Pop Montréal Jour 3 | Shabazz Palaces et Bahamadia, nec plus hip- hop

par Laurent Bellemare

POP Montréal est sans conteste un des événements majeurs de l’automne pour les vrais fans de musique. Du mercredi 27 septembre au dimanche 1er octobre, des dizaines et des dizaines de découvertes et acclamations d’artistes nichés dans la pop se produisent à Montréal. Suivez l’équipe de PAN M 360 jusqu’à dimanche ! 

Vendredi à l’Entrepôt 77

Thelonious

Tout droit venu de Toronto, Thelonious est courageusement monté sur la scène d’un Entrepôt 77 pratiquement vide. Aidé pour quelques morceaux par un MC invité, il a déballé un flux rapide et puissant de textes sur des pistes instrumentales plutôt tranquilles. Peu avare de jurons, l’agressivité des paroles semblait plutôt véhiculer l’expression d’un récit personnel et d’une sensibilisation engagée. Le point fort de cette performance aura été la capacité de Thelonious à interagir avec son public, en dépit de l’arrivée au compte-gouttes des festivaliers. Il s’est effectivement montré très communicatif avec la foule, s’exprimant entre les pièces ou même entre les couplets de chansons aux accroches prometteuses. Somme toute, l’artiste et ses acolytes ont bien préparé le terrain pour la soirée tout en hip-hop qui allait suivre.

Blxck Cxsper

Au coucher du soleil, Blxck Cxsper a pris la scène en mode solo, lumières et pistes préenregistrées à l’appui. Déjà, le ton était plus sombre et pesant pour les premiers morceaux. L’identité non-binaire de l’artiste était d’emblée un élément important de la performance, aspect mis de l’avant notamment dans les explications conceptuelles fournies entre les pièces. Blxck Cxsper a effectivement toute une mythologie construite autour de sa musique, où un monde de superhéros bonifié de références queer traverse les textes bilingues. Ce monde s’exprime même à travers des médias extra musicaux comme une bande dessinée ou un jeu vidéo. 

Musicalement, les pistes instrumentales se sont parfois aventurées plus près d’un jazz chaleureux, avec sections de cuivres à l’avant-plan. Blxck Cxsper avait par ailleurs une bonne maîtrise de son registre vocal, passant aisément d’un chant mélodieux aigu à un rap plus grave. Néanmoins, on a observé quelques frottements du côté de la justesse tonale, notamment entre la performance vocale de l’artiste et les couches de voix déjà présentes dans les pistes. Ce détail n’a que peu amoindri l’intérêt de la prestation, qui était autrement variée et engageante malgré une foule encore éparse. 

Shabazz Palaces

Lorsque les cinq membres de Shabazz Palaces sont montés sur scène, c’est tout un univers sonore parallèle qui s’est installé. La foule avait soudainement pris de l’expansion, prête à baigner dans un continuum sonore très dynamique. Les multi-instrumentistes soutenant le rap d’Ishmael Butler passaient aisément de leur instrument acoustique aux synthétiseurs. Manifestement virtuoses, ces musiciens bougeaient à l’occasion en parfait synchronisme, une énergie qui entraînait le public dans un rebondissement collectif. On entendait donc saxophone, basse électrique, guitare électrique, tous ayant eu droit à leur solo durant la performance. 

Butler avait également une parfaite maîtrise de ses outils, créant parfois des boucles avec sa voix et transformant toutes ses interactions avec la foule en élans de slams qui faisaient office de transition entre les pièces. Il utilisait également la tambourine de manière éparse et bruitiste, contribuant à l’effet planant de la musique. Manifestement, le groupe s’est permis une bonne dose d’improvisation, donnant lieu à une prestation distincte de ce qu’on peut entendre sur album. Fidèle à lui-même, Shabazz Palaces n’a pas servi de réchauffé à son auditoire, lequel lui en a visiblement été reconnaissant de par la vigueur de ses applaudissements. Un moment fort du festival.

