Point final de sa saison 2022-23 dédiée aux victimes de la guerre en Ukraine, ce Concert du printemps du Nouvel Ensemble Moderne, sous la direction de Lorraine Vaillancourt, présente les œuvres de cinq compositeur·trice·s à découvrir. L’événement signe également la dernière rencontre de l’année avec Alla Zagaykevych, qui fut compositrice ukrainienne en résidence au Vivier au cours de cette saison, avec la création d’une œuvre écrite pour le NEM. Pour ce dernier concert, Lorraine Vaillancourt se prête au jeu des questions posées par PAN M 360.

PAN M 360 :  C’est toutes sortes d’œuvres qui sont évidemment à découvrir pour beaucoup de monde. C’est très intéressant parce qu’il y a plein de compositeurs qui demandent à être encore mieux connus. C’est pour ça que vous êtes là.

LORRAINE VAILLANCOURT :  Oui, effectivement, même pour nous, c’était une porte ouverte sur des univers qu’on ne connaissait pas encore. On écoute beaucoup de musique et on voit un peu ce qui se passe ailleurs, mais il y en a beaucoup de compositeurs. Oui, il y en a.

PAN M 360 :  La quantité d’information musicale n’a rien à voir avec celle d’il y a quelques décennies. C’est tellement plus important maintenant. On ne peut pas aborder les répertoires de la même façon qu’on le faisait autrefois, c’est complètement différent.

LORRAINE VAILLANCOURT :  Non, c’est ça. Ça prend une ligne, ça prend un appât, ça prend quelque chose qui nous amène quelque part, mais il y a vraiment beaucoup d’univers à découvrir. C’est sans fin. C’est sans fin. Parfois, on nous dit que la musique « classique »… Puisqu’on fait de la musique classique, la musique « savante », ça n’existe plus ou ça n’a plus vraiment sa place.  Il faut vraiment ne pas être au courant pour véhiculer  de telles choses..

PAN M 360 :  Il faut vraiment être carrément ignorant , parce que le corpus de ladite « musique sérieuse » est à peu près dix fois plus considérable qu’il ne  l’était dans les années 80, à l’époque où le financement public et l’espace médiatique étaient plus favorables à cette mouvance.

LORRAINE VAILLANCOURT :  On n’en entend pas beaucoup parler, donc à un certain moment, ça n’existe plus pour certains.  On préfère laisser les gens papillonner, aller vers ce qu’ils aiment, vers ce qu’ils connaissent déjà. C’est une fausse amélioration que de penser que sous prétexte qu’on a un canal sur lequel on peut écouter de la musique contemporaine, puis un autre sur lequel on peut écouter de la musique reggae, ça va ouvrir des horizons.  Ça n’ouvre pas grand chose. 

PAN M 360 :  C’est tout le contraire, effectivement. C’est le problème des algorithmes de référencement qui vous mènent toujours à des œuvres ou artistes qui ressemblent à ce que vous connaissez déjà. Bon… plutôt que de se pomper mutuellement, allons-y pour le programme. Fil conducteur pour ce Concert du printemps?

LORRAINE VAILLANCOURT : Pas vraiment. Évidemment, comme on fait les choses très en amont, j’avais décidé qu’on dédierait cette saison aux victimes de la guerre en Ukraine. Or, je ne pensais pas que ça durerait si longtemps. Je me disais naïvement  que quand on ferait le concert, ça serait peut-être pour fêter la paix. On est loin de ça! Quand j’ai fait le programme, j’ai cherché des compositeurs venant de pays qui ont été eux aussi envahis par la Russie (ou l’ex-Union Soviétique) à un moment donné; Slovénie, République Tchèque, etc.  C’était mon angle.

Tout ça tournait autour de la compositrice ukrainienne Alla Zagaykevych qui est venue à Montréal par l’intermédiaire du Groupe Le Vivier,  qui a composé une œuvre pour le NEM et dont nous avons fait une première lecture il y a quelques mois, pendant sa résidence montréalaise. Elle est rentrée à Kiev par la suite et revient à Montréal cette semaine  pour la création de son œuvre. 

PAN M 360 : Depuis la première lecture que vous aviez faite de l’œuvre d’Alla Zagaykevych, comment cela a-t-il évolué ?

LORRAINE VAILLANCOURT :
J’avais, juste un peu avant, dirigé sa musique à McGill avec l’ensemble des étudiants. La musique d’Alla est très écrite, très complexe, très fournie, il y a une  densité. Et voilà  ce qu’elle a fait pour nous. D’abord, le titre : Seuls les roseaux reluisent au soleil, c’est très poétique. C’est d’ailleurs un poème qui l’a inspirée. Mais ce qu’elle en dit musicalement, c’est sans doute un paysage de guerre. La nature est blessée, mais elle reste la cachette la plus sûre, le refuge pour l’homme, pour son regard sur lui-même. En temps de guerre, la nature  parle de guerre, comme le dit la compositrice, c’est donc une musique à la fois calme et sombre – ça, c’est mon sentiment à moi. Mais quand Alla dit « La nature en temps de guerre parle de guerre »,  ses œuvres font aussi partie d’une vidéo d’art que Mario Côté est en train de préparer. Quels que soient les conflits, tous ces artistes ont des choses à dire sur le monde dans lequel on vit. Donc c’est ce qui fait que l’art ici est important. Si on écoutait plus les artistes, peut-être qu’on se porterait mieux. 

PAN M 360: Et les autres créateurs.trices  au programme ?

LORRAINE VAILLANCOURT : Il y a une autre compositrice, Nina Senk, qui est Slovène. Il y a aussi Vito Zuraj, également slovène, et puis, Martin Smolka qui est Tchèque. Il y a aussi Tolga Yayallar, un compositeur turc qu’on a connu jadis à l’université de Harvard alors que le NEM y était en résidence.

PAN M 360 : Tous des artistes d’Europe de l’Est  ne sont  peut-être pas si émergents qu’on pourrait le croire a priori parce qu’ils sont inconnus de ce côté de l’Atlantique.


LORRAINE VAILLANCOURT : Vrai, et ils sont pas si jeunes, dans la terntaine ou la quarantaine, et vivent tous dans leurs pays respectifs. Ils circulent partout dans le monde, évidemment, la musique n’a pas de frontières quoique…. Dans le monde réel, il  y a des gourmands et des trop gourmands qui sont prêts à faire n’importe quoi pour conquérir un petit bout de terrain. C’est d’une tristesse… Autrement dit, nous sommes un peu une terre d’accueil en ce 5 mai. On accueille la musique, c’est une pratique permanente dans notre cas, et pour le NEM et pour son public Souvent, quand les gens viennent au concert, ils n’ont aucune espèce d’idée de ce que l’Ensemble va jouer. Si on vient au NEM, donc, c’est qu’on a une forme de générosité, d’ouverture. Alors nous accédons tous à de beaux univers différents les uns des autres, même si on voit aussi que ces compositeurs vivent dans le même monde que le nôtre. Je pense à, par exemple, Nina Senk, dont l’œuvre au programme a été composée pendant la pandémie, dans une Slovénie confinée.

PAN M 360 : Autres exemples … Martin Smolka?


LORRAINE VAILLANCOURT : Martin Smolka est dans la micro tonalité. Il s’inspire du jazz, du blues, de plusieurs musiques non occidentales. L’instrumentation est vraiment intéressante, ça déborde un peu le NEM, il y a une guitare et une harpe, il y a une sorte de quatuor qui est  un peu désaccordé – piano, harpe, guitare à cordes de nylon, violoncelle. Ils font une petite mélodie comme ça, très, très douce, mais il y a des sixième de tons de différences sur certaines notes.  C’est à la fois extrêmement simple, c’est une petite mélodie,  un ton mélancolique, beaucoup de silence. Le quatuor est un soliste en quelque sorte, et puis, tout l’ensemble, reprend et puis on  retrouve le quatuor. Il y a donc une alternance. Je trouve, en tout cas, qu’il y a un contenu expressif très fort dans cette œuvre.

PAN M 360 : Tolga Yayallar?


LORRAINE VAILLANCOURT : Déjà son titre, Requiem pour une terre perdue, m’a convaincue! C’est en fait une complainte pour la Bysance perdue, une réflexion musicale sur ce qui reste du patrimoine byzantin avec les successions d’empires (romain, byzantin, ottoman), l’urbanisation, les contrastes,  les mutations du paysage architectural. C’est pour ça que je dis que ces artistes dont on joue les œuvres sont vraiment des gens qui vivent aujourd’hui, qui sont vraiment dans l’actualité. 

PROGRAMME

  • Nina ŠenkShadows of Stillness , 2020 pour ensemble
  • Vito ŽurajFired-Up , 2013 pour ensemble
  • Alla Zagaykevychand only the reeds glistens in the sun.. , 2923  – création
  • Martin SmolkaSolitudo , 2003 pour 12 instruments
  • Tolga YayalarRequiem pour une terre perdue , 2009 pour ensemble

CE PROGRAMME EST PRÉSENTÉ PAR LE NEM DE CONCERT AVEC LE GROUPE LE VIVIER

INFOS ET BILLETS ICI

Applaudis au Festival de Royaumont et au Wigmore Hall de Londres, en pleine ascension professionnelle, la mezzo-soprano Victoire Bunel et le pianiste Gaspard Dehane traversent l’Atlantique et accostent à la Salle Bourgie – le mercredi 10 mai, 19h30. Sans conteste deux étoiles montantes de la musique classique, ils proposent un programme riche et généreux, exclusivement constitué de musique française connue et inconnue : Poulenc, Debussy, Ravel, Fauré, Chausson mais aussi Strohl, Séverac et Hahn. PAN M 360  a pu joindre le tandem avant la reprise de ses intenses activités de tournée.

PAN M 360 : Comment avez-vous fait connaissance? Quelle est la genèse de ce duo?

GASPARD : Déjà, ce qui est amusant, c’est que ce n’était pas forcément prévu dans nos chemins respectifs, bien qu’ ayant été tous les deux au Conservatoire de Paris. On s’est croisés à de multiples reprises, mais on ne s’était pas forcément parlé. Victoire avait un duo, moi, j’avais aussi un duo j’étais en accompagnement vocal au Conservatoire. Et puis, un jour, on m’a proposé un concert et on m’a imposé Victoire. Mais  dans un autre cadre que celui du Conservatoire; c’était pour un festival en Bretagne et donc c’était drôle, c’est comme ça qu’est né notre premier concert. 

VICTOIRE : Et après cette rencontre, moi, je devais faire l’Académie Orsay-Royaumont avec une pianiste avec qui je travaillais déjà et qui, pour diverses raisons, n’avait pas pu faire l’Académie. Et donc j’ai pensé à Gaspard et je lui ai proposé. Je lui ai dit « Bon, on s’est peu rencontrés, on a fait peu de musique ensemble, mais ça s’est très bien passé. Il y a eu un très bon feeling. Est ce que ça t’intéresserait qu’on puisse se découvrir, continuer à se découvrir au sein d’un écrin si privilégié que celui de l’Académie Orsay-Royaumont. 

GASPARD :  D’ailleurs, je crois que pour être complet sur l’anecdote, j’ai souhaité bon anniversaire à Victoire.  En me remerciant de la politesse, elle m’a fait cette proposition. Comme quoi, il ne faut jamais oublier les anniversaires! 

PAN M 360 : Comment a évolué votre répertoire, ce que vous avez exploré et on en arrive au répertoire qui sera présenté à Montréal. 

VICTOIRE  : Je dirais qu’ on s’est rencontrés avec le répertoire français, entre autres d’ailleurs, mais parce qu’en Bretagne, dans le festival, on s’était rencontrés, on avait fait du Debussy  et du russe. Et après, on a eu encore une fois, cet écrin incroyable de l’Académie Orsay-Royaumont   qui a été constitué de plus de plusieurs sessions de dix jours de travail à chaque fois avec un duo de maîtres. Et à chaque fois, c’était un répertoire différent. Donc on a eu une session sur le répertoire français, une session sur l’allemand avec Prégardien. Et donc ça a aussi aiguillé. Il y avait tout à découvrir, vu qu’on avait très peu travaillé ensemble avant cette académie. Il y avait tout à découvrir, et c’est ça qui a guidé notre première année de travail. 

PAN M 360 :  Maintenant, vous avez atteint une vitesse de croisière, c’est à dire que vous êtes un duo qui va durer et qui fera évoluer son répertoire. Cette fois, vous avez choisi, pour venir à Montréal pour la première fois en tant que duo du répertoire exclusivement français. Pourriez-vous justifier ce choix ? 

GASPARD : On a été éduqués (entre autres) par Anne Le Bozec, qui était ma professeure d’accompagnement vocal et aussi dans laquelle elle s’occupait évidemment les chanteurs. Et Victoire est passée aussi par là. Dans cette classe, on cultivé beaucoup la curiosité et la découverte de pépites, de répertoires pas forcément abordés, parce qu’il y a des grands piliers comme ça du répertoire leader et mélodie. Et finalement, on se retrouve après deux ans de formation et  on n’a pas joué Winterreise, on n’a pas joué La bonne chanson de Fauré mais on a acquis une méthode et une fraîcheur, ce qui consiste à partager à partir de zéro comme si cette grande musique pouvait être la nôtre, sans se fier à des versions précédentes – parce que c’est toujours un peu le problème quand on joue des choses connues. Et justement, là, dans ce choix, il me semble qu’il y a une sorte de bouquet très varié, avec des choses connues, d’autres moins connues, d’autres pas du tout connues, avec quand même aussi une époque assez ramassée. Mais un vrai balayage. Je ne sais pas si l’ordre est défini, en tout cas il l’est dans nos têtes.

VICTOIRE : Je pense aussi qu’on ne peut pas nier que nous sommes un duo français et que c’est un répertoire, un, qui nous tient de cœur et deux, qui nous parle et qu’il est important pour nous de le transmettre. C’était très naturel pour nous de choisir ce répertoire là spécifiquement pour une première fois ensemble au Canada. 

GASPARD :  C’est peut être un snobisme facile de ma part, mais il me semble qu’il y a chez vous une volonté de cultiver la langue française et de l’entretenir. Et comme ce répertoire est très exigeant sur la qualité de la langue, sur la profondeur, c’est d’autant plus stimulant pour nous aussi de vous  proposer de beaux textes et de faire ce travail. Chacun d’entre nous arrive avec ses outils, on bâtit une réflexion à deux sur la poésie, ensuite, on essaie de mêler les sons.

VICTOIRE :  Et même là, c’était aussi, je pense, un peu ce qu’on a voulu faire avec ce programme, c’est à dire mettre à la fois des compositeurs français très connus et des grands tubes, il n’y en a pas tant que ça dans notre programme. Il y a peut-être les Bilitis, les Mélodies grecques et peut-être le bestiaire de Poulenc. Sinon, après, on est vraiment allé chercher des choses qu’on a découvertes ensemble. Le Mirage de Fauré, je l’ai découvert très récemment aussi, c’est quand même encore quelque chose d’assez connu mais qui ne font pas partie des tubes français. Et puis, encore moins connue, Rita Strohl, cette compositrice bretonne qui sort un peu de l’ombre. C’était une manière aussi de continuer à faire découvrir ce répertoire français.


