folk-rock / indie pop / pop-rock

POP MTL | Erika Hagen incante les fantômes au Rialto

par Florence Cantin

En première partie de Michel Pagliaro, j’ai découvert Erika Hagen et son premier album solo, Pouvoirs magiques, sorti en avril dernier. Une jolie succession de premières fois pour un mercredi soir — c’est un peu ça, au fond, Pop Montréal.

Au yiable ceux qui boudent les premières parties.

Dans ce nouveau projet, l’ardeur du punk croise la rugosité du folk-garage, le tout porté par une base rock et indie-pop. La poésie de Hagen se dessine plus particulièrement dans le relief entre résistance et tendresse nostalgique. C’est un monde où les fantômes sont des amis, qui se glissent gentiment entre les murs de nos appartements. Les pouvoirs magiques n’existent pas, malgré toutes nos superstitions et bonnes intentions. Les femmes sont libres de crier, cracher, casser, courir et bien plus encore.

Les riffs oniriques sont complètement magnifiés par la basse de Louis-Solem Pérot. Il sert les chansons avec une agilité pop rare, exploitant la simplicité des notes pour ajouter une texture qui ajoute une richesse à l’ensemble. Puis il y a une espièglerie éclatante dans le jeu de Hagen. Elle nous surprend au détour de ruptures de rythme inattendues. Sa manière singulière de s’adresser au public nous tient en haleine.

Je pense notamment à Anita, une chanson dédiée à sa grand-mère disparue : « Anita, tu ne reviendras pas, tu traînes ta jupe de laine dans toutes les villes européennes. » Au-delà de la musique, la gorge nouée par l’émotion, elle nous présente des portraits et des histoires qui entrent par l’oreille, et bientôt, on se surprend à les voir se dessiner devant nos yeux. La virtuosité de sa plume y est pour beaucoup. Elle est superbe à voir en concert.

Photo: Louis Longpré

rock / rock n' roll

POP MTL | Pag au Rialto, coolitude éternelle

par Florence Cantin

Mercredi soir, on entre au Rialto comme on descend dans un sous-sol d’église. L’ambiance ressemble à celle d’une assemblée clandestine. À peine une poignée de spectateurs s’était déplacée pour la première partie d’Erika Hagen, puis est restée pour Michel Pagliaro… Le public bigarré, allant de la vingtaine à l’octogénaire, est cordé sur deux rangées de chaises disposées en demi-lune. Pris d’une nervosité parasociale, tous attendent avec fébrilité de voir si leur souvenir de Pag correspondra à la prestation qui allait imminemment commencer.

« Voyons, j’ai l’impression d’être dans le Grand Canyon », lâche Pag, contrarié par le son, avant de passer complètement à autre chose. « C’est ça le rock and roll ! », ajoute-t-il, présentant son groupe avant même la première note.

Pas de mauvaise surprise. Fier derrière ses lunettes de soleil, Pag est fidèle à lui même, légendaire et tout en voix. Après la troisième chanson, Dangereux, l’ambiance se réchauffe. Le Rialto se remplit. Les sédentaires abandonnent leur siège pour rejoindre l’avant-scène. Ça sonne comme une tonne de brique, setlist de béton, juste des hits, évidemment. Tant mieux pour nous puisque dans le style, toute forme de demi-mesure est prohibée.

Le guitariste Corey Diabo connaît toutes les notes. Les messieurs font de l’air guitare, espérant accrocher le regard de Diabo au détour de ses nombreux solos. Le plus fringant d’entre eux sourit : « Il faut se détendre et se laisser aller, la jeunesse ! ». L’invitation à la danse est sans équivoque. Je les joins.

Loin des émeutes de Jonquière, l’armée ne s’est pas invitée cette fois-ci. Cinquante ans plus tard, moins de bière vendue, mais des chansons qui, comme la face à Pag et sa voix, portent joliment les marques du temps.

Photo: Charles-Antoine Marcotte

Publicité panam
Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné