La pianiste et compositrice Marianne Trudel est une figure importante de la scène jazz montréalaise et l’une des membres fondatrices de l’Orchestre National de Jazz, actif depuis plus d’une décennie. L’ONJ se produira à la Cinquième Salle de la Place des Arts ce jeudi le 30 octobre, dans le cadre d’un concert qui rendra hommage au travail des compositrices de jazz à travers les époques. PAN M 360 a eu l’occasion de discuter avec Marianne Trudel avant ce concert.

PAN M 360 – Est-ce qu’il y a des plaisirs ou des opportunités uniques qui se présentent en jouant avec l’ONJ ?
Marianne Trudel – Ça fait environ douze ans qu’on a commencé, et ça fonctionne un peu comme un orchestre classique, avec des membres réguliers qui ont une très bonne chimie entre eux. On a aussi d’excellents compositeurs et arrangeurs. On joue de la musique très diversifiée avec des idées et univers très intéressants. La qualité des musiciens et de la musique est extra!

PAN M 360 – Comment avez-vous sélectionné le répertoire pour ce prochain concert ? Vous présentez certaines de vos propres compositions, mais à part cela, y avait-il d’autres compositeurs ou morceaux qui vous semblaient incontournables ?

Marianne Trudel – Pour ce concert, l’objectif était de mettre la lumière sur les femmes compositrices en jazz. Je tenais à présenter une diversité dans les époques et les styles. Il y aura donc des pièces de Mary Lou Williams, une des premières femmes compositrices et arrangeurs, ayant écrit des pièces pour les orchestres de jazz de Count Basie, Benny Goodman, Duke Ellington entre autres.

Elle était une musicienne extraordinaire, pianiste et compositrice ayant aussi joué un rôle de mentor pour plusieurs musiciens de jazz très connus tels que Monk, Gillespie. On présentera également des pièces de Toshiko Akiyoshi, une musicienne japonaise qui avait un orchestre de jazz incroyable avec son mari Lew Tabackin. Évidemment, quelques pièces de Maria Schneider qui a apporté un son très différent, plus orchestral. Sa musique est très riche mélodiquement et sort du style swing à proprement parlé.

Puis, je tenais aussi à présenter des pièces plus contemporaines dont certaines de Satoko Fuji, pianiste et compositrice japonaise des plus prolifiques et excitantes, Anna Webber, qui est canadienne, exilée aux Etats-Unis depuis des années qui présente un langage et une approche très modernes. Je présenterai également une de mes compositions. Ce concert est donc une opportunité unique d’entendre cette musique magnifique qui est trop peu jouée.

PAN M 360 – Y a-t-il des musiciens dans l’ONJ que vous avez particulièrement hâte de mettre de l’avant?

Marianne Trudel – Honnêtement, je suis une très grande « fan » de tous les musiciens de l’orchestre! Ils ont tous leur propre son, leur personnalité, leur couleur. Pour ce concert, Kevin Warren, notre batteur régulier ne pouvait pas être avec nous mais nous avons la chance d’avoir Alain Bourgeois à la batterie qui a une « drive » et une énergie incroyable! J’ai très hâte à ce concert!

PAN M 360 – En tant que compositrice pour des groupes de toutes tailles, comment votre processus d’écriture change-t-il lorsque vous écrivez pour un grand ensemble ? Considérez-vous cela comme une extension d’une œuvre plus petite ou s’agit-il d’un tout autre défi ?

Marianne Trudel – Disons qu’un grand orchestre, c’est un animal bien différent ! L’écriture pour ces ensembles génère beaucoup plus de maux de tête pour moi (rires). C’est un processus d’écriture à la fois super excitant et représentant un défi certain. Je ne pense pas seulement en termes mélodie-accords mais beaucoup en termes d’énergies, de couleurs, de contrastes. Toute la question de l’orchestration, des timbres, devient partie intégrante de l’écriture. 
PAN M 360 – Il est évident que les milieux du jazz ont tendance à être largement dominés par les hommes. Avez-vous remarqué des changements significatifs dans la dynamique entre les sexes dans le monde du jazz au cours de votre carrière jusqu’à présent ? Auriez-vous des conseils à donner aux jeunes femmes ou aux personnes non binaires qui débutent dans ce milieu ?

Marianne Trudel – Je leur dirais « Faites votre truc, avec engagement et détermination. Point final ». Je n’ai jamais trop compris pourquoi il n’y a pas plus de femmes en jazz. Il y a eu du progrès dans ce sens mais on est encore bien loin du 50% – 50%. Petit à petit, les femmes se taillent leurs places. Il y a maintenant plusieurs femmes pianistes qui font du jazz à Montréal – Lorraine Desmarais évidemment, la doyenne, Kate Wyatt, Marie Fatima, Gentiane Michaud-Gagnon, Ariane Racicot, etc.

Il y a aussi Rachel Therrien (trompette) Jennifer Bell (sax), Claire Devlin (sax) qui sont super. Puis, parfois, les excellentes musiciennes ne restent pas à Montréal et partent vers d’autres provinces ou les États-Unis. Christine Jensen a passé plusieurs années à Montréal, elle a dirigé notre orchestre et a récemment quitté pour les États-Unis, Anna Weber est partie aux États-Unis aussi, puis, une jeune tromboniste très talentueuse Margarett Donovan a quitté.

C’est pas si évident donc de faire rencontrer les forces féminines et masculines. Avec l’ONJ, on a régulièrement des invitées femmes : Caity Gyorgy, Virgina MacDonad, Kim Richardson, Malika Tirolien, Miho Hazama, etc. Il reste encore beaucoup de travail à faire, c’est certain. Pour moi, la cohabitation des énergies masculines et féminines reste des plus riches et fructueuses.

PAN M 360 – Y a-t-il des artistes femmes qui ne sont pas appréciées à leur juste valeur dont vous aimeriez attirer l’attention sur le travail ?

Marianne Trudel – Pour être honnête, je trouve que TOUS nos musiciens de jazz, hommes et femmes et non-binaires, à Montréal ne sont pas appréciés à leur juste valeur! Nous vivons dans une société qui privilégie d’autres types de musique.

La place dans les médias pour le jazz est quasi nulle. PAN M fait un travail excellent dans ce sens, Sorties Jazz Night, l’émission radiophonique de Stanley Péan et parfois, rarement, un article dans les journaux ici et là …mais c’est à peu près tout. Ce n’est nettement pas suffisant. C’était d’ailleurs un des buts premiers de l’ONJ, mettre en lumière toute la richesse du jazz à Montréal. Et le public le constate à chaque concert :  l’intensité, l’intégrité et le cœur que ces musiciens, musiciennes, mettent dans leur art est magnifique. Les gens sont touchés et transportés.

C’est le vendredi 7 novembre à 17h, dans l’Agora du Pavillon Judith-Jasmin de l’UQAM, au centre-ville de Montréal, que sera donné pour la première fois au Canada Field of Vision du compositeur états-unien Michael Gordon. Ce dernier, un maître de l’école contemporaine post-minimaliste et créateur de plusieurs œuvres imposantes pour percussions, à écrit ce vaste morceau de quelque soixante minutes en 2022 pour 36 percussionnistes devant s’exécuter en extérieur. Comme Montréal en novembre c’est, disons, plutôt incertain en termes de météo, on a décidé de proposer cette gigantesque partition dans un espace intérieur et vaste. Ce sera la première fois que ce sera fait et, pour l’occasion, le compositeur sera peut-être même présent! L’occasion de côtoyer une véritable légende vivante, car c’est un peu ce qu’est Michael Gordon, fondateur, entre autres, du célèbre festival Bang on a Can de New York. En plus de Sixtrum et de leurs collègues français des Percussions de Strasbourg et de l’ensemble Architek (de Montréal), pour atteindre le nombre de 36 requis par la partition, on a également fait appel au groupe EP4 et aux étudiant.e.s en percussion des universités McGill, de l’Université de Montréal, de l’UQAM et du Conservatoire de Montréal! Imaginez un peu le jouissif tintamarre que cela fera dans l’Agora de l’UQAM! Pour parler de l’œuvre et du compositeur Michael Gordon, j’ai rencontré le Directeur artistique délégué de Sixtrum, Fabrice Marandola.

INFOS ET BILLETS

PAN M 360 : Parlez-nous de Michael Gordon. Qui est-il et que représente sa musique?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Gordon est un compositeur de New York qui a fondé, avec Julia Wolfe et David Lang le festival Bang on a Can il y a une quarantaine d’années. C’est un représentant de la nouvelle école stylistique associée à New York, une école de pensée qui s’appuie beaucoup sur la pulsation, le beat, en création musicale contemporaine. C’est une école qui a une résonance importante dans la musique contemporaine, et la part de Michael Gordon est particulièrement marquante, surtout pour les percussions car il a créé plusieurs œuvres pour grands ensembles. Par exemple, Timber, une partition extraordinaire pour six poutres de bois  »2×4 », le genre qu’on trouve chez Rona, tout simplement. C’est fou ce qu’il réussit à créer comme timbres et comme sonorités. 

C’est quelqu’un qui est en train de s’inscrire dans le paysage de la percussion contemporaine de façon très forte. Et la pièce qu’on va jouer, nous, elle a déjà été jouée plusieurs fois dans le monde. 

Ça veut dire que c’est quelqu’un qui attire les percussionnistes et qui, en même temps, a une façon d’écrire qui donne envie aux programmateurs de programmer ce genre de truc, un peu fou quand même. 

