Si vous connaissez la musique de la trilogie cinématographique du Seigneur des Anneaux, vous avez peut-être en tête ce thème associé aux cavaliers du Rohan et occasionnellement joué par un violon. Ou du moins, un violon particulier. Il s’agit en effet du violon Hardanger, un instrument traditionnel norvégien, fait de quatre cordes ‘’mélodiques’’ (comme celle d’un violon classique) auxquelles sont ajoutées cinq cordes ‘’résonantes’’ (qu’on appelle sympathiques). De là l’effet de bourdonnement qui vient avec le jeu de cet instrument.
Le vendredi 16 juin prochain, à l’occasion du Festival Montréal Baroque 2023, la violoniste norvégienne Ragnhild Hemsing viendra présenter un concert très original où le violon baroque côtoiera le violon traditionnel Hardanger dans un programme constitué de Handel, Lully, Marais, des folklores nordiques et, oui, Vivaldi avec une une version totalement originale de ses Quatre saisons (jouées au Hardanger!).
J’ai rencontré la jeune artiste et parlé avec elle de cet instrument fascinant, du programme du concert et de plein d’autres choses.
Pan M 360 : Quelle place a le violon traditionnel dans la société norvégienne?
Ragnhild Hemsing : il s’agit d’une tradition encore très vivante. Plusieurs étudiants apprennent ce style de jeu (car il ne s’agit pas uniquement de la particularité de l’instrument, mais de la façon de le jouer), et il y a beaucoup de festivals et d’événements liés à la musique traditionnelle. C’est également une tradition très orale, car on apprend avec des maîtres et avec la mémoire.
Pan M 360 : Est-ce que la technique de jeu est radicalement différente du violon classique?
Ragnhild Hemsing : C’est tout à fait différent. Je pense en vérité être possiblement la seule artiste jouant à la fois du Hardanger traditionnel et du violon classique. C’est très difficile à accorder, car avec quatre cordes de base et cinq cordes sympathiques, il y a 27 façons différentes d’accorder l’instrument. Je devrai en avoir plusieurs pré accordés avec moi pour le concert, sinon ce serait trop long pour ré-accorder entre les pièces! Toutes ces possibilités existent parce chaque type d’accord de l’instrument correspond soit à un bagage régional de musique (telle vallée a son style, tel village un autre), soit à des ambiances voulues liées à des moments de la journée (matin, après-midi, soir), soit à plein d’autres facteurs. C’est une tradition très riche et complexe. En général, un violoniste classique ne peut pas jouer le Hardanger, et vice-versa.
Pan M 360 : Comment en êtes-vous venue à pratiquer cette tradition, mais aussi celle de la musique classique académique?
Ragnhild Hemsing : La musique traditionnelle fait partie de mes racines. Dès l’âge de cinq ans, je jouais le Hardanger. Je viens de la région de Valdres, un foyer très actif de la musique traditionnelle, d’où proviennent de nombreux musiciens traditionnels en Norvège. Par la suite, j’ai poursuivi mes études et j’ai appris le violon classique. J’ai été très heureuse quand je me suis rendu compte que je n’avais pas à choisir, et que je pouvais tout simplement faire les deux. C’est ce que je fais depuis.
Pan M 360 : Ce sont des instruments magnifiques, splendidement ornementés…
Ragnhild Hemsing : Oui, en effet. Chaque luthier possède sa signature et son style. Mon instrument principal date de 1867. Les vieux instruments (car des luthiers en fabriquent des nouveaux) étaient surmontés d’une tête de dragon en guise de volute. Cela faisait référence à tout un panorama de légendes et de mythes associés à la culture norvégienne païenne. Et beaucoup de pièces du folklore musical font spécifiquement référence à ces histoires. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, pendant très longtemps, il était interdit de jouer du Hardanger dans les églises. On disait que c’était l’instrument du diable! Ce n’est plus le cas, bien sûr…
Pan M 360 : Y a-t-il des pièces ‘’classiques’’ écrites pour le Hardanger?
Ragnhild Hemsing : Il y en a peu. À ma connaissance la première date de 1905 et elle est de Johann Halvorsen. C’est une suite pour Hardanger et orchestre. Plus tard, un autre compositeur norvégien, Geirr Tveitt, a écrit des pièces, dont deux concertos.
Pan M 360 : Vous venez d’ailleurs de faire paraître un album avec le Concerto no 2 de Tveitt (pour Hardanger), couplé avec le Concerto de Bruch (pour violon classique)….
Ragnhild Hemsing : Oui. Sous étiquette Berlin Classics. Je joue également des œuvres classiques avec le Hardanger, comme du Grieg par exemple. Ou encore, les Quatre saisons! Les gens de Montréal seront les premiers en Amérique à entendre ma vision ‘’boréale’’ de Vivaldi. Ce sera très spécial.
Pan M 360 : Vous commandez aussi de nouvelles pièces…
Ragnhild Hemsing : Je souhaite en effet agrandir le répertoire ‘’classique’’ du Hardanger. Et j’aime beaucoup amener cet instrument dans les salles classiques et ailleurs dans le monde.
Pan M 360 : Le concert de vendredi prochain sera un mix de Hardanger et de classique. Qu’avez-vous préparé?
Ragnhild Hemsing : Oui, ce sera un très beau mix, je pense. Il y aura un peu de tout ce dont on a parlé, soit du baroque avec Handel, Vivaldi, Marais, etc., parfois au Hardanger et parfois au violon classique. Je présenterai également une pièce contemporaine d’Agnes Ida Pettersen, pour Hardanger et orchestre. Je serai accompagnée par l’ensemble Barokkanerne et l’Orchestre baroque de Finlande.
Existe-t-il une formule miracle de la longévité d’un projet musical? Comment réagir et s’adapter au monde de la musique en constante transformation sans perdre son âme? Est-il toujours nécessaire de se positionner quant aux multiples paramètres de la production, de la promotion et de la distribution?
À fortiori, Flabbergast se promène, avec le plus de sérénité possible, entre tous ces enjeux, depuis plus de vingt ans. Vincent Lemieux et Guillaume Coutu-Dumont nous retracent la naissance de ce projet parti d’un simple remix qui a évolué en production protéiforme et modulable, déjouant les distances entre le Québec et l’Europe ainsi que les défis engendrés par les constantes mutations, ici ou ailleurs.
Initialement musicien jazz, Guillaume s’affirme rapidement sur la scène électronique et s’implique rapidement avec un des plus grands festivals de cette scène: Mutek. Vincent Lemieux, programmateur de ce dernier et rapidement lancé dans la gestion de son label, Musique Risquée, développe une affinité authentique de création avec son compair.
Profitant de la sortie de leur dernier EP -Sol 668- PAN M 360 a eu une conversation riche et enjouée avec FLABBERGAST sur les enjeux de la scène musicale à Montréal, la recherche constante d’un équilibre entre la rentabilité financière et l’épanouissement personnel à travers les expériences humaines tout en établissant la nécessité absolue d’établir régulièrement une introspection sur soi et la création.
PAN M 360:Même si Flabbergast est inscrit dans le paysage sonore montréalais depuis longtemps, on serait ravi que vous récapituliez la genèse de ce projet musical.
FLABBERGAST
VINCENT: Le projet a démarré en 2003 afin de répondre à une soumission du Festival Mutek pour le projet musical de Beaupré et Deadbeat en faisant une série de remix de leur album, It is a Crackhaus Thing. Moi, j’ai commencé à faire de la musique et Guillaume était bien impliqué déjà. Après s’être lancé ensemble dans cette première ébauche de Flabbergast, Guillaume a dû s’en aller à Berlin pour une belle opportunité professionnelle. Malgré son exil en terre germanique, nous avons poursuivi le projet à distance. De plus, je partais souvent voir Guillaume quelques semaines par an et nous avons continué à produire. D’ailleurs, l’effervescence de la scène électronique européenne nous a beaucoup apporté en termes de créativité et de rencontres fortuites fructueuses.
GUILLAUME : Lors de mon retour à Montréal en 2016, on s’est remis à temps plein, cette fois-ci, sur la production. Nous nous sommes investis à 200%. Travailler à deux nous permet de nous stimuler et de nous motiver l’un l’autre. J’adore, à la fois, travailler seul et multiplier les collaborations. Néanmoins, je dois avouer que Flabbergast m’a toujours tenu à cœur et j’avais la volonté très forte de pousser le projet.
VINCENT: J’aime travailler avec Guillaume car ça m’apporte un cadre avec des dates limites de rendu de projet.
GUILLAUME : Effectivement, on peut passer un temps incroyable à travailler en studio sans jamais voir le temps passer. Mais, on se cadre pour concrétiser des sorties et jouer live aussi.
PAN M 360:Flabbergast est régulièrement en performance au Salon Daomé, à Montréal. Néanmoins, il semblerait que vos prestations à l’extérieur soient beaucoup plus de mise. Est-ce un choix de votre part de vous exporter davantage à l’international? Quels sont les défis à rassembler un public, ici? Est-ce problématique de trouver des lieux adéquats à Montréal?
FLABBERGAST
VINCENT: Ce n’est pas toujours évident de se faire inviter à Montréal. Tout est une question d’équilibre, tout le temps, entre les tendances musicales, le choix des lieux et le travail des programmateurs. Ça fait plus de 20 ans que j’organise des soirées pour y jouer et me faire plaisir avant tout! J’en suis à ma 110ième Soirée Risquée, sans compter les autres événements. J’ai une relation spéciale avec le Salon Daomé. Je suis en lien avec ses artisans depuis leur début. Cependant, il est arrivé que je sois un peu en retrait à certains moments en fonction des tendances musicales présentes ou influentes dans la ville.
GUILLAUME : Il faut avouer aussi que lorsqu’on est très actif, le besoin de s’exporter devient évident voire essentiel. Les opportunités sont restreintes aux alentours comme jouer de temps en temps à Toronto, Ottawa, Québec. Et voilà, plus ou moins. De plus, il est difficile pour de nombreux lieux ou promoteurs de payer des cachets qui ont de l’allure pour les artistes professionnels. La scène et les conditions en Europe sont beaucoup mieux développées et avancées à tous les niveaux. Ce qui nous intéresse aussi sont les relations humaines plus chaleureuses et conviviales.
VINCENT : Rien que pour citer un exemple. On est allé jouer au Liban. Le show était une expérience incroyable!! Et passer du temps avec les gens là-bas était tout aussi gratifiant. Partager leur mode de vie, avoir un vrai partage, développer des amitiés: ça n’a pas de prix! Je vais souvent en Turquie, au Liban et en Allemagne.
GUILLAUME : On essaye de trouver un équilibre entre des contrats bien rémunérés pour rentabiliser notre tournée et des contrats où l’expérience humaine doit passer avant tout. Mais, je dois avouer que je veux surtout me faire plaisir et me connecter avec les autres. C’est notre « golden rule ». On ne peut pas juste miser sur des contrats qui sont pour moi des transactions financières car j’ai l’impression de perdre mon âme dans ces moments là.
VINCENT: C’est complètement vrai! Si on ne fait que ça, ça vous déshumanise. Et je pense qu’en termes de créativité, ça a un impact certain.
