Le 24 mai prochain, à la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal, le Philip Glass Ensemble (sans Philip Glass) viendra présenter Explorations in Theater and Film, un panorama des musiques pour la scène et l’écran du célèbre compositeur ‘minimaliste’’, âgé de 86 ans. Pour l’occasion, les mélomanes auront droit à une première : la création canadienne d’une œuvre perdue pendant près de 50 ans et retrouvée en 2017, Music in Eight Parts. 

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Nous en avons profité pour parler avec Michael Riesman, fidèle ami et indéfectible défenseur de la musique de Glass. Toutes sortes de sujet sur la table : la pièce miraculée, bien sûr, mais aussi le minimalisme, la musique contemporaine et les dernières nouvelles de Philip. En voici des extraits.

Pan M 360 : Bonjour M. Riesman. Qu’est-ce que cette histoire de partition perdue pendant presque 50 ans, puis retrouvée récemment? Comment est-ce possible à notre époque?

Michael Riesman : Je ne suis pas au courant de tous les détails, mais je pense que, à un moment donné, Philip a dû vendre cette partition pour gagner quelques sous (à l’époque, on parle des années 1960, il devait survivre comme il pouvait), mais n’en avait pas fait de copie. Puis le temps a passé et sa trace a été perdue. Elle a refait surface en 2017 dans une vente aux enchères chez Christie’s! Nous avons demandé la permission d’en faire des photocopies, et voilà qu’elle est maintenant accessible. Nous la jouons donc dans cette tournée Explorations in Theater and Film, et Montréal aura le privilège d’être la première ville au Canada où ce sera joué. 

Pan M 360 : Parlez-moi de la pièce elle-même…

Michael Riesman : C’est une pièce dans le style des débuts de Philip. À cette époque, il ne composait pas pour une liste précise d’instruments. Il acceptait d’arranger ses partitions pour peu importe qui voulait bien les jouer! À l’époque, l’une des seule fois lors desquelles elle a été interprétée, il y avait, je pense, un alto, un violoncelle, un saxophone, quelques orgues portatifs, et même un clavinet, comme dans Superstition de Stevie Wonder! Mais en vérité, on peut l’orchestrer de bien des manières. C’est ce que j’ai fait, en souhaitant surtout la moderniser un peu, avec l’accord de Philip. 

Pan M 360 : Comment l’avez-vous ‘’modernisée’’, donc?

Michael Riesman : Comme cette pièce a été écrite avant la formation de l’Ensemble, je l’ai immédiatement adaptée pour notre formation précise. J’ai donc ajouté de la voix et des vents, bien sûr. Ça, c’est la première chose. J’ai aussi adapté la musique elle-même de deux façons : d’abord en accélérant le tempo, un peu après la première moitié. Au fil des années, notre ensemble a pris l’habitude de pousser les tempos. Nous étions plus lents au début. Un signe des temps, peut-être. Toujours plus d’énergie. Puis, la deuxième particularité strictement musicale, c’est l’ajout de plus de basse vers les ⅔ de l’oeuvre et l’arrivée de teintes jazzy. C’est de cette manière que j’ai envisagé la mise à jour de Music in Eight Parts, une pièce qui, de toute façon, n’a jamais été imaginée pour être jouée d’une seule et même façon, c’est-à-dire la première.

Pan M 360 : Vous avez donc pris beaucoup de liberté?

Michael Riesman : Oui, en effet. Je me sens tout à fait libre de le faire, car il y a quelques années, j’ai fait la même chose pour un concert avec Music with Changing Parts, à la demande de Philip lui-même. Nous y avons ajouté des cuivres, un chœur de jeunes filles, et plein d’autres choses. Philip est entièrement d’accord. Il n’a jamais voulu que sa musique devienne figée. Pour Music in Eight Parts, il a entendu la version que nous allons jouer à Montréal, et il aime ça.

Pan M 360 : Vous êtes en contact régulier avec lui?

Michael Riesman : Je l’ai vu hier soir! (L’entrevue a eu lieu le vendredi 12 mai 2023 – NDLR) Nous sommes allé à un concert de la musique de William Bolcom, jouée par Dennis Russel Davies

Pan M 360 : Vous êtes bien placé pour nous dire ce qui a le plus changé dans sa musique alors…

Michael Riesman : Il a commencé en dénudant au maximum la musique. Ces premières pièces sont d’un minimalisme radical, et rarement jouées. L’une d’elles est simplement une ligne sonore, un drone sans aucune ornementation, aucun rythme, rien. Aujourd’hui, ses œuvres n’ont plus rien à voir avec le minimalisme! Ce fut un processus vous savez. Après le radicalisme initial, où pouvait-il aller? Il a alors commencé à réintroduire le rythme, puis l’harmonie, puis la mélodie, le contrepoint. Mais en conservant toujours sa signature fétiche, les arpèges, les figures rythmiques telles ta-taa ta-ta-taa, etc. C’est comme s’il avait ramené la musique à son point de départ sonore, puis refait le chemin inverse en réintroduisant des éléments ‘’classiques’’ et ‘’romantiques’’.

Pan M 360 : Vous l’avez côtoyé tout ce temps. Pourquoi a-t-il pris ce chemin?

Michael Riesman : Au départ, le mouvement minimaliste (et je peux aussi parler de Steve Reich, ou Terry Riley) était une réaction contre ce qu’ils appelaient le cul-de-sac de l’école moderne européenne, le dodécaphonisme, sérialisme, etc. On perdait l’auditoire! La musique doit être invitante. Toute cette dissonance, cette astringence sonore, où pouvions-nous aller à partir de là? Philip s’est dit ‘’OK, retournons à la base’’. Mais plus loin que la base, ce n’est pas obligatoirement le sous-sol, c’est aussi repartir vers le haut, avec de nouveaux concepts.

Pan M 360 : Après 50 ans, vous avez toujours autant de plaisir à jouer sa musique?

Michael Riesman : Bien sûr! Mais vous savez, ce n’est pas un job à temps plein. Je fais beaucoup d’autres choses. Et on fait rarement des tournées de plus de deux ou trois semaines. Si bien que, quand j’y reviens, je me dis tout le temps ‘’Wow, c’est encore aussi l’fun!’’

Pan M 360 : Est-ce que Philip compose toujours?

Michael Riesman : Il est en train de travailler sur une symphonie no 15, mais ça devient plus difficile pour lui de se concentrer sur ce genre d’exercice. Sinon, il écrit quelques petites pièces pour piano de temps en temps. Il continue quand même de sortir, d’aller voir des trucs (comme hier avec moi). Mais bien sûr, le temps avance pour lui aussi…

Pan M 360 : Êtes-vous un observateur de la scène contemporaine? Qu’en pensez-vous?

Michael Riesman : Je pense que c’est bien maintenant que le mur de l’académisme rigide ait été brisé. Les compositeurs sont beaucoup plus libres d’écrire ce qu’ils veulent. Mais, c’est peut-être parce que je deviens vieux (lol), je n’entends pas beaucoup de choses que j’aime vraiment… Il est plus probable que vous me rencontriez dans un concert de jazz d’avant-garde ou de pop indie.

Pan M 360 : Merci et j’ai très hâte de vous voir et de vous entendre le 24 mai!

Michael Riesman : Ce sera un immense plaisir de revenir à Montréal, un excellent public, et surtout de jouer pour la première fois dans la salle Bourgie.

Cette semaine Montréal vibrera au rythme de deux événements majeurs pour le milieu artistique et culturel nocturne : MTL au Sommet de la nuit le 17 et 18 mai au Centre PHI et NON STOP 24/24 du 19 au 21 mai au Pavillon du Grand Quai du Port de Montréal.

Le premier intéressera les curieux qui souhaitent en apprendre plus sur les cultures nocturnes et les initiatives internationales qui soutiennent leur développement. Parmi les invités, on compte le cofondateur du Burning Man Steven Raspa, l’ancien maire de la nuit d’Amsterdam Mirik Milan et les très reconnus chercheurs en night studies Luc Gwiazdzinski et Will Straw. Plusieurs activités proposées sont gratuites, parmi lesquelles deux projections de documentaires, sur la techno de Détroit et sur Montréal la nuit. Le Sommet est aussi marqué par le grand dévoilement de l’étude Creative Footprint pour Montréal, réalisée par VibeLab.

L’événement NON STOP ravira quant à lui les amateurs et amatrices de gros son, avec 36h de musique sans interruption. En tête d’affiche : la « First Lady of Wax » DJ Minx, l’ambassadrice de la techno énervée VTSS et l’excellent Jacques Greene. Ils seront accompagnés par un plateau local bien fourni avec dileta, Lis Dalton, GLOWZI, Lia Plutonic ou encore Ramzilla. Une scène gratuite sera accessible toute la journée samedi, Place des commencements.

À quelques heures du coup d’envoi de l’édition 2023 de MTL au Sommet de la nuit, PAN M 360 a rencontré Diana Raiselis, chercheure principale en charge de l’étude Creative Footprint pour Montréal, pour discuter des résultats de ce travail de terrain ayant duré plus d’un an.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous a amené à faire de la recherche sur les espaces et les activités nocturnes ?

Diana Raiselis : J’ai passé les premières années de ma vie professionnelle à Chicago, où je travaillais dans le milieu du théâtre. J’ai entendu parler du travail des maires de nuit et de la politique nocturne au moment même où je voyais des espaces à Chicago et ailleurs aux États-Unis menacés par les pressions politiques, la gentrification, le déplacement, toutes ces choses différentes sur lesquelles je travaille aujourd’hui. J’ai en quelque sorte commencé à réaliser à quel point les facteurs urbains déterminent clairement la quantité de théâtre, de performances, de cultures de clubs de musique qui existent dans une ville. J’ai une double formation en théâtre, en politique publique et en affaires urbaines, ce qui m’a amenée à Berlin pour étudier les activités de la Club Commission de Berlin dans le cadre d’une bourse de recherche qui devait durer un an et demi. Quatre ans plus tard, j’y suis toujours.

PAN M 360 : Que faites-vous aujourd’hui à Berlin ?

Diana Raiselis : J’ai plusieurs casquettes. Je travaille en freelance pour diverses organisations, mais l’une de ces casquettes est celle de responsable de la recherche pour Vibe Lab, une société de conseil axée sur la nuit, la vie nocturne et les industries culturelles, basée à Berlin, en Allemagne et à Sydney. Vibe Lab crée donc Creative Footprint, et je suis vraiment très heureuse que cette cinquième édition soit publiée aujourd’hui.

PAN M 360 :  Pouvez-vous nous en dire plus sur la méthodologie que vous utilisez pour produire Creative Footprint ?

Diana Raiselis : Oui, absolument. Il s’agit d’une étude basée sur des données qui cartographient les espaces et les communautés nocturnes afin de comprendre la force et l’impact culturel de l’écosystème musical et nocturne d’une ville. Ce rapport travaille de manière qualitative et quantitative, ainsi qu’avec des données géographiques et spatiales, afin de rassembler tous ces éléments et d’obtenir une image holistique de la place de la vie nocturne dans la ville, de son interaction avec les différents facteurs urbains, tels que le coût des transports en commun et la politique. Comme j’ai aussi été metteur en scène de théâtre, pour moi, les données doivent toujours être accompagnées d’une histoire, alors parler aux gens, comprendre les défis auxquels ils sont confrontés, les choses qu’ils apprécient le plus dans leur ville… pour moi, c’est ce qui donne vie aux chiffres.

PAN M 360 : Comment Creative Footprint peut-elle aider les défenseurs de la vie nocturne ?

Diana Raiselis: Je pense que l’un des plus gros problèmes est que souvent les défenseurs de la vie nocturne n’ont pas de données pour défendre ce qu’ils voient ou ce qu’ils comprennent comme étant vrai dans leur propre pratique et leur propre expérience. Les décideurs politiques veulent souvent des preuves, vous savez, des essais de données, etc. Creative Footprint constitue le début d’une base de référence. Nous utilisons des scores, mais il ne s’agit pas nécessairement de comparer les villes entre elles et de dire « celle-ci est meilleure ou pire que celle-là ». Il s’agit plutôt de savoir quel sera le score en 2023. Montréal a obtenu de très bons résultats sur les variables de programmation, comme les aspects de la communauté, du contenu et des espaces, mais n’a pas obtenu d’aussi bons résultats sur ce que nous appelons les conditions cadres, c’est-à-dire les politiques, les transports, l’accès à l’information, la gouvernance, etc.

PAN M 360 : Vous avez donné des informations sur le score de Montréal, pouvez-vous développer les paramètres et les indicateurs que vous mobilisez ?

Diana Raiselis: Nous travaillons dans trois domaines différents. Nous avons parlé des conditions-cadres, qui sont en quelque sorte le matériel et le logiciel, si vous voulez, de toutes les choses qui affectent la facilité ou la difficulté d’organiser des événements de vie nocturne, des lieux, etc. La communauté et le contenu sont ce que nous appelons les variables de programmation, c’est-à-dire tous les aspects de ce qui est créé dans ces espaces, le degré d’interdisciplinarité ou de polyvalence des espaces, la manière dont ils sont axés sur la communauté, sur la production créative par opposition à d’autres éléments. Quant à l’espace, nous examinons des facteurs plus tangibles tels que la taille des lieux, leur ancienneté, leurs multiples fonctions et la manière dont ils atteignent les gens par le biais des médias sociaux et d’autres canaux.

PAN M 360 : Quel type de données recueillez-vous et quelles sont vos stratégies de collecte ? 

Diana Raiselis : Nous travaillons en étroite collaboration avec une organisation appelée Penn Praxis. Il s’agit d’une organisation à but non lucratif rattachée à l’école de planification de l’université de Pennsylvanie. Elle s’occupe de l’analyse des données urbaines, ce qui lui permet d’obtenir des données de recensement et des données géographiques qui peuvent être superposées aux informations que nous recueillons. Nous créons une liste de lieux aussi complète que possible avec autant de caractéristiques que possible, puis nous travaillons avec des groupes de discussion et des entretiens avec des membres de la communauté pour recueillir davantage d’informations sur ces éléments et ensuite approfondir, par le biais des entretiens, certaines des dynamiques qui se manifestent peut-être dans la ville.

PAN M 360 : Vous avez déjà parlé des résultats et vous avez dit que Montréal était très forte pour tout ce qui était lié à la communauté. Qu’est-ce que cela signifie ?

Diana Raiselis : Oui, absolument. Je pense que l’une des choses qui m’a le plus frappée, c’est que plus de la moitié des salles de Montréal ont des usages multiples, ce qui signifie qu’en plus de présenter de la musique en direct, elles fonctionnent peut-être aussi comme studio pour l’art visuel ou le cinéma, ou encore pour la vente au détail. C’est plus que dans beaucoup d’autres villes que nous avons étudiées et, en moyenne, ces salles ont plus d’utilisations différentes. Il ne s’agit pas seulement d’une ou deux fonctions, mais de beaucoup plus. Ces lieux polyvalents ont également tendance à être mieux notés sur les variables de communauté et de contenu dont nous avons parlé, c’est-à-dire des éléments tels que l’orientation communautaire, la production créative, l’expérimentation, ce qui suggère que, d’une part, ces espaces peuvent être plus résilients. Ils peuvent atteindre un public plus large de bien des façons, et surtout quand on pense à la pandémie de ces dernières années, où de nombreux lieux ont dû faire preuve d’ingéniosité, pivoter ou essayer de nouveaux modèles commerciaux pour survivre, les espaces qui peuvent le faire bien sont peut-être plus forts pour eux.

L’une des autres choses que j’ai trouvées très intéressantes, c’est que les gens nous ont dit qu’en dépit de ces lieux polyvalents, ils n’avaient pas nécessairement l’impression qu’il y avait beaucoup de clubs. S’ils veulent organiser un événement, en particulier après 3 heures du matin, ils doivent souvent se tourner vers des lieux de location, ce qui oblige les organisateurs à repartir de zéro à chaque fois, à apporter du matériel, à faire beaucoup d’installations qui ne seraient pas nécessairement faites dans un espace dédié… Vous savez, nous pensons souvent que ces lieux polyvalents constituent un écosystème de lieux plus fort, mais il y a aussi un réel besoin d’espaces dédiés de type club qui soient suffisamment grands et qui disposent de l’installation appropriée pour que les gens n’aient pas nécessairement à repartir de zéro à chaque fois.

Diagramme de la note générale accordée par Creative Footprint à Montréal (p.29)

PAN M 360: Y a-t-il des recommandations ou des idées que cette étude souhaite transmettre aux décideurs ?

Diana Raiselis : Cette étude arrive à point nommé, car la ville est en train de préparer sa stratégie en matière de vie nocturne, qui régira la prise de décision au cours des prochaines années. Les recommandations que nous formulons dans ce rapport sont regroupées en trois grands thèmes : 1) protéger ce qui existe déjà. Renforcer les politiques qui permettent aux lieux de rester là où ils sont, qu’il s’agisse de soutien financier, de soutien politique, de médiation dans les quartiers, etc. ; 2) instaurer la confiance, renforcer les relations entre les acteurs de la scène, les décideurs et la sécurité publique ; 3) se développer, réfléchir à la manière d’élargir non seulement l’espace de la vie nocturne, en pensant aux espaces appartenant à la ville qui pourraient être activés, mais aussi au temps consacré à la vie nocturne. Au cours de l’année écoulée, un certain nombre d’événements pilotes ont commencé à préparer le terrain et je pense que Montréal a fait un travail remarquable pour montrer que la fin de la nuit est possible et qu’il n’y a pas de mauvaises conséquences associées à cela.

L’une des choses que nous avons suggérées est d’examiner la façon dont l’insonorisation est abordée. C’est une bonne chose qu’il existe déjà un fonds pour l’insonorisation, mais pour l’instant, il est limité aux lieux détenant une licence de salle de spectacle. L’étude a montré que de nombreux espaces importants pour la musique peuvent être des bars avec une piste de danse. Nous devons donc nous assurer que ces espaces sont également éligibles aux aides à l’insonorisation, car ils sont souvent situés à proximité d’immeubles résidentiels et connaissent les mêmes types de conflits qu’une salle de spectacle titulaire d’une licence.

Il s’agit donc d’un premier point. Il est également important de créer un poste de liaison avec la ville, ce qui a pris de nombreuses formes différentes dans les villes du monde entier. Il faut se demander qui est la personne au sein du gouvernement capable de travailler en étroite collaboration avec les gens, de créer une vie nocturne et, enfin, d’envisager la possibilité d’une ouverture 24 heures sur 24, non seulement en termes d’autorisation d’événements, mais aussi en s’orientant vers des concepts de lieux ouverts 24 heures sur 24. Je pense qu’il est également intéressant de noter que nous avons constaté que la vie nocturne à Montréal est très concentrée dans 4 districts. Ces 4 districts regroupent 89% des lieux, 2 districts en regroupent 75%, et donc le fait de travailler en étroite collaboration avec le gouvernement au niveau de l’arrondissement ainsi qu’avec ces espaces peut avoir un impact considérable.

PAN M 360 : : Oui, vous avez dit que vous veniez du milieu du théâtre, mais la vie nocturne est souvent associée à la musique, avez-vous un intérêt pour cette forme d’expression artistique ?

Diana Raiselis : Oh, absolument ! Pour moi, en tant que réalisatrice et productrice d’événements, ce que les gens sont capables de faire, surtout dans le monde de la musique électronique et de la culture des clubs, pour créer ce monde immersif, il y a cette peur, comme le dit Fiona Buckland, qui parle du temps des clubs comme d’un temps sans boîte, d’être capable de disparaître dans cette réalité alternative, et je pense que c’est ce que tout créateur de théâtre veut pouvoir faire. Lorsque je sors, c’est donc à cela que je fais attention. Quels sont les gestes de création du monde qui se produisent à l’intérieur d’un club particulier, qu’il s’agisse de l’environnement bâti – est-ce une sorte de labyrinthe, ou entre-t-on dans le club et voit-on l’espace… Tout cela influence la musique, son parcours au cours de la nuit, en tant que conversation entre le DJ et la foule.

PAN M 360 : Et pendant le travail de terrain, avez-vous découvert un lieu ou un endroit que vous avez vraiment aimé à Montréal ?

Diana Raiselis : Nous sommes tombés par hasard sur Coup de cœur francophone à l’Escogriffe (novembre 2022), c’était quelque chose d’incroyable, c’était une vraie joie de découvrir ça!

L’auteure de cette interview est également membre du Conseil de nuit de MTL 24/24. Elle a réalisé cette interview en tant que journaliste.

PROGRAMME COMPLET – MTL au Sommet de la nuit

PROGRAMME COMPLET – NON STOP 24/24

BILLETTERIE

Le samedi 20 mai 2023 au Bain Mathieu à Montréal, l’ensemble Collectif9 rendra hommage à la compositrice montréalaise Nickel Lizée avec un concert qui permettra aux curieux de tout acabit de s’imprégner d’une des musiques les plus en phase avec notre temps. 

Dans un parcours survolant l’ensemble de la carrière de Lizée (une oeuvre de 2001, Jupiter Moon Menace, côtoiera une nouvelle création exclusive, Ultraviolet Blues), il sera possible de comprendre en quoi la musique de la compositrice également fascinée par le rock, le turntablism et la science-fiction est l’une des plus intéressante et même fondamentale à être apparue en ce début de 21e siècle.

Le syncrétisme que Lizée réussit à créer est à nul autre pareil dans le monde musical, et agit tel un réacteur à fusion nucléaire dans lequel High et Low culture sont conviées.  Instruments classiques et nouvelle lutherie (de la table tournante au vieux Moog, des non-instruments aux plus complexes de la tradition européenne) y perdent leur hiérarchie habituelle, alors que les références au rétro-futurisme de la science-fiction vintage y gagnent des lettres de noblesse que les gardiens du temple de la littérature dite sérieuse refusent obstinément de lui octroyer.

J’ai rencontré Nicole Lizée, et j’ai discuté avec elle de sa musique et de plusieurs autres sujets mettant en relief sa fascinante vision de ce qu’est la modernité en musique.

Pan M 360 : Le concert s’intitule Folk Noir. Pourquoi?

Nicole Lizée : C’est le titre d‘une pièce que j’ai écrite en 2017 pour le même ensemble (Collectif9) et Architek, un ensemble de percussions. C’est emblématique de mon intérêt pour les associations de termes inhabituels. Des combinaisons qui dessinent d’étranges paysages et atmosphères. 

Pan M 360 : C’est un programme qui a des airs de rétrospective, avec une pièce de vos débuts et une création toute récente….

Nicole Lizée : Oui, mais avec un accent sur l’aspect trippy (psychédélique?) de mes œuvres. Ce sont des pièces dans lesquelles la provenance des sons n’est pas assurée. Instruments acoustiques, électro, bandes, tout se mêle et perturbe le sens de l’orientation sonore de la personne qui écoute.

Jupiter Moon Menace, de Nicole Lizée (2001)

Pan M 360 : À propos de cette toute nouvelle pièce, intitulée Ultraviolet Blues, que pouvez-vous nous en dire?

Nicole Lizée : C’est un hommage au Blacklight Poster, un art psychédélique apparu dans les années 1960 aux États-Unis. On imprimait des posters avec une encre qui devenait fluorescente sous une lumière noire (une réaction aux ultraviolets). 

Sur le plan sonore, la pièce ne fait pas référence à des éléments stéréotypés ou préexistants du son psychédélique. Il n’y a pas de citations de musique existante. Il s’agit de mon interprétation sonore de l’art de la lumière noire tel qu’il existe au 21e siècle ; « post-blacklight ». L’univers sonore est très rythmé, mais les sillons s’étirent et se brisent, se désintégrant parfois. La fluorescence, les vibrations et le flou textural de l’œuvre d’art sont décrits à l’aide d’un certain nombre de techniques sonores. Il en va de même pour l’énergie, l’euphorie et les notions d’obscurité. Les mélodies (y compris un thème principal) passent au premier plan et commencent à se fondre. Il y a une composante mélancolique dans tout cela, qui renvoie à la notion que ce mouvement artistique a connu un certain nombre de morts : la première a été sa marchandisation à la fin des années 1960/début des années 1970. Certains y ont vu un moyen de gagner de l’argent, mais seulement après avoir altéré (c’est-à-dire censuré) et finalement adouci considérablement le sujet, le rendant dénué de sens (fonctionnant simplement comme un plaisir pour les yeux). Il y a eu une période où les artistes et les collectionneurs d’affiches y voyaient un moyen d’expression : politique, etc.

Après une résurgence dans les années 1980 – qui a commencé à nouveau comme un moyen d’exprimer la contre-culture de l’époque, avec son design très évocateur – le phénomène de l’affiche à la lumière noire s’est largement éteint. Il rejoint aujourd’hui d’autres formes d’art qui n’existent plus en raison de la mort de l’imprimerie ansi que d’autres facteurs.

L’affiche à la lumière noire était en fait un support capable d’imiter les effets d’une nouvelle drogue miraculeuse. Avec la capacité de briller et de vibrer sous la lumière ultraviolette, les affiches pouvaient simuler les sensations et les distorsions visuelles que l’on ressent lors d’un trip d’acide.

  • Daniel Donahue, historien de la contreculture

Pan M 360 : Quelle évolution pourra-t-on constater dans votre parcours musical de presque 25 ans?

Nicole Lizée : Je me rends compte que si mes bases subjectives demeurent les mêmes, le désir de dépasser la notation traditionnelle c’est accentué. Je souhaite évoquer toutes sortes de panoramas et d’impressions inhabituelles dans ma musique, mais je découvre que la notation traditionnelle (les clés, les barres de mesures, les portées, etc.) ne me permet pas d’expliquer aux musiciens ce que je souhaite véritablement créer. Dans mes partitions les plus récentes, le système s’écroule totalement! Et ça fonctionne pour moi.

Pan M 360 : Mais cela implique néanmoins beaucoup de communications avec les interprètes, si vous souhaitez être bien comprise, puisque votre système n’est pas standard et ses références peut-être pas connues des instrumentistes?

Nicole Lizée : Oui bien sûr. C’est la beauté du travail en musique contemporaine. 

Pan M 360 : À quel point êtes-vous directive avec vos collègues? Arrive-t-il que leur compréhension initiale de vos partitions vous amène ailleurs, et transforme la nature de la pièce? Et quand, dans le futur, de nouvelles personnes s’approprieront votre musique et tenteront de décoder vos inscriptions, est-il possible qu’ils en déduisent des conclusions qui seront totalement étrangères à vos aspirations, absurdes même? 

Nicole Lizée : Oui, il y a cela. Mais en ce qui concerne mon travail avec les interprètes, c’est donnant-donnant. Bien entendu, j’ai une conception précise de ce que je veux projeter dans l’espace sonore, mais les musiciens doivent absorber la musique eux aussi. C’est une excellente chose! Il y a tellement de choses que je ne peux mettre sur papier, alors si les musiciens me permettent de l’exprimer avec leur compréhension de ce que j’écris, c’est parfait! De toute façon, la page, ce n’est que le début du processus. 

Pan M 360 : Vous avez grandi baignée de culture populaire. Comment en êtes-vous arrivée à plonger dans le monde ultra sérieux de la musique contemporaine?

Nicole Lizée : D’abord, dans toutes ces années, je n’ai jamais su ce qu’était la ‘’musique contemporaine’’. J’ai toujours été intéressée par les sons, par l’originalité, par le non-conformisme. J’ai eu plusieurs phases que je qualifierais d’obsessives. Je plongeais totalement dans un univers musical, avant d’aller vers un autre, et ainsi de suite. J’ai débuté avec le New Wave, puis j’ai eu besoin d’autre chose et ce fut le métal, que j’ai exploré de plus en plus loin en allant toujours plus profondément dans le ‘’hardness’’, lol. Puis, encore, j’ai eu envie d’autre chose, et ce fut Kate Bush, Sonic Youth et le son de Manchester. J’ai eu ma phase hip hop et un jour, j’ai voulu apprendre, mieux connaître et surtout être officiellement une compositrice. Je suis arrivé à McGill et j’ai eu un choc en entendant que la musique ”classique’’ avait aussi son avant-garde. Mais il n’y a jamais eu dans mon esprit la notion d’une différence entre musique ‘’classique’’ d’avant-garde et autres styles dont les explorations sonores me parlaient tout autant. Le processus s’est fait naturellement, si bien que mélanger des éléments des deux n’a jamais été un défi ou un questionnement. 

Pan M 360 : Y a-t-il eu résistance à votre fusion musicale dans le milieu?

Nicole Lizée : Je ne peux pas dire qu’il n’y en a pas eu. Par exemple, quand j’ai voulu écrire mon Concerto pour table tournante, bien entendu, on m’a demandé où je m’en allais avec ça. Mais à l’inverse, il y a eu aussi beaucoup d’enthousiasme! Je me rappelle qu’un jour, je venais de terminer l’écriture, exsangue après des semaines de travail acharné, et je discutais avec des amis. Je dis ‘’J’ai terminé, mais je ne sais pas comment je vais trouver quelqu’un pour l’interpréter’’ et a ce moment, comme dans un film au ralenti, un collègue se tourne vers un autre, le pointe du doigt et dit lentement ‘’Pourquoi pas Paolo?’’. Il était trompettiste mais aussi DJ. Je demande à Paolo ‘’Veux-tu jouer mon concerto?’’, et il répond simplement ‘’Ouais, bien sûr’’. Lol. Ensuite, le chef d’orchestre a émis des doutes sur la capacité d’un DJ à pouvoir survivre à une interprétation aussi précise qu’une création contemporaine. On est allé répéter une fois chez lui, et Paolo a assuré comme si de rien n’était! Le chef était convaincu, et ça a fonctionné. Alors oui, un peu de résistance, mais pas de mauvaise foi. Devant les faits et la qualité du produit, tout le monde a embarqué. Et ça continue depuis. J’adore intégrer des machines obsolètes avec des sons uniques dans un contexte d’interprétation rigoureuse. Pour moi ce sont des instruments légitimes, comme un hautbois ou une clarinette.

