Du 9 au 13 octobre 2025, Les Rendez-vous ès Trad tiennent leur 34e édition dans la région de la Capitale Nationale. Une réunion automnale de 5 jours où les contes, les activités familiales, la chanson traditionnelle et la gigue se rencontrent pour petits et grands. Situé au magnifique Domaine des Maizerets, l’évènement est une parfaite occasion de jumeler activités et patrimoine vivant lors du long week-end de l’Action de Grâce. On a attrapé Cassandre Lambert-Pellerin, l’une des co-directrices de l’organisation, entre deux tornades de tâches pour en savoir un peu plus sur la programmation et l’ambiance qu’on peut vivre sur place durant le grand week-end.

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PAN M 360 : Quelle était l’idée à la base de la création du Festival És Trad?

Cassandre Lambert-Pellerin : Le Centre de valorisation du patrimoine vivant existe depuis 1981. Au départ, ça s’appelait  Les Danseries de Québec, car à l’Université Laval dans les années 70 il y avait un groupe de jeunes qui organisait des veillées de danse traditionnelle. Comme ils étaient tous étudiants en art, ils appréciaient aussi les contes et la musique alors ils ont commencé à réfléchir à un évènement qui en 1991 a vu le jour sous le nom de Contes et Violons.  L’idée ensuite de créer un moment fort durant l’année a continué à se renouveler et maintenant, ça donne un peu le coup d’envoi à notre saison ; durant l’année, on organise plein d’autres soirées de danse, de concerts, d’animations, de foires artisanales et de tournées scolaires. Donc voilà, l’idée était de perpétuer le mandat de départ en l’adaptant à la modernité.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui distingue votre événement des autres festivals de musique traditionnelle?

Cassandre Lambert-Pellerin : D’abord ce n’est pas juste de la musique, on a aussi beaucoup de danse et on a aussi le volet chanson! (haha) Ce qui nous distingue beaucoup des autres festivals, c’est qu’on n’a pas beaucoup de concerts, on a beaucoup d’activités! On sort de la logique typique du consommateur de culture passif, on n’est vraiment pas là-dedans. Le public est amené à participer et tout le monde est acteur.trice de sa culture en y venant. Dans les arts traditionnels, il y a cette idée et cette volonté de communauté qui est très très forte. On est tissés serrés comme on dit, alors on essaie d’insuffler cette mentalité. En plus de ça, on essaie de repousser un peu les formats qu’on voit dans les autres festivals, comme par exemple Les Trios Éphémères où on pige, dans les participants du festival, trois artistes qui ne se connaissent pas et vont créer quelque chose ensemble. On a aussi La Joute Chantée qui est comme un match d’improvisation, mais où les réponses aux demandes de l’arbitre sont des réponses musicales traditionnelles. Et le public va voter! C’est vraiment super le fun et ça ne se voit pas dans les autres festivals.

PAN M 360 : Ciblez-vous une clientèle particulière de la région de la Capitale-Nationale?

Cassandre Lambert-Pellerin : C’est sûr que les gens qui aiment déjà beaucoup le patrimoine vivant et les arts traditionnels on est contents de les accueillir mais on trouve toujours que c’est l’occasion d’aller chercher du nouveau public. On est basés au Domaine des Maizerets, qui est un superbe site et qui est dans un secteur résidentiel. Donc y’a des gens qui sont proches et qui ont l’habitude de fréquenter le domaine qui se rajoutent aussi puisque notre programmation est gratuite. Les enfants sont toujours les bienvenus, le patrimoine vivant c’est très intergénérationnel, et donc cette année, on a mis sur pied trois nouvelles activités pour eux, à dix heures le matin, vraiment pensées pour la famille. C’est très varié dans nos veillées : on a autant des gangs de l’université que de retraités! (haha)

PAN M 360 : À quoi peuvent s’attendre les personnes qui n’ont jamais assisté à l’évènement?

Cassandre Lambert-Pellerin : Ils vont rencontrer leurs futurs nouveaux meilleurs amis qu’ils ne connaissent pas encore! (haha) Je veux insister sur le fait que, même pour les activités de danse, c’est vraiment normal de venir seul. Les évènements sont faits pour que tout le monde puisse trouver un(e) partenaire sur place! Moi je me souviens, quand j’ai mis le pied au festival la première fois, une personne m’en a présenté une autre, qui a décidé de faire le tour pour me présenter tout le monde (haha)! C’est ça l’ambiance : une grande famille!

PAN M 360 : Quel genre d’installations retrouve-t-on sur le site?

Cassandre Lambert-Pellerin : On a un grand chapiteau, avec un immense plancher de bois pour danser. Le chapiteau est à l’arrière du bâtiment principal et comme c’est l’automne et qu’il fait pas chaud, on a un peu de chauffage. On a aussi quelques activités qui vont se dérouler dans la petite chapelle, dont un vernissage et une initiation à la sérigraphie, ainsi que le Chalet Lacroix où on fait les ateliers pour la famille, les apéros chantés et les jams de fin de soirée, où on joue de la musique jusqu’à tard.

PAN M 360 : Parlez-nous un peu du site choisi pour accueillir les festivités?

Cassandre Lambert-Pellerin : C’est notre troisième année au Domaine des Maizerets et on est vraiment contents! L’activité qui conclut le festival chaque année, c’est une randonnée chantée en forêt, inspirée du temps où pour parcourir de longs trajets marchés, les gens chantaient. Auparavant on changeait de parc chaque année puis éventuellement on est venus au Domaine, où il arrivait déjà qu’on fasse des soirées de danse dans le bâtiment principal. C’est un endroit tellement majestueux avec ses grands arbres et la communauté avait déjà beaucoup d’affection pour le lieu alors on s’est dit qu’on allait les contacter pour établir le pignon sur rue du festival!

PAN M 360 : Quels sous-genres de musique peut-on retrouver durant le week-end?

Cassandre Lambert-Pellerin : Les deux spectacles qu’on a cette année, c’est Galant, tu perds ton temps, un quintette de musique traditionnelle québécoise chantée a cappella avec beaucoup d’harmonies qui est accompagné uniquement de percussions, et le duo Alexis Chartrand, qui est un violoniste baroque ayant grandi dans une famille traditionnelle qui présente un répertoire québécois tout en subtilité accompagné par l’Américain Nic Gareiss à la gigue, ou plutôt au flat-footing. C’est une danse percussive originaire des Appalaches, qui est beaucoup plus proche du sol. Ce qui fait que parfois, la gigue devient plus mélodique et le violon plus percussif donc c’est vraiment deux échanges supers intéressants, bien appuyés par les percussions, pour lesquels on a très très hâte et qui peuvent rafraîchir l’idée qu’on se fait de performances traditionnelles!

PAN M 360 : Pourquoi choisir le début de l’automne comme fenêtre de l’événement?

Cassandre Lambert-Pellerin : La musique trad c’est toute l’année! (haha) Des fois, les gens ont des idées un peu préconçues en disant : « Ah! La musique trad c’est bon pendant les fêtes! C’est bon à la Saint-Jean! » en visant ces moments très très précis comme étant ceux pour le patrimoine vivant mais nous on s’est implantés en plein milieu des deux, pour rappeler que y’a aucun mauvais moment. Aussi, dans la région de Québec, le calendrier des festivals est tellement bien rempli qu’on est contents d’avoir notre petite niche à l’automne, durant le long congé pendant lequel les gens sont libres.

PAN M 360 : Est-ce que l’équipe est déjà en train de penser à l’édition 2026?

Cassandre Lambert-Pellerin : On a plein de belles idées pour la prochaine édition qu’on accumule, des propositions d’invités et tout ça mais en même temps on pense aussi à ce qui va se passer en Janvier puisqu’on collabore également avec Kaléidoscopes, donc on a très hâte de pouvoir dévoiler tout ça. Mais forcément, comme on est deux codirectrices qui ont repris l’organisation il y a six ans et qu’on a une adjointe à temps très partiel qui nous aide un peu, on se prend d’avance pour organiser environ 300 activités par année! (haha)

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À l’occasion du Vibrations Festival 2025 — qui comprendra un symposium ainsi que plusieurs concerts — nous avons rencontré Joao Lenhari, directeur du Big Band de l’Université de Montréal. L’ensemble se produira au Théâtre Outremont le 16 octobre pour célébrer son quarante-cinquième anniversaire, avec étudiants et membres du département partageant la scène. Avant le concert, Joao Lenhari nous a parlé de sa vision pour l’avenir du Big Band, de quelques aspects de musicologie et de moments forts de sa carrière.

PAN M 360 : Le Big Band de l’UdeM est sous votre direction depuis 2023. Quels sont vos objectifs à long terme et à court terme pour l’ensemble ? Y a-t-il des réalisations dont vous êtes particulièrement fier depuis que vous avez pris la direction ?

Joao Lenhari : Bonne question. Ce que je peux dire, c’est que mon projet à long terme avec le Big Band de l’UdeM est de susciter de plus en plus l’intérêt des jeunes générations pour jouer dans un big band. Nous connaissons tous l’essor de l’intelligence artificielle dans la musique, et je valorise le savoir humain. Au niveau universitaire, je souhaite continuer le legs d’excellence de l’Université de Montréal.

Pour y parvenir, les objectifs à court terme sont essentiels. Mon objectif chaque année est d’aider les étudiants à se dépasser et à progresser ensemble. Le jazz est démocratique — nous interagissons toujours et nous confrontons à différentes perspectives musicales. Cependant, au sein d’un grand ensemble comme un big band, il faut se consacrer pleinement à l’atteinte du meilleur résultat musical possible. En procédant ainsi, je suis convaincu que tous les étudiants ayant fait partie du Big Band avec moi conserveront cette expérience tout au long de leur vie. C’est mon plus grand objectif en tant que professeur : préparer mes étudiants à réussir dans le monde professionnel et, surtout, leur apprendre à se comporter de manière appropriée et éthique.

Oui, il y a certaines réalisations dont je suis très fier depuis que j’ai pris la direction du Big Band : les concerts avec nos invités internationaux — de grands noms du jazz — et l’enregistrement du cinquième album du Big Band de l’UdeM. D’ailleurs, j’aimerais profiter de cette occasion pour annoncer que vous entendrez bientôt parler de cet album, qui rend hommage aux chanteuses de jazz. Il s’intitulera Intemporel Vol. II – Hommage à la Voix Féminine. Restez à l’affût: c’est notre cadeau surprise d’anniversaire pour le public.