PAN M 360. Maintenant, si on regarde les œuvres en tant que telles que vous allez interpréter, on vous demande quelques mots.

GASPARD :  Les quatre poèmes d’Apollinaire. Pour moi, c’est une musique à cheval entre presque du théâtre virtuose et du cabaret, mais quand même très sombre, avec quelque chose de… 

VICTOIRE : Je suis d’accord complètement avec cette idée de théâtre à la Yvette Guilbert. Pour moi, ça a été aussi de chercher une espèce de prononciation parisienne, plus populaire, qui colle au texte, bien sûr. 

GASPARD :  Il y a quelque chose de très sombre, alors que les trois chansons de Bilitis, là, on est vraiment dans du quasi érotisme.

VICTOIRE :  Pas quasi, complètement!

GASPARD : Ouais, on est complètement dans de l’érotisme. C’est incroyable comme le texte devient envoûtant.

VICTOIRE : C’est très physique comme musique. 

GASPARD : Oui. Si je travaille la partie piano sans me concentrer sur le texte, je ne ressens rien. Par contre, si je lis le texte une fois, puis que j’essaie de jouer en lisant le texte, là, il y a un monde qui s’ouvre. Évidemment, c’est un monde de chair, de luxure, de fatigue amoureuse, etc. 

VICTOIRE : Les mélodies grecques, c’est le plaisir de plonger dans un nouveau monde. En ce moment, ça porte bien son nom, quoi. Les mélodies populaires, donc dans un folklore, dans un imaginaire. Évidemment, on le fait dans la version française, on ne les chante pas en grec, mais ce sont des petits bijoux, de la dentelle. C’est du Ravel, vraiment. Même si ce n’est pas orchestré, on entend un génie des timbres et du détail. 

GASPARD : Il y a un côté aussi, carte postale. Moi, j’ai eu la chance d’aller à l’archipel de Santorin; c’est tout à fait cliché de le dire, mais ces mélodies grecques me donnent vraiment envie d’aller me balader dans ces îles et de tomber sur ces églises avec ces dômes, ressentir une certaine douceur de vivre. Je trouve qu’on n’est pas du tout comme chez Apollinaire dans quelque chose de torturé. Il y a vraiment quelque chose de très pur dans ces mélodies grecques. 

VICTOIRE :  Le bestiaire, c’est un peu le haïku de Poulenc. Ce sont des mélodies très, très courtes, les poèmes sont pareils, de vrais haïkus, vraiment très succincts. Et je ne sais pas. Je trouve que la magie de ce bestiaire, pour moi, c’est ça, c’est de dépeindre en quelques secondes de musique une atmosphère et de mettre en valeur chaque petit compagnon. 

GASPARD :  Moi, ça me rappelle un peu Babar. Évidemment, on ne compare pas Jean de Brunhoff à Apollinaire mais dans cette musique, il y a vraiment quelque chose de presque enfantin, pas sérieux.. 

VICTOIRE : La Tristesse de la lune de Strohl, pour moi, c’est particulièrement  le poème de Baudelaire qui m’a séduite. Et cette musique : je découvre petit à petit le monde de Rita Strohl. Elle a aussi mis en musique des Bilitis, soit en 12 mélodies. Je n’en ai chanté que des extraits parce que c’est plutôt pour soprane. Mais j’en ai déjà chanté quelques-unes dans un récital à Toulouse, il n’y a pas très longtemps. Et c’est très riche. Elle a beaucoup écrit et c’est un univers assez romantique, très lyrique. Pour la voix, c’est très agréable, on est dans une ligne de chant très lyrique. 

GASPARD :  On avait fait une recherche sur ensuite les Mirages de Fauré.  Là aussi, c’est intéressant dans la continuité de Rita Strohl, c’est qu’ il s’agit du poème d’une femme, Renée de Brimont. Et en fait aussi, ce sont des textes sublimes qui ont presque un côté hugolien. C’est foisonnant de métaphores filées dans la mélodie et  tout le poème. Là, c’est du Fauré tardif, donc il y a ce rapport à l’harmonie qui est instable et puis hop, quelque chose nous installe. Et puis il y a des moments un peu évanescents. Ce n’est pas évident à jouer d’ailleurs, parce que les quatre mélodies sont toutes dans le même tempo, à la même vitesse. C’est difficile d’y créer des contrastes. Peut-être faut-il juste accepter cet univers relativement restreint. 

VICTOIRE : C’est ça. Ça porte bien son titre, je suis d’accord. Et en même temps, avec la complexité de ces harmonies, ça reste une écriture très dense. Mais sinon, c’est vrai que c’est assez homogène. Et donc on se dit, mince, comment créer des contrastes alors qu’en fait, les contrastes, à mon avis, se créent d’eux mêmes par les couleurs de Fauré  et les couleurs qu’on donne aux mots. 

GASPARD : Chausson, ce sont des mélodies qu’on adore et qu’on a beaucoup travaillées, notamment à notre première session ainsi qu’à la dernière, puisque ça a été le fruit ensuite d’une sélection de mélodies qui a constitué un disque. Moi, en y replongeant aussi, j’ai un vrai plaisir aussi avec ces mélodies, parce qu’elles sont extrêmement instrumentales. Pianistiquement, il y a un vrai défi quasi aquatique pour la chanson Bien Douce, c’est à dire presque qu’il faut être une sorte de murmure de ruisseaux murmurant sur lequel, justement, la voix va réciter sa chanson. Et Le chevalier Malheur, là où on est presque dans du Wagner. On voit la scène. Moi, ça me fait même penser, c’est pour ça que je souriais, à la première scène du film Les Visiteurs où il y a une décapitation d’un chevalier en armure et le chevalier marche un peu puis tombe. Il y a quelque chose de cet ordre. 

VICTOIRE :  Et La chanson pour le petit cheval, oui. Pareil, là, moi, j’ai découvert il y a bien un petit 15 ans, je pense, les mélodies de Séverac. Je ne sais pas, c’est un personnage, un compositeur qui me touche, très attaché à son terroir et qui a pour mission… Est ce que c’était vraiment… Si, je pense que c’était très pensant d’ailleurs, mais de vouloir faire résonner ses origines, ce qu’on entend plus dans La chanson pour le petit cheval. Mais pareil, c’est vraiment pour moi un bel exemple de ce qu’est l’esthétique française. C’est très pur, ça va droit au but, c’est très délicat.

GASPARD : Et en même temps, c’est très dramatique aussi. Et une fois qu’on a bien compris le texte, c’est souvent la musique de la poésie qu’on découvre. En deuxième lecture, on en découvre le sens psychologique. Et là, il y a une histoire, évidemment, qui se termine mal alors que quand on écoute le début, on se dit « Le petit cheval, c’est super. Il est mignon ce petit cheval. » Et en réalité, ce petit cheval, c’est une métaphore presque de l’impuissance face à la mort.

GASPARD : Puisque j’ai mis ma lèvre et La chère blessure, ce sont aussi des mélodies qu’on a enregistrées. On peut dire qu’on les connaît bien, en tout cas, qu’elles nous connaissent bien. Je trouve que ce sont des mélodies extrêmement romantiques,  en tout cas, c’est  comme ça qu’on a décidé de les interpréter. Il faut ouvrir son cœur au maximum et se laisser envahir par la poésie de Victor Hugo dans le Puisque j’ai mis ma lèvre on n’est pas du tout dans la mesure, ça déborde. Tandis que La chère blessure, c’est une musique qui a presque un côté bancal au début quand on l’aborde, puisque ça déborde et que c’est du sentiment.  

VICTOIRE : Plus que Trois jours de vendange ou D’une prison qui sont quelque part beaucoup plus carrées. Mais ces deux-là sont très romantiques. Et rythmiquement, très étonnantes. 

GASPARD : Je trouve d’ailleurs que les mélodies Trois jours de vendange et  La chanson pour le petit cheval , de compositeurs différents (Hahn et Séverac), sont pour moi semblables dans la mesure où elles commencent avec quelque chose d’extrêmement guilleret,  énergique, et elles se terminent avec le dies irae pour les Trois jours de vendange, et pour Le petit cheval on a à la fin un glas complètement macabre et un paysage de mort absolue. On est dans le cimetière des éléphants dans Le Roi Lion. 

PAN M 360 : C’est très généreux de votre part d’avoir monté un programme aussi charnu, généreux.

GASPARD : Ça nous fait plaisir. Ça passe tellement vite, c’est aussi ça le charme de ce répertoire. D’ailleurs, c’était un peu le contexte de notre rencontre musicale, c’est qu’on avait donné ce concert dans le cadre d’un festival qui rendait hommage au philosophe  Vladimir Jankélévitch, qui a beaucoup écrit sur la musique française. Il parlait souvent de cette dualité entre l’apparition et la disparition, notamment chez Debussy. On est à peine rentrés dans un univers que ça s’est envolé.

VICTOIRE : Ou encore on est projetésdans nos rêves et notre imaginaire et après, ça flotte et on en fait ce qu’on veut, on en garde ce qu’on veut.

PAN M 360 : Il y a deux semaines, d’ailleurs, Thomas Bangalter (Daft Punk) nous parlait aussi de Jankélévitch, sur le thème du grand pouvoir de la musique à exprimer l’inexprimable.


VICTOIRE : C’est effectivement ce qui rend la musique si puissante : un langage qui peut parler à tous sans qu’on ait besoin de grammaire.

PAN M 360 : Ce qui est aussi intéressant dans votre répertoire, c’est qu’il est au service de la grande littérature française et non de textes pompeux du répertoire lyrique, qui vieillissent  souvent très mal.

GASPARD : C’est fascinant pour nous. Nous sommes musiciens, mais pas écrivains ni comédiens. Nous jouons de la musique qui a été composée après un texte. Donc, nous sommes fascinés de voir comment  les compositeurs qu’on connaît, Debussy, Ravel ou les moins connus, se sont emparés de leurs impressions après la lecture et le choix de tel ou tel poème.

PAN M 360 : Évidemment, vous avez vos carrières respectives, mais vous avez aussi ce travail en duo qui fait partie, qui a une part importante dans votre agenda.

VICTOIRE : Et puis qui nous tient à cœur, en fait. Oui, bien sûr. C’est rare de trouver des partenaires avec qui on a envie de travailler sur le long terme, donc c’est très précieux. C’est des choses… Après, il y a des occasions qui nous sont présentées. C’est aussi à nous de créer quelque part les opportunités quand on en a l’envie. 

INFOS ET BILLETS, SALLE BOURGIE MERCREDI 10 MAI, 19H30, C’EST ICI

INTERPRÈTES

Victoire Bunel, mezzo-soprano
Gaspard Dehaene, piano

PROGRAMME

POULENC Quatre poèmes de Guillaume Apollinaire
DEBUSSY Les chansons de Bilitis
RAVEL Cinq mélodies populaires grecques
POULENC Le Bestiaire
STROHL La tristesse de la lune
FAURÉ  Mirages
CHAUSSON
La chanson bien douce
Le chevalier Malheur
SÉVERAC
Le ciel est par-dessus le toit
La Chanson pour le petit cheval
HAHN
Puisque j’ai mis ma lèvre
La chère blessure
Trois jours de vendange
D’une prison 

Nous poursuivons nos entretiens avec les trois derniers finalistes du Concours musical international de Montréal (CMIM).

Au sortir de leur répétition générale avec l’Orchestre symphonique de Montréal et maestro Rafael Payare, voici ce qu’avaient à partager les Sud-Coréennes SongHa Choi et SooBeen Lee, interprétant respectivement le Concerto no 2 de Prokoviev et le Concerto no 1 de Tchaïkovsky, ainsi que le Kazakh Ruslan Talas, qui jouera le Concerto no 1 de Paganini.

PAN M 360 : Quel est votre état d’esprit actuellement à quelques heures de votre épreuve finale ?

SongHa Choi : Je dois dire qu’avant la répétition, mon niveau d’excitation est monté très haut. Je ne savais pas qu’il pouvait être encore plus élevé ! Mais je fais entièrement confiance au chef et à l’orchestre, et je pense que nous pouvons créer de nombreux moments agréables et spontanés. Je devrais être nerveuse, mais c’est plus une question d’adrénaline. Je continue à considérer cela comme un concert parce que la salle est magnifique et que le public est au rendez-vous. C’est aussi ce que j’ai ressenti lors des épreuves précédentes également. Il s’agissait simplement d’être dans l’instant présent et de réagir à ce qui se passait à ce moment-là, plutôt que de penser: « Oh, les jurés sont assis là! » Non, ils font partie du public.

SooBeen Lee : Ce qui est intéressant, c’est que dans ce concours, je me sens nerveuse bien sûr, mais pour une raison ou une autre, c’est plus de l’excitation que de la nervosité. Cette salle est très agréable et très belle, l’orchestre et Rafael sont formidables. Il est très facile de travailler avec eux. Je suis donc très enthousiaste à l’idée de jouer ce soir.

Ruslan Talas : J’ai hâte de pouvoir jouer. C’est un orchestre extraordinaire, l’un des meilleurs avec lesquels j’ai jamais travaillé. Maestro Rafael Payare est très délicat. Il m’a beaucoup aidé. Je n’ai jamais joué l’intégralité de l’œuvre avec un orchestre, alors ce soir, ce sera ma première fois! Je suis très excité à l’idée de jouer. Je me sens bien.

PAN M 360 : Parmi tous les concertos disponibles dans le répertoire, pourquoi avez-vous choisi celui-ci ? Quels sont les défis de cette pièce ?

SongHa Choi : Je ne pense pas, même s’il s’agit d’un concerto très populaire, qu’il soit souvent choisi comme concerto favori d’une finale d’un concours. Personnellement, j’aime beaucoup Prokofiev en tant que compositeur, en raison de son imagination et de sa créativité absolument démente, pour les histoires de ses personnages et ses contes de fées. J’ai l’occasion d’écrire ma propre histoire à chaque fois que je joue son  Concerto no 2. J’aime l’abondance de couleurs et les histoires enchantées qui en découlent.

SooBeen Lee : Le défi, c’est évidemment que tout le monde connaît le Concerto no 1 de Tchaïkovsky. Je veux donc faire en sorte qu’il soit aussi satisfaisant qu’il devrait l’être pour tout le monde. Mais c’est aussi une pièce qui est très plaisante à jouer. Si j’ai choisi ce concerto, c’est aussi parce que c’est le premier que j’ai appris à l’âge de onze ans. Comme cette épreuve finale est une grande étape pour moi, je voulais choisir quelque chose avec lequel je serai en mesure de m’amuser le plus possible.

Ruslan Talas : Vous savez, je suis tombé amoureux du Concerto no 1 de Paganini quand j’étais petit. J’aime cette musique pour ses phrases lyriques, pour sa passion, son amour et son esprit d’opéra.  C’est très proche de mon cœur. J’adore cette musique.

PAN M 360 : Qu’est-ce cela signifie pour vous d’être au CMIM et en quoi ce concours diffère-t-il des autres auxquelles vous avez participé ?

SongHa Choi : Honnêtement, je n’avais vraiment aucune idée que je me rendrais en finale. C’est donc une très agréable surprise. Cela représente beaucoup pour moi, car je suis ce concours depuis probablement plus de dix ans. Mes amis ont été lauréats et lauréates, et je les ai vus concourir. C’est un grand honneur pour moi d’être en compétition avec cinq autres amis et jeunes musiciens que j’ai rencontrés. Ce concours est vraiment spécial en raison de l’atmosphère créée par l’équipe. C’est tellement amical et extrêmement bien organisé. De plus, le fait que nous puissions séjourner dans des familles d’accueil nous permet de vivre les choses différemment, en particulier avec ma “mère d’accueil”. Elle m’apprend tout sur la culture montréalaise. J’ai l’occasion de découvrir toutes les petites choses et c’est vraiment agréable.

SooBeen Lee : Ce que j’ai ressenti de particulier lors de ce concours, c’est que le public était très chaleureux. Dès le premier et le deuxième tour, j’ai senti un grand soutien de la part du public. Pour une raison ou une autre, je n’ai pas eu l’impression de participer à une compétition, j’ai eu l’impression de jouer pour les gens. Et ces gens sont si gentils ici. J’ai également rencontré la meilleure famille d’accueil. Jusqu’à présent, je passe un très bon moment à Montréal.

Ruslan Talas : Pour moi, c’est un grand honneur, car j’ai entendu parler de ce concours à maintes reprises lorsque j’avais neuf ans. Des violonistes comme Gidon Kremer et Vladimir Spivakov ont déjà remporté des prix à ce concours. C’est un concours très prestigieux et très célèbre, l’un des meilleurs au monde. Le simple fait d’avoir participé à ce concours est déjà une grande victoire pour moi. Je suis simplement heureux de jouer avec ces musiciens et violonistes extraordinaires.

Le ou la récipiendaire du grand prix ainsi que les lauréats des prix spéciaux seront dévoilés ce soir lors de la cérémonie de clôture à la Maison symphonique.

 Vous pouvez visionner la finale ici

Qu’arrive-t-il lorsqu’un peintre, deux musiciens et un designer se rencontrent ? Isotone, un collectif d’artistes multimédia, et ce n’est pas le début d’une mauvaise blague, plutôt celui d’une belle aventure. Une épopée qui les a menés à collaborer avec des institutions comme Québec Cinéma, le Nouvel Ensemble Moderne (NEM), Moment Factory, Mutek et MAPP. Le collectif soufflera ses 5 bougies samedi 6 mai et pour marquer le coup, les compères investissent rien de moins que la SAT en proposant un événement à leur image, multidisciplinaire. Au programme : jusqu’à 21h, une exposition intitulée Impermanences qui s’articule autour de la notion de transformation et qui deviendra la scénographie de la soirée musicale animée par les DJ locaux Ramzilla, Gene Tellem, Kris Guilty et Mok T. À quelques jours de cette grande célébration, PAN M 360 a échangé avec les quatre membres du studio pour revenir sur leurs réalisations et surtout se mettre en appétit pour samedi.

PAN M 360 : Présentez-vous et vos parcours en quelques mots 

Isotone : Isotone est né sous la forme d’un collectif d’artistes réunissant Hugo Fournier, Félix Bonjour, Bar Rubinstein et Lilian Guiran. En termes d’origines créatives nous sommes assez hétéroclites, Hugo vient de la peinture et de la création murale, Félix et Lilian de la musique instrumentale et électronique et Bar du design et de l’animation. Nous nous sommes retrouvés à la croisée de ces mondes pour partir en quête d’horizons nouveaux et les arts numériques ont été l’élément déclencheur de tout cela. Cela fait maintenant cinq ans qu’on explore ensemble cette voie de la création, qu’on se questionne et s’inspire mutuellement sur nos intentions au sein de nos projets communs et personnels, Isotone est un projet qui nous rend profondément heureux chaque jour. 

PAN M 360 : Comment est né le projet Isotone ? 

Isotone : L’histoire au complet est un peu longue à raconter, mais si on devait résumer en quelques mots, Isotone est né d’un concours de circonstances tellement improbable qu’on s’émerveille encore à chaque fois qu’on y repense. C’est fou qu’un tel enchaînement d’heureux hasard ait donné vie à ce qui, aujourd’hui, anime la nôtre. À peu de choses près, on ne se connaissait pas avant de monter le projet, une opportunité de performance de Vjing est arrivée de nulle part au moment où nous nous rencontrions, par hasard, par des amis d’amis. Aucun de nous quatre n’avait d’expérience là-dedans mais on a vite compris qu’on avait tous envie d’essayer et ça nous a suffit pour se lancer. On a essayé de comprendre ensemble les bases de la pratique et, 3 semaines après, on performait pendant plus de 6h devant 800 personnes dans une soirée techno (rires). On a d’ailleurs trouvé le nom du projet en une heure, entre deux tutoriels, parce que les gens de la communication avaient besoin de valider le design des affiches. C’était peut-être la cinquième fois de notre vie qu’on se voyait à ce moment-là et, comme le fait que cette initiative était un des plus beau choix de nôtre vie, on en a pas douté depuis. 

PAN M 360 : Comment se répartissent les rôles au sein du collectif ?

Isotone : On nous pose souvent la question mais, pour être honnête, ce n’est pas une science exacte. Vu qu’on à tout appris ensemble et qu’on se connaît par cœur, on a conscience des forces et des faiblesses de chacun mais ce qui prime avant tout c’est l’entraide et la curiosité. On ose se dire les choses, ce qui nous donne envie comme ce qui nous fait peur et, en fonction des disponibilités de chaque membre durant le projet, on se parle pour trouver la formule la plus juste. Bien sûr, nos origines créatives font qu’on a plus ou moins de facilités à faire certaines tâches, mais durant les cinq dernières années on s’est motivés les uns les autres à diversifier nos pratiques et ne jamais arrêter d’apprendre. Aujourd’hui, n’importe lequel d’entre nous pourrait assumer l’intégralité d’un projet multimédia seul s’il le fallait, même si c’est justement ce qu’on essaye d’éviter vu qu’on sait combien les projets sont poussés plus loin quand on à le bonheur de les développer ensemble. 

PAN M 360 : Vous fêtez vos 5 ans, l’occasion de regarder dans le rétroviseur. Quels ont été les rencontres et les moments importants qui ont permis à Isotone de devenir ce qu’il est ?

Isotone : Ça va être dur de citer tous les gens qui ont été importants pour nous ces dernières années, Isotone c’est avant tout une histoire de rencontre, des gens qui nous ont tendu la main et avec qui la confiance et l’estime se sont construits au fil des projets. Bien sûr, on ne peut pas s’empêcher de penser à nos premières performances Vj et autres scénographies numériques  avec la plupart des collectifs de musiques électroniques à Montréal. C’est un monde qui nous à forgé, qu’on a adoré explorer et qui continue à nous stimuler sans cesse. Il y a eu aussi les premières reconnaissances officielles par des gens du milieu comme le prix du jury Moment Factor qu’on à reçu pour notre création Prémices lors du festival MINUTES_MAPPING 2019 par MAPP MTL. Évidemment, comment ne pas citer aussi nos premières performances au dôme de la Société des Arts Technologiques (SAT), qui plus est sous l’égide de Mutek pendant leur évènement Dômesicle et en clôture de leur festival l’an passé, ça été profondément marquant pour nous tous. Enfin, il y a quelqu’un qui à une place particulière dans nos cœurs et dont la rencontre continue d’avoir une énorme influence sur notre studio, c’est Shandor Chury, le fondateur de OVVO studio devenu aujourd’hui un ami proche de tous les membres d’Isotone.

Cette question est difficile pour nous car on sait qu’on ne peut pas citer tout le monde, mais on espère sincèrement que tous les gens avec qui on à partagé des projections, des montages / démontages, des belles discussions ou même quelques pas de danse se reconnaitront et savent à combien nous sommes reconnaissants de tous ces moments passés ensemble.

PAN M 360 : Parmi tous les projets réalisés, quel est celui qui tient peut-être une place spéciale dans votre cœur ?

Isotone : La aussi, difficile de n’en choisir qu’un seul mais avec quelques années de recul, le projet Ingénu.e est sûrement un des souvenirs les plus forts du studio. C’était au tout début de l’histoire d’Isotone en 2018, par notre ami et DJ Djima on entend parler d’un festival organisant une résidence à Val-de-Reuil, une petite ville à côté de Rouen en France. On décide alors de joindre nos forces pour créer une performance live liant Vjing, musique et danse. Isotone était responsable de la partie visuelle, nos amis du 3.6 Studio s’occupaient de la musique et Ilan Gratini de la partie danse avec l’aide d’Ariane Servagent. Au bout d’un an de travail parsemé, à essayer de trouver des créneaux partout où on pouvait pour réunir la dizaine d’acteurs présents sur ce projet et avancer petit à petit, on se retrouve effectivement à la résidence du festival Les Effusions pour finaliser le show. Après un mois de travail continu sur place, on performe Ingénu.e, une réécriture contemporaine du livre de Voltaire portant (presque) le même nom, devant le public du festival. Quel moment magique, encore aujourd’hui on ne sait pas comment on à fait pour construire un aussi gros projet (1h de show live !) avec l’expérience qu’on avait à l’époque. C’était vraiment magique et fondateur pour la suite.

PAN M 360 : La création artistique numérique appelle souvent l’interactivité et l’immersion. Comment conceptualisez-vous ces deux approches et quelle place ont-elles dans votre travail ?

Isotone : On est conscient du côté inédit de l’art numérique, avoir accès à une telle pluralité de formes et d’outils pour un artiste est une chance incroyable, mais on sait aussi que cela peut influencer les créateurs à tendre parfois vers des intentions motivées plus par la technique que l’artistique… On se concentre toujours sur la notion de justesse, dans une réalité ou les outils nous permette de faire littéralement ce qu’on veut sans réelles limites, c’est essentiel pour nous de différencier ce qu’on veut faire de ce qu’on peut faire. On a la chance d’avoir une assez grande expérience technique par l’union de nos savoirs-faire et de nos expériences, mais on essaye constamment de faire en sorte que l’intégralité de nos décisions soient prises pour des raisons poétiques. Si l’œuvre appelle à de l’interactif, nous en mettrons, il en va de même pour l’immersif, le monumental, etc. mais ce n’est absolument pas une condition sine qua non et ce ne sera en aucun cas au budget ou au matériel de décider de leurs présences au sein du projet. On s’est fait la promesse de toujours mettre en avant l’intentionnalité et le sensible peu importe les conditions, l’entièreté de nôtre démarche est basée sur cela et on ne cesse jamais de se remettre en question pour conserver cette volonté.

PAN M 360 : Une partie du collectif est en France, quels sont les projets que développez outre-Atlantique ?

Isotone : Malgré le fait que les trois quarts des membres du studio sont installés au Québec depuis des années, nous sommes conscients du lien qui nous relie à notre pays d’origine, là ou vivent nos familles et la où nous avons grandi. Cela fait même quelques années que notre membre Félix Bonjour est installé sur Paris et nous affinons sans cesse notre workflow pour que le travail à distance soit le plus fluide possible. Nous profitons de cela pour faire de plus en plus de projets outre-Atlantique, et cela devrait continuer à augmenter au fur et à mesure. On parlait tout à l’heure de Shandor Chury et de son studio OVVO, il y a justement de grandes choses qui se préparent pour nous à ce niveau-là. On ne peut pas encore tout dévoiler pour le moment mais il est clair pour nous que la direction que prend le studio actuellement est plutôt internationale et que la France à été et va être le point de départ de beaucoup choses. Après, il est extrêmement important pour nous d’assumer notre amour pour le Québec, c’est ici que tout à commencé et c’est ici que tout continuera quoi qu’il arrive, Isotone est avant tout un projet Québécois, peu importe les vocations internationales. Bien sûr, on se questionne beaucoup sur la méthode, c’est une question trop épineuse pour pouvoir en faire le tour en quelques mots, mais tous les membres du studio ont une conscience écologique assez développée et nous essayons sans cesse de construire un processus permettant la diffusion de nos créations à l’international tout en faisant très attention à l’empreinte carbone du studio. Des artistes comme Joanie Lemercier sont pour nous une grande inspiration à ce niveau et nous motivent chaque jour à être un peu meilleurs que la veille.

PAN M 360 : À quoi peut-on s’attendre pour cette célébration à la SAT et que représente-elle pour vous ?

Isotone : Cette célébration est un accomplissement. Nous sommes tous d’accord pour dire que c’est notre plus beau (et notre plus gros) projet à ce jour. Faire des créations originales à toujours été ce qu’on préfère, autant dire que monter une exposition entière sur mesure, avec aucune autre contraintes que celles que nous nous posons nous même, et le tout dans un lieu comme la SAT, c’est un rêve à part entière. Pour l’exposition Impermanences, on à tout donné. On fait tout ce qu’on voulait faire sans aucune concession. Le fait d’être tous réunis, d’être complètement libres d’explorer la matérialité en plus du numérique, de composer les musiques et le visuel pour les quatres œuvres ensemble, de préparer des performances et même de pouvoir inviter nos amis pour des DJ sets toute la nuit est une telle chance qu’on a décidé de se lancer corps et âme dans ce projet et cela nous rend profondément heureux. On a bien hâte de partager ça avec tout le monde, de partager des moments d’échange et de festoyer avec tous les gens sur place ; il n’y pas un jour qui passe sans qu’on ai l’impression de vivre un rêve éveillé.

PAN M 360 : Quels sont les projets à venir ?

Isotone : Le premier projet qui nous vient à l’esprit sans aucune hésitation, c’est prendre un peu de repos (rires). Ces derniers mois étaient très chargés pour nous, mais les dernières semaines ont été d’une intensité rare. On a besoin de se prendre un peu de temps ensemble, entre amis, pour recharger les batteries et repartir de plus belle ! Évidemment, l’autre projet qui nous vient à l’esprit est de chercher d’autres contextes de diffusions pour les quatre installations que nous avons créées pour l’exposition Impermanences, afin de les laisser vivre et faire leur propre route maintenant qu’elle existe en notre monde et plus seulement dans nos têtes. Aussi, un autre projet qui nous tient énormément à cœur et sur lequel nous travaillons doucement mais sûrement depuis un an est notre premier live complet en tant qu’Isotone. Une performance live où nous sommes tous les quatre sur scène pour jouer en temps réel avec tous les médias que nous avons dans notre inventaire. On espère vous en dire plus sur ça tout bientôt, mais ce qui est sûr c’est que, même si repos il y a, on ne va jamais s’arrêter d’expérimenter et de créer tous ensemble et individuellement, tout plein de belles choses sont en route !

PAN M 360 : Quel souhait allez-vous faire lorsque vous soufflerez vos bougies samedi ?

Isotone : On se souhaite beaucoup de choses les uns les autres, mais ce qui ressort particulièrement c’est simplement de continuer sur cette voie faite d’estime et de tendresse pour pousser au plus loin le projet Isotone. On est profondément reconnaissant de la vie qu’on a et nous croyons que la plus belle chose qui pourrait nous arriver est de perpétuer ensemble, encore et encore, cette quête de poésie avec la même fougue qui nous anime depuis cinq ans maintenant.

ISOTONE FÊTE SES 5 ANS À LA SAT , 6 MAI 2023 À PARTIR DE 18h30

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Le Concours musical international de Montréal, qui consacre son édition 2023 au violon bat son plein et connaîtra son ultime dénouement jeudi soir à la Maison  symphonique. Six finalistes, 4 hommes et 2 femmes, dans la jeune vingtaine et provenant d’Ukraine, des États-Unis, d’Israël, de Corée du Sud et du Kazakhstan. En marge de cette finale qui s’étale aujourd’hui et vendredi, nous avons pu nous entretenir avec les finalistes au sortir de leur répétition générale avec l’OSM et Rafael Payare à quelques heures de leur épreuve.

Pour commencer, voici Dmytro Udovychenko (Ukraine) qui jouera le Concerto no 1 de Chostakovitch, Nathan Meltzer (États-Unis), qui interprétera le Concerto no 1 « À la mémoire d’un ange » de Berg et Michael Shaham (Israël) qui conclura la soirée avec le Concerto no 2 en ré mineur de Sibelius.

PAN M 360 : Quel est votre état d’esprit actuellement à quelques heures de votre épreuve finale ?

Dmytro Udovychenko : Je suis très heureux et je ferai de mon mieux aujourd’hui avec ce merveilleux orchestre.

Nathan Meltzer : En ce moment, je suis en quelque sorte en train de surfer sur la vague de l’expérience de cette pièce avec un orchestre pour la première fois et de me réjouir à quel point les sensations et la sonorité sont formidables. Tout s’est déroulé sans problème. Je suis vraiment heureux de n’avoir eu aucun trou de mémoire [rire]! Il faut en quelque sorte mémoriser toute la partie de l’orchestre parce qu’elle est tellement interconnectée. Je suis donc soulagé que cela ne m’ait pas explosé à la figure. J’essaie de rester dans le moment présent et j’ai hâte de rejouer ce morceau ce soir.

Michael Shaham : Je me suis déjà retrouvé dans cette situation, en finale, à devoir jouer le concerto de Sibelius. Je pense que si je devais faire une chose différemment de cette fois-là, ce serait d’avoir l’état d’esprit que j’ai déjà gagné. Car, quel que soit le prix, je ne vais pas penser au classement que j’obtiendrai ou aux autres concurrents, qui sont tous fantastiques, ce qui est aussi une raison de ne pas y penser. Je vais simplement jouer et m’amuser avec l’orchestre en jouant de ma musique préférée, ce qui est très important. J’essaierai de dire quelque chose au public et aux membres du jury pour que ce soit mémorable.

PAN M 360 : Parmi tous les concertos disponibles dans le répertoire, pourquoi avez-vous choisi celui-ci et pourquoi ? Quels sont les défis de cette pièce ?

Dmytro Udovychenko : Le concerto no 1 de Chostakovitch est mon concerto préféré et l’un des concertos les plus appréciés en général, c’est donc toujours un grand honneur et un défi en même temps pour moi de pouvoir le jouer.

Nathan Meltzer : Il s’agit d’une œuvre assez rarement jouée. Je pense que le Concerto no 1 « À la mémoire d’un ange » de Berg est une pièce étonnante, mais je ne l’avais jamais vue sur une liste de répertoire pour un concours. J’ai donc pensé que c’était une occasion très rare de me plonger dans une œuvre qui ne fait pas partie de la rotation normale des concertos pour orchestres. La difficulté réside en partie dans son obscurité. Ce sont les défis techniques et les idées musicales qui sont très éloignés de la technique classique du violon, telle qu’on l’apprend dans les cours. Il faut donc beaucoup d’imagination et une bonne compréhension de la portée de l’œuvre. Mais c’est une œuvre très intelligente, brillante. Toute l’idée du sérialisme de la Seconde École de Vienne aboutit à ce son vraiment intéressant. D’une manière étrange, c’est une pièce très sérieuse par rapport à des compositeurs comme Chostakovitch et Bartók, où l’on trouve une sorte de brutalité et de sarcasme. J’ai été très surpris d’apprendre qu’il n’y avait pas grand-chose de tout cela dans cette pièce. C’est une pièce très sérieuse et pleine d’expressions, même si son univers sonore est vraiment alarmant.

Michael Shaham : J’ai choisi le Concerto no 2 en ré mineur de Sibelius parce qu’il a marqué mon enfance : lorsque j’ai entendu mon père, qui est violoniste, l’interpréter pour la première fois avec un orchestre. Cela signifie beaucoup pour moi et c’est l’un de mes concertos préférés depuis que je suis enfant. À mon avis, la difficulté de ce concerto réside dans le fait qu’il n’est pas très axé sur le soliste. Je pense qu’il s’agit davantage d’une symphonie que d’un concerto, d’une certaine manière. Je fais vraiment partie de l’orchestre, et nous créons ensemble quelque chose d’énorme, comme une grande montagne. Et ce n’est pas très axé sur l’ego, ce que j’aime beaucoup.

PAN M 360 : Qu’est-ce cela signifie pour vous d’être au CMIM et en quoi ce concours diffère-t-il des autres auxquels vous avez participé ?

Dmytro Udovychenko : Chaque concours est une histoire différente pour moi et, bien sûr, à la fin de celui-ci, j’ai déjà des impressions très fortes ! C’est un voyage extraordinaire et je suis très reconnaissant envers l’équipe du concours et à tous ceux qui participent à cette grande célébration de la musique !

Nathan Meltzer : C’est un grand honneur d’être en finale et je suis très heureux de pouvoir jouer ce morceau. Je suis vraiment enchanté de pouvoir mettre tout ce travail dans l’apprentissage et l’enveloppement de ce genre de mondes sonores. J’ai vraiment hâte qu’il y ait un sentiment de finalité, de jouer et d’expérimenter cette pièce.

Chaque concours est un peu différent et a ses propres spécificités. Ce qui m’a le plus intéressée pour le CMIM, c’est le fait qu’ils recommandent fortement aux concurrents d’amener leur propre pianiste et que la liste des morceaux à jouer est très ouverte, ce qui m’a permis d’interpréter des pièces vraiment intéressantes. Comme j’ai amené mon propre pianiste, j’ai pu considérer le concours comme une occasion de mettre sur pied deux programmes de récital intéressants. Je me suis sentie très épanouie musicalement dans ce concours et je suis vraiment contente d’avoir pu apprendre, travailler et interpréter toutes ces pièces. Et aussi la salle de concert!  C’est incroyable !

Michael Shaham : Honnêtement, je n’ai pas beaucoup d’expérience en matière de compétition. Mais j’ai l’impression qu’il s’agit probablement de la compétition la plus professionnelle qui soit. Je suis très impressionné par l’organisation. L’atmosphère est excellente. C’est exactement ce que j’attendais et souhaitais. J’ai suivi, peut-être avec retard, mais j’ai suivi les dernières éditions de ce concours, et c’est vraiment formidable d’être ici en finale et de rejoindre tous mes collègues et les violonistes que j’admire.

Les portraits des trois autres finalistes seront présentés ce jeudi.

Vous pouvez visionner la finale en direct ici.

Il fallait entendre les cris de support lancés aux différents groupes qui se sont disputés la palme du concours musical en musique du monde organisé depuis 16 années maintenant par les Productions Nuits d’Afrique. Votre humble serviteur, qui était également d’office comme animateur de la soirée des finales données au cabaret La Tulipe jeudi dernier, a bien essayé de donner la chance aux deux autres bands d’être accueillis aussi puissamment : rien à faire, la Tribu Nation était une bonne coche au-dessus de la concurrence en termes de décibels.

Heureusement pour l’harmonie universelle entre fans et critiques, les cinq membres du jury ont acquiescé et fait pencher la balance dans la même direction. 

Résultat : le groupe ultra-festif, formé il y a à peine 18 mois, et dont l’alignement final n’a été déterminé qu’il y a cinq petits mois, est devenu le nouveau porteur du flambeau du Syli d’or. Rencontre avec ce groupe qui se veut un phare de la salsa pan-latine.

Pan M 360 : Bonjour à tous! Nous sommes vendredi, lendemain de victoire. Comment vous sentez-vous? Encore excités? Fatigués?

La Tribu Salsa Band : (Patricio Garcia – guitare) Très excité encore, bien sûr, mais également fatigué. Je suis ingénieur dans la vie, et je suis rentré au travail comme d’habitude. Nous sommes plusieurs comme cela, et nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour absorber tout cela et relaxer un peu…

Pan M 360 : Vous êtes tous musiciens depuis longtemps?

La Tribu Salsa Band : La plupart d’entre nous sommes musiciens depuis longtemps. Pour ma part, je joue la guitare depuis mon adolescence

Pan M 360 : Comment vous êtes-vous rencontrés et comment avez-vous lancé La Tribu Salsa Band?

La Tribu Salsa Band : Ça a commencé en 2021. Nous étions quelques-uns à vouloir nous amuser et nous nous sommes mis à jouer juste pour le plaisir au le parc Jarry. On faisait la fête, en toute simplicité, mais Eduardo (Ramirez, le leader du groupe) a voulu que l’on recommence plus souvent et qu’on en fasse quelque chose de plus sérieux. On s’est rencontrés plus souvent et, de fil en aiguille, le groupe s’est élargi. On a donné un premier spectacle, la réponse fut très bonne, d’autres se sont joints et, finalement, le plus récent membre, José, est arrivé il y a cinq mois et ça s’est cristallisé avec nos 12 membres spécifiquement pour le concours.

Pan M 360 : Êtes-vous tous spécialistes de la salsa?

La Tribu Salsa Band : Non, nous venons de plusieurs styles très différents. Certains viennent du rock, d’autres de la pop, du jazz ou du traditionnel. Mais dans la culture latina, la salsa a quelque chose d’éminemment rassembleur. Que l’on soit du Venezuela, de la Colombie, de Puerto Rico, etc., comme c’est le cas ici, nous sommes tous liés à cette musique. Elle est dans notre ADN. Jose par exemple vient du jazz, il est arrivé à Montréal spécifiquement pour faire sa Maîtrise à McGill. Mais pour lui, jouer de la salsa est comme un retour aux sources.

Pan M 360 : Comment cimentez-vous votre répertoire entre pièces du répertoire classique et nouvelles compos?

La Tribu Salsa Band : La vérité, c’est que nous avons commencé en ne faisant que du traditionnel. Mais les Sylis d’or nous obligent à jouer au moins trois pièces originales. Nous avons dû pousser beaucoup plus loin notre maîtrise de la musique et des codes. Il a fallu apprendre des passages que nous ne connaissions pas car on venait de les inventer. Ce fut exigeant, parfois difficile (très difficile!), nous avons multiplié les répétitions, jusqu’à trois fois par semaine même si nous sommes tous occupés à beaucoup d’autres choses dans nos vies! Mais de toute évidence, l’exercice en valait la peine.

Pan M 360 : Vous dites représenter le style de la Salsa brava (qu’on connaît aussi sous le nom de salsa dura ou gorda). Qu’est-ce que c’est exactement?

La Tribu Salsa Band : Il y a différents types de salsa. La romantique, la cubaine, la portoricaine. La brava vient avant toutes celles-ci. C’est comme la grande salsa classique, celle des années 1960 à 1980. Les lignes instrumentales, avec force cuivres, piano, guitares, percussions, etc., sont mises de l’avant avec puissance. Elle a du punch, et la basse est puissante. Elle est née à New York, et a été portée par des artistes et ensembles légendaires comme le Spanish Harlem Orchestra, Oscar D’Leon, Jimmy Bosch… C’est une musique qui est également au carrefour du traditionnel et de l’urbanité. C’est la trame sonore du Golden Age de la salsa!

Pan M 360 : Un autre groupe de salsa a compétitionné cette année, l’Orchestra sabor 19, de très bonne qualité également. Est-ce un signe que la scène salsa montréalaise est en bonne santé?

La Tribu Salsa Band : Je constate une évolution très marquée depuis deux ou trois ans. Il y a de plus en plus de groupes qui sont de plus en plus solides. Puis, il faut dire qu’il y a aussi une communauté de danseurs et danseuses latino de plus en plus forte ici. La musique salsa va de pair avec la danse, c’est inséparable! Je trouve que c’est très positif en ce moment.

Pan M 360 : Avez-vous suffisamment d’occasions de jouer? Suffisamment de lieux pour vous accueillir?

La Tribu Salsa Band : (Patricio) Pour les occasions, c’est plutôt bon. Il y a de nombreux ateliers et académies de danse en ville. Nous sommes appelés pour animer des soirées, et le public est au rendez-vous. Et puis des endroits comme La Casona offrent une programmation régulière de musique latine, ou encore la Petite marche. On a aussi joué au Quai des brumes et d’autres places du genre. Le défi par contre, c’est que notre orchestre (comme la plupart des ensembles de salsa) est volumineux. Nous sommes 12! Sur certaines scènes, nous sommes pas mal serrés! Jouer à La Tulipe hier soir était un véritable luxe d’espace. (Jose) On se crée de nouvelles opportunités également. Notre communauté de fans (la Tribu Nation) fait grandir l’engouement et crée de la demande pour que nous soyons engagés! 

Pan M 360 : Quels projets à partir de maintenant?

La Tribu Salsa Band : Nous voulons compléter et solidifier notre répertoire, pour ensuite faire un enregistrement, en ajoutant de nouvelles compositions. Nous voulons nous faire bien connaître sur la scène montréalaise, mais commencer à sortir. Le Syli d’or nous donnera d’ailleurs nos premières possibilités avec des engagements dans des festivals un peu partout au Québec. Et puis, un rêve : dans quelques années, nous aurons créé le Festival international de la salsa de Montréal!

Pan M 360 : Quel message pour les groupes qui aimeraient se présenter à la compétition?

La Tribu Salsa Band : (Jose) Travaillez fort! Soyez responsables, sérieux et focalisés sur l’objectif. Le Syli nous a obligé à pratiquer, pratiquer, pratiquer. Ça fournit une motivation pour s’améliorer comme jamais. Sinon, on serait peut-être resté dans notre sous-sol collectif. Mais préparez-vous à suer! (Patricio) Ayez du fun et restez optimistes! On était parfois découragés, mais la passion de faire cette musique nous a tenu. Ça peut faire bouger des montagnes.

Pan M 360 : Merci!

Très apprécié du public mélomane québécois, le pianiste français Alexandre Tharaud revient une deuxième fois à Montréal en quelques semaines, cette fois en solo avec invités. Le virtuose nous convie à un triple concept réparti en deux programmes. Ce vendredi, 19h, Salle Bourgie, le premier rendez-vous consiste à une « lecture musicale » du livre Montrez-moi vos mains écrit par le pianiste, suivi d’un récital en bonne et due forme avec des œuvres de son cru ainsi que de Rameau et Schubert. Présenté à 22h15, le second programme s’intitule Dodo Tharaud car il est présenté dans un contexte d’apaisement, sans éclairage et avec invités.  Joint en France, le musicien se prête au jeu des questions avant sa deuxième traversée printanière de l’Atlantique.

PAN M 360 : Ce copieux repas est donc décliné en plusieurs services!