PAN M 360:Berlin, Bâle, Zurich, Barcelone, Santiago, Bueno Aires, Birmingham, Paris…Une liste non exhaustive des villes qui vous ont accueillies. Comment le public à l’étranger expérimente-t-il votre musique? Un lieu vous a-t-il plus marqué que d’autres?
FLABBERGAST
VINCENT: Objectivement, que la salle soit pleine ou vide, on se donne toujours à fond sur scène. Après, il faut avouer que lorsque le public est nombreux et réactif, ça ajoute de l’énergie, c’est certain. Et l’inverse, aussi. Nous ne sommes pas qu’à la recherche de la performance absolue. Il arrive parfois que ce sont les à-côtés qui nous marquent le plus comme l’accueil, les after, l’ambiance ou l’énergie de la ville. On a un attachement particulier avec Berlin. Jouer à Berlin, c’est comme jouer à Montréal. On se sent chez nous.
GUILLAUME: Il n’y a pas de science exacte pour créer une soirée parfaite. Les paramètres évoluent constamment.
VINCENT: Le facteur fatigue joue aussi sur notre perception. J’adore aller au Japon pour la bouffe (hahaha!) et j’adore la Turquie, même si les conditions pour jouer ne sont pas toujours optimales.
GUILLAUME: Le public fait l’expérience de nos prestations de façon variée en fonction de plusieurs facteurs: live set ou hybride, programmation des autres groupes sur place, ambiance dans la ville etc. Techniquement, on donne toujours le maximum de nous-mêmes. Parfois, le public pense que l’on fait un DJ set, mais en fait, pas du tout. Ça dépend toujours du degré d’ouverture du public et de ses affinités.
PAN M 360:Après la création de Musique Risquée, un nouveau label est lancé. Pourquoi?
FLABBERGAST
GUILLAUME : On vient de lancer notre label! Oui. Et ça s’appelle Copier Coller.
VINCENT : Musique Risquée est toujours dans mon cœur. J’ai créé ça avec Marc Leclair et je l’ai pas mal géré seul par la suite. C’était un label pour aider la communauté, pour sortir les projets des proches. C’était un « carnaval » musical et léger avec une pointe d’humour en électronique. Je voulais permettre à la communauté de sortir de la minimale épurée stricte et hyper sérieuse.
GUILLAUME : De plus, on est ultra productif en studio et parfois, on s’est senti restreint dans nos sorties. Copier Coller va nous servir pour notre auto-production et fournir la machine autant que l’on veut. Cela nous permettra d’élargir nos options. Pour sortir notre musique sur des gros labels, cela doit passer par tout un processus. Cela peut prendre des années. Il y a de nombreuses étapes à franchir. Par exemple, avec le label de la galerie d’art Yoyaku, à Paris, j’ai un album qui est prêt depuis 2017 et c’est toujours pas sorti.
VINCENT : Il faut ajouter que l’on produit de la musique très variée en termes de style. Parfois, les labels voudront sortir certaines tracks et d’autres sont moins demandées, mais elles nous plaisent tout autant à nous. Alors, on trouve cela intéressant d’ouvrir plus d’options sur nos sorties et hausser notre degré de liberté et de prise de décision. On espère que la plateforme Bandcamp nous aidera à promouvoir nos sorties numériques. Sortir du vinyle, ça engage des gros frais et un engagement de vente sur un certain échéancier.
GUILLAUME : Pendant longtemps, je refusais de sortir un disque s’ il n’y avait pas de sortie physique. Mais, je dois me résigner à tous ces changements. Le digital devient une alternative plus qu’acceptable. Après, je dois reconnaître qu’être patient avant la sortie d’un disque, c’est toute une philosophie de temps de réflexion sur une espèce d’introspection. Si j’écoute un album que j’ai produit il y a plusieurs années et qu’il me plaît encore, alors c’est la garantie que le travail a été bien fait. Parfois, sortir trop rapidement sa musique peut être un jeu risqué. Pour résumer, Copier Coller, c’est surtout une bulle de liberté pour nous.
C’est aussi un projet familial. Le frère de Guillaume nous fait les visuels. On a du fun.
PAN M 360: Quelques mots sur la dernière sortie musicale?
FLABBERGAST: Oui! On a fait une sortie sur Copier Coller: un EP, intitulé Sol 668. C’est un 3 titres electro minimal house. Allez écouter ça!
Bien en selle en tant que directeur artistique, Jean-François Rivest clôt la saison 2022-2023 de l’Orchestre de chambre I Musici de Montréal par un concert bénéfice avec son ami et collègue de longue date Louis Lortie.
Le pianiste profite ici de l’occasion pour interpréter deux concertos de Mozart qui avaient jadis lancé sa carrière discographique chez Chandos, label internationalement renommé qui avait découvert le virtuose québécois dans un contexte très spécial, soit à l’époque où I Musici était dirigé par son regretté fondateur, le grand violoncelliste et directeur artistique Yuli Turovsky.
PAN M 360 a réuni Louis Lortie et Jean-François Rivest pour qu’ils évoquent quelques souvenirs communs ayant mené beaucoup plus tard à ce programme très spécial pour eux, car le maestro et le soliste se rencontrent une toute première fois sur scène dans leurs rôles respectifs.
PAN M 360 : Commençons par un peu de « human interest ». On dit que vous vous connaissez depuis longtemps. C’est bien ça?
LOUIS LORTIE : Devinez jusqu’à quand ça remonte?
PAN M 360 : École secondaire?
LOUIS LORTIE : Avant!
PAN M 360 : La maternelle?!
LOUIS LORTIE : Quand même pas mais le premier disque qu’on a fait, nous étions de très jeunes musiciens.
JEAN-FRANÇOIS RIVEST : Toi tu es de 1959 et moi de 1958.
LOUIS LORTIE : Ce disque a été fait en 70, on avait 11 et 12 ans.
JEAN-FRANÇOIS RIVEST : Nous avions tous deux gagné un concours nommé les Lions de Laval nous ayant menés à ce disque.
LOUIS LORTIE : Moi j’ai encore ma copie. L’as-tu toujours Jean-François? Il y a une photo de groupe sur la pochette.
JEAN-FRANÇOIS RIVEST : Je l’ai perdue…
LOUIS LORTIE : Oh oh…
JEAN-FRANÇOIS : Il est peut-être dans mes boîtes… J’avais joué un Impromptu de Schubert… On était des petits kids. Des années plus tard, nous nous étions retrouvés dans Charlevoix à faire du canoë et de l’escalade.
LOUIS LORTIE : Aussi par hasard, on avait un ami en commun que Jean-François avait connu au secondaire et moi au cégep.
PAN M 360 : Venez-vous du même quartier?
LOUIS LORTIE : Pas du tout, nous venons de deux quartiers différents de Laval. Mais plus tard, j’ai habité à Montréal sur Hôtel-de-Ville près de Rachel et Jean-François n’était pas loin, il a même habité dans ma maison pendant un an. Mais la connexion la plus hallucinante entre nous a eu lieu pendant la COVID. J’étais bloqué au Québec au début de la COVID, il fallait vider l’appartement de ma mère décédée à Chicoutimi. Je faisais ça avec ma sœur qui habite à Jonquière et qui m’avait suggéré de venir puisque je ne pouvais plus voyager. Alors je me suis dit oui, c’était la meilleure chose à faire. Alors je m’en vais au Saguenay, je loue une maison pour une semaine au départ, puis plus longtemps. Et je ne sais pas trop pourquoi, j’ai pensé à Jean-François qui m’avait déjà dit avoir habité un certain temps dans ce coin. Je me suis dit « C’est le genre de maison où Jean François habiterait. Et quand je suis revenu à Montréal après, il faut que je l’appelle, il faut que je lui parle. Il faut que je lui parle de ça ? Oui, c’est ça. Et la blonde de Jean François éclate en pleurs parce qu’elle n’en revenait pas que je me sois retrouvé dans la maison dans laquelle vous aviez eu deux enfants.
JEAN-FRANÇOIS : Oui, j’ai habité six ans dans cette maison là, puis ça a fini avec deux enfants. C’est quand même fort ça, non?! Quand il m’a montré une photo de la vue du balcon sur le Saguenay, je savais que c’était chez nous, je connaissais la vue par cœur. Les connexions sont fortes. On a déjà fait des folies comme passer la nuit à écouter toutes les versions de la dernière sonate de Schubert… une sorte de folie. Mais… c’est vraiment la première fois qu’on joue ensemble chef et soliste. Faque c’est le fun.
PAN M 360 : Vous-êtes vous perdus de vue par bouts?
JEAN-FRANÇOIS: Oui oui, tout à fait.
LOUIS LORTIE : Après l’histoire de la maison, on ne s’était pas vu pendant un bout de temps jusqu’à ce qu’on se voit à Montréal et que Jean-François m’apprenne qu’il était devenu le chef permanent de l’Orchestre de chambre I Musici de Montréal. Et je lui ai dit là, ce serait vraiment le moment de jouer ensemble… si on ne le fait pas maintenant, on ne va jamais le faire.
JEAN-FRANÇOIS : Là il y a vraiment une belle histoire à raconter, Louis va me corriger si je me trompe. Yuli (Turovski) avait engagé un pianiste, je pense le petit fils de Chostakovitch, pour enregistrer. Et Louis était venu le remplacer au pied levé, problème d’avion ou quelque chose comme ça. Les ingénieurs du son de l’étiquette Chandos étaient sur le cul, ils avaient demandé à Louis « T’as tu un contrat de disque ? » Il avait dit non. C’est ainsi qu’il avait obtenu son premier contrat de disques chez Chandos.
JEAN-FRANÇOIS : Et depuis il a fait une cinquantaine d’albums chez Chandos.
LOUIS LORTIE : Et j’ai dit à Jean-François pourquoi ne pas faire un remake de programme avec I Musici? Après tout à cette époque, il n’y avait pas tant d’artistes québécois sur des étiquettes internationales. C’était un moment assez spécial, c’était pour moi immense ce premier enregistrement.
JEAN-FRANÇOIS : Alors on vit cette expérience et on a beaucoup de plaisir.
PAN M 360 : C’était donc relativement difficile de vous croiser pour un tel projet, car vos horaires, on l’imagine, sont très chargés.
JEAN-FRANÇOIS : Oui mais en vieillissant, on s’assagit quand même un peu. J’ai passé ma vie à me dire mon Dieu que je suis occupé. Je ne le dis plus. Et Louis, qui court toujours d’une ville à l’autre, n’a pas perdu son sens de l’humour.
LOUIS LORTIE : Mais je dirais qu’il y a certaines blagues qu’on n’a plus le droit de faire (rires)
PAN M 360 : Alors revenons à la musique. Ce concert bénéfice de l’orchestre de chambre s’inscrit-il dans une phase de reconstruction?
JEAN-FRANÇOIS RIVEST : Ben… faut faire attention parce qu’il ne faut pas jeter à l’eau ce que Jean-Marie (Zeitouni) a fait pendant 10 ans. Il a fait des choses très différentes. Il a amené I Musici en dehors de sa nature première, l’orchestre à cordes. Ils ont fait beaucoup d’orchestres avec beaucoup de vents ajoutés, des choses comme ça, qui ont coûté de la base. Moi, je me suis fait un devoir de ramener le cadre vers l’ADN de I Musici qui est vraiment la musique pour cordes. Je ne me gêne donc pas de transcrire des quatuor à cordes, des symphonies et autres choses comme ça. Je ne me gêne pas, mais c’est vraiment les cordes qui sont à l’honneur. Ce n’est pas tant une reconstruction qu’un recentrage. Nous développons ainsi quelque chose ensemble.
