Vu la sortie imminente de son album Racines, nous avons parlé avec le Montréalais d’origine malienne Iba Diabaté de cette œuvre, ainsi que de sa prochaine prestation au Club Balattou. Son profil biographique nous rappelle qu’il a appris le chant, le balafon et la guitare sans le dire à  son père, le célèbre griot Abdoulaye Diabaté – comme tant d’autres parents artistes qui savent les périls financiers de cette profession, le paternel l’aurait bien vu embrasser les professions libérales  Acteur et mannequin en parallèle, sa vocation se trouve dans la musique pop africaine, la culture bambara et la transmission des traditions stylistiques. 

Lisez la critique de l’album Racines

PAN M 360 : Tout d’abord félicitations pour votre album. Qu’est-ce que ça fait d’être sur le point de diffuser cette œuvre dans le monde ?

Iba Diabaté : Eh bien, je dirais que ça fait du bien. Un bon retour avec un album assez original, voilà. Donc ça me fait du bien.

PAN M 360 : Est-ce que ça a pris beaucoup de temps pour le préparer, cet album-là ?

Iba Diabaté : Bien sûr, bien sûr. Cet album, Racines, ça m’a pris quasiment deux ans et demi, trois ans presque, pour préparer l’album. Parce que c’est un album quand même assez original, c’est acoustique. Donc c’est pas comme les autres albums, on peut le faire avec les machines et tout, mais dans cet album tout est joué en live, 100% live. Donc c’est pour ça que ça a pris du temps.

PAN M 360 : Quelle est  la motivation particulière de cette collection de chansons?

Iba Diabaté : La motivation particulière, c’est que la musique traditionnelle africaine est en train de disparaître. Donc vu que je viens d’une grande lignée de griots,  détenteurs de la tradition africaine, plus précisément les Diabatés de la région de Ségou, je décide de poursuivre ce que fait mon père, j’ai donc décidé de venir un petit peu vraiment à la source.

La source c’est d’aller puiser un peu dans les instruments traditionnels, l’inspiration traditionnelle de tout ce qui est la musique traditionnelle malienne, avec des sonorités comme le n’goni, le balafon, la calebasse et tout. Or, cette musique a tendance  à disparaître.

Maintenant on est plus dans la musique commerciale et tout. Donc vraiment j’ai voulu aller puiser vraiment dans la racine des instruments traditionnels. C’est une musique qu’on ne se fatigue pas d’écouter. Ça peut être utilisé dans n’importe quel événement, que ce soit dans le cinéma et puis dans le théâtre, dans n’importe quel événement, donc c’était vraiment très important pour moi de réaliser cet album.

PAN M 360 : J’ai vu que votre premier album est sorti en 2007, diriez-vous que beaucoup de choses ont changé pour vous musicalement depuis ?

Iba Diabaté : Beaucoup de choses qui ont changé musicalement. Après album Mouna, j’ai beaucoup travaillé avec les gens du Cirque du Soleil, j’ai fait des musiques avec TVA, Radio-Canada, j’ai fait pas mal de musiques de films, de cinéma, des documentaires. Je joue beaucoup avec le son, avec la voix. Je peux faire des chansons juste avec la voix qui devient un instrument africain. Je peux faire des voix  pigmées, sud-africaines, un peu ouest africaines, donc je fais beaucoup de mélanges. Donc, les choses ont changé pour le mieux.

PAN M 360 : Pourriez-vous expliquer les différents genres de musiques

Maliennes prises en compte ?

Iba Diabaté : Oui, au Mali il n’y a pas mal de musique. En fait, le Mali, je dirais que c’est le berceau de la musique africaine parce qu’on y trouve de tout, on trouve de tout. On trouve la musique du Nord qui est aussi variée, les Touaregs, les Tamacheks, les Sonrai, tout le monde a sa musique. Donc sur chaque côté, par exemple, je prends la région de Sikasso, qui est la région des xylophones, des xylophones traditionnels qu’on appelle le balafon. Et juste dans la région de Sikasso, tu peux trouver 30 à 40 différentes sonorités de balafon. En fait, c’est tous des balafons, mais c’est des sonorités différentes. 

Donc les accords, les gammes à laquelle les gars jouent, la sonorité est très différente. Et puis aussi, quand tu reviens un peu vers Sigu, c’est vraiment la source de la musique blues-gaz. Tout ce qu’il y a de bambara, tout ce qu’il y a musique jazz, blues, funk, la source vient de là. C’est la région de Ségou. Donc c’est vraiment le berceau de la grande musique. Moi je viens de là, mon papa est né là. Et si nous venons d’une famille de griots qui sont les détenteurs de la tradition la culture africaine et la musique malienne en tant que telle, il y a tellement de couleurs, il y a tellement de couleurs, on n’a jamais fini d’exploiter.

C’est pour ça je dis qu’au lieu de chercher un petit peu dans la modernité, dans la musique moderne, dans la musique commerciale, on a tellement de choses qui sont les instruments qu’on peut mettre en valeur. Donc je veux vraiment essayer de faire un wake-up à tout le monde concernant la musique de chez nous. Et je te parle précisément de la région du nord, le centre, et puis un peu vers Cigasso. e Mali est hyper riche en culture. 

PAN M 360 : Comment s’est passée la préparation de votre prestation à Montréal, prévue dimanche au Balattou ?

Iba Diabaté : Je suis en train de mettre le paquet pour vraiment faire revivre l’album aux spectateurs, aux fans. Voilà, on est en pleine répétition.  On prépare bien le spectacle et puis ça se sent bien ! Et puis il y a beaucoup d’autres choses qui arrivent aussi. les festivals, l’année prochaine d’été et tout, on est là-dessus, on est là-dessus et puis ça va vraiment bien donner et tout, voilà quoi.

PAN M 360 : Et vas-tu jouer l’album en complet, hein?

Iba Diabaté : Exactement.. C’est vraiment  de  faire revivre l’album en live.

PAN M 360 : Y a-t-il quelque chose que vous voudriez que le public sache à l’avance de ce spectacle, ou non ?


Iba Diabaté : Oui, mais ce que je dirais au public, est-ce que c’est un grand retour, le grand elle est très très spéciale pour moi parce que en quelque sorte ça parle non seulement de l’Afrique ça parle aussi de ma vie, de mon parcours et tout et je vous invite tout le monde à venir passer ce bon moment avec nous le dimanche voilà tout et voilà il y a de belles surprises qui les attendent !

François Bourassa, pianiste, compositeur, improvisateur et leader d’orchestre, se trouve au cœur d’un cycle de création qui l’a mené à renouveler les propositions de son superbe quartette et aussi de se prêter à un duo exploratoire avec le saxophoniste et compositeur Philippe Côté. Deux albums en témoignent, Swirl côté quartette (sorti récemment chez Effendi  et Confluence côté duo (lancé très bientôt chez Odd Sound). Le principal intéressé nous en cause dans le contexte du 24e Off Festival de Jazz de Montréal qui s’est amorcé jeudi et qui se tient jusqu’au 14 octobre.

PAN M 360 : Tu traverses une période prolifique : deux albums et un concert double à l’OFF Jazz, ce n’est pas rien !

François Bourassa :  Oui, j’ai fait deux albums cette année. Un avec mon quartette habituel, live au studio Piccolo en juillet 2022 dont nous avons reçu une super bonne critique sur PAN M 360 (Frédéric Cardin). J’ai aussi enregistré un album avec Philippe Côté, l’an dernier dans un studio de New York. Philippe roule sa bosse depuis un bon moment et il prend son temps. Il a fait trois albums jusqu’à maintenant, c’est un gars vraiment intéressant et il m’a fait cette proposition. Pour ce projet, il fait du piano préparé avec moi et du saxophone. On se retrouve donc à deux pianos ou encore il fait du sax. On s’amuse!  C’est assez exploratoire et c’est différent de ce que je fais d’habitude.

PAN M 360 : Comment prépares-tu le piano? 

François Bourassa : Un ou deux pianos sont préparés avec de la gommette ou de petits bouts de bois insérés dans les cordes de la table d’harmonie. J’essaie de faire du tuning avec ça,c,est-à-dire que j’essaie de placer les objets pour qu’il y ait un rapport harmonique avec ce que fait Philippe. Philippe en fait un peu mais c’est surtout moi qui en joue.

PAN M 360 : Comment accorder tout ça ?

François Bourassa : On essaie que ça soit harmonieux, que ça marche avec l’harmonie un tant soit peu pour que ça soit cohérent en harmonie. Mais ce n’est pas que ça; ce sont des textures, des couleurs, c’est assez exploratoire, il y a pas mal d’impro.  En tout cas, ça sort du chemin!

PAN M 360 : Alors ça, ce que vous avez fait, c’était exploratoire, mais est- ce que c’était de l’improvisation libre ou des canevas ? 

François Bourassa : Il y a des canevas, il y a des bouts d’improvisation libre, mais il y a quand même des mélodies et des harmonies consonantes.

PAN M 360 : Et votre échange repose sur une sorte de protocole, lequel au juste ?

François Bourassa : ll y a des consignes à respecter, nous avons tous deux composé. Il y a il y a plus de compositions qui viennent de lui, mes pièces sont peut- être un peu plus ouvertes pour l’impro mais il y a quand même des consignes… et aussi des moments  aléatoires. Au bout du compte, ce sont sketchs sur lesquels on travaille.

PAN M 360 :  Parlons du quartette. D’après toi, qu’avez-vous accompli de spécial dans le dernier album (Swirl) ?

François Bourassa : C’est dur à définir. Je ne veux plus faire les structures habituelles du quartette acoustique, thème-solo-thème ad nauseam. Non je ne vais plus faire ça, c’est le passé. Maintenant, je me casse la tête à essayer de trouver de nouvelles structures, je travaille fort sur l’architecture des morceaux. Je cherche de nouveaux lieux d’expression pour les solistes, pour l’improvisation collective et pour l’exposition des thèmes. C’est une autre forme. Les morceaux sont moins prévisibles en ce sens.

PAN M 360 : Donc, chaque structure de morceau est différente ? Oui. Un exemple pour l’illustrer ?

François Bourassa : Par exemple, j’ai une pièce qui s’appelle Pooloop. Le solo de basse se trouve dans une section vraiment dépouillée, puis presque libre de tempo. Le solo de piano s’amorce par un duo avec la batterie. Le solo de sax a aussi un moment d’échange avec le piano mais dans une autre forme, soit à la fin du morceau. Ça change souvent de direction, je veux pas que ce soit prévisible.

PAN M 360 : Pour tes choix harmoniques,  ça change aussi avec le temps ?

François Bourassa : Oui. J’essaie de pousser l’harmonie assez loin, aussi proche des fois de la musique contemporaine. Ça fait longtemps que je me penche là-dessus. J’ai étudié à McGill, en musique contemporaine. J’ai toujours eu un attrait vers l’harmonie, plus chromatique mais je ne l’utilise pas systématiquement. Je peux retrouver des musiques consonantes (tonales ou modales), alors je ne veux pas faire exclusivement de l’abstraction, je ne veux pas en mettre trop. C’est beau  ad lib mais il faut que ce soit organisé à un moment donné.