ALEXANDRE THARAUD : Ça se déroule sur une soirée qui commence tôt et qui finit tard, et en trois étapes. Le premier, c’est une lecture de certains passages de mon livre Montrez moi vos mains, qui parle de la vie de soliste, mais vu des coulisses de l’intérieur. Ça parle des trains, des avions, des hôtels, des loges, de toutes ces salles d’attente… une sorte de sas entre la vie réelle et le monde de la scène. Et puis, je parle aussi du contact avec le public, des pistes, de l’avant, de l’après et du pendant le concert. Comme par exemple, comment on ressent Chopin ou Beethoven sur une scène. On ne joue pas du tout de la même manière quand on est sur une scène que chez soi. Bref, ça, c’est la première partie. Ensuite, il y a un deuxième concert qui est plus traditionnel : un récital de piano avec des œuvres de compositeurs, plus mes propres pièces. Le premier compositeur est Jean Philippe Rameau,  le deuxième est Franz Schubert, qui font partie de mes compositeurs fétiches. Je les mets dans les cinq premiers compositeurs en priorité dans mon répertoire.  

PAN M 360 : Vous jouez aussi vos propres œuvres, inconnues de ce côté de l’Atlantique. Qu’en est-il?

ALEXANDRE THARAUD : J’ai effectivement glissé entre Rameau et Schubert des œuvres que je joue très rarement, uniquement pour des publics qui me connaissent bien. Je l’ai déjà fait à Londres il y a quelques semaines, je le ferai à la Philharmonie de Paris en mai. Et donc à Montréal, je vais en jouer quelques-unes, tirées de Corpus Volubilis, un cycle de pièces dont le troisième livre (de partitions) va sortir ce printemps. En fait, chaque livre de Corpus Volubilis contient 20 pièces, donc j’en suis à 60 pièces, toutes très courtes. Donc là, je compte jouer six ou sept pièces. C’est donc une sorte de clin d’œil humble que je fais au public de Montréal pour lui montrer mon travail de compositeur que j’ai très peu mis en valeur ou même totalement caché pendant des années.

PAN M 360 :  Il est relativement fréquent que des pianistes de concert finissent par composer pour piano.  C’est donc votre cas!

ALEXANDRE THARAUD : Je me permets de vous reprendre parce que ce n’est pas « finir par écrire » dans mon cas. Car je ne voulais pas être pianiste mais bien compositeur. Enfant et adolescent, j’ai écrit des œuvres pour orchestre, des concertos, une cantate, un ballet, etc. Rien ne m’arrêtait d’aller de plus en plus loin. Et je ne voulais surtout pas être pianiste parce que je savais que c’était une vie difficile, quoique compositeur, ça n’aurait pas été facile non plus. Mais j’ai mis ça de côté et je n’ai pas voulu en parler pendant longtemps. Or finalement, grâce à la pandémie, cette période où on a fait des choses différentes, commencé à lire pour certains, faire des gâteaux pour d’autres…  Moi, j’ai repris certaines de mes pièces, je les ai mises au propre et les ai fait éditer et j’en ai même enregistré certaines. Donc c’est plutôt quelque chose qui vient de loin par rapport à d’autres pianistes qui, oui, ont envie de composer leurs œuvres à un moment, alors que moi c’est le contraire. C’était dans mon sang et je ne voulais pas être pianiste. 

PAN M 360 : Si on essaie de percevoir très sommairement votre approche compositionnelle, où vous inscrivez-vous ? 

ALEXANDRE THARAUD : Quand j’étais jeune, j’étais très inspiré par Gérard Grisey, par exemple, que je considère toujours comme un immense compositeur. Et puis, petit à petit, j’ai composé de la musique atonale… je ne cherche pas à plaire. Et quand on écrit beaucoup, il y a un moment où on ne peut plus mettre précisément une filiation dans ce que l’on écrit.  Tout ce que je peux dire c’est que ça vient de certaines figures très importantes de la musique dans les années 80, c’est-à-dire quand j’ai commencé à écrire. Et puis après, ça s’en est détourné obligatoirement. Quand on crée, on se détourne toujours, au bout d’un moment, des figures qui nous ont inspirés. 

PAN M 360 :  Maintenant, pour le Rameau… composé à l’origine pour le clavecin, est joué au piano.

ALEXANDRE THARAUD :  Je trouve ça magnifiquement beau que de jouer la même partition de Rameau au piano au lieu d’un clavecin, mais c’est la partition originale. Ce qui est beau dans le clavecin, cependant, c’est la pureté; le clavecin a quelque chose d’extrêmement centré, il dit les choses, il dit la musique ou la chante sans en rajouter. Alors que le piano, ça déborde toujours.

PAN M 360 : Et donc vous jouez 3 époques musicales distinctes dans ce programme : période baroque avec Rameau, période romantique avec Schubert et vous, période actuelle.

ALEXANDRE THARAUD : Exactement.

PAN M 360 : Le concept du second concert (avec invités spéciaux) est peu courant, son titre donne le ton : Dodo Tharaud

ALEXANDRE THARAUD :  Ça aussi, c’est quelque chose que je fais assez rarement, mais quand même un peu plus souvent que jouer mes propres œuvres. Ça aussi, c’est quelque chose que je fais assez rarement, mais quand même un peu plus souvent que jouer mes propres œuvres. C’est un concert dans le noir, sans lumière sauf évidemment les issues de sécurité et peut être une petite lampe sur le clavier et sur le pupitre de mes invités. C’est un concert où le public peut s’allonger et écouter. Et donc, allongé, on ne voit pas les musiciens; on regarde le plafond ou bien on ferme les yeux. Et voilà l’assistance que j’aime, qui n’est pas à regarder le concert mais plutôt le ressentir profondément, quitte à s’endormir – puisque c’est un concert très, très calme. Personne n’a de programme, donc on ne sait pas ce qu’on écoute. J’ai des invités, nous jouons l’un après l’autre comme ça, de petites choses très, très pianissimo. Et souvent à la fin, il y a des gens qui sont endormis ou qui se sont tellement calmés, à tel point qu’ils ne veulent plus repartir !

PAN M 360 : Parlez-nous brièvement de vos invités, qui sont déjà annoncés sur le site de la Salle Bourgie.


ALEXANDRE THARAUD : Il y a l’extraordinaire Jean Marchand,  aussi bon musicien que comédien, ce qui je pense est unique au monde. Il y a Marina Thibeault, l’altiste qui fait une carrière maintenant internationale et que j’ai connue il y a plus de dix ans, quand elle était toute jeune. Et puis, Daniel Brière lit la majeure partie du texte « Montrez moi vos mains » dans le premier concert. Enfin, il y a le violoncelliste Joshua Morris.

PAN M 360 :  La formule de ce concert se prête-t-elle à différents contextes?

ALEXANDRE THARAUD : Je l’ai fait dans plein d’endroits différents, en général dans des endroits qui ne sont pas dédiés aux concerts. Personne ne sait ce qu’il va entendre, ce qui permet de ne pas avoir de jugement ou d’avis préconçu. Il faut rendre la musique telle qu’elle est, il y a peut être des pièces que l’on reconnaît et d’autres qu’on ne va pas connaître ou encore des poèmes ou d’autres éléments qui nous sont étrangers. Au fond, c’est un concert où il est interdit de juger.  

PAN M 360 :  Avec ces lectures et plongées dans le noir, peut-on parler de théâtralisation de la musique classique comme on l’observe de plus en plus fréquemment ?

ALEXANDRE THARAUD : Je pense que faire un concert dans le noir n’est pas une théâtralisation. Je trouve au contraire que ce qui n’est pas naturel, c’est plutôt d’avoir un pianiste qui joue pendant deux heures sous les projecteurs,  que tout le monde applaudit, qui se lève et qui s’en va. Ça, c’est une théâtralisation en soi que j’aime néanmoins, c’est mon métier. Mais je trouve aussi qu’écouter la musique, ça peut aller beaucoup plus loin si on est dans le noir et si on enlève la dimension visuelle de l’exécution. Pour moi donc le Dodo Tharaud, c’est l’opposé de la théâtralisation, c’est-à-dire le retour  à l’écoute la plus directe, sans que l’auditeur se dise « Ah oui, ça c’est bien, ça c’est pas bien. » ou « Ah, elle a une robe trop longue » ou « Il a un pantalon froissé » ou « L’acoustique n’est pas très bonne. » Quand on est allongé et les yeux fermés, on ne pense plus à tout ça. On reçoit la musique directement, sans filtre. 

PAN M 360 :  Il y a donc toutes sortes de stratégies intéressantes et créatives pour communiquer la musique, dont l’invitation de comédiens qui interviennent sur scène ? 

ALEXANDRE THARAUD :  Oui, comme le faisaient nos ancêtres, d’ailleurs. Chopin, quand il jouait en concert, il était aussi mime et lisait des poèmes, il y avait presque toujours des acteurs ou des chanteurs qui participaient à ses programmes. Quand Liszt donnait ses récitals, il pouvait être habillé en collants, avec des cheveux longs, plaqués. Au fond, notre métier était comme ça depuis le départ, le pianiste était presque toujours entouré et créatif dans sa présentation. C’est plutôt à la fin du XIXᵉ siècle et je dirais surtout dans la première partie du XXᵉ siècle que ce métier s’est rigidifié avec des récitals de piano extrêmement sévères. Auparavant, les pianos étaient couleur bois naturel, blancs ou colorés. Et puis ils sont devenus noirs comme des cercueils. Les pianistes étaient des rock stars et se sont transformés en hommes d’église, sans affectation aucune. 

PAN M 360 : Oui, et cette austérité coïncide aussi avec la disparition de l’improvisation.

ALEXANDRE THARAUD : Ça, c’est vrai, alors qu’au départ, tous les pianistes étaient des improvisateurs et des compositeurs. L’improvisation a vraiment déserté quasi totalement l’approche des pianistes, à de rares exceptions près.

PAN M 360 :  Vous avez un public fidèle au Québec, on peut dire que vous êtes un habitué des scènes de Montréal depuis un bon moment et que ça se poursuit tout naturellement. 

ALEXANDRE THARAUD : Oui, j’ai une histoire d’amour très forte avec Montréal. D’ailleurs, ma première histoire d’amour, quand j’avais 17 ans, je l’ai vécue à Montréal. Et puis… je ne sais pas si c’est ma première histoire d’amour qui me lie à Montréal ou si c’est mon histoire d’amour avec Montréal qui me lie à son public. 

PAN M 360 : Qu’importe, on comprend que vous y revenez toujours dans d’excellentes dispositions!

ALEXANDRE THARAUD : Oui!  Et donc, depuis l’âge de 17 ans, je n’ai cessé d’y retourner, d’interroger cette ville, de tisser des liens amicaux très forts.  Je m’y sens extrêmement bien, c’est comme une deuxième famille! 

PROGRAMME  1, 19H. INFOS ET BILLETS ICI

LECTURE :Lecture musicale du livre d’Alexandre Tharaud Montrez-moi vos mains suivie d’un récital solo.  Alexandre Tharaud, piano. Avec la participation spéciale du comédien Daniel Brière

RÉCITAL :

RAMEAU Pièces en la des Nouvelles Suites de pièces de clavecin (extraits)

Alexandre THARAUD Corpus Volubilis, Livre
SCHUBERT Quatre Impromptus, op. 90

PROGRAMME 2 , 22h15 : DODO THARAUD INFOS ET BILLETS ICI

Alexandre Tharaud, piano
Avec la participation spéciale des comédiens Daniel Brière et Jean Marchand ainsi que de l’altiste Marina Thibeault et du violoncelliste Joshua Morris.

PROGRAMME : SURPRISE! 

Deux grands pianistes de concert, Alessio Bax et Lucille Chung, font de leur amour mutuel une merveilleuse occasion de s’épanouir sur le plan artistique. Leur mariage, manifestement réussi, les a conduits à former l’un des duos de pianistes les plus importants de leur génération. 

Comme on peut le lire dans sa biographie, le pianiste Alessio Bax a remporté le premier prix des concours internationaux de piano de Leeds et de Hamamatsu et a bénéficié d’une bourse de carrière Avery Fisher en 2009.  Le virtuose italien a joué en tant que soliste avec plus de 100 orchestres, dont les Orchestres philharmoniques de Londres et Royal, Dallas, Houston, l’orchestre symphonique NHK au Japon, l’orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg et l’orchestre symphonique de la ville de Birmingham.

Née à Montréal, la très talentueuse pianiste Lucille Chung a fait ses débuts à l’âge de 10 ans avec l’Orchestre symphonique de Montréal, alors dirigé par Charles Dutoit. Plus tard, elle a remporté le premier prix du très important Concours international de piano Stravinsky. Elle s’est produite en tant que soliste avec plus d’une soixantaine d’orchestres, dont l’Orchestre de Philadelphie, les Virtuoses de Moscou, l’Orchestre national du Pays de Galles de la BBC, l’Orchestre de la Radio flamande, l’Orchestre philharmonique de Séoul, l’Orchestre de chambre d’Israël, ainsi que tous les grands orchestres canadiens, pour ne citer que ceux-là.

En 2013, Bax & Chung enregistrait un premier album chez Signum Classics. Le répertoire au menu comprend la version originale à quatre mains du ballet Petrouchka de Stravinsky, avec des valses et des tangos de Brahms et de Piazzolla. En 2016, Bax & Chung ont rendu public  Poulenc : œuvres pour piano solo et duo. Ils ont également enregistré l’intégrale des œuvres de György Ligeti pour piano à quatre mains et deux pianos sur Dynamic. 

Ils viennent à Montréal pour jouer des œuvres arrangées pour quatre mains sur un clavier ou deux claviers distincts : Poulenc, Debussy, Ravel et Piazzolla figurent au programme dominical de la salle Pierre-Mercure.

PAN M 360 : Parlons un peu de ce programme, de la façon dont vous l’avez construit, et de ce que vous voulez en faire. Et où situez-vous cela dans l’évolution de ce duo ?

BAX : Il y a tellement de magnifique  répertoire pour quatre mains et pour deux pianos. Vous savez aussi que nous avons des carrières séparées… Donc, petit à petit, au fil des années, nous explorons différentes parties du répertoire, en commençant par la musique germanique, puis la musique russe avec les suites de Rachmaninov et ensuite, petit à petit, la musique française, dont nous découvrons tant d’aspects différents, comme Ravel arrangé pour 2 pianos ou des miniatures qui mettent vraiment en valeur l’intimité des 4 mains sur un clavier.

PAN M 360: Ainsi, la musique française domine ce programme.


BAX : Oui, on a  pensé à faire un programme en général, de musique française, mais le plus varié possible. On aime toujours avoir des programmes variés, un peu comme un repas ! C’est ainsi que ce programme a vu le jour et nous l’avons enregistré l’été dernier, à Londres. de Poulenc on joue une sonate pour piano à quatre mains, très courte, très compacte et très énergique, qui produit l’effet d’un feu d’artifice.  Et puis Debussy, le cœur de sa musique pour moi dans ce programme, c’est le Prélude à l’après-midi d’un faune. C’est très spécial, parce que c’est Debussy arrangé par Ravel. En cours de route, d’ailleurs, Ravel a changé certaines choses. Et c’est très intéressant d’entendre les deux compositeurs dans ce même contexte.

PAN M 360 : Pouvons-nous être un peu plus précis sur les pièces ?

CHUNG : Oui.  La sonate à quatre mains de Poulenc est une composition originale, très compacte, très rustique et assez simpliste. Vous savez, je l’aime parce qu’elle commence par un grand coup, un peu brusque même. Et je pense qu’elle reflète également nos personnalités. Il y a un beau mélange d’élégance et de rudesse, toujours dans une bonne mesure. Debussy La plus lente est un arrangement de Léon Roques et aussi un autre de Roques, La fille aux cheveux de lin.