PAN M 360 : Parlons du programme de ce concert bénéfice , vous avez choisi de jouer du Mozart.
JEAN-FRANÇOIS RIVEST : Ce sont deux concertos dont la partie des vents est importante, pas super importante. Ce sont deux concertos qui, je dirais, ont une grâce extraordinaire. Les idées ne sont pas la révélation du siècle, les idées sont simples, mais c’est ce qu’il fait avec qui nous jette à terre. C’est extrêmement subtil, il faut marcher sur des œufs lorsqu’on joue cette musique. Et en même temps, c’est le souffle au sein de cette musique qui compte. Je suis épaté par ce long discours, ces messages qui s’accrochent les uns après les autres… début, fin, question, réponse, insistance, parenthèse, etc. Le discours est extrêmement riche et pourtant c’était fondé sur des idées simples.
PAN M 360 : Et donc il s’agit d’un programme « remake ».
JEAN-FRANÇOIS RIVEST : Ce sont effectivement les mêmes pièces que Louis avait jouées avec I Musici au début de sa carrière, enregistrées chez Chandos. Aussi, nous jouons un Divertimento pour ouvrir la soirée. Encore une fois, tout simple et full parfait.
LOUIS LORTIE : Évidemment, c’est les concertos que j’ai joués parce que c’est vraiment ça qui est le plus marquant. C’est toujours un défi pour moi, Mozart. Je me rappelle, c’est la première fois que j’ai joué Mozart, c’était vraiment extrêmement nerveux. C’est peut être le compositeur… si on s’accroche, parce qu’on sait bien qu’il y a une erreur, ce n’est pas l’importance de l’interprétation, ce n’est pas de faire autre chose. Mais quand on joue Mozart, on a l’impression que si on n’est pas parfait du début à la fin, il y a quelque chose qui vient d’être dit. Tout était tellement parfait chez Mozart, vraiment, ça nous dépasse. Et donc, comme ça m’était particulièrement contraignant, j’ai décidé d’apprendre tous les concertos de Mozart, je les ai tous joués et les ai repris régulièrement et ils vont chacun dans des mondes complètement différents. Vraiment d’une richesse inouïe.
Divertimento K. 138 en fa majeur Durée: approx. 13 minutes
Mozart
Concerto pour piano K. 414 Durée: approx. 23 minutes
Mozart
Concerto pour piano K. 449 Durée: approx. 23 minutes
F
Le Festival Classica est marqué cette année par un grand spectacle pour célébrer les 50 ans de la sortie phare de Pink Floyd, The Dark Side of the Moon. Sous la direction de Simon Fournier, l’Orchestre symphonique du Grand Montréal avec le Chœur de l’Opéra Bouffe du Québec présenteront l’album dans son intégralité, avec un accompagnement visuel de VJ BunBun. PAN M 360 a contacté Simon Fournier afin de discuter de ce qui s’annonce une performance épique.
PAN M 360 : Bonjour Simon, merci d’être là. On dirait que ça va être un spectacle vraiment très excitant ! Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur la manière exacte dont Dark Side sera présenté ?
SIMON FOURNIER : Bien sûr, le spectacle est vraiment un concert de rock symphonique, et le mot rock y est important. Parfois, vous voyez de la musique pop orchestrée et réécrite pour strictement un ensemble symphonique, un orchestre qui est, et donc certaines des couleurs de la musique sont différentes. Dans notre cas, nous avons un groupe de rock plus l’orchestre.
En effet, nous pourrions garder les musiciens de l’orchestre complètement silencieux, et vous auriez toujours la chanson là, vous savez, le guitariste, les claviers, ils jouent exactement les parties que Pink Floyd a jouées sauf que maintenant nous avons la possibilité de ont toutes sortes de textures et de timbres supplémentaires de l’orchestre. Nous construisons des couches au-dessus des chansons.
PAN M 360 : Comment s’est passé le processus d’orchestration ?
SIMON FOURNIER : Eh bien, la première fois que j’ai fait quelque chose comme ça, c’était avec Classica en 2017, avec un répertoire des Beatles. À l’époque, c’était alors les cinquante ans de Magical Mystery Tour et Sgt.Pepper. Marc Boucher, qui est le directeur du festival, lorsqu’il m’a contacté, il m’a dit « Simon, ce que j’attends de toi, c’est que tu penses comme si George Martin avait un orchestre à sa disposition quand il le voulait ». Alors c’est ce que j’ai fait, j’ai essayé d’entrer dans sa tête et de comprendre comment il travaillait, et comment il travaillait avec l’orchestre notamment. C’est ce que nous faisons ici avec Pink Floyd. Cela exige évidemment qu’avant d’écrire des notes supplémentaires, vous devez écouter beaucoup de Pink Floyd et commencer à vivre dans le monde qu’ils habitent. Cela peut prendre plusieurs semaines avant que j’écrive une note. Alors j’aborde vraiment ça comme si j’étais en studio avec eux en 1973. C’est ce que j’ai fait. C’est ce qu’a fait Peter Brennan, qui fait aussi la plupart des orchestrations.
PAN M 360 : Alors faut-il s’attendre à des surprises ?
SIMON FOURNIER: La surprise vient peut-être surtout du chœur, parce que c’est le chœur qui chante la plupart des mélodies. Il y a du contrepoint dans ces passages, je ne veux pas être trop technique, mais on prend, disons, un morceau de mélodie de la chanson et nous la développons au sein du chœur. Vous pouvez donc entendre ces fragments de mélodies dans les différentes voix qui créent vraiment des couleurs très séduisantes. Le chœur donne une qualité nocturne à ces chansons, on a presque l’impression d’être près d’un feu la nuit. On est dans un monde très éthéré et proche du monde des rêves. C’est ça Pink Floyd.
Bien sûr, nous avons Lulu Hughes comme soliste et il n’est pas surprenant qu’elle chante The Great Gig in the Sky. Elle le fait à merveille, elle est parfaite pour ça, et elle une grande fan de Pink Floyd. Là où c’est surtout Lulu qui fait les solos, la chorale changera de rôle pour ressembler un peu plus à une chorale conventionnelle ou à des choristes. Parfois, je leur demande de chanter comme s’ils étaient dans une cathédrale, presque comme une chorale de musique sacrée, et parfois je leur demande, hé, utilisez votre vraie voix pop, votre voix rock&roll, selon la chanson.
Lorsque toute la chorale ajoute quelques « ah » en arrière-plan, cela ouvre vraiment le son et nous avons fait une chose similaire une fois auparavant pour un spectacle de Queen il n’y a pas si longtemps et je me souviens d’avoir été avec le preneur de son quand il tournait le chœur un peu dans le mix et j’avais la chair de poule. J’ai eu une bonne conversation avec le preneur de son, Guillaume, hier au téléphone, sur la façon dont nous voulons répartir la chorale et oui, c’est un expert de Pink Floyd.
PAN M 360 : On aimerait connaître votre relation avec ce répertoire ?
SIMON FOURNIER : Même si je fais beaucoup de musique classique et contemporaine, ma carrière tourne autour de la musique classique, mon premier amour, c’était avec le rock. Donc pour moi, c’est toujours un répertoire que je connais et auquel je me connecte toutes ces années plus tard. Je me souviens de Dark Side of the Moon quand j’étais enfant. Je l’ai écouté peut-être quatre ans après, quand j’avais 13 ans. Ma sœur aînée l’a écouté. Mes amis, leurs frères aînés et leurs amis l’ont écouté. Je me souviens avoir mis le vinyle et l’avoir beaucoup écouté. Mais alors c’était naturel. Nous étions à l’ère de la musique progressive. J’ai beaucoup écouté Pink Floyd, Genesis et Gentle Giant. J’étais aussi un grand fan de Led Zeppelin. Donc, vous savez, ça a été autour de moi toute ma vie.
Lulu Hughes m’a dit qu’elle était une grande fan de Pink Floyd et qu’elle aimait particulièrement The Wall, qu’elle connaissait toutes les chansons, tous les mots par cœur. Dans ce concert, nous interprétons quelques chansons de The Wall aussi, et nous avons choisi des chansons que Lulu était particulièrement à l’aise pour interpréter et chanter. Mais nous sommes également conscients que c’est un spectacle pour tout le monde et pas seulement pour les grands fans de Pink Floyd, mais pour tous ceux qui se rassemblent dehors avec nous, vous savez dans le grand parc où les gens vont pique-niquer, donc nous voulons faire quelque chose d’appréciable pour tout le monde.
PAN M 360 : En organisant de tels concerts, Classica expose un public plus vaste à la musique classique et à la grande musique rock du passé.
SIMON FOURNIER : Exactement. C’était l’une des raisons pour lesquelles que Marc Boucher inscrit de tels concerts à sa programmation, pour ne pas se borner à des questions de genres musicaux, et pour faire des choses que nous pouvons tous apprécier. Alors un jour, je travaille sur Pink Floyd et la semaine suivante je travaille sur une opérette de Jacques Offenbach. Pour moi, il n’y a que de la bonne et de la mauvaise musique et j’aime faire de la bonne musique, qui comprend tant de genres. Je pense que nous voyons de plus en plus ces contenus croisés, les musiciens étant plus ouverts à différents styles et cultures de musique.
Ce dimanche à la Sala Rossa, cet habitué des Suoni per il Popolo prévoit explorer tous les recoins de l’instrument nu, sans artifices aucun sauf ses propres interventions sur les cordes de métal. Il explique ici son approche à PAN M 360, question de nous préparer à cette rencontre avec son public dans le contexte d’un programme triple
Transplanté en Hollande depuis plus de trois décennies, le guitariste écossais Andy Moor avait entrepris son parcours musical à Édimbourg, notamment au sein de Dog Faced Hermans, groupe post-punk traversé par la musique traditionnelle et l’improvisation libre. Au tournant des années 90, il fut recruté par le groupe néerlandais The Ex, célèbre pour ses mixtions de punk hardcor, d’improvisation libre et d’expériences sonores inédites.
En 1995, il fonde en parallèle de The Ex la formation Kletka Red, ùu côtés de Tony Buck Joe Williamson et Leonid Soybelman, l’objet étant cette fois d’hybrider des musiques traditionnelles klezmer, grecques et russes. Au fil du temps, il a collaboré avec de nombreux musiciens d’horizons différents.
Improvisateur chevronné, il revient aux Suoni per il Popolo pour y jouer comme un seul homme avec sa guitare, dans un programme partagé avec l’artiste expérimental et multidisciplinaire Damon Locks, de Chicago et l’improvisateur montréalais Markus Floats.
PAN M 360 : De quel type de performance est-il question cette fois à Montréal?
ANDY MOOR : En fait je viens pour jouer en solo, une approche que j’ai développée ces deux ou trois dernières années : improviser à la guitare, juste à la guitare. Il n’y a pas d’effet ou quoi que ce soit d’autre.