PAN M 360 :  Effectivement, il est important que les gens puissent se  raccrocher  à certains éléments de compréhension déjà intégrés. Si tu coupes complètement avec le passé, ce n’est pas une garantie d’innovation et de qualité. 

François Bourassa : Oui, exactement. C’est un défi de trouver un équilibre entre l’aspect plus « abstrait » et le côté « plus confortable ».

PAN M 360 : Trois des quatre membres (sauf le batteur Guillaume Pilote, arrivé récemment) jouent dans ce quartette depuis ses débuts il y a 25 ans.  Explication?

François Bourassa : On s’entend bien!  Notre longévité relève peut-être d’une coïncidence, mais on est des bons chums en même temps.

PAN M 360 : Comme la presque totalité des jazzmen québécois, tu as dû gagner ta vie dans l’enseignement de la musique. Aujourd’hui, cependant, tu te consacres essentiellement à TA musique.

François Bourassa : À 60 ans, j’ai pris ma retraite de prof, j’en ai 64.

PAN M 360 : C’est parfait, tu fais tout ce que tu veux depuis un moment déjà !

François Bourassa : Oui!

 
   

Sélectionnée sur la courte liste du Prix Polaris 2023, Gayance, alias Aisha Vertus, a lancé Mascarade en mars dernier avec les résultats que l’on sait. Transplantée à Amsterdam depuis peu, la Montréalaise poursuit sa transhumance qui l’a menée régulièrement en Europe  et au Brésil. Mais, vu les célébrations récentes autour du Prix Polaris où elle a offert une solide performance, et Pop Montréal où elle se produit ce dimanche, un séjour au pays s’imposait, question de récolter les fruits d’un travail de plus en plus inspiré. Inutile d’ajouter qu’une interview s’impose itou ! Voici notre entretien avec notre Aisha Vertus, dont le projet Gayance a le vent en poupe.

PAN M 360 : Comment ce nouveau cycle s’est-il amorcé?

Aisha Vertus : En 2020, il y a eu la pandémie. J’étais au Brésil, installée dans le quartier Vila Magdalena à Sao Paulo. Je voulais pas revenir! Mais je suis rentrée au Québec. J’ai fait de la recherche sur des émissions de télé, j’ai été commissaire d’œuvres pour des expositions  J’ai été vraiment occupée à faire toutes sortes de choses. Puis en parallèle, ma façon de tout sortir de mes émotions, c’était de faire de la musique.

J’ai commencé en novembre 2020 l’album Mascarade sans vraiment savoir que je commençais quelque chose de plus important, le EP est sorti un an plus tard, en octobre 2021, No Toning Down qui était une sorte d’esquisse. 

PAN M 360 : Quel est ton gear en studio?

Aisha Vertus : Ableton,  MK3 et Arturia Minilab. J’ai fait la démo dans mon appart à Parc-Ex, qui ensuite s’est transformée progressivement. À la résidence du PHI à Sainte-Adèle, des musiciens sont venus m’accompagner et jouer les maquettes imaginées chez moi, nous avons ajouté le côté  blues et rock. Et j’ai complété à Amsterdam. J’ai eu envie de faire ça jusqu’au maximum, alors on a fait un court- métrage qui est réalisé par Maëlys Poir le Sort. On s’est rendu jusqu’au Young Directors Awards à Cannes.

PAN M 360 : Après la pandémie, tu t’es remise à  voyager?

Aisha Vertus : Oh oui. Le printemps est arrivé, j’ai commencé à beaucoup tourner en Europe. Je faisais beaucoup d’allers-retours, ça a commencé à être vraiment intense. Un mois en Europe, un mois ici, un mois en Europe, un mois ici. Finalement, à la fin de ma tournée en Europe, tout était aligné, j’ai trouvé un emploi dans un magasin de disques à Amsterdam, j’ai aussi trouvé des charges de cours au club The School pour y enseigner le Djisme. Très rapidement, je me suis installée à Amsterdam. Je comprends de mieux en mieux le hollandais, j’ai aussi des amis qui viennent du Surinam et du Maroc.

PAN M 360 : En musique, comment les branches de ton arbre ont-elles poussé? 

Aisha Vertus : Je suis DJ, je ne considère pas les genres comme un musicien peux le faire. Un style pour moi , c’est vraiment une couleur, un mood que certains genres peuvent apporter.  De cette manière, j’ai vraiment essayé de jouer avec les styles dans l’album, afin de raconter une histoire.

PAN M 360 : Des exemples ?

Aisha Vertus : Lord have Mercy est une chanson vraiment mielleuse, R&B, qui parle d’une petite histoire coquine qui s’est passée à Berlin. J’avais envie de ne pas faire comme on le fait à Berlin, c’est-à-dire en techno. J’avais plutôt envie d’un mood langoureux, j’ai opté pour le R&B.  Mascarade, la chanson-titre, , c’est une chanson quand même revendicatrice dans un certain sens. Il y a une certaine tristesse aussi, donc pourquoi pas le blues ? 

Moon Rising, c’est aussi une célébration de soi. C’est la renaissance, la transformation. Je me suis dit pourquoi pas house ?

PAN M 360 : Les couleurs stylistiques sont variées, donc. Pas vraiment de musique haïtienne, celle de tes parents?

Aisha Vertus : Pas vraiment, pas tant. Le hip-hop est une influence mais  je dirais que dans mon travail, il y a beaucoup de musique électronique. C’est ça la base. On pourrait dire le broken beat anglais de West London, le UK Garage, le footwork de Chicago, l’afro-ctech aussi. J’avais envie de vraiment toucher toutes ces cordes-là de musique électronique. Même quand je mixe beaucoup de broken beat, je mixe beaucoup de house très new-yorkais, soulful, tout ça.  Et oui, j’aime beaucoup la musique British, j’ai fréquenté récemment les musiciens de Ko Ko Ko, Ezra Collective et le guitariste Oscar Jerome avec qui j’ai fait des shows en Europe.

PAN M 360: Formidable. Bravo, bonne continuation et bon concert à Pop MTL !

GAYANCE SE PRODUIT À L’ENTREPÔT 77 , DIMANCHE 18 H. INFOS ICI


Aisha Vertus: Merci !

Amateurs de rap old-school et boom bap teinté d’inspirations jazz & R&B, Mosez Jones est sans équivoque l’artiste que vous devez découvrir à travers la vaste programmation de Pop Montréal. Le Montréalais allie sa passion pour la poésie à la musique, proposant des textes soignés et d’excellentes productions de son cru. À quelques heures de sa présence à POP Montréal, PAN M 360 s’est entretenu avec lui afin d’en connaître plus sur son histoire, ses inspirations et ses projets futurs.

En 2018, Mosez Jones fait son apparition sur la scène musicale montréalaise avec Redfern, une collaboration avec le chanteur Fernie. D’entrée de jeu, ses habiletés rythmiques se faisaient ressentir. Après près de deux ans de pause, il est revenu à la charge en mars dernier avec Runnin’ suivi quelque mois plus tard de Perfect Like This?. Dans ses deux dernières sorties, Jones est en plein contrôle de son art et n’hésite pas à chanter davantage. Le mariage de rap et de chant que l’on retrouve sur ses récents morceaux lui va à merveille. Ça promet pour la suite! 

Samedi soir, Mosez Jones partagera la scène du Diving Bell Social Club avec Claire Ridgely, 1000joules et Stockdale.

PAN M 360 : Apprenons à vous connaître! D’où venez-vous? 

MOSEZ JONES : Je suis né et j’ai grandi à Montréal. J’ai vécu à plusieurs endroits et j’ai déménagé à plusieurs reprises. La ville est magnifique, je l’adore.

PAN M 360 : Quelle place occupait la musique lors de votre enfance?

MOSEZ JONES : La musique était très importante dans ma vie, principalement parce que mon père était musicien. Quant à mère, elle est aussi passionnée de musique. Bien évidemment, j’ai toujours été entouré de musique. Quand j’étais plus jeune, j’écoutais de tout, du heavy métal jusqu’à Whitney Houston et Queen. J’ai aussi passé de nombreuses heures à écouter des vidéo-clips à la télévision sur des chaînes comme MTV. Ça m’a exposé à la musique de partout. 

PAN M 360 : Pourquoi avez-vous commencé à créer de la musique? Qu’est-ce que cela vous apportait?

MOSEZ JONES : Je crois que j’ai commencé à créer de la musique afin d’amener mon écriture à un autre niveau. J’ai débuté l’écriture de poème à l’âge de six ans. Lorsque j’ai commencé à écouter davantage de rap, hip-hop et R&B, je suis tombé en amour avec la combinaison de rythme et de poésie qu’on y retrouve. Pour moi, créer de la musique était la suite logique pour atteindre un niveau supérieur. Cela me permettait de rendre mon art plus accessible. La création musicale a aussi eu un effet thérapeutique dans ma vie. J’ai appris beaucoup en écoutant les créations de différents artistes. 

PAN M 360 : Quelle importance accordez-vous à l’écriture dans votre création?

MOSEZ JONES : Je crois que c’est la partie la plus importante! Cependant, je suis probablement biaisé, car je suis un écrivain. Pour moi, la poésie est une manière de rendre mon message plus agréable et digeste, ce qui est nécessaire en musique. C’est très important de jouer avec les mots et d’utiliser des métaphores afin de peindre des images avec nos mots. Quand j’écoute une chanson, je trouve que c’est primordial de sentir que beaucoup d’efforts ont été mis dans l’écriture. Bref, j’y accorde beaucoup de temps. 

PAN M 360 : Votre musique est teintée d’influences diverses telles que le jazz, le hip-hop et le R&B. Qu’écoutez-vous en général?

MOSEZ JONES : Ces derniers temps, j’écoute beaucoup de chansons tirées de films, car j’en ai visionné plusieurs récemment. Je trouve que les musiques de film sont géniales. Sinon, je m’intéresse beaucoup à tout ce qui est indie, rock et même punk. Récemment, j’écoute pas mal de Jungle, Half Moon Run, Mac Miller et Dominic Fike. D’ailleurs, j’ai adoré le dernier album de ce dernier. Dominic Fike est probablement dans mon top des artistes avec qui je rêverais de collaborer. 

PAN M 360 : Quand avez-vous commencé à faire paraître des morceaux?

MOSEZ JONES : Je dirais que j’ai commencé à réellement prendre la musique au sérieux en 2018. Avant ça, je mettais des morceaux en ligne ici et là sur SoundCloud. Ça m’a permis de m’habituer à sortir des titres et d’avoir l’avis des gens avant de réellement me lancer. 

PAN M 360 : On retrouve de nombreuses productions datant de plusieurs années sur votre SoundCloud. Produisez-vous encore?

MOSEZ JONES : Oui, je produis encore. Prenons en exemple ma dernière sortie Perfect Like This?, j’ai créé 95% du morceau. Le reste a été fait avec un ami à moi. Aussi, la plupart de mes chansons qui ne sont pas encore sorties, je les ai produites. 

PAN M 360 : Parlons justement de votre plus récent titre Perfect Like This?. Comment s’est déroulée la création de ce morceau?