PAN M 360 : Fait-il partie de l’école répétitive, ‘’minimaliste’’, états-unienne?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Je dirais oui et non, en fait. C’est peut-être plutôt ce qu’on appelle post-minimaliste maintenant. Il y a quand même des différences  avec, par exemple, les ‘’répétitifs’’ originaux tels Steve Reich, qui sont dans la répétition exacte de mêmes cellules, avec de graduelles et subtiles modifications. Avec Gordon, on est avec quelque chose qui est dans la répétition mais aussi dans l’évolution constante, plus marquée. Je vais faire une grosse caricature : on est peut-être entre du Steve Reich et du Xenakis.

Pourquoi je mentionne Xenakis? Parce que les timbres qu’il utilise, c’est dans du bois, du métal. Gordon aime beaucoup les métaux résonnants, notamment le bois pour Timber, où il exploite cela avec profondeur. Xenakis aimait beaucoup ça aussi.

Et puis, il y a une énergie très intéressante du fait de ces grandes vagues qui montent et qui descendent, qui sont assez typiques de son écriture. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que Field of Vision? Décrivez-nous la pièce

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Field of Vision, c’est une grande pièce d’une heure pour 36 musiciens (percussionnistes). Et ça a été conçu pour être joué, à l’origine, à l’extérieur, dans des parcs.

L’idée, c’est d’aller dans un grand espace, et que les musiciens se déplacent d’un endroit à l’autre avec les instruments. Il y a un côté un peu rituel là-dedans. C’est une pièce qui est constituée de quatre mouvements, de différentes longueurs, et qui commence notamment avec des choses résonantes. Puis il y a un moment où on est avec des pierres et avec des fagots de bois. Là, c’est le côté rituel où tout le monde se déplace en tournant avec les pierres. Ceux qui ont les fagots de bois les montent au-dessus de leur tête, etc.

À d’autres moments, on utilise 24 tambours de freins en deux cercles de douze. 

PAN M 360 : Des tambours de freins?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Oui, oui, les trucs pour les freins de voitures! Ça a un côté métallique avec un tout petit peu de résonance, mais pas beaucoup. Et puis, ça ne coûte pas cher… On ajoute des grosses caisses et des tam-tams dans un dispositif en cercle. 

Puis on se redéplace. Il y a beaucoup de mouvement. Les spectateurs, eux, sont libres de se balader où ils veulent. L’idée, c’est qu’il n’y a pas un endroit précis pour écouter. On peut marcher, on peut évoluer, on peut se déplacer, puisque c’était conçu pour l’extérieur.

Comme on est au Québec et que c’est début novembre, on n’a pas voulu prendre de risque. Et donc nous, on va être à l’intérieur. Et c’est la première fois que ce sera joué ainsi. L’UQAM nous a accueilli dans son Pavillon Judith-Jasmin. Quand on sort du métro et qu’on rentre à l’UQAM, il y a cet atrium sur à peu près quatre ou cinq étages. Nous serons en bas, au premier et au deuxième étage, tout en nous déplaçant. Les spectateurs pourront être en bas, pourront aussi se mettre au deuxième, au troisième et au quatrième étage. On pourra voir tout ce qui se passe, toute l’action. 

L’entrée est gratuite. Donc, qui veut passe, s’arrête, apprécie. Et puis, s’ils aiment, ils restent. S’ils n’aiment pas, ils sont libres de continuer leur chemin. L’idée, c’est d’apporter la musique là où les gens sont. 

Dès qu’il y a des humains qui se rassemblent, il y a souvent un aspect rituel. Il y a toujours une organisation plus ou moins consciente de la manière dont on interagit les uns avec les autres. Et donc, Gordon, lui, a ritualisé la pièce avec des mouvements 1, 2 et 4 qui sont très rythmiques et le troisième qui est très ouvert avec de grandes respirations, de grands crescendos et decrescendos.

À la fin, on aura 36 lames suspendues, avec une douzaine de gongs qui se font face de l’autre côté, et des grosses caisses. Ce sera comme un rituel final très puissant, énergisant. 

PAN M 360 : C’est la belle qualité peut-être de ce Michael Gordon de réussir à proposer une musique d’avant-garde, une musique contemporaine assez rigoureuse, exigeante, mais en même temps très accessible… Est-ce la première fois que vous jouez sa musique?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Oui. On a voulu faire Timber, mais ce sont nos collègues de Québec, EP4, qui s’en sont occupé, finalement. Depuis, on cherchait à faire une autre pièce de Michael Gordon et en même temps on cherchait des œuvres pour faire à l’extérieur. En feuilletant un peu je suis tombé sur Field of Vision. Je me suis dit OK, ça, ça rentre exactement dans ce qu’on veut faire. J’ai alors contacté le compositeur. Ce sera la première canadienne, et en plus, la première exécution à l’intérieur. Pour ces raisons, Gordon sera peut-être présent!

Et en plus, on aura les Percussions de Strasbourg avec nous, pour qui ce sera aussi la première interprétation de Field of Vision. Imaginez l’honneur et la qualité que ça donnera! Avec Architek, EP4 (de Québec), les étudiants de McGill, de l’UQAM, de l’Université de Montréal et du Conservatoire, ce sera tout le monde des percussions classiques de Montréal, voire du Québec, qui sera là.

PAN M 360 : Quels sont les défis reliés à la réalisation de cette pièce?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : C’est plus compliqué que nos projets habituels. Juste pour répéter, il faut trouver le lieu pour le faire. Présentement on répète à McGill dans le Multimedia Room. On doit tirer profit de ce lieu pour tester la réverbération qu’il y a dans l’atrium de l’UQAM. C’est différent, mais on va quand même pouvoir simuler un petit peu. En extérieur, le son meurt assez vite, alors que là, on va avoir un son qui va grandir et s’accumuler, notamment tout ce qui est résonance de métaux. En amont, on doit être capable de penser à ça et d’adapter notre façon de jouer.

Et puis, il faut organiser le transport des instruments. Dans un espace aussi grand et public, il y a toutes sortes d’enjeux de sécurité. Il faut respecter le corridor de passage pour aller au métro, passer les escaliers, etc. Techniquement, c’est un peu plus que nos concerts habituels, disons. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que ça fait de jouer avec un ensemble légendaire comme les Percussions de Strasbourg?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : C’est fantastique bien entendu. On est allés jouer avec eux en Europe, et ils nous ont fait visiter leurs réserves d’instruments. Je pense qu’il y a six ou sept mètres de haut d’instruments sur des étagères! Le nombre d’instruments qu’ils ont est absolument incroyable.

On a la chance de les avoir en Amérique du Nord cette fois parce qu’ils viennent jouer pour la 50e convention de percussions aux États-Unis qui s’appelle le PASIC, Percussive Art Society International Convention. Et c’est la première fois qu’ils vont jouer dans ce festival qui est le plus gros rassemblement de percussionnistes au monde. C’est 6 000, 7 000 percussionnistes qui se rassemblent pendant 3 jours.

Ils vont arriver à Montréal directement après. Et donc, on avait la chance d’avoir un petit créneau pour pouvoir les avoir avec nous.

Les mélomanes auront la grande chance d’en profiter car ils donneront un concert à McGill le 5 novembre avec du Steve Reich, notamment (Mallet Quartet entre autres). Et puis, le 6 au matin, ils donneront un masterclass à McGill.

Et le 7, on est en concert à l’UQAM.

PAN M 360 : Permettez-moi de revenir à Michael Gordon. Quelle est la difficulté particulière pour jouer sa musique?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : c’est de la musique qui est faussement simple. C’est très pulsé, donc ça, déjà, c’est rassurant. Mais c’est très précis dans la manière dont on ‘’se passe la poque’’, en fait, d’un musicien à l’autre avec les changements de vitesse. Il faut que chaque ligne individuelle soit complètement souple et donner l’impression que ce sont des changements de vitesse très simples. Mais en même temps, on ne peut pas se permettre de prendre un petit peu de liberté sur ces changements-là parce que la prochaine personne prend notre vitesse. Il y a beaucoup, beaucoup de détails dans le jeu. Il faut être extrêmement précis pour que ça fonctionne.

Aussi, c’est une heure non-stop. Il faut quand même être ‘’focus’’ pendant une heure. 

L’avantage par contre c’est qu’on a un plaisir immédiat à jouer cette musique 

PAN M 360 : Il y a longtemps eu du snobisme manifesté par le milieu contemporain face à cette esthétique musicale….

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Oui, surtout du point de vue européen. Mais ça change.

PAN M 360 : Gordon a participé à une certaine démocratisation de la musique contemporaine avec Bang on a Can, dont on parlait plus tôt. Un festival de création non dogmatique, décontracté, dans lequel on a pu entendre des artistes venant de l’académisme savant, du jazz, du rock, de l’électro, de l’improvisation libre, etc. Peut-on rêver d’un Bang on a Can Montréalais?

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Ça serait génial! Oui ça serait tout à fait possible! La couleur serait différente, car Montréal a une personnalité plus européenne, mais la diversité des créativités artistiques ici est fantastique et se prêterait parfaitement à ça. 

PAN M 360 : La portion indie-rock de la ville apporterait aussi quelques chose d’original et unique…

Fabrice Marandola (Sixtrum) : Ah oui, en effet, ce serait génial!

PAN M 360 : On peut en rêver. En tout cas, PAN M serait présent!

La saison 2025-2026 de l’Orchestre symphonique de Laval (OSL) commence le mercredi 29 octobre avec son nouveau directeur artistique et chef principal Adam Johnson. Lavallois d’adoption, Adam Johnson a été chef en résidence à l’OSM avant d’obtenir ce mandat important à Laval, mandat qu’il partage avec d’autres directions d’orchestre à Guelph en Ontario et Bâton Rouge en Louisiane. Très heureux dans ses nouvelles fonctions, il passe ici en revue les différents programmes de l’OSL pour sa saison 2025-2026. Faites connaissance avec Adam Johnson, interviewé par Alain Brunet pour PAN M 360.