PAN M 360 : Aucun filtre électronique? Aucun effet? Seulement une guitare sans pédales? Pouvez-vous nous donner quelques indices ? ANDY MOOR : Quand j’ai commencé à jouer de la guitare, j’utilisais parfois une boîte à écho. Il pouvait aussi s’agir d’un magnétophone, soit une bande qui tournait en rond et qui créait un décalage et donc un effet d’écho. Mais au bout d’un moment, quand j’ai réécouté les enregistrements, j’ai toujours trouvé que cela avait un bel effet, mais on perdait la présence du son de la guitare, qui devenait un peu flou, un peu mou. Alors cette approche sans effets a grandi au fil du temps.
PAN M 360 : Avez vous déjà utilisé des pédales d’effets ou autres filtres électroacoustiques?
ANDY MOOR : Je n’ai jamais utilisé de pédales d’effets, peut-être un peu de distorsion à l’époque. Mais vint un temps où je me suis dit que je n’avais vraiment pas besoin d’effets supplémentaires. Toutefois, quand j’écoute d’autres guitaristes jouer avec des effets, parfois j’aime bien. Mais la plupart du temps, j’ai l’impression qu’il y a une sorte de filtre ou de mur entre les effets et le son réel de leur instrument.
Très souvent, les guitaristes utilisent 10, 15 , 20 pédales. Oui, bien sûr, une fois que leur son est passé à travers tout ça, je ne sais pas, il finit par perdre de la présence et de la dynamique. Et ça devient un peu une bouillie dans certains cas alors que dans d’autres cas, certaines personnes parviennent à bien utiliser les pédales. Ce n’est pas vraiment mon goût. Pour moi, en tout cas, j’ai l’impression de perdre plus que de gagner. Alors au lieu d’utiliser des pédales, j’utilise des objets afin de créer des sons inhabituels sur les cordes de l’instrument.
PAN M 360 : Y voyez-vous beaucoup de possibilités? ANDY MOOR : C’est incroyable la quantité de sons que l’on peut produire ainsi. Encore aujourd’hui, je suis encore surpris par certains des sons qui sortent de l’instrument. Pour mettre ces sons en valeur, j’utilise une sorte de préamplificateur qui compresse lentement le son, de sorte que le plus petit changement ou mouvement peut être entendu très, très clairement. Cela fait aussi réagir le corps de la guitare, si vous le touchez à n’importe quel endroit. Oui, je travaille beaucoup avec les basses fréquences, en réaccordant les cordes très bas. Et il se passe des choses vraiment étranges lorsque vous faites cela, car le son reste très présent et très clair. On voit et on entend vraiment ce qui se passe.
PAN M 360 : Quand vous réaccordez l’instrument, s’agit-il d’une exploration microtonale, c’est-à-dire que vous recherchez d’autres types d’intervalles que les gammes « normales »? ANDY MOOR : C’est effectivement très microtonal. Je ne m’accorde pas de manière précise, j’y vais plutôt à l’oreille, et je travaille avant tout avec le son de l’instrument.
PAN M 360 : Y a-t-il d’autres raisons qui puissent expliquer l’exclusion des effets via pédales ou autres outils électronques?
ANDY MOOR : Cela peut s’expliquer en partie par mon au sein des groupes auxquels j’ai pris part, soit une guitare très rythmique. Il n’y pas de solos de guitare dans The Ex, par exemple, il peut y avoir la mélodie simple d’un thème, sans plus. Le rythme de la guitare y accompagne celui de la batterie, les deux instruments se croisent en quelque sorte. Nous n’avons donc jamais vraiment ressenti le besoin d’en faire davantage. C’est juste une question de simplicité et non de purisme. Chaque personne du groupe a un élément simple à produire. D’une certaine manière, c’est ce qui fait que tout fonctionne.
PAN M 360 : C’est intéressant : une partie de votre personnalité vise à rester simple mais en même temps, vous savez, vous explorez la complexité dans d’autres dimensions musicales de votre expression. Peu d’artistes maintiennent cette tension entre simplicité et exploration. ANDY MOOR : Oui, c’est vrai mais l’addition de lignes simples peut produire quelque chose de compliqué parce que nous sommes cinq à travailler simultanément. Et la façon dont ça se verrouille à la fin peut parfois générer de très étranges discours polyrythmiques, puisque ce n’est pas composé par une seule personne. Ce sont toutes nos idées dans un même poème. Et c’est, c’est ce qui rend cela si excitant.
PAN M 360 : Le programme de cette soirée de dimanche annonce aussi un duo avec Damon Locks.
ANDY MOOR : En fait, je joue en solo mais nous allons aussi procéder à une sorte de collaboration. Je connais Damon depuis les années 90, nous avons fait ensemble une tournée avec un groupe qui s’appelait Trenchmouth, Damon Locks en était le chanteur.
Le geste ici posé est qualifié de « vivant », « non-linéaire », « réparateur », « transformateur », « créateur ».
De Julie Richard, l’ambitieux projet Black Ark a pour objet de reconstituer les fragments de compositions de musiciennes d’ascendance africaine, ayant évolué majoritairement aux États-Unis un siècle plus tôt. Non seulement Black Ark s’applique-t-il à retrouver et montrer, mais encore mène-t-il des des initiatives de réactualisation et de revalorisation.
Malgré leur double oppression, soit étant femmes et noires à une époque de lourde ségrégation raciale et de sexisme généralisé toutes races confondues, des compositrices africaines américaines avaient néanmoins tenté d’imposer leur vision et leur sensibilité propres.Julie Richard est de celles qui s’appliquent à les inscrire un fois pour toutes dans la grande histoire de la musique.
Vu les piètres conditions de création à l’époque, les œuvres débusquées peuvent avoir été décomposées au fil du temps, en plus d’avoir été oubliées. Le travail de Blak Ark devient forcément une « conversation » avec ce qui reste de ces œuvres, dont l’issue est de leur redonner la cohérence et la place qui leur revient.
Ainsi donc, Blak Art devient Orchestra et témoigne de cette reconstitution. Enregistrée dans différents lieux et avec différentes section de l’ensemble dirigé par Julie Richard, cette exécution captée en format audiovisuel met en lumière une partition qui retrouvera son public.
Il s’agit d’une œuvre de Shirley Graham Du Bois ( 1896-1977), compositrice, écrivaine, intellectuelle, femme de théâtre, militante des droits civiques. Il est ici question de son opéra en trois actes composé en 1932 Tom-Toms: An Epic of Music and the Negro. Sa reconstitution fait ainsi l’objet d’un film, dont certains extraits seront « augmentés » sur scène par certaines interventions dirigées par Julie Richard.
Voilà qui tombe sous le sens : cette année, les Suoni per il Popolo ne sont-ils pas programmés par une équipe essentiellement composée de femmes, fait absolument unique dans l’écosystème musical montréalais? Julie Richard se trouve d’ailleurs parmi les programmatrices de ce festival très proche des valeurs de PAN M 360, soit pour son éclectisme extrême, du punk hardcore à la musique contemporaine écrite.
Musicienne, compositrice, artiste multidisciplinaire et animatrice culturelle engagée notamment dans la psychologie d’intervention et la gestion artistique, Julie Richard évolue sur les scènes montréalaises depuis une vingtaine d’années. Elle s’intéresse au jazz, à la pop, aux musiques expérimentales, aux musiques d’ascendances africaine, tzigane, juive, créole, on en passe.
Vivement une conversation avec Julie Richard!
PAN M 360 :Quelle fut la motivation originelle de Blak Ark?
JULIE RICHARD : Il y a environ huit ans, j’ai décidé d’entreprendre une recherche pour trouver des archives sur des compositrices africaines et américaines en musique classique, parce que je trouvais louche qu’il n’y en avait pas… alors qu’il y en avait finalement. De fil en aiguille, j’ai retrouvé des pièces qui n’étaient jamais finalisées, puis j’ai entendu la rumeur de cette partition de Shirley Graham Du Bois. Quand je suis tombée sur le portrait de cette femme, je me suis dit « Il me faut absolument m’approprier cette pièce ».
PAN M 360 : Comment l’avez-vous repérée?
JULIE RICHARD : À la Nouvelle Orléans, j’avais discuté avec la responsable de la librairie de l’université, elle m’avait dit « Écoute, ce serait pour toi intéressant de contacter la librairie de l’université Harvard, car on y trouve une partition de l’opéra Tom-Toms de Shirley Graham, écrite à la main. » J’ai finalement contacté le libraire là-bas, il m’ a envoyé ce qu’il avait.
PAN M 360 : Shirley Graham avait-elle beaucoup composé?
JULIE RICHARD : Très peu en fait. Son parcours musical s’était terminé abruptement. À la base, elle écrivait pour le théâtre, elle écrivait aussi des librettos pour l’opéra. Mais elle avait déchanté de l’impact qu’avait la musique sur les phénomènes sociaux. Elle avait alors décidé de se consacrer davantage à la littérature qu’au théâtre et la musique.
PAN M 360 : Alors on se concentre sur Tom-Toms. Comment cette œuvre a-t-elle été reconstituée ? Qu’avez-vous fait avec cette partition écrite à la main?
JULIE RICHARD : J’ai étudié la partition, j’ai fait des recherches sur ce qu’on a fait et j’ai vu qu’il y avait des gens avaient déjà travaillé sur cette partition. J’ai alors éliminé toutes les sections qui avaient déjà été présentées et me suis concentrée sur ce qui devait à mon sens être réarrangé et complété, parce que je n’avais probablement pas la dernière version de cette œuvre. Je me suis alors concentrée sur les mouvements que personne n’avait refaits, soit tous ces mouvements peut-être trop exigeants techniquement.
J’ai donc refait l’orchestration à partir d’une partition de base et de notes écrites à la main, des choses comme« ici, il y a une clarinette». C’était quand même assez sommaire, mais c’est une œuvre classique. On pouvait intuitivement imaginer ce qui pouvait compléter.
PAN M 360 : Vous avez donc fait votre propre extrapolation !
JULIE RICHARD : Absolument. Pour avancer, j’ai fait appel à des collègues : Olivier Saint Pierre a contribué aux arrangements. De mon côté, j’’ai aussi fait des arrangements à la main qui ont été transcrits par des copistes, soit Brigitte Dajczer et Tim S.Savard.
PAN M 360 : Ça implique combien d’artistes pour l’exécution ?
JULIE RICHARD : On a un orchestre de 48 musiciens, une chorale de 11 voix, 2 solistes, 5 danseurs. En tout, 75 personnes ont été mobilisées sur cette production.
PAN M 360 : C’est quand même gros! Comment avez-vous pu financer ça ?
JULIE RICHARD : J’ai obtenu une bourse du Conseil des arts du Canada pendant la pandémie, pour faire une captation. C’est pourquoi présentons d’abord cette exécution à travers un petit film. Pour l’instant, c’est absolument impossible à présenter sur scène, vu les sommes nécessaires pour y parvenir. Nous avons dû, d’ailleurs, enregistrer l’œuvre en différentes sections dans différents lieux – Ausgang Plaza, Maison de la culture Saint-Laurent, Black Theatre Workshop. Pour l’événement de samedi à la Sala, j’ai choisi d’exécuter sur scène certains segments pour en augmenter la projection du film.
PAN M 360 : De quelle façon l’œuvre est-elle déclinée?