MOSEZ JONES : J’adore cette chanson. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas senti aussi bien lors de la création d’un morceau. Mon ami et moi sommes partis dans un chalet dans le nord pendant quelques jours. Nous avons apporté tout notre matériel pour créer, et c’est là que ce titre est né. Perfect Like This? a été façonné en une journée, et la création était extrêmement fluide. Je ne dirais pas que c’est une chanson d’amour, mais ça aborde définitivement ce thème. « Qu’est-ce qui rend quelque chose ou quelqu’un de parfait » ou « Est-ce possible d’être parfait » sont deux questions qui émanent de ce morceau. Il faut vraiment écouter et lire les paroles pour bien en saisir le message. 

PAN M 360 : Dans vos deux plus récentes sorties Runnin’ et Perfect Like This?, vous arborez un style plus assumé et R&B. Est-ce le son que vous recherchez présentement? 

MOSEZ JONES : C’est une bonne question. Je ne sais pas si c’est nécessairement ça que je recherche. Récemment, j’expérimente beaucoup et j’aime essayer de nouvelles choses. J’aime chanter davantage et je veux le faire de plus en plus. C’est ce que j’essaie d’accomplir. Je ne dis pas que mon prochain projet va être entièrement différent de ce que j’ai fait par le passé, mais j’aimerais avoir une approche créative plus indie dans le futur.

PAN M 360 : Alors, à quoi devons-nous s’attendre de vous au cours des prochains mois?

MOSEZ JONES : En ce moment, je prépare beaucoup de choses. Tranquillement, je me prépare à la sortie d’un projet. J’ai très hâte de pouvoir dévoiler des morceaux sur lesquels je travaille depuis longtemps. 

PAN M 360 : Comment décririez-vous votre projet à venir?

MOSEZ JONES : Plus élaboré. Je sais que c’est un choix intéressant de mot, mais je dirais que c’est définitivement plus élaboré. Focused

PAN M 360 : En quel sens sera-t-il plus élaboré que ce que vous avez fait antérieurement?

MOSEZ JONES : J’ai créé dans un état d’esprit très isolé, 90 à 95% des idées proviennent de moi-même, de mes pensées et de mon énergie. Je me suis occupé de la plupart des productions et de l’enregistrement. J’avais mes propres idées et j’ai tout fait pour les transposer dans ma musique. Presque tout provient de moi et c’est en ce sens que ce sera plus élaboré et approfondi. 

PAN M 360 : Vous monterez sur la scène du Diving Bell Social Club samedi soir dans le cadre de POP Montréal. Comptez-vous offrir des morceaux inédits au public?

MOSEZ JONES : Oh yeah, c’est certain! Je vais jouer quelques-uns de mes morceaux déjà parus et je vais en faire plusieurs qui sont inédits. J’adore pouvoir faire de nouvelles musiques en show afin de voir les réactions des gens dans la salle. Je ne sais pas encore si je vais dire les noms des titres inédits, mais je suis certain que vous serez en mesure de reconnaître lorsque j’en jouerai des nouveaux!

Shabazz Palaces, fameux projet hip-hop « abstrait » mené par Ishmael Butler, prépare actuellement la sortie d’un nouvel album, Robed in Rareness, qui paraîtra le 27 octobre sous étiquette Sub Pop. D’ici là, la formation basée à Seattle s’arrête à Montréal ce vendredi pour se produire à l’Entrepôt 77. Nous avons discuté avec Ishmael Butler de sa discographie unique et de son prochain spectacle dans le cadre du festival Pop Montréal le 29 septembre.

PAN M 360 : The Don of Diamond Dreams est sorti au tout début de l’arrivée de COVID-19 en Amérique du Nord. Depuis, est-ce que quelque chose a changé dans votre approche artistique?

Ishmael Butler : Pas radicalement. Je suis toujours en tournée, je joue… Pendant la pandémie, je me suis beaucoup entraîné à la basse, à la guitare et au clavier, donc… Rien n’a vraiment changé, si ce n’est que j’apprends davantage, j’ai un peu plus d’aisance, un peu plus de compétences. Évidemment, j’ai  regardé plus de films, écouté plus de musique. J’ai juste appris et intégré les choses que j’ai apprises au fur et à mesure, vous voyez ce que je veux dire? Mais rien de déterminant comme… oh ceci est arrivé ou cela est arrivé! Non, rien de tel.

PAN M 360 : Que pouvez-vous nous dire à propos de l’album Illusions Ago, qui a été réalisé en collaboration avec Lavarr the Starr. C’est aussi la première sortie sur votre propre label Glass Cane. Qui est Lavarr the Starr et comment cette collaboration a-t-elle vu le jour?

Ishmael Butler: J’ai rencontré Lavarr lors d’un concert de Shabazz à Detroit. Il était trop jeune pour entrer dans la salle, alors il a attendu dehors et m’a parlé pendant un petit moment. Un jeune homme impressionnant ! Il m’a dit qu’il aimait la musique et m’a envoyé quelques-unes de ses compositions. Je voulais collaborer avec lui et l’aider à sortir sa musique depuis un certain temps, car j’aimais son style de chant et de rap, ainsi que son style de production. J’ai donc pu l’aider à modeler son travail, lui payer un meilleur studio et lui permettre de sortir son album sur Glass Cane Records.

PAN M 360 : Vous allez bientôt sortir un nouvel album, Robed in Rareness. Quelles sont les idées ou les thèmes musicaux qui ont inspiré ces nouvelles chansons?

ishmael Butler: Vous savez… Robed in Rareness a beaucoup de caractéristiques. Je laisse les gens qui y figurent s’approprier les chansons. Je ne fais pas beaucoup  de collaborations de ce genre, non pas parce que je n’aime pas beaucoup d’artistes, mais parce que j’ai l’impression que les collaborations sont très intimes. Je ne me sens pas à l’aise avec les musiciens aussi rapidement que d’autres. 

Ce sont des gens que je connais depuis des années. Maintenant, je collabore avec eux, y compris avec mon fils Lil Tracy, O Finess, Porter Ray et Royce The Choice. Ce sont des gens que je connais et qui tournent autour de la musique depuis longtemps. Ce sont mes amis et je voulais les mettre en avant et montrer la diversité de mes compétences en matière de production. C’est donc ce dont il est question dans Robed in Rareness et dans l’album suivant qui sortira en janvier : des collaborations.

PAN M 360 : Votre musique a un effet apaisant, immédiatement évoqué par le « Slow Down » répété au début de Binoculars.  Est-ce quelque chose de conscient lorsque vous composez et produisez?

Ishmael Butler : Je pense que c’est mon instinct, parce que beaucoup de musiques que j’aime, je les ressens comme ça. Je pense donc que c’est un goût, un instinct, une prédisposition, une caractéristique des choses que j’aime dans l’art. La peinture, le cinéma, la danse, des choses qui sont douces, fortes et distinctes… mais aussi un peu chill.


Pan M 360 : Lese Majesty aura bientôt 10 ans.  Du point de vue des fans, cet album est déjà un classique. Quelles sont vos impressions en repensant à cet album? A-t-il une signification particulière pour vous?

Ishmael Butler : Je pense que oui. Shabazz Palaces était en quelque sorte le deuxième ou le troisième acte de ma carrière. Je ne pensais pas que je ferais à nouveau de la musique de manière commerciale. Je faisais cette musique chez moi, comme un passe-temps, puis je l’ai auto éditée. Grâce à ces albums autoproduits, j’ai pu signer un contrat avec Sub Pop et sortir le premier album Black Up. Lese Majesty a donc été comme une solidification de ce deuxième acte de ma carrière. J’en suis fier et c’est excitant d’y penser. J’aime beaucoup de chansons, voyez-vous ? C’est un grand moment pour moi dans ma carrière.
Pan M 360 : À quoi les fans peuvent-ils s’attendre lors de votre prochaine prestation à Montréal dans le cadre de Pop Montréal. Allez-vous surtout présenter Robed in Rareness, ou peut-être des morceaux plus récents?

Ishmael Butler : Ce sont des chansons de tous les albums de Shabazz. Quand je joue, je n’aime pas faire les chansons comme je les ai faites sur l’album. Nous essayons d’utiliser l’album comme point de départ et de faire quelque chose de nouveau et de créatif… et de familier, mais aussi de donner une nouvelle tournure à ce qui a déjà été publié pour que les gens aient quelque chose de cool, et pas seulement une performance de quelque chose qu’ils ont déjà entendu.

PAN M 360 : Serez-vous accompagnés de musiciens ou d’autres artistes?

Ishmael Butler : Nous serons cinq sur scène.

PAN M 360 : Quelques mots pour les fans de Montréal?

Shabazz Palaces : Je suis déjà venu à Montréal quatre ou cinq fois et j’y ai toujours passé un bon moment. J’aime beaucoup la ville, son ambiance… Je suis allé à quelques afterparties et j’ai pu fraterniser… et vraiment être charmé par la ville. Lorsque nous avons appris que nous venions ici, tout le monde était enthousiaste. Je pense que ce sera un bon concert. Je sais que nous allons apporter beaucoup d’énergie positive et beaucoup d’excitation de notre part, donc j’espère que nous aurons un bon échange et un bon concert.

PAN M 360 : Merci!

Ishmael Butler : Nice, c’est bon! Take care, au revoir.

SHABAZZ PALACES SE PRODUIT CE VENDREDI À L’ENTREPÔT 77, 18H

Il n’y a pas beaucoup d’artistes que l’on préférerait voir jouer seul plutôt qu’avec un groupe, mais Bonnie « Prince » Billie, ou Will Oldham comme certains l’appellent, en fait sûrement partie. Depuis les années 90, M. Oldham a rassemblé de nombreux sujets fidèles grâce à son âme poétique et son cœur de troubadour. Son dernier album, Keeping Secrets Will Destroy You, est sorti via Drag City.

Bonnie « Prince » Billie joue à 20h au Théâtre Rialto le 1er octobre 2023.

PAN M 360 : Hey Will, merci beaucoup d’avoir pris le temps. Puisque vous jouez à POP Montréal, j’ai pensé vous demander quelle est votre relation avec la ville. Avez-vous des sentiments particuliers à son égard, forts ou non ?

Will Oldham : Eh bien, je ne suis pas allé à Montréal depuis très très longtemps. Une chose qui m’a considérablement empêché de me produire au Canada, autant que je l’aurais souhaité, c’est tout simplement que les passages à la frontière peuvent être intimidants. Vous savez, je respecte quiconque érige des barrières au libre passage des Américains, mais cela rend les choses un peu difficiles.

J’ai l’impression que mon dernier souvenir de jouer à Montréal aurait pu être peut-être avec Mick Turner lors de la première partie de Godspeed You Black Emperor ! Et cela devait être il y a 20 ans maintenant, lorsque nous jouions des chansons de notre EP Get on Jolly.

Je pense qu’il y avait un autre groupe basé à Montréal avec nous, je ne me souviens plus du nom. PAN quelque chose ?

PAN M 360 : Vous pensez peut-être à Fly Pan Am, ils existent depuis les années 90. Cela fait donc un moment et c’est très excitant de vous avoir ici.

Will Oldham : Merci et je suis très excité de jouer. Je viens justement de quitter la route avec une artiste québécoise, Myriam Gendron. Nous venons de visiter le Texas ensemble. C’était plus que délicieux, et c’est donc agréable de venir dans un endroit où je ne suis pas allé depuis un moment, vous savez, en quelque sorte en bonne forme musicale également.