PAN M 360 : Je vois qu’il y a de très belles pièces au programme, notamment des arrangements de Monk, Gil Evans et Benny Golson, ainsi que plusieurs compositeurs de l’époque de Tin Pan Alley. En tant que directeur et interprète de musique de big band, quelle est votre période préférée ? Avez‑vous des compositeurs favoris ?

Joao Lenhari : Je n’ai pas de période particulière que je préfère. Toutes les périodes sont importantes et contiennent des œuvres merveilleuses. Il convient de souligner que la plupart des arrangements que nous allons interpréter sont essentiels au développement musical des jeunes musiciens. Je les ai choisis précisément pour donner aux étudiants l’occasion d’explorer différents styles d’arrangement et les encourager à mener des recherches individuelles afin d’interpréter les pièces de la manière la plus cohérente possible. Grâce à mon expérience, je peux mettre en avant des éléments interprétatifs spécifiques à chaque époque — le vibrato, l’attaque, le mélange des sons, la fin des notes, le ressenti du temps, et bien d’autres aspects propres à chaque période.

Pour répondre brièvement à votre question : je n’ai pas de préférence pour une époque en particulier, mais je peux vous dire que je suis complètement passionné par Thad Jones !!!

PAN M 360 : Lorsqu’on évoque les styles musicaux brésiliens et leur influence sur le jazz, ce sont souvent la samba et la bossa nova des années 1960 qui sont citées. En tant que spécialiste à la fois du jazz et de la musique brésilienne, y a-t-il d’autres styles brésiliens que vous considérez comme importants dans le développement du jazz ? Y a-t-il des styles que vous pensez que le public devrait mieux connaître ?

Joao Lenhari : Comme tout le monde le sait, le Brésil est un pays immense, on peut donc dire qu’il y a plusieurs « Brésil » à l’intérieur du Brésil. Les styles qui ont obtenu la plus grande reconnaissance internationale ont été la samba — d’abord avec Carmen Miranda, durant la période de la politique américaine du « Good Neighbor » — puis la bossa nova, notamment grâce à l’album Getz/Gilberto et au concert de Carnegie Hall en 1962.

Je pense également que la musique de Milton Nascimento est extrêmement importante pour le développement du jazz moderne, notamment en raison de sa relation étroite avec Wayne Shorter. La musique d’Hermeto Pascoal, qualifiée de « musique universelle », a aussi eu une forte influence sur le jazz.

Quant aux styles musicaux, je crois que dès que l’on considère la musique comme quelque chose de divin et d’élevé — et pas seulement comme un produit commercial — chacun devrait ouvrir son esprit et écouter autant de styles que possible, en absorbant les éléments uniques de chacun. En fin de compte, la musique est infinie, et tout ce que nous pouvons absorber et apprécier est bénéfique pour tous.

PAN M 360 : En tant qu’arrangeur expérimenté, quelles sont selon vous les meilleures façons de devenir efficace et rapide dans l’écriture musicale ? Quelles compétences considérez-vous comme essentielles lorsqu’on écrit pour le cinéma ou la télévision ?

Joao Lenhari : Tout d’abord, il est essentiel d’écouter beaucoup de musique. Je crois que l’apprentissage de la musique devrait ressembler à l’apprentissage d’une nouvelle langue : on commence par apprendre les sons des mots, puis la construction des phrases, et enfin la manière d’organiser ces phrases pour former un texte. L’écriture d’un arrangement suit un processus similaire — d’abord, on entend un son dans notre esprit, ensuite on choisit les éléments que l’on souhaite inclure, et enfin on les organise.

J’aime dire que la théorie est un outil qui nous aide à exprimer de manière organisée ce que nous portons à l’intérieur. Mais ce qui importe réellement pour un arrangeur, c’est ce qu’il a en lui — sa créativité, sa capacité à faire ressentir des émotions avec un passage musical simple selon sa propre vision.

Je pense que cela répond également à la question concernant la musique pour le cinéma ou la télévision : il faut regarder la scène de nombreuses fois et ressentir l’émotion que l’on souhaite transmettre à travers la musique. La musique est présente partout, et en tant qu’arrangeur, j’aime mettre en valeur de petits détails parfois imperceptibles, mais qui font toute la différence.

PAN M 360 : Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que vous avez accompagné Roberto Carlos à plusieurs reprises. Il m’est venu à l’esprit que ceux qui connaissent moins la musique latino-américaine ne saisiraient peut-être pas l’énorme popularité de cet artiste au Brésil et dans l’Amérique latine hispanophone. Comment expliqueriez-vous son importance à quelqu’un qui ne connaît pas son travail ?

Joao Lenhari : Vous avez vraiment fait vos recherches sur moi ! Haha j’ai eu le grand plaisir et l’honneur de travailler avec Roberto depuis 2008. Ma dernière tournée avec lui a eu lieu à l’été 2024 aux États-Unis. Depuis, je n’ai pas pu coordonner mon emploi du temps ici à Montréal pour me rendre au Brésil pour les concerts.

Ce que je peux dire à propos de Roberto, c’est qu’il est tout simplement le plus grand chanteur de l’histoire de la musique populaire latino-américaine. On pourrait dire qu’il est le Frank Sinatra de l’Amérique latine — il a vendu plus de disques que les Beatles dans la région, ce qui est incroyable. J’ai eu le privilège de voyager dans plus de 25 pays avec lui et, grâce à ce travail, j’ai rencontré de nombreuses personnes, découvert la culture de différents endroits et beaucoup appris sur la musique traditionnelle de chaque pays.

Je peux citer notamment le concert en direct sur la mythique plage de Copacabana à Rio de Janeiro devant plus de 500 000 personnes, ainsi que le concert à Jérusalem en 2011 — ces deux concerts ont été très spéciaux pour moi.

La 24e édition de La Virée Trad se déroule du 10 au 12 octobre pour le dernier week-end de festivités de la saison. C’est à Carleton-Sur-Mer, en Gaspésie, que se déroulera cet événement servant de tremplin à la musique traditionnelle et honorant du coup notre mémoire musicale et culturelle. Petits et grands, locaux ou internationaux : tout le monde est bienvenu durant la fin de semaine où activités, conférences, spectacles et danse se relaieront entre mer et montagne. On a réussi à causer quelques instants avec son directeur, Samuel Téguel, afin d’en savoir un peu plus sur la programmation et les surprises auxquelles on peut s’attendre pour ce long congé festif.

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PAN M 360 : Qu’est-ce qui distingue La Virée Trad?
Samuel Téguel :
D’abord, la saison puisque La Virée a lieu la fin de semaine de l’Action de Grâce. C’est un des derniers festivals de la saison dans l’Est du Québec. Donc, dans un environnement automnal, ça rajoute à la singularité de l’événement. Ensuite, forcément la programmation: on se distingue des autres festivals où il y a uniquement de la chanson ou de la pop. Aussi, on offre beaucoup d’ateliers, que ce soit initiation à la gigue ou au violon, et les artistes y sont très accessibles. Enfin, l’ambiance! Il faut vraiment vivre le festival pour comprendre l’énergie humaine qui s’en dégage! C’est un lieu de fête, de rassemblement, et d’échange : entre la mémoire et aujourd’hui. La Grande Veillée en est le parfait exemple : si vous arrivez seul, vous repartirez clairement en ayant connu du monde!

PAN M 360 : Quel objectif ou mission aviez-vous en tête lors de la création du Festival?
Samuel Téguel 
: Initialement, l’idée était vraiment de prolonger la saison festive, tout en se basant sur les 4 pilliers : culturel, social, financier et environnemental. On ne voulait pas juste avoir un autre évènement qui allait venir s‘ajouter à la surabondance d’offres durant la haute saison. On voulait un évènement qui rassemble et qui nous ressemble. Et en y réfléchissant, on s’est vite rendu compte qu’il y avait un manque au niveau de la diffusion et du rayonnement de la musique et chanson traditionnelle.

PAN M 360 : Le festival existe depuis 2001, plus de 20 ans, avez-vous une grosse équipe pour coordonner tout ça?
Samuel Téguel :
J’aurais aimé vous répondre oui (haha)! En fait, l’équipe qui porte le projet est celle du diffuseur multidisciplinaire duquel je suis à la direction générale depuis 25 ans. C’est un diffuseur à double mandat : on opère une salle de spectacle à l’année et on pilote aussi le projet de La Virée Trad. Au cœur de tout ça, deux employés permanents. Ça vous donne une idée de la charge de travail pour deux personnes!

PAN M 360 : Vous avez fait grandir ce projet en région, dans le décor enchanteur de Carleton-Sur-Mer, était-ce un moyen pour vous de dynamiser l’offre culturelle gaspésienne?
Samuel Téguel :
Oui absolument! Et par les quatre piliers sur lequel la mission est basée, ce n’est pas seulement le milieu culturel qui jouit des retombés positives mais toutes les communautés : les producteurs bio-alimentaires et les artisans aussi puisqu’on met en place par la bande, le plus gros marché public dans l’Est du Québec. Vous pouvez remplir votre frigo avec de bonnes choses, embellir avec des créations originales et remplir vos oreilles d’héritage musical.


PAN M 360 : À quels sous-genres de musique peut-on s’attendre durant le week-end traditionnel?

Samuel Téguel : Cette année, on aura la chance d’accueillir des musiciens québécois, acadiens et belges. C’est une des éditions les plus relevés artistiquement : on aura l’occasion de voir et d’entendre Startijenn, qui viennent de la Bretagne et roulent leur bosse traditionnelle partout en Europe et en Asie depuis 30 ans. On aura également le projet Traverse ayant remporté le prix Opus du meilleur album traditionnel en 2024. On a également Gentilcorum, lauréat 2024 du Prix de musique folk canadienne. Au niveau du volet acadien, on accueille La famille Leblanc, constituée des deux parents et de leurs trois filles qui ont récemment joué au Festival Interceltique de l’Orient en Europe . On a très hâte également de présenter La Sporée, une compagnie de danse contemporaine présentant le spectacle L’écho des racines, où la gigue et le flamenco se mélangent. Enfin, on aura pour clore la soirée du samedi le passage assez spécial et toujours très apprécié de DJ DaOve, le projet de Dâvi Simard où il passe dans le tordeur électro toutes sortes de morceaux folkloriques québécois et acadiens récents en ayant toujours comme intention de faire honneur à la pièce originale. Ça dresse un petit portrait de la diversité de la programmation à laquelle on peut s’attendre!

