crédit photo de Thomas Le Duc-Morau: Antoine Saito

L’Orchestre symphonique de Laval donnera le coup d’envoi de sa saison 2023-2024 à la Salle André-Mathieu. La tâche de diriger ce premier concert a été confiée à Thomas Le Duc-Moreau, étoile montante de la nouvelle génération de chefs d’orchestre. Il sera le premier d’une série de chefs renommés avec Andrew Crust, Julien Proulx, Jacques Lacombe, Jean-Michel Malouf, Simon Rivard et Naomi Woo qui viendront diriger l’ensemble lavallois, sans direction musicale permanente depuis le départ en 2022 d’Alain Trudel.

Formé au Conservatoire de Montréal auprès de Jacques Lacombe, le parcours de Thomas Le Duc-Moreau est déjà bien rempli, alors qu’il est le plus jeune artiste de l’histoire de l’Orchestre symphonique de Montréal à avoir été nommé chef assistant de 2019 à 2021. Il a occupé des fonctions similaires auprès des orchestres de Trois-Rivières de Québec et a été chef invité en Ontario et en Europe, notamment à Bonn et à Prague.

Soliste invité pour la soirée, le pianiste d’origine ukrainienne Serhiy Salov n’est plus à présenter. Récipiendaire de nombreux prix notamment au Concours musical international de Montréal (2004; 2014), il s’est aussi fait connaître pour son implication humanitaire dans le conflit russo-ukrainien.

Nous avons eu une discussion croisée avec ces protagonistes à propos du programme du concert. La voici !

PAN M 360 : Parlez-nous un peu du répertoire que vous allez interpréter avec l’OSL, un programme tout slave. D’abord vous Thomas, est- ce que vous qui avez monté ce programme – ou bien vous l’a-t-on proposé?

Thomas Le Duc-Moreau : C’est un programme qui m’a été proposé par l’administration de l’orchestre. La première pièce, c’est une ouverture Rouslan et Ludmilla de Glinka, ensuite le Concerto pour piano no 1 de Tchaïkovski avec Serhiy Salov comme soliste et la quatrième symphonie de Tchaïkovski pour terminer. La première pièce, très courte, à peu près cinq minutes, met en valeur la virtuosité de l’orchestre avec des passages très rapides et excitants. On n’est pas dans des subtilités, on est vraiment dans les festivités. C’est vraiment une ouverture qui va mettre le feu à la salle. Par la suite, le concerto pour piano dont le thème principal du premier mouvement est très connu, avec son grand lyrisme, c’est une pièce complexe au niveau de sa forme. Elle est plutôt libre, donc on va passer d’un thème à l’autre, d’une émotion à l’autre assez rapidement. Au niveau des émotions qui sont déployées, on est vraiment dans du grand romantisme dans la joie et dans l’exaltation avec dans grandes lignes et une richesse sonore. Je dirais que c’est un concerto dont les thèmes amènent un certain positivisme. On peut ressentir des moments de bonheur, de grandeur d’esprit, de grandeur d’âme je dirais aussi, alors que dans la quatrième symphonique, Tchaïkovski va beaucoup parler de la fatalité des émotions humaines. C’est le rapport au destin, qui pour Tchaïkovski, est quelque chose d’inévitable, de dramatique, de nécessairement pessimiste. Il va être question de bonheur dans la symphonie, mais du bonheur des autres. Il va être question de mélancolie, de souvenirs heureux, mais qui nous plonge dans une certaine amertume.

PAN M 360 : Partagez-vous cette interprétation, Serhiy ?

Serhiy Salov : Oui, il aurait pu lire dans mes pensées! J’ajouterais aussi qu’une œuvre musicale n’est jamais « uni-émotionnelle ». Dans la quatrième symphonie, on a une finale absolument éclatante et une danse extrêmement euphorique mélangée avec la tragédie qui revient sans cesse comme une idée fixe. Dans le concerto, on a l’optimisme au début, qui même s’il est écrit dans le ton de si bémol mineur, baigne dans les tons majeurs. Il commence en majeur et finit dans un majeur éclatant. Mais, dans des endroits comme la cadence par exemple, Tchaïkovski puise aussi dans la tragédie, dans la dépression. C’était un être extrêmement sensible qui a perdu sa mère très tôt. Sa sensibilité n’était rien moins qu’exaltée, et la tragédie, la dépression n’étaient jamais loin de ses compositions. On y voit toujours un être très complexe qui n’est pas dans la sérénité.

PAN M 360 : Ce concert qui englobe ces trois œuvres s’intitule L’âme slave. Qu’est-ce que « l’âme slave » évoque pour vous en musique?

Serhiy Salov : C’est justement ce sentimentalisme exalté, les émotions exposées, contrastées. Ce qui me vient à l’esprit ce sont les mots de Milan Kundera, qui disait que l’optique des Slaves est opposée à l’optique américaine. Un Américain cherche un « happy end », un Slave pense que le monde doit se terminer en apocalypse. Ici, le point sur Tchaïkovski représente une exception spectaculaire pour ce qui est de la fin du premier et troisième mouvement du concerto et de la symphonie qui tous deux se terminent avec un accord éclatant. Les plus grands compositeurs slaves, y compris les Tchèques, Dvořák par exemple, ont toujours eu une nostalgie pompeuse que les Germaniques. C’est intéressant parce que des compositeurs autrichiens comme Schubert et Mahler, ont pris ce sac de sentimentalisme quand même qui est déchirant.

PAN M 360 : Que représente le concerto de Tchaïkovski pour vous, Serhiy?

Serhiy Salov : C’est un concerto qui m’accompagne depuis toujours, qui d’abord m’a accompagné en enfance quand j’étais auditeur moi-même et qu’il était hors de ma portée pianistiquement. J’avais toujours ce désir un peu fou de le jouer, mais mon professeur m’a toujours défendu d’y toucher parce que, évidemment, ma main n’était pas assez grande et aussi parce que le côté émotionnel de la maturité n’était pas assez développé. Je l’ai finalement apprivoisé à l’âge de 19 ans pour le concours Marguerite-Long à Paris. Après, elle est devenue ma pièce de concours. Maintenant que ma carrière de candidat dans les concours a été terminée, cette pièce va rester une amie pour le restant de mes jours. C’est génial de pouvoir la présenter demain à Laval, un des concertos qui me touche le plus.

PAN M 360 : Est-ce la première fois que vous dirigez ces trois pièces, Thomas?

Thomas Le Duc-Moreau : La symphonie, c’est celle où j’ai le plus joué comme violoncelliste, quand j’étais aux études. Je l’ai même déjà dirigée au Conservatoire. Mais j’avoue que c’est rare que je ne sois pas à mes premières directions d’œuvres. Le concerto va être une première et l’ouverture aussi, mais étonnamment, la symphonie, je l’ai déjà dirigée.

PAN M 360 : Vous avez travaillé avec nombre de chefs assez reconnus et importants, avec Jacques Lacombe qui a été votre professeur au Conservatoire, Bernard Labadie, Kent Nagano, François-Xavier Roth, Rafael Payare, Valéry Gergiev et j’en passe. Que retenez-vous de leurs enseignements et comment le fait de les avoir côtoyés, d’avoir travaillé avec eux, a façonné le chef que vous êtes aujourd’hui et que vous devenez?

Thomas Le Duc-Moreau : C’est intéressant comme question. Honnêtement, peut-être que dans quelques années, je le saurai vraiment, mais ce qui est certain, c’est que tous ces chefs-là, que vous avez mentionnés, ont certainement eu une énorme influence sur une facette de mon approche musicale.

Le premier chef avec qui j’ai travaillé énormément, c’est Jacques Lacombe. C’est certain que son enseignement est quelque chose qui m’a formé, qui m’a forgé et qui me suit énormément. Encore aujourd’hui, il y a des choses qu’il m’a montrées il y a sept ans auxquelles je pense encore aujourd’hui et il y a des choses que je comprends aujourd’hui dans ce qu’il m’a montrées à l’époque. Je dirais aussi que de mon passage à l’OSM, avec François-Xavier Roth et Gergiev, c’est certainement les deux où j’ai trouvé qu’en seulement quelques secondes, le son de l’orchestre a été complètement transformé. C’est de chercher à comprendre « qu’est-ce qui fait ça » qui est fascinant.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous anime quand vous êtes sur le podium?

Thomas Le Duc-Moreau : Il y a plusieurs choses. Je dirais que déjà, il y a le fait de pouvoir accomplir le résultat de tout le travail qui est fait en amont. Pour moi, c’est des dizaines et des dizaines d’heures qui sont passées dans mon bureau avec la partition à imaginer comment avec les musiciens, avec l’orchestre, avec le répertoire, on va arriver à transmettre les émotions de ces pièces et de transmettre les idées qui se trouvent dans celles-ci. Il y a une excitation immense à pouvoir sortir de ma tête tout ce que j’ai pu rêver, imaginer, et de pouvoir communiquer avec les musiciens. Ensuite, il y a carrément d’être dans le moment, de ressentir la musique. Il y a quelque chose de très physique avec le fait de diriger, de jouer. On bouge avec la musique. Le public est assis et écoute, mais pour les musiciens, il y a un geste qui est associé à tout ça. Le fait de l’avoir dans le corps, de pouvoir exprimer physiquement ce qu’on ressent, c’est très gratifiant.

PAN M 360 : Revenons un peu en arrière, Serhiy Salov, en février 2022 lorsque vous avez remplacé au pied levé André Laplante pour le concert avec l’Orchestre métropolitain et où vous avez interprété le Concerto pour piano no 1 de Liszt. Vous aviez qualifié ce concerto, dans le contexte qui est malheureusement encore actuel, de très symbolique. Est-ce que ce même symbolisme se retrouve pour vous dans le concerto de Tchaïkovski?

Serhiy Salov : Il y a un symbolisme même plus direct et plus évident par les thèmes qu’utilise Tchaïkovski dans le premier et troisième mouvement. Les deux thèmes principaux sont tirés du folklore ukrainien qui n’était jamais trop loin de Tchaïkovski puisqu’il avait de la parenté en Russie et il avait de la parenté en Ukraine. C’est cette parenté ukrainienne qu’il visitait tous les étés et où il entendait des chansons vraiment spéciales qui l’ont marqué, entre autres dans le premier concerto. Ça me ravit et me réconforte aussi dans toute cette histoire.

PAN M 360 : Je ne peux pas m’empêcher en terminant de vous poser la question, Thomas, par rapport au tragique événement qui a frappé l’Orchestre de Kitchener-Waterloo que vous avez dirigé comme chef invité à plusieurs reprises et qui a déposé le bilan il y a quelques jours. Quelle est votre réaction par rapport à cette situation?

Thomas Le Duc-Moreau : C’est sûr que c’est extrêmement difficile. D’autant plus que la semaine prochaine, je devais être à Kitchener pour donner un concert. C’est un immense vide qui va se créer. Pour moi, c’est une semaine de travail, mais pour des musiciens d’orchestre, ce sont des vies entières qui en 48 heures ont changé. Ça nous fait réfléchir énormément sur la fragilité de nos institutions, c’est-à-dire qu’on n’est jamais vraiment protégés. Pour la plupart des orchestres, c’est une année à la fois, donc on n’est jamais vraiment à l’abri de ces situations. En ce moment, alors que j’ai la tête remplie de la musique de Tchaïkovski, je ne peux m’empêcher de faire le lien avec le programme qu’on va présenter. Dans la symphonie, il va imager une sorte d’épée de Damoclès. Et, parfois, cette épée de parfois, elle tombe. Elle est toujours au-dessus de nos têtes, on ne doit jamais oublier qu’elle est là. C’est d’autant plus malheureux que le directeur musical, Andrei Feher, au-delà d’être un collègue, est un très bon ami. Je crois que s’il y a quelque chose qui ressort de ça, c’est que ça démontre qu’il faut continuer de se battre pour montrer aux gens qu’on a une place dans la société.

Le concert L’âme slave sera présenté à la Salle André-Mathieu, le mercredi 27 septembre à 19h30. 

Programme

Mikhaïl Glinka

Rouslan et Ludmilla, ouverture

Piotr Ilitch Tchaïkovski

Concerto pour piano n° 1 en si bémol mineur, op. 23

Piotr Ilitch Tchaïkovski

Symphonie n° 4, en fa mineur, op. 36

Thomas Le Duc-Moreau, chef d’orchestre

Serhiy Salov, pianiste

Pour infos et billets, c’est ici.

La dernière fois que nous avons vu le groupe post-punk/shoegaze pop bruyant, Karma Glider, c’était dans un amphithéâtre de béton à Rouyn-Noranda pour le FME. Cette fois-ci, c’est à l’Escogriffe que nous les verrons dans le cadre de POP Montréal, armés de tous les titres de leur premier EP, Future Fiction. Avant cette apparition, nous nous sommes entretenus avec le fondateur et frontman de Karma Glider, Susil Sharma. Anciennement membre du groupe Heat, Susil Sharma a créé Karma Glider juste avant que la pandémie ne fasse son apparition et a maintenant un groupe à part entière qui est en route pour Burning Up.

PAN M 360 : Expliquez-moi les origines de Karma Glider. C’est encore un projet assez récent dans le grand ordre des choses.

Susil Sharma : Le groupe est en quelque sorte un bébé pandémique. J’ai fait quelques enregistrements en solo et j’ai réuni le groupe pour me soutenir lors de quelques concerts en 2020. Une fois que tout a été fermé, les concerts ont été annulés, mais nous avons continué à improviser et nous avons finalement décidé d’enregistrer et d’aller de l’avant en tant que groupe.

PAN M 360 : À la première écoute, une grande partie de la musique de Karma Glider sonne plutôt bien, dans une sorte de veine indie rock avec du post-punk poppy, mais ces chansons viennent-elles d’un endroit plus profond ? Je pose la question parce que les paroles de Burning Up peuvent être interprétées de différentes manières.

Susil Sharma : Tout à fait. J’adore des groupes comme The Smiths, Echo and The Bunnymen et The Verve, qui parviennent à créer cette dynamique de musique joyeuse et de paroles torturées, et j’aspire à la même chose. J’aime filtrer des expériences personnelles comme celles que j’ai racontées dans Burning Up et d’autres par le biais d’un média qui ne rend pas le contenu lyrique évident.

PAN M 360 : Par ailleurs, en tant qu’auteur-compositeur, est-il important que la chanson ait un contexte personnel ?

Susil Sharma : Il est vraiment important pour moi de m’inspirer honnêtement de ma vie personnelle dans mon travail, mais j’aime écrire des paroles obliques qui n’explicitent pas trop les choses et qui laissent à l’auditeur la possibilité de les relier à ses propres expériences.

PAN M 360 : Dès les 5 ou 6 premières secondes de In Deep Ocean, j’ai été accroché par ce « wooo » et ce sample de pièce de monnaie de jeu vidéo (Mario ?). D’où vient cette idée ?

Susil Sharma : Merci, man. J’écoutais beaucoup de hip-hop à l’époque où j’ai écrit cette chanson. Des chansons comme It Takes Two et The Choice Is Yours m’ont beaucoup influencé, tout comme les productions de Public Enemy, Big Audio Dynamite et Andrew Weatherall.

PAN M 360 : Le clip de Burning Up, qui doit être l’un de mes préférés de l’année, est une autre référence aux jeux vidéo. Pouvez-vous me parler de ce processus créatif et de la manière dont A Link to the Past l’a inspiré ?