PAN M 360 : Je suppose que vous devez être plutôt échauffé en faisant le tour de l’album partout.

Will Oldham : Oui, je viens de jouer cet automne spécifiquement, mais avant même de faire l’album, j’étais en quelque sorte en tournée avec les chansons. C’est quelque chose que je n’avais jamais vraiment fait auparavant, et donc je joue ces chansons depuis environ un an et demi ou quelque chose comme ça.

PAN M 360 : Est-ce que cela conduit à une approche différente en studio une fois que vous avez joué votre matériel en tournée ?

Will Oldham : Absolument. Ouais, parce que souvent, je pense que c’est ma part de mon travail d’apporter une nouvelle chanson en studio et de l’explorer de manière significative là-bas. Mais cette fois, j’ai profité du fait que je connaissais vraiment ces chansons. Et donc c’était plutôt : eh bien, quelle est la meilleure façon de présenter ces chansons que je connais ? Et cela m’a donné un autre type de pouvoir, je dois le dire, et que j’apprécie. Et si le monde continue, même aux niveaux les plus marginaux, à accepter les disques complets comme monnaie valable pour l’écoute musicale des gens, c’est quelque chose que j’essaierai probablement de faire à nouveau.

PAN M 360 : Eh bien, vous avez abordé quelque chose dont je voulais parler. En tant que personne qui fait de la musique depuis plus de deux décennies maintenant, avez-vous du mal à naviguer dans les marées changeantes ? La musique et l’art semblent généralement de plus en plus superflus.

Will Oldham : Je trouve effrayant et dérangeant la façon dont nous semblons consommer de la musique ces jours-ci. Effrayant parce que je sais que ce que je fais dans la vie, c’est faire des disques et cela semble devenir une occupation quelque peu obscure. J’espère qu’il restera des décennies sur cette planète, mais je ne sais pas exactement quoi faire de ces décennies puisque je comprends que ce n’est plus un métier. Vous savez, c’est comme un cordonnier ou quelque chose du genre, et un jour, il y aura des gens qui diront que vous connaissez quelqu’un qui fait des disques par ici ? Ouais, je connais un vieil homme qui vit sur cette colline, dans cette maison bleue.

De nos jours, nous disons volontairement : je veux cette chose qui me soutient, avec laquelle je peux être mon moi le plus vulnérable, activement médiatisé et surveillé par les intérêts des entreprises et pas seulement cela, mais vous écoutez sur un appareil qui vous interrompt avec un texte. , avec un appel téléphonique, avec une mise à jour logicielle, peu importe. Et donc, pour moi, cela témoigne d’une relation différente à l’expérience musicale. Et je peux comprendre que les artistes d’aujourd’hui, qu’ils débutent ou qu’ils existent depuis longtemps, puissent avoir des difficultés à sentir que leur travail enregistré a autant de valeur que possible.

PAN M 360 : Pour en revenir à votre tournée, comment avez-vous trouvé l’accueil de Keeping Secrets ?

Will Oldham : Vous savez, j’ai travaillé et travaillé sur ces chansons et je n’en savais rien, parce que vous ne savez rien des chansons jusqu’à ce que vous commenciez à les interpréter pour les gens, ou jusqu’à ce que les gens commencent à pouvoir les entendre. eux. Et ainsi de suite, lorsque j’ai commencé à interpréter ces chansons avant de les enregistrer et à obtenir de fortes réponses du public pendant et après les concerts, soit directement après, soit dans les semaines et les mois qui ont suivi, à travers des messages, des lettres ou autre. J’ai réalisé où se trouvaient certaines des forces de certaines chansons et que le temps et l’attention consacrés à la construction des chansons étaient du temps et de l’attention bien dépensés dans ces circonstances.

PAN M 360 : Alors, comment organisez-vous une setlist ? Essayez-vous de trouver un équilibre entre des morceaux plus anciens et plus connus, tout en essayant d’y intégrer des chansons plus récentes ?

Will Oldham : Je veux dire, j’écris généralement le décor environ une heure avant le spectacle. Je comprends qu’il y a une valeur indéniable à jouer, sinon à jouer avec les attentes, n’est-ce pas ?

L’une des premières fois où j’ai fait ces nouvelles chansons, c’était à San Francisco où j’ai fait une soirée où il y avait 90 % de nouvelles chansons. Et le public était très content et c’était énorme, une expérience énorme parce que personne n’avait entendu les chansons, elles n’avaient pas encore été enregistrées et c’était le spectacle, c’était le spectacle. Donc, cela m’a fait sentir, et j’ai toujours le sentiment que j’ai la responsabilité de comprendre qu’il y a des attentes bien fondées envers tout artiste, à moins que vous ne soyez explicite sur ce qui va être présenté. C’est donc vraiment important.

Mais en général, c’est basé sur bien, vous savez, qu’est-ce qui va être bien ce soir ? Comme si celui-là ne serait pas bon ce soir, alors je ne le ferai tout simplement pas. Tu sais, ça pourrait être bien. Et même si je n’ai pas vraiment envie de le faire et que le public ne veut peut-être pas l’entendre, j’ai le sentiment que ça pourrait marcher, donc je vais quand même le mettre sur la setlist.

PAN M 360 : Vous avez tellement de choix.

Will Oldham : Ouais, beaucoup. Il y a quelques chansons que j’aurais besoin de pratiquer. Parfois, je réponds à une demande du public et je n’en ai aucune idée. Je n’ai jamais entendu parler de cette chanson. Je devrai le rechercher sur Internet après le spectacle et l’apprendre.

PAN M 360 : Avez-vous principalement interprété le matériel en solo ?

Will Oldham : Ouais, et une partie de cette décision était même liée au simple fait de penser : eh bien, si je sors en solo, alors je limite mon exposition potentielle au virus dans le monde et je n’aurai pas à m’en soucier, vous savez. , si quelqu’un dans le groupe décide d’aller dans un bar après le concert et détruit toute la tournée parce qu’il a décidé de faire ça. Je dois laisser de côté certaines chansons, mais cela donne lieu à une plus grande flexibilité, notamment en ce qui concerne la construction des décors.

Je viens de commencer à répéter avec un autre musicien ici en ville pour la prochaine série de spectacles dans quelques semaines. Et ça fait vraiment du bien. Mais, vous savez, j’étais intimidé par le fait de jouer en solo, parce que je m’appuyais énormément sur les énergies et les idées des musiciens, comme cela se produit sur scène, et j’ai ensuite appris à traiter le public comme un grand groupe d’individus ou un petit groupe. des individus en tant que collaborateurs actifs dans l’espace.

PAN M 360 : J’ai du mal à imaginer « Bananas » sans la partie harmonie, vous savez ?

Will Oldham : Ha, je sais que c’est en fait la seule chanson de l’album que je n’ai jamais interprétée devant un public parce que je compte sur ça et donc nous allons le faire dans quelques semaines le sud-ouest des États-Unis parce que ce gars avec qui je joue, il dit : je vais le chanter, je vais le chanter, je vais chanter les bananes.

Mais le plus grand handicap de jouer avec d’autres personnes est que, vous savez, c’est juste que, d’un point de vue logistique, cela peut parfois être lourd. Mais je repense aussi à l’époque où mon écoute prenait forme ou même maintenant, j’écoutais beaucoup de Nina Simone, sans vouloir faire de comparaison du tout, mais en écoutant, il y a un de ses disques qui s’appelle Nina Simone and Piano. Et c’est dépouillé et c’est pervers et étrange et c’est en quelque sorte mon album préféré que j’ai entendu. C’est donc cool de penser que d’autres personnes pourraient avoir la même appréciation pour moi, surtout parce que cela ne semble pas correspondre à la façon dont, vous savez, quelles personnes, lorsque vous voyez des listes ou entendez des personnes dans des médias partageables. Quand vous entendez parler de musique, rien de tout cela ne semble ressembler à quelque chose dans lequel il y a une quelconque vulnérabilité, dans lequel il y a une quelconque intimité, dans lequel il y a une quelconque imprévisibilité. Ces choses ne semblent pas correspondre au goût dont on nous dit qu’elles sont les forces motrices de notre culture. mais c’est vraiment gratifiant de voir les gens heureux d’être dans une pièce avec un artiste qui met quelque chose en jeu, je suppose.

PAN M 360 : Eh bien, il se passe certainement beaucoup de cela à POP Montréal, et nous sommes très heureux de vous voir, merci encore Will.

Crédit photo : Crystina Pelletier

Pionnière de la musique « Inuindie », Deer est un modèle inuit qui raconte les histoires traditionnelles de sa communauté et partage ses histoires personnelles en tant que défenseur de la santé mentale. Son dernier album, Shifting, reflète les changements continus dans sa vie, le désir humain de survivre et la nature de l’amour.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous dire ce que signifie pour vous le fait de chanter dans un style « Inuindie »?

Beatrice Deer : Il est naturel pour moi d’écrire des textes en inuktitut, car c’est ma langue maternelle. C’est la langue avec laquelle j’ai grandi et je la parle encore aujourd’hui, même si je vis en ville. Quant au style indie, c’est juste un genre que j’aime. Cela vient aussi naturellement.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous plaît dans le genre indie?

Beatrice Deer : J’aime juste la façon dont cela sonne. Il n’y a pas d’explication plus profonde que cela.

PAN M 360 : Comment compareriez-vous le fait de chanter en inuktitut à celui de chanter en anglais ou en français?

Beatrice Deer : Comme c’est ma langue maternelle, j’ai plus confiance en ce que je dis. J’ai l’impression que les significations sont plus profondes. Avec l’anglais ou le français, qui sont mes deuxièmes langues, j’ai toujours confiance en ce que je dis, mais ce n’est pas le même niveau de confiance dans le vocabulaire, les définitions et les sentiments.

PAN M 360 : Je sais qu’une grande partie de votre répertoire interprète des histoires traditionnelles inuites. Quels types d’histoires aimez-vous explorer?

Beatrice Deer : J’ai entendu tellement de légendes inuites, et celles que j’interprète sont celles qui m’ont touchée ou choquée. Les légendes et les mythes inuits sont assez sombres et il y en a beaucoup. Le renard, par exemple, j’en ai entendu parler pour la première fois lorsque j’étais en première année par ma tante, qui était mon enseignante. J’ai été fascinée par ce renard qui se transformait en femme. Lorsque je suis devenue adulte et que j’ai essayé d’écrire des chansons, je me suis souvenue de l’histoire et je l’ai mieux comprise. Ma chanson « Fox » a été écrite par Johnny Griffin, un auteur-compositeur-interprète montréalais.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a impressionné dans cette histoire? Et qu’est-ce que vous comprenez mieux aujourd’hui?

Beatrice Deer : D’après mes souvenirs, quand je n’avais que six ans, je trouvais assez magique qu’une renarde puisse se transformer en femme. Elle restait avec ce chasseur et s’occupait des tâches ménagères comme la préparation des repas, le nettoyage et la couture. En tant qu’adulte, connaissant mieux l’histoire complète, je me suis rendu compte qu’il y avait une fin sombre où le chasseur tuait la renarde parce qu’elle s’était enfuie de chez lui.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous attire dans l’obscurité et les légendes des mythes?