Pan M 360 : Y a-t-il un projet de rêve que vous n’avez pas encore réalisé?

Nicole Lizée : Récemment, j’ai écrit un opéra, un médium que je n’envisageais même pas il y a quelques années à peine (RUR : A Torrent of Light, basé sur une pièce de 1920 de Karel Čapek, un pionnier de la science-fiction. C’est dans ce texte que le mot robot a été utilisé pour la première fois. La création a eu lieu au Tapestry Opera de Toronto – NDLR). Mais dans l’avenir, j’avoue que j’aimerais réaliser un long-métrage et y composer la musique. Une œuvre totalement intégrée, où l’image serait intrinsèquement tributaire de la musique et du son, et non l’inverse. 

Pan M 360 : Un peu comme John Carpenter, ou les films de Godfrey Reggio sur la musique de Philip Glass…

Nicole Lizée : Oui. J’aime beaucoup Carpenter. Même si sa musique est relativement peu complexe, le fait qu’une seule et même tête ait réfléchi au lien entre l’image et le son/musique, c’est un aspect fascinant de perspectives créatrices.

Pan M 360 : Vous êtes fan de science-fiction?

Nicole Lizée : Oui, mais spécifiquement celle des années 1960, environ. J’adore le rétrofuturisme, celui qui n’est plus d’actualité car on a dépassé sa temporalité prévue. Mais c’est quand même dans ces années que l’avenir a été écrit! Ça va de pair avec ma fascination pour les machines obsolètes, les vieux synthés, modulateurs, appareils électroniques désuets, etc.

Pan M 360 : Le temps de la science-fiction, comme sujet d’inspiration, est-il finalement arrivé dans le monde de la création musicale contemporaine (opéra, symphonies, musique de chambre, etc.) ?

Nicole Lizée : Oui, je pense que oui. L’opéra sur la pièce de Čapek que j’ai écrit en est un exemple. Il y a tellement de belles histoires, de magnifiques sujets, des personnages, des lieux, des situations à partir desquelles tout un univers de sens est convié, et grâce auquel on peut communier dans une réflexion sur notre propre monde!

Pan M 360 : À l’instar des mythes de la Grèce et Rome antiques qui nous ont nourris depuis plus de deux millénaires!

Nicole Lizée : Oui, tout à fait.

RUR : A Torrent of Light, opéra de science-fiction de Nicole Lizée (2022)

Pan M 360 : Vous serez peut-être curieuse de jeter une oreille sur un opéra basé dans l’univers de Star Trek, et chanté en Klingon (une langue inventée et associée à une des races extra-terrestres principales du monde trekkien) !

Nicole Lizée : Wow! Je vais certainement rechercher ça.

Pan M 360 : Pour finir, cinq questions rapides, réponses rapides, autant que possible. Des défis avec des choix difficiles. On y va?

Nicole Lizée : Bien sûr!

Pan M 360 : L’IA (Intelligence Artificielle) : menace ou opportunité?

Nicole Lizée : Les deux, assurément. Je perçois la menace à court terme, mais à long terme, pourra-t-on nous en servir pour aller plus loin dans le concept de création? C’est également fort possible.

Pan M 360 : Dodécaphonisme/sérialisme : mort ou encore bien vivant?

Nicole Lizée : Mmmm, mort est un terme trop fort. Je dirais : Histoire

Pan M 360 : Les femmes en composition contemporaine (musicalement parlant, uniquement. Je n’évoque aucunement l’aspect social et sociétal de la chose bien entendu) : révolution ou ‘’business as usual’’?

Nicole Lizée :.(Long silence)… Je dirai révolution, car les sujets et les histoires ne peuvent qu’être personnelles, et ainsi dicter leur couleur à la musique elle-même. Comme les sujets et les histoires, du point de vue non mâle (j’évite la binarité), seront uniques au fait d’être femme ou queer ou non-binaire, etc., cela donnera inévitablement un narratif unique, avec son corollaire musical. Cela dit, j’ai hésité à parler de révolution car celle-ci n’est pas terminée! Elle est en marche, mais loin d’être arrivée à son épanouissement optimal et final.

Pan M 360 : Tables tournantes en musique contemporaine : saveur du jour ou nouvelle lutherie durable?

Nicole Lizée : J’aime cet instrument et je suis convaincue depuis longtemps de sa légitimité, je dirai donc durable. Mais je constate que ça peut devenir la saveur du jour quand on commence à en mettre un peu partout en voulant uniquement cocher une case, ou vendre des billets sans réfléchir à la profondeur réelle de l’offre.

Pan M 360 : Si vous aviez à choisir avec qui passer votre temps sur une île déserte pour parler musique : Pierre Boulez ou Philip Glass?

Nicole Lizée : Oh! C’est la plus difficile celle-là! Quelle folle question, je l’adore! Ok, vous savez quoi, je choisirais… Mmmm, non…. Aaaaarrrrgh! Je ne peux pas dire que j’ai amplement écouté Boulez, mais même si j’aime le Glass des premières années, le Glass psychédélique, je n’aime pas tout non plus. Je ne sais pas. Je pense que j’aimerais les inviter à ma table les deux en même temps. Quels échanges ça ferait!

Pan M 360 : Ils sont les symboles de l’opposition fondamentale de notre époque en musique contemporaine. Un peu comme les camps Brahms vs Wagner au 19e siècle…

Nicole Lizée : Tout à fait. Oui, un repas avec les deux en même temps, ce serait très divertissant!

La Symphonie no 1 dite de la mer (A sea symphony) du compositeur britannique Ralph Vaughan Williams (1872-1958) est le dernier programme cette saison pour l’ambitieux Orchestre Philharmonique et Chœur des Mélomanes (OPCM) sous la direction du jeune maestro montréalais Francis Choinière. Pour cette exécution à grand déploiement, seront réunis sur scène 80 musiciens et 100 choristes, sans compter deux solistes de renom, soit la soprano Karina Gauvin et le baryton Christian Wagner. À quelques jours du concert présenté ce samedi 20 mai à la Maison symphonique, Francis Choinière se prête au jeu des questions de PAN M 360.

PAN M 360 : Force est d’observer que l’approche de l’OPCM  est en train de faire boule de neige, c’est à dire que vous avez de plus en plus de succès avec cet angle du répertoire symphonique impliquant la voix humaine, vos salles pleines en témoignent. Peu à peu, votre reconnaissance artistique  remplace celle de l’habile entrepreneur que vous êtes également.

FRANCIS CHOINIÈRE : Oui, c’est vrai. On peut dire que nous sommes désormais des joueurs importants dans la scène culturelle et de la musique. 

PAN M 360 : À grande échelle, votre démarche est-elle encore récente ?

FRANCIS CHOINIÈRE : À grande échelle, on est en marche depuis 2019. Au  début, c’était peu connu, les gens se demandaient alors c’est quoi l’OPCM ? Aujourd’hui, les gens savent à quoi s’attendre. 

PAN M 360 : Vous travaillez sur deux plans, car vous êtes aussi impliqué avec votre frère Nicholas chez GFN productions et avec l’Orchestre FILMharmonique. Vous travaillez donc  sur la musique symphonique grand public, c’est-à-dire les bandes orgiginales pour le cinéma, souvent inspirées de la musique romantique ou pré-moderne. Or vous faites aussi du répertoire classique.   

FRANCIS CHOINIÈRE : En ce qui concerne l’OPCM, on travaille essentiellement dans le répertoire classique. Nous sommes remontés au baroque,  nous avons fait des musiques romantiques avec le Requiem de Brahms par exemple, nous avons aussi fait des compositeurs contemporains comme John Rutter ou Todd Jenkins. Et nous aurons très bientôt la Symphonie de la mer de Ralph Vaughan Williams dont je crois que ce sera la première exécution à la Maison symphonique.

PAN M 360 : Que dire de cette œuvre? 

FRANCIS CHOINIÈRE : C’est pas une œuvre très connue du grand public de la musique classique, mais c’est une œuvre qui a vraiment du punch. Elle porte ce son anglais traditionnel, et ce avec une orchestration quand même monumentale, très dense, très épaisse, très créative. La manière dont le compositeur développe les textes (du poète américain Walt Whitman) est spéciale, car il est plus le type de compositeur à rajouter des nouveaux motifs que de développer une idée principale dans de multiples variations. Donc, il met beaucoup d’idées sur la table, mais d’une façon grandiose. Et ça met vraiment en vedette la chorale, plus les solistes qui ont aussi un rôle très important.

PAN M 360 : Comment avez-vous été mis au parfum de cette œuvre ?  

FRANCIS CHOINIÈRE : Je l’ai découverte par hasard sur YouTube il y a dix ans, quelque chose comme ça. Je suis immédiatement tombé en amour avec cette œuvre. Dès la première minute, c’était tellement captivant que je l’ai écoutée au complet la première fois. C’est quand même rare quand on butine sur You Tube ! J’étais comme « OK, je ne comprends peut-être pas, mais ça commence avec tellement  de puissance et ça maintient si bien l’intérêt tout au long de l’exécution”. 


PAN M 360 : Donc, vous avez gardé en tête qu’ un jour, vous la feriez. Et là, nous y sommes. Quelle préparation ça a exigé ?


FRANCIS CHOINIÈRE : C’est vraiment une œuvre que je voulais faire depuis longtemps et j’attendais de pouvoir compter sur assez d’effectifs dans le chœur pour que ça sonne comme il se doit. En fait, cette œuvre exige une analyse approfondie. Il a beaucoup de couleurs et de textures qu’on n’entend pas vraiment a priori. Si tu écoutes une première fois, tu te dis que c’est quand même simple. Mais tu regardes attentivement la partition, il y a 1000 choses qui se passent en même temps, les flûtes, les sextolets  qui montent et descendent, tout ça se passe vraiment dans les textures qui évoquent la mer, etc. Ce qui est très différent de l’approche de Debussy (dont une œuvre s’intitule aussi La Mer), sans compter le texte de Walt Whitman, merveilleusement coloré par le compositeur. On se sent vraiment sur un bateau lorsqu’on écoute cette œuvre, on y ressent les vagues, les navires, etc. Ça détend! 

PAN M 360 : Et l’OPCM aime visiblement les œuvres monumentales comme celle-ci. Grosses orchestrations, gros chœurs, beaucoup de monde sur scène, c’est votre facture, non ?

FRANCIS CHOINIÈRE : Oui. C’est ce que je voulais faire avec l’OPCM dès le départ : de grandes œuvres chorales qui ne sont pas souvent exécutées à Montréal. L’OSM et l’Orchestre Métropolitain en font peu, il faut dire… Pourtant, le répertoire choral est très riche et il m’importe de le ramener sur scène. 

PAN M 360 : L’OPCM peut-il compter sur un noyau stable pour en assurer sa progression ? 

FRANCIS CHOINIÈRE : Nous avons un noyau stable, mais ça évolue sans cesse en périphérie.  Des musiciens ont d’autres engagements, ils ne sont pas toujours disponibles, mais nous avons un groupe qui reste et qui assure la cohésion de l’orchestre. Nous présenterons trois autres programmes dans notre prochaine saison : la 9e Symphonie de Beethoven, Carmen  de Bizet en version concert, puis deux requiems, soit celui de Fauré et la création d’un autre requiem que François Dompierre est en train de composer et qui sera finalisé en janvier prochain. C’est quand même une chance de pouvoir compter sur un compositeur québécois reconnu pour mener un tel projet.

L’OPCM ET FRANCIS CHOINIÈRE PRÉSENTENT LA SYMPHONIE DE LA MER DE RALPH VAUGHAN WILLIAMS AVEC LES SOLISTES KARINA GAUVIN ET CHRISTIAN WAGNER, CE SAMEDI 20 MAI, 19H30.

INFOS ET BILLETS ICI.

Le 9 mars dernier, Michel Levasseur et Joanne Vézina, annonçaient leur retraite du Festival international de musique actuelle de Victoriaville, dont le couple assumait respectivement les directions artistique et administrative et partageait la direction générale. 

Ingénieur forestier de formation, Levasseur avait fondé le FIMAV au tournant des années 80 après avoir vécu un moment au Royaume Uni, où il fut mis au parfum de la mouvance avant-gardiste « rock in opposition », soit l’un des fondements de ce corpus que Levasseur se plaît toujours à qualifier de « musique actuelle ».  Avant-rock, free jazz et musique contemporaine avaient été les fondements auxquels Levasseur est resté fidèle tout au long de ces plus de quatre décennies d’activités annuelles. 

Le directeur artistique du FIMAV a ensuite étoffé son approche en y ajoutant une dimension électronique, une autre bruitiste et un volet rock plus élaboré. Au fil du temps, les plus grands noms de l’avant-garde en musique improvisée se sont produits à Victo, de Sun Ra à Cecil Taylor en passant par John Zorn qui y revient cette année. D’importants contingents en provenance du Japon et de l’Asie s’y sont également illustrés, sans compter de grandes délégations d’artistes venus d’Europe et des Balkans.

Vu les capacités de production et d’accueil dans les Bois-Francs et la volonté inébranlable de sa direction de le maintenir en région, là où il avait commencé, le FIMAV n’a pas connu de croissance quantitative depuis très longtemps. Force est de déduire que le couple Levasseur-Vézina a estimé que la taille atteinte était satisfaisante et que quelques centaines de festivaliers (dont plusieurs venus des quatre coins du continent) remplissaient son mandat d’événement d’envergure internationale et conférait un prestige très spécial à Victoriaville, une ville d’entrée de jeu pas particulièrement encline à de telles propositions artistiques. Malgré une modeste affluence de publics très spécialisés, la marque du FIMAV a su maintenir sa réputation acquise dans les années 80 et 90.

Avec le sentiment du devoir accompli, Michel Levasseur s’entretient avec PAN M 360 sur sa décision ferme de quitter la direction de ce festival qu’il a fondé au tournant des années 80.

PAN M 360 : Comment se fera votre départ, Michel ?

MICHEL LEVASSEUR : On part peu après le festival, mais on n’a pas la relève encore. Il n’y a personne pour entrer en fonctions dans les prochains mois, mais dans les prochaines semaines ça va s’activer. Ça fait d’ailleurs cinq ans qu’on est à la recherche de professionnels plus jeunes pour venir nous aider, avec qui on aurait passé quelques années avant de passer le flambeau. Ça n’a pas marché pantoute. Le milieu n’a pas embarqué, il n’y a eu personne avec une compétence solide dans le milieu culturel d’avant-garde. Certains sont venus pour des contrats spécifiques mais… personne ne répondait vraiment à l’offre d’emploi pour s’installer à Victoriaville.