PAN M 360 : Visez-vous plus particulièrement une catégorie de public avec cet événement?
Samuel Téguel :
Je vous dirais que l’essence du trad est de rejoindre un public intergénérationnel. Il y a peu de musiques qui génèrent un tel engouement autant chez les ados que chez les personnes de 80 ans et plus. Durant La Grande Veillée dont je vous parlais tantôt, on a de plus en plus de jeunes qui participent et sur le plancher de danse, on retrouve les petits, les parents dans la trentaine ou la quarantaine et les grand-parents encore fringants qui viennent danser un set carré. Ça donne un beau mélange insolite qu’on retrouve rarement ailleurs! D’un autre côté, on se ramasse avec un public venant des quatre coins du Québec, des États-Unis et de l’Europe aussi! On a un panel de festivaliers très très large!


PAN M 360 : Pourquoi avez-vous choisi l’automne comme période d’activité?

Samuel Téguel : Bien on voulait prolonger la saison touristique et comme il y a déjà un maximum d’événements l’été et durant la fête du travail, on a pensé au week-end de l’Action de Grâce parce que la communauté scolaire tombe en congé et comme c’est un long week-end, les gens ont la liberté de se déplacer.

PAN M 360 : Êtes-vous déjà en train de cuver la sélection de 2026?

Samuel Téguel : Oui un petit peu quand même! (haha) L’année prochaine ce sera le 25e anniversaire du festival alors on travaille à vous préparer une autre belle édition, mais je ne peux pas vous donner trop d’indices encore.

INFOS ET BILLETS DE LA VIRÉE TRAD ICI

Tama est le dernier album de Kabey Konaté, cet artiste originaire du Burkina Faso mais qui a grandi en Côte d’Ivoire. Installé au Québec depuis 2017, il a collaboré avec de grands noms du reggae à Montréal pour venir à bout de ce projet. Entre autres, il a travaillé avec Ons Barnat, une sommité dans le milieu reggae à Montréal mais également Sol-Etienne Labess qui l’accompagnera à la batterie lors de son spectacle du 11 octobre au Club Balattou. Sandra Gasana s’est entretenue avec Kabey à quelques jours de son spectacle tant attendu.





À l’occasion de son 20e anniversaire, Voces Boreales et l’organiste Henry Webb proposent un programme ambitieux, présenté le samedi 18 octobre à l’Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Sous la direction artistique du chef de chœur et arrangeur Andrew Gray, qui a aimablement répondu aux questions de PAN M 360, ce programme proposera « un voyage musical mêlant quête de paix et d’humanité »… « Un concert qui plonge au cœur de la quête de sens, d’amour et de beauté absolue. »

Fondée en 2006, la chorale d’élite Voces Boreales est devenue un pilier de l’écosystème musical canadien. Deux décennies plus tard, Voces Boreales a cumulé une série de collaborations audacieuses et contemporaines, notamment avec la chanteuse Karen Young, la poétesse Hélène Dorion, le Quatuor Bozzini, le quatuor de saxophones Quasar et autres BradyWorks.

Célébrons donc la saison du 20e anniversaire de la chorale avec ce premier programme, qui justifie la réalisation de cette interview.


PAN M 360 :  Quelles sont, selon vous, les principales réalisations de Voces Boreales, 20 ans après sa création ?

Andrew Gray : Je pense que l’une de nos principales réussites (outre le fait d’être toujours là après deux décennies, ce qui n’est pas une mince affaire compte tenu des difficultés constantes pour obtenir un soutien financier) est d’être restés pertinents tant sur le plan artistique que culturel, tout en développant notre mission. Sur le plan artistique, nous continuons à soutenir les artistes émergents de multiples façons (qu’il s’agisse de chanteurs, de compositeurs ou de chefs d’orchestre), nous maintenons un programme de sensibilisation et d’éducation culturelle à travers des ateliers et des classes de maître, et nous donnons des concerts en dehors de la métropole (Dorval, Pointe Claire, Repentigny, Valleyfield, La Prairie, Laval, Joliette, etc.). Depuis deux décennies, nous avons donné la priorité aux chanteurs montréalais, en les aidant à développer leurs compétences et leur expérience au sein de l’ensemble, ce qui leur permet souvent de se lancer dans une belle carrière solo. Cela reflète tout à fait le parcours que j’ai moi-même suivi en tant que chanteur, puis en tant que chef d’orchestre.

Nous sommes également particulièrement fiers d’avoir pu maintenir l’activité et même développer l’organisation pendant la pandémie grâce à une conception intelligente des projets et à des performances innovantes. De nombreuses autres organisations ont dû réduire considérablement leurs activités, voire fermer leurs portes pendant la même période. Les branches de ces projets continuent à se développer pour les années à venir.

Une autre réalisation – qui, espérons-le, se poursuivra longtemps (!) – est notre programmation de répertoire canadien, qui nous permet de commander régulièrement de nouvelles œuvres à des compositeurs canadiens et québécois et de créer de nombreuses œuvres contemporaines qui n’ont jamais été chantées auparavant au Canada, au Québec ou à Montréal.

Voces Boreales est désormais une composante reconnue et acceptée de la « fabrique culturelle », avec un nombre croissant de collaborations avec de grandes organisations artistiques (par exemple, collaboration avec la SMCQ 2024, avec le CIOC 2025).

PAN M 360 : D’une manière générale, comment cela se traduit-il dans le choix des œuvres et la
préparation de l’ensemble pour votre 20e anniversaire ?

Andrew Gray : L’une des beautés de la musique contemporaine réside dans le fait qu’elle naît et respire en temps réel, au cours de notre vie. La plupart des œuvres que nous explorons ont été composées récemment ou de mémoire d’homme (à quelques exceptions près, bien sûr). C’est pourquoi, pour cette 20e saison, j’ai tenu à choisir des thèmes vastes et inclusifs, afin d’inclure non seulement des œuvres que je souhaitais présenter depuis longtemps, mais aussi des thèmes susceptibles d’émouvoir et de toucher l’humanité tout entière. 

Friede auf Erden (Paix sur terre) de Schönberg, l’un des chefs-d’œuvre choraux les plus ambitieux du XXe siècle, est une œuvre que je souhaitais présenter depuis longtemps. Elle occupe une place centrale autour de laquelle s’articule le reste du programme. Je n’ai pas assez de temps ni d’espace ici pour décrire tous les éléments incroyables de cette pièce de 8 minutes, mais je me contenterai de dire qu’elle est absolument incontournable, tant pour les chanteurs que pour le public. Les œuvres qui l’entourent abordent des thèmes qui nous touchent tous : la naissance, l’enfance, la famille, la mort, le pardon, la rédemption et l’amour. L’ampleur dramatique, émotionnelle et dynamique de ces œuvres nous transporte de moments très calmes, relaxants et reposants à des expériences extrêmement puissantes et culminantes, reflétant parfaitement la richesse des expériences humaines qui nous unissent.

Notre existence dans le monde naturel et le partage de cette planète sont un autre thème commun à tous. Ici, à Montréal, le fleuve Saint-Laurent revêt une importance considérable, tant sur le plan physique qu’historique et culturel. Ma famille et moi vivons sur ses rives et, comme la plupart des Québécois, nous l’avons exploré tout au long de son parcours, tant vers l’ouest jusqu’aux Grands Lacs et au-delà, que vers l’est jusqu’à l’océan. La trilogie Sea Dreams de Peter Anthony Togni résume magnifiquement l’importance et la grandeur des grands plans d’eau, et lui commander un quatrième mouvement spécifiquement consacré au fleuve Saint-Laurent semblait être le point de départ idéal. Des pièces d’autres compositeurs canadiens ainsi que des œuvres du monde entier mettront à nouveau en valeur la virtuosité du groupe, rendront hommage à ses origines d’il y a 20 ans (avec une œuvre scandinave importante) et nous aideront à explorer ce thème central fédérateur. 

PAN M 360 : Pourriez-vous nous parler un peu de votre partenariat avec le Concours international d’orgue du Canada ?

Andrew Gray : Notre collaboration avec le CIOC s’est faite de manière très organique (pardonnez le jeu de mots !) et a débuté avec la programmation de deux œuvres chorales exceptionnelles qui nécessitent un orgue : Seek Him that maketh the seven stars de Jonathan Dove et Mother and Child de Sir John Tavener. Afin d’intégrer ces pièces dans un programme autrement a cappella, il était évident que la première étape consistait à discuter avec Jean Willy-Kunz, directeur artistique du CIOC. Nous avons ensuite invité Henry Webb, un jeune organiste très talentueux, à collaborer avec nous sur ce projet. Le CIOC nous a été d’une aide précieuse tout au long du processus et nous a aidés à organiser l’accès à l’église et à ses deux orgues jumeaux (un à chaque extrémité) que Henry utilisera à merveille, en les jouant tous les deux à partir d’une seule console.

PAN M 360 : Plus précisément, examinons le programme du 18 octobre : pourriez-vous commenter brièvement le choix de chaque œuvre du programme et nous parler des défis que pose leur interprétation ?
Andrew Gray :
Arnold Schönberg (1874-1951) Friede auf Erden

Voir ci-dessus et ceci:

Il s’agit d’une œuvre qui, comme Schönberg l’a lui-même déclaré plus tard dans sa vie, a été écrite à une époque où il croyait que la « paix » était un objectif réalisable. Désabusé par les réalités de la guerre, cette œuvre représente aujourd’hui l’exigence absolue pour nous tous de continuer à croire en la paix et à lutter pour elle, à l’échelle mondiale, internationale et envers nos voisins dans les rues de nos propres villes. Et tout ce qui se passe actuellement dans le monde renforce l’importance de ce message, de ce thème, de la pertinence de ce programme.


Sir John Tavener (1944-2013) Mother and Child

– La paix commence à la maison, dans l’amour du regard d’une mère. Elle est omniprésente et toujours guide. La musique de Tavener incarne le mystique, l’impressionnant, l’éternel et fait référence à l’ancien mot sanskrit signifiant « celui d’où tout vient et vers lequel tout retourne ».


Ramona Luengen (née en 1959) O süsses Licht

Une merveilleuse compositrice canadienne s’inspire des anciens chants grégoriens et les combine à son propre style contemporain pour mettre en musique des textes d’Edith Stein. Stein et sa sœur sont mortes à Auschwitz. Pour œuvrer en faveur d’une paix durable, il faut se souvenir des leçons du passé.