JULIE RICHARD : On y parle notamment de musiques rituelles; on a des tambours qui se parlent, qui attirent du coup l’attention du peuple sur une grande tragédie en cours. Les rythmes binaires peuvent être croisés avec les ternaires, comme en Afrique de l’Ouest notamment.Une autre partie de l’opéra se fonde sur les spirituals. Des questions sont soulevées par la compositrice « Qu’est ce qu’on est en train de faire ? Jusqu’à quel point avons-nous perdu nos référents ? Devons-nous rentrer en Afrique? Il y a ce concept de panafricanisme dont Shirley Graham fut une militante subtile.
PAN M 360 : Pour les captations en différents lieux, c’est vous qui dirigez?
JULIE RICHARD : Oui, je suis cheffe d’orchestre. Je n’ai pas étudié la direction d’orchestre, mais je dirige des ensembles depuis l’âge de 12 ans, soit à l’époque où j’étais dans les corps de clairons et tambours. Par la suite, j’ai étudié la musique classique et le chant lyrique.
PAN M 360 : L’exécution est-elle assurée par des musiciens classiques?
JULIE RICHARD : Ce ne sont pas des artistes qu’on a l’habitude de retrouver dans ce type de production. Plusieurs ont eu une éducation classique mais sont aussi associés à d’autres formes musicales comme la soul et le hip-hop. C’est bien qu’ils aient la possibilité de s’exprimer dans un tel contexte.
PAN M 360: Le contexte des Suoni, on s’en doute bien !
Dans le cadre du Festival Classica de cette année, la flûtiste estimée et établie Nadia Labrie, présente le répertoire de Claude Bolling. Nous lui avons parlé après les spectacles pour discuter des performances, de la musique de Bolling et de la relation intéressante entre le classique et le jazz.
PAN M 360: Nadia, merci pour les bons spectacles, je suis curieux de savoir ce que vous en pensez?
Nadia Labrie: Oh les deux spectacles se sont très très bien passés. J’étais très content de la façon dont ils se sont déroulés et ce fut un grand plaisir de présenter ce répertoire au public. Nous avons interprété deux des trois suites écrites par Claude Bolling pour flûte et trio de jazz. Le 26, nous avons présenté la première suite que Bolling a composée pour Jean-Pierre Rampal dans les années 70. La première partie de ce spectacle, j’ai joué avec ma sœur, Annie, en tant que duo Similia, et cela fait 25 ans que nous jouons ensemble, donc c’était vraiment spécial.
Pour le deuxième concert, nous avons présenté la deuxième suite, toujours composée pour Jean-Pierre Rampal, mais dix ans après la première suite. C’est une suite beaucoup plus longue, plus technique, avec beaucoup de solos et d’improvisation.
PAN M 360: Claude Bolling est vraiment un compositeur intéressant et sa musique peut être un défi pour les musiciens classiques en raison de son caractère « jazzy ».
Nadia Labrie: Ah, oui, c’est vraiment un beau défi, en effet. Pour moi, c’était un beau défi car je n’avais jamais joué avec un trio de jazz auparavant. C’était la première fois. En composant cette musique, Cloud Bolling a permis à de grands solistes comme Jean-Pierre Rampal, Yo-Yo Ma et Zukerman de pouvoir jouer avec une formation de trio jazz. Ce mariage entre la musique classique et le jazz, pour moi c’était vraiment intéressant. Très, très intéressant.
Je dois dire que c’était aussi un défi de pouvoir trouver des musiciens. La moitié de la partition est écrite et l’autre moitié est improvisée, donc il faut vraiment avoir un musicien complet, qui ait autant un point de vue de musicien classique que de jazz, pour pouvoir présenter ces œuvres. Et surtout, pouvoir les interpréter avec une grande présence. Par exemple, mon pianiste, Jonathan Turgeon, pour ceux qui étaient au concert, ils ont absolument remarqué sa grande virtuosité. C’est une musique absolument complète et une musique absolument fantastique.
PAN M 360: Quelle a été votre approche pour interpréter ces suites, diffèrent-elles beaucoup par leur caractère ?
Nadia Labrie: Oui, oui, mais c’est certain que, comme on dit, ça reste toujours Claude Bolling. On comprend où il va, sa façon de composer, mais chaque mouvement a aussi vraiment sa personnalité. Parce que chaque mouvement a sa propre couleur, comme dans la première suite, il y a un mouvement où j’utilise la flûte basse. La flûte basse est un instrument que nous n’utilisons pas souvent, surtout pas en musique classique. Mais c’est un instrument avec un son riche qui est absolument incroyable.
Dans la deuxième suite, j’utilise aussi la flûte alto, qui se situe entre la flûte basse et la flûte traversière. Donc je pense que la façon dont les pièces sont écrites, ça permet une certaine liberté, de changer d’instruments par exemple, de changer de couleurs, de changer d’interprétation, d’avoir quelque chose de vraiment intéressant avec le changement de son, le changement de flûte. J’avais quatre flûtes pendant le spectacle que j’ai continué à utiliser.
PAN M 360: Avez-vous l’impression qu’en tant que compositeur, Claude Bolling a tendance à être mis à l’écart pour être simplement un compositeur « crossover ». Le jazz est parfois un gros mot dans le domaine classique. Pensez-vous que les choses vont mieux ces jours-ci ou qu’il reste encore du travail à faire ?
Nadia Labrie: Je dirais qu’il reste encore du travail à faire à cet égard. Dans la musique classique, ils ont leur façon de jouer, leur approche, et c’est la même chose dans le jazz aussi. Il y a donc encore un grand écart, un grand espace entre les deux. Je pense que Claude Bolling a fait un travail absolument extraordinaire car c’est certain que pour les flûtes classiques ou les musiciens classiques, on a encore besoin de défis. Et cette musique, parfois, j’ai dû beaucoup m’entraîner pour y arriver. Donc pour moi, c’était un défi qui était extrêmement intéressant.
Au concert, quelqu’un est venu me voir, quelqu’un qui avait une carrière de musicien classique, puis il est venu me voir et m’a dit, je dois dire que je ne suis pas touché par la musique jazz. Ce n’est pas ma tasse de thé et tout ça, mais je dois dire qu’après le concert, je vais maintenant écouter de la musique jazz. Donc je pense que c’est aussi une question d’approche, une question de comment on présente le répertoire, comment on le met en scène. Je présente cette musique absolument sans prétention. On est dans une salle de concert, il y a un échange d’énergie, je pense qu’il y a une simplicité qui fait que les gens rentrent tout simplement dans la musique et se transportent. Et puis ils sortent du concert avec un grand sourire en disant, wow, c’était une expérience, parce que c’est totalement différent de ce qu’on entend habituellement.
PAN M 360 Présenterez-vous à nouveau ce matériel ?
Oui j’espère vraiment. Pour l’instant le 18 août nous avons une présentation aux Îles de la Madeleine dans une église de Havre-Aubert. Mon mari, Jeannot Painchaud, a fait une incroyable transformation de l’église en lieu et l’ambiance est vraiment charmante et extraordinaire. Et puis j’ai des spectacles à Rimouski, d’où je viens, en novembre.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Loig Morin est un cas atypique de la chanson francophone en Amérique du Nord. Natif de Bretagne, il a quitté la France avec son épouse et leurs jumeaux pour s’établir en Colombie-Britannique… et faire carrière en français! Depuis son arrivée sur la côte Ouest, il a été pédagogue et producteur, en plus de mener une carrière artistique dont le dernier rejeton est cet enregistrement sorti fin mai, Adieu Hiver, troisième volet d’une tétralogie fondée sur les humeurs et expériences vécues au cours des quatre saisons.
On lui doit ainsi Printemps (2021), Automne (2021) et Adieu hiver (2023), sans compter Lonsdale (2012), La rivière (2018) et Citadelle (2019). Ces enregistrements révèlent la capacité certaine de Loig Morin à faire de la chanson de belle tenue, doublée d’un éclectisme musical qui l’ont mené vers le rock, la synthwave, l’électro-pop, l’électro-rock, certaines inclinations americana et plus encore.
Puisque sa prolificité est inversement proportionnelle à la connaissance qu’on a de lui dans l’est canadien, tentons donc d’inverser le processus via cette première interview sur PAN M 360.
PAN M 360 : Faisons connaissance! Vous êtes donc Breton, Français et Canadien.
LOIG MORIN : Je viens de la petite île de Groix, en face de Lorient. Je suis donc Breton de par mes parents. Après quoi j’ai grandi dans la région lyonnaise.
PAN M 360 : Vous avez un prénom breton, effectivement.
LOIG MORIN : Ce prénom veut dire gloire et combat. Avec un prénom comme ça…
PAN M 360 : Ça met beaucoup de pression sur les épaules!
LOIG MORIN : Ha ha!
PAN M 360 : Et donc vous êtes débarqué en Colombie-Britannique.
LOIG MORIN : C’était en 2010. En fait, ma femme est Marocaine et nous ne nous voyions pas vivre dans un contexte (souvent raciste) où elle ne pouvait s’émanciper professionnellement en France (elle travaille en informatique), alors nous avons décidé d’aller vivre ailleurs. Ainsi, nous avons fait une demande d’immigration, et nous avons finalement eu une opportunité en Colombie-Britannique. Nous y sommes restés depuis, parce que nous avons vraiment eu un coup de cœur. Nous avons vécu longtemps à North Vancouver et maintenant nous sommes basés sur la Sunshine Coast, soit à Gibsons (un peu au nord de Vancouver). Comme à l’île de Groix, il faut prendre un traversier pour s’y rendre! Vancouver est une ville qui a eu tellement de succès avec les Jeux Olympiques, c’était devenu beaucoup trop cher et il y a désormais un côté Suisse à cette ville – pas le droit de faire ceci ou cela… Mais quand tu vas sur la Sunshine Coast, tu retrouves cet esprit aventurier où les choses sont permises, et où il y a moins de monde. On s’y plaît vraiment.
PAN M 360 : Vous avez donc gardé votre famille intacte en faisant de la musique, ce qui est un exploit en soi!
LOIG MORIN : Lorsque je suis arrivé en Colombie Britannique, j’ai fait un peu pour les boulots et puis on m’a proposé d’être prof de musique à l’école française. Alors voilà, j’ai fait ça pendant deux ans, j’ai pu profiter des espaces et des équipements en plus d’y donner des cours de musique. Puis j’ai cessé les cours et j’ai monté mon propre studio (Music Lab) où j’accueillais régulièrement des jeunes et des moins jeunes pour apprendre à créer des chansons. Donc j’ai enregistré plusieurs albums d’artistes de la région, et j’ai sorti moi-même des albums.
PAN M 360 : Vous l’aviez déjà fait en France avant d’émigrer, n’est-ce pas?
LOIG MORIN : Oui mais les albums faits là-bas ont été retirés de la circulation. À l’âge de 18 ans, en fait, je m’étais barré de l’école et puis j’avais rencontré William Sheller qui m’avait pris sous son aile, soit en me signant pour trois albums sur son propre label. J’ai alors fait pas mal de rock et puis j’ai eu des enfants après avoir connu ma femme venue du Maroc pour faire ses études en France. Lorsqu’on a eu les jumeaux, j’ai arrêté la musique pendant deux ans et on a décidé de partir.
PAN M 360 : Quelques années et quelqus albums plus tard, voici donc Adieu hiver, qui se veut le troisième volet des quatre saisons au programme.