PAN M 360 : Toujours rien pour l’instant?

MICHEL LEVASSEUR : On a des contractuels, mais pas vraiment de personnes qui envisagent rester et prendre le relai.

PAN M 360 : Et personne au Québec ne s’intéresse à cette perspective d’emploi?

MICHEL LEVASSEUR : Oui ça se manifeste depuis que nous avons annoncé notre retraite. Nous avons eu beaucoup de courriels, des centaines de commentaires sur Facebook. De partout dans le monde, des travailleurs, des bénévoles, du public, les musiciens et tout… ce fut comme une traînée de poudre!  Pour nous c’est émouvant.  Ça nous envoie le message que ça en a valu la peine. Et avec l’annonce de notre départ, le milieu a finalement réagi.  On a reçu des lettres d’intention, des CV, je parle ici de personnes qui ont déjà fait de la programmation, qui travaillent présentement dans des organismes en production.  

PAN M 360 : Au moment où l’on se parle, vois-tu  un candidat ou une candidate vraiment solide, avec une vision ? 

MICHEL LEVASSEUR : On n’est pas loin de ça. Le grand défi, ça sera d’intégrer ces personnes à la vie de la région ici. Là, on assume à deux personnes trois directions : artistique, administrative, générale. Joanne et moi partageons ces rôles, et nous sommes les deux seules personnes à temps complet. Alors nous recherchons idéalement deux personnes qui se partageraient la direction générale. C’est un modèle qui marche bien, puis qui permet à l’organisme d’honorer ses budgets. Il faudra qu’au moins une des deux personnes vive dans la région pour rester proche du milieu et de tous nos partenaires locaux.

PAN M 360 : Ça sera  quand même difficile pour vous de lâcher du leste. Vos successeurs seront probablement différents de vous, ce qui est normal.

MICHEL LEVASSEUR :  Oui c’est normal, c’est sûr que ce n’est pas évident, pas facile de prendre une telle décision. Moi, je ne savais vraiment pas quand j’arrêterais, comment ça se ferait. Mais je viens d’avoir 70 ans, alors…

PAN M 360 : Il faut quand même rester très actif car sans stress, la vieillesse gagne du terrain beaucoup plus rapidement.

MICHEL LEVASSEUR : Ben d’accord mais il y avait trop de stress là où j’étais rendu… Et les trois dernières années avec la pandémie, ça n’a pas aidé. Ça use et on ne récupère  pas comme on a récupéré par le passé. On sortait d’un festival et, deux mois plus tard, on fonçait de nouveau, énergisés par nos succès artistiques. Mais… ces dernières années, on était rendus en août et on n’avait pas encore récupéré. Il fallait tout refaire de nouveau, les charges, le monde, la nouvelle programmation, etc.  Ça a été le coup fatal et nous avons pris la décision de quitter à la fin de l’année 2022, fin novembre début décembre.

PAN M 360 : Quels seront vos rapports avec votre relève? Continuerez-vous à faire de l’encadrement ? Comment envisagez-vous la passation des pouvoirs? Ça pourrait durer plus d’un an!

MICHEL LEVASSEUR : Non non, ça va durer 2 ou 3 mois. En décembre c’est fini.
On ne sera plus dans le bureau, je ne sais pas si je vais rester encore longtemps sur  le conseil d’administration… Présentement, en tout cas, ce n’est vraiment pas l’idée de nous éterniser là. On me demande si j’ai fait la programmation, c’est non.  Et quand j’ai fait la présente programmation, je n’avais pas pris la décision d’arrêter et ça adonne bien car on y trouve plusieurs éléments rétrospectifs. Mais je  n’ai pas l’intention du tout  (de m’incruster),  ni l’intention de passer une autre année. 

PAN M 360 : Des projets pour la suite des choses?

MICHEL LEVASSEUR : C’est encore trop tôt. Même voyager, ce qu’on a toujours fait avec le travail. Alors que là, ce sera différent.

PAN M 360 : Joanne et toi restez-vous propriétaires des Disques Victo?

MICHEL LEVASSEUR : Oui, mais je ne compte pas léguer ça à mes enfants! Nous avons 135 contrats à honorer, le label n’a pas de grande valeur monétaire. Mais ça me tente de continuer.  On vient de lancer une page Bandcamp avec un petit distributeur numérique, et j’ai plein de produits physiques à vendre encore. Je souhaite m’en occuper encore pour une dizaine d’années, si j’en suis capable sans perdre trop d’argent. Évidemment,  le chiffre d’affaires de la maison de disques a diminué drastiquement et je n’ai pas envie de mettre ma maison là-dessus. C’est vraiment un hobby, un peu comme aller à notre camp de pêche en Haute-Mauricie. J’y fait de l’aménagement forestier, d’autant plus que c’était ma profession au départ. On va donc trouver quelque chose à faire, c’est certain. Pour l’instant l’idée est d’arrêter puis de décrocher et avoir plus de temps. On espère trouver nos remplaçants pour septembre et les accompagner jusqu’en décembre.  Là, il faut que le monde réagisse si on veut que ça continue. Il y a une carrière à faire à Victo. 

PAN M 360 : Donc tu n’as vraiment pas l’air désorienté par ta décision!

MICHEL LEVASSEUR : C’est bizarre à dire, je suis vraiment surpris de moi même. Rien que de penser ne pas avoir une programmation à faire l’an prochain, je suis libéré. Il y a une grosse brique de moins sur mes épaules. 

PROGRAMMATION, CALENDRIER, INFOS ET BILLETS DU FIMAV, TENU DU 15 AU 21 MAI À VICTORIAVILLE, CLIQUEZ ICI

Dans le contexte de la grande finale des Francouvertes tenue le lundi 15 mai au Club Soda, PAN M 360 s’entretient avec les artistes sélectionnés au bout du processus: Héron, Parazar et Jeanne Côté.

En avril 2021, Parazar a fait bonne impression sur la scène musicale avec C’est Live, un EP de huit morceaux de rap aux ambiances raï et house. De par sa belle plume, ses émotions et son flow, l’artiste montréalaise d’origine algérienne s’est rapidement démarquée des autres et s’est frayée un chemin jusqu’en finale des Francouvertes 2023. Au fil des étapes du concours, elle a su charmer le public grâce à son charisme, sa grande énergie et son humour. Parazar n’hésite pas à interagir avec la foule, ce qui est franchement impressionnant pour une personne qui en est encore à ses débuts dans le monde de la musique. Déjà sous étiquette Bravo Musique, ce n’est assurément pas la dernière fois qu’on entend parler d’elle!

Créées en 1995, Les Francouvertes ont pour but de faire briller les artistes issus de la francophonie canadienne et des communautés autochtones. Lors de chaque spectacle, les performances sont évaluées par le jury et le public. Au terme du concours, de nombreuses récompenses sont remises, dont une bourse de 15 000 $ attribuée à l’artiste gagnant. Par le passé, de nombreux artistes et formations de renom tels que Loco Locass, les Cowboys Fringants et Philippe Brach ont participé à cette aventure.

PAN M 360 : Pourquoi avez-vous commencé à faire de la musique? 

PARAZAR : À la base, j’avais l’intention d’entrer dans le domaine de l’humour. Un jour, je suis allée au studio afin de réaliser une chanson qui devait accompagner un projet humoristique. C’était la première fois que j’y allais et c’est à ce moment que tout a changé pour moi. J’ai eu une révélation et je me suis rendue compte que la musique, c’était un peu mon talent caché. C’est justement comme ça que j’ai eu l’idée de mon nom d’artiste Parazar, car c’est vraiment par hasard que j’ai commencé la musique. À partir de là, j’ai vraiment décidé d’en faire ma priorité. 

PAN M 360 : Pensez-vous pouvoir faire votre entrée aussi facilement dans l’industrie de la musique?

PARAZAR : Oui, et non. D’une certaine façon je suis surprise, car j’ai découvert mon talent au même moment que j’ai fait mes premiers pas dans l’industrie et je ne m’attendais pas à faire ça. J’ai dû rapidement en apprendre sur les aspects techniques, l’organisation, le fait de devoir se former une équipe solide, les droits d’auteur, etc. Au début, c’était énormément d’informations que je devais apprendre très rapidement. Ma grande curiosité m’a beaucoup aidé à m’installer rapidement. J’aime poser des questions et comprendre comment les choses sont faites. D’un autre côté, je ne suis pas surprise parce que dès le départ, j’avais des objectifs précis que je voulais atteindre. Quand tu as des buts dans la vie, tout est possible. 

PAN M 360 : À ce jour, comment s’est déroulé votre parcours aux Francouvertes 2023? Qu’est-ce que cette présence en finale représente pour vous?

PARAZAR : Je suis déjà extrêmement heureuse d’avoir fait partie des Francouvertes cette année. Je me sens chanceuse d’avoir participé à cette vitrine-là. Au fil de mon parcours, j’ai fait beaucoup de rencontres géniales avec des gens de l’industrie musicale. Ce concours est une belle occasion pour moi de faire valoir mon premier projet et celui qui est à venir. Cette expérience m’a permis de connaître mes points forts, mes points faibles sur scène et sur quoi je devrais travailler. Ça m’a permis aussi d’avoir plus d’échanges avec le public et de savoir comment organiser mes prestations. À chaque étape, j’ai appris quelque chose de nouveau. Les commentaires du public et du jury m’ont beaucoup aidé. 

PAN M 360 : Comment décririez-vous votre musique?

PARAZAR : Je fais du rap francophone. Dans ma musique, on retrouve beaucoup de sons qui font référence au raï algérien et ma culture algérienne. J’essaie d’être versatile au niveau des instruments, des paroles et des mélodies que j’utilise. J’aime tester de nouvelles choses. Parfois, mes sons sont un peu plus house et à d’autres moments, ils sont plus pop. J’aime bien dire que je fais du rap versatile. 

PAN M 360 : Qu’avez- vous préparé en vue de la finale?

PARAZAR : Quand je suis sur scène, j’y vais vraiment avec la vibe, c’est naturel.  Je ne prépare pas trop d’avance mes interactions avec le public, j’y vais vraiment de manière spontanée. Ainsi, il y a des shows où il va y avoir plus de moments de jasettes avec le public parce que je vois une ouverture. Comme pour chacune de mes prestations, je veux m’amuser. Mon seul but c’est que le public s’amuse autant que moi.

PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre de vous pour la suite?

PARAZAR : Mes plans pour cet été, c’est surtout de faire plusieurs spectacles. D’ailleurs, je vais performer au Festival d’été de Québec (FEQ) le 9 juillet. Ça va être super le fun, c’est certain.  Il y a d’autres dates de spectacles qui vont se confirmer bientôt pour l’été. Je me concentre vraiment au niveau des shows en ce moment et mon prochain projet devrait normalement sortir à l’automne. Pour ce nouveau projet-là, vous devez vous attendre à autant de différentes ambiances que dans le premier. Dans ce nouvel opus, j’ai essayé de faire différemment au niveau de l’écriture. Ainsi, il va y avoir des chansons qui sont un peu plus personnelles. C’est certain que ça reste très rap et house.

PAN M 360 : Si vous remportez l’édition 2023 des Francouvertes, qu’allez-vous faire avec la bourse de 15 000$?


PARAZAR : C’est certain que j’investirais ce montant dans ma musique et dans mon prochain projet. Ensuite, j’en investirais probablement dans mes shows dans les festivals cet été. J’ai plein d’idée de mise en scène que j’aimerais faire dans mes spectacles et c’est certain que si j’ai un budget, je vais faire en sorte que le public soit ravi. Bref, c’est sûr que cette somme serait pour faire grandir ma musique.

Ce lundi 15 mai au Club Soda, Héron, Jeanne Côté et Parazar se produisent à la grande finale des Francouvertes, c’est évidemment pourquoi PAN M 360 s’entretient avec les trois artistes sélectionnés au terme du processus.

Ayant grandi en Gaspésie et installée à Montréal depuis 2012, Jeanne Côté explore un univers folk alternatif centré sur la chanson et commandé par la voix. En 2019, après avoir joué dans un groupe et étudié la littérature, elle sort un premier EP réalisé par Louis-Jean Cormier, suivi en 2023 par son premier album Suite pour personne. Inspirée par son territoire natal, on retrouve dans ses textes des figures récurrentes telles que la mer, les bateaux, le vent, et l’espace. 

Par son écriture, l’auteure-compositrice-interprète se projette à travers les torrents, les vents houleux, et les mers-miroirs des plus calmes et solitaires. À travers le prisme de cette solitude, elle cartographie les régions de l’être, en espérant peut-être pouvoir y bâtir quelques phares pour guider les prochains passants. 

Maintenant rendue à l’étape finale du concours, on ne doute pas qu’elle sait faire briller sa lumière.

Créées en 1995, les Francouvertes ont pour but de faire briller les artistes issus de la francophonie canadienne et des communautés autochtones. Lors de chaque spectacle, sont évaluées par un jury ainsi que par le public. Au terme du concours, de nombreuses récompenses sont remises, dont une bourse de 15 000 $ attribuée au gagnant ou à la gagnante. Par le passé, de nombreux artistes et formations de renom tels que Loco Locass, Les Cowboys Fringants et Philippe Brach ont participé à cette aventure.

PAN M 360 : Vous avez grandi entourée par la musique à Petite-Vallée, en Gaspésie. Comment cette expérience se transpose dans ce que vous faites?

JEANNE CÔTÉ : Mon père dirige le festival de Petite-Vallée. Il fait des chansons lui aussi. Ma mère est prof de musique, elle a étudié en guitare et chant classique, et elle a enseigné toute sa vie le chant et la musique au primaire. Le côté pédagogique et le côté performance faisaient donc partie de la famille. Je pense que ce qui me suit, c’est cette chance que j’ai eue d’apprendre jeune, d’être entourée de tout ça rapidement, d’avoir des expériences de scène dès mes 11-12 ans. J’ai pu avoir l’opportunité de chanter sur une scène, ce qui n’est pas donné à tout le monde, ça je le prends vraiment comme un beau cadeau familial. Après, quand je me suis mis à écrire des chansons par moi-même, j’ai essayé de me détacher de tout ça en même temps. Je parle de Petite-Vallée, je parle de ma région beaucoup dans mes textes, on dirait que ça a infusé. Mais reste que je pense que j’ai toujours voulu faire mon propre chemin de mon bord.  