Alexander L’Estrange (né en 1972) Le Prophète

Le poète libano-américain Kahlil Gibran croyait en l’unité de la religion, accueillait chez lui des personnes de toutes confessions et a écrit sur la condition humaine dans son ouvrage Le Prophète. Lorsque j’ai appris que mon bon ami (je suis le parrain de son plus jeune fils) et compositeur de renom Alexander L’Estrange avait mis en musique certaines parties des textes pour un ensemble a cappella, j’ai su que cela conviendrait parfaitement à ce programme. Sa musique est magnifique, incroyablement sensible au texte et très accessible. Ce sera également la première représentation canadienne. 
Florence B. Price (1887-1953) Adoration

Une courte œuvre pour orgue, dans un style calme et méditatif, est incluse afin de créer un moment de calme et de réflexion tranquille. Découverte il y a seulement 15 ans dans l’Illinois parmi d’autres œuvres perdues (elle a été écrite en 1951), cette pièce évoque une dévotion sacrée qui reflète la nature de la foi profonde du compositeur. L’écoute de cette œuvre permettra de réfléchir aux thèmes présentés au cours de la soirée et d’apprécier les sons des orgues Casavant.


Henryk Mikołaj Górecki (1933-2010) Veni Sancte Spiritus, op. 61

Cette mise en musique implacablement paisible du texte « Come Holy Spirit » est une méditation musicale. Une prière douce mais répétitive et insistante qui comprend des phrases telles que : « Guéris nos blessures et nos douleurs, adoucis ce qui est dur et obstiné, réchauffe nos cœurs froids et rigides, guide tous ceux qui sont égarés ». Il me semble que ces sentiments sont aussi importants aujourd’hui qu’ils l’ont toujours été et qu’ils nous montrent le chemin vers la paix.

Slava Morotow Psaume 70
Le compositeur canadien Slava Morotow était l’invité vedette de l’un de nos ateliers de composition pour compositeurs émergents. Son esquisse d’une adaptation du Psaume 70 a ensuite été achevée et nous en donnerons la première représentation lors du concert. Au cœur du psaume se trouve une supplication pour que soient arrêtés ceux qui souhaitent nous faire du mal. 

Jonathan Dove (1959 – ) Seek Him that Maketh the Seven Stars

Cherchez celui qui… transforme l’ombre de la mort en matinée. Oui, les ténèbres brillent comme le jour, la nuit est lumière autour de moi. 

Le thème de la lumière, et plus particulièrement celui de la lumière des étoiles, est une source d’inspiration inépuisable pour les compositeurs et constitue un autre thème fédérateur pour tous. L’hymne commence par une image musicale du ciel nocturne, un motif d’orgue répété représentant des étoiles scintillantes qui amène le chœur à se demander qui les a créées. Le refrain « Cherchez-le » commence par un désir dévotionnel, mais se transforme finalement en une danse joyeuse, pour finir dans la sérénité. C’est un message d’unité et d’espoir. 

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L’industrie musicale est dominée par le désir d’indépendance, qui se reflète dans le nombre toujours croissant d’artistes solo. Il est extrêmement rafraîchissant de voir un groupe dans sa forme la plus authentique, fondé sur des goûts communs et la collaboration. Il existe une alchimie indéniable entre les membres de Wolf Alice, qui sont ensemble depuis plus de dix ans maintenant. Leur performance était très aboutie, mais laissait place à l’improvisation et permettait aux membres du groupe d’être simplement des amis jouant leur musique. S’il y a une chose pour laquelle Wolf Alice mérite d’être félicité, c’est bien le pouvoir et l’emprise qu’il exerce sur une salle. Il y avait une intimité confortable entre le public et la scène du Théâtre Beanfield, le groupe ayant invité une fan à monter sur scène pour chanter « Safe From Heartbreak ». C’était très touchant, car ce n’est pas courant. La fan a simplement demandé si elle pouvait le faire et le groupe a répondu : « Oui, pourquoi pas ». Le set était un beau mélange de chansons issues de leur dernier album, The Clearing, et de vieux classiques, avec des niveaux d’énergie variés, allant des hymnes rock comme « Play The Greatest Hits » et « Formidable Cool », pendant lesquels la chanteuse Ellie Rowsell crie dans un mégaphone et rampe sur scène en secouant ses cheveux, à des morceaux plus lents comme « Play It Out ».

La scène était décorée d’un rideau scintillant et d’une boule disco, créant une ambiance glam rock intemporelle qui correspondait bien au son de leur dernier album. Ellie était vêtue d’un justaucorps rétro et de bottes montant jusqu’aux genoux, et elle a adopté une posture imposante pendant la majeure partie du concert. Elle est une véritable force de la nature et confirme sa place de femme du rock. Le bassiste Theo Ellis a également contribué à enflammer la foule, en agitant les bras à l’avant de la scène, il dégage lui aussi une énergie de leader. PAN M 360 a rencontré les membres du groupe Wolf Alice avant le concert pour discuter des influences et du processus créatif derrière l’album The Clearing.

PAN M 360 : L’album a un son très intemporel et épuré. Associé à l’esthétique générale, on dirait qu’il pourrait sortir tout droit des années 70. Diriez-vous qu’il s’inspire spécifiquement de cette période ?

Theo Ellis: Je pense que nous avons été inspirés par les années 70, oui, et certainement par certains albums clés sortis au cours de cette décennie. Nous avons adoré All Things Must Pass de George Harrison. Nous avons dit à plusieurs reprises que nous aimions certaines parties du catalogue de Fleetwood Mac. Nous aimons le son et le fait qu’il n’y ait pas trop d’éléments ; la chanson ressort tout simplement. Nous aimons aussi Alex G, nous aimons Haim. Beaucoup de choses modernes aussi.

PAN M 360 : Comparé à vos albums précédents, celui-ci est beaucoup plus épuré sur le plan sonore, avec moins d’éléments. Était-ce quelque chose que vous aviez décidé de faire ?

Theo Ellis : Oui, c’est quelque chose que nous voulions essayer. Je pense que souvent, pour rendre les choses passionnantes et vivantes en studio, il faut faire quelque chose de nouveau. Et oui, je pense qu’il y a une certaine façon d’enregistrer avec laquelle nous sommes à l’aise, et essayer de voir à quel point nous pouvons améliorer la chanson en utilisant moins d’éléments était une contrainte passionnante pour nous. Et je pense que ce principe vous ramène aux années 70, car elles s’appuient davantage sur la partie rudimentaire du travail.

PAN M 360 : Comment vos goûts musicaux ont-ils évolué depuis Blue Weekend ?

Theo Ellis : J’ai beaucoup apprécié les instruments acoustiques juste après Blue Weekend. J’ai commencé à écouter beaucoup John Prine et Townes Van Zandt.

PAN M 360 : Lorsque vous composez, pensez-vous davantage à la place qu’occupera une chanson dans l’album ou à la façon dont elle sera interprétée en concert ?

Ellie Rowsell : Je pense qu’auparavant, nous ne pensions qu’à l’album, mais cette fois-ci, j’ai beaucoup plus réfléchi à la version live. Nous voulions vraiment éviter d’inclure trop d’éléments que nous ne pourrions pas reproduire en concert.

PAN M 360 : Y a-t-il des influences non musicales qui ont contribué à la création de l’univers de l’album ? Des films, des villes, des odeurs, des tissus, etc.

Theo Ellis : Je suppose que « All That Jazz » de Bob Fosse revient sans cesse dans le clip de « Bloom Baby Bloom ». C’est un mélange d’éléments très naturels, comme une promenade dans les bois, mais aussi des paillettes.

Joel Amey : Je ne porte que des jeans en denim bleu depuis huit mois. Pour le dernier album, j’avais l’impression de repasser des costumes en permanence. J’ai décidé que ce serait notre album denim, notre phase denim.

Photos par Elizabeth Dovolis

Est-il besoin de souligner que les arts que maîtrisent aujourd’hui les Premières Nations dépassent de loin l’expression de leur patrimone ancestral ou de leur adaptation moderne à l’esthétique americana, plus précisément, country, folk ou rock. Des artistes de tous genres émergent et brillent, le chant lyrique n’y fait pas exception. 

C’est pourquoi PAN M 360 accorde ici une place importante à la soprano innue Élisabeth St-Gelais, soliste invitée par les Violons du Roy sous la direction de Jonathan Cohen, soit pour l’interprétation de trois arias du compositeur allemand de la période baroque, Christoph Willibald von Gluck (1714-1787). 

Comme l’a déjà souligné le respecté et non moins estimé Florent Vollant à un Gala de l’ADISQ (lorsque fut inaugurée une catégorie autochtone), cette artiste n’a pas été invitée à ce programme prestigieux par rectitude politique, mais bien parce qu’elle est tout simplement excellente !

Elisabeth St-Gelais mène aujourd’hui une carrière internationale, voyez son parcours à tout le moins éloquent : 

Innue de la communauté de Pessamit (près de Baie-Comeau),  élevée en majeure partie au Saguenay, elle est titulaire d’une maîtrise de l’Université McGill – programme « Voice and Opera ». Son grand talent lui valut d’être la grande gagnante de la prestigieuse compétition Wirth Vocal Prize ainsi que du premier prix des 19 à 30 ans au Concours du Canada CANIMEX 2022. En 2023, elle remportait le Prix d’Europe au Conservatoire de Musique de Montréal. La même année, elle gagnait aussi le premier prix ainsi que le prix du public au Canadian Opera Company Centre Stage Competition, à Toronto. Nommée Révélation Radio-Canada Classique pour la saison 2023-2024, elle était sélectionnée en 2024  pour les régionaux du Met Laffont Opera Competition où elle raflait l’Encouragement Award. Engagée et responsable, chanteuse siège également  au conseil d’administration du Conseil québécois de la musique depuis avril 2023.  

PAN M 360 : Vous êtes un fleuron de la modernité autochtone, dont l’expression artistique est beaucoup plus diversifiée que ne le croient les gens. Bravo !

Elisabeth St-Gelais :  C’est formidable de vous l’entendre dire! Si vous saviez à quel point, pour un artiste autochtone, ça fait plaisir.

PAN M 360 : Vous avez fait une formation classique occidentale, et on vous connaît pour votre interprétation classique, mais vous êtes aussi très enracinée et engagée dans votre culture ancestrale.

Elisabeth St-Gelais :  Absolument. Donc moi, ma formation, en fait, moi, ce que je veux faire, puis je pense que les gens peuvent devenir un peu mêlés avec mon objectif. Cet objectif est très simple : être une chanteuse lyrique.

À travers ça, je suis une représentante des Premières Nations, des Métis et des Inuits du Canada, et donc les premiers peuples du Canada. J’ai une tribune, que je suis un peu connue dans le milieu de la musique classique. Si j’atteins mes objectifs et que ma carrière progresse, peut-être que mon rôle de représentante sera un peu plus évident.

PAN M 360 : Comme n’importe quel artiste du monde qui excelle dans le chant lyrique, vous ne vous limitez pas à votre culture, rien de plus normal. 

Elisabeth St-Gelais : Absolument.

PAN M 360 :  Forcément, vous devez maîtriser le grand répertoire. Et s’il y a des compositeurs autochtones, tant mieux. La renaissance de la culture autochtone est loin d’être terminée! Nous sommes encore à l’âge d’or du phénomène.

Elisabeth St-Gelais : Exactement. Et comme il se trouve de plus en plus de compositeurs.trices autochtones qui ont de plus en plus d’occasions de s’exprimer  aussi, les collaborations sont envisagées à plus grande envergure. À l’ère de la vérité et de la réconciliation, les Autochtones s’émancipent dans toutes les sphères de la société actuelle. Donc c’est vraiment maintenant qu’on peut voir tout le potentiel des artistes autochtones. 

PAN M 360 : Parlons de votre invitation chez Les Violons du Roy pour ce grand concert d’ouverture, à Québec comme à Montréal, sous la direction de Jonathan Cohen. Gros contrat!

Élisabeth St-Gelais : Oui en effet!

PAN M 360 : Dans ce programme, vous interprétez trois arias de Gluck, soit les arias WQ40, WQ45 et WQ44. Parlez-nous en!

Élisabeth St-Gelais :  Bien sûr. J’ai d’abord eu des discussions avec Laurent Patenaude (codirecteur général et responsable de l’administration artistique des Violons du Roy), pour choisir le répertoire baroque pour moi qui fait davantage dans le romantique, car cet orchestre est spécialisé (surtout) dans cette période 

On est donc allé avec Gluck, on a trouvé des extraits de trois opéras différents:  Iphigénie en Aulide (WQ 40), Armide (WQ 45) et Alceste (WQ 44). Donc on aura l’interprétation de trois personnages forts à des moments charnières de chaque opéra.

PAN M 360 : Comment la préparation s’est-elle passée?

Elisabeth St-Gelais : Je reviens d’une répétition des Violons du Roy  et j’ai été très impressionnée par l’ensemble et son chef extraordinaire, Jonathan Cohen. C’est sûr qu’après la répétition d’aujourd’hui, ça me donne encore plus d’inspiration. L’orchestre est extraordinaire. C’est une chance pour moi d’approfondir mon langage musical, de jouer avec des interprètes de ce niveau, puis avec ce calibre de chef-là comme M. Cohen. Oui, et le chant baroque est quand même différent du chant du 19e siècle. 

PAN M 360 : La technique vocale est différente lorsqu’il s’agit de musique baroque. Expliquez-nous vos ajustements.

Élisabeth St-Gelais : Il y a plusieurs approches possibles, en fait. Nous sommes ici dans une approche un petit peu plus intellectuelle que d’ordinaire en ce qui me concerne, mais c’est quand même extrêmement passionné.  ça m’a vraiment inspirée. 

PAN M 360 : Hormis l’encadrement du chef Jonathan Cohen, avez-vous avez travaillé avec d’autres personnes pour vous adapter au chant baroque ?

Elisabeth St-Gelais : Oui, notamment avec Alexandre Dratwicki, directeur du Palazzetto Bru Zane à Venise, qui collabore régulièrement au Domaine Forget de Charlevoix. J’ai aussi travaillé avec ma coach Louise Pelletier et mon professeur de chant Stefano Algieri. 

PAN M 360 : C’est quand même tout un mandat, trois arias de cette teneur. Gros contrat!

Elisabeth St-Gelais : Pas juste gros, surtout beau !

PAN M 360 : Projets à venir? 

Elisabeth St-Gelais :  Le mois d’octobre est très occupé! Il y aura le Festival Stella Musica le 17 octobre, à la Cinquième Salle de la Place des Arts. Il y aura ensuite l’ouverture de la saison de l’Orchestre de l’Agora, un récital au Théâtre du Lac-Brome avec Louise Pelletier, puis je partirai un moment à Berlin.

PAN M 360 : Les chanteuses lyriques, ça voyage!Elisabeth St-Gelais : Oui!

Salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm, jeudi 9 octobre, 19h30. Infos et billets ICI.

Maison symphonique, vendredi 10 octobre, 19h30. Infos et billets ICI

Programme

J.-B. LULLY

Suite Le bourgeois gentilhomme

C.W. GLUCK

• Dieux puissants que j’atteste… Jupiter lance la foudre (Iphigénie en Aulide, Wq. 40)
• Ah ! Si la liberté me doit être ravie (Armide, Wq. 45)
• Ah, malgré moi, mon faible cœur… O Ciel ! Quel supplice, quelle douleur (Alceste, Wq. 44)

A. VIVALDI

Concerto pour violoncelle en do mineur, RV 401

J.S. BACH

Ouverture pour orchestre n° 3 en ré majeur, BWV 1068

Concert d’ouverture des Violons du Roy

PROGRAMME

J.-B. LULLY

Suite Le bourgeois gentilhomme

C.W. GLUCK

• Dieux puissants que j’atteste… Jupiter lance la foudre (Iphigénie en Aulide, Wq. 40)
• Ah ! Si la liberté me doit être ravie (Armide, Wq. 45)
• Ah, malgré moi, mon faible cœur… O Ciel ! Quel supplice, quelle douleur (Alceste, Wq. 44)

A. VIVALDI

Concerto pour violoncelle en do mineur, RV 401

J.S. BACH

Ouverture pour orchestre n° 3 en ré majeur, BWV 1068

SOLISTES

Elisabeth St-Gelais, soprano

Cameron Crozman, violoncelle

CHEF

Jonathan Cohen

Derrière les concepts méticuleusement calculés de Liew Niyomkarn se cache une sensibilité profonde et poétique aux histoires et aux relations qui façonnent le son. Cette approche affective a nourri des collaborations avec des artistes du monde entier, tissant des imaginaires dispersés en récits humains expansifs qui jouent sur les frontières entre réalité et fantaisie. Figure établie dans le monde des arts, sa prochaine performance à Montréal est à ne pas manquer. Alors qu’elle se prépare pour sa collaboration avec Anne F. Jacques dans le cadre de Flux, Liew Niyomkarn a pris le temps de réfléchir à son parcours et de partager les éléments qui rendent sa pratique si unique.

PAN M 360 : Vous faites partie du collectif A.Hop avec Anne F. Jacques, avec qui vous allez collaborer ce lundi. Pouvez-vous nous dire comment cette collaboration est née et comment vous vous êtes préparés pour le spectacle ?
Liew Niyomkarn : Anne-F est l’une de mes artistes sonores préférées, et j’ai toujours voulu jouer avec elle. De plus, j’étais ravi que nous fassions partie du même collectif ! Je savais depuis longtemps que je serais à Montréal cette fois-ci, alors je l’ai contactée. La préparation est assez organique et simple : nous nous sommes envoyé nos idées et nos sons pour faire connaissance, et nous utiliserons certains des sons d’Anne-F comme marqueurs temporels, comme nous le faisons dans certaines partitions d’A.Hop.

PAN M 360 : Vous avez sorti des albums avec Chinabot, un collectif qui présente de la musique alternative venue d’Asie. On entend beaucoup parler de Bruxelles comme d’un centre créatif pour ce type d’art, avec des écoles comme Ars, mais j’aimerais mieux comprendre l’écosystème des artistes et collectifs expérimentaux en Thaïlande, car on en entend peu parler. Quels sont les artistes et collectifs en Thaïlande, ou en Asie, qui vous ont influencé en tant qu’artiste aujourd’hui ?
Liew Niyomkarn :
À l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’artistes expérimentaux en Thaïlande, mais la plupart de la scène artistique était concentrée autour de Bangkok et Chiang Mai. J’admirais le duo pop Stylish Nonsense, le label Small Room et la galerie WTF (Wonderful Thai Friendship) : c’étaient mes lieux de prédilection lorsque je vivais là-bas. Après avoir quitté Bangkok il y a plus de dix ans, la scène s’est vraiment épanouie et regorge désormais d’espaces gérés par des artistes. Il y a tellement d’artistes et de musiciens talentueux en Thaïlande. Aujourd’hui, vous pouvez découvrir des lieux comme Speedy Grandma, N22, Storage Gallery, la salle de concert Noise House et Jam Café. Il existe également une communauté underground queer florissante, NonNonNon, pour n’en citer que quelques-uns. La ville n’a jamais cessé d’offrir des choses amusantes et passionnantes !

PAN M 360 : Yuri Landman crée des instruments qui se concentrent sur la création de timbres inédits, mais ses instruments élargissent également les possibilités d’interaction. Pourquoi avez-vous choisi d’utiliser ses instruments pour cet album, et qu’apportent-ils à votre pratique ?
Liew Niyomkarn : J’ai eu une série de réunions intensives avec Yuri il y a quelques années. Nous avons principalement approfondi la physique fondamentale (son domaine de prédilection), les accordages et les séries harmoniques. Il maîtrise vraiment très bien tous ces sujets. Pour lui, les mathématiques fonctionnent presque comme un pilote automatique : il s’exprime en mathématiques, ce que je n’arrive toujours pas à comprendre complètement. Mais j’ai fini par accepter la division de l’harmonie sur les instruments à cordes, et nous avons même commencé à en fabriquer quelques-uns afin que je puisse mieux comprendre.
Nous nous sommes inspirés du système harmonique de Glenn Branca comme base, et Yuri a élaboré sa propre adaptation. Ce que j’aime dans cette approche, c’est que plus vous proposez d’options, plus vous êtes poussé à vous fier à vos oreilles et à votre intuition pour décider ce que vous voulez, ou quel son vous parle vraiment. Pour moi, c’est toujours passionnant d’apprendre la théorie, mais en fin de compte, je me fie à mes oreilles et à mes sentiments.