Susil Sharma : Haha, merci encore.Je parlais avec le label de faire une vidéo de paroles et je voulais faire quelque chose d’un peu plus intéressant que ce qui se fait parfois. Je ne sais pas exactement à quel moment j’ai eu l’idée de modifier la méthode de Zelda, mais si j’avais su combien de temps cela prendrait, j’y aurais réfléchi à deux fois ! Il est intéressant de noter que mes parents ne me laissaient pas jouer aux jeux vidéo quand j’étais enfant, alors je ne sais pas trop d’où viennent toutes ces influences arcade…

PAN M 360 : Y a-t-il un genre ou une décennie musicale en particulier qui a influencé certains des sons de Future Fiction ?

Susil Sharma : Certainement beaucoup de choses de la fin des années 80/début des années 90, en particulier du Royaume-Uni. Les débuts du hip hop comme je l’ai dit, beaucoup de shoegaze et d’influence britpop aussi. Ces derniers temps, j’écoute beaucoup de noise-pop, de soul et de musique jungle.

PAN M 360 : Ces chansons ont-elles changé dans un contexte live ? Y a-t-il une place pour l’improvisation ?

Susil Sharma : Les chansons et le groupe se développent vraiment en concert. C’est très intéressant parce que nous n’avons jamais joué ces chansons en live avant de les enregistrer et je pense que nous commençons à découvrir nos forces en tant que groupe à chaque concert. Il y a beaucoup de parties noise/jam qui sont improvisées à chaque concert et qui sont vraiment amusantes à jouer.

PAN M 360 : Quel est l’objectif de Karma Glider ? Jusqu’où voyez-vous le projet et quels sont vos projets pour l’avenir ?

Susil Sharma : Je veux juste continuer à enregistrer des disques et à donner des concerts, et je ne vois pas pourquoi nous arrêterions de le faire. D’un point de vue créatif, c’est toujours moi qui décide, mais j’aime vraiment faire de la musique avec eux et j’espère pouvoir collaborer plus étroitement avec eux à l’avenir.

PAN M 360 : À quoi peut s’attendre une personne qui n’a jamais entendu Karma Glider au concert POP MTL?

Susil Sharma : Apportez des bouchons.

PAN M 360 : Avez-vous d’autres commentaires, questions, préoccupations ou choses que les gens doivent savoir ?

Susil Sharma : La seule façon de sortir est de passer par là.

Photo by Stacy Lee

Karma Glider + Mother Tongues + Nyssa + Alix Fernz (FKA BloodSkin) l’Escogriffe Bar Spectacle—Sep 29, 2023
Doors: 8:00 pm | Show: 8:30 pm

TICKETS HERE




La compositrice Nicole Lizée est une habituée de l’OSM : plusieurs de ses compositions, certaines spécifiquement commandées par l’orchestre, ont été jouées à la Maison symphonique. Ce n’est pas le cas de son Concerto pour percussion, dont le titre, Blurr is the Color of my True Love’s Hair (magnifique jeu de mots sur un classique de la chanson, non?), renvoie au caractère intrinsèque de l’œuvre et de son univers sonore. Pas que la chanson elle-même y soit citée (du tout), mais plutôt que la transformation de Black (dans le titre d’origine) en Blurr correspond assez vividement à ce que l’on peut entendre à plusieurs endroits de la partition.

Le Concerto, créé par l’orchestre du Centre national des arts d’Ottawa en 2022 avec le soliste écossais Colin Currie (qui sera également à Montréal), puis joué entre autres aux BBC Proms de Londres un mois plus tard, à déjà eu une carrière plus étoffée que la majorité des créations contemporaines. Pour cause: Nicole Lizée est une compositrice inventive et originale, dont la palette sonore ne cesse d’étonner et de réjouir les mélomanes du monde entier. Blurr.. est un tour de force d’écriture tant pour le soliste que pour l’orchestre et le public montréalais, qui pourra l’entendre les 27 septembre et 1er octobre prochains en compagnie des Planètes de Gustav Holst à la Maison symphonique, aura droit à une expérience assez renversante. 

Je me suis entretenu avec Nicole Lizée pour parler de ce Concerto, joué pour la première fois dans la métropole.

Pan M 360 : Bonjour Nicky. C’est un plaisir de parler à nouveau avec vous ! Alors, à propos de ce Concerto pour percussions, de quoi s’agit-il ?

Nicole Lizée : Il s’inspire de certaines techniques utilisées dans les films et les photographies en stop motion. Par exemple, la pause, l’utilisation extrême et abusive du zoom et du flou, les chutes d’images, les images fantômes, les fuites de lumière et les expositions multiples. J’aime le potentiel de créativité caché dans ces « éléments indésirables » de la procédure. Ici, l’orchestre et le soliste sont utilisés pour représenter et embrasser ces « événements » erronés.

Quelques billets encore disponibles pour les concerts offrant le Concerto pour percussion de Nicole Lizée et les Planètes de Holst

Pan M 360 : Pouvez-vous nous expliquer à nouveau ce qu’est exactement la technique du stop motion ?

Nicole Lizée : Le stop motion est une technique d’animation où les objets sont physiquement manipulés par petits incréments entre les images photographiées pour créer l’illusion d’un mouvement indépendant après assemblage des images.Pensez à ces petits dessins dans un carnets, puis lorsque vous faites défiles les pages, vous avez l’illusion d’une animation des personnages. Aujourd’hui, les images de synthèse rendent les résultats plus fluides, mais je trouve que les premières formes de stop motion sont les plus fascinantes. 

L’élément central de la création de l’arrêt sur image est l’image noire, où la « supercherie » est exécutée sans être vue. Le mouvement ou l’animation est rendu possible par des interruptions dans la chaîne d’images. Pendant cette interruption, l’animateur modifie les objets hors caméra par petites touches, que le public ne voit pas. L’obscurité est nécessaire pour créer l’illusion de la continuité. Mais ce qui se passe pendant ces moments invisibles, qui peuvent s’étendre sur une durée indéterminée, peut être le plus intéressant. Cette œuvre célèbre cette obscurité ou « cadre noir ».

Pan M 360 : Voilà pour l’aspect technique. Y a-t-il un aspect plus métaphysique dans cette exploration de la relation entre le visuel et le sonore ?

Nicole Lizée : Oui, bien sûr. La pièce parle finalement d’explorer l’inconnu, de prendre des risques et d’embrasser les « choses floues ».

Pour moi, le percussionniste et sa panoplie sonore représentent les possibilités infinies d’écrire de la musique avec l’idée que tout son est musique.

La pièce est conçue comme un album conceptuel en ce sens qu’il se déroule en séquence continue. Une fois que le downbeat a frappé, le soliste doit perpétuellement naviguer dans la course d’obstacles de la percussion alors qu’une piste se transforme ou se confond avec la suivante.

Pan M 360 : Colin Currie est le soliste, mais aussi le créateur sur scène l’an dernier. Comment décririez-vous sa contribution ?

Nicole Lizée : Colin Currie peut jouer n’importe quoi, j’ai voulu embrasser sa virtuosité et son sens artistique tout en offrant une interprétation unique de la musique pour percussion et de la tradition du concerto.

Une partie de la performance consiste pour Colin à courir vers chaque poste de percussion juste à temps – chaque poste est une entité différente, sa propre « boutique de bonbons » – avec des surprises à chaque endroit. Une partie de l’excitation de la performance est de le regarder bouger !

Pan M 360 : Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec l’OSM. Comment vous sentez-vous, après de nombreuses années, de travailler avec cet orchestre ?

Nicole Lizée : Lorsque j’ai appris que l’OSM programmait l’œuvre, j’étais folle de joie. C’est une grande émotion et un honneur de travailler avec cet orchestre incroyable.

Pan M 360 : Merci encore Nicole. J’ai hâte de l’entendre en direct mercredi prochain.

Nicole Lizée : Merci encore pour cette opportunité!

crédit photo: Michael Slobodian

Jeudi et vendredi, deux programmes sont proposés au Wilder par le Quatuor Bozzini dans le cadre de la saison du Groupe le Vivier qui s’amorce. Ces concerts ont pour objectif d’offrir de nouvelles perspectives sur la musique qui se fait à l’étranger et au pays. 

Jeudi soir, l’invitation de la pianiste Satoko Inoue à Montréal, soit pour la présentation de son projet de collaboration internationale autour des textes de l’auteur irlando-japonais Lafcadio Hearn,  permet au public de découvrir toute la subtilité du jeu de la pianiste et de voyager aux côtés des musiciens vers des contrées idylliques. 

Vendredi, le Composer’s Kitchen est une initiative depuis presque vingt ans qui met en vitrine la relève des compositeurs d’ici et d’ailleurs. C’est une occasion de découvrir de nouveaux compositeurs canadiens et étrangers à travers le résultat d’un travail organique entre compositeurs et interprètes. Le concert promet une fraîcheur et une inusité intrigante qui est assurée de surprendre et de toucher le public avide de découverte. 

Le Quatuor Bozzini est avant tout un rassemblement. Un rassemblement d’amis, de connaissances, de famille, et de communauté. Il œuvre dans la mission de faire découvrir au public la musique contemporaine, autant celle composée par les jeunes compositeurs émergents que celle composée par les grands maîtres. 

Le quatuor jouit d’une grande estime auprès de nombreux compositeurs partout dans le monde, notamment grâce à l’implication de l’ensemble dans la création de nouvelles œuvres et leurs interprétations sincères d’œuvres de tous horizons et complexités. Plusieurs de ces compositeurs ont vu leurs premières œuvres être jouées par le Quatuor Bozzini. 

Le public est au cœur de la pratique musicale. L’ensemble fait tout en son pouvoir pour que le public se sente inclus dans le concert. L’ambiance familiale et communautaire du Quatuor sert d’invitation à venir discuter, apprécier et écouter ce que les musiciens, interprètes et compositeurs, ont à dire à travers leur musique. Pendant trop longtemps la nouvelle musique a été dans l’ombre des musiques classiques et populaires. Faire rayonner la musique d’aujourd’hui est l’objectif de l’ensemble. 

PAN M 360 : Au concert de jeudi, vous recevez la pianiste Satoko Inoue qui va jouer avec vous pour des œuvres de Jimmie LeBlanc, Akemi Naito, Yuji Itoh, John McLachlan et Paul Hayes. Quel est l’objectif derrière le concert? De faire voyager le public? De lui faire découvrir de nouvelles approches à la musique contemporaine?

Isabelle Bozzini : Je vois ça comme un concert découverte. Satoko Inoue, c’est une pianiste super subtile, qui a une palette de couleurs magnifique et qu’on connaît depuis une dizaine d’années. On avait fait des collaborations avec elle quand on était allés au Japon en 2014. Après, elle est venue au Canada. On sait qu’elle va en Europe aussi. On a quelques amis compositeurs et diffuseurs en commun. C’est quelqu’un qu’on suit de près ou de loin. De New York, elle nous a demandé : « Est-ce que je pourrais venir à Montréal? » On a dit oui, c’est un beau programme. On veut que tu viennes. Au départ, on ne joue pas avec elle. C’est un concert en deux volets. C’est un set Satoko Inoue avec tout ce projet-là, avec Lafcadio Hearn, cet Irlandais qui est allé vivre au Japon au 19e siècle. Des compositeurs irlandais et japonais ont fait ce projet conjoint, un set de 45 minutes. Aussi, on présente en parallèle l’œuvre de Jimmy Leblanc, qui est complètement… Je pense que c’est vraiment dans un autre monde. C’est quelque chose de très extraverti et de très virtuose, de très intense aussi, comme toute la musique de Jimmy. Ça s’inscrit évidemment aussi dans le niveau international du Vivier, soit de créer de plus en plus des relations avec les artistes de l’extérieur, les inviter, les faire jouer à Montréal, les produire. On participe à ce mouvement-là parce qu’avec la carrière qu’on a eu, on a beaucoup de contacts à l’extérieur, puis on est content de pouvoir en faire profiter. 

PAN M 360 : Il y a également une dimension littéraire/parlée au concert. Comment avez-vous choisi les textes? 

Isabelle Bozzini : Ce sont les textes de Lafcadio Hearn. Les compositeurs irlandais et japonais se sont concertés, ont choisi les textes, ont travaillé les œuvres autour de ces textes-là. Donc, bien honnêtement, c’est plus comme on dit ici, c’est un concert « clé en main ». Ce n’est pas nous qui avons fait la direction artistique du projet de Satoko, c’est elle, avec les compositeurs qui travaillent avec elle. Alors, je suis curieux, parce que je n’ai pas entendu le projet, j’ai entendu des petits extraits de ce concert. 

PAN M 360 : Le concert de vendredi soir est une nouvelle édition du Composer’s Kitchen, la 18e. Que pouvez-vous nous dire sur l’initiative, sur son fonctionnement, sa forme?

Isabelle Bozzini : Quand on l’a lancée en 2005, c’était une initiative seulement canadienne. C’était aussi, on trouvait qu’on perdait le contact avec les jeunes, et on savait qu’il n’y avait pas tant d’initiatives comme ça au Canada à l’époque. Il y en avait plus en Europe, il y en avait aux États-Unis. Et on trouvait que les jeunes compositeurs canadiens n’étaient pas favorisés dans ce contexte-là. On voulait qu’il y ait une chance de pouvoir avoir un atelier. Les premières éditions, c’était gratuit, après ça un des compositeurs nous a dit, « Ah, mais ils ne prendront pas ça au sérieux, il faut que ce soit payant. » Mais bon, pour la semaine, ça coûtait 300 $, un truc pareil. C’était vraiment une façon de se rapprocher et d’encourager les compositeurs émergents. Et ça a attiré rapidement l’attention. En 2010, on a sorti un disque miniature. Après ça, on travaillait déjà avec le Festival de Huddersfield. Depuis plusieurs années, on avait des invitations là-bas. On nous y  proposé un échange international autour du Kitchen, une espèce de contrat sur trois ans pour recevoir le Composers’ Kitchen à Huddersfield. Au début, on a eu un projet pilote. On était encore six compositeurs comme d’habitude, mais c’était quatre Canadiens, puis deux Anglais. On a décidé que quand on fait maintenant l’édition internationale, on est juste à quatre compositeurs, deux de chaque pays, pour avoir vraiment la place. Parce que quand tu les joues dans un festival, tu ne veux pas limiter le temps nécessairement d’une œuvre au point qu’ils soient coincés. Puis bon, ça peut être un concert-fleuve qui n’en finit plus, ou bien un concert de dix minutes. Mais bref, ça a évolué, mais naturellement. Au fil des années, au fil des propositions, on a commencé à Huddersfield, c’était l’édition internationale, puis ça a tout de suite enchaîné avec Sound and Music en Angleterre, puis après ça avec le festival Gaudeamus aux Pays-Bas. Puis maintenant, il y a eu un échange aussi avec la Norvège. C’est quelque chose qui a été renouvelé avec Gaudeamus encore. Donc, c’est quelque chose qui est vraiment une belle opportunité aussi pour justement maintenant seulement deux compositeurs d’ici, d’aller en Europe, puis on amène évidemment aussi des Européens ici au Canada. 

PAN M 360 : Vous collaborez avec le Festival Gaudeamus aux Pays-Bas. Deux compositeurs en provenance du festival sont au programme. Comment en êtes-vous venus à cette collaboration? 