PAN M 360 : Vous dites avoir joué sur scène à 11 ans. Dans quel contexte avaient lieu ces premières performances

Ouais, on a fait une espèce de tournée familiale. Ma mère et moi, quand j’avais 11-12 ans, on était allés en Europe et tout, c’était super. On faisait des petits shows dans des appartements et d’autres trucs comme ça. Je faisais des accompagnements, je chantais des chansons. Ma sœur et moi avions chacune une chanson solo.

PAN M 360 : Pourriez-vous nous guider à travers votre parcours musical jusqu’à maintenant?

D’abord, j’ai toujours pris des cours de piano, parce que ma sœur en prenait. Ma sœur a 4 ans de plus que moi, et j’ai suivi ses traces dans les inscriptions que mes parents faisaient pour la famille.  Ma sœur a pris des cours de piano toute petite, alors j’ai fait la même chose. Mais j’aimais moins ça qu’elle, je pense. Elle était très bonne, et elle faisait des concours et tout. Moi, j’étais moins studieuse. J’aimais ça quand même, mais c’était plus pour le plaisir. À un moment, elle est partie de la maison quand je suis entrée au secondaire. Donc moi, pendant tout mon secondaire, j’ai eu la maison à moi toute seule quand je revenais de l’école. Et là, tout d’un coup, j’ai développé un lien avec l’instrument parce que j’avais 2-3 heures à jouer toute seule. Je me suis mise à pratiquer plus, à m’améliorer, et j’aimais de plus en plus ça. À un moment, à force de pianoter, je me suis mise à composer des petites choses ici et là, mais ce n’était pas pour faire des chansons nécessairement. 

Après ça, il y a eu le camp chansons à Petite Vallée. Il était déjà ouvert depuis quelques années, mais il n’y avait que des séjours d’interprétation. Mais cette année-là, ils ont décidé d’ouvrir un séjour pour les auteurs-compositeurs-interprètes de 15 à 17 ans.  J’étais en secondaire 3, et c’était la première fois qu’ils le faisaient. Il y avait deux formateurs : Patrice Michaud et Nelson Minville. Ce n’était pas n’importe quoi! C’est là que j’ai eu la piqûre, je me suis mise à écrire des chansons, et ça n’a plus jamais été autre chose. À partir de là, j’ai fait secondaire en spectacle, je suis venue à Montréal pour faire un double DEC en piano et littérature au Cégep Saint-Laurent, j’ai fait Cégep en spectacle, bref, la tournée des concours. Ensuite, j’ai fait des études universitaires en littérature aussi, à travers tout ça. 

PAN M 360 : Donc vous voilà maintenant opérant sous votre propre nom. Comment décririez-vous ce projet?

JEANNE CÔTÉ : J’essaie de faire quelque chose que j’aimerais écouter. J’écoute énormément de musique, des choses diverses, mais je suis quand même très sélective sur ce que j’aime. On dirait que j’essaie d’aller chercher les choses qui me plaisent le plus dans ce que j’aime pour le mettre dans mon projet.  Autant en littérature qu’en musique, j’aime quand les chansons sont intimes, quand elles vont puiser dans la vie de la personne qui chante. J’aime avoir l’impression que c’est vrai, j’aime avoir l’impression que c’est quelque chose que la personne a vécu, que ce sont des émotions qui sont véhiculées, mais qui ont du vécu. 

J’écoute beaucoup de folk, c’est drôle parce que je ne joue aucunement de la guitare (rires). Je décris quand même mon projet comme folk, parce que je m’inspire beaucoup des pickings de guitare pour mes accompagnements. Le côté acoustique est là, le côté enraciné, ça reste quand même folk. Mais dire que tu fais de la chanson, aujourd’hui, c’est quasiment péjoratif.  Moi je dis que c’est ça que je fais, c’est ce qui me parle le plus, j’aime ça faire de la chanson.  J’aime quand il y a un couplet et un refrain. Donc voilà, je fais de la chanson folk, et pop par endroits.

PAN M 360 : Et, la chanson, c’est propice à la littérature. Justement, il y a dans vos chansons plusieurs images récurrentes, dont celle de la fenêtre, qui m’intéresse beaucoup Pourriez-vous me dire d’où elle vient, et ce qu’elle signifie pour vous?

JEANNE CÔTÉ : Oui, les textes c’est très important pour moi, j’aime écrire, j’aime creuser avec les mots. La fenêtre, je ne sais pas d’où ça vient exactement, mais si je me rapporte en Gaspésie, à 8, 9, 10 ans, ça a été long avant d’avoir accès à la technologie. Les téléphones cellulaires ne captaient pas le réseau avant mon secondaire 5, et encore là c’était moyen. Cela fait que, toute mon enfance et mon adolescence, je n’ai pas eu accès à la technologie tant que ça. En plus, Petite-Vallée c’est un village de 150 habitants, donc on s’ennuie facilement. 

Mais ça a été précieux, pour moi, cette capacité de m’ennuyer. J’ai pu développer mon imagination, parce que je m’étais habituée à m’inventer des histoires aussitôt que je regardais par la fenêtre. Je me rappelle regarder par la fenêtre chez moi, dans le bus scolaire, à l’école… bref, j’ai eu un lien particulier avec les fenêtres. Même aujourd’hui, je suis souvent sur mon téléphone, mais quand je veux écrire, je m’en vais dans un café, je me pose devant la fenêtre, et je regarde dehors. Et là, on peut regarder ce qui se passe vraiment, ou on peut être complètement perdu dans ses pensées. C’est un moteur pour moi, c’est comme une porte pour accéder à ma créativité. 

PAN M 360 : Et quand vous y accédez, et que vous commencez à écrire, comment se passe le processus?

JEANNE CÔTÉ : Souvent, le moment où je me pose devant une fenêtre, c’est parce que j’ai eu une idée avant. En fait, quand je suis en transport ou quand je marche, il arrive souvent qu’une mélodie me vienne en tête. Parfois, des mots viennent avec, et là, c’est la magie, c’est l’idéal. Mais c’est souvent seulement une mélodie. Alors je l’enregistre dans mon téléphone, et quand j’arrive pour écrire, j’ai accès à plein d’idées dans lesquelles je peux piger selon ce qui me parle le plus. Parfois, c’est un casse-tête, parfois j’arrive à greffer des textes dessus, ça dépend.

PAN M 360 : Parlant Francouvertes, comment avez-vous vécu vos deux soirées à date? Y avait-il une différence entre les préliminaires et la demi-finale?

JEANNE CÔTÉ : C’est une bonne question. Déjà, c’est la septième fois que je m’inscris au Francouvertes. Donc je suis partie avec peu d’attente, mais quand-même un désir profond de peut-être me rendre en demi-finale. C’était ça mon souhait le plus cher : me rendre au moins à cette étape-là, en me disant que ça allait probablement avoir plus d’impact sur ma carrière si au moins je me rendais en demi. Donc aux préliminaires, j’étais stressée parce que les concours, c’est stressant. Mais je me sentais prête. 

Ensuite, quand je me suis qualifiée pour les demi-finales, je me disais « Oh wow! OK, ça va bien mieux que je pensais. » Déjà là, j’avais une pression de moins, mais malgré tout, on dirait qu’il y avait un petit stress de plus. Et là, tout d’un coup, la finale, c’est venu à être un enjeu. On a ouvert une autre porte. Il y avait un petit stress de plus, je dirais. 

Mais, encore une fois, j’ai eu beaucoup d’occasions de performer dans les derniers 12 mois.  Je me sens vraiment chanceuse d’avoir pu faire ça, parce que ça m’a donné une espèce de stabilité que je n’avais pas avant. Maintenant, on voit moins que je suis en train de mourir par en-dedans sur scène! (rires) Non, mais je deviens aussi meilleure pour tout prendre, et simplement l’accepter, le faire, et me dire « Ça va être ça.  Je suis un peu stressée, mais je vais offrir le meilleur que je peux, parce que les gens sont là, et ils méritent que je leur donne tout ce que j’ai ». 

PAN M 360 : À quoi peut-on s’attendre de votre performance durant la finale? 

JEANNE CÔTÉ : Je pense que je vais changer un peu l’ordre par rapport aux deux autres étapes.  Je ne sais pas si ça équivaut à me tirer dans le pied, de changer quelque chose qui a fonctionné les deux premières fois, mais je pense que je vais l’essayer. Sinon, vous pouvez vous attendre aux chansons de l’album, qui est sorti en janvier.  J’aime raconter des histoires aux gens, entre les chansons. Et j’ai une belle fusion dans le  band, aussi. Je suis tellement contente de jouer avec ces gens-là, Zachary Boileau à la guitare, Arthur Bourdon-Durocher à la batterie. Donc c’est vraiment un bon plan de course, c’est cool.

PAN M 360 : Merci Jeanne!

À l’aube de la prestation du rappeur belge Peet au Festival Santa Teresa samedi le 13 mai, Pan M 360 s’est entretenu avec lui afin de discuter de sa venue au Québec, de la récente sortie de son deuxième album Todo Bien et bien plus!

Bien que la carrière de Peet, Pierre Mignon de son vrai nom, soit entamée depuis plusieurs années, permettons-nous de brosser son portrait en bonne et due forme pour ceux et celles qui ne sont peut-être pas familiers avec son art. Il y a quelques années, le MC bruxellois s’est fait connaître au sein du groupe dorénavant inactif, Le 77, aux côtés des artistes Félé Flingue et Morgan. Depuis, c’est en solo qu’il a véritablement trouvé ses repères et s’est imposé sur la scène musicale belge. La recette de Peet est la suivante: un rap décontracté aux influences multiples qui parlent de tout & de rien, et qui explore diverses avenues comme le boom bap et le trap. 

En février dernier, le trentenaire est revenu à la charge avec Todo Bien, un excellent opus de dix titres dont des collaborations avec les rappeurs JeanJass, Primero et Roméo Elvis. Avec cette sortie, Peet célèbre enfin sa capacité de vivre de la musique sans avoir à bosser dans des restaurants pour s’assurer un revenu  décent. Dans cet album, il chante plus qu’auparavant, ce qui lui a permis d’explorer de nouveaux sentiers musicaux sur des morceaux comme Foi et Déjà fait. Nul doute, le passage de Peet à Santa Teresa est à ne pas manquer !

PAN M 360 : Vous foulerez la scène principale du Festival Santa Teresa samedi prochain, le 13 mai. Si je ne me trompe pas, ce n’est pas votre première fois au Québec.  

PEET : Exactement, je suis déjà venu au Québec auparavant avec mon ancien groupe, Le 77. On avait fait un spectacle avec Alaclair Ensemble. En novembre dernier, je suis aussi venu pour ma tournée solo. Ce qui est différent cette fois, c’est que je viens pendant la période où il fait plus chaud. À chaque fois, j’étais venu au Canada en octobre et en novembre. Je suis très curieux de voir à quoi ça ressemble à ce temps-ci de l’année, on m’a dit que les gens sortent beaucoup plus et qu’il y a beaucoup d’événements. Lors de mes dernières visites, j’ai adoré le Québec.

PAN M 360 : Connaissez-vous certains des artistes d’ici avec qui vous allez partager la scène, samedi?

PEET : Je vais être honnête avec toi, je n’ai pas beaucoup regardé la programmation. J’aime être surpris et ne pas savoir à quoi m’attendre. Je crois que FouKi sera présent à Santa Teresa samedi. Je le connais bien, il a même fait une production sur mon album Mignon qui est sorti en 2021. On a déjà échangé ensemble. Sinon, il y a aussi Vendou que je connais très bien, c’est un ami à moi.  Il est déjà venu chez moi, en Belgique. 

PAN M 360 : De ce que j’en comprends, la connexion est toujours aussi forte entre la scène rap du Québec et celle de la Belgique?

PEET : Ouais, à fond. Je pense qu’on se comprend sur beaucoup de choses. Les deux scènes ont un peu la même mentalité et on s’entend très bien. Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais c’est assurément le cas pour les Bruxellois. 

PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre de votre prestation à Santa Teresa?

PEET : À des bangers, man! Je suis super content et je suis très curieux de voir comment ça va se passer. Cela étant, je suis un peu triste de ne pas pouvoir faire venir mon band pour le festival. Il faut savoir que normalement, je suis sur scène avec un band complet. Cependant, c’est un peu compliqué financièrement d’amener sept personnes en avion au Canada. Du coup, on va faire le tout avec un DJ. On espère pouvoir revenir à un autre moment avec l’équipe entière. 

PAN M 360 : Qu’est-ce que cela vous amène d’avoir votre band avec vous sur scène?

PEET : La première fois que j’ai essayé avec un band complet, je craignais un peu que ça change la sonorité de la musique en comparaison à l’album. Après l’avoir testé, je me suis rendu compte que ça amène quelque chose de plus sur scène et ça me permet aussi de me reposer à certains moments. Ça me permet aussi de dire à un moment « Ah, les gars, venez, on fait ça. On fait une loop ou bien un freestyle, tu vois. » Je trouve que c’est important que quand tu vas voir un concert, que ça ne soit pas seulement ce que tu as entendu sur une plateforme comme Spotify.

PAN M 360 : Parlons davantage de votre musique. De ce que j’ai cru comprendre, vous produisez vos propres morceaux?

PEET : Oui, généralement sur mes albums je produis souvent la moitié de mes sons. Plus j’évolue dans la musique, moins je fais mes propres productions parce que j’en reçois de plus en plus par des producteurs. Ainsi, j’en ai moins à faire moi-même. Cependant, je finis toujours par en faire moi parce que j’aime ça et j’ai souvent des inspirations musicales. C’est aussi simple de s’autoproduire. Tu as une idée, tu vas en studio, tu fais la prod et tu poses dessus directement. Dès qu’une loop ou un échantillon m’intéresse, je vais dans mon propre studio qui est situé dans mon jardin. Lorsque j’ai quatre mesures ou un flow en tête, je lance l’enregistrement et je fais mon morceau. Souvent, lorsque je fais mes propres productions, je m’entoure d’autres producteurs qui m’aident à peaufiner le tout. C’est plus simple. 

PAN M 360 : Le 24 mai prochain marquera les trois mois depuis la sortie de votre quatrième projet solo, Todo Bien. Il est clair qu’il n’y a pas énormément de temps qui s’est écoulé depuis cette sortie, mais êtes-vous toujours aussi satisfait de ce projet. Tout est-il encore Todo Bien dans votre vie?

PEET : Oui, bien sûr. Je dirais même que ça va mieux maintenant. Je vis finalement la vie que je voulais vivre. Je ne travaille plus dans les restaurants et je peux vivre de ma musique. Dorénavant, je peux gérer mon temps comme j’en ai envie. Je fais plusieurs concerts et je chill. Je ne suis pas à un stade où j’ai trois concerts par semaine, ce n’est pas trop difficile physiquement. Tout va bien en ce moment. On fait des spectacles au Canada, en Suisse, en France, c’est magnifique. Je ne peux pas vraiment me plaindre de ça. 