Beatrice Deer : Ce n’est pas quelque chose qui m’attire, c’est juste l’aspect de la narration en tant qu’Inuk, parce que la narration était une partie importante de notre culture. C’est ce que je veux continuer à faire et à préserver, pas nécessairement la fin sombre de la légende. Chanter, c’est ma façon de continuer à raconter des histoires.

PAN M 360 : Lors de vos concerts et de vos conférences, vous n’hésitez pas à dire que vous avez surmonté de nombreux obstacles dans votre vie et votre carrière musicale. Pouvez-vous nous parler de certains des obstacles que vous avez surmontés?

Beatrice Deer : Je suis sobre depuis juillet 2011. J’avais une dépendance à l’alcool et j’ai fait le choix d’arrêter complètement de boire. Je n’étais pas une grande consommatrice de drogues, mais j’ai aussi décidé que je ne voulais pas en consommer non plus. Comme pour beaucoup d’autochtones et d’Inuits, il y a beaucoup de pertes dans notre famille à cause des suicides et des morts tragiques. Cela fait partie des traumatismes intergénérationnels que nous avons vécus depuis la colonisation. Nous en faisons encore l’expérience aujourd’hui : nous avons un taux de suicide élevé parmi notre peuple.

PAN M 360 : Comment abordez-vous cette question dans votre musique?

Beatrice Deer : Je ne le dis pas spécifiquement dans mes paroles, mais je parle beaucoup des épreuves que j’ai vécues. Je parle des pensées suicidaires que j’ai eues par le passé et du fait que je me sentais désespérée. Dans mes chansons, je parle d’espoir et de trouver ma voie, ma vocation, mon but.

PAN M 360 : Cela se reflète dans votre dernier album, Shifting, qui parle beaucoup du « processus de devenir dans la vie ». Vous dites spécifiquement dans l’abstract que vous êtes en train de passer d’une période à une autre. Comment voyez-vous votre vie et votre chemin?

Beatrice Deer : Je considère que la vie est en constante évolution. Elle ne devrait pas être stagnante, car nous sommes censés évoluer vers notre vrai moi authentique. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’il y a un problème, alors je suis toujours à la recherche d’une meilleure compréhension de moi-même. Si je me trouve dans une situation mentale, émotionnelle ou physique que je ne souhaite pas, j’essaie toujours de la remettre en question – je me demande pourquoi c’est comme ça et comment je peux passer de cette situation à celle que je souhaite. S’il s’agit de problèmes émotionnels, je demande conseil à des thérapeutes et à des personnes en qui j’ai confiance. S’il s’agit de problèmes physiques, j’en parle à mon médecin et je cherche des moyens de me sentir mieux. J’essaie toujours de rester proactive.

PAN M 360 : Qu’est-ce que cela signifie pour vous de pouvoir participer à des concerts comme POP Montréal?

Beatrice Deer : C’est formidable parce que je sais que POP a une très bonne réputation. C’est formidable qu’ils me soutiennent en tant qu’artiste et en tant qu’Inuk. J’ai très hâte d’y être. J’aime jouer à Montréal parce que c’est là que j’habite.

PAN M 360 : Pensez-vous que le fait de pouvoir participer à ces spectacles vous permet de vous présenter comme une figure de proue de votre communauté?

Beatrice Deer : En raison de mon travail de promotion de la santé mentale, de la santé émotionnelle et de la sobriété, je suis considérée comme un modèle par mes compatriotes inuits et je suis très honorée d’être perçue de la sorte. Donc je suppose que oui?

PAN M 360 : Merci beaucoup pour votre temps. Nous vous souhaitons le meilleur pour vos concerts et vos conférences.

Beatrice Deer se produira le 30 septembre au Théâtre Outremont à 20h. INFOS ET BILLETS ICI.

Le légendaire groupe électronique allemand Tangerine Dream est en route pour Montréal! Avec plus d’un demi-siècle d’histoire, une centaine d’albums publiés et un penchant pour l’improvisation, les spectacles de Tangerine Dream sont imprévisibles et revigorants.

PAN M 360 : Je suis sûr qu’on vous a déjà posé la question un million de fois, mais d’où vient le nom Tangerine Dream?

Thorsten Quaeschning (leader du groupe, claviers, guitare, batterie) : Il y a plusieurs réponses différentes et nous ne sommes pas sûrs de celle qui convient le mieux aujourd’hui, car il n’y a pas de bonne réponse. C’est peut-être une peinture de Dali. Cela ressemble à une chanson des Beatles. C’est une sorte de mauvaise herbe. Ou c’est juste un bon nom. Aujourd’hui, c’est le numéro trois qui me convient le mieux.

Paul Frick (claviers) : Une anecdote non confirmée et peut-être fausse est que les membres fondateurs ont mal compris les paroles de Lucy in the Sky With Diamonds.

PAN M 360 : C’est bien d’avoir un peu de mystère autour du groupe. Cela rend les choses intéressantes. De plus, vous existez depuis longtemps – vous aurez bientôt 56 ans – mais tous les membres fondateurs sont partis depuis le décès d’Edgar Froese en 2015. Comment diriez-vous que vous maintenez tous l’esprit du groupe en vie?

Thorsten Quaeschning : La plupart des membres fondateurs sont partis en 67, à l’exception d’Edgar. C’est à la fois un honneur et un sentiment de pression de faire partie de ce genre d’histoire, mais c’est formidable à bien des égards. L’idée d’Edgar était que le groupe puisse durer des centaines d’années, car le concept ne se limite pas à un seul membre.

Paul Frick : Thorsten fait partie du groupe depuis 20 ans et je suis le membre le plus récent, depuis 3 ans environ. Je suis là parce que Thorsten m’a fait confiance. D’une certaine manière, nous rendons hommage aux vieux morceaux des années 70 et 80, ainsi que des années 2000 et suivantes, en les jouant avec des listes de morceaux différentes chaque soir. Nous les jouons avec notre propre son – nous respectons les morceaux, mais ils ne sonnent pas exactement comme sur les vieux disques. Évidemment, pour nous, il est important de continuer à regarder vers l’avenir et de ne pas devenir un musée. Le moyen le plus important pour y parvenir est d’organiser une session de composition libre et instantanée après chaque programme fixe. Nous essayons bien sûr de rendre hommage à l’héritage, mais nous sommes aussi plus spontanés, plus audacieux.

PAN M 360 : Vous avez expérimenté de nombreux genres, du krautrock surréaliste à l’électronique progressive, et vous avez également beaucoup puisé dans le lyrisme et les chansons d’inspiration classique. Comment faites-vous pour trouver de nouvelles idées alors que vous avez déjà exploré tant de concepts musicaux?

Thorsten Quaeschning : L’idée de l’année dernière était de revenir à une musique électronique pure combinée à un violon électronique. Aller à l’essentiel et prendre tout ce qui vient des années 70 et 80, combiné à la technologie d’aujourd’hui et à l’expertise de tous les membres du groupe. Vous avez une palette de couleurs parmi lesquelles choisir et il est facile d’adopter une approche plus classique ou une ambiance psychédélique avec toutes les gammes fixes et les séquences de batterie. L’idée de créer de la musique sur le moment évoque également l’environnement de la journée : le lieu, la taille, les sièges et le public.

Paul Frick : Sur cette tournée, Thorsten cherche la plus grande résonance possible pour les basses. Tout ce qui peut faire trembler le sol de la plus belle manière sera utilisé comme tonalité de base, puis nous choisissons un BPM. En ce qui concerne l’ancien ou le nouveau, l’un des grands plaisirs de la musique avec Thorsten et Hoshiko Yamane (violon/alto, violoncelle) dans le studio berlinois de Thorsten, c’est qu’il y a tous ces synthétiseurs datant de différentes décennies. Certains sont très anciens et ont été utilisés sur les vieux disques de Tangerine Dream, tandis que d’autres sont très récents et combinés à de nouveaux logiciels. Il ne s’agit pas d’un dogme selon lequel nous faisons tout avec les vieux trucs, mais ils sont là et nous pouvons les utiliser d’une nouvelle manière. La technologie musicale a beaucoup progressé au cours de la dernière décennie, et nous nous sentons très chanceux de pouvoir tout utiliser en même temps. Nous avons tellement de couleurs à notre disposition.

PAN M 360 : Parlez-moi de quelques-unes des couleurs qui ont été utilisées pour votre dernier album, Raum.

Thorsten Quaeschning : Raum a été enregistré pendant la pandémie. S’il y a un point positif, c’est que cela nous a permis de nous concentrer sur la musique pendant plus d’un an, sans être distraits par des concerts. Nous avons passé beaucoup de temps dans la même pièce à essayer de trouver le bon son. Nous avons appris au fil des sessions, nous avons joué tous les soirs et nous avons joué avec toute la musique en même temps et en interaction, alors que normalement, dans les studios, on enregistre piste par piste. Nous avons transformé les sons les uns en fonction des autres. Si tout fonctionne en même temps, vous pouvez modifier les choses d’une manière différente lors de l’édition. C’était l’idée de Raum.

PAN M 360 : Raum est-il l’élément principal de votre agenda pour votre prochaine performance à POP Montréal?

Thorsten Quaeschning : C’est un élément important parce qu’il fonctionne bien en live. Ce spectacle sera une combinaison de musique des années 70 – rien avant 74 parce qu’elle n’était probablement pas destinée à être reproduite sur scène, donc normalement entre 74 et 87. Ensuite, nous sauterons plus d’une décennie et commencerons à partir de 2005.

Paul Frick : La liste des morceaux n’est pas encore arrêtée, mais il y aura quelques morceaux du nouvel album.

PAN M 360 : Pourquoi diriez-vous qu’il est important pour vous de vous produire à POP Montréal en particulier?

Thorsten Quaeschning : Je crois que nous y avons déjà joué en 2012 ou 2014. C’est un festival incroyablement génial avec une salle qui sonne bien. C’est génial d’être de retour au Canada et surtout à Montréal, qui a un grand héritage musical depuis des années.

Paul Frick : Montréal est également le concert numéro 17 sur 19 de notre tournée. Nous sommes maintenant à Philadelphie.

PAN M 360 : Bien sûr, le Canada est loin d’être la seule étape de votre tournée. Quels ont été les points forts de cette traversée de l’Ouest?

Thorsten Quaeschning : Avant-hier, nous avons joué avec Julie Slick à Seattle. Austin et San Francisco étaient super, tout comme le premier concert à Miami.

Paul Frick : Jusqu’à présent, nous avons eu trois invités. Nous essayons de leur donner de l’espace pour les mettre en valeur, car ils créent toujours une dynamique surprenante. Nous avons eu Steve Roach, Robert Rich et Julie Slick.

PAN M 360 : Y a-t-il un invité pour l’émission POP Montréal?

Thorsten Quaeschning : Pas encore, mais c’est possible! Parfois, c’est spontané. Nous connaissons beaucoup de gens, mais souvent nous ne sommes pas sûrs de l’endroit où ils vivent ou de l’endroit où ils se trouvent en Amérique du Nord. Dans le cas de Julie Slick, nous l’avons simplement appelée et, avec un peu de chance, elle jouait dans la ville où nous nous trouvions le lendemain. C’est un privilège de connaître tous ces gens.

PAN M 360 : Nous parions que vous êtes également impatients de retourner en Allemagne pour la série de concerts que vous y donnerez en octobre.

Thorsten Quaeschning : Oui, nous avons deux jours de repos pour régler certaines choses et le reste du mois sera consacré aux concerts. Le premier a lieu du 10 au 30, puis nous avons cinq jours de repos avant le Royaume-Uni et la Pologne.

PAN M 360 : Nous espérons que vous pourrez faire une petite pause entre toutes ces représentations! Merci de nous avoir accordé votre temps.

Tangerine Dream se produira le 1er octobre à l’Olympia à 20h. INFOS ET BILLETS ICI.

Après avoir séduit des auditoires de grands orchestres classiques par une version symphonique de son répertoire récent, notamment à l’OSM à l’automne 2021, l’ensemble montréalais Bell Orchestre revient à sa formule originelle, sans compléments orchestraux. Présentée ce jeudi à Pop Montréal, cette musique instrumentale embrasse singulièrement l’indie pop, mais aussi le post-minimalisme, le jazz, le prog et l’électronique. Richard Reed Parry ne nous causera certainement pas d’Arcade Fire dans le cas qui nous occupe, mais bien de ce projet phare de moins en moins parallèle,  qui le passionne depuis nombre d’années – à noter que depuis l’excellent House Music, paru sous étiquette Erased Tapes au printemps 2021, une version modifiée de l’opus A Seen Through Windows (2009) a été rendue publique cette année.

PAN M 360 : Comment allez-vous Richard ?

Richard Reed Parry : Très bien, je me remets à peine d’avoir eu COVID pour la deuxième fois.

PAN M 360 : Oui, je me souviens que vous avez eu la COVID longue pendant la pandémie. Vous êtes donc en train de vous rétablir de nouveau?

Richard Reed Parry : Oui, je vais bien. Je n’ai pas beaucoup d’énergie, mais ça va. Ce n’est pas trop grave.  

PAN M 360 : Vous êtes donc en train de répéter. Quel matériel exactement ?

Richard Reed Parry : Nous n’avons joué cette pièce qu’une seule fois à Montréal avec le MSO, il y a deux ans. Nous allons donc le faire cette fois-ci avec notre ensemble, juste nous. Nous jouerons également d’autres morceaux de la vieille école. Et nous sommes en train d’écrire un tas de nouveaux morceaux, mais nous n’allons pas, nous n’allons pas jouer de nouveaux morceaux cette fois-ci.

PAN M 360 : Sans les arrangements symphoniques, avez-vous déjà joué ce matériel ? 

Richard Reed Parry : Pas ici, mais nous avons donné quelques concerts en Europe. Nous pouvons donc le faire dans les deux sens maintenant. Et c’est cool. C’est très différent dans les deux sens. 

PAN M 360 : Quelles sont les principales différences ?

Richard Reed Parry : Nous pouvons être un peu plus libres, dans le bon sens du terme, nous n’avons pas à nous soucier que l’orchestre se perde. C’est une façon tellement bizarre de concevoir le disque. Et puis parce que c’est la manière la plus libre d’écrire et d’enregistrer de la musique, et puis vous passez à la manière la plus stricte de jouer, c’est-à-dire avec un orchestre où tout doit être mesuré. Musicalement, il y a tellement de petits détails bizarres, comme la longueur des phrases et d’autres choses qu’il faut reproduire à chaque fois. Mais ce sont aussi des accidents d’improvisation dans certaines parties, et d’accord, nous prenons cette partie plus longue, plus courte, peu importe. C’est donc agréable de retrouver cet état d’esprit et de ne pas avoir à se préoccuper d’où nous en sommes à chaque mesure.

PAN M 360 : Oui, ce processus musical a sa propre spécificité, il faut donc en tenir compte dans l’interprétation.

Richard Reed Parry : Oui, absolument.Avec l’orchestre, nous devons vraiment être, disons, plus rigoureux, mais nous devons vraiment rester à l’écoute de notre position exacte plutôt que d’être proches des moments d’improvisation.Fondamentalement, la forme de l’ensemble est proche des enregistrements.Et c’est toujours comme le long arc d’un concert en direct, mais nous pouvons faire avancer les choses plus longtemps, si nous ressentons vraiment quelque chose.D’accord, nous restons dans la zone et nous attendons, d’accord, quelqu’un donnera un signal et nous passerons à la partie suivante, plutôt que de devoir surveiller le chef d’orchestre lorsque nous jouons avec un orchestre symphonique. D’une autre manière, nous devons rester très attentifs en permanence. Dans le contexte d’un groupe unique, notre batteur jongle vraiment avec des choses, par exemple des boucles percussives électroniques et d’autres choses qui doivent être alignées pour lui.Ensuite, il donne des signaux à tout le monde et prend des signaux, ce qui est beaucoup plus qu’un match de catch pour l’orchestre.Quoi qu’il en soit, dans le contexte du seul ensemble, il s’agit d’être un peu plus détendu.

PAN M 360 : Quel est le line-up ?

Richard Reed Parry : C’est le même line-up que nous avons pour Pietro Amato (cor, claviers, électronique), Michael Feuerstack (pedal steel guitar, claviers, voix), Kaveh Nabatian (trompette, gongoma, claviers, voix), Sarah Neufeld (violon, voix), Stefan Schneider (batterie) et moi-même (basse, voix).

PAN M 360 : Ensuite, vous êtes sur le point de créer un nouveau corpus de morceaux.

Richard Reed Parry : Nous sommes en quelque sorte à mi-chemin avec beaucoup de nouveau matériel. Mais nous développons tout un peu tout le temps, donc rien n’est près d’être terminé. Mais nous allons tous travailler ensemble en novembre, nous allons travailler sur ce nouveau projet.  Ce sera donc un album d’ici un an. Quelques membres sont maintenant parents, c’est notre plus grand défi pour y arriver.

PAN M 360 : D’autres projets ?

Richard Reed Parry : Je fais beaucoup de choses, j’ai deux longs métrages, des gros longs métrages qui sortent tous les deux en hiver, en décembre, et j’écris la musique d’un autre documentaire. En ce moment même. J’ai deux autres volumes de River of Dust qui sont presque terminés.J’ai un trio à cordes (avec Sarah Neufeld au violon, Rebecca Foon au violoncelle et moi à la contrebasse) que j’ai créé il y a deux ans, pendant la pandémie, et qui va enfin sortir cet hiver.Il s’agira d’un petit groupe indépendant qui le sortira. Il y aura aussi ce projet que j’ai commencé avec mon ami Dallas Good des Sadies.Quand il est mort (hiver 2022), j’ai essayé de le terminer avec des amis proches et des artistes comme la grande Buffy Sainte Marie. Alors oui, j’ai les mains très, très pleines. Beaucoup de musique.

BELL ORCHESTRE SE PRODUIT CE JEUDI, 19H, ENTREPÔT 77, DANS LE CADRE DE POP MONTRÉAL

Une nouvelle pièce sera créée vendredi et samedi au Bain Mathieu, à Montréal. Il s’agit de l’œuvre La grange, un récit musical scénographié, un « opéra sans chanter ». Un scénario entre la science-fiction et le récit d’anticipation nous attend, celui-ci prenant racine dans les souvenirs d’enfance du compositeur. À l’origine de ce projet, on retrouve Félix-Antoine Coutu et ses instruments inventés, des objets à moteurs conçus par lui, et un intérêt de longue date pour la construction de petits engins de tous genres.

D’abord batteur et formé en composition instrumentale, ce n’est que tout récemment que Félix-Antoine Coutu a commencé à composer en utilisant des instruments électroacoustiques et inventés. Tout au long du processus créatif, différents ensembles se sont joints à Félix-Antoine Coutu pour mettre la main à la pâte. Nommons surtout le Collectif Tôle, qui se spécialise en théâtre et le Duo Airs (Louis-Philippe Bonin, David Therrien Brongo). L’œuvre sera créée par l’ensemble Paramirabo.

PAN M 360 a eu la chance de s’entretenir avec Félix-Antoine Coutu, à quelques jours de la création de La grange, un événement qui s’annonce déjà comme unique. Nous avons discuté de son processus de création et des origines de La grange.

PAN M 360 : Bonjour Félix-Antoine! Qu’est-ce qui vous a inspiré à monter le projet La grange?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : J’ai construit des instruments avec des petits moteurs, ce qui m’occupe depuis trois ans. C’est ce qui m’a amené à vraiment vouloir faire ce concert-là, un concert augmenté.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous inspire lorsque vous composez?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Ce sont particulièrement les sons de ces instruments inventés. Donc, des bruits autant de machine, comme un frigo en train de fonctionner, par exemple, que de trucs plus riches et harmoniques, qui m’amènent dans un état de trance, je dirais. Ce serait un mix du côté machine et du côté trance. Dans ce projet, c’est surtout le côté ambiant qui est assez présent. À part les instruments inventés, que je contrôle, il y a aussi tout ce qui est composé d’instruments acoustiques. Je me suis beaucoup inspiré de ce qui est créé par les instruments acoustiques et électroniques, avec en fond les moteurs. Donc, il y a un élément de bruitage, mais toujours avec un esprit mélodique pas très loin derrière.

PAN M 360 : Quel est votre parcours de composition?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : J’ai fait des études en composition instrumentale à l’Université de Montréal, donc je n’ai pas vraiment été en contact avec le secteur électroacoustique et tout à ce moment-là. Mais je touchais quand même à l’enregistrement, à la conception sonore à côté de mes études. En fait, je suis batteur de formation. J’ai un côté de moi qui a voulu rassembler toutes ces sphères de ma vie et amener tout ça sur scène. Non seulement composer, mais de prendre moi-même part à la performance de ces pièces.  

PAN M 360 : Est-ce que ça fait longtemps que vous composez avec des instruments inventés? D’où provient cette partie de votre pratique?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Je dirais que c’est assez récent. J’ai un peu touché à ça au début de l’adolescence. Je faisais des bolides avec des moteurs, des piles et des Lego. Et c’est un peu là que l’électronique est entrée dans ma vie. Je l’ai rapidement tassé par contre, et la musique a pris toute la place. Mais j’ai voulu reprendre là où j’avais laissé ça à l’adolescence pour l’appliquer en musique et à la création sonore. C’est à la fin 2019, début 2020 que j’ai vraiment voulu retoucher à ces moteurs, et que j’ai voulu contrôler leur vitesse pour altérer les sons. J’ai découvert les microcontrôleurs Arduino, qui m’ont permis de fabriquer des contrôleurs et de finir mes instruments.

PAN M 360 : Donc c’est à ce moment, 2019-2020, qu’a débuté la conception de La grange?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Exact. Depuis, ça a pris une ampleur, quand même!

PAN M 360 : En effet! Il y a quand même pas mal de monde impliqué dans le projet…

FÉLIX-ANTOINE COUTU : J’ai fait appel au Collectif Tôle, qui sont de bons amis. Ils sont plus actifs dans le milieu du théâtre, habituellement, mais ils ont quand même le désir de s’impliquer dans toutes sortes de sphères, dans toutes sortes de disciplines. Je voulais les intégrer à mon monde et ils m’ont contaminé à leur tour pour créer ce concert, avec full mise en scène et scénographie, pour créer une scène dans la piscine du Bain Mathieu.

