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Orchestre métropolitain sur le Mont-Royal : un gros calin collectif

par Frédéric Cardin

Quand on va au concert annuel de l’OM au pied du Mont-Royal, on n’y va pas pour faire les mélomanes avertis, qui recherchent le sublime sonore et la magie des coloris dans leur plénitude maximale. Pour ça, il faut aller à la Maison symphonique. Ou, si on veut le faire en plein air, à l’Amphithéâtre de Lanaudière, un modèle en son genre. Ici, ce qu’on y cherche, c’est plutôt un sentiment de communion collective. En ce sens, le mandat est toujours aussi bien rempli et l’objectif atteint. Une foule importante à l’image de la ville, toutes couleurs unies, tous styles, tous âges, toutes classes sociales, identités de genres, politiques, etc., s’est agglutinée sur les pentes de la montagne au coucher du soleil et à la montée de la nuit, offrant un panorama rêvé sur les gratte-ciels de la ville derrière la scène, et sur la nature splendide du Mont, côté cour. 

Dans ce genre de rencontre, la qualité sonore est ce qu’elle peut-être, c’est-à-dire poussée par une amplification généreuse pour qu’on puisse entendre avec le plus de force possible, mais sans générer de distorsion désagréable, les notes jouées par l’orchestre. Des commentaires glanés ci et là après la soirée indiquent que certains connaisseurs déplorer le fait que ce qu’on avait entendu ne correspondait pas exactement à ce qu’on entend à la Maison symphonique. C’est évident, et comme je viens de dire, ce n’est pas le but. 

Dès le départ (et après une mise en bouche pré-concert sous forme d’hommage à Pierre Péladeau, mécène qui a permis à cet orchestre d’exister au départ, malgré la présence du plus glorieux OSM), on annonçait les couleurs avec une salutation de Yannick comme le ‘’plus bel humain mis au monde par Dieu’’ (rien de moins), de Montréal comme la plus belle ville de l’Univers et l’OM comme le meilleur orchestre du monde. On sait bien que l’animatrice Mariana Mazza (en remplacement de Kim Thuy, ce qui a obligatoirement déçu plusieurs personnes, les deux personnalité étant aux antipodes, Kim Thuy tout en élégance et délicatesse, Mazza fonçeuse, voire vulgaire) en beurrait épais et assumait totalement l’enflure chauvine des annonces. Mais on a bien souri, et on a surtout apprécié en ce sens que, effectivement, Montréal a quelque chose de spécial, une énergie, une personnalité, voire une âme qui instille chez plusieurs de ses habitants, et beaucoup non natifs, une dévotion assez forte. On s’est fait un gros câlin collectif, un brin exagéré, mais sommes tous bienfaisant. 

Question musique, le programme avait une belle pertinence dans son éclectisme : une Symphonie italienne de Mendelssohn qui offre une pétillance estivale très appropriée et des mélodies mémorables, facilement appréciables par n’importe qui, même ceux et celles qui n’écoutent jamais de symphonies complètes en temps normal. Une jolie pièce d’Augusta Holmès, L’amour et la nuit, de style romantique, presque cinématographique, a été suivie d’une oeuvre québécoise de Hector Gratton (1900-1970), inspirée de mélodies folkloriques, Dansons le carcaillou (ce que personne n’a osé faire, heureusement). La portion classique s’est conclue avec le magnifique Oiseau de feu de Stravinsky, encore une partition dont les traits mélodiques et la facture colorée, grandiose, avait tout d’une musique de film pour les oreilles peu familières. Un facteur séduisant donc, et pleinement apprécié par la foule. 

L’Orchestre a bien joué, dans la mesure, encore une fois, où on est en plein air et que les nuances et les détails ont tendance à se perdre. Le spécialiste et habitué de la chose symphonique de concert en moi a envie de saluer la belle écoute offerte par ce très vaste public (50, 60 mille?). 

La finition, la ‘’cerise sur le cupcake’’, a été assurée par l’immense Pierre Lapointe, probablement le plus raffiné et aisément ‘’classicable’’ des auteurs interprètes québécois des 20 dernières années. Il a chanté trois titres de son album Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé. Trois magnifiques pièces aux textes finement tissés, aux airs mélancoliques et aux orchestrations (assurées par l’excellent Antoine Gratton) riches et savoureuses. On était ici dans la grande chanson française, dans ce niveau musical d’excellence fusionnelle entre les mots et les notes. 

La tradition désormais implantée de jouer la 5e de Beethoven (le thème du 1er mouvement) dans le style disco, a assuré un départ festif du public qui a ainsi eu l’occasion de se déhancher et surtout se dégourdir les jambes avant de retourner à la maison et de se dire (c’était ça le but) que, un concert classique, c’est l’fun. 