Isabelle Bozzini :  C’est eux qui nous ont approchés. C’est un festival qui est là depuis 1947, je pense. C’est un festival dédié aux jeunes créateurs depuis 1947. Le programme est constitué  en majorité des œuvres de jeunes compositeurs. Puis, c’est un concours, aussi. Le Kitchen est en parallèle avec ça. C’était une invitation pour un mandat de trois ans. Je pense qu’ils étaient inspirés parce qu’il voyait qu’on avait fait, avec une organisation aussi dédiée aux jeunes compositeurs émergents, Sound and Music en Angleterre. Ça s’est développé naturellement. Au début, on était juste allés à Gaudeamus avec deux compositeurs qu’on avait invités d’ici, parce qu’il n’y avait pas eu d’appel, parce qu’ils font leur appel déjà pour leurs compositeurs. Puis, ça s’est transformé jusqu’à ce que cette année, finalement, on a vraiment lancé un appel aux compositeurs hollandais et aux compositeurs canadiens, puis on a fait un jury pour choisir les lauréats. Le Kitchen, c’est ça aussi. Sans être un concours, l’accès est difficile, beaucoup de monde a envie de participer – même si on ne donne pas de prix. Ensemble, on veut vraiment aussi créer une ambiance de camaraderie, d’échange et d’exploration. C’est ça aussi, on travaille dans un premier temps avec des esquisses. On est très direct, on travaille toujours. On reçoit une nouvelle esquisse chaque jour, donc on ne répète pas dans notre garde-robe ! On arrive et puis tout marche bien. On montre vraiment en temps réel qu’est-ce qui marche, qu’est-ce qui ne marche pas, pour quelles raisons, quel est notre problème parce qu’il faut qu’on le répète, quel est le problème dans la partition, peut-être, dans la notation, etc. Ça, c’est tout un travail ! Il y a cette idée de collaboration, puis de montrer sa vulnérabilité aussi comme instrumentiste, comme compositeur. En temps normal, tu as deux répétitions, puis c’est le concert, quelqu’un qui dirige le truc, puis on roule. Mais nous, on trouve que c’est important de prendre le temps, de dire : « Non, regarde ça, ça ne marche pas, voici pourquoi … ». On ne veut pas que tu nous écrives de la musique en 4-4 à 60, mais il faut que la complexité soit organique, que ça puisse enlever les barrières entre une partition écrite ou verbale puis l’instrumentiste.

PAN M 360 : Est-ce qu’il y a d’autres organismes qui ont cette approche?

Isabelle Bozzini : Un jour à la fois, chacun apporte son eau au moulin aussi. Bien noblement, on s’est vraiment lancé de cette manière-là, mais on n’est pas tout seuls. Je pense que ça a aussi inspiré toute une nouvelle génération à travailler plus en collaboration, plus en consultation. Il y a beaucoup de groupes qui sont formés avec des interprètes, compositeurs, improvisateurs. À un moment donné, quand on s’est mis à recevoir des CV qui disaient compositeurs-interprètes ou compositeurs-improvisateurs ou interprètes-improvisateurs, etc., On se fait comme, OK, ça change enfin. On voulait voir ça. Il y a l’interprète, il y a le compositeur, les improvisateurs. 

PAN M 360 : Que pouvez-vous nous dire sur les œuvres au programme? Est-ce des œuvres plus sombres, plus brillantes? Est-ce des œuvres complexes, étonnantes ou bien ingénieuses? Comment les qualifiez-vous?

Isabelle Bozzini : C’est vraiment très varié. Ces quatre compositeurs-compositrices sont vraiment différents. Je dirais que Maria-Eduarda Martins, c’est plutôt éclatant, c’est plutôt foisonnant comme musique, assez accrocheur, ça marche assez bien son truc. David Ko, lui, c’est plus introspectif, il est encore en recherche. Il disait lui-même qu’il sentait qu’il était encore en « work in progress », mais c’est quand même une œuvre qui se tient. Il s’est battu avec lui-même et avec quelques fantômes pour arriver à son résultat. Et puis, Louis-Michel Tougas, c’est très conceptuel. C’est très intéressant aussi. C’est un travail vraiment autour de tempos multiples. On le fait avec un iPhone, un « click track », mais il faudrait développer un truc qui nous permette de le faire de manière plus élégante. C’est à Louis-Michel de re-développer son truc, son logiciel d’écriture, parce qu’il a créé un logiciel pour la composition. Il y a toute une démarche, mais ça prend du temps. Ça prend plus de temps quand on prend le chemin compliqué, mais ça donne des résultats intéressants aussi. C’est vraiment très expérimental, ce qu’il fait. La dernière œuvre de Gijs van der Heijden, je l’aime beaucoup. C’est un type choral, c’est des gestes en progression d’accords. C’est microtonal, C’est une aventure. Moi, je trouve que c’est de la musique touchante. Ça me touche toujours sur ces tensions-là. On ne sait pas où ça s’en va, ça revient et ça résout. C’est des œuvres fraîches. On a reçu les dernières partitions deux jours avant le concert à Gaudeamus. On les présente maintenant à Montréal. C’est un vrai concert avec des vraies œuvres finies, mais c’est encore frais. On doit se questionner encore à savoir où on va les mener au fur et à mesure du temps. 

PAN M 360 : Le Quatuor Bozzini est un des grands quatuors de la scène musicale montréalaise et québécoise, mais pour ceux qui ne connaissent pas l’ensemble, comment le décririez-vous?

Isabelle Bozzini : Comment je dirais ça? On est un ensemble très familial, littéralement, et puis aussi vraiment par goût, on est très communautaires, on est aussi des bons amis, on est des fines bouches, on aime bien manger ensemble, on aime bien faire des activités, aussi avec nos compositeurs. On est des sociaux et des communautaires, je dirais ça. On aime vraiment la découverte, on travaille vraiment avec tout le spectre des styles possibles. On travaille beaucoup avec des jeunes, mais on travaille aussi avec des grands maîtres, entre guillemets, anciens. Quand même, on a aussi à notre répertoire quelques classiques. On ressort du Beethoven, on ressort du Schubert de temps en temps. Mais bon, quand je parlais des maîtres, je parlais de Christian Wolff, ou en tout cas toute une génération, particulièrement des Américains, dans les 80 avancés avec qui on a travaillé personnellement, et qui écrivent encore pour nous. C’est des grands plaisirs aussi. La création, l’exploration. On a fait aussi beaucoup d’activités multidisciplinaires. On a travaillé avec des gens de théâtre, avec des gens de la danse, avec des marionnettistes, vidéastes et compagnie. Et ça, c’est aussi quelque chose qui nous a fait découvrir toutes sortes d’angles de notre travail de musiciens. On sort vraiment volontiers du modèle simple du concert. On aime ça jouer un récital de bonne musique sans problème, mais on aime aussi vraiment explorer plus largement, puis essayer des choses inusitées. 

PAN M 360 : Pouvez-vous nous parler des membres du quatuor? Je sais que certains sont compositeurs, arrangeurs, etc.

Isabelle Bozzini : Il y a Alissa Cheung qui est compositrice. Elle écrit deux pièces pour le Quatuor, puis elle travaille sur une autre qui va venir éventuellement. Je sais qu’elle voit l’écrit pour plusieurs ensembles. Il y a des « works » entre autres et tout ça. C’est une super compositrice. Je pense qu’elle est un peu à temps partiel parce le Quatuor Bozzini étant si à temps plein. C’est une super violoniste. Il y a nous trois qui sommes membres fondateurs. Stéphanie Bozzini, Isabelle Bozzini, les deux sœurs, on est là depuis les tout débuts. En fait, nous, on joue ensemble depuis 1994 au sein d’un quatuor. Bon, le Bozzini, on a commencé nos activités en 1999-2000. On a comme changé un peu notre fusil d’épaule en sortant de l’école. Clemens (Merkel) s’est joint à nous à ce moment-là. C’est mon chum, quand je dis familial. Nous, les tournées avec trois bébés ! On a fait ça souvent avec les poussettes, les grands-mamans de Toronto, de Montréal, la tante de Zurich, ça a souvent été assez épique. Ça fait partie de notre ADN. Quand je dis qu’il y a un côté social et communautaire, c’est vraiment ça aussi. Puis bon, on aime entretenir des relations à long terme, avec les artistes avec qui on travaille, avec les compositeurs avec qui on travaille, avec qui on commence peut-être dans le  Bozzini Lab ou le Composers Kitchen. 

PAN M 360 : Vous ayant vu en concert auparavant, je suis admiratif de l’ouverture de l’ensemble envers le public. Vous voulez discuter avec le public, communiquer avec lui. Vous expliquez les œuvres. Il y a souvent des discussions post-concert. Vous allez dans la foule pour répondre aux questions. Comment voyez-vous cet aspect du travail du musicien moderne?

Isabelle Bozzini : Moi, je trouve ça essentiel. La musique classique en général, encore plus la musique nouvelle et de création, particulièrement au Québec, on est un peu loin du public. Ce n’est pas sur le radar des médias. Par exemple, les médias comme le Devoir ont une section sur le théâtre contemporain, les arts visuels, la danse contemporaine. Mais pas vraiment sur la musique. On parle des chefs d’orchestre, on parle des disques. Autrement, on parle beaucoup, évidemment, de nos auteurs compositeurs, de la Chanson, qui est un passage obligé au Québec. Je trouve ça tout à fait normal, mais malheureusement, ça jette un peu l’ombre, je trouve, sur tout un autre point de vue. Il y a tellement de musiciens talentueux qui font beaucoup de choses. On sent qu’il faut que le public soit conquis un par un, en leur parlant, en leur montrant, en écoutant leurs questions, en répondant à leurs questions, en se rapprochant d’eux, en allant les voir. Au mois d’octobre, on va aller faire Québec Musiques Parallèles, où les ensembles se promènent, et ils vont dans des lieux où il y a très rarement ce genre de proposition. On va à la rencontre du public pour leur apporter des choses qui ne peuvent pas circuler dans les très grandes salles. Puis bon, il faut trouver des nouveaux modèles d’affaires pour réussir à rejoindre les gens. 

PAN M 360 : Est-ce que c’est dans une optique de développement public que vous faites ça, ou est-ce un moyen pour vous de rapprocher la musique du public?

Isabelle Bozzini : Je dirais que c’est plus rapprocher la musique du public. Développement de public, c’est vrai, mais développement de public, c’est un terme de demande de subvention qui est assez daté aujourd’hui. Mais non, je pense que les gens méritent d’être évalués à leur juste mesure, puis qu’on leur dise, il n’y a pas juste de la musique de film, puis de Netflix dans la vie. C’est vrai pour tous les arts, aller à la rencontre des publics, c’est important partout, puis à tout moment. Évidemment chez les jeunes, mais en général, je pense qu’on s’en rend compte parce que les gens sont surpris. Il y a un certain manque peut-être au Québec, mais ça arrive aussi. On était à Maastricht, aussi au Pays-Bas, dimanche, on a joué Luigi Nono. Le public, plutôt cheveux blancs qui étaient au concert, était très enthousiaste. Puis les gens sont venus nous voir! Il y en a quelques-uns qui ont dit « Ah, je n’avais jamais entendu une musique comme ça ». Ils ont un public fidèle qui vient faire la découverte, qui vient entendre des choses. Mais autant mieux, moi je trouve ça fantastique. Il faut comme jamais arrêter, il faut se porter ce lambeau-là tout le temps, parce qu’il y a plein de monde qui ne l’ont pas entendu, la musique du 20e siècle, puis certainement du 21e siècle aussi. 

PAN M 360 : Le quatuor Bozzini semble s’être creusé une belle place au sein de la scène musicale contemporaine à Montréal. Il est le véhicule de nombreuses nouvelles créations des jeunes compositeurs d’ici et d’ailleurs. Comment vivez-vous ce rôle? 

Isabelle Bozzini : On a toujours été curieux, puis portés vers l’exploration. Depuis le départ, on n’a pas voulu être cassés dans une petite niche. Dans nos premières saisons, on faisait des concerts qu’on appelait « mots-croisés », où on jouait justement un Beethoven par concert avec des œuvres tout à fait contemporaines. On a toujours voulu intégrer des œuvres aussi de partout, évidemment du Québec, mais du Canada, de l’Europe, à travers le monde. On voulait jouer les compositeurs qui nous intéressaient le plus à différents moments. Évidemment, c’est un choix dantesque, parce qu’il y a tellement de bonne musique écrite pour quatuor qu’on ne la jouera jamais au complet. Il y a 25 ans, on se disait peut-être qu’on allait pouvoir quasiment tout jouer, mais on a oublié ça en cours de route. On n’est pas ce rendement-là, parce qu’on aime aussi répéter les œuvres, on aime connaître les œuvres, les approfondir, les intégrer, puis les rejouer au public. Pour nous, c’est super important d’accompagner dans le temps les artistes avec qui on travaille. 

PAN M 360 : Comment cela est-il arrivé?

Isabelle Bozzini : Ce n’était pas un hasard, mais presque. Dans le sens où ce n’était pas un grand plan d’affaires quand on a débuté le Composer’s Kitchen en 2005. Ça faisait cinq ans qu’on roulait notre bosse avec le Quatuor Bozzini. Tout à coup, on a commencé à se rendre compte qu’on ne connaissait plus les jeunes. Les gens avec qui on travaillait venaient d’autres générations, puis on ne savait plus ce qui se passait. Ça nous a dérangés, il fallait qu’on trouve une façon de rester connecté avec les jeunes créateurs. C’était cette première chose-là. On trouvait qu’on recevait beaucoup de musique de la part de  compositeurs même établis, qui clairement n’avaient pas eu l’occasion de discuter en atelier avec des cordistes – parce qu’il y avait des problèmes un peu de base dans l’écriture, même si  bien pensée. À mon époque, dans les écoles, il n’y avait pas beaucoup de musique contemporaine qui se faisait, ou de collaboration instrumentiste-compositeur. Donc, ça, on trouvait ça vraiment important. Puis quand on a commencé à le faire, on a adoré ça tout de suite. C’était vraiment une façon de découvrir des choses. Puis finalement, oui, ça marche bien. C’est comme une inspiration croisée qui continue au travers des années. On se retrouve avec presque 20 ans de Composer’s Kitchen avec les premiers qui ont fait les premières générations. Ils sont maintenant dans des carrières internationales ou dans des universités. Donc, on continue d’avoir une relation avec ces gens. On rejoue leur musique, ils nous invitent pour des trucs, etc. Il y a comme tout un réseau qui s’est créé. Puis des compositeurs aussi qui se sont rencontrés, puis qui ont discuté, puis qui restent amis. On trouve ça fantastique aussi d’avoir pu participer à ce mouvement-là.

PAN M 360 : La saison du Quatuor Bozzini ne fait que commencer. Avez-vous des attentes face à la saison en cours? Comment voyez-vous les programmes à venir?

Isabelle Bozzini : C’est super excitant. C’est un peu essoufflant. On revient de tournée, de vacances. On a couru pour Gaudeamus, on revient tout de suite pour deux concerts. La semaine d’après, on va être à fond dans QMP. C’est une année qui part en lion. C’est une super belle année, on est vraiment contents. On a hâte de présenter les prochains programmes de la saison.

PAN M 360 : Avez-vous un message à nos lecteurs en prévision des concerts de jeudi et vendredi soir?

Isabelle Bozzini : Venez en grand nombre pour faire la découverte. Venez découvrir le Vivier. Venez aux espaces du Wilder. Ce sont des salles super agréables. Pour les concerts, on est chanceux d’avoir ces possibilités-là. Que dire de plus? Oui, c’est vraiment une invitation à la découverte. Satoko Inoue, c’est sa deuxième fois à Montréal. Pour le Composer’s Kitchen, c’est tous des petits nouveaux. 

PAN M 360 : Merci beaucoup Isabelle, je vous souhaite de bons concerts!

Isabelle Bozzini : Merci!