LOIG MORIN : Cette fois, j’ai vraiment eu cette idée de faire des chansons d’été en hiver, soit en conservant ce côté tranchant, un peu métallique de l’hiver… Pourquoi ? Parce que je n’arrivais pas trop à me dire si c’était la bonne saison… Vraiment l’hiver ? Ça s’est précisé au fur et à mesure. Et donc voilà ces chansons d’été créées en hiver, qui m’ont permis d’aller un peu plus encore dans l’exploration électronique, sans pour autant sortir du format chanson. La suite est inconnue pour l’instant Le prochain album sera soit Été avec des chansons ou un autre album où le format chanson ne sera plus prédominant. En pente douce, je compte sortir du format chanson.
PAN M 360 : Parlons des textes d’Adieu hiver, tous bien écrits. William Sheller ne vous avait pas pris pour rien!
LOIG MORIN : Merci, ça fait plaisir. Alors ça commence avec la première chanson Top Model; il y a le soleil, la froideur de notre époque, celle des star hollywoodiennes qui n’expriment rien, il y a cette froideur nord-américaine, il y a cet « été sous la neige » où je me moque un peu des États-Unis, notamment du Texas.
Ensuite, la chanson Américaine évoque ces gens qui décident de ne plus répondre à leur interlocuteur lorsqu’ils perdent de l’intérêt à leur sujet.
Puis il y a Maria, le récit d’une femme partie pour pour se suicider dans une ville complètement folle qui s’appelle Wallace (Idaho) où il n’y a que des antiquaires. J’ai visité cet endroit surréaliste où les gens semblent n’être jamais sortis de chez eux. Cette ville complètement perdue, hors du temps, m’a inspiré.
Et il y a Avalanche, qui parle des gens désireux de faire des choses pour sortir de leur emprisonnement, désireux de vivre une existence excitante, et qui finalement n’y n’arrivent pas parce que parce que leurs habitudes sont trop fortes. Partir à l’aventure fait peur, on en parle beaucoup mais ça ne se passe que dans les paroles. Tu repasses sans cesse les images qui font penser à ce que tu aimerais faire, mais tu ne peux pas car tu es enseveli sous une avalanche d’obligations et de contraintes sociales qui t’empêchent de faire ce dont tu rêves. Tu veux sortir de cet hiver de difficultés et l’avalanche te ramène chaque fois en dessous.
Après je suis parti vraiment avec les synthés pour faire carrément Adieu hiver. On va vers le chaud mais il y a aussi ce côté un peu dépressif qui te ramène vers le bas tout en te laissant rêver de te sortir de là. Ce n’est pas une chanson finalement, c’est une musique instrumentale que je voulais mettre là au milieu de cet album un peu triste, somme toute.
Et puis après ça repart avec la plus pop de l’album, Baisers de Savoie. Je m’y souviens de cette fille que j’ai embrassée il y a très longtemps – avant de connaître ma femme haha! Cette chanson raconte la chaleur d’un tel épisode vécu au mois de novembre, dans une petite ville de Savoie.
Et la dernière chanson, La bouche, c’est vraiment Montréal où en fait je suis allé souvent ces deux dernières années. J’ai bien aimé y observer les Montréalaises, nettement moins coincées que les Parisiennes – ces dernières se replient un peu sur leur côté plus classique dans un contexte français plutôt négatif en ce moment.
PAN M 360 : Adieu hiver n’est pas un album strictement électronique, on y trouve aussi de la guitare, du pedal steel, de la basse, de la batterie, etc.
LOIG MORIN : Oui. Mon instrument de prédilection, c’est quand même la guitare. Et puis après, je joue les autres instruments.
PAN M 360 : Ce n’est donc pas seulement de l’électro et même là, voix cherchez des sons chauds.
LOIG MORIN : En fait, c’est essentiellement analogique; pour moi, le numérique reste froid et les instruments deviennent vite obsolètes. J’ai donc acquis des synthés Moog (entre autres) , j’ai plusieurs modules électroniques regroupés sur un Eurorack, etc.
PAN M 360 : Combien de temps aviez-vous prévu pour compléter ce cycle des saisons?
LOIG MORIN : Au départ, je voulais tout faire en un an et demi, et puis finalement, je me suis senti fatigué et je me suis dit non je ne le sens plus pour l’instant. J’avais plutôt envie de d’explorer des sons nouveaux et éviter cette pression « commerciale » de faire le dernier des quatre albums. On verra bien, je laisse faire… mais là je veux partir sur une exploration sonore. À ce titre, je suis en train de me construire un studio mobile dans un camion, je veux parcourir le territoire avec ce studio mobile, rencontrer des artistes inconnus, les enregistrer tout en faisant ma propre musique. J’aimerais donc faire un album nature avec des sons électroniques et d’autres sons enregistrés sur le terrain.
PAN M 360: À l’évidence, vous avez encore beaucoup de terrain à parcourir !
HAWA B, projet musical aux accents soul, rock alternatif, jazz et R&B qu’incarne Nadia Hawa Baldé, s’apprête à faire vibrer le Ministère ce mercredi dans le cadre de la programmation RADAR.
Présenté par M pour Montréal et Mundial Montréal, cette série vise à porter un faisceau lumineux sur les talents émergents du Québec.
Avec une large portée d’influences, la musique de HAWA B se caractérise par un éclectisme particulier, qu’on remarque sur l’EP Sad In a Good Way, sorti en avril 2022. L’avant-plan est partagé entre la voix et les instruments, des élans soul aux élans rock.
Après avoir baigné dans la musique pendant quelque temps, notamment aux côtés d’Hubert Lenoir dans sa tournée pour PICTURA DE IPSE : Musique directe, et récemment collaboré avec FELP (Félix Petit), HAWA B a décidé de créer son propre projet. Elle y use de ses propres influences et met en œuvre sa liberté créative.
Ce qui donne une musique sincère, intransigeante, et dont on sent l’intention, qui en fait d’autant plus ressortir son talent.
PAN M 360 a tenu à s’entretenir avec Nadia Hawa Baldé à la veille de sa performance au Ministère, où elle pourrait dévoiler de nouvelles chansons.
PAN M 360 : Quelles sont les origines de HAWA B?
NADIA : J’ai terminé l’université en 2016, puis après j’avais envie de commencer à composer de la musique pour moi. J’ai toujours fait de la musique dans la vie, et j’ai fait pas mal de concerts en tant que choriste. Je savais que j’avais envie, moi aussi, de prendre l’avant en tant que chanteuse, puis de faire mes propres compositions avec mes différentes influences.
PAN M 360 : Et comment s’est formé votre groupe?
NADIA : Ce sont des gens avec qui j’ai étudié, surtout mon claviériste. On se connait depuis le secondaire. Le reste du groupe, c’est tout le monde avec qui j’ai joué sur d’autres projets auparavant, puis qui ont accepté de faire partie de mon équipe.
PAN M 360 : Depuis combien de temps travaillez-vous sous ce nom?
NADIA : J’ai commencé à vraiment mettre de l’énergie sur mon projet pendant la pandémie. Sinon, avant, je faisais des chansons par-ci par-là, quelques spectacles, mais sans mettre mon projet en priorité, et c’est en 2020-2021 que j’ai commencé à le faire plus sérieusement. Puis, en avril 2022, j’ai sorti mon premier EP.
PAN M 360 : Vous puisez dans plusieurs genres différents pour votre musique. À travers tout cela, quelles sont vos plus grandes influences?
NADIA : Je dirais que… c’est vraiment un mélange entre Beyoncé et Radiohead (rires) J’écoute aussi beaucoup d’autres choses. Depuis que je suis jeune, j’écoute de la musique soul, tout ce qui est chant et voix, ça m’influence beaucoup dans ma façon de chanter puis de faire des mélodies. J’écoutais aussi beaucoup de Christina Aguilera. Quand j’étais ado, j’aimais beaucoup le rock, donc niveau instrumentation, c’est sûr que la guitare est vraiment de l’avant. Mais je garde aussi toujours un petit peu du côté hip-hop, parce que ça fait partie de moi.
PAN M 360 : Quand vous avez une idée de chanson, quel est votre processus pour la développer?
NADIA : Mon processus, il est assez long et différent pour chaque chanson. Ça part souvent de moi qui jamme toute seule au piano, ou parfois je commence par la batterie, ça dépend. Mais ça me prend du temps quand même, créer une chanson, parce que j’essaye de ne pas forcer le processus. Parfois j’écoute de la musique, puis j’ai des idées qui me viennent, donc je vais au piano, puis je commence. Souvent, les accords viennent en premier. Après ça, je vais sur l’ordinateur, puis j’écris les parties pour les autres instruments. En dernier lieu, ça va être ma mélodie et mes paroles, qui viennent à la fin.
PAN M 360 : Vous avez récemment collaboré avec Félix Petit (FELP) et Greg Beaudin sur la chanson Brokest Rapper You Know. Comment est-ce arrivé?
NADIA : J’ai rencontré Félix Petit l’année passée, quand j’ai commencé à tourner avec Hubert Lenoir. J’avais demandé à Félix d’écouter une de mes chansons, « End ». J’allais sortir un remix avec Djely Tapa, puis j’ai demandé des commentaires sur le mix de la chanson avant qu’elle sorte. J’avais vraiment aimé sa façon de voir les choses, puis de collaborer. On avait aussi des goûts musicaux communs. Ensuite, je lui ai demandé s’il voulait bien co-réaliser mon prochain EP. On s’est mis à beaucoup travailler ensemble, puis lui, par la suite, il m’a demandé aussi de venir chanter sur ses chansons. Félix Petit et Greg Beaudin, dans le fond, leurs studios sont voisins. J’étais souvent avec Félix en train de faire de la musique, puis j’ai appris à connaître Greg. On est devenus amis aussi, puis on collabore souvent.
PAN M 360 : Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre manière de travailler?
NADIA : J’aime faire ma prod, parce que je n’ai pas de contraintes. J’aime ne pas avoir de frein dans mes différentes influences, de ne pas essayer de rentrer dans une boîte. Quand je travaille, c’est vraiment un moment où je peux choisir de faire les choses à ma façon. Je suis vraiment quelqu’un qui n’aime pas trop les constructions sociales et les cases. Mon premier EP s’intitule Sad In a Good Way, et le prochain, ce sera Sadder But Better. J’aime montrer les choses que les gens n’ont pas nécessairement le droit de faire ou de dire. De montrer tous les côtés tristes de la personne, ou moins parfaits, puis même à la limite de célébrer ces imperfections.
PAN M 360 : Finalement, qu’est-ce qu’on peut anticiper de votre performance au Ministère le 31 mai?
NADIA : Il y aura beaucoup de trucs de mon prochain EP. Donc plein de surprises de mes collaborations avec Félix Petit!
Marianne Lambert, jeune soprano très appréciée du public et bien connue dans le monde de l’opéra et du chant lyrique, reprend cette semaine son concert Paris sous les étoiles. Dans le cadre du festival Classica, le public pourra entendre un agencement de chansons en français, tirées du répertoire classique, de la chanson française et des incontournables québécois. Se joindront également Julien Leblanc au piano et Amélie Lamontagne au violon.
À quelques jours du concert, Marianne Lambert a répondu aux questions de PAN M 360.
PAN M 360 : Comment le projet de Paris sous les étoiles a-t-il vu le jour?