BAX : Un arrangement très simple. Honnêtement, c’est ce que nous avons trouvé.  Il n’y a rien de rajouté dans cet arrangement. Il est juste parfois d’avoir des arrangements qui ajoutent mais il est aussi juste de revenir à l’original,sans ajouts. C’est alors très intime et très pur, un reflet direct du compositeur.

CHUNG : Et le concerto pour deux pianos de Poulenc est une transcription de Poulenc lui-même, il y  ajoute toutes les parties orchestrales que nous devons remplir. C’est intéressant comme démarche.

BAX : C’est aussi stimulant quand il n’y a pas tout d’emblée, lorsque nous ajoutons autres choses. Mais la plupart des éléments originaux sont maintenus et respectés même si nous en ajoutons quelques-uns. Ce qui est parfois un peu déroutant lorsque nous jouons ces oeuvres dans différents contextes dont celui-ci !  Ainsi nous alternons et c’est très bien ainsi. Je pense que nous connaissons le “système” de cette grande pièce. Et ça marche vraiment!  Jouer avec orchestre c’est magnifique avec toutes ses couleurs, mais il ne vous manque pas outre-mesure  avec deux pianos, parce que le contenu de la musique est si grand.

PAN M 360 : A propos de la musique d’Astor Piazolla que vous allez jouer ?
BAX : Pour les quatre mains, il y a de belles choses, par exemple Pablo Ziegler en a fait de très belles. Pour le plaisir, nous avons plutôt étudié un arrangement de base pour deux mains et nous avons commencé à partager cet arrangement et y ajouter des choses. Cette version s’est développée et a changé de concert en concert. En fait, nous embellissons et improvisons un peu à chaque fois, quelques différences apparaissent.

PAN M 360 : En tant que musiciens classiques, comment faites-vous face à l’improvisation ?

BAX : Nous ne sommes pas des musiciens de jazz, nous n’avons pas été éduqués musicalement à l’impro mais je pense que c’est une compétence étonnante pour nous de le faire en public et de le considérer comme une autre étape. C’est intéressant parce que pour improviser sur le même instrument et chanter au clavier, il y a des difficultés, y compris des difficultés très évidentes – quand nous décidons tous les deux de jouer les mêmes notes, ça ne va pas marcher ! Mais d’une manière ou d’une autre, la performance devient très excitante. Et nous l’avons fait tant de fois. C’est très excitant pour nous et pour le public, j’ose croire.

PAN M 360 : Plus précisément, quel est le défi de l’approche à 4 mains et 2 pianos ?

BAX : Je pense qu’il y a tout, toutes les belles choses et tous les défis, parce que les 4 mains et les 2 pianos sont un ensemble de défis complètement différents, et les plus et les moins et les difficultés. Cela dépend aussi de la musique jouée. Je veux dire, nous jouons Petrouchka, le ballet complet à 4 mains, c’est tellement difficile !  Ce programme, je pense, montre toute l’étendue de cette approche.

CHUNG : Toute l’étendue ! Je crois que c’est un peu plus intime quand on est à 4 mains ; ensemble, nous pouvons respirer plus simplement, vous savez. Et vous pouvez mieux comprendre le jeu de pédales quand il y a une distance, la distance physique entre les deux pianos. Je pense que cela aide, les œuvres sont un peu plus structurées ou plus verticales. Disons que le concerto de Poulenc est un peu plus vertical, par exemple. Mais puisque nous avons tous les deux joué la version solo, nous l’avons donc déjà assimilée avant de la jouer ensemble. Et je pense que cela nous aide beaucoup.

BAX : Il y a des choses incroyablement difficiles pour le piano à quatre mains , mai c’est le seul moment où l’on partage un instrument avec quelqu’un, vous savez, il n’y a rien d’autre de comparable dans la musique. Nous connaissons le jeu de l’autre, nous nous connaissons si bien que ça en devient une seconde nature. Néanmoins cela reste toujours très délicat pour les plus grands pianistes que d’arriver à cette symbiose. Par exemple, si Lucille joue le second rôle, elle pédale pour moi et elle ne sait pas quand je vais intervenir et ça se produit parfaitement ! De petites choses comme celle-là  signifient que vous devez avoir une confiance totale dans ce qui va se passer. Vous devez vous sentir libre de suivre le courant et cela devient alors une expérience incroyable.  Parfois même, j’ai l’impression de devenir un chanteur en interaction avec une pianiste incroyable !

PAN M 360 : Lorsque vous jouez en duo, préférez-vous l’approche à quatre mains ou à deux claviers ?

CHUNG : Nous aimons les deux.

BAX : C’est totalement différent. Vous savez, lorsqu’il s’agit de deux pianos, vous ne partagez pas les mêmes instruments. Et c’est ce qui nous passionne ! Je pense donc que ce programme montre plus ou moins toute la gamme des possibilités.

PAN M 360 : Comment voyez-vous vos propres personnalités pianistiques se retrouver ensemble ?

CHUNG : Tout d’abord, quand je joue, cela dépend de la musique, bien sûr, de la mélodie et de l’environnement. Mais en général, j’ai l’impression d’être un peu plus communicatif. Et lui est plus harmonieux. Et il laisse libre cours à la rencontre. Je pense que c’est un avantage. Et cela joue aussi dans nos vies personnelles.

BAX : Je ne pense pas que nous soyons très qualifiés pour expliquer cela. Mais je dirais que lorsqu’il s’agit de personnalité, on ne peut pas éviter ce que l’on est.

PAN M 360 : Bien sûr, et il est également intéressant de connaître la perception que l’artiste a de lui-même.

BAX : En fait, en pensant à votre question, pour un autre exemple, nous devons savoir parce que lorsque nous décidons de jouer un nouveau morceau, nous savons exactement qui va jouer à distance ou sans. Et puis on ne sait pas pourquoi on dit ok, ça va être quelque chose qu’on ne change jamais, on prend toujours une décision au début. Et il n’y a jamais de moment où l’on se demande pourquoi on n’essaierait pas l’autre solution pour savoir d’une manière ou d’une autre ce qu’il en est. Cela ne peut pas vraiment expliquer comment ou pourquoi nous arrivons à cette décision. Et nous le faisons simplement à l’unanimité.

PAN M 360 : Nous supposons que l’objectif principal est votre carrière individuelle, mais en même temps, vous êtes mariés, vous êtes un couple. D’une certaine manière, c’est une grande opportunité d’avoir une partie de votre vie professionnelle ensemble.


CHUNG : Vous l’avez bien dit, voilà ce que c’est. Nous voyageons, surtout en été, pour tous les festivals, c’est pour nous un moyen de communication très important, ainsi que pour l’enregistrement, à cause du répertoire. Et je pense que cela nous permet de rester ensemble et de garder le contact, parce qu’il y a beaucoup de temps où nous ne sommes pas ensemble.  Cela permet à notre mariage de rester en bonne santé et à notre vie musicale de rester intéressante.

PROGRAMME

FRANCIS POULENCSonate pour piano quatre mains, FP 8
CLAUDE DEBUSSYLa plus lente, L.121 – Arrangement Léon Roques
La fille aux cheveux de lin, L.117 – Arrangement Léon Roques
FRANCIS POULENCConcerto en ré mineur pour deux pianos, FP 61
CLAUDE DEBUSSYPrélude à l’après-midi d’un faune, L.86 – Arrangement Maurice Ravel
Clair de lune, L.75 – Arrangement Henri Dutilleux
MAURICE RAVELLa Valse, M.72 – Arrangement pour deux pianos du compositeur
ASTOR PIAZZOLA – BAX & CHUNGTrois Tangos :
– Lo que vendrà
Milonga del Angel 
Libertango

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Connu pour sa propre marque de sonorités anguleuses et caustiques, Tunic, champion du noise punk de Winnipeg, est de retour aujourd’hui avec son troisième album complet, Wrong Dream, via Artoffact Records. Après avoir sorti deux albums en 2021, Quitter et Exhaling (ce dernier étant une compilation d’EPs et de singles), le trio a été en mesure de plonger au plus profond de lui-même pour y déterrer un éventail de sons frais et de charpentes inédites.

Le nouvel album, Wrong Dream, n’a rien de prémâché. Bien au contraire, il est tellement complet et complexe qu’on pourrait croire qu’on va s’étouffer à son écoute. Cet album ambitieux montre que ses artisans peuvent transmettre des émotions profondes tout en demeurant toujours aussi heavy. Pour PAN M 360, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec le chanteur-guitariste du groupe, David Schellenberg, au sujet de la création de chansons, des joies de la tournée et de l’intemporalité de la musique.

PAN M 360 : Comment la pandémie a-t-elle affecté le groupe ? Le fait que vous ayez dû arrêter de jouer en concert pendant un certain temps a-t-il modifié votre façon d’écrire des chansons ?

David Schellenberg : Oui, Tunic donnait environ 100 concerts par an avant la pandémie. Nous tournions beaucoup et cela constituait en grande partie ce que nous étions. En quelque sorte, nous étions des bêtes de route ! Et puis un peu fauchés à cause de la cessation de nos activités de tournée. Donc, comme nous avions toujours une tournée à venir, nous écrivions aussi vite que possible et, cette fois, nous avons pu réfléchir aux arrangements ou être un peu plus conscients de comment nous voulions que le groupe sonne. En fait, j’ai écrit seul une grande partie de cet album, dans ma cave. Je n’avais jamais eu de logiciel d’enregistrement auparavant, ce que j’ai découvert pendant la pandémie et ce qui nous a permis de découvrir une toute nouvelle façon de travailler ensemble.

PAN M 360 : Avez-vous l’habitude d’écrire tous les trois ensemble ?

David Schellenberg : En général, j’apporte un ou deux riffs, et nous partons de là pour voir où la musique nous mène, si vous voulez. Alors que cette fois-ci, je fournissais environ 60 % d’idées que nous avons ensuite développées. Je pense donc que cela ressemble de plus en plus à ce que ferait un groupe traditionnel. J’avais déjà des chansons, à la manière d’un auteur-compositeur-interprète, mais je ne me qualifierais pas ainsi !

PAN M 360 : Votre nouvel album, Wrong Dream, semble contenir des chansons plus longues et légèrement moins abrasives sur le plan sonore. Organique ou intentionnel ?

David Schellenberg : Assez naturel. Honnêtement, les deux albums avan précédé Wrong Dream ont été réalisés avec mon ami Jace Lasek au studio Breakglass à Montréal. Et je voulais juste que ça sonne comme (le groupe) Converge, aussi rempli et lourd que possible. Et nous avons fait un très bon travail en ce sens. Ensuite, quand nous avons travaillé sur Wrong Dream, nous avions des arrangements plus réfléchis et nous voulions peut-être une production plus réfléchie. C’est une décision que nous avons prise pour montrer que nous ne sommes pas un groupe unidimensionnel. Il était donc temps de montrer que nous pouvions toujours être ce groupe lourd et abrasif, tout en occupant un espace différent.

PAN M 360 : Préférez-vous généralement être en studio ou jouer sur scène ?

David Schellenberg : Cela a changé pour moi récemment. J’ai toujours détesté le studio parce que j’ai toujours joué dans un groupe avec des musiciens qui étaient bien meilleurs que moi, alors quand je devais enregistrer une partie, j’étais très nerveux et très anxieux. Et j’adore les tournées parce que c’est juste un moment, et puis c’est fini. Et si vous foirez, qui s’en soucie ? Mais maintenant, je suis vraiment tombée amoureux du studio et de la création de ces œuvres d’art qui vivent pour toujours, parce que, vous savez, nous répétons, nous écrivons et nous faisons cet art pour qu’il puisse être un projet achevé, en quelque sorte cette chose qui reste pour toujours.

PAN M 360 : Vous semblez consacrer beaucoup d’efforts et d’attention à l’aspect visuel du groupe, comme les vidéos musicales, par exemple. En général, est-ce vous qui proposez les concepts ou laissez-vous les artistes qui collaborent avec vous prendre les devants ?

David Schellenberg : Oui, beaucoup de ces concepts pour les anciens morceaux, comme Disappointment, Boss et les vidéos d’Exhaling, comme Fade Out et tous ces trucs, c’est juste répondre à la question: « Comment peut-on faire un clip pour 100 ou 200 dollars ? » La vidéo The Whispering est le fruit de mes idées, aidées à 80 % par Jen et Adam, qui ont travaillé sur cette vidéo avec nous. La vidéo de My Body, My Blood que Torin Langen a réalisée, il l’a juste reprise et s’en est servi. C’est tout lui, je ne peux pas m’en attribuer le mérite ! Et c’est la vidéo que j’ai préférée , pour moi la meilleure qu’il ait jamais faite, que nous ayons jamais faite. Ainsi, tous les films mettant en scène de vraies personnes sont de moi, et tous les films d’animation ou à plus gros budget sont le travail d’autres personnes.

PAN M 360 : Vous partez en tournée aux Etats-Unis et au Canada en mai. Y a-t-il des groupes avec lesquels vous avez hâte de jouer, ou des endroits où vous avez hâte de retourner ou de jouer pour la première fois ?

David Schellenberg : Oui, bien sûr. J’adore jouer à Minneapolis. Minneapolis a toujours été une ville géniale pour nous. Je considère vraiment que c’est la première maison de Tunic, nous avons joué devant plus de gens à Minneapolis qu’à Winnipeg, ce qui est amusant. J’adore aller à Montréal parce que j’aime Turbo Haus, j’aime Sergio et la piste de danse ! Je travaille aussi à temps partiel à distance pour Constellation Records, donc c’est toujours sympa d’aller au bureau et de voir mes collègues. Et nous n’avons jamais joué à Nashville, donc c’est la première fois que nous allons le faire sur cette tournée et ça va être cool ! C’est peut-être une mauvaise opinion, mais j’aime bien le côté ringard de Las Vegas, alors je pense que j’aimerai bien le côté ringard de Nashville.

PAN M 360 : Peut-être acheter une paire de bottes de cow-boy ou quelque chose comme ça ?

David Schellenberg : Honnêtement, quand nous sommes allés à Austin, l’un des endroits où Tomas, notre bassiste, n’était jamais allé, il a acheté un chapeau, une boucle de ceinture et une grande chemise à l’effigie du drapeau texan. Je sais donc qu’il achètera certainement d’autres bidules à Nashville !

Tunic joue à Turbo Haus 10e anniversaire, le 13 mai avec Kennedy, Offset, Whoredrobe, Pnomo BILLETS ICI

Originaire du Mozambique et œuvrant sur la scène musicale montréalaise depuis une dizaine d’années, Samito incarne la moitié du duo SPRLUA, qui brillera jeudi soir au Ministère dans le contexte de la série RADAR. Présentée par M pour Montréal et Mundial Montréal, RADAR met en lumière plusieurs projets émergents, présentés de concert avec la performance sur scène d’un artiste déjà consacré.

Inspiré par le style amapiano, apparu en  Afrique du Sud durant la moitié des années 2010 et qui cartonne mondialement depuis, le duo complété par Haig V mêle ce son avec d’autres et le plonge dans les courants montréalais, le tout assorti d’une touche minutieuse à la production. 

Attentifs aux musiques de partout, les deux musiciens et producteurs électroniques ont récemment sorti Magnum Dopus 2, une collection de remixes de leur album paru l’an dernier, faisant apparaître des noms provenant de Johannesburg, Rome, Tokyo, Veracruz, Vancouver, Toronto, évidemment Montréal.

D’accompagnateur à artiste solo à collaborateur, c’est dans cet esprit de partage, dans l’expérience de la découverte, que Samito trouve son plus grand plaisir. Peu avant sa prestation au Ministère, PAN M 360 lui a posé quelques questions sur son monde, son processus et son art.

PAN M 360 : Pour commencer, peux-tu parler de ton introduction au monde de la musique? Comment en es-tu venu à faire ce que tu fais?

SAMITO : J’ai grandi au Mozambique. Je suis venu en contact avec la musique à l’âge de 7 ans, quand mes parents m’ont envoyé à l’école nationale de musique. Je pense que ça a un peu défini mon cheminement, même s’il n’a pas toujours été continu. J’ai commencé jeune, j’ai arrêté un peu… mais je dirais que mon coup de foudre avec la musique a été à l’âge de 13 ans. C’est là que je me suis dit « Oh, c’est la chose que j’aimerais faire dans la vie ». Je crois que ce moment-là a dicté la suite des choses pour moi, ça m’a fait dire « je vais jouer de la musique, je vais jouer avec des gens », mais c’est aussi là que j’ai fait le choix d’aller étudier en musique. Donc, à ce moment-là, c’était clair, et je pouvais continuer mon chemin. 

Bon, je continue rapidement, mais à un moment je suis allé habiter à Cape Town, en Afrique du Sud, où j’ai étudié la musique avec un très bon professeur. Il était polyvalent : bon arrangeur, bon claviériste, bon coach vocal, donc il a été une grande inspiration pour mon envie d’expérimenter avec toutes les facettes de la musique. Je me vois un peu comme ça dans mon cheminement : quelqu’un qui aime beaucoup essayer des choses, mais aussi trouver de nouvelles façons d’exprimer. C’est là que je trouve mon côté un peu plus expérimental. Je peux aussi jouer avec des genres populaires, mais il n’y a rien qui m’empêche d’aller d’un truc populaire à quelque chose de plus expérimental. Si on regarde ma production musicale, mes projets sont très différents.

PAN M 360 : Et ce coup de foudre que vous avez eu à 13 ans, vient-il d’un événement spécial?

SAMITO : Je pense que c’était surtout le fait de le réaliser moi-même. Oui, j’ai toujours eu cette flamme-là, mais quand j’étais petit, mon initiation à la musique était davantage l’œuvre de mes parents que la mienne. À l’âge de 13 ans, c’est en écoutant de la musique que j’ai remarqué ce niveau émotif, cette connexion. C’était tellement fort, et c’est là que je me suis dit « C’est ça que je veux faire ». À partir de ce moment-là, j’ai écouté beaucoup de musique populaire, hip-hop et tout ça. Plus tard, à 15 ans, c’était mon époque du jazz, et ça a complètement chamboulé les choses. Je commençais à découvrir plein de choses, entre Herbie Hancock, Abdullah Ibrahim, Oscar Peterson, Charlie Parker, Bobo Stenson, Keith Jarrett, j’ai tout écouté. Mais c’est difficile de décrire tout ça, parce que j’ai toujours eu tendance à aller vers autre chose. Alors à la même époque que le jazz, j’écoutais du drum’n’bass. Mais bon, je pourrais t’en parler toute la vie! (rires) C’est un peu général comme approche, mais c’est ce qui m’a permis d’avoir une ouverture à beaucoup de choses.

PAN M 360 : Quelles sont les origines de SPRLUA?

SAMITO : C’est une histoire assez intéressante. Pendant 10 ans, Haig, l’autre producteur du groupe, et moi, nous avions des amis communs qui nous poussaient toujours à nous rencontrer. En 2017, j’étais en train de terminer ma tournée solo, je sentais que je devais prendre une pause prolongée, à cause de problèmes de santé. À ce moment-là, j’avais besoin d’aide avec mon laptop, et Haig et très bon avec les Macs (rires). Je suis allé le voir, on a passé un super après-midi, j’ai écouté ce qu’il faisait, et on s’est dit qu’on aimerait faire quelque chose ensemble. Sauf que c’était pile au moment où je prenais une pause, et je n’étais pas dans l’état d’esprit pour faire de la musique. Mais je lui ai laissé une tonne de démos, parce que le plan initial était de travailler ensemble sur mon projet personnel. Au fil du temps, on trouvait que ça n’avançait pas, qu’on n’arrivait pas à remplir la vision que j’avais de ce projet. C’est à ce moment que j’ai dit à Haig « Pourquoi on ne crée pas un nouveau truc ensemble? À la place de travailler sur des démos qui existent déjà, partons de zéro. » Avant ça, moi j’avais voyagé en Afrique pour me ressourcer, pour clarifier mes objectifs avec la musique. Quand j’étais là-bas, l’amapiano explosait en Afrique du Sud. C’était fou pour moi, parce que c’était complètement nouveau, mais en même temps ça me rappelait des choses que j’avais entendues quand j’étais jeune. Donc je reconnaissais la chose, mais elle était complètement sophistiquée. En revenant au Québec, j’ai partagé ça avec Haig, et il est devenu complètement obsédé, encore plus obsédé que moi! (rires) C’est à partir de ça que tout a commencé. Mais on ne voulait pas copier l’amapiano, on ne voulait pas se l’approprier. On voulait trouver un son local, qui entrait dans l’esprit de la culture DIY montréalaise. Donc, on en prend, mais on essaie de trouver notre son autour de ça.

PAN M 360 : À quoi ressemble votre processus créatif?

SAMITO : Souvent, Haig crée un loop, et il me l’envoie. Après ça, moi, s’il y a quelque chose qui me parle là-dedans, je vais essayer de poser une voix de base dessus. On travaille assez rapidement… bon, c’est discutable, parce que nos projets prennent du temps, mais on a un bon processus de création quand on a une idée de base sur laquelle on est d’accord : il m’envoie un truc, moi je saute là-dessus, j’écris quelque chose. Ce n’est pas tout de suite dans une optique de paroles, c’est plus pour trouver un vibe vocal, pour créer un sentiment, une émotion autour de ce qui a déjà été créé. À partir de ce moment-là, on se rencontre au studio pour commencer à arranger les choses. Au niveau technique, moi je m’occupe souvent d’entrer dans la session, et de créer la forme, la structure. Après, je commence à écrire le texte, et ensuite je retourne à Haig, qui travaille les sonorités du beat. À partir de ce moment, ça devient un aller-retour entre nous deux. On échange beaucoup d’idées, de fichiers, et on finit avec plusieurs itérations de chaque chanson.

PAN M 360 : Alors vous délestez beaucoup quand vous en venez à la sélection.

SAMITO : Oui. Haig est vraiment un maniaque du son. Moi, je suis plus quality control, c’est moi qui se rappelle de la meilleure version, et qui le dit quand on atteint un point où ça ne fonctionne pas, quand on perd le feeling. Mais Haig, lui, il pousse le plus loin possible. Ça peut être long avant de savoir vers où une chanson va aller, mais ce qui est fascinant, c’est qu’il y a toujours un moment de breakthrough, où ça casse et où on trouve exactement la chose qu’il fallait. Donc on finit par avoir 20 à 25 versions d’une chanson. Ce n’est pas toujours un processus facile. Il y a une anxiété qui vient avec le sentiment de ne pas finir une chanson, ou une perte de direction. Ça demande beaucoup de discernement pour savoir ce qu’on veut communiquer, les choix à faire. Parfois il faut revenir à la première version. Mais on est très engagés, on le fait pour la musique.

PAN M 360 : Vous avez sorti Magnum Dopus l’année dernière. Le mois dernier, vous avez publié Magnum Dopus 2, une collection de remixes de certaines de ces chansons. Quel est le processus derrière un album de relectures comme celui-ci?

SAMITO : Dans ce cas-là, ça part surtout avec des amitiés, des gens que j’ai autour de moi. Personnellement, je vois le processus musical comme une expérience de découverte. Donc c’est possible que quelqu’un d’autre ait une meilleure interprétation d’une chanson. « Meilleure », pour moi, ça relève surtout de la façon dont c’est communiqué aux gens. Pendant la création, nous, comme artistes créateurs, on devient obsédés par certaines choses. Mais ça arrive souvent que ce qu’on voyait comme la meilleure chose n’est pas nécessairement la meilleure chose. Pour moi, c’était important de donner une nouvelle vie à ces chansons-là, parce qu’il y a tellement de potentiel dans les fichiers qu’on a créés. Il y a tellement de textures, de fichiers, de sons qu’on a mis. Nos chansons ont tendance à être denses, en ce qui concerne la quantité d’instruments. Ça ne paraît pas parce qu’on le mixe de manière solide, mais il y a beaucoup d’éléments. Alors, je me dis souvent que si quelqu’un avec une perspective différente entre dans cette chanson-là, c’est possible d’avoir quelque chose de précieux. Donc, pour revenir à la question, ça revient à trouver qui autour de nous comprend ce qu’on essaie de faire, mais aussi de trouver des gens de la relève, qui peuvent nous aider et qu’on peut aider en retour. Dans le fond, ça revient vraiment à qui on aime comme producteur. Le processus est simple : on demande à tout le monde qu’est-ce qu’ils veulent remixer. Ensuite, chaque artiste part avec sa chanson choisie, ainsi que tous les fichiers. C’est carte blanche, on ne donne pas de direction pour ne pas limiter le potentiel.

PAN M 360 : Finalement, a quoi peut-on s’attendre de votre performance ce jeudi?

SAMITO : Je dirais quelque chose de bref, mais très solide, dans le sens que ça donne complètement l’idée de notre son. Je pense que ça va être très ancré sur le groove amapiano, avec tous ses sentiments et ses mouvements. On veut que les gens puissent bouger, apprécier, et en même temps on essaie de grandir et de développer les choses, donc c’est une expérimentation pour nous aussi. Mais ça va être une bonne performance, on est solides, on est sûrs de ce qu’on fait, on connaît la musique. C’est aussi la première fois qu’on joue surtout pour le public  francophone de Montréal. On a fait POP Montréal, on fait MUTEK cet été, mais c’est pas mal la première fois qu’on interagit avec l’industrie francophone québécoise. En tout cas, ça va être un show hybride, avec une première partie de perfos en live, et qui se termine sur un petit DJ set.

PAN M 360 : Merci Samito!

SINNAZ est un duo international de musique électronique, composé de SIM, né et élevé à Montréal, et de NAP, né à Bogota et vivant aujourd’hui entre Montréal et Ciúdad de Mexico. Ils ont uni leurs forces pour dévoiler un premier EP de 4 titres explorant les sons, les émotions et les atmosphères du dancehall, du dembow et de la bass music, sur le label Isla de Vancouver, fondé par NAP. Avec l’été qui s’annonce, cet EP vous mettra certainement de bonne humeur. PAN M 360 a réalisé une interview par courriel pour plonger dans la vie et les projets de ces deux excellents producteurs et membres très actifs de la communauté électronique.

PAN M 360 : Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre parcours (lié à la musique ou non) ?

SIM : Je m’appelle Sim Laporte, je suis né et j’ai grandi à Montréal, au Canada. Je fais partie d’un projet collectif et communautaire appelé Mata Sound, qui facilite les terrains fertiles pour la création, l’éducation et l’élévation personnelle. J’ai une formation en beaux-arts et en éducation artistique communautaire, ce qui fait de la pédagogie une partie intrinsèque de ma musique et de ma pratique du son.

NAP : Je m’appelle Daniel Rincon. Je suis né à Bogotá, en Colombie, et j’ai déménagé au Canada à l’âge de 15 ans. Mes racines musicales viennent du fait que j’étais un nerd musical à l’adolescence, que je travaillais dans un magasin de disques à Vancouver et que j’assistais à tous les spectacles auxquels je pouvais assister. Aujourd’hui, je fais de la musique sous le nom de NAP et en collaboration avec d’autres amis et collègues (Ambien Baby, Dosis, OSS, La Fe, SINNAZ). Je dirige également le label Isla que j’ai lancé à Vancouver en 2016. Actuellement, je vis et travaille entre Ciúdad Mexico et Montréal.

PAN M 360 : Racontez-nous comment est né votre projet collaboratif, Sinnaz.

NAP : J’ai entendu le disque de SIM sur Nervous Horizon lorsque je vivais à Berlin en 2021 et je lui ai écrit pour lui dire à quel point j’aimais son travail. Je lui ai fait part de la musique que je faisais et que je rendais publique, et il a été séduit. Lorsque je suis revenu à Montréal à l’été 2021, nous nous sommes rencontrés pour la première fois à mon studio et c’était l’amour dès le premier jam. De vraies vibrations positives de nerds de la musique, une ouverture et un partage de ce qui nous enthousiasmait l’un l’autre. À partir de ce moment-là, nous avons continué à nous retrouver à mon studio pour y traîner et y improviser.

SIM : Je me souviens très bien que j’étais dans l’entrepôt IKEA, submergé par tout ce qui se passait, lorsque j’ai reçu un courriel intéressant d’un certain M. Rincon, qui m’annonçait qu’il allait déménager à Montréal et qu’il voulait travailler avec moi. Immédiatement intriguée, j’ai accepté l’offre et nous nous sommes rencontrés autour d’un burrito avant de commencer ce qui allait être le premier pas vers SINNAZ.

PAN M 360 : Cet EP a été créé entre 2021 et 2023, alors comment avez-vous travaillé en équipe et que pouvez-vous nous dire sur votre processus créatif (les parties faciles et les plus difficiles) ?

SIM : Étant un fin connaisseur d’Ableton et Daniel le maître de la MPC, nous avons naturellement migré vers nos outils respectifs en studio pour y trouver un flux de travail complémentaire à notre expertise. J’ai en quelque sorte défini les premiers bleeps, puis j’ai ouvert l’enregistrement pour que Daniel puisse bidouiller les trucs analogiques. J’arrêtais le jam pour réajuster et arranger les choses, et je recommençais l’enregistrement ! Petit à petit, nous avons obtenu suffisamment de morceaux cohérents sous la forme d’un EP.

Je pense que le principal défi dans notre processus créatif est de trouver le temps de travailler ensemble. Nous sommes tous les deux très occupés avec une multitude de projets en cours qui nous font voyager à travers le monde, ce qui rend difficile le fait d’être dans la même pièce. Mais c’est aussi ce qui rend chaque session d’autant plus significative !

NAP : SIM et moi avons défini un flux agréable pour notre dynamique de studio dès le début de nos jams, ce qui est devenu le point central de notre processus de création de l’album et quelque chose que nous voulons continuer à développer dans le studio. SIM est un magicien d’Ableton, alors il s’assoit généralement à la barre de la table de mixage pour enregistrer et mixer/ hacher les lignes que j’ajoute avec le matériel. En général, je me promène en ajoutant des lignes à l’aide de différents appareils. Après avoir enregistré une série de sons et de séquences (souvent autour d’une simple boucle ou d’un rythme), nous nous asseyons et commençons à découper. À ce stade, nous nous relayons pendant 15 à 30 minutes pour nous attaquer aux tâches d’édition et d’arrangement, jusqu’à ce qu’un montage soit effectué. Une fois les arrangements réalisés, SIM mixe les pistes.