PAN M 360 : Votre pratique musicale est clairement étroitement liée à l’espace physique, avec des collaborations à travers le monde et des combinaisons d’enregistrements sur le terrain qui imaginent de nouveaux mondes sans limites. À l’inverse, ce que nous voyons dans les médias, c’est que là où les frontières ne sont pas délimitées, par exemple à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, il existe un potentiel de conflit. Pensez-vous qu’il soit possible pour l’humanité d’exister sans frontières, dans un état de paix ?
Facultatif : Comment, dans cette musique sans limites, consolidez-vous différents acteurs, différents États ?

Liew Niyomkarn : Oui, si ceux qui détiennent le pouvoir cessaient d’utiliser les frontières comme des armes, l’humanité pourrait déjà vivre sans elles.
[ réponse A ] pour la musique, je ne suis pas sûr de les rassembler intentionnellement. Je laisse simplement la musique faire ressortir différents états, qui finissent par se heurter, se chevaucher et se démêler d’eux-mêmes, ou du moins j’espère que c’est ainsi que cela est perçu.

PAN M 360 : Étant basée à Bruxelles, Bangkok et Los Angeles, vous avez une perspective unique sur ces trois cultures distinctes. Pouvez-vous nous donner votre avis sur la notion collective de division entre les cultures orientales et occidentales ?
Facultatif : Comment interpréteriez-vous ces différences d’un point de vue musical ?

Liew Niyomkarn : Je ne suis pas sûr qu’il existe vraiment une telle division. Je pense que la culture a tendance à s’adapter pour assurer la survie de l’humanité — nous trouvons inévitablement des moyens d’aller de l’avant. Ce sont de grandes villes avec un large éventail d’environnements multiculturels. Je ne sais pas trop pourquoi, mais je suis presque sûr que l’ambiance de ces villes se retrouve dans ma musique.

PAN M 360 : Les villes mentionnées ci-dessus sont des zones urbaines très denses et des mégapoles, mais votre musique, en revanche, semble complètement détachée de ces paysages urbains. Elle est non seulement composée de manière minimaliste, mais intègre également des éléments d’enregistrements sur le terrain provenant de ce qui ressemble à une jungle dans « feels like liquidity », et parle des étoiles dans « comet of curiosity ». Pouvez-vous me parler de cette dichotomie entre les espaces extérieurs et intérieurs que vous occupez entre la vie et la musique ?
Liew Niyomkarn : L’un des avantages de l’utilisation du son et de la musique comme moyen d’expression est qu’ils contournent la pensée rationnelle et suscitent une sorte de fantaisie. La science et la physique fondamentale sont pour moi un bon moyen de m’évader psychologiquement. Utiliser des enregistrements sur le terrain est pour moi non seulement un moyen de préserver la mémoire, mais aussi de construire des récits simples, dans lesquels j’espère que nous pourrions vivre comme alternatives au monde réel.

PAN M 360 : Glenn Branca et Sonic Youth figurent parmi les influences de votre dernier album, « In All Possible Places at Once ». Le mouvement No Wave, qui relie largement ces deux artistes, s’est en partie inspiré de l’avant-garde américaine des débuts, que je retrouve dans votre musique. Mais au-delà de cela, les textures sonores de ces albums sont presque en contradiction avec votre combinaison douce de cordes pincées et d’environnements délicatement introspectifs. Vous avez mentionné les accordages et les formes compositionnelles, mais qu’est-ce qui vous inspire conceptuellement chez des artistes comme Glenn Branca et Sonic Youth ?
Liew Niyomkarn : J’aime le fait qu’ils traitent le son comme une force spatiale et matérielle. Ils explorent la texture, la dissonance et la résonance pour créer des environnements immersifs plutôt que de simples mélodies, et ils embrassent les chevauchements et le chaos qui surgissent lorsque les couches sonores interagissent.

PAN M 360 : Vous avez travaillé sur des films, des promenades sonores, des pièces de théâtre et même certaines de vos propres installations. En quoi votre pratique de la performance live diffère-t-elle de vos autres pratiques sonores, et en quoi sont-elles similaires ?
Liew Niyomkarn : J’adore la performance live parce qu’elle réveille vraiment votre horloge interne d’une manière qu’aucune autre forme ne peut égaler. Ce qui se recoupe pour moi, c’est le sens de l’espace, l’environnement et les collaborations qui en découlent.

PAN M 360 : Une dernière question : qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus sur le plan artistique en ce moment ? Y a-t-il un projet spécifique qui vous inspire particulièrement ?
Liew Niyomkarn : Je suis en train d’écrire une partition pour Savant Flanuer, que nous jouerons à Send+Receive dans quelques semaines, et je prépare une collaboration avec trois artistes thaïlandais pour le festival Ghost 2568 à Bangkok. Je fais principalement des recherches sur la notation musicale et je souhaite écrire davantage de partitions, créer une exposition et étendre mon travail à une installation sonore.

LUNDI 6 OCTOBRE, SALA ROSSA, 19H30. INFOS + BILLETS ICI

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Évoluant aux côtés du pianiste Chris Illingworth et du batteur John Scott, Nick Blacka est le contrebassiste du trio britannique GoGo Penguin. Depuis 2012, on doit à ce trio de Manchester 7 albums studio, 2 EP, 3 enregistrements publics, une mise en nomination en 2014 dans la liste courte du Mercury Prize.

On ne parle vraiment pas d’un groupe émergent sur la banquise du jazz en proie aux changements climatiques, encore moins un cri de ralliement pour l’équipe de Sidney Crosby !

Au cours de la décennie précédente, GoGo Penguin avait été identifié parmi les trios phares de cette nouvelle esthétique, certes associée au jazz, mais aussi au math rock, au prog ou à l’élecro de pointe.

Ces trios acoustiques (ou presque) ont en commun la primauté du travail collectif, et une approche plus ténue des expressions individuelles. Une tendance, assurément.

En juin dernier, l’album Necessary Fictions était mis en marché, on se doute bien que sa matière constitue le plat principal de la tournée québécoise et canadienne du groupe, dont le Palais Montcalm sera une escale importante, le jeudi 16 octobre. 

Et c’est pourquoi PAN M 360 a été mis en relation avec Nick Blacka pour l’interview que voici :

PAN M 360 : Commençons par votre nouvel album, Necessairy Fictions. Qu’est-ce qui a été accompli si on fait une chronologie de votre évolution discographique?   

Nick Blacka : V2.0,  notre 2e album, avait été nommé pour le Mercury Prize. C’est alors qu’on a commencé à porter plus d’attention à ce que nous faisions. Et puis nous avons signé chez Blue Note, chez qui on a fait les albums Man Made Object, A Humdrum Star et GoGo Penguin (homonyme). Deux autres albums suivirent chez XXIM Records, dont le tout dernier. Ça a été un long voyage… même si la vie est courte!

PAN M 360 : Oui, la vie passe très vite, mais c’est un très bon achat d’enregistrer 9 albums, 9 collections de nouveaux morceaux, et ça continue. 

Nick Blacka : Comme la vie, n’est-ce pas ? Vous vous regardez en photo plusieurs années après sa prise, et vous réalisez avoir vieilli.  Nous disons toujours que chacun de nos albums est un instantané, un polaroid de qui vous étiez à une période précise. L’idée de d’un nouvel  album est donc de rester fidèles nous-mêmes, honnêtes et ouverts par rapport à ce que nous sommes devenus.

PAN M 360 : Il y a effectivement danger de se trouver prisonnier de son image et faire du sur-place comme c’est si souvent le cas dans la musique.

Nick Blacka: Exact, et donc nous ne nous inquiétez pas trop de ce que le monde extérieur pense de nous. Il faut encore et toujours  prendre des risques. Nous voulons ainsi explorer de nouveaux territoires.

PAN M 360 : Et quels sont ces nouveaux territoires, dans le cas qui nous occupe?

Nick Blacka :  Nous avions toujours utilisé un peu d’électronique et des synthétiseurs, mais  je pense qu’il y en a plus sur le nouvel album. Depuis longtemps, toutefois, l’usage de ces machines nous a amenés à penser différemment la composition.

PAN M 360 : Pouvons-nous être plus précis sur certains exemples  Notre lectorat est  aussi intéressé à connaître les paramètres de vos compositions.

Nick Blacka : Un bon exemple serait une pièce du nouvel album,  What We Are and What We’re Meant to Be. L’influence électronique y est très nette :  la basse très lourde provient d’un synthétiseur. Puis on joue les instruments acoustiques par-dessus, mais c’est très proche de la musique de danse. Seules quelques pièces de cet album portent ce genre d’idées, je pense aussi à Naga Ghost. 

PAN M 360: L’influence électro vous a donc menés à en jouer en plus de l’évoquer acoustiquement.

Nick Blacka: Par le passé, on a souvent évoqué les formes de la musique de danse, que l’on exprimait  avec nos instruments acoustiques. Maintenant, on essaie parfois d’utiliser les synthétiseurs, même si  la basse et la batterie restent au cœur de ce que nous faisons.

PAN M 360 : Beaucoup de mélomanes qui aiment la musique d’improvisation et les nouveaux types d’hybridation du jazz et d’autres styles connaissent Gogo Penguin et apprécient votre musique. Votre succès est aussi attribuable à la tendance dont vous êtes issus : petits ensembles de jazz cohésifs, très solides rythmiquement, et moins portés sur les solos. 

Nick Blacka :  Comme vous dites. Mais il y a des moments où nous improvisons, bien sûr, et surtout en live, les choses changent. Il y a bien sûr des solos de basse, de piano ou de batterie, mais c’est lorsque ça sert la musique, plutôt que chaque pièce.

PAN M 360 : Et, juste avant l’émergence de votre génération, il y avait eu des précédents.

Nick Blacka : Quand j’étais ado, je fus influencé par des groupes comme Portishead (trip-hop) ou Ronnie Size Reprazent (drum’n’bass).  Ces groupes, entre autres, prenaient des échantillons de contrebasse ou de batterie, c’était vraiment inspirant. Et nous y revenons toujours. Personnellement, j’ai étudié le jazz à l’école, j’ai fait mon diplôme en jazz, j’ai appris de tous ces styles différents, et je suis devenu très enthousiaste par l’idée de jouer du bebop et des standards. Mais il y a eu un moment où c’était cool de faire autre chose et nous sommes restés fidèles à nos notre intérêt pour de nouvelles fusions. 