Le Quatuor Bozzini sera en concert jeudi soir (21 septembre) et vendredi soir (22 septembre) à l’Édifice Wilder. Pour plus de détails, consultez l’affiche du Vivier ICI.

Après plus de dix ans d’expérience en musique, les DJs et producteurs québécois Charles Cozy (Charles Cadieux) et Fruits (Gabriel Cyr) ont décidé en début de pandémie d’unir leur force sous le nom d’Or Bleu. Sous étiquette Disques 7ième Ciel, les deux hommes ont récemment dévoiler Beaucoup, une première offrande d’onze titres collaboratifs avec des artistes d’ici et d’ailleurs tels que Fouki et Mike Clay. Pour l’occasion, PAN M 360 s’est entretenu avec le duo pour en apprendre davantage sur la création de leur nouveau projet et leurs ambitions futures. 

Au fil des années, Charles Cozy et Fruits ont su se tailler une place sur la scène montréalaise. Les deux hommes ont participé en tant que DJ à de nombreux festivals au Québec et à l’international, tout en collaborant en solo avec de nombreux artistes. Bien que l’idée de s’unir les intéressait depuis quelque temps, c’est seulement lorsque leurs horaires se sont libérés en raison de la pandémie qu’ils ont eu le temps de créer davantage ensemble. Au cours des trois dernières années, les deux protagonistes ont travaillé d’arrache-pied pour bâtir un impressionnant catalogue de plus de 200 productions afin de pouvoir approcher différents talents et éventuellement donner vie à leur premier projet. 

Avec Beaucoup, ils font étal de leur talent de producteurs avec des instrumentales soignées et en symbiose avec les différents collaborateurs. En passant entre autres par la trap, la boom-bap et le R&B, Or Bleu met tout à la disposition de ses artistes pour briller et offrir le meilleur d’eux-mêmes, l’une des grandes forces du duo. Certes, cette grande diversité sonore nuit un brin à la cohérence de l’album, mais peut-on réellement leur en vouloir d’avoir choisi de démontrer leur grande versatilité pour leur première carte de visite? Je ne crois pas!

PAN M 360 : Parlons de la naissance de votre duo. À partir de quel moment êtes-vous devenu Or Bleu et pourquoi? 

CHARLES COZY : Gabriel et moi sommes des amis d’enfance et nous nous connaissons depuis de nombreuses années. Nous avons toujours maintenu un lien d’amitié très fort et nous avions déjà travaillé ici-et-là. Au début de la pandémie, nous avons eu plus de temps pour œuvrer en duo et c’est à ce moment que nous avons commencé à produire beaucoup. La pandémie nous a beaucoup aidés, car nous avons pu créer ensemble sur une base plus régulière. Lorsque nous avions accumulé énormément de beats, nous nous sommes dit qu’il était temps pour nous d’en envoyer à différents artistes dans le but de commencer un album. C’est comme ça qu’Or Bleu est né. 

Ça a toujours été un souhait de pouvoir faire un truc comme ça. De pouvoir créer un tel projet avec ton meilleur ami, c’est vraiment quelque chose d’incroyable. C’est vraiment motivant de se lancer avec quelqu’un qu’on connaît depuis longtemps parce qu’on sait que ça va bien se dérouler et que nous avons des manières similaires d’œuvrer.

FRUITS : C’est exactement ça. Nous savions que la chimie opérait entre nous deux et que nous avions les mêmes visions. Disons que nous nous complétons vraiment bien. 

PAN M 360 : En mai dernier, vous avez annoncé votre signature au sein de Disques 7ième Ciel. Comment cela est-il arrivé?

FRUITS : Ça a toujours été un objectif pour Charles et moi de signer avec Disques 7ième Ciel, c’était notre maison de disque de rêve. 7ième Ciel reflète vraiment nos valeurs et nous aimons l’aspect de communauté dans la maison de disque. La plupart des artistes sous le label, ce sont nos amis et ils font partie de notre cercle. Quand nous avons approché 7ième Ciel, notre album était complété à environ 80% et il y avait déjà plusieurs de leurs artistes qui y participaient. C’est certain que c’était un bon argument pour que Steve Jolin et son équipe décident de nous signer.

CHARLES COZY : Aussi, nous connaissons Sam Rick, le gérant de Clay And Friends et Jay Scøtt, et c’est la première personne à qui nous avons présenté le projet. À ce moment-là, c’était un peu le bras droit de Steve. C’est un peu comme ça que Steve a entendu parler de nous. 

PAN M 360 : Comment créez-vous en tant que duo? Avez-vous une certaine manière d’opérer? 

FRUITS : Notre manière de travailler change de temps à autre. Souvent, un de nous deux prend le contrôle au point de vue technique et va être assis devant l’ordinateur tandis que l’autre va lancer des idées. Nous aimons alterner nos rôles. Justement, l’une des grandes forces de Charles est de trouver des idées. Il connaît vraiment bien les tendances et a une excellente culture musicale. Nous n’avons pas nécessairement de formule miracle, mais c’est de cette manière que nous travaillons en général.   

CHARLES COZY : Nous nous connaissons tellement bien que nous ne craignons pas de défendre nos idées et d’être en désaccord. Il n’y a pas d’égo dans la pièce lorsqu’on crée, tout ce que nous faisons est dans le but d’obtenir la meilleure musique possible. Parfois nous partons d’un sample, de drums ou d’une composition. Nous ne commençons pas toujours par la même place et c’est très motivant. Nous approchons chaque morceau différemment et nous ne sommes jamais tannés de créer. 

FRUITS : J’ajouterais même que souvent, nos meilleures productions prennent vie lorsque nos opinions sont opposées. Les deux, nous sommes prêts à défendre nos idées, et c’est ce qui donne les meilleurs résultats. 

PAN M 360 : Vous avez mentionné que les productions que l’on retrouve sur votre premier album sont versatiles. Quelles sont vos influences musicales respectives? 

CHARLES COZY : Nous sommes de grands amateurs de hip-hop. Nous avons grandi en écoutant du boom-bap et du hip-hop underground. Ce sont certainement nos influences premières. À travers cela, nous avons découvert l’art du sampling, le jazz et le funk. Nous avons grandi dans des familles musicales. Aussi, je suis DJ depuis 10-15 ans. Ma carrière de DJ est davantage dans la musique électronique, la house, la techno et la musique brésilienne. Disons que mes influences musicales sont très éparpillées. J’écoute autant de musique indie que des morceaux rap dans ma voiture. J’essaie de m’abreuver de nouvelles musiques le plus souvent possibles. Pour nous, de la bonne musique est de la bonne musique, et ce peu importe le style. Ainsi, nous ne mettons aucune barrière lorsqu’on crée. Les sons de notre album sont très disparates. Nous voulions montrer que nous sommes influencés par une multitude de choses et que nous sommes des producteurs versatiles. 

FRUITS : Comme Charles a dit, j’ai grandi dans une famille musicale. Quand j’étais jeune, j’ai joué différents instruments. Mes premières influences sont certainement les Chet Baker, Mile Davis, John Coltrane, Herbie Hancock et les grands jazzmens des années 50-60-70-80. J’ai baigné là-dedans et c’est certain que ça se ressent dans ma manière de produire. Sinon, il y a le hip-hop qui a été très important pour moi. J’ai été grandement inspiré par des gars comme J Dilla et Madlib. 

PAN M 360 : Parlons maintenant de votre album Beaucoup. Comment s’est déroulée la création de ce projet?

FRUITS : Quand nous avons commencé à créer ensemble en févier 2020, nous faisions des sessions en studio deux fois par semaine. À chaque fois, nous y passions 10 à 12 heures, donc nous faisions près d’une vingtaine d’heures de musique par semaine, et ce beau temps, mauvais temps. Pendant plusieurs mois, nous avons travaillé sans cesse. À un certain moment, nous avions entre 200 et 300 productions de fait. Lorsque nous étions intéressés à travailler avec un artiste, nous lui préparions une collection personnalisée de certaines de nos productions afin de lui envoyer.

CHARLES COZY : Notre manière d’opérer était presque militaire. Nous ne manquions pas une séance de création, il n’y avait rien qui pouvait changer nos plans. J’arrivais au studio le matin avec des cafés, puis je repartais le soir lorsqu’il faisait noir. Nous faisions deux à trois beats par séance. Plus nous en faisions, plus nous étions motivés parce que nous réalisions la qualité de nos productions. Comme Gabriel l’expliquait, nous avions des dossiers de productions préparés pour différents artistes. Lorsque nous étions assez confiants, nous avons commencé à les envoyer à des personnes comme Lary Kidd. Ensuite, nous avons reçu plusieurs maquettes et réponses positives. Plus nous envoyions de beats, plus nous avions de réponses de différents artistes. 

FRUITS : Ça a amené un certain effet d’entraînement où à un certain point certains artistes nous écrivaient directement pour faire partie de notre projet. Ils nous disaient, « Hey, on a entendu dire que vous êtes en train de préparer un album, est-ce que je pourrais participer ? ». Il y avait un engouement autour du projet étant donné qu’on avait plein d’artistes talentueux qui y faisaient déjà partie. La scène musicale québécoise, c’est quand même un petit microcosme. Tout le monde se connaît. Ce n’est pas comme le rap américain où il y a de la violence et du drama. Les gens s’entraident et aiment collaborer. Ça a certainement joué en notre faveur. 

CHARLES COZY : Je pense que nous avons su cultiver nos connexions au travers des années. Même si nous n’avions pas sorti d’album, nous étions quand même connus par plusieurs artistes, car nous leur avions déjà parlé ou même collaboré avec eux. Ça nous a définitivement aidés. 

PAN M 360 : Quel est le plus grand défi lorsqu’on crée un album avec autant de collaborations?

CHARLES COZY : Le plus grand défi, c’est que nous avions des dates et un échéancier à respecter de notre côté. À partir du moment qu’un artiste accepte de collaborer avec nous, nous sommes en attente de son ou ses couplets. Pour la moitié des artistes qu’on retrouve sur Beaucoup, nous avons été en mesure d’être avec eux au studio, donc pour eux c’était facile. Pour le reste, soit nous ne pouvions pas nous regrouper en raison de la pandémie ou parce qu’ils n’étaient tout simplement pas au Québec. Par exemple, Gabe ‘Nandez et Illa J sont américains. C’était parfois difficile d’obtenir les couplets. Ils te disent qu’ils vont t’envoyer leur partie dans une semaine, mais finalement ça prend plusieurs mois avant de recevoir le tout. C’est vraiment ça le défi avec un tel projet. Il y a environ 18 artistes sur notre projet, c’est beaucoup. Parfois, nous devions passer par les gérants et non par les artistes directement, ça rend le tout encore plus complexe. Sinon, c’est aussi un défi de faire des morceaux qui plaisent autant aux artistes qu’à nous. Je suis très fier de ce que nous avons accompli, il y a énormément de travail derrière tout ça.

FRUITS : Il y a eu énormément de gestion à faire, autant pour coordonner nos horaires avec ceux des artistes que pour la production et la promotion de notre album. Heureusement, nous avons pu compter sur la meilleure maison de disque qui a su nous épauler tout au long du processus. 

PAN M 360 : Parmi les onze morceaux que l’on retrouve sur Beaucoup, lequel êtes-vous les plus fiers?  

CHARLES COZY : Pour ma part, c’est Kiss you right avec falcxne. Mes artistes préférés sont Erykah Badu & D’Angelo, et c’est une chanson qui est un peu dans ce style. C’est très soulful. falcxne, c’est un gars avec qui je suis allé au secondaire à Toronto. Il est plus jeune que moi et j’ai eu la chance de le recroiser à Montréal quelques années après. 

Un jour, nous sommes allés au studio avec Pops & Poolboy, deux musiciens de Clay and Friends, et nous avons créé la musique de Kiss you right. C’est probablement l’un de nos morceaux les plus proches de mon cœur et de mes goûts musicaux. Nous avons décidé de l’acheminer à falcxne et j’étais tellement heureux quand il a renvoyé sa piste vocale. 

Il y a aussi le morceau avec Eman et KNLO dont je suis très fier. Ce sont des rappeurs que j’apprécie beaucoup et j’ai toujours rêvé d’avoir un morceau avec eux. C’est quelque chose dont je suis très fier. Les deux ont été vraiment gentils, ils sont venus de Québec pour nous rejoindre à notre studio. C’était génial. 

FRUITS : La chanson avec falcxne est celle dont je suis le plus fier aussi. Si j’avais à en nommer une autre, ce serait définitivement celle avec Mike Clay et Kallitechnis, tout simplement parce qu’il y a beaucoup de monde d’impliqué au niveau de la production. Je trouve que c’est celle où nous avons fait le meilleur travail. Le morceau est bien ficelé, la ligne de basse est solide, la batterie est crisp et les harmonies sont bonnes. Je trouve que les paroles sont accrocheuses et tout est vraiment bons. Nous avons reçu Mike et Kalli en studio en même temps. C’était vraiment bien de les voir travailler ensemble et de pouvoir observer la création du titre. 

CHARLES COZY : Tu l’entends dans You can have it all que les deux chantent le refrain en même temps en studio. C’est super d’avoir pu faire ça et ça rend le tout encore meilleur. Justement, c’est de ça dont nous sommes le plus fière, d’avoir produit un projet et ne pas seulement avoir agi en tant que beatmaker. Je pense qu’il y a une distinction à faire entre les deux. Quand tu es beatmaker, tu créé une instrumentale de ton côté, tandis que quand tu produis, tu t’occupes de toutes les étapes de la création. Tu essaies de mettre les meilleurs éléments ensemble pour créer les meilleurs morceaux. Tu dois pouvoir trouver les artistes qui vont mener ton art à un autre niveau.

PAN M 360 : En tant que producteur, quel est le meilleur sentiment que l’on ressent lorsqu’on crée?

FRUITS : Personnellement, le meilleur feeling c’est lorsque nous sommes en studio et que l’artiste réussit à la perfection son couplet dès le premier essai. Quand tout est parfaitement en phase avec la production, le sentiment est indescriptible. 

CHARLES COZY : Oh ouais, définitivement. Sinon, c’est probablement lorsque le rappeur te regarde en studio et que tu comprends que cet enregistrement-là, c’est le bon. Il y a aussi le moment lorsque tu termines un titre et que tu l’écoutes sept ou huit fois d’affilée dans ta voiture. C’est là que ton morceau prend vie et que tu te rends compte de ce que tu as créé. Tu te sens tellement bien.

C’est aussi un sentiment incroyable que notre projet soit enfin disponible. Nous l’avons écouté et réécouté un nombre incalculable de fois au cours des dernières années pour le parfaire, c’est comme si on mettait au monde un enfant qu’on attend depuis très longtemps. C’est super d’enfin pouvoir peser sur play sur les plateformes d’écoutes en ligne et de pouvoir le partager au public. 

PAN M 360 : Quelle est la prochaine étape pour Or Bleu?

CHARLES COZY : Avec ce premier projet, nous voulions nous « mettre sur la map » en tant que duo de producteurs. Ce que nous souhaitons pour la suite des choses, c’est que des artistes nous contactent afin de produire pour eux. Nous voulons travailler avec le plus de gens possible et explorer différents styles. C’est certain que nous allons faire un deuxième album, nous allons le commencer incessamment. Nous étions très concentrés sur la sortie de notre album et ça fait longtemps que nous n’avons pas été au studio ensemble pour créer. Nous avons certainement hâte d’y retourner. Aussi, nous allons faire quelques spectacles, nous allons pouvoir tourner un peu avec notre projet!