Comme SIM l’a mentionné, le plus grand défi de notre processus est de trouver le temps de se réunir, car j’ai vécu entre le Canada et le Mexique l’année dernière et avec les tournées et les horaires d’école, il est difficile de se rencontrer, mais c’est spécial quand cela se produit.

PAN M 360 : Quand et où, dans votre parcours musical, êtes-vous tombé amoureux du dancehall, de la bass music et de la musique de club ?

SIM : Comme beaucoup d’entre nous, j’ai découvert le dancehall grâce à l’album Dutty Rock de Sean Paul. En 2003, j’étais trop jeune pour vraiment comprendre la culture dancehall, mais je traînais toujours avec les jeunes plus âgés de mon quartier. Je me souviens très bien que j’étais en première année primaire et que je me trouvais dans le cercle de danse avec des élèves de sixième année. La chanson Get Busy était alors connue et aujourd’hui encore, je m’identifie à l’enfant de ce clip. C’est plus tard dans mon parcours musical que j’ai redécouvert le dancehall. Mon premier point d’entrée dans la musique électronique étant le dubstep, je n’ai pas tardé à m’intéresser au dub, au reggae et à la musique de soundsystem, ainsi qu’à l’UK garage et à la musique de club dans son ensemble.

NAP : Pour moi, c’est le reggae, le rap et le champed qui m’ont attiré en premier. Les sons de Big Boi, Control Machete, El Chombo et Daddy Yankee passaient tous à la radio pendant mon enfance et constituaient également la bande-son de certaines des premières soirées dansantes auxquelles j’ai assisté. J’ai fini par découvrir le dancehall au cours de mes recherches vers 2015, lorsque j’ai commencé à m’intéresser au dub et à ses dérivés. Dernièrement, j’ai trouvé beaucoup d’inspiration et de joie dans l’exploration des influences de la culture jamaïcaine des sound systems sur la musique latino-américaine, qu’il s’agisse du beat dembow qui a donné naissance au genre reggeaton ou des mouvements sonidero (Mexique) et pico (Colombie) en Amérique du Sud – j’y suis profondément plongé en ce moment, en particulier dans la culture des sound systems de Snider à Mexico City.

PAN M 360 : Quelles sont les autres choses que vous avez en commun, en plus de votre intérêt pour la musique électronique ?

NAP : Je pense que nous sommes tous les deux intéressés par des choses différentes mais très liées à la musique, comme la communauté et la pédagogie. Surtout que nous avons tous les deux une formation en éducation artistique, c’est toujours un plaisir de parler de musique dans cette optique, une préoccupation plus profonde pour son impact socioculturel – souvent ces conversations finissent par informer le processus de création musicale.

SIM : Exactement ! Parce que la musique est une partie inhérente de nous-mêmes, il est difficile de s’en détacher totalement. D’autant plus que la musique a le pouvoir de rassembler les gens.

PAN M 360 : L’EP est sorti sur Isla, qui est le label – très prolifique – de NAP, pouvez-vous nous en dire davantage? Ce label a été fondé à Vancouver, êtes-vous originaire de cette ville ? Si oui, à quoi ressemble la scène électronique de la Côte Ouest canadienne ?

NAP : Isla est un label que j’ai lancé à Vancouver en 2016. J’ai acheté un duplicateur de bandes dans une église d’Abbotsford BC et j’ai commencé à doubler des séries très limitées de bandes depuis mon studio, j’étais alors très inspiré par l’éthique punk et DIY avec laquelle j’ai grandi. Depuis, j’ai fait croître le label pour y inclure la production de vinyles, mais c’est toujours moi qui sors ce qui me semble le plus approprié (souvent de la musique et des collaborations de ma propre musique ou de celle d’amis). En ce qui concerne la scène électronique de la Côte Ouest, elle a connu une période naissante très spéciale au début des années 10, mais je pense qu’après beaucoup de battage médiatique, elle s’est en quelque sorte endormie… et à juste titre parce que cette scène était en fait assez petite. Personnellement, la scène de la Côte Ouest des années 80 et 90 m’a semblé la plus riche en traditions (de Skinny Puppy à Exquisite Corpse en passant par Pilgrims Of The Mind, Download et l’équipe de Discotext) – Vancouver, c’était cool !

PAN M 360 : Prévoyez-vous vous produire en duo (DJ ou live set) ?

SIM : Bien sûr ! Si notre emploi du temps le permet haha ! Mais nous prévoyons aussi de nous produire, d’être DJ et de jouer en live avec Ultima Esuna, pour notre projet ‘Alta Familia’.

NAP : Absolument ! Au moins quelques DJ sets B2B à Montréal cet été.

PAN M 360 : À Montréal, quels sont vos endroits (et organisateurs de soirées) préférés pour aller danser et écouter de la bonne musique ?

SIM : Je suis récemment allé à Lulu Épicerie dans la Petite Bourgogne. L’équipe Beiroot Groove Assemble y a fait une sélection incroyable de musique funk, disco et soulful house. Sans oublier que l’entrée est accompagnée d’un shawarma gratuit ? Cet endroit a le sceau d’approbation du SIM !!!

NAP : Je ne suis pas allé à MTL l’année dernière, mais j’adore jouer des disques dans le sous-sol de Sans Soleil. J’adore l’ambiance de fête dans le salon les fins de semaine et le son est excellent. Shout out Kris Guilty qui réserve et gère l’endroit (et qui possède aussi le meilleur magasin de disques de la ville ; La Rama).

PAN M 360 : Diriez-vous que la scène électronique montréalaise se définit par la langue, c’est-à-dire que l’on peut observer un côté francophone et un côté anglophone ? Comment vous sentez-vous par rapport à cela ? Avez-vous l’impression d’avoir plus de liens avec un côté ou l’autre ? Comment naviguez-vous entre ces différents espaces, publics, etc. ?

SIM : Je pense que la scène montréalaise vit une période de transition. Comme de plus en plus d’artistes du monde entier vont et viennent à Montréal, j’ai l’impression que la norme est l’anglais dans le milieu de la musique électronique. Il est difficile pour moi d’aborder ce sujet sans en faire une déclaration politique, à cause de l’histoire derrière, mais une chose est sûre : la musique électronique à Montréal est définie par les gens qui cultivent la scène, et sa richesse doit être chérie.

PAN M 360 : Quels sont les prochains grands événements/plans pour chacun d’entre vous ?

SIM : Pour moi, les grands projets à venir sont ma tournée en Europe, que j’ai vraiment hâte de faire, et aussi le Piknic Electronik cet été ! Faire partie du même lineup que les légendes DJ Stingray et Helena Hauff est tout simplement surréaliste.

NAP : Je serai de retour à Montréal cet été et je ferai quelques petites tournées en Europe au cours de l’année. Je finirai quelques disques qui m’enthousiasment (solo et collaborations) et j’en sortirai quelques autres sur Isla et ACA avant la fin de l’année.

Le grand pianiste, compositeur et improvisateur cubain Omar Sosa et le maître de la kora et chanteur sénégalais Seckou Keita se réunissent pour la première fois à Montréal avec leur Trio Suba, incluant le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles, les 6 et 7 mai au National.

Ils ont à leur actif un répertoire solide, constitué de 2 albums : Transparent Water (2017) et Suba (2021). A travers cette musique, Omar Soda et Seckou Keita partagent leurs cultures spécifiques : musique mandingue d’Afrique de l’Ouest, musique afro cubaine et musique afro vénézuélienne.

Joints en Europe avant leur tournée internationale, ils évoquent avec générosité leur relation artistique basée sur une fusion hautement créative des héritages culturels entre virtuoses africains et afro-descendants.


PAN M 360 : Bonjour Omar, c’est un plaisir d’avoir une autre conversation avec vous. Êtes-vous toujours basé à Barcelone ?

OMAR SOSA : Bonne question! Je vis dans différents endroits mais j’ai un studio ici à Barcelone. Lorsque je suis en Europe, je reste essentiellement ici car mes deux enfants vivent à Barcelone. Je dois donc avoir un lieu pour les accueillir.

PAN M 360 : Cette fois, avec ce projet Suba, vous travaillez avec la grande tradition de l’Afrique de l’Ouest, la grande tradition mandingue. Comment se fait-il que vous soyez arrivé là après toutes les expériences que vous avez faites auparavant ?

OMAR SOSA : Il est important pour une personne créative de suivre le courant de la rivière. Dieu vous place dans des endroits auxquels vous ne vous attendez pas, mais ces endroits sont toujours extraordinaires, lorsque l’amour est réciproque, et je pense que c’est ce qui s’est passé avec Seckou. Nous travaillons ensemble depuis 12 ans, nous avons enregistré deux albums, Transparent Water et Suba. Au fond, ce travail est un hymne aux gens qui cherchent l’amour, la paix, l’unité, c’est l’idée de vivre ensemble dans un seul monde et aller d’une manière ou d’une autre dans une direction commune.

PAN M 360 : Et quelle est cette direction ?

OMAR SOSA : Nous sommes très heureux de célébrer ensemble nos racines et nos traditions d’une manière contemporaine, soit en respectant ce que les anciens nous ont déjà légué et ce qu’ils ont fait pour nous artistiquement. Nous sommes ici parce que d’autres  nous ont précédés. Et c’est essentiellement d’une certaine manière, alors que nous aimons être présents dans ces deux points. La tradition afro-cubaine, la tradition mandingue, la tradition sud-américaine, parce que nous avons aussi dans ce projet un joueur de percussion du Venezuela, Gustavo Vyas, qui joue de la percussion afro-vénézuélienne. Et beaucoup de gens ne connaissent pas certaines de ces informations. Le quitiplás, par exemple, est une tige de bambou utilisée pour jouer de la musique. On peut frapper la pierre et, avec un doigt à l’intérieur, on peut changer la note du son qui en émane. Pour beaucoup de gens, c’est une nouveauté et pour d’autres, c’est la continuité.  Ainsi nous avons réuni des instruments autour de la kora. Sekou joue la kora dans le style traditionnel de l’instrument à 22 cordes, mais il joue aussi avec une kora à deux manches, donc à 44 cordes.
 

PAN M 360 : Et qu’est-ce qui vous rapproche, plus précisément ?

OMAR SOSA : La première raison est le respect. Nous nous respectons mutuellement et nous nous écoutons attentivement. La deuxième raison est la liberté: nous essayons d’être libres d’exprimer ce qui nous traverse l’esprit. Et c’est quelque chose que j’aime beaucoup. Nous avons une structure avec nos sons, mais il y des moments où nous prenons notre envol. Je me considère comme un musicien de jazz à cause de la philosophie du jeu: la liberté ! J’essaie donc de rester fidèle à cette philosophie dans chaque musique que je joue. Je dois me sentir libre de changer la structure si je sens que c’est le moyen pour moi de parvenir à cette liberté créative.

PAN M 360 : Seckou Keita nous rejoint en ce moment, alors interrogeons-le sur l’importance de la liberté dans l’improvisation.

SECKOU KEITA : En effet, notre musique est ouverte dans presque tous les cas. Il y a bien sûr des arrangements dans notre musique, il y a des structures mais il y a aussi la liberté d’exprimer notre conversation musicale. Depuis ma première rencontre avec Omar, nous n’avons pas parlé de ce que nous devions faire mais notre musique a parlé. Nous poursuivons donc le même voyage à travers cette conversation musicale. C’est pourquoi nous restons ouverts, car il est important pour nous de nous réunir et de dialoguer ensemble avec un esprit libre. Ce que nous faisons ensemble dépasse donc nos traditions spécifiques.
 

PAN M 360 : Depuis votre premier enregistrement, le langage musical entre vous a probablement évolué au fil de vos performances. Il s’agit donc d’un processus de renouvellement permanent, n’est-ce pas ?

OMAR SOSA : En effet, ça change, ça évolue sans cesse. Nous nous entendons déjà avant de jouer et nous arrivons parfois au même endroit sans répéter. C’est aussi parce que nous sommes dans une équipe sans pression, où les artistes pensent que la vie est trop courte pour se plaindre et dire « Oh, tu as fait ceci. J’ai fait ça. Ok, mon Dieu, ce do mineur n’est pas le bon do mineur. Il est donc préférable que nous jouions ce que les esprits nous inspirent.

PAN M 360 : Seckou, de quelle région d’Afrique de l’Ouest êtes-vous originaire ?

SECKOU KEITA : Je viens du Sénégal, plus précisément de la région de Casamance. Ma culture est mandingue.

PAN M 360 : Vous vous êtes donc installé au Royaume-Uni, on vous doit d’ailleurs de superbes pièces enregistrées avec la harpiste anglaise Catrin Finch.  Voilà qui n’est pas habituel pour les musiciens originaires du Sénégal, de Guinée, du Mali ou de Côte d’Ivoire, qui émigrent généralement en Europe francophone, aux États-Unis, en Espagne ou même au Québec.

SECKOU KEITA : C’est vrai. Donc je dis toujours que c’est l’Angleterre qui m’a choisi ! Et j’ai  d’ailleurs rencontré Omar Sosa en Angleterre par l’intermédiaire d’un ami commun, Mark Gilmour, un artiste américain basé au Royaume-Uni.  Il arrive donc que des mélanges différents se produisent chez les musiciens africains. Je connais des artistes gambiens qui vivent en France, par exemple. Quoi qu’il en soit, ces différences coloniales ne représentent pas ce qu’était l’Afrique avant l’époque coloniale. Ma propre culture se retrouve dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest et nous pouvons donc nous rencontrer ailleurs que dans les seuls pays français d’Europe. L’histoire n’est pas toujours ce que l’on croit. J’aime bien quand Omar dit que Cuba est une province de l’Afrique !

OMAR SOSA : Mais maintenant, ce qui compte vraiment, c’est de réunir nos cultures tout en nous sentant libres d’exprimer ce que nous aimons dire musicalement. Suba, notre projet le plus récent, s’inscrit dans cette optique.

SECKOU KEITA :
En langue mandingue, Suba signifie lever du soleil, tôt le matin quand le soleil se lève.  Notre dernier album parle donc d’un nouveau matin, d’un nouveau monde, d’un nouveau voyage, d’un nouveau départ. Nous y avons pensé pendant la pandémie et nous avons donc imaginé ce nouveau départ impliquant différentes cultures.

PAN M 360 : Ce trio évolue. Souhaitez-vous conserver le même format ou le modifier dans un avenir proche ? Ou envisager d’autres projets ? Par exemple, la musique de chambre pourrait très bien s’intégrer à ce trio.

SECKOU KEITA :
Vous avez raison, c’est vrai. Je veux dire que la musique de ce trio peut s’adapter à un orchestre de chambre ou même à un orchestre symphonique. J’ai moi-même enregistré ma musique avec l’Orchestre symphonique de la BBC, donc avec 62 personnes. L’album s’appelle Africa Rhapsody et il sortira le 26 mai. Alors, oui ! Parce que nous avons cette expérience avec ce nouveau super trio avec Gustavo, ce serait un autre élément vraiment intéressant pour la diversité de notre musique. Nous pourrions emmener cette musique encore plus loin !

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