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À la fin de ma recension de l’album Vision Mantra d’Adrianne Munden-Dixon, sorti il y a quelques semaines, je disais à quel point je souhaitais que cette artiste innovatrice soit 100% montréalaise (à ce moment , je la croyais encore partagée entre New York et Montréal). C’est dire tout le bien que j’en pense. Vous comprendrez le plaisir que j’ai eu lors de l’entrevue que j’ai menée avec la jeune femme originaire des États-Unis quand elle m’a dit qu’elle avait obtenu sa résidence permanente canadienne récemment et qu’elle est désormais, en effet, 100% montréalaise! De plus, son apprentissage du français avance bien et elle a même réalisé une partie de la conversation dans la langue de Molière (la majorité s’est faite en anglais pour faciliter la fluidité).

LISEZ LA CRITIQUE DE L’ALBUM VISION MANTRA D’ADRIANNE MUNDEN-DIXON

Ça fait un bail que je souhaite vous la présenter, en souhaitant que vous fassiez une belle découverte, car la jeune dame est brillante et toujours à l’avant-plan des créations les plus stimulantes de la scène contemporaine de la métropole. Voici cette entrevue, découpée en multiples sections.

Interview – Adrianne Munden Dixon – Love for Baroque

Interview – Adrianne Munden Dixon – Use of Electronics in Vision Mantra

Interview – Adrianne Munden Dixon – Getting good in French (en français!)

Interview – Adrianne Munden Dixon –  »I’m greedy! »

Interview – Adrianne Munden Dixon – Love for Montreal

Interview – Adrianne Munden Dixon – From Georgia to NYC to MTL

Interview – Adrianne Munden Dixon – Surf competitor!

Interview – Adrianne Munden Dixon – What about the title of the new album, Vision Mantra?

Interview – Adrianne Munden Dixon – Who is Adrianne Munden-Dixon?

Rau_Ze est un duo d’auteurs-compositeurs-interprètes formé de Rose Perron et Félix Paul. Ensemble, ils fusionnent leurs univers — la rigueur cartésienne de Félix et l’intuition poétique de Rose — pour créer un R&B néo-soul vibrant, senti et irrésistiblement dansant.

Leur premier album Virer nos vies, lancé en 2024 chez 117 Records, aborde avec sincérité les relations amoureuses, la santé mentale, la dépendance et le travail invisible. Alliant influences jazz, funk, hip-hop, trip-hop et pop Y2K, le duo y déploie une écriture authentique, portée par des grooves chauds et une grande humanité. L’album, cumulant près de deux millions d’écoutes, a été célébré à guichet fermé à Montréal et Québec, et leur a valu de nombreuses distinctions marquantes.

Rau_Ze présente aujourd’hui Re;;;Virer nos vies, une version enrichie et éclatée du premier opus. Avec deux nouveaux titres éclectiques, Félix Paul et Rose Perron démontrent une fois de plus leur versatilité et leur volonté de se réinventer, sans jamais trahir leur signature musicale distinctive. La chaleur rythmique de la musique brésilienne des années 60-70 imprègne La dérive, tandis que l’énergie cyberpunk de Travaille toute la nuit ramène à la fougue brute de leurs performances scéniques.

Accompagnés d’Henri Bouchard (basse), Juan Espitia (batterie) et Julien Fillion (saxophone), ils offrent un spectacle électrique et sensible, où la voix intense de Rose et la complicité du groupe transportent le public entre douceur et explosion.

Rau_Ze performe au Coup de Cœur Francophone le 6 novembre à 21 h au Rockette Bar.

Rodolphe Mathieu (1890-1962), Lionel Daunais (1901-1982), André Prévost (1934-2001), Claude Vivier (1948-1983), Rachel Laurin (1961-2023) et aussi les (très) vivants Denis Gougeon, Ana Sokolović, Louis Desjarlais, Francis Battah et autres Pascal Germain-Berardi, sans toustes les nommer, ont ceci en  commun : la composition pour le chant choral. 

Et c’est pourquoi, dans le contexte de son 60e anniversaire sous le thème du dialogue intergénérationnel, la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) présente le programme Au Chœur du Québec à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, le 30 octobre prochain 

Sous la direction de Pascal Germain-Berardi, qui a un parcours de chef de chœur, assorti d’autres pratiques en musique contemporaine et même du côté du prog métal aussi, un choeur de 24 chanteuses et chanteurs sera réuni pour illustrer moult générations de composition québécoise consacrée au chant choral.  Et voilà pourquoi PAN M 360 vous présente cette interview avec Pascal Germain-Berardi.

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PAN M 360 :  Comment ce programme a-t-il été conçu pour 24 interprète au lieu de 16, tel que prévu au départ ?  

Pascal Germain-Berardi : Quand j’avais fourni toutes mes informations de production à la SMCQ, on était dans un scénario de 16 interprètes. Depuis, on a obtenu du financement supplémentaire, ce qui nous permet de faire le concert à 24 chanteuses et chanteurs, ce  qui a élargi notre déploiement.

PAN M 360 : Sont-ce des arrangements d’œuvres adaptées pour le chant choral?

Pascal Germain-Berardi : Ce ne sont pas des arrangements, ce sont des compositions pour chant choral, des œuvres de compositeurs et de compositrices ayant marqué l’histoire du Québec, ou de plus jeunes compositeurs. C’est vrai que Lionel Daunais, par exemple, a fait beaucoup d’arrangements choraux de musique traditionnelle. Mais nous interpréterons Sous le pont Mirabeau, une œuvre originale qu’il a composée sur un poème de Guillaume Apollinaire.

PAN M 360 : Semble-t-il que ce ne soit pas le tout début de ce projet

Pascal Germain-Berardi :  Ce projet remonte à 2018, le projet s’intitulait alors Au choeur de Montréal. Et c’est la première fois que nous en faisons une itération. En 2018, j’avais choisi exclusivement compositeurs.trices montréalais.es. Ce qui m’avait donné cette idée, c’était le 375e de Montréal qui avait eu lieu peu avant. Après coup, nous avions réussi à programmer une tournée dans les Maisons de la culture. Nous avions aussi récolté une mise en nomination pour un prix Opus. De cette aventure a émergé l’idée d’un projet plus global sur le Québec pour élargir la palette. Rachel Laurin, par exemple, a grandi à Mirabel, André Prévost à Saint-Jérôme. Donc ça nous permettait d’embrasser tout le territoire québécois. Depuis les débuts de ce projet, nous avons donné une vingtaine de concerts à Montréal, Laval, Drummondville, Beloeil,  Sorel-Tracy, etc. Nous nous  sommes même produits au Chili. Et voici cette occasion avec la SMCQ pour son 60e anniversaire.

PAN M 360 : Y a-t-il une valeur ajoutée pour ce programme anniversaire?

Pascal Germain Berardi : J’ai décidé d’offrir  plus grand déploiement possible avec des nouvelles pièces que je n’avais jamais faites encore. Certaines de ces œuvres étaient impossibles à exécuter avec des plus petits chœurs Soleil couchant d’André Prévost, par exemple, avait été conçue pour six voix, difficile à faire à 12 ou à 16 choristes. À 24, ça se fait très bien.

Nature, la pièce de Rodolphe Mathieu qu’on va faire, était le premier mouvement de ce qui allait devenir sa dernière œuvre, Symphonie pour voix humaines qu’il n’a pu terminer avant de mourir. Ce mouvement est présenté pour double chœur à six voix, donc 12 voix à certains moments. Évidemment, ça fonctionne à 24, qui est un multiple de 6.

PAN M 360 : Ce programme s’inscrit  donc dans continuité et qui se renouvelle actuellement. Toujours une motivation ?

Pascal Germain Berardi : J’ai constaté qu’il y avait trop peu d’efforts pour défendre ce qu’on pourrait appeler le patrimoine historique musical. C’est pour cette raison que ce projet est né et se poursuit. D’une année à l’autre, ce projet ne perd pas de sa pertinence. J’ai l’occasion de renouveler le répertoire en conservant le même concept, le même titre qui incarne cette idée de défendre notre histoire musicale. 

PAN M 360 : Votre choeur Temps Fort peut-il compter sur un noyau stable pour mener à bien ses missions?

Pascal Germain-Berardi : Temps Fort est l’organisme de production que j’ai fondé, avec lequel je fais mes projets. Quand on a commencé, ça se limitait à des concerts pour chœur. Après quelques années d’activité, j’ai réussi à mener d’autres projets avec des instrumentistes et forger une réputation. D’ailleurs, on est actuellement en campagne de sociofinancement pour nous aider à pouvoir financer notre prochain album. Mais j’ai un noyau d’artistes qui sont là depuis le tout premier concert qu’on avait fait en 2014, à une époque où on était encore étudiants,  et que personne n’était payé. On était des jeunes qui avaient faim ! 

PAN M 360: Et l’appétit vient en mangeant !

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Alain Lefèvre vient de faire paraître un nouvel album de compositions intitulé Consolation. Consoler quoi? Ce que vous voulez, ce dont vous aurez besoin, peu importe. Le pianiste (et compositeur) ne souhaite rien imposer, bien qu’il évoque le monde dans lequel on vit, bien sûr, et qui est une source de malheurs et d’inquiétudes. Mais loin d’être un commentaire très chronologiquement contemporain, ou l’expression d’états d’âme de nature sociale ou politique (l’artiste refuse d’aller là), Consolation se veut surtout une nouvelle lettre d’amour du Québécois au public qui le suit. Dans celle-ci, on détecte, peut-être, un recours plus économique aux (vastes) moyens techniques à la disposition de l’artiste. Pourquoi? J’en parle à coeur ouvert (comme toujours) avec lui, et de bien d’autres choses encore. 