Marianne Lambert : Il a vu le jour l’année passée, alors que je venais de sortir l’album Canzone di notteavec la harpiste Valérie Milot. On travaillait à vendre le show, et le Festival en chanson de Petite Vallée était intéressé à nous avoir. Sa direction artistique cherchait un concert qui se voulait un peu plus grand public. Le festival avait besoin d’une réponse rapide, et j’ai créé le programme en une journée, avec l’aide et l’approbation du pianiste Julien Leblanc. Je lui ai lancé l’idée de faire un concert de mélodies françaises, de chansons françaises et de chansons québécoises. Et c’est là que nous avons trouvé le titre, Paris sous les étoiles.
PAN M 360 : Il devait y avoir une quantité impressionnante de pièces que vous vouliez présenter. Comment êtes-vous arrivée au programme que vous présenterez cette semaine?
Marianne Lambert : Au début on a fait un brainstorming, on avait deux ou trois pages de répertoire, pour qu’on s’arrête finalement sur les pièces qui me font le plus vibrer, c’est ça qui est important pour moi. Puis il a aussi fallu trouver une suite logique, pour que les pièces coulent. Je suis une personne très intuitive, je suis allée avec mon intuition en choisissant le répertoire, et, heureusement, mes collègues ont approuvé mon choix! C’est un programme qui vient du cœur, et j’espère qu’il saura faire vibrer le public aussi.
PAN M 360 : On vous connaît surtout pour votre travail en opéra et en chant lyrique. Vous proposez pourtant ici un répertoire classique et populaire.
Marianne Lambert : Oui. Pour moi, Paris sous les étoiles, ça touche une fibre particulière, parce qu’avant d’être chanteuse classique, j’étais chanteuse pop. Donc, souvent, comme nos premières amours, on ne les oublie jamais. Donc ça touche cette fibre-là, c’est ma première étincelle comme chanteuse, ma première étoile.
PAN M 360 : Le concert comporte aussi une part théâtrale. Avez-vous fait appel à quelqu’un pour la mise en scène?
Marianne Lambert : Oui, j’ai demandé au metteur en scène et chanteur Isabeau Proulx-Lemire. J’avais déjà fait appel à ses services pour monter des spectacles. J’aimais beaucoup ce qu’il m’avait déjà écrit, j’aime aussi beaucoup son approche. Je lui ai demandé s’il pouvait nous créer un autre beau spectacle. Il m’a écrit un superbe texte d’une grande poésie pour introduire chacune des pièces. Nous avons fait une tournée avec ce spectacle l’été dernier, et quand je réétudiais les textes, je savourais de nouveau les mots d’Isabeau Proulx-Lemire.
PAN M 360 : Quels mots pourraient donc décrire le mieux le spectacle ?
Marianne Lambert : Il y a beaucoup de délicatesse, beaucoup d’intelligence dans la ligne directrice bien ficelée d’Isabeau Proulx-Lemire. C’est aussi avec beaucoup d’amour, d’humour et de plaisir qu’on a monté ce spectacle.
PAN M 360 : Justement, quelle est cette ligne directrice, la trame narrative du spectacle?
Marianne Lambert : En fait, la trame dramatique est basée sur mon expérience personnelle. À travers tous les voyages que j’ai faits à Paris, et forcément par mon travail. Et aussi toute l’affection que j’ai pour Paris, mais plus largement pour la France. Vous allez voir à travers les textes toute la trame narrative qui mène à la finale, qui est très touchante et très personnelle.
PAN M 360 : Parlez-nous un peu de la collaboration avec Amélie Lamontagne et Julien Leblanc.
Marianne Lambert : Je connais Amélie Lamontagne depuis mes études à l’Université de Montréal, donc ça fait des années que nous jouons ensemble. J’avais envie de rejouer avec elle, puisque c’est une violoniste exceptionnelle, formidable, et qui est habituée à faire de la variété. Elle a une belle présence sur scène, c’est une grande communicatrice. Julien Leblanc est très inspirant et sensible. Il a fait beaucoup, beaucoup de mélodies françaises, et pour ça, il faut avoir une grande délicatesse au niveau du doigté, une grande écoute et une grande sensibilité. Tous les trois, on travaille dans le même sens et pour moi, c’est un rêve et un réel plaisir de travailler avec eux.
PAN M 360 : À quoi peut s’attendre le public en venant voir Paris sous les étoiles?
Marianne Lambert : Je pense que le concert va rappeler des souvenirs aux gens. Souvent, durant le concert, on entend les gens dire « Ah! ». C’est vraiment un concert qui est teinté de ma couleur, les gens vont voir Marianne qui joue et qui aime raconter des histoires. Finalement, le public va aussi réaliser qui sont les étoiles, ou quelles sont les étoiles. Mais ça, c’est un petit punch que je ne dévoilerai pas tout de suite!
Le compositeur russo-canadien Airat Ichmouratov inaugurera le premier opéra réalisé sous la bannière du Nouvel Opéra Métropolitain (NOM), nouvelle division lyrique du Festival Classica fondée par Marc Boucher, avec L’Homme qui rit, adapté du roman de Victor Hugo par Bertrand Laverdure.
Dans une distribution toute québécoise avec Hugo Laporte, Jean-François Lapointe, Janelle Lucyk, Sophie Naubert Magali Simard-Galdès, Florence Bourget, Antonio Figueroa et Boucher lui-même, cette création mondiale sera la première d’une série de trois création d’opéra – L’adorable Belboul de Jules Massenet, le 6 juin, et Miguela de Théodore Dubois, le 14 juin. Est ainsi lancée une collaboration avec la Salle Claude-Champagne de la Faculté de musique de l’Université de Montréal pour les prochaines années.
Alors qu’Airat Ichmouratov et son équipe de production sont dans le dernier droit avant la première de L’Homme qui rit, nous nous sommes entretenus avec lui.
PAN M 360 : Les répétitions en vue de la représentation de L’Homme qui rit ont commencé depuis quelque temps déjà. Comment ça se passe avec les chanteurs et les musiciens?
Airat Ichmouratov : Je peux dire que je suis vraiment fier. Nous avons vraiment une équipe extraordinaire. Tout le monde est tellement charismatique avec de belles voix et une belle attitude. Travailler avec le Festival Classica et Marc Boucher, qui dès le début a été d’un grand soutien, ainsi qu’avec tous ces musiciens, c’est vraiment une expérience incroyable. Nous avons déjà eu une répétition avec l’orchestre. Samedi nous avons répété avec les chanteurs et après, ce sera la générale avec tout le monde. L’orchestre est excellent, les musiciens sont enthousiastes et emballés de jouer cette nouvelle musique. En tant que compositeur et chef d’orchestre c’est vraiment un privilège de travailler avec eux.
PAN M 360 : Vivre, d’une part, la création mondiale votre premier opéra, et de l’autre, être en mesure de le diriger, ce doit être extrêmement emballant, on imagine !
Airat Ichmouratov : Effectivement, c’est quelque chose qu’on ne vit pas souvent. Cela fait vraiment penser à l’ancienne tradition avec Richard Strauss ou Gustav Mahler qui dirigeaient leurs œuvres. De notre temps, il n’y a pas beaucoup de compositeurs qui dirigent leurs œuvres, même si on peut compter quelques exceptions comme John Adams. Je suis vraiment content, car dans mon cas j’ai étudié la composition et la direction d’orchestre et j’ai travaillé beaucoup comme chef d’orchestre à l’opéra, notamment en Europe où j’ai dirigé plusieurs opéras de Puccini Tchaïkovsky et Verdi. J’ai appris beaucoup de choses à travers ces œuvres.
PAN M 360 : Parlez-nous de l’histoire de L’Homme qui rit. Que raconte-t-elle et comment êtes-vous entré en contact avec celle-ci et avec Bertrand Laverdure qui en est le librettiste?
Airat Ichmouratov : J’ai lu ce livre de Victor Hugo quand j’avais 16 ans. C’est un livre qui est assez complexe et qui n’est pas facile parce que Victor Hugo donne toujours beaucoup de descriptions de la situation sociale, de la situation politique de son époque, mais l’histoire elle-même est extraordinaire. La première chose, c’est une histoire où l’amour transcende les apparences entre Gwynplaine un homme défiguré et Dea une jeune fille aveugle qui ne voit en lui que la beauté de son âme. L’autre chose, c’est une histoire qui illustre la différence entre la richesse et la pauvreté, qui sont encore des sujets très actuels. Aussi, et pour ma part ce qui est très touchant, c’est qu’il s’agit d’une histoire qui parle de saltimbanques, de musiciens de rue. Quand je suis arrivé au Canada il y a 25 ans déjà, j’ai été musicien de rue pendant 4 ans. Je n’étais pas capable de trouver un travail en tant qu’étudiant étranger, alors jouer dans la rue était mon seul moyen de gagner de l’argent. L’histoire de Gwynplaine me touche pour ces raisons.
C’est Marc Boucher qui m’a présenté Bertrand Laverdure. Quand j’ai rencontré Marc je lui ai dit : « Pourquoi ne pas créer un nouvel opéra? » Il m’a demandé tout de suite si j’avais un sujet en tête et j’ai dit « Oui, j’ai un sujet ». Il m’a dit qu’il connaissait un poète extraordinaire qui pourrait être le librettiste et à partir de ce moment, il m’a présenté à Bertrand. Pendant une année, et en pleine période de COVID, nous avons beaucoup discuté et Bertrand a écrit une première version du livret pour l’été 2021. Je peux dire que cela a été une expérience formidable de travailler avec lui parce que Bertrand est un auteur qui a une plume très émotionnelle, ce qui pour moi était un élément très important. Ses mots sont très inspirants. Nous avons formé un très bon tandem pendant deux ans et je pense que le résultat est très bon. J’en suis très content. Nous sommes déjà en train de discuter d’un nouvel opéra basé sur une œuvre d’Honoré de Balzac, pour l’édition 2026 du Festival Classica.
PAN M 360 : Quelles ont été vos inspirations musicales pour mettre en musique les mots de Bertrand Laverdure?
Airat Ichmouratov : Mon langage musical se situe vraiment dans la musique romantique. Pour moi, c’est toujours un défi parce que dans la musique romantique, il y a tellement de choses qui ont été dites qu’aujourd’hui, on compose quelque chose et ça ressemble à ce qui existe déjà. C’est donc certain que vous allez entendre, beaucoup d’inspiration de plusieurs compositeurs romantiques que j’ai entendus et qui ont jalonné mon parcours comme chef d’orchestre et compositeur. Les gens disent souvent de ma musique qu’elle est néo-romantique. Il y a toujours beaucoup d’émotion, parce que pour moi, c’est extrêmement important. Lorsqu’on écoute de la musique, on doit ressentir quelque chose. Ça peut ne pas nécessairement être un bon sentiment, ça peut être de la frustration, de la colère, mais c’est absolument important de le ressentir. Parce que la musique, quand on écoute et qu’on ne ressent rien, pour moi c’est un désastre. Il faut que le sentiment et l’émotion soient présents.
La création mondiale de L’Homme qui rit, opéra d’Airat Ichmouratov sur un livret de Bertrand Laverdure, adapté de l’œuvre de Victor Hugo, aura lieu le mercredi 31 mai, à 19h30 à la Salle Claude-Champagne, dans le cadre du Festival Classica. Pour vous procurer des billets, c’est ici.