PAN M 360 : Et il y a aussi l’ensemble Paramirabo dans le projet…

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Oui, et le Duo Airs. Dans le fond, je coulais créer des instruments et aller toucher un peu à l’électronique, mais je voulais aussi vraiment combiner ça aux instruments acoustiques pour aller chercher un peu plus de chaleur, sentir l’interprète qui est présent et qui manipule l’instrument.

PAN M 360 : Et comment ça s’est passé, réunir autant de musiciennes et musiciens d’un peu partout? Comment s’est passée cette collaboration?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Ça s’est fait en plusieurs étapes. En 2021, mes amis du Duo Airs, Louis-Philippe Bonin au saxophone et David Therrien Brongo aux percussions, m’avaient approché pour me commander une pièce, justement avec des instruments et des moteurs que je créais. C’était la première année ou j’ai créé des instruments, et on a fait un concert au CIRMMT à McGill. Ça a été tout un apprentissage, beaucoup d’essais et erreurs, et cette pièce-là se retrouve dans le concert actuel, en fait. J’ai fait plusieurs modifications après coup, j’ai amélioré les instruments pour que ça se mêle un peu plus avec les actions acoustiques.

Il y a eu d’autres ajustements ensuite, aux côtés de Paramirabo. J’ai travaillé un peu avec eux récemment pour la direction technique et la direction de production. Je les connaissais déjà un peu, je les ai abordés pour faire ce projet. En commençant à explorer, début 2020, à créer mes moteurs, je pensais déjà à cet ensemble-là. Paramirabo, c’est un sextuor composé de piano, flûte, clarinette, violon, violoncelle et percussions.

PAN M 360 : Et pourquoi cette combinaison en particulier?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Je trouvais que c’était plus simple pour moi d’écrire pour un ensemble plus grand, avec mes instruments. J’ai l’impression qu’on peut aller chercher des textures beaucoup plus complexes. J’étais vraiment emballé par cette collaboration-là.

PAN M 360 : Le synopsis de La grange s’apparente un peu à la science-fiction. Est-ce que vous diriez que la pièce est interdisciplinaire?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Oui, en travaillant avec le Collectif Tôle, l’objectif était de faire des rencontres, des mini résidences pour essayer d’idéaliser le concert. C’était aussi pour penser à une trame narrative. J’avais un opéra, sans chanter. Je voulais qu’il y ait un livret, un début et une fin. On sent que dans chaque mouvement du concert, il y a cette trame qui se suit. Dans le fond, La grange, c’est une grange qui existait vraiment quand j’étais tout petit, dans laquelle j’allais. J’étais vraiment émerveillé par cette grange. Il y avait plein d’objets, c’était vraiment inspirant pour moi. J’avais cette idée de recréer cette grange.

Je pensais aussi à un futur rapproché, comme si on avait vécu une grande tempête et qu’on se retrouvait tous isolés. C’était un peu la pandémie qui a créé cette idée. Il y a le désir de sortir de cet isolement-là, et de se rappeler des souvenirs, de bons coups, de mauvais coups, et comment on peut avancer à travers le temps.

PAN M 360 : D’ailleurs, cette trame pourra être suivie par le public! Dites-nous-en un peu plus à ce sujet.

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Il y aura un livret Web disponible, en effet. À l’achat de billet, un livret vous sera transmis. C’est Maxime Biron qui est l’auteur de ce livret. On peut s’y informer un peu plus sur la vie de Jude, qui est le protagoniste du concert.

PAN M 360 : Et y a-t-il un message que vous désirez transmettre par ce livret?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Je pense que c’est vraiment amener le public à essayer de faire son chemin à travers ce concert-là. Le livret, c’est une piste de solution, je dirais. Si vous voulez l’utiliser, allez-y. Sinon, vous pouvez faire votre propre chemin. Ça peut évoquer ce que le public veut.

PAN M 360 : Que pouvez-vous nous dire du synopsis de La grange?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Dans la pièce, il y a un ermite qui veut se rapprocher, qui a vécu cette tempête qui l’a amené à être le gardien. Il veut se sortir de la grange, parce qu’il est prêt, il a construit son drone, il est prêt à le faire voler, et c’est ce drone-là qui lui permettra de sortir et de retrouver sa liberté.

PAN M 360 : Quelle est l’expérience, en tant que compositeur, de participer à la création de sa propre pièce?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : C’est particulier… c’est un peu intimidant des fois, je pense. Mais, au final, je suis vraiment fier de ce projet-là. Je suis fier de ce que j’ai réussi à faire. Je pense que c’est aussi bien accueilli par les musiciens. C’est la première fois que je crée une musique qui me touche moi-même. C’est un drôle de feeling. Habituellement, je suis toujours dans l’analyse, et tout, mais là on dirait que je me laisse prendre au jeu, en fait. C’est un gros projet, et j’en suis fier.

PAN M 360 : Finalement, en tant que public, à quoi peut-on s’attendre?

FÉLIX-ANTOINE COUTU : Toute une scénographie, une scénographie très élaborée, même! On a complètement transformé la piscine (du Bain Mathieu). On veut évoquer la grange dans un bain, c’est quelque chose qui est un peu en distorsion. C’est un peu ce côté-là qui est intéressant d’aller chercher à travers tout le projet. JE pense que c’est un peu la distorsion entre le temps et les époques. Il y a une découverte des instruments, c’est quand même microscopique, mais parfois on essaie d’amplifier ce microscopique pour le rendre accessible à tout le monde. Il y a du mouvement partout, il y a toujours un peu d’action. On ne s’ennuie pas, je pense. Niveau création, ça va être la fin d’un bon chapitre, pour moi.

La grange, de Félix-Antoine Coutu, un concert présenté par Le Vivier, avec la collaboration du Collectif Tôle et de l’ensemble Paramirabo. Les représentations auront lieu au Bain Mathieu, le 29 septembre à 19h30 et le 30 september à 15h et 19h30.

INFORMATIONS ET BILLETS ICI.

L’artiste hip-hop de Vancouver K!mmortal sera à Toronto et à Montréal cette semaine ! Ces deux spectacles se trouvent  à la fin de sa tournée nord-américaine sur la côte Est, qui vise aussi à promouvoir l’inclusion des genres et à sensibiliser les gens aux maladies mentales.

PAN M 360 : Parlez-nous de votre parcours en tant que musicienne. Qu’est-ce qui vous a amené là où vous êtes aujourd’hui ?

K!mmortal : Je pratique tous les arts – je fais du théâtre depuis mon enfance, j’ai fait de la danse hip-hop – et la musique me sert en quelque sorte de parapluie pour utiliser tous mes moyens d’expression, pour créer un univers. J’ai commencé à déclamer de la poésie lorsque je participais à des concerts ouverts à quiconque. L’un des premiers endroits où j’ai joué était Back to the Source, un micro ouvert dans l’est de Vancouver. J’y ai rencontré beaucoup d’artistes de la scène locale. C’est une initiative de  Gabriel Teodros, un MC éthiopien de Seattle et l’une de mes sources d’inspiration qui m’a vraiment poussée à écrire mes propres rimes – je suis vraiment influencée par les artistes et les activistes avec lesquels j’ai grandi à Vancouver. Gabriel est l’un de mes bons amis maintenant et nous venons de terminer un concert à Tacoma. 

PAN M 360 : Concernant votre tournée, This Dyke Tour est un nom assez provocateur pour une série de spectacles ! Pourquoi utiliser un terme qui pourrait déranger certaines personnes ?

K!mmortal : C’est une question de revendication. Même lorsque j’ai sorti le titre, Instagram l’a interdit. Mon équipe et moi avons contourné le problème en codant le « Y » de dyke. Mais il s’agit avant tout d’une question de revendication. Pour nous, qui nous identifions comme des gouines, nous avons le droit d’utiliser ce mot, surtout avec tout ce qui se passe actuellement avec les jeunes queers et trans qui sont opprimés. Le morceau est aussi une chanson sexy pour les gouines et les queers.C’était vraiment une démarche intentionnelle. 

PAN M 360 : Pouvez-vous me dire d’où provient votre style de hip-hop, votre façon de déclamer ?

K!mmortal : Je m’inspire du hip hop radical. J’ai grandi en écoutant Bambu, Gabriel Teodros, Blue Scholars, Bobby Sanchez – ce sont des MC et des paroliers trans, noirs et bruns. Ils m’attirent parce que je suis moi-même lesbienne et brune. Lorsque j’ai écouté leur musique, j’ai senti qu’elle me reflétait, même s’ils racontaient leurs propres histoires. Je me suis sentie résonner avec eux.

PAN M 360 : En quoi ce style vous aide-t-il à raconter votre propre histoire ?

K!mmortal : C’est direct, honnête, narratif… C’est ancré dans la libération et l’autonomisation.

PAN M 360 : Dans votre dernier album, Shoebox, vous abordez des sujets très lourds, comme les abus, la santé mentale et la discrimination, sous l’angle de l’autonomisation. Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ?

K!mmortal : Shoebox est mon troisième album, le plus personnel, et je voulais y partager ma propre histoire. Je parle beaucoup du soutien que je peux apporter aux membres de ma famille qui souffrent d’une maladie mentale. Je parle aussi de mon propre soutien face à la maladie mentale.Cela commence par des sujets lourds, mais c’est un voyage. Ancient consiste à brosser un tableau de l’endroit d’où mes ancêtres et moi-même venons. Il voyage ensuite dans le temps jusqu’à Surrey, en Colombie-Britannique, où j’ai grandi. L’album part d’un endroit sombre et puissant et, tout au long de l’album, il s’étend vers la lumière. Quand je l’ai appelé shoebox, , je pensais à une boîte de souvenirs, qu’il s’agisse de souvenirs personnels ou d’expériences que j’ai vécues avec mes amis et ma famille. Certaines chansons datent de dix ans et d’autres ont été produites trois semaines avant la sortie de l’album.

PAN M 360 :Quels sont les autres éléments qui entrent en ligne de compte dans votre « multi

PAN M 360 :Quels sont les autres éléments qui entrent en ligne de compte dans votre approche « multidimensionnelle » de la musique ? Par exemple, vous créez vos pochettes d’album à partir de dioramas artistiques.

K!mmortal : J’ai créé cet album pendant la pandémie, alors que j’essayais de m’amuser à nouveau avec l’art.Je jouais avec de l’argile, je griffonnais, je griffonnais, je concevais l’animation de vidéos musicales, et je voulais vraiment m’amuser avec cet album. La vidéo de This Dyke est donc une animation en argile réalisée par NoFace, un animateur philippin homosexuel de Vancouver. La pochette de l’album est également une animation en pâte à modeler où je me trouve au cœur d’un arbre originaire des Philippines. C’est un arbre balete et il est lié à beaucoup de folklore philippin et d’histoires d’horreur. Je suis également influencée par le théâtre, car j’ai grandi en jouant. Le personnage de cet album est comme mon enfant intérieur, une K!mmortal enjouée, alors je porte toujours sur scène une salopette qu’on a fabriqué pour moi. Je l’ai portée en tournée, ce qui est très amusant.