Selon le Livre de Josué dans l’Ancien Testament, Jéricho fut la première ville du pays de Canaan conquise par Josué et les Hébreux. Le septième jour après le début du siège, les murailles de Jéricho se seraient effondrées par la volonté de Dieu, au terme du défilé de l’Arche d’alliance et de sept prêtres sonnant sept shofars (trompettes). Le cortège aurait défilé sept fois autour de la cité pendant sept jours, après quoi Jéricho fut entièrement détruite et leurs habitants exterminés.

Voilà la source du titre et de la forme d’un concerto pour trombone et orchestre composé par Samy Moussa, d’origine montréalaise et résidant à Berlin, où PAN M 360 l’a contacté quelques jours avant l’exécution de son œuvre par l’OSM, son trombone solo James Box, sous la direction de son chef principal Rafael Payare.

Le visionnement (ci-dessous) de l’interprétation de Yericho, Concerto pour trombone par l’Orchestre philharmonique d’Helsinki, nous permet de ressentir virtuellement ce qui se passera sur la scène de la Maison symphonique, soit le mercredi 22 et le samedi 25 octobre. 

Samy Moussa nous offre ici plusieurs autres clés permettant de bien saisir son travail.

INFOS ET BILLETS ICI

PAN M 360 : De quelle manière avez-vous construit cette œuvre autour du trombone?

Samy Moussa : Je vais prendre l’angle de l’instrumentation pour commencer parce que c’est quand même par là que j’ai commencé.

PAN M 360 : Déjà, le trombone est un instrument peu employé en tant que soliste dans un contexte symphonique.

Samy Moussa : Le trombone comme instrument soliste pose effectivement certains problèmes. L’un d’eux, c’est son histoire et son répertoire. Effectivement, il y a très peu de concertos pour trombone. En général, la façon dont le trombone est utilisé ne me convainc pas toujours. J’ai tenté de faire autre chose avec le trombone, c’est-à-dire de lui rendre toutes ses facettes, c’est-à-dire sa force. Aussi, c’est un instrument capable de vulnérabilité. C’est aussi un instrument qui peut être extrêmement virtuose.

PAN M 360 : Tout à fait. Justement, c’est un élément très peu exploité dans le monde classique, a;ors que dans le jazz, la virtuosité soliste l’est pour le trombone depuis longtemps. 

Samy Moussa : Naturellement, je parle de mon expertise.

PAN M 360 : Vous avez parfaitement raison de dire que dans le répertoire classique ou moderne ou contemporain, il existe très peu d’œuvres solo pour trombone.  

Samy Moussa : Ça, c’est un élément important pour moi. Évidemment, il y a l’aspect héroïque de l’instrument aussi qui se manifeste. Ça, c’est pour le trombone. Ensuite, il fallait lui donner un écrin. Et là, l’orchestre habituel, soit classique, soit romantique, ne me convenait pas non plus pour des questions de timbre, des questions de couleur, pour être plus précis. Je ne souhaitais pas un orchestre qui était trop coloré. Je souhaitais un orchestre qui avait moins de couleurs. Je me suis dit que ce ne serait pas plus monochromatique dans l’ensemble, mais je ne voulais pas de timbres extrêmement distincts, extrêmement particuliers. Je souhaitais un son principalement en cuivre-cordes. Il y a aussi les percussions (timbales) et l’orgue, un orgue qui n’est pas soliste mais qui fait vraiment partie de l’orchestre. Évidemment, il y a une certaine profondeur.

PAN M 360 :  Donc, un orgue qui se fond dans l’orchestre. Combien d’instrumentistes sont-ils requis en tout, derrière le trombone? 

Samy Mousa : Ça dépend. Il y a les cordes. C’est variable. Il y a deux trompettes, quatre cors, l’orgue, deux timbaliers, le trombone seul. C’est petit mais très puissant. 

PAN M 360 :  Ce n’est pas du tout une œuvre  intime, effectivement. Et combien de cordes?

Samy Moussa : Les cordes, c’est variable. Ça dépend des orchestres. Ça dépend de ce qu’on peut faire là où on est. Par exemple, on peut jouer une symphonie de Mozart avec 8 premiers violons, mais on peut aussi jouer la même symphonie avec 6, ou avec 12, ou avec 14. C’est ça qui est variable. Évidemment, ça ne sera pas minuscule non plus, mais ce que je veux dire, ce n’est pas un orchestre immense.  

C’est un orchestre qui est assez petit, mais très puissant. Surtout que le soliste joue un instrument puissant en tant que tel.

PAN M 360 : C’est un instrument qui a été longtemps utilisé pour donner de la puissance à l’orchestre. Et là, il devient soliste. Et de plus en plus, il va le devenir davantage parce que vous ne serez pas le dernier à composer pour des trombonistes solos, j’imagine.

Samy Moussa : De toute façon, il existe plusieurs concertos qui ont été créés avant moi, et il y en aura après, c’est sûr. Mais j’insiste quand même sur le fait que ce soit un instrument capable de vulnérabilité et de sentiments intérieurs. Donc, le trombone n’est pas simplement un instrument de fanfare. 

PAN M 360 : La façon dont vous l’utilisez, on est loin de ça! C’est-à-dire que vous avez quand même développé un discours mélodique complexe. Les motifs que le tromboniste a à exécuter sont difficiles, très exigeants.  

Samy Moussa : Je tiens quand même à préciser que lorsque j’écris cette pièce, peu importe les œuvres que je consomme,  la virtuosité n’est pas pour moi un élément si important. Ce n’est pas un élément auquel je pense. Évidemment, c’est une œuvre virtuose, mais ce n’est pas un but en soi. 

PAN M 360 : Bien sûr, ce n’est pas le côté spectaculaire d’une œuvre ou de la composition qui en garantit la qualité. La virtuosité, l’efficience technique, les acrobaties d’un grand musicien ne son pas garants d’une bonne musique, c’est sûr. 

Samy Moussa : Oui, c’est ça. Il y a de la virtuosité, mais cette virtuosité naît, disons, de la nécessité de l’expression. J’espère que ce soit assez organique.

PAN M 360 : Ça l’est. Il y a beaucoup d’éléments dans ce discours, c’est très varié.  À ce titre, comment avez-vous scénarisé votre propre discours compositionnel pour trombone et orchestre?  

Samy Moussa : Sur la forme générale, il y a sept mouvements qui s’enchaînent. Il y a quand même un moment dans le milieu de l’œuvre où il y a un arrêt. Donc, c’est une œuvre qui est en deux parties réparties en sept mouvements. C’est important parce que les sept mouvements sont inspirés d’une symbolique biblique. Ce que l’orchestre fait au début se métamorphose tout le long de l’œuvre. 

PAN M 360 : J’aimerais que vous reveniez rapidement sur la façon dont le travail pour le trombone a été fait spécifiquement. Parce qu’il y a des grappes de notes extrêmement intéressantes qui sont servies. Mais vous pourriez beaucoup mieux l’expliquer que moi.

C’est-à-dire que de motifs reviennent et s’expriment en spirale ascendante. Et on arrive à une certaine apothéose vers la fin.

Samy Moussa : Évidemment, il y a une trajectoire. C’est une pièce que j’ai unifiée et non séparée. C’est quand même, disons, d’un seul tenant. Disons que le propos de cette œuvre se manifeste de plusieurs façons. Et ça, c’est important pour moi. Donc, de ce point de vue, ce n’est pas une œuvre qui est classique. En général, il y a des choses très contrastantes dans une œuvre classique alors que, dans ce cas-ci, ça ne s’arrête qu’une seule fois au centre et on repart dans un mouvement lent, qui très vite reprend les éléments du début. Donc, on se retrouve dans le même mouvement, dans le même espace. 

L’œuvre commence avec un demi-ton descendant, assez violent, assez insistant. Et ce motif se métamorphose tout au long de la pièce, adopte différentes facettes. Même dans le mouvement lent, on le retrouve, il perd son côté agressif, devient insistant, devient supplicatoire, devient autre chose en tout cas.

Et à la fin, cet élément de demi-ton descendant qui glisse, on le retrouve un peu plus rapide. Et qui apparaît nouveau d’une certaine façon. C’est très technique, je ne sais pas si c’est intéressant.

PAN M 360 :  Oui, c’est intéressant! Y en a marre du journalisme culturel qui ne dit rien sur les formes. 

Samy Moussa : D’accord! (rires) Le premier mouvement, ou les deux premiers, je ne sais pas en mémoire, enfin le début pour être certain que je dise la vérité, c’est basé que sur des accords qui ne sont ni majeurs ni mineurs, et qui sont quand même des accords avec des tierces, mais les tierces sont neutres. Ce qui veut dire que ces tierces sont entre majeur et mineur, c’est vraiment entre les deux. C’est un quart de ton plus bas qu’une tierce majeure, ou un quart de ton plus haut qu’une tierce mineure.

PAN M 360 : Pourrait-on dire que ce choix s’approche des échelles musiques orientales?

Samy Moussa : Non, je n’ai aucune expertise dans ces choses. Des quarts de ton, il y en a partout dans le monde et il y en a chez nous aussi. J’étudie du folklore d’Amérique en ce moment et, si on écoute par exemple des enfants chanter des comptines, ils vont souvent employere les tierces neutres. Donc, il va y avoir des quarts de ton par instinct aussi. Donc, ce n’est pas du tout quelque chose qui est exotique.

PAN M 360 : Mais pourquoi c’est des tierces neutres ?

Samy Moussa :  Parce qu’il y a une trajectoire où on passe des tierces neutres au début de l’œuvre et deviennent majeurs ou mineurs, et majeurs à la fin. Donc, c’est une couleur complètement neutre, pour arriver à une couleur affirmative à la fin. On est en do dièse majeur.Et au début, on est en ré bémol mi-majeur/mineur, on va dire. Donc, c’est un peu le parallèle qu’on peut faire avec les compositeurs pré-romantiques comme Beethoven, dont la  cinquième symphonie en do mineur fait la progression entre un do mineur et un do majeur, le triomphe à la fin. C’est un peu ce genre de trajectoire.

