographie.

PAN M 360 : J’ai donc écouté Conditions of Love : Volume One. Je l’ai vraiment apprécié. C’est un excellent album pour se promener à Montréal. Et je voulais juste vous demander si vous trouviez que votre écriture était comme une expérience cathartique, pour libérer des choses, ou pour raconter une histoire plus large.

Rose Cousins : Je pense que les deux. Je veux dire, c’est sûr que l’écriture a toujours été et sera toujours cathartique pour moi, c’est sûr. Je pense que c’est peut-être plus large dans la mesure où je chante, j’espère, vous savez, des choses non spécifiques, enfin, spécifiques à moi, mais pas que vous sachiez nécessairement. J’espère donc que quelqu’un pourra l’écouter et se dire « Oh, tu me connais aussi » et qu’il y aura une porte d’entrée pour lui aussi.

PAN M 360 : Des idées vagues sur l’expérience humaine que les gens peuvent comprendre ?

Rose Cousins : Je pense que c’est le rôle de la musique. Nous essayons de trouver des moyens, même en dehors de la musique, de nous rapprocher les uns des autres. Et la musique est l’instigatrice d’une connexion plus profonde pour moi et, je suppose, pour tous ceux qui viennent me voir, mais aussi pour tous ceux qui écoutent de la musique. Je veux dire, vous savez, vous entrez dans la salle d’un groupe que vous aimez tant, et quelle est la chose que vous obtenez d’eux ? Ce n’est pas nécessairement les choses spécifiques qu’ils disent dans leurs paroles, mais ça peut être un sentiment qu’ils créent.

Il peut s’agir d’une nostalgie qu’ils évoquent dans votre propre expérience. Peut-être que les gens vivent une expérience côte à côte. Ils se rencontrent peut-être lors d’un spectacle. Je pense que c’est à la fois spécifique et non spécifique. Si la chanson peut, une fois qu’elle est sortie, faire son propre travail, ce n’est pas à moi d’organiser une expérience.

PAN M 360 : Oui, une fois que la chanson est sortie, c’est comme si elle ne t’appartenait plus.

Rose Cousins : Je pense que oui. Il y a un abandon qui doit se produire parce que la façon dont quelqu’un interprète une chanson n’est pas nécessairement la même que celle dont je l’ai écrite. Et cela n’a pas d’importance. Si elle les touche et leur apporte quelque chose, alors le travail est fait.

PAN M 360 : L’une des chansons qui m’a le plus touchée est « Forget Me Not ». J’adore toutes les références poétiques à la nature, comme les cornouillers, les lilas et les pissenlits. Trouvez-vous que la nature se glisse toujours dans vos compositions ?

Rose Cousins: Oui, je pense que ça a toujours été là quelque part. Mais il y a une ligne de fond sur ce disque, celle du monde naturel : la lune dans « Borrowed Light », toutes les fleurs, les arbres et les plantes dans « Forget Me Not », et le loup dans « Wolf and Man ». Je pense que c’est parce que j’ai écrit ce disque pendant la période de la pandémie que j’ai eu une communion plus profonde avec la nature.

J’ai un chien. Je me promenais tout le temps et je me trouvais au même endroit où les saisons changeaient, au même endroit où, normalement, je n’aurais fait que courir, faire des tournées et tout le reste. J’avais une communion différente, plus profonde, avec les saisons, en particulier le printemps et l’été. Je voyais et j’identifiais des plantes, ou bien on me montrait des plantes ou des arbres dont je n’aurais pas pensé à connaître le nom auparavant, mais je me disais « whoa ». C’est comme si je regardais, je regardais tout cela prendre vie, puis mourir, puis prendre vie, puis mourir. Donc, oui, le monde naturel fait partie intégrante de cet album. J’ai grandi dans l’Île-du-Prince-Édouard, à courir près de l’océan et dans les bois. Et je pense que c’est une sorte de retour à cela.

PAN M 360 : Le piano a toujours été présent dans votre musique, mais en tant qu’instrument d’accompagnement, parfois en arrière-plan. Mais dans cet album, il est au premier plan dès le début. Qu’est-ce qui vous a poussé à lui donner plus d’importance en tant qu’instrument principal ?