PAN M 360 : On peut quand même parler d’une tendance : dans les années 2010, on a vu plusieurs groupes du genre émerger au Royaume-Uni -Get the Blessing, Neil Cowley Trio,  The Comet Is Coming, Sons of Kemet, etc. Maintenant, on peut le voir ailleurs en Europe et aussi  en Amérique du Nord. La suite?

Nick Blacka: Je  pense que la façon dont nous jouons et composons est juste en phase avec la culture musicale de notre époque. Nous venons de ce bouillon de culture. À Manchester, notre ville, les styles de musique sont nombreux et dynamiques sur la scène locale, il y a forcément des mélanges qui se produisent. Vu la difficulté de financer tout ça, une attitude DIY s’est développée. Alors on n’hésite pas à mettre des choses en commun. 

Les deux choses qui ressortent toujours de Manchester sont le football et la musique. Pour une ville pas aussi grande que Londres, Manchester a beaucoup apporté  musicalement. Peut-être parce qu’il y pleut beaucoup… je ne sais pas. Tout le monde veut faire de la musique ici!

PAN M 360 : Chose certaine, le travail d’équipe l’emporte sur tout en ce qui vous concerne!

Nick Blacka : C’est plus  qu’un travail d’équipe, c’est aussi la joie d’être dans un groupe. Chacun a sa force,  chacun contribue, ça ne se fait pas seul. C’est la beauté de tout ça. Chacun d’entre nous pourrait faire des carrières solo mais nous préférons rester au sein de ce groupe. C’est grand, ce sentiment de musiciens qui travaillent ensemble.  C’est ce que nous ressentons, en tout cas.

PAN M 360 : Peu importe la forme que cela peut prendre!

Nick Blacka : Oui, nous sommes arrivés à ce point que nous ne nous  inquiétons plus si c’est du jazz ou autre chose. Nous faisons de la musique, nous essayons d’écrire des morceaux, et nous souhaitons que ça résonne émotionnellement. C’est notre point focal.  

PAN M 360 : Comment cela se passe-t-il au quotidien?

Nick Blacka : La musique est surtout écrite par Chris et moi qui vivons à Manchester. Nous faisons beaucoup de travail de développement ensemble.  John est à Londres, et il vient travailler avec nous pour des sessions de travail intensives. Nous passons donc une bonne partie de notre vie ensemble, nous évoluons ensemble. Ces vies communes se trouvent forcément dans notre musique. 

Oui, oui. Si vous demandez à quelqu’un dans le monde, les deux choses qu’ils diront sur Manchester sont la musique ou le football. Ce sont les deux choses. Pour une ville qui n’est pas aussi grande que Londres, l’histoire et l’héritage de la ville et ce qu’elle a apporté en termes de musique est considérable. Peut-être parce qu’il y pleut beaucoup… je ne sais pas. Tout le monde veut faire de la musique ici!

PAN M 360 : Et comment tout ça peut-il résister à l’usure du temps?Nick Blacka : Nous sommes plus âgés,  nous sommes au milieu de nos vies  mais, nous sommes toujours à nous demander ce qui est à venir.  Nous cherchons toujours à avancer dans l’authenticité et le désir de communiquer quelque chose de personnel,  sans avoir ce défi de tout changer.  

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Si vous avez visionné à la télé les funérailles nationales du grand sociologue Guy Rocher, vous avez  aussi vu et écouté le Quatuor Molinari, dont PAN M 360 couvre les activités musicales depuis les débuts de la plateforme. Les mélomanes seront encore  toujours au rendez-vous de cet ensemble excellent qui amorce le mardi 7 octobre sa saison 2025-26. Avec Olga Ranzenhofer, nous parcourons ce premier programme sous la bannière Passages, constitué des œuvres de Bartók, Chostakovitch et Boucourechliev. Nous parlons en outre de la nouvelle membre du quatuor, l’altiste Cynthia Blanchon et nous posons un regard sur la nouvelle saison qui s’amorce.

PAN M 360: Commençons par le renouveau. Vous atteignez la parité avec l’arrivée de l’altiste Cynthia Blanchon. Bravo! Pourquoi l’avez-vous choisie précisément? Quels sont ses atouts?

Olga Ranzenhofer: C’est à la suite de l’audition de plusieurs altistes que nous avons choisi Cynthia. Sa riche sonorité, son sens aigu du phrasé, sa grande musicalité et bien sûr sa grande maîtrise technique de l’alto nous ont convaincus qu’elle était l’altiste que nous recherchions. Elle possède aussi une grande expérience de musique de chambre.

C’est un grand bonheur pour moi d’avoir une autre femme dans le quatuor. L’atmosphère de travail est enjouée et on a tous beaucoup de plaisir à travailler ensemble. La venue de Cynthia donne un nouvel élan au Quatuor.

PAN M 360:  Pourquoi jouer un mardi en ouverture de saison?

Olga Ranzenhofer: Habituellement, nos concerts sont le vendredi soir, mais avec la venue de notre nouvelle altiste, on a dû changer car Cynthia était dans l’impossibilité de faire le concert à la date que nous avions prévue le faire. C’est aussi simple que cela! Les autres concerts seront de nouveau le vendredi soir.

PAN M 360: : Nous reviendrons plusieurs fois cette saison sur vos programmes 2025-26, mais peut-on parler d’un angle général pour cette 29e saison?

Olgan Ranzenhofer: Nous maintenons notre mandat de jouer les grandes œuvres des 20e et 21e siècles et de créer de nouvelles œuvres depuis nos débuts et cette saison n’y déroge pas! Notre premier concert présente des œuvres de deux des plus importants compositeurs pour quatuor du 20e siècle, Béla Bartók et Dimitri Chostakovitch qui ont écrit pas moins de 21 quatuors à eux seuls! C’est essentiel pour un quatuor de jouer ces œuvres, car elles sont à la base du répertoire du quatuor à cordes.

Nous devions jouer l’intégrale des quatuors de Chostakovitch en mai dernier mais les concerts ont dû malheureusement être annulés à la dernière minute. Nous sommes très heureux d’annoncer que nous ferons cette intégrale avec Cynthia en mai prochain. Nous avons aussi deux belles créations cet automne; Denis Dion a écrit Coin Darling pour nous, œuvre en hommage à Guido Molinari et nous créerons le premier quatuor de Blair Thomson Internesses en décembre. On va aussi terminer notre intégrale des quatuors de Philip Glass en février et les enregistrer pour ATMA.  Donc, continuité et nouveautés sont au menu de notre 29e saison.

PAN M 360: Le premier concert de la saison de votre série Vingtième et plus est intitulé Passages . Pourquoi?

Olga Ranzenhofer: Plusieurs raisons motivent ce titre. Premièrement il y a le passage du flambeau à notre nouvelle altiste. Deuxièmement, le 1er quatuor de Bartók représente le passage du post-romantisme au chemin de la modernité et les trois mouvements de ce quatuor forment un parcours étonnant, du désespoir à l’espoir, du chant funèbre à la danse hongroise. Enfin, la création en 1953 du 4e quatuor de Chostakovitch ouvre la voie à une plus grande liberté artistique avec la mort de Staline.

PAN M 360: : Parlez-nous du défi que pose le 4e quatuor de Chostakovitch, écrit pendant le régime stalinien et créé après la mort de Staline en 1953. Quels en sont les particularités? Comment l’avez-vous préparé cette fois?

Olga Ranzenhofer: Ce 4e quatuor a été joué lors du tout premier concert du Molinari en novembre 1997. Je joue ce quatuor depuis presque 30 ans maintenant et j’y découvre toujours quelque chose de nouveau. C’est le signe d’un vrai chef-d’œuvre! Bien sûr, on change notre interprétation au cours des années et c’est cela qui est extraordinaire avec la musique vivante. Elle se renouvelle toujours. La structure de ce quatuor est très classique tant par ses quatre mouvements que par la forme interne de ses mouvements. Le second mouvement est un petit chef-d’œuvre en soi avec son très touchant thème intime qui contraste avec le premier mouvement si orchestral. Le dernier mouvement est particulièrement incroyable avec sa longue montée en intensité. C’est toujours un grand bonheur de jouer cette œuvre.

PAN M 360 : Même question pour le 1er quatuor, opus 7, de Béla Bartók, « dont les trois mouvements forment un parcours étonnant, du désespoir à l’espoir, du chant funèbre à la danse hongroise. »

Olga Ranzenhofer: Ce quatuor nous fait parcourir toute une panoplie d’émotions. Les soupirs de désespoir du début se transforment au cours de l’œuvre en un retour à la vie puis à une joie de vivre avec des rythmes dansants. Les quatuors de Bartók représentent toujours un grand défi car tout est imbriqué et dépend de ce qui précède. L’œuvre est en accelerando constant,  il faut bien doser les tempos et les intensités pour pouvoir se rendre au bout de l’œuvre!

PAN M 360:  Pour compléter le programme, le Quatuor III du compositeur bulgare (naturalisé français) André Boucourechliev (1925-1997), œuvre écrite pour le Concours international de quatuors à cordes d’Évian de 1995. Pourquoi ce choix? Quelles en sont les particularités? De quelle façon l’abordez-vous?

Olga Ranzenhofer: Ce quatuor est très intéressant. Boucourechliev, qui était aussi musicologue et écrivain, a composé une trentaine d’œuvres. Ces trois quatuors offrent de grands défis aux musiciens car nous devons être plus que des interprètes… nous participons à plusieurs moments à la composition de l‘œuvre. Boucourechliev a créé des sections «ouvertes» dans lesquelles les musiciens doivent prendre des décisions quant au matériel à jouer, à l’ordre dans lequel le jouer, choisir les intensités et les vitesses. Tout cela doit se faire non pas par hasard, mais par une écoute attentive des autres voix et en suivant un fil conducteur. Nous créons une nouvelle œuvre chaque fois que l’on joue ce quatuor.

J’invite les mélomanes à écouter l’épisode intitulé «Passages» de notre balado «Le studio du Quatuor Molinari». L’animateur Jean Portugais accueille Cynthia Blanchon pour une entrevue et il présente les œuvres au programme du concert de mardi le 7 octobre.

PAN M 360: Comment l’expérience du Quatuor Molinari (et de votre fille Odile Portugais, soprano) a-t-elle été vécue aux funérailles nationales du sociologue Guy Rocher? Rappelez-nous vos choix d’interprétation!  