PAN M 360 : Vous parlez de sept mouvements inspiré des écrits bibliques. Pourriez-vous nous expliquer cette structure inspirée du chiffre sept, et qui porte un titre absolument biblique. Yericho rappelle les fameuses trompettes de Jéricho, évoquées dans l’Ancien Testament, qui font s’écrouler les palissades de la ville.

Samy Moussa : Ça m’a beaucoup inspiré. Inspiré n’est pas le mot, en fait. Ça m’a permis d’activer mon imagination, on va dire ça plutôt comme ça, parce que l’inspiration, ce n’est pas un mot que j’utilise normalement. Et ce qui m’intéressait, c’est l’idée du rituel.

PAN M 360 : Et de quelle manière cette idée rejaillit dans votre pièce?

Samy Moussa : Le rituel fait partie intégrante de la musique classique de toute façon. C’est toujours un rituel, le concert, mais la messe est certainement un rituel, le théâtre est aussi un rituel. Oui, il y a toutes sortes de rituels. Il y en a qui sont sacrés, il y en a d’autres qui ne le sont pas. Et donc, ça c’est très intéressant, très important pour moi, l’idée du rituel. Et de l’intensification.

PAN M 360 : Et dans le contexte de cette œuvre? 

Samy Moussa :  Donc, c’est ce rituel où on encercle la ville de Jéricho pendant 7 jours. Donc, c’est un rituel en 7 jours, d’où les 7 mouvements. Et donc, le premier jour, on encercle la ville une fois, avec l’armée, deuxième fois…  Le 7e jour, on encercle la ville 7 fois, avec trompe et cri. Et ce cri fait tomber la ville. Et ce qui est intéressant, c’est qu’il y a 7 trompes, alors moi aussi, j’ai 7 trompes : trombone solo, 2 trompettes et 4 cors, ça fait 7. 

PAN M 360 : La Maison symphonique va résister, quand même! 

Samy Moussa : On l’espère! (rires) Et il y a un chœur facultatif que j’ai écrit. A la toute toute fin, c’est 8 notes, c’est presque rien. C’est symbolique, ce n’est pas du tout nécessaire, mais c’est quand même dans la partition, si on souhaite le faire éventuellement. Ça ne sera pas le cas à Montréal, mais c’est une option pour d’autres exécutions. 

PAN M 360 : Avez-vous des convictions spirituelles par rapport à l’Ancien Testament, ou bien est-ce strictement un choix qui se prête bien à cette évocation de rituel  ?

Samy Moussa : Je ne sais pas trop comment répondre à cette question, c’est un peu privé… oui.

PAN M 360 : C’est votre choix, c’est le choix de chacun.  

Samy Moussa : Disons que tout ce que je peux dire, c’est que ce qui m’intéresse, c’est l’idée du rituel et tout ce qui en découle. Symboliquement, c’est une forme d’obéissance aussi. Finalement, pourquoi le mur tombe-t-il ? Ce n’est pas le rituel qui fait tomber le mur, c’est l’obéissance à Dieu. Mais là, on sort un peu du domaine musical…

PAN M 360 :  Votre esthétique renvoit à plusieurs époques superposées. Vous n’êtes pas préoccupé par l’époque des référents. Ça sort et vous avez choisi de combiner différents référents stylistiques.

Samy Moussa : Je ne travaille pas du tout avec ce qu’on peut appeler des références ou des référents, je n’ai pas cette approche post-moderniste. Je ne réfléchis pas à ça. Un de mes  professeurs, José Evangelista, me disait « On écrit la musique qu’on peut.» À l’époque, je trouvais ça bien simple. J’ai finalement compris.  Évidemment, il y a toujours la question de la décision, car l’artiste décide constamment. C’est d’ailleurs ce qui est épuisant dans ce travail. Les bases sur lesquelles on s’appuie pour prendre ces décisions ne peuvent être qu’esthétiques, à mon avis. Ils ne sont pas des décisions qui sont politiques ou des questions qui sont d’ordre historique.  

PAN M 360 : Vous vous inscrivez néanmoins dans une continuité historique. 

Samy Moussa : Oui, Ce qui est important, c’est la continuité. C’est s’inscrire dans la tradition, mettre sa pierre à l’édifice tant bien qu’on peut. Et voilà.

PROGRAMME

Rafael Payare, chef d’orchestre

James Box, trombone solo de l’OSM

Brian Manker, violoncelle solo de l’OSM

Œuvres

Richard Wagner, Tannhäuser : « Ouverture » (12 min)

Samy Moussa, Concerto pour trombone « Yericho » (25 min) 🍁

Entracte (20 min)

Ernest Bloch, Schelomo, Rhapsodie hébraïque pour violoncelle et orchestre, B. 39 (20 min)

Richard Strauss, Ainsi parlait Zarathoustra, op. 30, TrV 176 (33 min)

Percussionniste et compositeur électroacoustique, Sébastien Forrester crée une musique à la fois affective, kinétique, intellectuellement explosive. Par son choix d’instruments, il explore les recoins d’une imagination refoulée, liée à des matériaux rares – en l’occurrence, les minéraux et les pierres. Dans cette interview, il nous explique le déroulé de ce processus exploratoire, et pourquoi la Satosphère en constitue l’aboutissement ultime.

Les Yeux Fermés  invite l’imagination à épouser pleinement l’espace par le son. Cette expérience acousmatique révèlera la Satosphère en cinéma pour l’oreille, où deux artistes de renom dévoilent le fruit d’une résidence de spatialisation. December explore un nouveau territoire musical d’un style ambient composé pour l’image, tandis que Sébastien Forrester développe sa pratique hybride, à la croisée des percussions et de la composition électroacoustique. Une expérience à ne pas manquer.


Les yeux fermés à la SAT, le 23 octobre. Infos et billets ICI

PAN M 360 : Vous ferez une résidence à la S.A.T. cette semaine. Pour les pièces qui seront présentées jeudi prochain, s’agit-il de créations inédites composées pour l’occasion, ou d’une réinterprétation de vos œuvres existantes ?

Sébastien Forrester : J’ai d’abord hésité, puis j’ai réalisé qu’adapter des travaux préexistants – notamment certaines de mes dernières pièces, très denses et relativement orchestrales – me prendrait un temps et une énergie considérables. J’ai donc préféré la première option !

J’ai eu la chance de pouvoir expérimenter avec un petit lithophone il y a quelques mois. Ayant beaucoup travaillé avec le vibraphone, le métallophone et le marimba ces dernières années, j’ai été frappé par la pureté des résonances de la pierre. J’en ai extrait le corps de ce nouveau travail : toutes les harmonies que les auditeurs et auditrices pourront entendre en proviennent. 

J’ai par ailleurs accumulé énormément d’enregistrements de terrain (« field recordings ») minéraux et géologiques, réalisés entre la Bretagne, l’Auvergne, le Maroc, l’île de la Réunion et l’Islande depuis 2017. J’en tire régulièrement des motifs, des textures, parfois même des séquences rythmiques. J’ai constitué avec tous ces éléments une série d’environnements sonores qui me serviront de base pour improviser en direct avec une batterie à la SAT. J’ai eu envie de créer un dialogue entre la pierre et la percussion.

PAN M 360 : Que souhaitez-vous accomplir lors de cette résidence ?

Sébastien Forrester : Mon objectif est toujours essentiellement exploratoire. Je travaille à l’instinct, je laisse mes émotions me guider et j’essaie, après coup, d’en dégager un concept, une direction ou un arc narratif. Dans le cas de cette nouvelle commande à la SAT, l’objectif est tout simplement de donner vie à de nouvelles idées musicales en trois dimensions et dans un temps limité, tout en faisant en sorte de pouvoir les déployer avec pertinence sur les 93 enceintes du dôme. J’ai très hâte de m’y confronter dans l’espace.

PAN M 360 : Dans un lieu si unique, il peut y avoir une courbe d’apprentissage des outils. Comment pensez-vous équilibrer cet apprentissage technique tout en maintenant une sensibilité créative ?

Sébastien Forrester : Les vastes possibilités techniques offertes par le système de son de la SAT s’avèrent pour le moment beaucoup plus stimulantes que contraignantes. Je suis davantage dans la projection que dans l’exécution, car je ne m’y rendrai que la semaine prochaine. Elles m’ont cependant obligé à être beaucoup plus méthodique que d’ordinaire : à organiser les sources sonores par strates, par endroits, par nuées ; à penser leur cohabitation avec les percussions en direct aussi. À établir une véritable architecture, une cartographie précise du son. J’ai même dessiné des placements, des trajectoires, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant.

PAN M 360 : L’expérience d’écoute que vous proposez est inhabituelle. À quel point est-elle accessible à un large public, et comment recommanderiez-vous de s’y préparer ?

Sébastien Forrester : Toute forme d’art sonore est par essence accessible à tous et toutes, dans la mesure où nous produisons des sons, les mettons en forme et les partageons depuis la nuit des temps. J’ai d’ailleurs récemment découvert que les lithophones existent depuis plusieurs milliers d’années. Pouvoir écouter une œuvre dans un lieu tel que la SAT constitue le paroxysme de cette démarche de partage, car le lieu offre justement les conditions optimales pour écouter, ressentir, s’immerger, se laisser emporter. Je conseillerais au public de venir curieux et ouvert, en quête de découvertes.

PAN M 360 : Où se situe, selon vous, ce sentiment d’immersion ? Est-il plutôt sensoriel, imaginatif ou émotionnel ?

Sébastien Forrester : Je dirais spontanément les trois ; ils sont d’ailleurs intimement liés. Les sens créent la première impression, l’appréhension de l’environnement et de l’expérience, puis l’imagination l’ancre dans la mémoire et la rend palpable.

PAN M 360 : En quoi l’obscurité totale et l’interdiction des téléphones modifient-elles fondamentalement la relation du public à la musique, par rapport à un concert traditionnel ?

Sébastien Forrester : L’obscurité décuple le ressenti des sons environnants. Lorsque l’on est privé d’un sens, les autres n’en sont que renforcés. Je me rappelle justement avoir fait l’expérience des sons à l’intérieur d’une grotte dans le Lot ; lors de la visite, la spéléologue nous avait brièvement privés de lumière. C’est alors que j’ai réellement pris conscience de la complexité de l’environnement sonore, de la richesse des sources, des fréquences, des réverbérations, des bruits de notre corps. Être plongé dans le noir est immensément révélateur.

PAN M 360 : Le logiciel de spatialisation G.R.I.S. utilisé à la S.A.T. a été conçu par le compositeur Robert Normandeau, qui est aussi, par coïncidence, l’un des pionniers du « cinéma pour l’oreille ». Que pensez-vous de ce lien si fort entre la spatialisation et la narration sonores ?Sébastien Forrester : Scinder les sources sonores, les répartir ou les localiser, les déplacer, les faire évoluer dans l’espace raconte naturellement une histoire. C’est un procédé qui permet de recréer une certaine familiarité, voire même d’en jouer, de l’altérer, de la distordre, d’en créer une variation qui défie l’entendement. Dans notre univers quotidien, les situations et les moments que nous traversons, les sons nous entourent constamment ; ils ne sont jamais répartis sur une bande stéréo comme lorsque nous écoutons des fichiers WAV ou MP3. La spatialisation permet de restituer cette disposition naturelle tout en l’augmentant d’une infinité de possibilités merveilleuses. C’est un mode de composition extrêmement inspirant, et m’y confronter pour la toute première fois à la SAT est une chance inouïe.

Tomas More, aussi connu par l’alias December, nous explique comment il trouva le processus créatif parfait, celui d’accepter qu’il n’y en a pas mais que, malgré ce fait, il s’amuse. Il exprime avec conviction que pour lui, bidouiller est vital. Mais ce relâchement n’est pas une imprudence, c’est plutôt une nuance qu’il apporte à une pratique raffinée et délicate. Son dernier album sorti en Septembre, I Stumble, I Walk, atteste ce fait. Une musique libre mais structurée, des textures familières renouvelées par un courant affectif puissant. J’ai voulu interviewer December pour développer sur cette idée parfois évasive de la créativité, mais j’en suis ressorti avec une tout autre perspective. 

« Les Yeux Fermés » invite l’imagination à prendre la place de l’image et l’écoute à épouser pleinement l’espace. Cette expérience acousmatique révèlera la Satosphère en cinéma pour l’oreille, où deux artistes de renom dévoilent le fruit d’une résidence de spatialisation. Tandis que December explorera ce nouveau territoire musical d’un style ambient composé pour l’image, Sébastien Forrester développera sur sa pratique hybride, à la croisée des percussions et de la composition électroacoustique. Une expérience à ne pas manquer.

D’ici à ce que vous viviez cette expérience, voici cette conversation avec December.

DECEMBER LE 23 OCTOBRE, SOUS LE DOME DE LA SAT. BILLETS ET INFOS ICI


PAN M 360 :   Dans votre note d’intention d’artiste que l’on peut lire dans l’album Stumble, I Walk, votre vision de l’expérimentation consiste à “ s’accrocher à la création en tant que mouvement”. J’aimerais développer un peu sur ça: Y a-t-il a eu un moment où, dans votre création,  vous avez eu tendance à rester bloqué créativement? Comment avez-vous appris à continuer d’avancer? 

December: À la base du  projet December, il y a cette histoire de blocage. Je n’ai pas de formation académique; je n’ai pas fait de conservatoire, je ne connais pas le solfège, je n’ai pas joué d’instrument quand j’étais petit. La musique électronique m’a attiré parce qu’elle permettait à des gens qui n’avaient pas de formation classique de pouvoir bidouiller; de tester des choses avec beaucoup de spontanéité, de manière autodidacte. 

Avant de porter le nom December, j’avais un autre alias, et la création du projet December est venue justement d’une assez longue période de blocage pendant laquelle je… C’est pas que je n’arrivais pas à faire de la musique, mais je n’arrivais pas à en être satisfait disons. 

Je n’étais pas très excité ou inspiré par ce que je produisais et j’avais envie de changer de direction musicale. Faire de la musique c’est une chose, mais faire de la musique qui nous semble être personnelle c’est quand même très différent, et moi c’est important pour moi. Pendant une bonne année disons, j’ai buté sur cette idée.

Donc je faisais des choses, mais je trouvais que ce n’était pas singulier, pas assez original, pas assez différent peut-être de ce qui se faisait aujourd’hui. 

Pendant une année, je n’étais vraiment pas très satisfait, je faisais des choses qui ne me plaisaient pas trop. Et un jour, il y a eu un début de quelque chose qui n’était pas du tout abouti, mais il y avait une piste, tu vois, le début de quelque chose qui m’excitait de nouveau, qui me plaisait de nouveau.

Et même le nom December est venu de là, c’est-à-dire que j’ai cherché un nouveau nom, que je ne trouvais pas. Quand j’ai fait ce premier morceau qui m’a un peu excité, c’était le premier jour de décembre, et je me suis dit bon, il faut un truc simple, et c’est venu de là.

PAN M 360 : C’est curieux que ça se soit passé un peu d’un coup, on peut dire, cette apparition de December. Pouvez-vous nous parler un peu de ce qui s’est passé? Des outils ou juste une réflexion passagère ?

December : Le titre de cet album fait référence à ça. Je crois que c’est assez mystérieux; pourquoi, pendant quelque temps, on n’arrive pas à faire ce qu’on a envie de faire, on fait des choses qui ne nous plaisent pas et puis d’un coup ça arrive. C’est inexplicable. Et la volonté de changer de nom, c’était plus lié à une espèce d’ennui. 

Parfois en fait, lorsqu’on est en représentation, surtout en interview, on reprend des formules promotionnelles ou journalistiques, on est tous et toutes un peu tentés de vendre une version idéale de ce qu’est  le processus créatif, alors qu’en fait, il y a  plein de moments où on est déçu, où on n’y arrive pas, où on est bloqué, où on est ennuyé. Et pour moi c’est important que ce ne soit pas invisibilisé. 

PAN M 360 : Ça peut sembler bête comme question, mais pourquoi est-ce important pour vous, dans votre musique, d’expérimenter, de vous renouveler?

December : Alors, je pense qu’il y a plusieurs choses à répondre. Déjà, j’ai envie de dire que expérimentation ou expérimental sont des mots qui m’agacent un peu parfois, parce qu’il peut avoir un côté un peu arrogant quand on dit de soi-même qu’on fait de la musique expérimentale. Expérimentation ? Je dirais oui et non. J’essaie effectivement d’éviter les formules et les zones de confort. En même temps, je n’ai pas envie de faire croire que je suis dans l’expérimentation permanente.

Je pense que c’est un peu un truc entre les deux. C’est à la fois arriver à être soi-même, à être cohérent, à faire en sorte qu’il y ait une ligne. C’est important pour moi dans les disques que les choses ne soient pas sans cesse révolutionnaires, qu’elles aient à la fois une ligne directrice et un renouvellement. Donc, ce n’est ni l’expérimentation, ni la formule, comme tu dis.

C’est un peu quelque chose qui est assez intangible, assez mystérieux entre les deux. Comment faire pour éviter de se réinventer au point de ne plus être reconnaissable ? Ça se passe entre la redondance et le renouvellement. C’est un équilibre.  Forcément, nos créations sont à l’image de nos fonctionnements intimes. Moi, je pense que j’ai un rapport à la musique. Je le dis souvent et je le pense vraiment, que je n’aimerais pas que la musique devienne un truc trop sérieux pour moi. C’est-à-dire que je n’aimerais pas sur-intellectualiser. Que ça devienne quelque chose de trop conceptuel, de trop cérébral, d’engoncé.

J’ai envie que ce soit un espace où je sois un peu libre parce que la vie en dehors de ça est déjà suffisamment pénible, pleine de règles, de codes et autres choses qui te limitent. Gagner sa vie, arriver à survivre, vivre dans un monde qui devient de plus en plus réactionnaire, voire fasciste. Avoir des petits endroits où on peut se sentir libre de bidouiller ce n’est pas si fréquent, je trouve. Et c’est très important. Je pense que c’est presque vital en fait. Ça rééquilibre d’autres endroits de la vie où on peut moins le faire et ça fait tenir. Je sens que ça me fait tenir. 

PAN M 360 : Comment te sens-tu en prévision d’une résidence à la S.A.T. ? Comment te vois-tu bidouiller dans cet espace? 

December : Je n’y suis jamais allé, c’est la première fois que j’irai à Montréal et au Canada. De l’extérieur, ça paraît être la quintessence de quelque chose d’extrêmement précieux, un écran technologique très sophistiqué, très complexe, qui ne paraît pas du tout propice à la bidouille. Moi, mon petit plaisir, c’est que parce que je ne sais faire que de la musique comme ça.

 Je ne saurais pas m’inventer et devenir un technicien d’un coup. Je vais y bidouiller un truc qui sera, à mon avis, bien moins sophistiqué, bien moins technique ou purement maîtrisé que ce que font plein d’autres personnes, musiciens, musiciennes, qui viennent peut-être avec le bagage d’avoir fait ça plein de fois. Moi, ça sera la première fois que je fais une pièce pour un acousmonium, en tout cas pour une spatialisation. Je vais le faire à ma manière un peu bidouillée. 