Les pointilleux renâcleront assurément en critiquant la prise sonore largement amplifiée, les changements de tenue fréquents de Yannick Nézet-Séguin (un peu trop), l’animation de Mariana Mazza (passablement décalée par rapport à un concert classique habituel, mais souvent drôle malgré la crudité de certains passages) ou sur le programme lui-même, mais aucun de ceux-ci n’aura probablement réussi à démocratiser avec autant d’efficacité le concert symphonique et la musique classique, même la plus accessible. Voilà pourquoi on doit reconnaître que l’OM sait y faire et réussit encore son pari de fédérer toute une ville et ses habitants autour de son produit.

L’OM et Yannick Nézet-Séguin ont placé la musique classique au cœur de la vie et de l’esprit de Montréal, en éliminant les multiples disparités et en proposant une narration rassembleuse, acquise et appréciée par tous et toutes, et ‘’n’importe qui entre les deux’’. 

La fièvre du mardi soir

par Alain Brunet

Commençons par la fin : A Fifth of Beethoven est un instrumental disco enregistré par Walter Murphy et le Big Apple Band, adaptation du premier mouvement de la Symphonie n° 5 de Ludwig van Beethoven. L’exécution de la fameuse 5e  et son dramatique TA-TA-TA-TAAAAAAA fut le plat de résistance et sa fantaisie dance music, qu’on peut toujours  écouter sur le célébrissime Naturday Night Fever Soundtrack, en fut le dessert.  Dans le cas qui nous occupe, c’était plutôt la fièvre du mardi soir !

Légèrement vêtu, shorts, t-shirt, baskets, tatouages bien en vue sur le mollet et l’épaule, le maestro Yannick Nézet-Séguin avait alors revêtu une camisole encore plus moulante, se trémoussant avec sa baguette au grand plaisir du vaste public devenu à sa rencontre, dans un contexte météorologique tout simplement parfait. 

Du côté de la Ville de Montréal, on affirme que 50 000 personnes ont assisté à cet événement gratuit,  premier rendez-vous fixé au pied du Mont-Royal depuis 2019 pour les raisons que l’on sait. L’Orchestre Métropolitain se produit sur le Mont-Royal depuis des lustres, attirant des foules de plus en plus considérables vu sa popularité et celle de son chef, star internationale parmi les maestros de sa génération. 

Bien sûr, nous n’étions pas là pour une acoustique idéale (quoique très réussi dans le contexte) , mais bien pour un événement populaire bien mené. L’animatrice  Pénélope McQuade aura chauffé la salle et a conclu cette soirée crépusculaire dans la verdure, ébahie par la relecture disco de Beethoven. La version au programme était d’ailleurs plus considérable que celle du tube studio, vu les effectifs orchestraux en présence.  Bon, la section rythmique était un peu mince mais l’esprit de l’adaptation fut respecté à souhait, bien assez pour soulever la foule.

Juste avant, les quatre mouvements de l’archi connue Symphonie du Destin avaient été applaudis un à un par une portion congrue du public, peu habitué aux pratiques mélomanes pendant les exécutions des œuvres comportant plusieurs parties distinctes. L’exécution de la 5e de Beethoven fut  néanmoins très dynamique, tonifiante et contrastée, jouée dans un esprit similaire à celui de la Chamber Orchestra of Europe (qui n’est pas exactement un orchestre de chambre) dirigée par YNS pour un enregistrement récent chez Deutsche Grammophon – Beethoven :The Symphonies. Voilà une excellente stratégie du directeur artistique de l’OM dans un. L’exécution seule de la 5e aurait été sympathique et très prévisible (la symphonie la plus connue sur Terre?),  l’explosion du mouvement disco au rappel en justifie parfaitement le choix.

Deux œuvres au programme avaient été composées par des talents locaux ou canadiens. D’origine russe, le compositeur post-romantique Airat Ichmouratov, fier Montréalais d’adoption, était présent pour savourer l’interprétation d’un extrait de son Ouverture ville cosmopolite, composée une décennie plus tôt et dont l’objet était de faire état de la diversité de nos cultures métropolitaines au sein d’une même œuvre, rigodons symphoniques en prime. 

Après quoi on eut droit à deux mouvements de la 3e symphonie de la pionnière Louise Farrenc, rarissime compositrice connue du 19e siècle ayant atteint cette haute expertise dans l’art de marier les sons.
Enfin, on a pu contempler les évocations symphoniques de la nature boréale, un concept de Barbara Assiginaak, excellente compositrice de la nation Odawa. Aussi longtemps que la rivière coule se veut une œuvre horizontale, contemplative, très organique. Quiconque a fréquenté nos forêts, nos lacs et nos rivières pouvait s’y retrouver, la profonde sensibilité autochtone pour la nature est ici au service d’une musique contemporaine parfaitement concluante. Savourer cette oeuvre au Mont-Royal et sa canopée, était un pur délice.

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