FRUITS : Nous avons déjà parlé du deuxième projet et nous aimerions collaborer avec des artistes européens. C’est l’un de nos buts d’avoir des rappeurs et artistes français, belges ou autres sur notre prochain projet. 

PAN M 360 : Vous mentionnez vouloir élargir vos horizons et œuvrer avec des artistes européens. Avez-vous déjà des noms en tête?

CHARLES COZY : En ce moment, j’aimerais beaucoup faire une collaboration avec le rappeur suisse Makala. Nous sommes des adeptes de rap francophone et les Suisses sont en train de gagner en popularité. Nous écoutons beaucoup d’artistes suisses. 

FRUITS : Ça serait dans la même tangente que Charles. J’aimerais beaucoup travailler Gracy Hopkins, un artiste qui collabore justement avec Makala. Au fil des années, il est devenu l’un de mes rappeurs préférés. Si nous pouvons avoir Makala et Gracy Hopkins sur le deuxième projet d’Or Bleu, ce ne serait pas gênant du tout!

Crédit photo : Louis Robitaille

« Est-ce une femme, un homme ou même un duo », voilà la question qui fusait sur les réseaux sociaux avant que Vacra, artiste français à la voix androgyne et mielleuse derrière les succès Tiki Taka et Plan séquence, montre son visage pour la première fois lors d’un concert en février dernier. Même après s’être dévoilé à son public, le rappeur demeure énigmatique et mise tout sur sa musique, celle qui lui a permis d’accumuler plus de 100 millions d’écoutes en ligne sur les différentes plateformes. Quelques heures avant son passage à l’Off Piknic intégré au festival MEG Montréal, vendredi soir, PAN M 360 a discuté avec lui de son ascension sur la scène française, son projet Galatée et ses ambitions futures!

L’an dernier, le titre Plan séquence de Vacra est devenu viral sur le réseau social TikTok, et ce même si la chanson est parue en 2021. À partir de ce moment, Vacra a rapidement gagné en popularité et les auditeurs souhaitaient en connaître davantage sur lui. Seul bémol, l’artiste ne se montrait pas sur les réseaux sociaux et dans ses vidéoclips à cette époque. Ainsi, les rumeurs ont pullulé sur les différents réseaux et les fans ont tout fait pour trouver la personne derrière ce succès. Le mystère entourant son identité et une succession d’excellentes sorties avec les morceaux Nunchaku et Tiki Taka lui ont permis de se démarquer dans le rap français. 

En février, Vacra fait paraître Galatée, une offrande de huit pièces, suivie d’une version bonifiée de trois titres supplémentaires quelques semaines plus tard. Dans ce projet aux airs dansants, l’homme explore une multitude d’avenues, proposant un rap teinté d’influences autant afros que pop. Souvent comparé à la vedette belge Hamza, Vacra a un univers qui lui est propre, des textes soignés et une énergie contagieuse. Une chose est sûre, la progression de l’artiste français est époustouflante et il sera à surveiller de près au cours des prochains mois!

PAN M 360 : Bienvenue à Montréal. Est-ce votre première visite au Québec? 

VACRA : Oui, c’est la première fois que je viens ici. Nous avons été très bien accueillis et la ville est magnifique. Les gens d’ici ont l’air super et je suis très content d’être à Montréal. 

PAN M 360 : Connaissez-vous un peu la scène de rap montréalaise?

VACRA : À mon arrivée il y a deux jours, j’ai eu l’occasion d’écouter un peu de musique des artistes d’ici, et je dois dire que c’était très bon. Sinon, je n’avais jamais eu la chance d’écouter beaucoup de rap québécois. 

PAN M 360 : Vous avez connu une ascension fulgurante sur la scène française au cours des deux dernières années. Pour les Québécois qui ne sont pas nécessairement familiers avec votre art, pouvez-vous résumer brièvement votre parcours?

VACRA : À un certain moment l’an dernier, mon titre Plan Séquence est devenu viral sur le réseau social TikTok, et ce même si ce morceau date de 2021. À partir de là, tout s’est enchaîné très rapidement, ma chanson Tiki Taka est à son tour devenue populaire, j’ai dévoilé mon premier projet Galatée et je suis parti en tournée partout en France et même au Canada. 

PAN M 360 : Comment avez-vous vécu cette croissance extrêmement rapide?

VACRA : Très, très bien! C’était de l’épanouissement de A à Z. Tout ce qui m’arrive en ce moment m’amène un grand bonheur. Je suis très heureux de pouvoir rencontrer mon public. Je suis très bien entouré, donc je n’ai pas ressenti de pression ni de stress. Tout s’est fait naturellement, c’était parfait. 

PAN M 360 : Évidemment, il est impossible de ne pas aborder le dévoilement de votre visage lors d’un showcase privé en février dernier. Pourquoi aviez-vous choisi de demeurer dans l’ombre jusqu’à ce moment? 

VACRA : Je voulais que ma musique parle d’elle-même avant qu’on parle de mon image et de ma personne. Aussi, je voulais continuer à pouvoir me promener dans les rues et être tranquille. Ça a été très naturel. Nous avons fait des vidéoclips et des visuels dans lesquels je n’apparaissais pas, et le mystère s’est bâti petit à petit. Cet anonymat nous a laissé le temps de travailler nos visuels pour mon projet Galatée. Ce que les gens appréciaient c’était ma musique, et c’est tout ce qui importe. 

PAN M 360 : Pourquoi avez-vous décidé que le temps était venu de vous dévoiler? 

VACRA : Le temps était venu de me montrer lorsque j’avais un projet à défendre et que j’étais prêt à le rendre sur scène en tournée. Avant, je ne voulais pas forcément me montrer et être au premier plan, mais dès que mon projet était prêt, c’était certain que je devais rencontrer mon public.

PAN M 360 : À la suite de cette soirée, les réactions ont fusé sur les réseaux sociaux. Comment avez-vous vécu le post-dévoilement? 

VACRA : Il y avait des réactions de tous genres. Je crois que la majorité des gens étaient agréablement surpris tandis que d’autres ont été déçus. Il faut tout de sorte de gens pour faire un monde. Une chose qui est certaine, c’est que j’ai reçu énormément d’amour et de bons commentaires. C’était super. 

PAN M 360 : Souhaitez-vous continuer d’être mystérieux et n’en dévoiler que le minimum sur vous?

VACRA : C’est certain que les gens vont apprendre à me découvrir avec le temps, mais je resterai toujours mystérieux. Je resterai toujours discret, c’est comme cela que je suis dans la vie. On me verra davantage dans la sphère publique, mais ça ne veut pas dire que je ne serai pas discret. Je vais continuer à mettre la musique de l’avant. Vous n’entendrez surtout pas parler de ma vie privée. 

PAN M 360 : Parlons maintenant davantage de votre musique. Pour un artiste qui en est à ses débuts, votre musique est franchement bien ficelée. Depuis combien d’années créez-vous?

VACRA : Je suis un amateur de musique depuis que je suis tout petit, donc ça fait déjà très longtemps que je baigne dans ce milieu. Ça fait très longtemps que je fais de la musique, et il y a eu énormément de travail et d’heures en studio pour en arriver où j’en suis aujourd’hui. Je crée depuis de nombreuses années.

PAN M 360 : Vous mentionnez être dans le milieu musical depuis plusieurs années et cela transparait dans votre musique qui est un heureux mélange de différents styles et sonorités. Qu’écoutez-vous ?

VACRA : En général, j’écoute vraiment de tout. J’aime découvrir de nouvelles choses et m’inspirer de différents univers. Je n’ai pas nécessairement de style préféré, je suis très éclectique dans mes écoutes. J’aime tout!

PAN M 360 : En février dernier, vous avez fait paraître votre projet Galatée, et l’avez bonifié deux mois plus tard avec trois titres supplémentaires. Comment s’est déroulée la création? 

VACRA : J’avais déjà une bonne base avec Tiki Taka et Plan séquence, mes deux titres les plus populaires. Mon équipe et moi nous sommes enfermés en studio pour travailler la direction artistique du projet et avoir un tout cohérent. C’était important pour moi que mon premier projet soit solide. Après tout, c’est ma première carte de visite. La création s’est faite assez rapidement, nous n’avons pas nécessairement eu à mettre des titres de côté. Voilà comment nous en sommes arrivés à Galatée.

PAN M 360 : D’où provient votre inspiration lors de l’écriture? Quels sont les thèmes récurrents dans Galatée?

VACRA : Mon inspiration provient des gens qui m’entourent, ce que j’observe, des rencontres humaines que je fais et ce que je ressens. Lorsque je suis au studio avec mon équipe, on parle et on réfléchit sur différents thèmes et sujets. Ça vient très naturellement. Je n’écris jamais à la maison, je fais tout lorsque je suis au studio. C’est un processus très fluide et ça se passe très bien. 

Pour Galatée, je dirais que les sentiments, l’amour et la joie de vivre sont au cœur du projet. C’est inspiré de ce que je vivais pendant la création. Il y a aussi un côté nostalgique. On y retrouve une certaine contradiction entre le bonheur et la nostalgie. 

PAN M 360 : Par ses paroles engagées concernant le consentement, la collaboration avec Ronisia, Non c’est non, détonne des autres titres que l’on retrouve sur Galatée. Souhaitez-vous prendre davantage position sur des enjeux par l’entremise de vos morceaux?

VACRA : Je pense que le sujet du consentement ne devrait même pas être matière à débat. Pour moi, c’est normal de respecter le choix de quelqu’un, on ne devrait même pas se poser la question. Ainsi, je ne sais pas si je peux dire que je vais davantage prendre position dans mes futurs morceaux, c’était tout simplement normal de le faire. C’est certain que je vais continuer à dire les choses qui me sont logiques dans mes morceaux. C’est normal qu’on pense que j’ai pris position à travers Non c’est non, mais je trouve que ça devrait tout simplement être naturel. Malheureusement, ce ne l’est pas chez tous les gens, et si ce morceau peut servir à en éveiller certains à arrêter de faire des conneries, c’est tant mieux. Non, c’est non, c’est simple pourtant. Je suis vraiment content du résultat de cette collaboration avec Ronisia. À chaque fois que je la chante sur scène et que je vois les gens la chanter, je suis très heureux. 

PAN M 360 : Comme vous avez mentionné plus tôt, vous avez fait paraître plusieurs vidéos par le passé dans lesquels vous n’apparaissez pas. Dans chacun de ses clips, la danse est mise de l’avant et est très importante. Pourquoi avoir fait ce choix?

VACRA : Au fil du temps, j’ai reçu énormément de vidéos de personnes qui dansaient sur mes morceaux, et j’ai toujours aimé ça. Pour ma part, je ne sais pas danser donc je suis toujours très impressionné par leurs prestations. Pour les vidéos, nous avons fait ce choix parce que ça s’accordait très bien avec la musique. Il y a quelque chose de dingue dans le fait d’avoir quelqu’un qui danse sur ma musique et j’adore les clips. J’affectionne énormément la danse et je crois que ça ne me quittera jamais. 

PAN M 360 : Des personnes qui dansent sur vos morceaux, on en trouve à la tonne sur le réseau social TikTok qui a été une partie intégrante de votre récente ascension. Quelle est votre relation avec cette application?

VACRA : Déjà, je suis très heureux de tout ce qui m’arrive et un gros merci à TikTok. Je suis très heureux de l’accueil du public et le fait qu’ils affectionnent mes sons. Après ça, je pense que c’est plus ma musique qui a parlé à ce réseau. Pour ma part, je n’ai pas vraiment de rapport avec cette plateforme, je ne la connais presque pas et je n’ai pas de compte sur la plateforme. À la base, je ne suis pas vraiment sur les réseaux sociaux, je n’y comprends rien. Je ne sais pas comment faire des vidéos. Lorsque j’ai utilisé TikTok par le passé, je n’y voyais que des chats et des choses inutiles, c’était à ne rien y comprendre. Peu importe, cela a changé énormément de choses dans ma vie et ça m’a beaucoup apporté. Avec le temps, j’ai prouvé qu’il y avait un vrai travail artistique derrière ma musique et que je ne suis pas seulement un rappeur populaire sur ce réseau. 

PAN M 360 : Vous foulerez la scène Off Piknic / MEG Montréal vendredi soir. À quoi doit-on s’attendre de votre prestation?

VACRA : On doit s’attendre à la révélation du mystère haha! Sans blague, on doit s’attendre à un très bon concert. J’ai hâte de rencontrer le public canadien et de pouvoir défendre mes différents morceaux. Comme à l’habitude, je souhaite communier avec les gens, danser, transpirer et passer un super moment. J’espère pouvoir transmettre les émotions qu’on peut entendre dans le projet et j’espère régaler les gens qui seront présents. 

PAN M 360 : Si vous aviez un morceau en particulier à faire découvrir aux Québécois avant votre concert, lequel choisiriez-vous? 

VACRA : C’est assurément Tiki Taka, parce c’est mon titre le plus populaire et celui que je fais sur toutes les scènes. Les Canadiens me disent qu’il y a seulement trois mois de soleil au Québec et qu’ils doivent en profiter le plus possible. J’ai l’impression que ce morceau est le meilleur pour danser et s’ambiancer. Sinon, je les invite à découvrir les différents morceaux de Galatée.

PAN M 360 : De ce que vous pouvez dévoiler, que préparez-vous pour la suite des choses ? 

VACRA : Pour l’instant, mon équipe et moi travaillons fort pour produire la meilleure musique possible. Quand j’aurai ce résultat, je serai de retour avec du nouveau matériel. Ça pourrait prendre six mois, un an, deux ans ou plus. Je vais prendre le temps nécessaire pour créer une suite logique à Galatée. Une chose qui est sure, c’est qu’un album est en préparation et les gens ne seront pas déçus! 

Il reste encore quelques billets pour la prestation de Vacra au festival MEG Montréal / OFF Piknic ce soir. Faites vite! 

Au 19e siècle, Vienne était non seulement la capitale de la musique classique dite sérieuse, mais aussi de la valse et autres expressions populaires. Ce vendredi à la Maison symphonique, c’est ce que nous rappelle l’Ensemble ArtChoral, le temps d’une soirée viennoise “tout en chansons, valses et romances”.

Ainsi, les musiques “pop” romantiques de Johann Strauss II, un maître de la valse comme on le sait, et, plus étonnamment,  Johannes Brahms et ses Liebeslieder  ou même de Franz Schubert “qui incarne l’essence même de l’expression vocale romantique”, seront au programme de cette soirée viennoise que propose l’Ensemble ArtChoral.

Longtemps nommé Ensemble vocal Arts-Québec, ArtChoral fut dirigé pendant près de 40 ans par son fondateur Yves Courville. En 2019, le chœur a nommé à la direction musicale le flûtiste et chef d’orchestre Matthias Maute, aussi à la barre de l’Ensemble Caprice.

PAN M 360 : D’entrée de jeu ,Johann Strauss II et Brahms ne semblent pas compatibles dans un même programme. Comment est-ce envisageable ?

Matthias Maute : Effectivement, c’est un répertoire assez spécial. Il faut dire que les Brahms Liebeslieder des pièces écrites pour plaire au grand public. Ce ne sont pas des symphonies avec du contrepoint savant, ce sont vraiment des pièces qui créent des ambiances rassembleuses.Pour moi, c’était tellement différent des autres pièces qu’on connaît de Brahms que ça m’a pris un peu de temps pour comprendre il s’agissait de quoi exactement. Et moi, je trouve que justement, il sait condenser tout ça dans ces œuvres. C’est juste magnifique

PAN M 360:  On ne verrait pas Brahms composer de la musique pop, en quelque sorte !

Matthias Maute: C’est vraiment très particulier parce que Brahms aimait beaucoup les valses  de Johann Strauss II. Et les deux compositeurs s’entendaient très bien ! 

Ainsi, Brahms avait composé des opéras et des musiques chantées incluant des valses. Ces musiques étaient très populaires, à tel point que Brahms était un homme riche à la fin de sa vie, contrairement au père de Johann Strauss II dont on fera le Danube bleu. Il était extrêmement pauvre à sa mort. Toutefois, son fils avait mieux fait, il a quand même très bien réussi. 

PAN M 360: Très intéressant. On aurait plutôt imaginé Brahms modeste et le père Strauss riche!

Matthias Maute: Eh non, Brahms était du côté des riches. Il avait vraiment bien réussi financièrement, et il était d’ailleurs très généreux avec ses collègues et compatriotes. L’image de l’artiste pauvre, d’ailleurs, vient du 19ᵉ siècle parce qu’il n’y avait plus les postes des périodes antérieures  – avec les cours royales, les églises, etc. L’artiste était alors délaissé par les hautes sphères de la société, il devait se nourrir lui-même…  c’était souvent  très difficile. 

PAN M 360 : Ainsi donc, les répertoires sérieux et populaires pouvaient cohabiter au 19e siècle, en voilà la démonstration avec cette soirée viennoise.

Matthias Maute : On a tendance à mettre les compositeurs sérieux dans un tiroir et les compositeurs non sérieux dans un autre. Mais dans la vraie vie au 19e siècle, tout se mêlait comme c’est le cas aujourd’hui. Il existe d’ailleurs une photo de Johann Strauss II et Johannes Brahms qui posent ensemble, en 1894. Brahms y a l’air d’un vieil homme avec sa barbe et sa tenue négligée. À côté de lui, Johann Strauss II est très élégant. On aurait dit qu’il avait 20 ans de moins que Brahms, mais dans les faits, il était de huit ans plus vieux!  En général, les conventions sociales n’intéressaient pas Brahms. Il était connu pour être peu à l’aise en société mais rien n’y paraissait dans ses musiques plus populaires. C’était très élégant, hautement inspiré. 

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Cela peut paraître surprenant, mais les Liebeslieder font vraiment partie de son œuvre, comme il a déjà fait du piano à quatre mains avec Clara Schumann, un des grands amours de sa vie. Cela dit, il a écrit la deuxième collection de ces pièces  pendant qu’il était en amour avec une des filles de Clara Schumann. C’était compliqué pour lui… (rires)

PAN M 360 : OMG, le Woody Allen de l’époque ?!! 

Matthias Maute : Un peu ça, oui  ! (rires)

PAN M 360 : Vous jouez 5 oeuvres de Franz Schubert aussi dans ce programme!

Matthias Maute : Une soirée viennoise sans Schubert, c’est impensable. Donc, notamment  trois pièces pour chœur et piano. Avant l’entracte, on fera la célèbre Ständchen,  une pièce incroyable pour mezzo et des voix d’hommes. Une sérénade pour un  amour sans espoir,  exprimé avec une musique délicieuse, vraiment une des grandes pièces vocales du 19ᵉ siècle.

PAN M 360: Parlons brièvement de vos deux directions. On a déjà observé qu’ArtChoral et Caprice travaillent ensemble, et cette connexion “naturelle” se poursuivra cette année. Qu’en sera-t-il ?

Matthias Maute : ArtChoral donnera deux concerts a cappella à la Maison Symphonique, Caprice en fera trois avec ArtChoral. La saison suivante, ça va monter un peu.  Chez Atma Classique, par ailleurs, il y aura bientôt 15 albums ArtChoral qui devraient constituer une bibliothèque numérique du répertoire a cappella du XVIᵉ jusqu’au XXIᵉ siècle. On vient de sortir un disque ArtChoral romantique. Et là je vous parle  au milieu d’une répétition avec treize compositeurs canadiens qu’on va enregistrer la semaine prochaine.

L’ensemble ArtChoral couvre tout  le répertoire choral, nous sommes très ouverts. Les chœurs, en général, ça couvre tout le répertoire. Moi, j’aime beaucoup parce que comme musicien, comme chef, comme instrumentiste, j’ai toujours couvert tous les siècles de l’histoire musicale. ArtChoral est le seul chœur qui a une série régulière à la Maison symphonique, justement parce qu’on veut faire la promotion du chant a cappella. On travaille vraiment fort pour donner à la musique chorale une place plus importante dans le paysage musical ici à Montréal.

PAN M 360 : Et ça commence avec une soirée viennoise à la Maison symphonique.

Matthias Maute : Il y aura 1300 personnes qui viendront à Vienne avec nous !

PAN M 360 : Gros voyage nolisé !

Matthias Maute : Oui, c’est un grand bateau qui va partir.

ARTISTES

Chœur : Ensemble ArtChoral

Chef de chœur : Matthias Maute

Piano : Meagan Milatz & Suren Barry

PROGRAMME DE LA SOIRÉE

·     Johann STRAUSS II, Le Danube bleu

·     Johann STRAUSS II, Champagne Chorus

·     Johannes BRAHMS, Liebeslieder op.52 (extraits)

·     Johannes BRAHMS, Liebeslieder op.65 (extraits)

·      Franz SCHUBERT, Ständchen, Der Tanz, Gott im Ungewitter, Coronach, Der Tanz 

LA SOIRÉE VIENNOISE A LIEU CE VENDREDI 8 SEPTEMBRE, MAISON SYMPHONIQUE, 19H30. POUR INFOS ET BILLETS C’EST ICI

Ce vendredi, le Quatuor Molinari amorce sa saison de 5 programmes dans le contexe de la série Ensemble en résidence au Conservatoire de Musique de Montréal. Les quatre prochains programmes seront précédés de Dialogues sur le Plateau, séances de médiation culturelle prévues à la Maison de la Culture Plateau Mont-Royal et dont l’objet est d’expliquer les tenants et aboutissants des œuvres jouées cette année par le quatuor montréalais. Olga Ranzenhofer, premier violon et directrice artistique du Quatuor Molinari qu’elle a fondé dans les années 90, nous fournit toutes les informations de ce coup d’envoi sous le thème Musique et nature.

PAN M 360 : Ainsi donc, Olga, les activités reprennent ce vendredi au Conservatoire de musique de Montréal!

Olga Ranzenhofer : Oui, et c’est notre 27ᵉ saison. Ça passe vite! Au début de notre existence, notre mandat était le 20ᵉ siècle, aujourd’hui c’est 20ᵉ et le 21ᵉ. Et donc, on ne peut pas être étiquetés exclusivement musique contemporaine, on peut choisir dans un énorme répertoire incluant la musique moderne. Cette année, par exemple, on jouera Debussy, Bartok, Chostakovitch et aussi des compositeurs plus récents dont des créations telle une œuvre de Franghiz Ali-Zadeh, compositrice d’Azerbaïdjan que nous avons déjà jouée. 

On jouera aussi des œuvres du compositeur montréalais John Rea qui fêtera son 80e anniversaire avec la création d’une œuvre intitulée Objets perchés , en référence à un autre quatuor à cordes composé par lui en 1992, intitulé Objets perdus. 

Ces deux quatuors seront joués en février dans un programme impliquant aussi les Quatuors no 10 et no 13 de Chostakovitch. En 2025, d’ailleurs, on refera une 2e fois l’intégrale des quatuors pour commémorer le 50e anniversaire de sa mort, car Antoine Bareil (le second violon) n’était pas avec nous lorsque nous l’avons exécutée une première fois. C’est d’ailleurs une de nos marques de commerce que de jouer des intégrales des compositeurs pour quatuor à cordes. On y voit alors ce cheminement de compositeurs tout au long de leur vie.  Moi, j’ai un plaisir fou à faire ça ! C’est tellement formateur que de plonger dans l’univers d’un compositeur, fouiller et découvrir les caractéristiques de son œuvre. 

PAN M 360 : Pour la plupart de vos programmes au Conservatoire, vous faites aussi de la médiation culturelle afin d’en expliquer la matière.

Olga Ranzenhofer : Oui, une 27e année de médiation culturelle! Dans nos Dialogues sur le Plateau, il y en a pour tout le monde. On ratisse très large, quiconque s’y présente peut y trouver son compte, quel que soit le niveau de compréhension de la musique. Aucune question n’est déplacée. Des compositeurs peuvent aussi être invités afin de parler de leur œuvre, d’autres peuvent y intervenir parmi le public présent. C’est vraiment pour tout le monde et nous évitons à tout prix que les gens en sortent de nos Dialogues en se disant « Cette musique est trop compliquée ». Notre premier dialogue est prévu le 26 novembre à la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal, suivi d’un concert donné le 1er décembre au Conservatoire.

PAN M 360 : Hors du Conservatoire et de la Maison de la culture, vous avez d’autres concerts prévus à votre saison qui s’amorce. Des exemples?

Olga Ranzenhofer : Grâce à une subvention du Conseil des arts et des lettres du Québec, on sera à New York au mois d’octobre puis à Toronto en novembre afin de participer à l’exécution d’une œuvre multimédia du compositeur et saxophoniste canadien Quinsin Nachoff, dont on jouera le quatuor à cordes cette semaine.  Nous aurons aussi d’autres concerts, dont un prévu à la Salle Bourgie en janvier prochain.

PAN M 360 : Que dire du Quatuor de Quinsin Nachoff , que vous exécuterez vendredi?

Olga Ranzenhofer :  Cette œuvre a été écrite en 2018. Et puisque le compositeur est aussi un saxophoniste de jazz, on trouve dans cette œuvre des influences de jazz contemporain. C’est une œuvre que l’on peut qualifier d’atonale, pleine d’énergie, très rythmique, très intense. L’œuvre est composée en quatre mouvements, et chacun de ces mouvements met de l’avant un des interprètes du Quatuor Molinari. C’est une œuvre très complexe qu’on a beaucoup de plaisir à jouer, ça swingue, c’est intense et ça dure une bonne vingtaine de minutes. Et qui soulève des questions : est-ce vraiment du jazz ou est-ce carrément de la musique contemporaine ? Il y a donc des influences clairement jazz qu’on repère dans ce quatuor, il y a par exemple de petites glisses qui démarrent sous la note à la manière d’un saxophoniste de jazz. Notre relation avec Quinsin Nachoff s’est amorcée lorsque nous avions participé à un de ses projets par l’entremise de la violoniste Nathalie Bonin. Puis il a décidé de faire un quatuor à cordes pour nous. Il vient d’ailleurs d’obtenir une subvention pour nous écrire un 2e quatuor que nous jouerons l’an prochain. Nous en sommes très heureux.

PAN M 360 : Et puis  cette saison, le Quatuor Molinari revient à Chostakovitch, et ça recommence dès vendredi!

Olga Ranzenhofer : Absolument, on va d’abord faire son Quatuor no 11, soit  le premier de quatre quatuors dédiés à des musiciens soviétiques du Quatuor Beethoven (1922-1980), qui avait créé la vaste majorité de ses oeuvres pour quatuor à cordes.  Composé en 1966, ce 11e quatuor fut dédié au violoniste Vassili Chirinsky qui venait de décéder l’année précédente.  L’œuvre est écrite en sept mouvements, c’est très introspectif, très dépouillé, délicat, élégant, ce n’est pas flamboyant comme plusieurs autres quatuors de Chostakovitch. À la toute fin du premier mouvement, le deuxième violon arrive; vu le décès de son collègue, le compositeur voulait montrer le vide engendré par sa disparition. On y ressent de la tristesse mais aussi un peu d’humour parce, semble-t-il que le deuxième violoniste du Quatuor Beethoven avait un certain sens de l’humour.   

PAN M 360 : Un autre de vos compositeurs de prédilection figure à ce premier programme de votre saison : feu le compositeur canadien R. Murray Schafer.


Olga Ranzenhofer : Oui on fera Waves, le 2e quatuor de Schafer, une œuvre fondée sur le rythme des vagues de l’océan sur les côtes canadiennes. À travers ses recherches de son Soundscape Project, il avait observé qu’il existait un rythme des vagues durait entre 6 et 11 secondes. Ainsi, toute la structure de l’œuvre est fondée sur ce rythme des vagues, et donc on ne travaille pas avec des mesures mais plutôt des séquences de 6 à 11 secondes. C’est un magnifique quatuor, vraiment impressionniste. Vraiment, au début, ça commence avec rien, c’est très doux, on entend juste des bruissements d’eau, et on se dirige progressivement au milieu d’une tempête, quasiment un tsunami! Ça se calme ensuite… Vraiment une très belle œuvre!

PAN M 360 : Et re-Chostakovitch pour conclure ce premier programme, cette fois le Quatuor no 12 :

Olga Ranzenhofer : Très différent du no 11, très orchestral, très intense et conçu en deux mouvements. Le premier mouvement est assez court, ça commence avec une mesure de violoncelle qui étale les 12 intervalles (de la gamme), un peu comme une série dodécaphonique, mais interprétée comme un leitmotiv à travers lequel le compositeur joue sur la tonalité. Contrairement au premier mouvement, le 2e est très long, dure une vingtaine de minutes, et peut être divisé en différentes sections. C’est très orchestral, il y a de longs solos, un choral magnifique et plus encore. Alors voilà une œuvre flamboyante de Chostakovitch, dédiée au premier violon du Quatuor Beethoven, Dmitri Tsiganov.

C’est donc un gros programme. On commence l’année en grande!

LE QUATUOR MOLINARI SE PRODUIT CE VENDREDI, 19H30, AU CONSERVATOIRE DE MUSIQUE DE MONTRÉAL. POUR INFOS C’EST ICI

Zal Sissokho est très actif sur la scène musicale montréalaise. Héritier de la tradition musicale mandingue, l’auteur-compositeur-interprète s’allie depuis 1999 à différents musiciens et musiciennes du Québec pour faire connaître cette musique. Avec sa kora, Sissokho voyage entre tradition et modernité, interrogeant à la fois l’histoire de la musique et la nature humaine. Ses chansons, chantées en langue mandiko, abordent une grande variété de thèmes, mais ont toujours comme point commun de raconter une histoire.

Au début des années 2000, Sissokho fonde le groupe Buntalo, avec lequel il enregistre plusieurs albums. Le plus récent de la formation, La Source, sera lancé le 9 septembre au Club Balattou. En prévision de cet événement, PAN M 360 a eu la chance de s’entretenir avec Zal Sissokho pour parler de la création de l’album et de sa musique qui fait entrer en dialogue plusieurs traditions musicales.

PAN M 360 : Bonjour! Votre nouvel album, La Source, sortira très bientôt. Le 9 septembre. Comment vous sentez-vous?

ZAL SISSOKHO : Je me sens très bien! J’ai hâte que ça sorte. Après tout le travail derrière pour réaliser cet album, on a vraiment hâte, moi et ma petite gang.

PAN M 360 : En 2020, vous aviez sorti l’album Kora Flamenca, puis entre-temps il y a eu la pandémie. Et maintenant, il y a La Source. Quel chemin créatif y a-t-il eu entre ces deux albums?

ZAL SISSOKHO : La Source, c’est un album vraiment très différent de Kora Flamenca. Kora Flamenca, c’est une rencontre avec un autre milieu, une autre culture. Puis, La Source, c’est un retour à la maison, où je voulais jouer un tout petit peu plus de la musique de l’Empire mandingue et la musique de la kora. Celle de mes racines, d’où je viens, celle des griots. C’est ce qui fait toute la différence entre Kora Flamenca et La Source.

PAN M 360 : En écoutant l’album, on entend effectivement ce retour vers les traditions du répertoire de la kora. Mais il y a aussi un petit quelque chose de moderne, de contemporain…

ZAL SISSOKHO : Absolument! Mais Zal Sissokho et Buntalo, qui est mon groupe à moi, c’est vraiment ça que nous faisons. C’est de l’afro-mandingue, du « tradimoderne ». L’instrument dont je joue, la kora, est un instrument typiquement traditionnel, mais qui est aussi très adapté à pouvoir faire tous les styles de musique.

PAN M 360 : Justement, en parlant de Buntalo… Cela faisait un bon moment que vous n’aviez pas enregistré avec cette formation, n’est-ce pas?

ZAL SISSOKHO : Oui, en effet. Nous avons enregistré trois albums déjà, La Source est le quatrième. Le dernier était en 2018, La Palabre. Je suis très chanceux, parce que ce groupe, je l’ai formé en 2003-2004, et jusqu’à présent, ce sont toujours les mêmes musiciens qui sont avec moi. Quand j’ai besoin d’eux, ils sont ici, ils sont présents. C’est vraiment un honneur pour moi.

PAN M 360 : Quelles sont vos inspirations lorsque vous composez pour Buntalo?

ZAL SISSOKHO : Pour les quelques albums que j’ai faits avec Buntalo, ce sont des compositions en lien avec ce qui m’entoure, mes rapports humains, les rencontres que j’ai faites durant mes voyages et mes spectacles, ici et ailleurs. C’est tout ce qui m’inspire, et cela fait que la musique, elle, est inspirée de culture, de tradition et de modernité. C’est ce qui fait que, dans mes compositions, il y a du piano, du drum, de la basse et tout… Chaque fois que je pense à faire un album avec Zal Sissokho et Buntalo, c’est comme ça que je le veux, parce que je veux que deux cultures se rejoignent. Moi, je viens du Sénégal, mais maintenant je vis ici. Alors j’essaie de faire du 50-50, un peu pour chez moi et un peu pour l’endroit où je vis, qui est ici.

PAN M 360 : Et qu’est-ce qui vous inspire dans l’écosystème musical d’ici?

ZAL SISSOKHO : C’est très riche. Nous sommes très chanceux au Québec, on trouve une variété d’artistes professionnels qui viennent de partout dans le monde, qui habitent ici. Alors, ça facilite ce genre de rencontre. Parce que si on veut toucher à quelque chose, il y a quelqu’un qui s’y connaît. Surtout dans cet album, La Source, avec la collaboration de mon frère sénégalais, Élage Diouf, qui a participé à la co-réalisation, nous avons rassemblé les idées pour pouvoir donner quelque chose de génial à nos amis! Nos amis qui nous suivent, le public qui nous suit.

PAN M 360 : Vous avez qualifié votre musique de « tradimoderne ». Est-ce un qualificatif qui vous accompagne depuis le début de votre carrière?

ZAL SISSOKHO : Je dirais que oui, parce que j’ai toujours voulu aller un peu plus loin avec mon instrument. La kora, dans d’autres circonstances, est un peu plus limitée. On ne peut pas changer de tonalité comme on veut. Mais j’ai toujours voulu aller vers d’autres cultures avec mon instrument, faire d’autres rencontres. Ces échanges se partagent avec d’autres milieux artistiques, d’autres cultures, d’autres styles de musique. Parce qu’à chaque rencontre, on apprend beaucoup. On contribue, mais en même temps, on apprend et on reçoit aussi beaucoup. J’ai toujours voulu que ce soit mon étiquette.

Le « tradimoderne », la tradition, c’est quelque chose de très sacré pour moi, parce que je viens de ce milieu-là. Le répertoire est immense, et on pourrait jouer pendant des milliers d’années. On ne pourra jamais interpréter tout le répertoire de l’Empire mandingue. Mais en même temps, pour pouvoir toucher un public plus large, j’ai envie de le mixer avec un peu de moderne pour aller encore plus loin. C’est ce qui me suit depuis le début de ma carrière ici, au Québec.

PAN M 360 : Revenons un peu à ce nouvel album, La Source. Y a-t-il un thème qui traverse tout l’album? Qu’est-ce qui vous a inspiré durant sa composition?

ZAL SISSOKHO : C’est très varié, sur cet album. Il y a des morceaux qui parlent de la dignité humaine. Un autre qui dit qu’on ne peut pas savoir ce qui va arriver demain. Et La Source est surtout un retour, un hommage à nos arrière-grands-pères, à nos grands-pères, à nos pères et mères. Puis il y a plusieurs morceaux qui racontent une histoire. L’histoire d’une rencontre, des milieux que je partage, de ce que je vois.

En arrivant ici, j’étais déjà adulte. Il y a des histoires que je ne veux pas perdre, même si je reste ici pendant 100 ans. Il y a ce côté-là qui restera toujours en moi. Mais qui veut s’intégrer dans un pays doit faire la part des choses, prendre certaines habitudes, accepter certaines choses pour mieux pouvoir s’installer et être dans le milieu qui nous entoure. Alors c’est ça. C’est un album qui m’a beaucoup plu en le faisant, parce que les thèmes sont variés, et je veux sensibiliser les gens au rôle du griot, ce rôle qui existe toujours, et faire en sorte que les gens soient en harmonie.

PAN M 360 : Donc il s’agirait d’un album qui reconnaît d’où le répertoire de la kora vient, et qui l’honore, mais en même temps qui est tourné vers les autres et le futur?

ZAL SISSOKHO : Exactement. C’est étonnant, parce que l’humain a toujours été nomade. Depuis des siècles, l’humain voyage vers quelque part de mieux. Chaque fois que l’on va quelque part, qui n’est pas notre milieu, on revient. Et on continue toujours à s’installer ailleurs pour se battre parce que la vie est un combat, tous les jours, de toute façon. Il n’y a rien de gratuit dans le monde.

PAN M 360 : Finalement, à quoi peut-on s’attendre en venant au concert de lancement?

ZAL SISSOKHO : Que du plaisir! Tout le monde va être là pour vous présenter ces nouveaux morceaux sur la scène. C’est une fête, comme si un nouveau bébé venait d’arriver! C’est une manière pour moi de dire aux gens « venez me rejoindre pour faire la fête ». Je vais prendre le temps de présenter et d’expliquer les textes, parce que je chante dans ma langue maternelle qui est le mandiko. Ce n’est pas évident pour certains de comprendre les messages que je passe, mais je prends toujours le temps d’expliquer. Alors, le 9 septembre, c’est une invitation lancée à tout le monde, les mélomanes, ceux qui aiment ce que je fais, ceux qui veulent découvrir ma musique. Tout le monde est le bienvenu!

Zal Sissokho se produira sur la scène du Club Balattou le 9 septembre à 21h pour lancer son nouvel album La Source. L’album sera disponible dès le 8 septembre en format numérique. INFOS ET BILLETS ICI!

A-t-on encore besoin de présenter Misstress Barbara, véritable icône de la scène techno montréalaise ? Voilà plus de 27 ans qu’elle fait vibrer les foules du monde entier sur des fines sélections de rythmes groovy, percutants et taillés pour la piste de danse en tant que DJ et productrice. Femme aux multiples talents, elle est aussi pilote d’avion, capitaine de bateau, instructrice de voile et entrepreneure – elle a monté sa chocolaterie, Chocolats Barbon – oui rien que ça ! Retrouvez-là avec sa casquette de DJ au Piknic Electronik, pour la 21ème année consécutive (!), à l ’occasion de la fête du travail ce dimanche 3 septembre. Le DJ local Manu ouvrira le bal. Un rituel à ne pas manquer !

Crédit photo : Annie Rossano

PAN M 360 : Vous êtes née en Italie, où vous avez passé les premières années de votre enfance. Quels sont les souvenirs musicaux que vous en gardez ?

Misstress Barbara : Oui, je suis née en Italie, j’ai déménagé à Montréal à l’âge de 7 ans et demi. C’est drôle parce que récemment, j’étais dans la voiture, puis j’écoutais du Julio Iglesias et ma copine me disait « mais qu’est-ce que tu fais à écouter ça? ». Je lui ai répondu que j’étais un peu nostalgique ces jours-ci. Ce sont des souvenirs d’enfance, je me rappelle que les dimanches matin, quand je me réveillais, mes parents jouaient les vinyles de Julio Iglesias très fort dans la maison, pendant que ma mère faisait un peu de ménage.

Puis qu’est-ce que j’ai d’autre comme souvenirs ? La valse. Si je connais tous les morceaux de Strauss, c’est parce que ça jouait fort dans la maison, en vinyle, toujours en vinyle. Et pourtant, ce n’est pas du tout la raison pour laquelle j’ai une passion pour les vinyles. C’est juste un hasard !

Je me souviens aussi des musiques italiennes des années 1980. Quand je retourne en vacances en Italie, dès qu’il y a une chanson des années 1980 qui joue, je la chante. Je connais toutes les paroles parce que ce sont des souvenirs d’enfance.

PAN M 360 : Quels sont les genres musicaux qui vous ont accompagné à l’adolescence, une fois arrivée au Canada ?

Misstress Barbara : J’ai continué d’écouter de la musique italienne. Mon père est décédé maintenant, mais ma mère encore aujourd’hui, elle regarde la RAI à la télé, elle écoute la radio italienne, donc quand je suis chez elle, je continue d’entendre de la musique italienne. Mais quand j’étais adolescente, j’avais mon premier Walkman, mes premiers sous pour aller acheter de la musique, je m’achetais des cassettes des Beatles, The Police, Rolling Stones, Iron Maiden. J’étais vraiment une rockeuse. Je n’aimais pas la musique actuelle quand j’étais jeune. Madonna et Michael Jackson, j’aimais pas du tout, il fallait que ça soit du rock. 

Ce qui est intéressant, c’est que j’y suis revenue plus tard. Quand tu produis de la musique, tu vas chercher des échantillons, souvent de disco. Quand j’ai commencé à produire de la musique, je suis retournée en arrière pour aller chercher des échantillons de Michael Jackson et d’autres musiques des années 1980 pour les mettre dans ma musique.

PAN M 360 : Comment la musique électronique s’est-elle introduite dans votre vie ?

Misstress Barbara : Étant vraiment une rockeuse, je ne connaissais pas vraiment la musique électronique underground. J’entendais ce qui jouait à la radio, je trouvais ça dégueulasse. À l’époque, c’était genre Eurodance, Corona – The Rythm Of The Night . Puis un soir, une amie m’a traînée à l’Octogone, c’était une discothèque sur le boulevard Gouin. Je n’aimais pas les discothèques, donc je m’emmerdais. Il faut savoir que c’était aussi l’époque de la bonne house underground qui commençait à sortir de l’underground et à arriver dans le monde populaire. Par exemple Hardrive – Deep Inside, Robin S. – You Got to Show Me Love ou CeCe Rogers.

Là, il y a un gars qui me regarde qui me dit, « t’aimes la house? », je dis « comment, c’est quoi ça, la house? » Il me répond « je t’ai vu bouger ton genou quand c’est de la house qui joue. Tu devrais essayer d’aller dans les raves et tu devrais fréquenter les bars gays, tu vas aimer la musique là-bas ».

Tout ça pour dire que je suis allée à mes premières soirées gays dans les bars, et j’ai trouvé la musique tellement bonne ! À l’époque, c’était les soirées Squeeze au Métropolis, il y avait le Royal, le Kox. C’était vraiment fou, c’était un autre monde. Et puis après, je suis allée mon premier rave. Je suis tombée en amour avec cette musique underground. J’ai dit je veux être DJ, c’est ce que je veux faire, voilà. 

PAN M 360 : À quoi ressemblait la scène dans les années 1990 et comment votre carrière a-t-elle démarré à Montréal?

Misstress Barbara : Il y avait une magie dans les raves et dans les soirées on retrouvait ça. Les soirées Squeeze au Métropolis (MTELUS) les jeudis soir étaient des soirées gays qui n’avaient rien à voir avec un spectacle ou un concert. J’avais une fausse carte pour rentrer là parce que j’avais pas encore 18 ans. J’ai halluciné, il y avait des gens costumés, il y avait des drag queens, c’était normal. Et surtout, j’ai vraiment tripé sur la musique.

Puis à un moment donné, à force de m’amuser dans les soirées, j’ai conscientisé qu’il y avait quelqu’un qui mettait la musique. Comme je suis une grande curieuse, je veux toujours aller plus loin. Ça a été le cas avec le DJing, la production et plein d’autres choses. Par exemple, j’ai commencé à faire de la voile, mais c’était pas assez. Je suis devenue capitaine, c’était pas assez, je suis devenue instructeur de voile. J’ai commencé à faire du chocolat par expérimentation, puis finalement j’ai ma propre compagnie de la fève à la tablette. C’est dans ma nature.

Une fois que j’ai compris qu’il y avait des DJ derrière la musique, j’ai commencé à les regarder travailler, ce qu’il faisait avec leurs mains, les vinyles qu’ils mettaient. C’est ce qui m’a donné envie de devenir DJ.

PAN M 360 : Comment vous êtes-vous formée au DJing ?

Misstress Barbara : Un ami à moi m’a montré les bases. J’étudiais en cinéma et je touchais à tout, dont le montage sonore, donc je n’avais pas besoin qu’on m’explique les branchements. Non sans difficulté, j’ai trouvé mes propres tables tournantes, puis j’ai commencé à pratiquer 10, 12 h par jour. J’habitais chez mes parents, ils n’en pouvaient plus d’entendre toute cette musique. J’allais à l’école, je revenais, puis je mixais. Parfois je mixais avant d’aller à l’école, ma vie n’était que ça. On ne peut pas te montrer comment mixer, ça te prend du rythme et de la pratique. À quel moment tu enlèves le disque, c’est du feeling, de la musicalité. Si tu l’as t’es un bon DJ, si tu l’as pas, tu fais ça mécaniquement sans aucun feeling. Il y en a plein des comme ça maintenant, surtout parce que c’est l’ordinateur qui mixe pour toi. Mais j’ai vraiment appris de manière autodidacte. 

PAN M 360 : Et la production, c’est arrivé à quel moment ? Était-ce une suite naturelle et logique au développement de la carrière de DJ ? 

Misstress Barbara : Il faut spécifier qu’à l’époque, si j’avais des bookings jusqu’au Japon, c’était pas grâce à Facebook, il n’y avait même pas de courriel, je recevais des faxes ! Si j’ai été jusqu’à là-bas c’est parce que j’ai compris assez rapidement que si je voulais tourner partout dans le monde il fallait que j’ai des disques qui sortent, donc j’ai commencé à produire. 

Et bien qu’aujourd’hui, j’aime produire pour pour ce que c’est, faire la musique, au début de ma carrière je disais ouvertement que je ne produisais de la musique car c’est ce que ça prenait pour me faire connaître et être bookée partout dans le monde. Mais ça a toujours été une guerre pour moi parce que ce que j’aime créer en studio, c’est pas ce que j’aime jouer comme DJ. Si tu crées quelque chose, il faut un peu que ça soit ta carte de visite. Si je suis une DJ techno je devrais produire de la techno, puis j’en produis de la techno, mais ça me prend plus d’efforts comparé à produire de la pop, quelque chose de mélodique. J’ai fait 2 albums pop et ça m’a mis des bâtons dans les roues parce que les gens achètent, ils disent, « mais c’est quoi ça ? C’est pas Misstress Barbara » parce que comme DJ, je joue de la grosse techno. Est-ce que j’ai envie de changer mon style de DJ ? Non. Ça a toujours été ce gros paradoxe tout le long de ma carrière et encore aujourd’hui quand je dois mettre en studio pour faire de la musique techno je trouve ça difficile, mais je sais que c’est ce qu’on attend de moi. 