PAN M 360 : Tantôt, vous me parliez que pour le projet à la SAT, vous avez des nouvelles idées musicales que vous vouliez proposer, un peu le début d’un projet s’éloignant de ce qu’on entend dans votre musique qui peut être plus “club”. Pouvez-vous nous parler un peu de cette nouvelle approche ? 

December : Depuis gamin  mon rêve est de faire de la musique de films, des bandes originales. Et malgré ce boulot depuis une quinzaine d’années dans le cinéma, je n’ai jamais voulu forcer cette pratique. J’ai toujours voulu attendre le bon moment, notamment parce que je suis chiant, j’ai des goûts un peu chiants en cinéma, assez précis. Et je voulais attendre que des gens dont j’aime vraiment les films, me proposent éventuellement un moment de faire ce genre d’exercice. Et il se trouve que depuis un an ou deux, quelques copains, copines autour de moi font des films et m’ont demandé de faire la musique de leurs films.

Et du coup, cette pièce que je vais jouer à la SAT, ça fait partie d’une espèce d’évolution depuis un an et demi, deux ans, où je me mets à travailler sur de la musique pour de l’image. Peut-être que l’année prochaine j’aurai un nouvel alias qui ne sera vraiment dédié qu’à des choses plus ambient, sans rythmique. Là, ça sera quelque chose où il y aura vraiment très peu de rythmique ou pas du tout, beaucoup plus éthéré, beaucoup plus minimaliste et qui a, disons, comme particularité de se mettre un peu en retrait et de laisser de la place pour l’image. Et moi, ce qui m’intéressait dans la démarche du concert de la SAT, auquel Guillaume Sorge m’a invité à jouer, c’est que là, c’est un soir où il n’y aura pas d’image. On sera dans cette salle magnifique, un dôme avec des écrans partout, mais qui seront éteints.

Je pense que souvent, quand on écoute de la musique, on imagine des formes, des

images, alors même qu’on n’a pas d’images devant soi. Quand on écoute des disques qu’on aime, c’était un peu cet exercice auquel je voulais me frotter. 

PAN M 360 : Ça me fait penser au cinéma pour l’oreille. Une musique composée visuellement, sans images. Tu travailles maintenant dans le cinéma à composer des B.O. Comment décrirais-tu la relation entre son et image?

December : Je trouve que le son, on sous- estime, dans une société d’images omniprésentes, on sous-estime la puissance du son. Et ce que tu décris, je ne savais pas, mais ça m’intéresse, d’imaginer que presque la meilleure manière de pouvoir évoquer le cinéma, c’est de ne pas montrer d’images, c’est d’écouter juste de la musique qui ferait penser au cinéma, ou à des scènes, ou à des images. 

Pour moi, il n’y a rien de plus pur. Et dans l’histoire du cinéma, il y a des exemples multiples de films qui, par exemple, n’ont pas de musique, mais qui sont pourtant très musicaux à leur manière. Ou des scènes de films où il n’y a pas d’images, mais que du son. Et pourtant, elles sont extrêmement puissantes d’un point de vue formel. Et le rapport entre image et son, je trouve qu’il est tout le temps comme ça. L’un est toujours lié à l’autre, même quand il n’est pas présent. Surtout quand les choses sont minimalistes.

Je trouve que le minimalisme, c’est très puissant pour ça. Du coup, là, par exemple, je vais jouer cette musique que je vais dire ambient parce que j’ai pas d’autres mots et que le langage, c’est chiant parce qu’on n’a pas toujours les mots précis, mais il faut bien l’utiliser. Donc je veux dire ambient pour aller vite, mais qui sera mélangée à des fields recordings que j’ai enregistrés dans différents endroits, notamment au cours d’une résidence au même moment l’année dernière. 

Il y a un an pile, j’ai eu la chance d’avoir une bourse de l’Institut français pour aller à Hong Kong pendant six semaines afin d’y enregistrer un projet sonore. Et j’ai enregistré des sons dans différents quartiers, dont notamment  un quartier complètement délirant qui a été détruit dans les années 90. Quand l’administration coloniale britannique a rendu Hong Kong au régime chinois, ils ont détruit un quartier qui était dingue, qui était très très insalubre, mais qui était assez fascinant, au West Kowloon, la citadelle de Kowloon.

Et j’ai enregistré dans cet endroit où maintenant il y a un parc et tout, beaucoup de sons, et je vais en jouer une partie à la SAT. Donc il y aura un mélange de fields recordings: de bruits de rue, d’enfants, de gens qui jouent au basket, et de musique ambiante très éthérée. Et je trouve que Les fields recordings c’est hyper fort aussi. On a vraiment l’impression parfois de ressentir davantage  les choses quand on a juste le son d’une rue. Ne se concentrer que sur le son, c’est parfois plus puissant comme vérité. 

PAN M 360 : Oui, il y a une belle tradition de musique concrète avec des enregistrements, Luc Ferrari en est un bon exemple. 

December : Un exemple assez modeste, oui.

PAN M 360 : Quelles seraient pour toi peut-être des références en cinéma, en termes de son et d’image, qui t’ont beaucoup marqué? 

December : En image, c’est Memoria de Apichatpong Weerasethakul, qui est vraiment un film sur quelqu’un qui entend un son. C’est presque un film sans musique, tu vois, c’est un film qui a le courage, l’intelligence de penser au son comme quelque chose d’autre que cette idée souvent éculée que la musique, c’est les compositions orchestrales, les trucs tout le temps hyper mélos, hyper démonstratifs.

Là, c’est quelqu’un qui entend un son et qui ne sait pas d’où ça vient, qui va le chercher. Qu’est- ce que c’est que le rapport presque viscéral au son ? C’est un film de dingue pour ça. Il y a une scène pour moi qui est vraiment incroyable à la fin, quand Tilda Swinton rencontre cet homme qui écaille les poissons le long d’une rivière et qui lui parle de trucs un peu comme souvent dans les films d’Apichatonga, de fantômes, de vie passée, de vie antérieure, de trucs un peu délirants, un peu psychédéliques.

 Elle le suit dans une maison, ils se mettent à table et ils ont une discussion assez longue où il lui raconte des scènes passées qu’il est censé avoir vécues dans des vies antérieures. Et à un moment, il décrit une scène qu’on ne voit pas et le son de leur discussion, le son de la scène qu’on est en train de regarder disparaît.Et c’est le son de ces racontes qui juste surgit comme ça.

Franchement, c’est un truc hyper simple techniquement. Ça existe depuis les Frères Lumière, depuis l’invention du cinéma. C’est presque un trix basique de l’histoire de l’invention du cinéma, mais c’est d’une puissance incroyable. Quand je l’ai vu, je me suis dit, putain, mais en fait, toutes les 3D, les CGI, les 4DX du monde n’auront jamais cette puissance des choses simples quand elles sont faites, de voir une scène et d’avoir le son d’autre chose. Et pendant quelques secondes, tu te dis, mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Ça fait un truc hyper puissant physiquement. Vraiment, vraiment, c’est très puissant.

La scène dans le studio aussi, où elle essaie de faire trouver à un producteur le son qu’elle entend, et il lui fait défiler des samples de kicks, de percussions et tout, c’est génial.

PAN M 360 : J’imagine que tu peux t’identifier à ce sentiment.

December: C’est un sentiment assez commun d’entendre quelque chose et de ne pas savoir ce que c’est. Tu te dis, mais attends, c’était quoi ce bruit ? Surtout un son, par contre, qui n’existe pas. Il y a plein de concepts dans ce film-là qui sont fascinants.

PAN M 360 : Thomas, merci beaucoup pour cette discussion. Très intéressant!

December: Merci à toi, Loïc. C’était super. 

Trois soirs d’affilée cette semaine, Chants Libres présente Fantôme de Roy, théâtre musical inspiré d’une  confrontation médiévale entre le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt et son chancelier Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry.

Il y a près d’un millénaire, cette confrontation s’était conclue par l’assassinat de l’archevêque en 1170 : quatre chevaliers partisans du roi avaient exécuté Thomas Becket près de l’autel de la fameuse cathédrale anglaise. Le «prêtre turbulent», pour reprendre le qualificatif du roi excédé par les ambitions de son ex-ami, avait été éliminé alors qu’il tentait de renforcer le pouvoir catholique en Angleterre, ce contre quoi s’opposait vertement Henri II.

Évocation artistique de ce conflit mythique entre pouvoir royal et pouvoir clérical, Fantôme de Roy soulève la fureur et la violence intrinsèques du pouvoir humain, «dans une fresque dramatique tissée de textes médiévaux et contemporains».

Grandes orgues, guitare électrique, trame électroacoustique, chœur et voix solistes, voilà la configuration musicale de ce Fantôme de Roy, à laquelle se juxtapose un livret constitué de textes du 12e et du 13e siècle. On a ainsi repris les textes de l’auteur médiéval Guernes de Pont-Sainte-Maxence, adaptés et réécrits par l’auteur autrichien Thomas Ballhausen et le compositeur Thomas Cornelius Desi. Les interprètes de ce théâtre musical seront le guitariste Jonathan Barriault, l’organiste Olivier Saint-Pierre ainsi que la mezzo-soprano Marie-Annick Béliveau.

Cette dernière étant la directrice artistique de Chants libres qui présente cette production avec le soutien du Vivier, elle est l’interlocutrice parfaite pour cette interview.

Fantôme de Roy est présenté du jeudi 23 au samedi 25 octobre à l’Église Sacré-Coeur-de-Jésus. Billets et infos ici.



PAN M 360 : Comment, grosso modo, se dessine  la trame de cette « fresque dramatique tissée de textes médiévaux et contemporains »?

Marie-Annick Béliveau : On a essayé de garder une formule qui pouvait faire référence un petit peu au français moyen, au français de cette époque, parce que le texte essentiel du livret est écrit en français du 12e et 13e. Donc, on a essayé de faire un compromis pour que ça soit quand même lisible et que ça s’adresse au public d’aujourd’hui. Mais c’est une expression qu’on a tirée directement de la langue d’oïl.

PAN M 360 : Quelle était la motivation première?

Marie-Annick Béliveau : Pour moi, c’est principalement cet intérêt que j’ai eu pour cette langue, aussi  parce qu’on y raconte l’histoire de l’assassinat de Saint Thomas Becket qui eut lieu à la fin du 12e siècle. Et on prend des textes qui racontent, qui relatent les événements. Ces textes ont été écrits peu après son meurtre.

Et ce que j’ai trouvé fascinant, c’est de voir que Thomas Becket  était complètement bilingue. Quand il était dans son milieu, il parlait l’anglais, mais quand il était à la cour, il parlait en français. Et j’ai trouvé que c’était très semblable à ma réalité d’aujourd’hui :  dans une journée, j’aurai autant d’activités en anglais qu’en français, j’ai des collaborateurs francophones et anglophones, je travaille et je vis dans les deux langues. Comme Thomas Becket ! En près de 1000 ans, en fait, ça a assez peu changé. On était déjà dans le Bonjour, hi! à l’époque.  

PAN M 360 : Haha! Par rapport à la réalité particulièrement montréalaise, c’est effectivement comparable. Et d’où vient votre propre participation?

Marie-Annick Béliveau :  Ce spectacle a été créé à Vienne en 2023. Le compositeur Thomas Desi a fait appel à moi pour créer ici ce spectacle qui était au départ donné à l’occasion d’un anniversaire de la Chapelle du Palais Impérial à Vienne. Et donc, c’était dans le contexte de ces festivités que le spectacle a été créé à Vienne et que le compositeur Thomas Desi en a composé cette partition. 

Ce que j’ai trouvé assez suave, c’est que Thomas m’ a contactée en me disant « J’ai pensé à toi pour créer le rôle de la narratrice –  et qui chante un petit bout –  parce que c’est en français du XIIe siècle et  c’est assez proche de la langue que vous parlez au Québec. J’avais bien ri de cette observation, puis je m’étais dit « Bon, quand même, il faut le faire!” Je ne dirais pas que j’étais  insultée mais…

Et  lorsque j’ai entrepris de travailler ce vieux français avec un professeur de littérature médiévale  à l’Université de Montréal en, avec qui je me suis penchée sur les textes en question et leur prononciation, j’ai dû reconnaître qu’en effet, cette langue nous est étonnamment familière.Tu réécoutes la Sagouine, puis tu lis le texte tel qu’on peut imaginer qu’il était prononcé à l’époque, et franchement, les similarités sont étonnantes. 

PAN M 360: Alors oui, il y a une part de vérité dans cette composante médiévale du français d’Amérique.

Marie-Annick Béliveau: Et ça veut dire que Thomas Desi n’avait pas tout à fait tort. Mais en plus, ce qui est très étonnant, c’est que dans le français qu’on parle ici, la façon d’utiliser les anglicismes, en fait, ce n’est pas comme en France où on dira « parking » et « week-end »; les anglicismes sont ici plus détournés, intrinsèquement liés à notre  vocabulaire. En fait, on partage ça avec la langue d’oïl, ce qui est très particulier et vraiment très amusant. 

Et donc, le spectacle comporte tout ce volet qui est chanté ou narré, récité en langue d’oïl. Mais il y a aussi de l’anglais moderne, il y a aussi du français moderne et puis il y a même des petits bouts en allemand parce que quand même, je voulais conserver un petit peu de la couleur de la création originale à Vienne.  

PAN M 360 : Parlez-nous du texte, d’abord celui de Guerne de Pont-Saint-Maxence. 

Marie-Annick Béliveau: C’est un moine qui a écrit cet immense ouvrage au XIIIe siècle,  la biographie de Saint Thomas Becket. Et on utilise aussi beaucoup ce texte. Tout le théâtre est basé sur les enluminures de Matthieu Paris, illustré à peu près un siècle après le meurtre de Thomas Becket. 

PAN M 360: Et Thomas Ballhausen ?

Marie-Annick Béliveau: C’est un auteur et professeur à l’université Mozarteum de Salzburg, il collabore avec Thomas, ce qu’il a aussi fait dans d’autres projets. Donc tout ce qui est en anglais moderne et en allemand dans le spectacle, c’est lui qui l’a écrit. 

PAN M 360 :  Et d’où vient Thomas Cornelius Desi. Qui est-il?

Marie-Annick Béliveau : En fait, c’est un compositeur que j’ai rencontré il y a très longtemps à l’Abbaye de Royaumont, alors qu’on participait tous les deux au stage de l’Académie Voix Nouvelles. Il est installé à Vienne, il est très actif sur la scène européenne de ce qu’on appelle là-bas le Musiktheater. C’est une forme, je dirais, en devenir ici au Canada, en Amérique, qu’on commence à voir émerger un peu plus. Donc, ce n’est pas le musical, ça n’a rien à voir avec Broadway, ça pourrait s’apparenter aussi au théâtre musical. On s’affranchit un peu de l’opéra pour aller dans des formes plus théâtrales, qui sont aussi dans quelque chose qui est un peu plus performatif. Au départ,  Thomas est un compositeur de musique contemporaine, très versé et particulièrement dans le répertoire lyrique. Je pense d’ailleurs à une des créations qu’il a faites l’année dernière, autour des opéras de Puccini, basé sur des correspondances du compositeur.

De plus,  Thomas a beaucoup travaillé avec le musicologue Eric Salzman, puis ils ont écrit ensemble un livre qui est très important pour tout ce qui est l’histoire du développement de l’opéra au XXe siècle et au XXIe siècle, intitulé Seing the Voice, Hearing the Body. Oui, un ouvrage de référence, très important pour tout ce qui est le développement de l’opéra fin XXe siècle, début XXIe siècle Et petite anecdote,  la page couverture de l’opéra est une photo de Pauline Vaillancourt! 

PAN M 360: Parlons de l’exécution musicale. D’abord, Jonathan Barriault est le guitariste qui accompagne le chant et la narration.

Marie-Annick Béliveau:  Oui, guitare électrique. Ça fait des années que je collabore avec Jonathan, autant comme guitariste électrique que comme guitariste classique. Et puis c’est Olivier Saint-Pierre qui joue les grandes orgues de l’Église Sacré-Cœur. Parce que l’Église est un élément crucial ici. Autant la Chapelle Impériale à Vienne était le point de départ du projet, autant on a voulu vraiment adapter la pièce à l’église Sacré-Cœur de la rue Ontario.

C’est une église très intéressante parce que d’abord, elle a conservé son caractère  communautaire. De plus, (le chef de chœur) André Pappathomas en a pris  la direction artistique et y favorise la création. Dans cette église, cohabitent des artistes créateurs avec la communauté citoyenne du quartier. Les paroissiens, on peut aussi les qualifier ainsi, se sentent très impliqués dans ces projets de création.

PAN M 360: Des tableaux vivants font aussi partie de la production, Mais encore ?

Marie-Annick Béliveau: C’est un  volet très important du spectacle. À Vienne, on a travaillé avec des enfants qui incarnaient tous les tableaux vivants, ceux qui personnifient les personnages historiques, et aussi étaient les choristes. Ici à Montréal, j’ai choisi plutôt de jouer sur la proximité et sur l’ancrage dans le quartier Centre-Sud pour en faire un projet communautaire. On a donc des choristes  amateurs et bénévoles, dont certains issus du Grand Chœur du Centre-Sud, d’autres du quartier ou d’ailleurs à Montréal. C’est la même chose pour les acteurs qui incarnent les tableaux vivants.

PAN M 360: Comment avez-vous conçu ces tableaux vivants ?

Marie-Annick Béliveau: Nous avons choisi huit enluminures médiévales du moine anglais Matthieu Paris qui racontent cette histoire. Ces enluminures sont littéralement une bande dessinée, parce qu’à l’époque, les gens étaient illettrés. Puisque les moines s’adressaient au peuple, donc là, comme c’était la vie d’un saint, on voulait que tout le monde puisse y avoir accès. Ces enluminures sont une véritable bande dessinée qui raconte les différents épisodes de cette dispute, de cette colère. Ainsi, le spectacle est bâti autour de cette succession d’enluminures, des acteurs personnifient ces tableaux vivants. Je fais la narration pendant qu’ils font pantomime des actions décrites par le texte.

PAN M 360: Ne nous reste qu’à nous rendre à l’église !  

CRÉATEURS

Thomas Cornelius Desi
Thomas Ballhausen
Guernes de Pont-Sainte-Maxence

INTERPRÈTES

Marie-Annick Béliveau
Jonathan Barriault, guitare
Olivier Saint-Pierre, orgue

C’est justement la signification de « Ségui Sô », le titre du plus récent album de Donald Dogbo, le batteur et percussionniste ivoirien basé à Montréal depuis 2014. Il a choisi ce terme en bambara pour marquer un retour vers l’ancestralité des rythmes africains tout en les mêlant avec du jazz contemporain. Avec un grand-père percussionniste qui lui a transmis la passion pour cet instrument, aujourd’hui, c’est à son tour de transmettre cela à son fils Ziya, qu’on entend sur le morceau « Ségui Sô ». Donald Dogbo se considère à son tour mentor auprès des jeunes artistes qui arrivent à Montréal et leur sert de guide, lui qui a eu ce même accueil de la part des artistes plus établis lors de son arrivée au Québec. Sandra Gasana s’est entretenue avec lui pour PAN M 360 à quelques jours de son spectacle de lancement au Ministère, le samedi 25 octobre.





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