Rose Cousins : Le piano est mon premier instrument, celui que j’aime le plus et celui qui, au début de ma carrière, était le plus difficile à transporter. Je ne l’ai donc pas fait. Je jouais simplement de la guitare, et l’ami avec lequel j’ai coproduit cet album, Joshua Van Tassel, qui est mon batteur depuis longtemps, vivait à Toronto. Il est originaire de Nouvelle-Écosse. Il est retourné en Nouvelle-Écosse en 2022 et m’a envoyé chercher un piano pour lui. Piano, que j’ai complètement évité pendant tout le temps où j’ai vécu ici parce qu’ils ont des pianos à 80 000 dollars, n’est-ce pas ? Je ne peux pas aller dans ce magasin.

Je suis allé essayer ce piano pour lui, puis j’ai été dans la salle d’exposition et j’ai vu un vieux piano à queue d’occasion. Je leur ai demandé : « Qu’est-ce qu’il y a avec ce piano ? Il était réservé, mais j’ai toujours voulu un piano complet, alors j’ai dit : « Pouvez-vous me mettre sur la liste des vieux pianos sympas ? » C’était un jeudi, et le lundi, ils m’ont appelé. Ils m’ont dit : « Le piano est disponible ». J’y suis allé et ils l’ont installé dans une salle de récital. J’ai passé quelques heures avec lui et j’ai fait une dépression existentielle complète : « Puis-je m’offrir ce piano ? Est-ce que je mérite d’avoir ce piano ? Ce qui est ridicule, parce que quand j’ai dit ça à mes amis qui essayaient de m’aider à prendre une décision, ils m’ont dit : « Tu joues du piano pour gagner ta vie. »

PAN M 360 : C’est vrai, c’était votre premier instrument après tout.

Rose Cousins : Oui. C’est comme une communion très spéciale qui se produit entre moi et le piano. Et j’ai l’impression que mes sentiments s’expriment sous la forme la plus pure qui soit. Et oui, une fois que j’ai eu ce piano chez moi, je me suis dit : « C’est ça. Je veux enregistrer mon disque sur ce piano, dans cette maison, avec Josh. Et oui, c’est un peu comme ça que c’est né.

PAN M 360 : Quel type de piano ? Puisqu’il est utilisé, a-t-il une histoire ?

Rose Cousins : C’est un Baldwin de 1967 et l’homme qui l’a déposé, qui me l’a vendu, m’a dit qu’il avait été joué par une femme de l’Orchestre symphonique de Cincinnati. Il a donc certainement des kilomètres à son actif !

PAN M 360 : Le titre de l’album est Conditions of Love : Vol. 1. Y aura-t-il un deuxième volume ? Avez-vous des projets ?

Rose Cousins : Il s’agit plutôt de l’infinité de volumes qui peuvent exister sur ce sujet, n’est-ce pas ? Je veux dire que ce n’est pas un sujet sur lequel on pourrait écrire tous les volumes. Est-ce le début d’une exploration pour moi ? Est-ce l’exploration continue que je fais depuis que j’écris et que je joue ? Je pense que tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent pourrait faire l’objet d’un volume, mais je le vois vraiment comme le sujet sans fin sur lequel nous écrivons tous. Nous essayons tous de comprendre comment naviguer dans l’amour dans toutes ses conditions.

PAN M 360 : Avez-vous des passions non musicales en dehors de la musique qui influencent votre art ?

Rose Cousins : Oui, la photographie. Je fais de la photographie analogique, donc des films et des polaroïds, des 35 mils et des polaroïds. Pour l’illustration de cet album, j’ai travaillé avec une photographe nommée Lindsay Duncan, qui est une merveilleuse collaboratrice. Elle vit à Toronto. Nous avions, enfin, j’avais une vision très spécifique de ce que je voulais faire, et elle a été formidable. Donc, chaque chanson a sa propre photo dans le vinyle de luxe, les singles qui sont sortis, ils ont tous une photo de moi. La plupart d’entre elles me représentent en train de fuir la scène, mais moi dans ce costume rose dans la scène. Le costume rose représente ou symbolise l’amour.

Photos by Lindsay Duncan

Depuis qu’il préside aux destinées de l’Ensemble ArtChoral (anciennement Arts-Québec), le chef et directeur artistique Matthias Maute a entrepris un projet ambitieux: réunir dans une série discographique le répertoire choral a capella de la Renaissance à aujourd’hui. Une épopée qui couvre plus de six siècles de styles musicaux. Avec déjà sept volumes parus sur les onze projetés, le collaborateur pour PAN M 360 Frédéric Cardin, s’est entretenu avec Matthias Maute pour parler de l’avancement du projet dans la foulée des plus récentes parutions du catalogue, les volumes Baroque I et Moderne.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer une série sur l’histoire du chant choral, de la Renaissance à aujourd’hui?