PAN M 360 : Il y a quelques mois vous avez publié sur les réseaux sociaux une vidéo de votre prestation à I Love Techno (Belgique) 2002. Est-ce que ce derrière cette publication il y a une forme de nostalgie ?

Misstress Barbara : Oui, une grosse nostalgie parce que premièrement les années 2000, c’était vraiment pour moi mes plus grandes années. Après, j’ai commencé à ralentir, ça s’est fait en même temps que mes albums pop. En fait, c’est moi qui avais le sentiment d’avoir fait le tour de la question. J’ai fait le tour du monde 43 fois, retourner au même festival, ce n’est pas que ça me déplaisait, mais au final, c’était toujours la même chose. Je gagne bien ma vie mais j’ai besoin de sentir que je nourris mon âme et je trouvais que ça se répétait un peu. J’ai commencé à écrire des chansons, j’ai sorti mes albums, mon premier en 2009, ce qui m’a confirmé que aussi toucher à d’autres choses que juste des platines, sans toutefois vouloir arrêter le métier de DJ. Mais malheureusement c’est tellement un milieu puriste que si tu fais d’autres choses, ça fait mal à ta carrière de DJ, puis ça ralentit tout seul.

C’est aussi la nostalgie d’une époque où j’étais jeune et insouciante. Il y a la nostalgie parce qu’à l’époque, tout était sur vinyle. Maintenant, tout le monde est DJ, tu n’as pas besoin d’avoir du talent. Comme je disais, l’ordinateur trouve la prochaine chanson qui match selon la tonalité, le style et fais le beatmatching pour toi. Franchement, ça me décourage. Et puis il y a des gens qui ont une carrière parce qu’ils ont des millions de followers qu’ils ont achetés. Mon propre agent m’a dit, « Barbara, il y a des promoteurs qui ne bookent pas parce que t’as pas assez de followers« , on est rendu là-dedans, on ne parle plus de talent là. Il y a de la nostalgie d’une époque qui n’est plus la même.

PAN M 360 : C’est votre 21ème participation au Piknic !

Misstress Barbara : Le Piknic est vraiment spécial. Je peux jouer devant 40 000 personnes en Andalousie, pas de problème. Et pourtant, à Montréal, j’ai les mains qui tremblent avant de jouer ! Parce que c’est la maison, parce que c’est mon public, parce que c’est ici que j’habite et parce que je ne veux jamais décevoir aucune de mes publics, jamais, mais décevoir à la maison, pour moi ça serait mortel. C’est important de faire plaisir à mes fans ici encore plus qu’ailleurs. Au fil du temps, j’ai développé quelque chose de vraiment spécial avec le Piknic. Je trouve le public différent d’ailleurs, je reconnais même parfois certains visages depuis les années et ce qui fait que c’est vraiment spécial pour moi et que je ne me tanne pas. Ce n’est pas juste de retourner à l’événement, c’est aussi de savoir qu’il y a un public qui t’attend.

BILLETERIE PIKNIC ELECTRONIK MTL #13: MISSTRESS BARBARA / HOUSE OF YOUTH: FORREST – 3 septembre, 16h

Crédit photo: Luz Gallardo

Habituellement perçue comme la collaboratrice d’Anton Newcombe de The Brian Jonestown Massacre, Tess Parks a un son psychédélique brumeux qui met ses auditeurs en transe, et pour prendre une pause momentanée de l’enregistrement, elle apporte ce son au Festival Musique Emergente à Rouyn-Noranda. L’autrice-compositrice-interprète de Toronto, souvent établie au Royaume-Uni, a été très occupée cet été à travailler, soit après la sortie de son album And Those Who Wereen Dancing, paru en 2022.

Avant qu’elle ne donne son spectacle solo au FME, PAN M 360 a eu la chance de s’entretenir brièvement avec Tess Parks au sujet de sa nouvelle musique, de la raison pour laquelle les mots sont toujours des sortilèges, et de la canalisation des émotions dans une chanson.

PAN M 360 : And Those Who Wereen Dancing est sorti il y a un peu plus d’un an, êtes-vous en train de travailler sur le prochain album ou projet ?

Tess Parks : Oui ! J’ai passé l’été à Londres pour enregistrer le prochain album. Je n’ai pas été aussi excitée par la musique depuis dix ans.

PAN M 360 : L’idée est-elle de « tester » les nouvelles chansons lors de concerts ? Allons-nous entendre de nouveaux sons au FME ?

Tess Parks : J’y ai vraiment réfléchi. Je ferai de mon mieux, mais je trouve vraiment terrifiant de jouer seule de nouvelles chansons pour la première fois. J’avais l’habitude de participer à des concerts ouverts au public lorsque je débutais, alors je vais faire tout ce que je peux pour retrouver ce courage. Les chansons du nouvel album sont plus que jamais le fruit d’une collaboration. L’un de mes meilleurs amis et collaborateurs de longue date, Ruari Meehan, a réalisé l’album et c’est honnêtement un chef-d’œuvre. Il a donc écrit la plupart des musiques de ces chansons et m’a réappris à chanter de la manière la plus patiente et la plus gentille qui soit… mais quoi qu’il en soit, je ne sais pas encore jouer ces chansons à la guitare. J’ai tout un album de chansons que j’ai écrites seule, mais je suis encore timide à leur sujet.

PAN M 360 : Il semble que cet album (And Those Who Wereen Dancing) soit plus axé sur le piano que sur la guitare légère. S’agit-il d’un changement organique ?

Tess Parks : Je vivais à Los Angeles lors de l’enregistrement du dernier album et j’ai toujours voulu avoir un piano à la maison… Nous sommes allés chercher sur Craigslist un piano droit gratuit qui appartenait à une ancienne école primaire. À cette époque, j’étais plus attirée par le piano que par la guitare. De plus, l’un de mes meilleurs amis/membres/collaborateurs, Francesco Perini (Pearz), est un joueur de clavier extraordinaire, c’est donc lui que l’on entend sur toutes les chansons – et lorsque nous avons terminé l’album à Toronto, j’ai demandé à mon père d’enregistrer du piano sur quelques chansons également.

PAN M 360 : Comment déterminez-vous quand une chanson va être un peu plus « lourde » comme sur Do You Pray ?

Tess Parks : Honnêtement, cette chanson ne s’est pas du tout déroulée comme je l’avais prévu. Je ferais les choses différemment aujourd’hui.

PAN M 360 : “Words are spells,” (Les mots sont des sortilèges ») est une citation que vous avez prononcée à l’occasion de la sortie de And Those Who Were See Dancing. Que vouliez-vous dire par là et croyez-vous toujours que c’est vrai ?

Tess Parks : Oui, à 100 %, c’est la chose la plus vraie que l’on puisse savoir ! Nous donnons vie aux choses. Nous convoquons des expériences avec nos pensées et nos mots. Lorsque j’ai changé la façon dont je me parlais intérieurement et que j’ai choisi de délibérer sur la façon dont je parlais à voix haute, ma vie entière a changé de la plus belle des façons. Nous créons notre réalité. Essayez, littéralement, de ne dire à haute voix que des choses agréables, des mots d’amour et vos plus grands espoirs et rêves, et voyez ce qui se passe.

PAN M 360 : On parle souvent de vous comme d’un artiste « psychédélique », et ce terme désigne un son spécifique. Mais seriez-vous d’accord pour dire que ce genre est aujourd’hui très répandu ?

Tess Parks : Oui. Tout à fait. Toute la musique est psychédélique. Qu’est-ce que c’est que ça ? Quelqu’un produit ce son avec sa voix ou en bougeant ses mains – ce qui n’est qu’un prolongement de ce que son cerveau demande à ses mains de faire – sur un instrument bizarre inventé par quelqu’un, et tous ces sons sortent et vous font ressentir une certaine chose… C’est le plus fou.

PAN M 360 : Faut-il être heureux pour écrire une chanson joyeuse ou triste pour écrire une chanson triste ?

Tess Parks : J’adore cette question et elle me rappelle Almost Famous – j’espère que c’est la référence.
Si nous partons du principe que les mots sont des sortilèges, alors oui, je pense que ces choses sont liées. Mais on peut aussi écrire pour passer de chansons tristes à des chansons joyeuses, si c’est ce que l’on veut. D’une certaine manière, toutes les chansons sont heureuses, même si elles semblent tristes, parce que quelqu’un a fait de son mieux pour canaliser cette tristesse en quelque chose de tangible et de beau, et ne l’a pas simplement gardée à l’intérieur.

Tess Parks // Katy Newcombe

PAN M 360 : Qu’avez-vous écouté dernièrement qui vous inspire vraiment ?

Tess Parks : La nouvelle chanson de Vacant Lots, Damaged Goods, a été répétée pendant un petit moment – mais surtout beaucoup de méditations ou de silence. Et entre deux enregistrements, nous avons écouté beaucoup de reggae.

PAN M 360 : Beaucoup de gens ont découvert votre musique grâce à votre collaboration avec Anton Newcombe, du groupe Brian Jonestown Massacre.

Tess Parks : Il faut toujours finir par rencontrer ses héros.

Tout amateur de trad québécois sait fort bien qu’Yves Lambert fut le chanteur emblématique de La Bottine souriante, vaisseau-phare du genre pendant des décennies avec qui le chanteur et accordéoniste a enregistré pas moins de 11 albums.

Le fameux groupe a certes survécu à sa démission il y a 20 ans et, de son côté, Yves Lambert n’a jamais cessé de créer depuis lors : 7 albums ont été confectionnés sous sa direction, un nouvel opus est d’ailleurs prévu pour le début 2024.

À 66 ans, Yves Lambert reste curieux, trippeux, rigoureux, toujours ouvert aux métissages stylistiques et culturels de la musique trad. Il nous présente cette fois le nouveau chapitre d’une trajectoire exemplaire, dont la première manifestation d’importance aura lieu ce samedi à la Fête de la Musique de Tremblant.

PAN M 360 : L’année passée, il y avait eu un gros orage au village de Mont-Tremblant, ton show avait été annulé.Tu reviens sur scène avec quel concept ?

Yves Lambert : Là, nous serons  en quartette, un nouveau groupe avec des renforts. Mon quartette comprend (outre moi-même) Robin Boulianne au violon, Paul Audy aux guitares, Mathieu Royer à la contrebasse. Et pour le concert à Tremblant, quatre autres musiciennes et musiciens se joignent à nous, dont le flûtiste, saxophoniste Gabriel Schwartz qui arrange et réalise mon prochain album. Il y aura du basson, des clarinettes… Je voulais des bois plutôt que des cuivres! Les musiciens d’aujourd’hui n’ont jamais été aussi bons.Les arrangements de Gabriel sont tout simplement hallucinants. On travaille dans la qualité, mon ami. 
PAN M 360 : Si je comprends bien, les arrangements fins et les métissages restent toujours au menu trad d’Yves Lambert!
Yves Lambert : J’ai besoin d’harmonie et de musicalité! Même en tant qu’autodidacte de la pire espèce, j’en ai passé des étapes ! J’en ai vu des musiciens, j’en ai travaillé des musiques différentes avec ben du monde. Et je suis un peu tanné des mêmes esthétiques. Mon travail, enfin c’est comme ça que je le vois, c’est d’essayer de trouver des nouvelles directions. Et c’est pourquoi je sortirai un nouvel album en janvier, cette fois plus doux, plus romantique.  
PAN M 360 : Ton dernier enregistrement, Lâche-moi le tordeur, est sorti en novembre 2021. Il y a donc un vrai changement avec celui qui vient, et ce à quoi nous aurons droit!
Yves Lambert : Là, le processus est bien différent. Ça s’est fait sur deux ans. C’est smooth, ça se joue bien. J’y fais la chanson la plus longue de ma vie, une chanson sur la solitude et l’ennui. J’ai le goût de la profondeur. Le concept de l’album, ce sont des adaptations québécoises de l’époque de la chanson réaliste au Québec, soit il y a une centaine d’années.
PAN M 360 : Oui,  comme en France à la même époque (Aristide Bruant, Fréhel, Damia, Édith Piaf, etc.) , il y avait effectivement  une scène québécoise de la chanson réaliste.
Yves Lambert : Oui, exactement, dans les années 20. Alors jj’ai retracé des interprètes québécois de cette époque, comme Albert Marier. Ces artistes étaient professionnels ou semi-professionnels. Àa me sort du répertoire rural, d’une certaine façon. 
PAN M 360 : C’est intéressant parce que c’est une approche moderne d’il y a 100 ans. 
Yves Lambert : Exactement ! Je viens d’aller faire  des photos en fin de semaine dans un aéroport en Ontario pour illustrer une chanson sur les débuts de l’aviation. Il y a plein d’affaires de même dans le nouvel album.
PAN M 360 : Le début de la modernité se fonde désormais dans la tradition, ça peut faire partie du répertoire trad.
Yves Lambert : Tout à fait. Et comme je dis, puisque j’ai le trad dans l’âme, je peux m’atteler à ce répertoire peu connu.
PAN M 360 : Vaste trad! Mais ce que tu présentes à Tremblant, ce sont plutôt les grands succès d’Yves Lambert avec des arrangements raffinés, c’est bien ça ?
Yves Lambert : Oui, je fais quand même deux tounes du prochain album et le reste des chansons originales proviennent de mon répertoire.
PAN M 360 : Il y a un côté party à cette soirée, n’est-ce pas annoncé comme La fête au village?
Yves Lambert : Ouais, mais c’est quand même un concert donné devant un public qui écoute. Ce public venu à cette Fête est quand même intéressé par la musique classique !
PAN M 360 : Alors quel sera  le répertoire  de la soirée ce samedi ?
Yves Lambert : Outre les deux nouvelles chansons de mon prochain album, il y aura un pot-pourri de chansons de Philippe Bruneau; tout orchestré aussi, c’est beau! Après ça, je tombe dans mon album précédent, notamment avec la chanson Au pays de Bill Wabo. Il y aura aussi Au bord du Lac Rond, la plus belle de Jean-Paul Guimond que j’avais récoltée chez lui, une chanson très symbolique sur l’amour de la terre natale. C’est tellement enraciné que c’en devient universel.
PAN M 360 : À part ça, tu as sûrement prévu des moments de fête, vu le thème officiel ce ce spectacle.
Yves Lambert : Pour une fois, on fait deux medleys de La Bottine souriante. On commence à les coller, ce serait impossible pour moi de ne pas les faire. Mick Jagger fait les mêmes chansons depuis 60 ans avec le même focus. Ça m’emballe de voir ça.
PAN M 360 : Beau mandat, tout de même!
Yves Lambert :  Moi, je me sens encore privilégié! Dans le contexte actuel, si difficile pour les artistes, moi je travaille. J’ai plusieurs spectacles à venir cet automne, dont une quinzaine en décembre. J’en profite aussi, puis j’aime ça.
PAN M 360 :  Pourquoi arrêter, au fait ? Pas question de s’arrêter. Sinon, quand on est vieux, le cerveau ramollit et on se met à radoter ses souvenirs et ses vieilles opinions. Ouash!

Yves Lambert : ETK, c’est dans ma musique que mon cerveau se trouve  le plus en ordre. Autrement le désordre s’installe. Hahaha !

YVES LAMBERT ET SON ENSEMBLE DE 8 INSTRUMENTISTES SE PRODUISENT SAMEDI, 19H30, À LA FÊTE DE LA MUSIQUE DE TREMBLANT. C’EST GRATUIT !

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