PAN M 360 : Dans Todo Bien, on se rend compte que votre mode de vie a quelque peu changé, que ce soit au niveau de vos relations interpersonnelles ou votre consommation d’alcool. Qu’est-ce qui a mené à ces changements?

PEET : Franchement, je ne sais pas vraiment. On grandit, tu vois, moi, j’ai 30 ans maintenant. Je vois les choses différemment. Dorénavant, il y a des choses que je voulais faire avant, que je fais moins. Avant, j’aimais beaucoup sortir, faire la fête tout le temps. Maintenant, je suis un peu plus à la maison, j’aime travailler dans mon jardin et avoir une vie posée. Je crois que ça vient vraiment du fait que je grandis, je crois que ce n’est pas plus compliqué que ça. C’est assez dur à dire comment j’ai évolué puisque je le vis au jour le jour, je ne me rends pas vraiment compte. C’est une évolution comme tout le monde pourrait l’avoir je crois, que ce soit un musicien ou quelqu’un d’autre. Je dirais que la vraie chose qui a changé dans ma vie, c’est que je ne travaille plus dans les restaurants. Je peux vivre de la musique, c’est la principale chose qui a changé.

PAN M 360 : Dans votre musique, on retrouve des éléments de plusieurs genres musicaux différents, le jazz par exemple. En général, qu’écoutez-vous comme musique?

PEET : J’écoute vraiment de tout. Il y a eu un moment où je n’écoutais plus beaucoup de rap, et là j’ai recommencé un peu. J’aime bien la musique de l’artiste Vacra. J’ai aussi beaucoup écouté le dernier album de Hamza. Sinon, j’ai beaucoup de vinyles à la maison et j’aime en faire jouer sans vraiment choisir. Honnêtement, je consomme moins de musique qu’avant. Je crois que j’en ai beaucoup trop écouté. Aujourd’hui, je trouve qu’on est un peu dépassé par toutes les sorties musicales. Il y a énormément de nouveaux morceaux qui sont publiés chaque semaine et il y a des artistes dans tous les sens. C’est possible d’écouter un nouvel album tous les jours sur les plateformes d’écoute en ligne. Récemment, j’ai obtenu mon permis de conduire et j’ai recommencé à écouter de la musique lors de mes trajets en voiture. J’en avais marre d’écouter la musique dans mes écouteurs tout le temps. Ouais. Avant, je ne pouvais pas sortir de chez moi sans musique.  C’était impossible. Je crois que ça m’a gavé un peu.  

PAN M 360 : Au Québec, ce n’est pas toujours évident d’être à l’affût de ce qui se passe sur la scène du rap en Belgique. Avez-vous des noms à nous suggérer? 

PEET : Récemment, j’ai fait un morceau avec Absolem. Ce qu’il fait est très stylé et vous devez absolument regarder ce qu’il fait. Sinon, il y a mon colocataire Morgan qui va sortir un projet bientôt, je vous invite à suivre ça de près. Un autre de chez nous que j’aime bien c’est Osmose. avec qui j’ai aussi fait un titre par le passé. Il y a vraiment une nouvelle génération d’artistes qui émergent de la Belgique. J’en oublie peut-être, mais c’est ce qui me vient à l’esprit en ce moment.

PAN M 360 : À quoi doit-on s’attendre de vous pour la suite?


PEET : Je pense que mon prochain album va être dans la continuité de Todo Bien.  Il va fort probablement y avoir des morceaux plus rap, d’autres plus jazz ainsi que d’autres plus expérimentaux comme ma chanson Foi. Et par la suite, je ferai peut-être un gros album où je vais travailler avec plus des musiciens. Après le prochain projet, j’aimerais essayer de faire un album un peu plus cohérent musicalement et rester fidèle à un style plutôt que de faire beaucoup de choses différentes.

PETE SE PRODUIT À SANTE TERESA SUR UN PLATEU CHAPEAUTÉ PAR FOUKI, SAMEDI 15H30, GROSSE SCÈNE LOTO-QUÉBEC

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GoGo Penguin captive le public avec un son innovant et éclectique depuis sa création en 2009. Évoquant un large éventail d’influences, la musique du trio défie toute catégorisation facile, mais constitue toujours une expérience passionnante. Everything is Going To Be OK, le sixième album du groupe, est marqué par le départ de Rob Turner, batteur de longue date, et par des embûches personnelles dans les familles du bassiste Nick Blacka et du pianiste Chris Illingworth. Cependant, le groupe a trouvé un remplaçant digne de ce nom en la personne du batteur Jon Scott et Everything is Going to be OK se veut un geste optimiste et une réassurance pour les fans que le groupe reste inspiré et qu’il est là pour rester. Ce qu’on pourra, d’ailleurs observer ce jeudi 11 mai au Théâtre Corona.

PAN M 360 : Tout d’abord, félicitations pour l’album Chris. Vous êtes en tournée. Comment l’évaluez-vous jusqu’à présent ? Comment pensez-vous que le nouveau matériel est reçu ?

Chris : Oh, c’est fantastique. Je crois que nous avons fait cinq concerts jusqu’à présent et un petit spot radio à Seattle l’autre jour. J’ai l’impression que ça fait un moment qu’on n’a pas fait de tournée et qu’on n’a pas joué de nouveaux morceaux comme ça. Mais nous avons évidemment beaucoup de différences avec la configuration actuelle. Nous avons des synthétiseurs et plus d’effets, et il y a toujours ce côté acoustique, mais il y a beaucoup de choses que nous avons dû incorporer afin de jouer la musique en live. C’est vraiment excitant, même si c’est un peu angoissant, de monter sur scène alors qu’il y a beaucoup plus de choses qui peuvent mal tourner qu’un simple piano, une basse et une batterie sur scène. Mais c’est génial. Les foules sont bonnes, les salles sont vraiment sympas. C’est agréable de sentir que nous avons encore de l’énergie. J’aimerais cependant que nous n’ayons pas à prendre l’avion.

PAN M 360 : Peut-on dire que c’est l’album « électronique » de GoGo Penguin ?

Chris : Oui, c’est une question intéressante ! Techniquement c’est vrai, mais l’approche que nous avons utilisée et le style de composition ne semble pas trop électronique. Ces éléments sont présents et nous avons des choses comme le Strega, qui est un instrument au son incroyable, mais il est davantage utilisé pour le traitement des données. Les instruments acoustiques sont toujours présents et vous pouvez toujours entendre dans Last Breath, par exemple, la contrebasse qui passe à travers, mais c’est ce que le Strega ajoute à la basse qui prend une nouvelle forme. En ce qui concerne les modules, le principal que j’utilise s’appelle Rings, et il est magnifique. Il sonne comme un instrument de percussion pizzicato, et quand je fais le genre de sourdine sur le piano, ce n’est déjà pas loin de ce genre de sons.

En fait, j’écoutais de la musique électronique avant d’écouter la plupart des autres types de musique, à l’exception probablement de la musique classique et du rock qu’écoutait ma mère. J’ai toujours voulu jouer avec des synthés, de l’électronique et des effets parce que j’étais époustouflé par ce que des groupes comme Underworld, Prodigy et Massive Attack étaient capables de faire.

Avec GoGo Penguin, je n’ai jamais eu l’impression que cette opportunité se présentait sous la forme d’une sorte de « ça va marcher » parfait. Cette fois, Nick et moi, nous venons de rentrer en studio et nous nous sommes dit : « Vous savez quoi, ? Sortons tout notre matériel et jouons ! Amusons-nous et voyons ce qui se passe. Et si ça ne marche pas, eh bien ça ne marche pas. Il n’y avait aucune crainte.

Ainsi, nous avons essayé beaucoup de choses qui n’ont pas fonctionné. Nous avons supprimé beaucoup de synthétiseurs différents parce que nous nous sommes dit qu’ils ne convenaient pas. Nous avions quelques séquenceurs avec lesquels nous nous amusions et cela ne semblait pas être la bonne approche pour les compositions. Mais les éléments que nous avons conservés ont trouvé leur place dans les instruments.

PAN M 360 : Maintenant que le groupe joue depuis plus de dix ans, vous devez vous adresser à une nouvelle génération de fans. Diriez-vous que beaucoup de choses ont changé en ce qui concerne l’expérience du concert, ou peut-être dans le lien des gens avec la musique, en particulier à la musique instrumentale ?

Chris : Nous avons déjà discuté avec pas mal de gens sur cette tournée, et le public que nous attirons est toujours aussi diversifié. Il y a beaucoup de gens, jeunes et vieux, avec des origines et goûts différents, et j’ai l’impression que ça continue. Je pense qu’il y a probablement les fans qui restent avec nous, qui nous aiment, qui ont pris un peu d’âge, et puis il y a ce public plus jeune qui arrive aussi.

J’ai l’impression que beaucoup de jeunes auditeurs ne semblent pas se soucier des genres et des frontières. Il ne s’agit pas tant de savoir si c’est du jazz ? Ce n’est pas du jazz ? Est-ce ceci, est-ce cela ? Allez nous voir ou nous entendre sur Spotify, YouTube ou autre, décidez si vous aimez et venez voir le spectacle.

Nous apprécions vraiment que la musique semble parler à beaucoup de gens différents les uns des autres. Cela signifie gros pour nous. Nous ne voulons pas que la musique soit réservée à un type particulier d’individu, nous souhaitons que tout le monde puisse l’écouter et décider s’il l’aime ou non.

PAN M 360 : Une part du charme de GoGo Penguin réside dans le fait que le groupe peut jouer dans un festival de rock, de jazz ou d’électronique et faire l’affaire. Comment expliquez-vous GoGo Penguin ?

Chris : C’est une question difficile. Honnêtement, je ne sais pas. J’ai envie de dire que c’est juste un groupe qui joue de la musique instrumentale, mais c’est tellement vague et ça ne décrit pas grand-chose. Ce que nous voulons faire avec tout ça, ce que nous avons toujours voulu faire, c’est essayer de nous connecter avec les gens en leur racontant des histoires. Mais elles restent suffisamment abstraites pour que tout le monde puisse les écouter et y lire quelque chose, et c’est ce que nous voulons. Et je pense que cela signifie que nous devons puiser partout.

PAN M 360 : Ayant vécu au Royaume-Uni, je me souviens avoir vu émerger, au début des années 2010, la première vague de groupes rock/électroniques/instrumentaux inspirés du jazz. Une grande partie de ce qui est sorti sur Gondwana a contribué à implanter ce son « post-jazz », que j’appelais à l’époque le « Radiohead Jazz », ha. Diriez-vous que ce son est devenu quelque peu saturé aujourd’hui ?

Chris : Je ne sais pas. Je pense qu’il y a des gens qui se situent à travers ces éléments parce que c’est la façon dont les choses ont toujours tendance à se passer. Certains le font parce qu’ils voient que ça a marché et ils tentent leur chance. Il y a des projets, comme Mammal Hands et Floating Points, pour qui cela reste très personnel. Ce n’est pas une copie d’une copie. Et c’est la même chose pour nous. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui font ça, mais je pense que les plus grands le font avec leur propre individualité, et c’est ce qui les fait vraiment sortir du lot.

PAN M 360 : D’après vous, qu’est-ce qui fait que Everything is Going to be OK est un album si singulier dans votre discographie ?

Chris : Je pense que c’est la première fois que nous sommes aussi ouverts. Dès le début, avec le communiqué de presse, avec tout, même l’artwork, nous avons eu le sentiment d’être aussi ouverts que possible. Nous n’avons pas essayé d’être trop énigmatiques, nous n’avons pas essayé d’employer des illustrations minimalistes sur la couverture qui ne vous font pas vraiment penser à quelque chose d’immédiat. Nous nous sommes dit : « Soyons honnêtes. Disons aux gens ce que nous avons vécu et ce dont il s’agit, parce qu’il est évident que c’est quelque chose de personnel. Parce que nous avons fait ce disque, mais nous l’avons fait pour tous ceux qui veulent l’écouter. Et toutes ces choses que nous avons vécues ne nous sont pas exclusives. Ce sont des choses que tout le monde vit, et c’est juste que nous sommes passés par ce moment de notre vie où c’est comme si les projecteurs avaient été braqués sur cette expérience de perdre des gens parce que nous vieillissons tous et c’est forcément ce qui se produit.

Bien sûr, c’était notre premier album après le départ de Rob, mais ce dernier n’était qu’une partie du groupe. Le lien s’est renforcé entre Nick et moi. Nous sommes amis depuis longtemps et nous avons travaillé ensemble pendant longtemps, mais c’était génial de voir la façon dont il s’est ouvert et a été capable de contribuer, beaucoup plus qu’il ne l’a fait dans le passé. Je ne pense pas qu’il m’en veuille de dire cela. Bien sûr, il a toujours contribué, il a toujours fait partie du projet, il a toujours eu des idées, mais j’ai eu l’impression qu’une sorte de poids avait été retiré et qu’il était soudainement capable d’apporter beaucoup plus. En retour, c’est une chose très excitante à laquelle je dois réagir et c’est agréable d’être en retrait en écoutant les idées que Nick apporte et en se demandant comment je vais réagir à cela. Où est-ce que je me situe par rapport à ça ?

Avec le processus d’enregistrement, nous avons pu dire d’une manière qui semblait naturelle que nous sommes toujours nous, nous n’essayons pas de changer qui nous sommes, mais nous avons changé en tant que personnes. Nous avons grandi, comme tout le monde.

Chris : Je ne sais pas. Je pense qu’il y a des gens qui prennent ces éléments parce que c’est la façon dont les choses ont toujours tendance à se passer. Certains le font parce qu’ils voient que ça a marché et ils tentent leur chance. Mais je pense qu’il y a des gens, comme Mammal Hands et Floating Points, qui sont de bons exemples, pour qui cela reste très personnel. Ce n’est pas une copie d’une copie. Et c’est la même chose pour nous. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui font ça, mais je pense que les plus grands le font avec leur propre individualité, et c’est ce qui les distingue vraiment du lot.

PAN M 360 : Comment avez-vous abordé l’intégration de Jon dans le trio ?

Chris : Il s’adapte vraiment bien à la tournée. C’est un très bon élément à avoir avec nous. Comme nous l’avons dit dès le début, nous ne voulions pas de copie. Nous voulions une autre personnalité distincte, nous ne voulions pas essayer de remplacer Rob. Il était important que la batterie soit une partie essentielle du son de GoGo Penguin, mais nous voulions que quelqu’un avec sa propre personnalité nous rejoigne. C’est ce qu’a fait John, et c’est tout à son honneur. Je veux dire que ce n’est pas facile d’entrer dans quelque chose qui a déjà toute une histoire et tous ces fondements que nous avons construits. Cela a dû être un défi pour lui, mais il s’est montré à la hauteur et a accompli un boulot fantastique.

PAN M 360 : Que pouvons-nous attendre de GoGo Penguin pour la suite des choses ?

Chris : Eh bien, je pense que dès que nous le pourrons, nous voudrons certainement retourner en studio. Il y a des idées qui bouillonnent. Nous continuons à dessiner des choses et nous buvions des bières au bar de l’hôtel pas plus tard qu’hier soir en brassant de nouvelles idées. Il y aura certainement des choses à faire en cours de route, mais pour l’instant, je pense que nous profitons simplement de la tournée. C’est agréable d’avoir cet album à jouer, il est encore un peu frais parce que nous l’avons enregistré il y a un moment. Le Japon arrive bientôt, et nous n’y sommes pas allés depuis un moment, alors ça va être sympa. Il est aussi question de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, où nous ne sommes jamais allés. J’espère que beaucoup de bonnes choses se produiront bientôt.

GoGo Penguin se produit au Theatre Corona le 11 mai Billets ICI

Fondé en 1983 par le violoncelliste, professeur de musique et chef d’orchestre d’origine soviétique Yuli Turovsky, l’orchestre I Musici de Montréal conclura cette semaine sa 39e saison sous le signe de l’héritage et de la continuité. Ce dernier concert, qui aura lieu jeudi le 11 mai à la salle Pierre-Mercure, mettra en vedette le violoncelliste Stéphane Tétreault, artiste en résidence de l’orchestre et ancien élève de Turovsky. Pour cette occasion, il nous interprétera l’arrangement de Krützmacher du Concerto pour violoncelle n° 9 en si bémol majeur de Boccherini, œuvre avec laquelle il entretient une relation bien particulière – il s’avère qu’il l’a déjà interprétée à titre de soliste avec ce même orchestre alors qu’il n’était âgé que de… 13 ans. S’ajouteront à cela la pièce I Crisantemi de Puccini ainsi qu’un arrangement du Quatuor en mi bémol majeur, op. 127 de Beethoven, réalisé par nul autre que Jean-François Rivest, conseiller artistique et chef d’orchestre de cet ensemble à la réputation stellaire. Celui-ci a d’ailleurs vu son contrat avec eux être prolongé jusqu’en 2027. Excellente nouvelle !

Inspirant, authentique, passionné : l’amour de la transmission est palpable chez Jean-François Rivest. Poésie, pédagogie, pilotage d’avion : peu importe le sujet qu’il aborde, sa qualité de communicateur est contagieuse. Attrapé au détour d’une répétition avec l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM), autre ensemble qu’il dirige avec la fougue qu’on lui connaît, il nous a fait l’honneur de nous recevoir dans une loge de la salle Claude-Champagne lors d’une trop courte pause pour discuter avec nous de cet évènement.

Entrevue sans filtre, en toute simplicité.  

Nombre de mots : 288

PAN M 360 : Parlons d’abord du concerto de Boccherini. Dès que j’ai vu que vous aviez choisi l’arrangement de Grützmacher, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander quelles étaient les raisons derrière ce choix. Pouvez-vous nous éclairer à ce sujet ?

JEAN-FRANÇOIS RIVEST: Vous me coincez ! Voulez-vous que je vous dise la vérité vraie ? Ce n’est pas la version que je désirais faire. Simple problème de communication entre le chef, l’artiste et son agent. Nous nous sommes mal compris. J’ai même acheté une version Urtext de la partition de violoncelle pour l’offrir en cadeau à Stéphane, qui était tout content. Quand il est arrivé chez lui, il a vu que c’était l’arrangement de Grüzmacher. Il s’est donc dit : « C’est celle-là qu’il veut faire ». Le problème, c’était plutôt la compagnie qui m’a envoyé la partition. J’aurais dû vérifier que c’était la bonne version, mais je ne l’ai pas fait. J’ai simplement donné le paquet à Stéphane. Ce résultat est donc le fruit du hasard. On peut cependant affirmer que beaucoup de violoncellistes jouent la version de Grützmacher. Yuli jouait toujours celle-là, d’ailleurs. C’est aussi celle qu’avait jouée Stéphane avec I Musici lorsqu’il avait 13 ans. Ça fait longtemps qu’il la connaît. C’est un peu trop romantique à mon goût, mais je vais m’en accommoder. Parfois, dans la vie, on fait des choses par conviction et parfois, on se dit qu’on va faire du mieux qu’on peut avec ce qui nous est présenté. De toute façon, ce concerto, Stéphane le joue très bien. Mais si vous me demandez mon avis, ce n’est pas ma version préférée.

PAN M 360: Voilà qui est étonnant. Comment fait-on comme interprète pour concilier tous ces facteurs ?

On cesse de s’énerver et on vit avec. C’est une chose qui arrive avec l’âge. Faire des compromis, c’est trouver l’essentiel et dénicher le beau là où il est. On peut explorer les passages d’une pièce de façon très classique, même si elle est d’expression romantique. Reste qu’on trouve dans cette version des sections entières qui ont été modifiées. Certaines harmonies ne sont pas les mêmes, sans compter le deuxième mouvement qui a carrément été emprunté à un autre concerto ! Aucun doute : c’est une bibitte bien particulière.

PAN M 360: Dans ce concert, vous présenterez également un arrangement que vous avez réalisé du Quatuor en mi bémol majeur, op.  127 de Beethoven. Comment avez-vous abordé cette œuvre ? Qu’est-ce qui a guidé votre écriture ?

JEAN-FRANÇOIS RIVEST : Mon impulsion est celle d’un communicateur. Quand on s’attelle à ce genre de travail, tout commence par une vision. On entend quelque chose dans sa tête, on le visualise et on sait immédiatement si ça fonctionne ou non. Dans les années 80, j’étais tombé sur un disque de l’orchestre de Vienne avec Bernstein. Il avait alors arrangé le Quatuor n° 14 en do dièse mineur, op. 131. C’était incroyable, vraiment révolutionnaire en son genre. Moi, je n’ai évidemment jamais fait l’opus 131. Ça lui appartient. Cependant, je joue l’opus 127 depuis plus de 20 ans. Je l’ai d’abord fait quand j’étais au Saguenay, puis avec le Thirteen Strings à Ottawa et les Violons du Roy à Québec. C’est un quatuor qui a selon moi un côté symphonique. Très difficile à réaliser sur le plan technique, mais ça fonctionne. On va travailler fort durant les prochains jours pour parvenir à un résultat satisfaisant.

Sinon, si l’on parle des arrangements en tant que tels: je cherche d’abord à savoir à quel moment je vais mettre de la contrebasse. C’est la chose la plus évidente. Après tout, il n’y a pas de contrebasse dans un quatuor à cordes. Comme leur utilisation augmente les basses d’une octave, elles agissent à titre de registration – à l’instar d’un orgue – ce qui n’est toujours pas à propos. C’est encore plus vrai dans les quatuors de Beethov, là où le violoncelle monte souvent par-dessus toute la mêlée. Dans ces circonstances-là, inutile de mettre de la contrebasse.

Il arrive aussi parfois que j’insère des alternances de solo et de tutti, comme je l’ai récemment fait avec mon arrangement du Sextuor n° 1 de Brahms. En revanche, ce ne sera pas le cas avec le quatuor. Du moins, ce n’est pas ce qui est prévu. Cela dit, à I Musici on fait beaucoup de travail ensemble, chose que je ne peux pas faire ça avec un grand orchestre, là où ma tâche est plutôt de donner des directives claires. Les musiciens avec lesquels je travaille sont tellement bons que si l’un d’entre eux me fait une proposition, on en discute. Leurs idées sont toujours les bienvenues. J’ai d’ailleurs passé une heure au téléphone avec mon contrebassiste Yannick Chênevert pour analyser avec lui l’arrangement d’un bout à l’autre. Sa réaction a été de dire : « Wow, ça, c’est du bricolage ! » (rires) C’est vraiment l’un des aspects les plus importants de mon arrangement, j’en conviens avec lui.

PAN M 360: Ce désir de communiquer était palpable tout à l’heure lors de votre répétition avec l’OUM.

Quand je dirige, c’est comme si je jouais du violon. J’ai l’impression de faire de la peinture en direct. Un peu plus de ci, un peu moins de ça – j’étire la pâte dans la direction qui me plaît. C’est ça, l’idée. Diriger, c’est un peu comme piloter un avion : c’est le nerd control freak en moi qui prend le dessus. Il y a des boutons sur lesquels appuyer, des procédures à respecter, des checklists, des dangers, etc. Je crois qu’on aime ça, nous, les chefs d’orchestre. Mais au-delà de ça, ce qui m’anime, c’est la phrase musicale. Mon urgence, c’est de jouer. Mon but en faisant des concerts, c’est de dire (il agrippe un membre du public imaginaire de ses mains et le secoue) : « Écoute comme c’est beau. Écoute ! Je ne peux pas m’empêcher de te montrer à quel point c’est beau ! » C’est pour cette raison que je glisse souvent un mot avant de commencer. Je ne parle pas entre chaque pièce, comme le font certains chefs. Je préfère le faire à un endroit stratégique. Cette fois-ci, ce sera probablement avant le Beethoven. 

PAN M 360: Communicateur et médiateur, donc. 

JEAN FRANÇOIS RIVEST: Oui. Je veux absolument faire apprécier le quatuor à mon public. Ma vision n’est ni une vérité musicologique ni une vérité musicale, bien au contraire. Jamais je n’aurais cette prétention. Toutefois, les derniers quatuors de Beethove sont tough, alors je tente simplement de leur donner une communicabilité intéressante. Cette approche semble d’ailleurs appréciée. Tout au long de ma carrière, des spectateurs m’ont dit à quel point cela les aidait à comprendre et suivre la musique. Certes, celui ou celle qui connaît l’opus 127 par cœur n’a pas besoin de mon intervention, de toute évidence. Mais qui peut vraiment prétendre le connaître à ce point ? Ce n’est même pas le cas des musiciens que je connais ! Même certains membres d’I Musici, qui sont pourtant tous des cordistes aguerris, sont dans la même situation. Ce travail de médiation est essentiel.

PAN M 360: Un dernier petit mot sur le concert-bénéfice qui aura lieu le 8 juin, dont les profits soutiennent les activités de médiation culturelle de l’orchestre ?

JEAN-FRANÇOIS RIVEST: Le concert-bénéfice, c’est mon ami Louis (Lortie) qui va jouer deux concertos pour piano de Mozart (le 12e et le 14e). Lui et moi nous connaissons depuis l’enfance. C’est un très bon ami. Nous avons même déjà habité ensemble ! Inutile de vous dire que c’était « chaud » dans cette maison-là. 

PAN M 360: Ce sont les mêmes concertos qu’il avait enregistrés sur son premier disque publié sous étiquette Chandos, c’est exact ? 

Oui. D’ailleurs, l’histoire derrière cet enregistrement est plutôt cute. Louis devait avoir 20 ans, tout au plus. Il était à l’époque LE jeune pianiste prodigieux de Montréal. Or, il y avait à ce moment-là un des descendants de Chostakovitch qui devait venir enregistrer son premier concerto pour piano avec I Musici. Pour une raison quelconque, celui-ci était coincé à New York. Yuli a donc demandé à Louis s’il voulait agir à titre de remplaçant pour la répétition. Louis, qui connaissait à peine l’œuvre, a accepté et appris l’œuvre en deux jours. Quand les ingénieurs de Chandos l’ont entendu, ils se sont empressés d’aller le voir pour lui demander : « T’es qui, toi ? As-tu un contrat de disque ? » (rires) Et c’est comme ça que ça a commencé. Non seulement ça a commencé comme ça, mais il a depuis enregistré plus de 50 disques chez Chandos. C’est quand même incroyable. 

PAN M 360: Je l’ai justement connu avec son intégrale des études de Chopin, enregistrées avec Chandos.

JEAN-FRANÇOIS RIVEST: C’est précisément ce qu’il pratiquait quand on habitait ensemble !

À ce moment, l’accord des instruments se fait entendre sur scène. Attendu par ses musiciens, Rivest quitte la loge, non sans me donner une poignée de main et m’inviter à rester pour écouter la seconde moitié de la répétition. Quel privilège, tout de même.

Ce jeudi, Indie Rootz Records présentera une interprétation entièrement féminine et unique de The Dark Side of The Moon de Pink Floyd. Le projet s’intitule The Dark Side of Venus, un remake rock moderne, et parfois R&B, de l’album classique de Floyd, mettant en vedette le trio montréalais Bella Forte, NeeNee Knightly et SLM, ainsi que Prestige de Woodstock, en Ontario.

Le projet a été inspiré par Brian Kotler, qui a récemment perdu sa sœur Donna, atteinte d’un cancer de l’ovaire. Brian a de bons souvenirs de Pink Floyd dans la maison, forçant sa sœur à découvrir le groupe avec lui. Ils ont même assisté ensemble au fameux concert de Pink Floyd en 1994 à Montréal, au Stade olympique.

PAN M 360 : Vous étiez donc en quelque sorte le grand frère qui a fait découvrir Pink Floyd à Donna ?

Brian Kotler : Oui, j’étais le grand frère et j’étais un peu un terroriste. Je jouais du Pink Floyd et j’avais un meuble stéréo qui se verrouillait. Vous ne voulez pas que votre petite sœur s’amuse avec vos disques !. Alors je jouais Pink Floyd, je verrouillais le meuble et je le laissais jouer. Je crois que j’étais le bourreau. Et maintenant, depuis qu’elle est décédée, c’est comme si elle me tourmentait è son tour. Le but de ce concert est donc de lui rendre hommage et de tourner la page. Je veux dire que j’ai dû jouer l’album un million de fois au cours de ses années.

PAN M 360 : Quand avez-vous eu l’idée de faire un album et un spectacle en hommage à votre soeur ? À l’occasion de son décès ?

Brian Kotler : Littéralement, depuis que je me suis lancé dans la musique, faire une reprise de Dark Side of the Moon a toujours été sur ma liste de choses à faire. Je n’y ai jamais vraiment réfléchi. J’ai commencé à mettre les choses en place pour faire l’album quelques mois avant sa mort. Elle était déjà atteinte d’un cancer. Mais l’hommage est venu tout seul, toute cette idée est venue après. Je veux dire, je me suis dit que tout serait parfait, comme un cercle complet.

PAN M 360 : Comment avez-vous procédé pour trouver les chanteurs de l’album ?

Brian Kotler : J’en connaissais une fort bien. J’ai déjà travaillé avec elle, elle s’appelle Prestige. Elle vit à Woodstock, Ontario. J’ai déjà travaillé avec elle par le passé. J’ai eu des recommandations de la part d’autres personnes à qui j’ai demandé des renseignements parce que normalement, nous faisions beaucoup de reggae. Et en général, les artistes reggae ne vibrent pas vraiment avec Pink Floyd, dont mon partenaire Bobby. C’est comme l’acide et l’eau. J’ai eu beaucoup d’idées, et mon partenaire Bobby est celui qui a quand même joué de tous les instruments sur tous les morceaux.