Après près de deux ans d’absence, Wake Island, le duo de producteurs électroniques montréalais d’origine libanaise constitué de Philippe Manasseh et Nadim Maghzal, effectuera un retour sur scène le mardi 30 mai prochain au Ministère dans le cadre de la série RADAR présentée par M pour Montréal et Mundial Montréal. Pan M 360 a discuté avec les deux protagonistes afin d’en savoir plus sur leur évolution, leur projet futur et leur approche créative.
Depuis leur arrivée au Québec il y a plus de 20 ans, les deux hommes créent et font partie du paysage musical montréalais. Philippe et Nadim ont débuté dans le rock et c’est en 2015 qu’ils ont eu la piqûre pour la musique électro. C’est d’ailleurs à ce moment que leur projet Wake Island a pris naissance. Outre la sortie d’un titre collaboratif avec l’autrice-compositrice-interprète La Bronze (Nadia Essadiqi) il y a quelques jours, la plus récente parution du tandem remontait à avril 2021 avec leur excellent album électro-pop, Born to Leave.
En 2018, ils ont mis sur pied Laylit, un concept de soirée dansante ayant pour but de valoriser la diversité musicale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Grâce aux succès ainsi qu’aux revenus engendrés par cette organisation, le duo peut dorénavant se permettre de créer plus librement et explorer de nouvelles avenues. Présentement, Wake Island prépare plusieurs projets, dont un album de musique ambient réalisé à partir d’échantillons de leur dernier ouvrage. Pour l’instant, aucune date précise n’est fixée pour cet opus, mais ils aimeraient assurément pouvoir faire paraître le tout d’ici la fin de l’année.
PAN M 360 : Vous avez fait beaucoup de chemin depuis la naissance de Wake Island en 2015. Parlez-moi de votre projet et de son évolution.
NADIM MAGHZAL : C’est vrai que notre projet a beaucoup évolué depuis. Au tout début, nous nous sommes rencontrés grâce à la musique rock. Nous avons même créé un album de rock progressif sous un autre nom avant Wake Island. C’est vraiment en 2015 qu’on a shifté vers l’approche électronique. Les possibilités qu’offrait le médium électronique nous interpellaient énormément. La technologie nous libère de beaucoup de contraintes et le potentiel est infini. Nous étions très inspirés par la musique électro, particulièrement la techno de Détroit qu’on a explorée en 2017 sur un de nos EP. Ce projet était pur électro, mais avec une essence de rock qui se manifestait dans les chansons. Ça sonnait beaucoup plus new wave que rock, en fait, à cette époque. Et puis, avec le temps, le son du groupe a beaucoup évolué. En tant qu’artistes, nous avons vécu quelque chose de très important au cours des dix dernières années. Nous avons en quelque sorte digéré notre expérience d’immigration. On est arrivé au début des années 2000 lorsque nous avions 18 ans. Lors de nos dix premières années au Québec, nous ne pensions même pas à ce qui était en train de se passer. Tout ce que nous essayions de faire, c’était de s’intégrer. Ça a pris un long moment avant qu’on se dise que nous avions vécu un processus très complexe. Au fil du temps, nos activités musicales se sont penchées de plus en plus sur la question identitaire, la question de l’immigration, du mouvement, mais aussi sur le mouvement global. Parce que maintenant, plus que jamais, le monde est constamment en mouvement.
PHILIPPE MANASSEH : En 2021, nous avons sorti Born to Leave, un album plus électro pop. Notre prochain projet, ce sera un album de musique ambient. En ce moment, nous tentons vraiment de voir ce qu’on peut faire et qu’est-ce que veut dire la musique électronique. Est-ce que ça veut juste dire des sons, des kicks et tout ça? Ou encore, est-ce qu’il y a quelque chose à faire du côté organique? Nous sommes encore intéressés par l’approche électronique, et on continue d’explorer tout ça.
PAN M 360 : Un album de musique ambient, c’est très intéressant. Pouvez-vous en parler davantage?
PHILIPPE MANASSEH : C’est un projet assez complexe. En fait, nous sommes en train d’adapter notre album de 2021 en jeu vidéo. Avec notre équipe, nous avons développé une sorte de jeu vidéo qui rend hommage aux années 80. Nous avons conçu le jeu vidéo ainsi que sa musique. La bande sonore du jeu est une adaptation de l’album. Tous les sons sont faits à partir d’échantillons de Born to Leave. Ce projet a été fait avec une approche complètement différente. Nous avons passé des journées à jouer et nous avons tout enregistré. Ensuite, nous avons sélectionné nos moments préférés pour en faire un album. Ainsi, il n’y a eu aucun mixage et nous n’avions aucun pouvoir d’édition après la performance. Le principe était assez limitatif et nous voulions essayer ça. C’était vraiment de l’expression pure, tout en étant basé sur quelque chose de déjà existant. Nous espérons pouvoir dévoiler le tout d’ici la fin de l’année.
PAN M 360 : Vous avez récemment lancé le titre <3 <~je~> 3>, une collaboration avec l’autrice-compositrice-interprète Nadia Essadiqi, alias La Bronze. Comment est né ce morceau?
NADIM MAGHZAL : Nous avons rencontré Nadia en tournée au Maroc en 2019. Nous nous sommes bien entendus et nous sommes devenus amis. Durant la pandémie, nous nous sommes revus et nous avons décidé de faire quelques séances de studio pour nous amuser. On s’installait avec elle et on jouait de la musique. C’était une manière pour nous d’exprimer nos idées et nos émotions. Et voilà, on a enregistré notre chanson lors d’un de ces moments ensemble, c’était fort probablement en 2021. Pendant près d’un an, ce morceau a dormi dans notre ordinateur. Ce n’était pas calculé comme création et nous n’avions pas d’échéancier alors c’était facile de l’oublier. Un an plus tard, on prenait un café avec La Bronze et on s’est rappelé le démo de <3 <~je~> 3> que nous avions fait.Ainsi, nous sommes allés réécouter le morceau et nous trouvions ça vraiment bien. Nous l’avons retravaillé un peu et Simon Lévesque s’est occupé de mixer le tout. Phil et Nadia ont aussi fait la vidéo ensemble. C’est vraiment un morceau qu’on a fait de A à Z. Nous avons tellement aimé collaborer avec elle et c’est certain qu’on aimerait refaire d’autres projets du genre un jour. C’était très smooth avec elle. Quand on crée, on recherche l’émotion et non la perfection, et c’est pareil pour elle.
PAN M 360 : Votre approche de la musique semble maintenant très décontractée et vous semblez y aller à votre rythme. Votre vision de la création a-t-elle changé avec les années?
PHILIPPE MANASSEH : Maintenant, nous avons tellement de projets différents que nous ne sommes plus stressés de voir si ça va marcher ou non. Ainsi, nous sommes beaucoup plus libres dans tout ce qu’on entreprend. Cet état d’esprit nous permet justement de créer un album de musique ambient sans nous soucier du nombre d’écoutes en ligne que nous allons obtenir. On ne se fera pas de cachettes, ce n’est clairement pas recommandé pour un groupe comme nous de faire un projet de ce genre, surtout après la sortie d’un album pop qui a bien fonctionné. Nous avons une sorte d’aversion envers tout ce qui est gloire. Ce n’est pas dans notre âme de vouloir ça. En quelque sorte, on se sabote volontairement.
NADIM MAGHZAL : Pour ma part, je vois ça différemment. J’ai l’impression que maintenant nous sommes libérés des contraintes de l’industrie de la musique que nous n’aimions pas. Nous avons tellement été dedans ça longtemps que nous avons appris de fond en comble le fonctionnement. Nous avons fait tellement de festivals, de spectacles et de showcases depuis 2010, qu’on en a eu notre dose. En 2018, nous avons créé Laylit à New York. En gros, ce sont des soirées dansantes dont l’objectif est de mettre de l’avant les artistes du monde arabe. Les revenus de ça nous ont en quelque sorte libérés dans tous nos projets musicaux. Ainsi, Wake Island est devenu, à notre avis, un projet purement artistique. Ça nous permet de nous amuser et c’est une échappatoire émotionnelle. C’est vraiment un privilège de pouvoir se permettre ça et de pouvoir être libéré de toutes les contraintes industrielles.
PHILIPPE MANASSEH : Je veux aussi ajouter quelque chose de très personnel, par rapport au fait de se libérer de l’industrie. Même si j’aimerais être libéré de l’industrie, il y a des sortes de traumatismes industriels qui restent. Par exemple, on joue un show mardi et ce sera la première fois en deux ans qu’on joue un show. Moi, j’arrive avec mon approche de genre « Yeah, sure, cool, on s’en fout, on est libre » et tout. Mais là, dans les répétitions, le stress d’antan ressort quand même. C’est très dommage ce que la pression de l’industrie a comme impact sur l’expression des artistes. Je ne suis plus capable de répéter sans stresser, sans penser « Oh, mon Dieu, comment ça va se passer ? Qu’est-ce qui va… ». C’est certain que tout ça influence l’écriture des artistes. Aussi concernant, Laylit, on ne s’imaginait pas que ça allait prendre l’ampleur que ça a prise. La gestion de tout ça prend beaucoup de notre temps, mais ça agit comme une bourse pour nous. Après 20 ans de carrière, nous sommes enfin libres de pouvoir faire ce que l’on veut faire.
PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre de votre présence à la soirée RADAR le 30 mai prochain? Est-ce une soirée qui vous permettra d’explorer de nouvelles avenues?
NADIM MAGHZAL : Ce sera un premier jet de ce sur quoi on travaille depuis longtemps. C’est une opportunité pour nous de revenir sur scène et d’essayer de nouvelles choses. Ça fait un peu plus d’un an que nous sommes en période de recherche. C’est important de mentionner que nous avons obtenu une bourse afin de faire de la recherche sur la tradition de la musique levantine arabe. Ainsi, on est dans cette musique depuis quelque temps. C’est assez excitant parce que ce type de musique est un peu une révélation comme l’a été l’électro en 2015. C’est comme si un univers de possibilités s’ouvrait à nous. Donc, le show RADAR, c’est le commencement de notre aventure dans ce style musical. Tranquillement, nous allons nous imprégner de cette musique et éventuellement sortir du nouveau matériel.
PHILIPPE MANASSEH : Le côté ambient fera son apparition un petit peu dans le spectacle du 30 mai. Comme lors de nos derniers spectacles, il va y avoir un côté électro-pop, mais qui joue sur une base beaucoup plus raw. Je dirais qu’au moins la moitié du show est improvisée. Avec certains codes, évidemment, mais avec des chansons qui viennent par-ci et par-là. Je dirais qu’on peut s’attendre à une vulnérabilité particulière de notre part. Ça fait non seulement longtemps qu’on n’a pas été sur scène, mais aussi longtemps qu’on n’a pas joué ensemble parce qu’on était vraiment dans la recherche. Et puis, c’est excitant pour nous d’arriver sur scène sans vraiment savoir à quoi s’attendre. Il y a un risque, dans le sens qu’on n’est pas rodé et que ça ne fait pas 15 spectacles en tournée que l’on fait. En général, nous sommes habitués à faire des sets qui sont calculés. Mais là, c’est vraiment l’inverse. Ce spectacle, c’est vraiment une façon pour nous de redire bonjour au public, de dire qu’on existe et qu’on prépare beaucoup de choses.
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