PAN M 360 : Vous prévoyez également deux autres concerts à Toronto et à Montréal.Qu’attendez-vous de ces concerts ?

K!mmortal : Toronto, c’est un concert de retrouvailles avec Maxhole, qui sort son premier album.Je ne les ai pas vus depuis 2018.C’est aussi une réunion avec Eyeda Sophia.Ils sont incroyables. Et à POP Montréal, je me produirai avec l’artiste vancouvérois Naudh. Je suis excitée à l’idée de me connecter avec mes amis lors de ces spectacles canadiens ! 

PAN M 360 : Nous souhaitons que vous ayez beaucoup de plaisir à les retrouver. Bonne chance pour vos spectacles !

POP Montreal présente K!mmortal + Big Kill + Naduh + Blonde Diamond, vendredi 29 septembre, 20h, Casa del Popolo

Casa del Popolo—

Sep 29, 2023

Si vous êtes un amateur de rock psychédélique dément, vous avez probablement vu ou au moins entendu parler de Frankie and the Witch Fingers, une chimère qui vient de sortir son septième album complet, Data Doom. Sur ce disque, le quatuor macabre sonne comme le péché avec de lourds riffs fuzzés, des croassements et des grognements retardés dignes d’une banshee, des paroles nihilistes et des rythmes instrumentaux inspirés du rock zambien.

Dès les premières minutes de « Empire », on sent que Frankie and the Witch Fingers savent exactement ce qu’ils font. Pour un groupe qui déteste parler d’influences musicales, il est certain qu’ils s’inspirent beaucoup d’autres groupes, la connexion la plus évidente étant Osees (qui fait du freak fuzz depuis plus longtemps), mais sur Data Doom, il y a aussi des allusions à des groupes comme Talking Heads, W.I.T.C.H., et même The Jam. Oui, même s’ils seront probablement toujours comparés à Osees, il serait idiot d’assimiler Frankie and the Witch Fingers à ce groupe. Ils sont une entité à part entière.

Avec Data Doom, le groupe est plus fort que jamais, avec une nouvelle section rythmique composée de la bassiste Nikki « Pickle » Smith (Death Valley Girls), du batteur Nick Aguilar (Mike Watt, une légende du punk) et des membres fondateurs, Dylan Sizemore (chant et guitare) et Josh Menashe (guitare solo, synthétiseurs). Nous avons eu la chance de discuter avec tout le groupe alors qu’ils se rendaient à Montréal pour POP au sujet du code vinyle caché de Data Doom et de la raison pour laquelle ils pensent que l’IA dans la musique est hilarante et qu’il ne faut pas en avoir peur.

PAN M 360 : Vous êtes déjà à la moitié de la tournée. Est-ce que l’énergie est retombée ou est-ce qu’elle est toujours à fond ?

Josh Menashe :Hier soir, nous étions à Washington DC et c’était un concert très amusant.Nous avons joué avec Wine Lips et le public était super et plein d’énergie.Dylan Sizemore :Je dirais qu’à mi-parcours de la tournée, nous nous sentons plutôt bien. Nous avons eu un jour de repos, ce qui était bien pour tout le monde, et le jour de repos me permet généralement de me remettre au travail. C’est un peu comme un flux et un reflux. Il faut essayer de manger sainement et de bien dormir.

PAN M 360 : On peut donc dire que vous ne faites pas la fête après chaque concert ? C’est comme jouer le concert, dire bonjour aux fans, aller dormir, et puis recommencer ?

Nick Aguilar : Oui, ne vous méprenez pas. Je pense que nous aimons tous faire un peu la fête. Mais en fin de compte, c’est notre mode de vie et nous devons le considérer comme un travail. Souvent, nous sommes très fatigués après nos concerts et la plupart du temps, nous avons envie d’aller nous coucher et de nous reposer pour le lendemain. La fête stratégique est le mot d’ordre.

Nikki « Pickle » Smith : Oui ! La fête stratégique.

PAN M 360 : C’est tout à fait logique. Parlons de Data Doom. Le thème est-il que la technologie nous tue lentement ou rapidement ?

Dylan Sizemore : Je pense que le thème est que la technologie fait des choses et que, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, il ne faut pas être insensible au fait qu’elle nous change à un rythme rapide.

Frankie and the Witch Fingers / James Duran

PAN M 360 : Sur cette base, que pensez-vous de l’utilisation de l’IA dans la musique ? Par exemple, les artistes utilisent l’IA pour faire écho à un son ou à un artiste spécifique ?

Nick Aguilar : Personnellement, je pense que c’est hilarant (tout le monde rit). Je ne pense pas qu’une personne saine d’esprit puisse prendre au sérieux la musique intelligente artificielle, de quelque manière que ce soit. Je pense qu’elle a sa place sur certains marchés, mais en musique, je ne sais pas. Je pense que c’est une sorte de blague.

Nikki « Pickle » Smith : Je suis d’accord. Je pense qu’on ne pourra jamais utiliser la technologie pour reproduire l’âme humaine. L’art et la musique sont vraiment liés à l’âme humaine. Alors quand il s’agit de quelque chose qui n’est pas réel, c’est juste un outil pour les artistes. Je pense qu’il sera de plus en plus utilisé, mais je ne pense pas qu’il risque de priver les créateurs de leur emploi. On ne pourra jamais reproduire cela.

Josh Menashe : J’ai lu qu’ils travaillaient sur la recréation de l’âme, donc nous risquons d’être baisés (tout le monde rit).

PAN M 360 : Oui, l’IA a créé des âmes.

Josh Menashe : Oui, c’est une chose.

PAN M 360 : Cela rejoint l’une de mes questions sur le texte « I believe in the human race / Does anyone else ever feel this way » (Je crois en la race humaine / Est-ce que quelqu’un d’autre a déjà ressenti cela). Dylan, où avais-tu la tête quand tu as écrit ce texte dans « Electricide » ?

Dylan Sizemore : C’est venu en quelque sorte de cette prise de conscience que oui, tout est foutu mais qu’on peut encore faire quelque chose pour y remédier. C’est comme si chaque jour, on nous jetait plus de choses nihilistes à penser.

PAN M 360 : En chantant ces paroles tous les soirs, vous sentez-vous moins nihiliste et croyez-vous en la race humaine ?

Dylan Sizemore : Je crois en la race humaine, mais c’est plus une prise de conscience, mais ça n’a pas d’importance non plus.C’est assez drôle, comme faire quelque chose à ce sujet ou ne pas le faire, vous savez ?

Nikki « Pickle » Smith : Je dirais que le fait de voir les fans chanter avec les chansons me rend plus optimiste.

PAN M 360 :Vos concerts sont toujours connus pour être pleins d’énergie et tout simplement fous. Alors, est-ce que vous vous concentrez vraiment sur cette énergie lors de vos concerts ou est-ce que c’est différent à chaque fois ?

Josh Menashe : J’ai l’impression que c’est vraiment le reflet du public.C’est comme si on dégageait cette énergie et qu’elle leur revenait, on joue avec cette boule d’énergie.Et plus le public est fou, plus on a envie de faire des chansons rock au rythme rapide.Et c’est une sorte de boucle qui se nourrit d’elle-même.Nick Aguilar : Je pense qu’on peut dire qu’individuellement, on ne se repose jamais.A moins que l’un d’entre nous ne soit vraiment fatigué ou dans un mauvais jour, tu sais, nous nous donnons toujours à 100%, pour la plupart.

Mais comme le public se donne autant de mal que nous, on peut dire que nous allons nous donner plus de mal et encourager plus d’énergie et d’activité dans le public.DC en était un bon exemple, il y avait probablement un peu plus de 200 personnes, et toute la première rangée était composée d’un groupe de jeunes gens qui chantaient en chœur.Et DC en était un bon exemple, tu sais, il y avait probablement un peu plus de 200 personnes, et toute la première rangée était composée d’un groupe de jeunes gens qui chantaient et sautaient partout.Et j’ai l’impression que ça nous a permis de jouer beaucoup plus fort et beaucoup mieux.

PAN M 360 : Donc c’est vraiment comme un échange entre le public et vous qui jouez. Préférez-vous jouer dans de petites salles ou dans de grandes ?

Josh Menashe : J’ai l’impression que c’est une question de distance physique entre les gens. Par exemple, si tu joues dans une grande salle, mais qu’il y a des gens au premier rang, à quelques mètres de toi, ou à un mètre si on est à Montréal. Dans un grand festival, il y a généralement une énorme barrière. Et vous n’êtes pas à moins de 20 pieds de quelqu’un, ce qui peut être un peu bizarre. Il faut se surpasser pour entrer en contact avec ces personnes, ce qui est un défi amusant. Mais personnellement, je préfère quand les gens sont en face de moi, n’est-ce pas ?

PAN M 360 : Un de mes amis possède Data Doom en vinyle et il m’a dit qu’il y avait un message caché avec un cryptogramme qui accompagnait le disque ?

Nikki « Pickle » Smith : Oui, nous avons eu deux artistes extraordinaires qui ont collaboré à la conception de la pochette et de l’ensemble de l’album. Il y a vraiment un secret caché là-dedans que nous voulons que les gens essaient de découvrir. Les artistes qui ont travaillé sur l’album, principalement Jordan Warren au Royaume-Uni, en ont été les maîtres d’œuvre.

PAN M 360 : S’agit-il d’une phrase ou d’un paragraphe que les fans doivent traduire ?

Nikki « Pickle » Smith : Oui, c’est à peu près ça. Il y a une phrase sur le devant.C’est une sorte de trame dans la pochette de l’album et dans les vidéos. C’est comme le « Frankie Verse » en entier en ce moment.C’est censé être un petit puzzle amusant à résoudre pour les fans.

PAN M 360 :On vous met tout le temps dans la catégorie de la musique psychédélique, mais cette catégorie semble s’étendre de plus en plus chaque année. Je suis donc curieux de savoir ce qu’est la musique psychédélique pour vous ?

Nick Aguilar : Je dirais que quelque chose de psychédélique, c’est juste laisser flotter son drapeau.Tout ce qui sort un peu de l’ordinaire et qu’on n’entend pas sur les radios pop ou rock. Tout ce qui permet de repousser les limites de l’acceptable.Ça n’a pas besoin d’être trippant ou trippant ou quoi que ce soit d’autre, mais tout ce qui est un peu différent.Josh Menashe :Oui, pour moi, tout ce qui peut renverser les attentes est assez psychédélique.

Nikki « Pickle » Smith : Pour moi, je pense que cela a à voir avec les couches et les sons étranges qui transparaissent.Des choses qui interpellent l’esprit psychédélique, quelque chose de caché…Dylan Sizemore : Je suis d’accord avec tout cela. C’est à peu près ce que le psychédélisme et la musique psychédélique signifient pour moi : repousser les limites et expérimenter. Tout ce qui a ce genre de conscience, la conscience de quelque chose qui est plus grand que le simple fait d’essayer de vendre du Coca-Cola ou autre chose.

crédit photo principale : Travis Trautt

Frankie and the Witch Fingers + Iguana Death Cult + Hot Garbage
La Sala Rossa— Mecredi 27 septembre, 20h
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