PAN M 360 : Cela a dû prendre une éternité !

Brian Kotler : Oui. Et donc, par exemple, sur la chanson Money, il y a peut-être sept ou huit pistes de guitare, la batterie, le clavier, la basse. Et Bobby, qui déteste Pink Floyd, joue sur toutes les pistes ! Enfin.. je ne dirais pas qu’il détestait Pink Floyd au départ, mais il n’aimait pas, tout simplement. Et d’entendre les chansons encore et encore et encore et encore, et de rejouer ce qu’ils ont fait, ça lui a fait détester Pink Floyd. Je veux dire, ça l’a fait détester. Et il ne mâche pas ses mots en disant que la principale raison pour laquelle il a fait ça, c’est aussi pour ma sœur, parce qu’il sait à quel point cette perte m’a affectée. C’est en quelque sorte ce qui l’a poussé à aller jusqu’au bout.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui, dans Dark Side of the Moon, l’album ou tout simplement Pink Floyd, vous a poussé à le jouer en permanence ?

Brian Kotler : Pour vous dire la vérité, je ne sais vraiment pas. J’ai juste eu l’impression de graviter vers ça. Je pourrais écouter Pink Floyd aujourd’hui, en particulier Dark Side of the Moon, et être encore emporté. C’est un peu comme si je me défonçais sans prendre de drogue. Cela me prend vraiment. C’est une musique à laquelle je pouvais m’identifier de différentes manières. Je dirais que c’est presque une connexion spirituelle que j’ai eue avec ce type de musique.

Brian & Donna Kotler in their ’80s goth phase / photo coutesy of Brian Kotler

PAN M 360 : Et sur ce nouvel album hommage, pourquoi certaines paroles des reprises sont plus actualisées ? Pour refléter notre époque ?

Brian Kotler : Oui. Je voulais les mettre à jour parce que vous savez, nous ne sommes plus en 1973. Nous sommes en 2023, et faute de mieux, il se passe beaucoup de choses dans ce monde qui méritent vraiment d’être abordées. Par exemple, pour The Great Gig in the Sky, qui est une sorte de chanson d’opéra – que je fais d’ailleurs interpréter par une chanteuse d’opéra, et qui se trouve aussi à être médecin – il est question du droit à la mort. Et si vous écoutez les séquences ad-lib ou les nouvelles paroles, en fait, il s’agit de personnes atteintes d’un cancer et qui arrivent à la fin de leur vie ; elles souffrent et veulent mourir. Elles veulent mourir dans la dignité, elles veulent mourir selon leurs propres conditions.

Et même ma sœur, qui voulait elle aussi passer par là, n’a pas eu le temps d’y parvenir; au moment où ils ont voulu lui faire signe les papiers, elle était déjà trop droguée à la morphine, malheureusement. Et je peux vous dire qu’en entrant dans cette aile de l’hôpital, on pouvait entendre une femme brailler : « Je veux mourir, je veux mourir, je ne peux plus supporter la douleur. » C’est… C’est presque surréaliste. Je veux dire, c’est votre propre sœur qui vous supplie presque de mourir. Une fois qu’elle est décédée, c’est presque comme un soulagement, sachant qu’elle voulait mourir. Vraiment, vraiment, vraiment, ce sont des montagnes russes que vous traversez dans ces moments-là. J’ai donc pensé que ces libertés dans le texte étaient admissibles.

PAN M 360 : Pour en revenir à Money, SLM ajoute une touche de R&B et de hip-hop au morceau.

Brian Kotler : C’est une jeune artiste rap extraordinaire et j’adore ce qu’elle a fait sur ce morceau. Elle l’a vraiment fait sien et elle a fait du bon boulot. Elle lui a donné un son très distinct, je veux dire qu’elle l’a fait avec son propre rythme. Ça sonne comme une sorte de blues très décontracté.

PAN M 360 : L’événement sera donc la représentation de The Dark Side of Venus, puis une sorte d’after party.

Brian Kotler : Exactement. Je veux que les gens en aient plus pour leur argent. L’album dure environ 45 minutes et nous avons donc filmé un clip avec NeeNee Knightly, la chanteuse d’opéra. Elle se trouve seule dans un théâtre, en fait j’y suis un peu, elle interprète The Great Gig in the Sky, et nous avons un drone qui s’envole dans le ciel avec une photo de ma sœur. C’est ce que nous allons montrer, puis nous aurons de la musique avec Drew Edghill, DJ Lady Savage et d’autres surprises.

La soirée bénéfice The Dark Side of Venus a lieu ce jeudi 11 mai, Sala Rossa. BILLETS ICI

Le band montréalais Vendôme présente ce vendredi 5 mai son premier album, La fable de la grenouille dorée, une véritable aventure musicale débordante d’énergie et de refrains accrocheurs. PAN M 360 s’est entretenu avec le quatuor composé de Cédrik St-Onge, Marc-Antoine Beaudoin (Marco Ema), Tom Chicoine et Bruno St-Laurent au Café Chat L’Heureux à Montréal afin d’en savoir plus sur leur cheminement depuis leur parcours jusqu’en demi-finales aux Francouvertes en 2021 et la création de leur long jeu.

En 2017, les quatre protagonistes se sont rencontrés au Festival international de la chanson de Granby et c’est à ce moment que Vendôme est né. Dans leur nouvel opus, ils racontent l’histoire de la grenouille dorée, un amphibien singulier dont ils ont fait la connaissance lors d’une sortie en chalet et qui les a suivis depuis. Tout au long du projet, les membres du groupe tentent de la protéger face au monde extérieur. Composé de onze pièces, ce nouvel album se dévoile comme une métaphore des membres de la formation qui font de leur mieux pour préserver leur cœur d’enfant tout en grandissant dans l’industrie musicale québécoise.

Pour la création de La fable de la grenouille dorée, tous les membres du groupe ont mis la main à la pâte, ce qui a donné vie à un mélange de titres qui explorent des sentiers pop, rock classique, folk et même psychédélique. La variété des avenues explorées par le band et le fait que chacun des membres apparaît vocalement sur le projet leur permet d’exceller autant dans des morceaux plus denses musicalement comme le Pays des grands que dans ceux plus personnels tels que 03.04.2019. Aussi, les pièces instrumentales qui se faufilent dans l’album ajoutent davantage à la richesse créative de la fable et rendent cet excellent projet encore plus cohérent.

Le lancement de La fable de la grenouille dorée aura lieu à l’Hémisphère Gauche le 11 mai prochain à 20h. Vendôme sera aussi présent lors de plusieurs festivals cet été comme au FRIMAT à Val D’Or le 20 juillet prochain. 

PAN M 360 : Comment se sont déroulées vos deux dernières années depuis votre participation aux Francouvertes en 2021?

VENDÔME : Depuis les Francouvertes, on a beaucoup travaillé sur cet album. C’est pas mal ce qu’on a fait depuis la fin de notre parcours à cette compétition. On a aussi fait quelques concerts et travaillé sur nos visuels. On s’est beaucoup demandé « c’est quoi Vendôme? ». Au cours des derniers mois, on a vraiment bâti notre identité en tant que groupe.

PAN M 360 : Justement, quelle est l’identité de Vendôme?

VENDÔME : Notre groupe, c’est un vrai laisser-aller. En comparaison à nos carrières solos, Vendôme nous permet d’être libres et d’aller à fond dans nos pulsions et nos idées. Il n’y a quasiment pas de ligne directrice, c’est ça qui est bien. On se fait parfois dire qu’on est des enfants quand on est en groupe, et on croit que c’est un peu ça Vendôme. Ça nous permet de garder une certaine naïveté. Vendôme, c’est comme un groupe d’amis du secondaire, mais en plus vieux et moins niaiseux.

PAN M 360 : Vous n’hésitez pas à explorer différentes avenues dans La fable de la grenouille dorée. Pensez-vous que cela provient du fait que vous êtes quatre personnes qui chantent et qui sont impliquées dans la création musicale?

VENDÔME : On pense que oui, mais on croit que c’est quelque chose de positif. On frappe un peu partout, mais ça fait partie de notre identité. On réussit à trouver un certain équilibre là-dedans.

Tout le monde est impliqué et chacun de nous propose des idées de chansons. Si un matin Bruno écrit une chanson, on va tous vouloir en écrire une aussi, on se lance un peu des petits défis. Parfois, il y a des morceaux qu’on a écrits à trois, d’autres à quatre. C’est vraiment aléatoire notre façon de fonctionner. Bruno et Cédric se sont occupés de la réalisation de l’album et ils ont réussi à bâtir un genre de gruau. Un résultat qui ne se tient pas nécessairement ensemble, mais quand tu y ajoutes un peu de lait, ça fonctionne et ça devient vraiment bien.

PAN M 360 : Est-ce que ce « lait », ce sont les pièces instrumentales présentes dans l’album? 

VENDÔME : Définitivement. Les pièces instrumentales rendent le projet plus cohérent. Cependant, ça s’est fait assez naturellement, on n’y a pas vraiment pensé d’avance. Ça provient directement de nos pulsions créatives. Comme on disait plus haut, on se sent libre quand on crée en tant que band et on suit nos intuitions.

PAN M 360 : Parlez-moi de La fable de la grenouille dorée, quelle est l’idée derrière ça?

BRUNO ST-LAURENT : Quand nous étions à mon chalet dans les Laurentides, nous avons fait la rencontre d’une grenouille qui nous a vraiment marqués. Elle était très différente des autres et avait une personnalité assez forte. Cet évènement est devenu tellement ancré dans nos mémoires qu’on a décidé d’en faire la ligne directrice de notre album. Ce qui est drôle, c’est que lorsque nous sommes arrivés chez la grand-mère de Cédric en Gaspésie pour enregistrer notre projet, il y avait un bibelot d’une grenouille dorée. À ce moment-là, notre concept a pris encore plus de sens. La fable de la grenouille dorée, c’est un peu une histoire qui ne peut être racontée et qu’on va enterrer avec nous lors de notre mort. Ensuite, si on parle de l’album, ça parle d’amitié, de trucs super banals et de choses qui sont plus grandes que nous.

CÉDRIK ST-ONGE :  Je vois la grenouille comme étant quelque chose qu’on essaie de protéger tout au long du projet. Ça représente un peu notre enfance et ce côté de nous qui veut rester jeune. Sinon il y a le titre Vampire, qui représente la partie de l’industrie musicale qui veut nous rendre plus sérieux et limiter notre liberté créative. Ça parle aussi de notre recherche de la gloire en tant qu’auteurs-compositeurs-interprètes. On voudrait tous rejoindre le « Pays des grands », soit de faire partie des artistes importants du Québec et d’être reconnus. Tout au long, on essaie de protéger la grenouille du vampire, car il ne faut jamais qu’on perde notre plaisir de créer. 

PAN M 360 : Comment allez-vous faire pour tenter de rejoindre le « Pays des grands » tout en restant des « enfants »? Est-ce que vous sentez que ce sera difficile de le faire?

VENDÔME : Au fil du temps, on accorde de moins en moins d’importance au « Pays des grands ». On se concentre plus à rester nous-mêmes. Plus on vieillit et on avance dans le milieu de la musique, plus on se rend compte que ce n’est pas nécessairement ça qui va nous rendre heureux. On met l’importance sur le plaisir de créer et d’éprouver du plaisir entre amis. On a tous nos carrières respectives et Vendôme c’est un complément qui est amusant et différent.

PAN M 360 : Votre avez créé le morceau 03.04.19 en avril 2019. Par le passé, vous avez mentionné que vous n’aviez toujours pas trouvé de sens à ce morceau, mais qu’il était tout de même extrêmement important pour vous. Est-ce toujours le cas? Qu’est-ce qui vous y rattache autant?

VENDÔME : Encore à ce jour, nous n’avons pas trouvé la signification de cette chanson. Elle nous procure beaucoup d’émotions et chaque fois que nous la chantons, ça nous procure un apaisement. C’est vraiment un mystère pour nous et c’est un peu pour ça qu’on l’a gardée sur l’album. Ça fait du bien parfois d’avoir un titre qui ne veut pas nécessairement dire de quoi et que tu peux te laisser aller dans l’émotion. Ce genre de chanson acoustique permet à tes auditeurs d’avoir un moment seul avec l’artiste, c’est superbe.

PAN M 360 : Le reste de l’album est-il autant « vieux »?

VENDÔME : 03.04.19, c’est la chanson la plus vieille. Il y a aussi Brian Jones et Pays des grands qui datent un peu. Sinon, il y a une grosse partie de l’album qui s’est fait récemment en 2021 et 2022.

PAN M 360 : Comment est né votre morceau Brian Jones?

TOM CHICOINE : Une fois lorsqu’on revenait d’un show à Thetford Mines, on s’est baigné dans la piscine de la mère à Marco. Disons qu’on avait fêté pas mal et qu’on n’était peut-être pas dans le meilleur état pour aller dans une piscine. Plus tard, j’ai repensé à ce moment-là et je me suis dit à moi-même « on n’était vraiment pas en état de se baigner, est-ce que l’un de nous aurait pu se noyer? ». C’est à ce moment-là que j’ai pensé à la triste histoire du musicien des Rolling Stones, Brian Jones, qui est mort noyé. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire avec ça, je l’ai montré aux gars et ils m’ont aidé à finir l’écriture. La création de la musique a été très spontanée et on a trippé sur la chanson dès les premiers instants.

PAN M 360 : En terminant, que signifie l’avant-dernier titre de votre album, Mon band Vendôme?

MARC-ANTOINE BEAUDOIN : Ce morceau découle d’une blague lorsque nous étions ensemble autour du feu. Bruno jouait de la guitare près du feu et on s’est mis à chanter « Mon band Vendôme ». Un autre jour, je me suis réveillé et j’avais rêvé qu’on arrivait devant une clôture dorée avec un chemin en or, un peu comme la pochette de notre troisième single avec la grenouille dorée. La seule différence c’est que dans mon rêve, ce n’était pas une grenouille qui nous accueillait, mais bel et bien Jean-Pierre Ferland. Je suis un grand fan de sa musique et de son album Jaune. C’est pour ça que j’y fait référence dans la chanson. Pour moi, ce titre représente notre dernier effort pour atteindre la gloire avant de réaliser que ce n’est peut-être pas ça le mieux. Mon band Vendôme, c’est vraiment une chanson d’amour pour mes trois camarades. Vendôme, c’est un peu une deuxième tentative pour moi, la première étant mon projet solo. C’est un renouveau.

BRUNO ST-LAURENT : J’aime ça que tu dises que c’est en quelque sorte la dernière « toune » qui parle du rêve de la gloire, parce que juste après il y a la chanson Au final qui dit que c’est le chemin qui compte et non le but. Le rêve de devenir des « grands » est beau et il faut le garder, n’est ce n’est pas nécessairement important de s’y rendre. Ce qui est important c’est de vivre notre vie pleinement.

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