Olga Ranzenhofer: Guy Rocher était un grand bâtisseur du Québec moderne. Il était aussi un grand mélomane et un fidèle du Quatuor Molinari. À 98 ans, il venait encore à nos concerts!  Mon mari Jean Portugais l’a bien connu à l’Université de Montréal et nous avons été très touchés d’avoir été invités à le voir aux soins palliatifs au mois d’août. 

J’ai apporté mon violon et j’ai joué du Bach, du Handël et du Massenet pour lui. Suite à son décès, sa fille Anne-Marie m’a appelée pour demander au Quatuor Molinari de jouer lors de l’Hommage national en son honneur.

Nous avons choisi de jouer le premier mouvement du magnifique Quatuor no 2 du compositeur québécois Jacques Hétu et le premier mouvement du 1er quatuor de Chostakovitch, deux œuvres propices au recueillement. Une des pièces que j’avais jouée pour M. Rocher était Lascia ch’io pianga de Handël, qui est un air pour soprano. La famille voulait cette œuvre, alors on a demandé à Odile de la faire avec nous. On nous a aussi demandé de jouer la chanson connue de tous Adieu Monsieur le professeur, alors mon collègue Antoine Bareil a fait un arrangement pour voix et quatuor. Cela a été un moment très touchant à la toute fin de la cérémonie lorsque l’Ensemble vocal Katimavik, dirigé par Frédéric Vogel, a chanté le refrain et invité la foule à se joindre à nous.  

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Avec son look éclatant de couleurs vives et de formes parfois improbables, façon Émilie dans un Paris fantasmagorique et alternatif quelque part entre Yves Saint-Laurent et l’esthétique du film le Cinquième élément, l’États-unienne Sophie Grey commence de plus en plus à faire parler d’elle sur la scène pop. Elle a ouvert pour Sting et Shaggy, mais prend désormais les rênes de sa propre destinée musicale avec la tournée Retro Electro, également le titre de son plus récent album. C’est après des études en piano classique que la très jeune dame s’est laissée emporter par la musique des années 1980, son aisance mélodique, ses rythmes simples et accrocheurs et sa théâtralité visuelle hyper expressive. Ce qu’elle offre avec Retro Electro est une revisite respectueuse mais pas pasticheuse de la musique pop des années 1980, avec toute la panoplie des gestes et tics de cette esthétique archi typée, mais en utilisant la richesse de la lutherie électronique contemporaine pour lui donner un petit ‘’oumpf’’ supplémentaire. C’est parfaitement adapté au mouvement rétrofuturiste qui s’anime un peu partout au cinéma, en littérature et en arts visuels. Avant sa prestation au Bar Le Ritz PDB à Montréal le 12 octobre prochain (son seul arrêt au Canada!), j’ai eu le plaisir de converser avec l’artiste qui, Ô belle surprise, parle également un français tout à fait exquis (une courte partie de l’entrevue). Voici cette entrevue : 

DÉTAILS ET BILLET POUR LE CONCERT DE SOPHIE GREY AU BAL LE RITZ PDB À MONTRÉAL, LE 12 OCTOBRE 2025. 

Le batteur et compositeur Andrew Cyrille se destinait à de hautes études en chimie et avait finalement opté pour la chimie des sons et de la musique improvisée. D’origine haïtienne, l’octogénaire est parmi ces grands musiciens américains ayant vécu la transition du jazz moderne au jazz contemporain. On l’a entendu aux côtés du saxophoniste Coleman Hawkins à ses débuts, puis dans la formation du pianiste Cecil Taylor. Plus tard, il fut associé au saxophoniste David Murray, des pianistes John Hicks et Marilyn Crispell, tant d’autres. Ce samedi à La Chapelle / Scènes contemporaines, il assure la deuxième partie d’un programme dans le contexte du festival FLUX, présenté conjointement par Le Vivier. Nous l’avons joint à New York plus tôt cette semaine en voici la conversation transcrite pour le lectorat de PAN M 360.

PAN M 360 : Vous vous êtes produit à plusieurs reprises à Montréal par le passé, vous venez cette fois dans un autre contexte. Peut-être pourriez-vous nous expliquer sommairement ce projet solo, nous dire comment il a été construit ? 

Andrew Cyrille : C’est construit sur des compositions originales et aussi sur des concepts qui viennent d’autres artistes.  J’exprime ma musique à travers le médium de la percussion.

PAN M 360 : Et si nous essayons d’être plus précis, pouvez-vous nous donner des exemples de ces expériences, ou de votre relation avec vos compositions en tant que percussionniste ? 

Andrew Cyrille : Oui, bien, j’ai fait quelque chose il y a de ça plusieurs années sur un album intitulé What About, ça a quelque chose à voir avec essayer de donner un exemple de la naissance, les premières respirations, les premiers sons qui peuvent être communiqués à d’autres êtres humains. Une autre  sur What About se concentrait sur les cadres des tambours , ceci incluant des overdubs de sifflets ou flutes. Une autre pièce avait été enregistrée avec Gene Lee et Jimmy Lyons sur l’album Nuba et je joue la pièce Nuba que j’ai conçue et dans laquelle je fais un solo de percussion en hommage à Art Blakey et Max Roach, comme le Seven for Max que j’ai déjà enregistré. Si je vous donne tous les exemples, je ne vais pas tous les jouer! 

PAN M 360 : Pouvez-vous nous présenter ce projet spécifique  prévu à Montréal ? 

Andrew Cyrille : Je viens seul. Et j’ai donné des consignes au festival Flux pour assembler la batterie qui me conviendra. J’ai photographié mes instruments et fait parvenir les images aux organisateurs de FLUX.

PAN  M 360 : Vous avez toujours été impliqué dans les nouvelles formes de jazz, en tant que batteur, interprète, compositeur ou leader.  Et quelle est la place du concert solo dans tout ça?

Andrew Cyrille : J’ai fait beaucoup de solos de percussions tout au long de ma carrière et je dirais que le solo est aussi inclus dans une composition de jazz pour n’importe quel ensemble. Je viens d’ailleurs de présenter un concert solo dans un club de la région de New York.  

PAN M 360 : Donc ça a toujours changé, vous avez pu affiner votre approche et aller plus loin. 

Andrew Cyrille : Quelles que soient les compositions en jazz, c’est ce que nous faisons à l’intérieur de ces compositions : les rendre différentes. En d’autres termes, pour nous prendre une pièce et la transformer en y ajoutant de nouveaux ingrédients. Nous partons d’une composition et nous la transformons avec nos propres influx.

PAN M 360 : Vos origines haïtiennes rejaillissent-elles dans votre musique ? L’héritage rythmique d’Haïti est si riche!  

Andrew Cyrille : Je suis né aux États-Unis de parents haïtiens. Il y a des réminiscences de la culture haïtienne dans mon jeu, mais c’est plutôt inconscient.  Le fait est que mon éducation musicale a été reçue aux États-Unis, dans des écoles de musique comme Juilliard, et ça a fait ce que je suis. Bien sûr, les musiciens de partout dans le monde avec qui j’ai joué ont aussi contribué à forger ma personnalité musicale. J’ai appris à travers tout ça pour ainsi devenir ce que je suis.

PAN M 360 : Vous êtes resté connecté à la musique.

Andrew Cyrille : Le truc avec  la musique, c’est que vous ne voyez pas les notes, vous ne goûtez pas les notes, vous ne les mettez pas dans votre poche. Vous ressentez les notes, et c’est une connexion spirituelle. Si vous trouvez un dénominateur et une façon de communiquer avec d’autres êtres humains quels que soient les vêtements qu’ils portent ou la nourriture qu’ils mangent, vous pouvez alors faire de la musique.

PAN M 360 : Êtes-vous impliqué dans beaucoup d’ensembles ou encore vous concentrez-vous sur votre projet solo?

Andrew Cyrille : Je me concentre sur ce que les gens me demande de faire. Je viens, par exemple, de jouer avec le trio du  pianiste David Virelles, d’origine cubaine et qui vit à New York avec le contrebassiste Reggie Workman, ou encore avec le groupe du  pianiste Adegoke Steve Colson. Il n’y a pas de plan précis dans mes collaborations, il y a plutôt des des possibilités, des occasions.  Il y a aussi mon propre quartet qui  s’est produit récemment au Village Vanguard, avec Bill Frisell,  guitare, David Virelles, piano et Ben Street, contrebasse. J’y retournerai bientôt avec un ensemble composé notamment de Joe Lovano, saxophone et Dave Douglas, trompette. De plus, j’enseigne à The New School.Pour moi, cela fonctionne ainsi: je ne peux vraiment que gérer le présent, essayer de m’améliorer au présent et rester en vie (créative). Oui, je pense à ce qui peut advenir dans le futur. Mais pour moi lorsque le futur s’avère, c’est le présent. Et c’est ce qui compte pour moi. 

PAN M 360 : Les souvenirs sont-ils importants pour vous?  Vous avez une longue et riche carrière mais vous êtes toujours actif.

Andrew Cyrille :  Vous savez, il y a des choses dans le passé que je peux me rappeler, des expériences qui m’ont spirituellement fait grandir. Par exemple,  j’ai eu l’opportunité de jouer avec Coleman Hawkins pour son album The Hawk Relaxes. J’avais alors 21 ans quand j’ai fait ça, et je n’avais rencontré Coleman Hawkins auparavant, et j’ai eu une date d’enregistrement avec lui, et qui était-ce? Ron Carter était à la basse, et Kenny Burrell à la guitare, Ronel Bright au piano. Je Sarah Vaughan. Ce fut  la seule fois où nous avons joué ensemble,  Coleman Hawkins m’a accepté et nous avons joué sa musique. 

PAN M 360 : Coleman Hawkins était déjà vieux à cette époque, mais il avait une réputation d’un homme très ouvert, ce n’était pas le cas pour la majorité de ses collègues de sa génération.

Andrew Cyrille : Une personne avec qui j’ai passé des moments phénoménaux et qui m’a appris beaucoup de choses, c’était la grande pianiste Mary Lou Williams.  J’étais alors étudiant à Juilliard et Mary Lou m’avait appris d’autres dimensions de la musique, notamment en me faisant chanter des patterns mélodiques du jazz moderne avant de les jouer. J’avais appris à ne pas avoir peur de ma voix et à faire ce qu’elle m’avait prescrit.

PAN M 360 : Un peu comme dans la musique classique indienne, où l’on dit les ragas de vive voix avant de les jouer.

Andrew Cyrille :  Beaucoup de choses sur cette planète sont interreliées.

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