Matthias Maute: Tout a commencé pendant la pandémie : plus de concerts, plus de public… mais toujours de la musique ! On s’est dit : si on ne peut pas chanter en direct, chantons pour l’Histoire. Résultat ? Une bibliothèque numérique du répertoire a cappella, de la Renaissance à aujourd’hui. Un voyage musical à travers le temps, sans masque et sans quarantaine !

PAN M 360 : Sur quels critères vous êtes-vous appuyé pour faire le choix du répertoire, qui est tellement immense?

Matthias Maute : J’ai suivi mon oreille et mon cœur : il fallait cette étincelle magique, ces œuvres qui nous transportent et nous font vivre une expérience unique. En gros, si ça me donne des frissons ou l’envie de chanter sous la douche, c’était un bon candidat ! Mais pas question de se limiter au coup de cœur : on a aussi plongé dans les recherches pour dénicher des pièces qui incarnent vraiment leur époque et leur style. Résultat ? Un répertoire qui raconte une histoire, pas juste une suite de belles mélodies !

PAN M 360 :  Vous avez divisé le Baroque en deux volumes, bien sûr à cause de la durée de cette période. Mais on peut également parler de deux champs stylistiques différents représentés par ces deux volumes. Comment pourriez-vous décrire la différence fondamentale entre ces deux Baroques?

Matthias Maute : Le XVIIe siècle, c’est le Baroque en pleine effervescence : les compositeurs explorent, expérimentent, se lancent dans de nouvelles formes et jouent avec les surprises musicales. Un vrai laboratoire d’idées ! Le XVIIIe siècle, lui, marque un Baroque plus mûr, plus structuré, où l’équilibre et la maîtrise prennent le dessus. On passe de l’exploration à l’accomplissement, avec des œuvres plus longues, pleines de tensions et de contrastes maîtrisés. En gros, si le XVIIe est l’esprit libre et aventureux, le XVIIIe est le génie qui affine son art !

PAN M 360 : Dans Moderne, vous avez manifestement fait le choix de ne pas visiter le répertoire d’avant-garde/expérimental et atonal. Pourquoi?

Matthias Maute : Cette bibliothèque digitale s’adresse aux millions de choristes à travers le monde. On voulait donc un répertoire exigeant, mais chantable ! L’avant-garde atonale, aussi fascinante soit-elle, reste l’apanage de quelques ensembles spécialisés. Et puis, soyons honnêtes : aujourd’hui, la grande majorité des compositions chorales restent tonales, parce que les compositeurs savent bien que peu de chœurs veulent – ou peuvent – se lancer dans l’atonal pur et dur !

PAN M 360 : On dit que la série s’étalera sur 11 volumes. Sept sont sortis jusqu’à maintenant. Doit-on prévoir un volume Contemporain? Mais encore, quels seront les autres thèmes?

Matthias Maute : Il y aura des surprises, mais ce n’est pas encore le moment de tout révéler ! Ce que je peux dire, c’est qu’un des prochains volumes sera entièrement consacré aux œuvres de deux compositeurs montréalais : Jaap Nico Hamburger… et moi-même ! J’ai bien hâte de partager ça avec vous !

PAN M 360 :  Quelles pièces regrettez-vous le plus de ne pas avoir pu inclure dans les volumes parus?

Matthias Maute : Tout ce que j’aurais aimé enregistrer, mais qui n’a pas trouvé sa place sur disque, a fini par prendre vie en concert ! Autant dire que je suis comblé. Avec une seule exception : la musique d’Ana Sokolović… mais ce n’est qu’une question de temps, puisqu’on la chantera bientôt lors d’un concert à la Maison symphonique !

PAN M 360 :  Quel bilan faites-vous de votre arrivée à la direction de ce qui s’appelait (pendant longtemps) l’Ensemble vocal Arts-Québec?

Matthias Maute : Ma rencontre avec les chanteurs a été une véritable révélation. Les projets multiples, stimulants, ont fait naître des résultats qui m’enthousiasment toujours. Chaque fois que je me retrouve devant le chœur, mon cœur bat plus vite – j’adore la façon dont ils chantent. La voix, c’est un langage qui touche au plus profond de nous-mêmes. Si je devais faire un bilan, ce serait ça : beaucoup de gens ont été touchés par la magie de la voix humaine. Moi aussi, j’en fais partie. Et je crois que même les choristes ne sont pas en reste !

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