Bahamadia

Dans un Entrepôt 77 bien réchauffé,  Bahamadia prenait la scène pour clore la soirée, avec son hip-hop exécuté dans les règles de l’art. Les beats insufflés de soul et de funk rappelaient immédiatement les années 1990, décennie musicale à laquelle elle a d’ailleurs grandement contribué. Bahamadia avait un flux rythmique puissant, précis et généralement rapide, témoignant d’une maîtrise totale du micro et des rimes y étant projetées. Ce débit continu était également parsemé d’interventions du beatmaker et d’interjections vocales variées, stimulant un dialogue avec le public. Le hip-hop dans l’âme, la pionnière a donné une performance magistrale. Le contraste entre l’aspect décontracté des trames instrumentales et l’intensité de son rap était à point. Les lignes de basses étaient particulièrement présentes dans l’équilibre sonore, ce qui appuyait de surcroît un mouvement très contagieux et facilement induit à la foule. Difficile de ne pas hocher de la tête du début à la fin dans de telles circonstances.

POP Montréal, Jour 2 | Post-rock orchestral à l’Entrepôt 77

par Alain Brunet

POP Montréal est sans conteste un des événements majeurs de l’automne pour les vrais fans de musique. Du mercredi 27 septembre au dimanche 1er octobre, des dizaines et des dizaines de découvertes et acclamations d’artistes nichés dans la pop se produisent à Montréal. Suivez l’équipe de PAN M 360 jusqu’à dimanche ! 

Bell Orchestre

Après la sortie de l’excellent opus House Music, Bell Orchestre avait créé en Allemagne un concept symphonique autour de ce corpus. Par la suite, soit à l’automne 2021, l’ensemble montréalais en avait  interprété la matière avec l’OSM.  Superbe, se souvient-on. Et puis chacun a vaqué à ses autres occupations professionnelles, ont connaît l’épisode douloureux du dernier cycle Arcade Fire, Richard Reed Parry s’est de nouveau concentré sur d’autres projets moins grand public donc celui-ci. En cours de création, Bell Orchestre a offert jeudi une prestation sans complément symphonique  à l’Entrepôt 77 devant une foule rompue au post-rock instrumental… et à la vibe de Pop Montréal qui a toujours été un plateau important pour cette esthétique.

On a ici affaire à une cohorte d’interprètes et improvisateurs d’expérience, qui ont atteint un niveau d’excellence à l’échelle internationale.  Le niveau de chacun n’a cessé de se bonifier, notamment la violoniste Sarah Neufeld qui y occupe une place importante dans le cycle actuel.  Les compositions/ improvisations y sont plus matures,  on y découvre plus de singularité dans les recoins, sans que les bases post-rock et post minimalistes de cette expression n’y soient transgressées. Ainsi, nous avons eu droit à une solide performance du Bell Orchestre, qui ne semble pas être en voie de prendre  une pause prolongée vu les projets qui viennent – enregistrement d’un nouvel album au cours des mois à venir.

Sauf les drones

Le post-rock instrumental existe depuis les années 90, Sauf les drones (quel beau nom de band!) s’inscrit dans cette lignée de musiciens que la culture rock ne suffit pas à rassasier – on pense évidemment à Godspeed YBE, à Sigur Ros et autres… Bell Orchestre. Pour mieux se nourrir, ces jeunes musiciens intègrent des éléments de post-minimalisme et autres musiques contemporaines de tradition classique. Plus post que rock, Sauf les drones est remarquable pour  la plénitude et le calme dominants de cette expression. Dans le cas qui nous occupe, le souci d’un son collectif l’emporte clairement sur les performances individuelles d’interprètes  néanmoins éduqués et de niveau professionnel. Avec claviers, violon, trombone, batterie, basse, électroniques, ce sextuor montréalais existe depuis 2017 et parvient aujourd’hui à présenter une exécution cohérente et attractive, misant sur cette idée que le calme apparent puisse sous-tendre une une intensité beaucoup plus grande qu’il n’y paraît.

Anjimile

En milieu de programme, Anjimile Chithambo suggérait une approche de même cousinage que les deux autres, mais avec une petite touche d’ascendance africaine – sa famille est originaire du Malawi. Immigrant de seconde génération aux USA où il a grandi et cheminé (Dallas, Boston, Caroline du Nord), Anjimile propose un corpus de chansons savamment orchestrées et qui ne nous mènent pas où l’on croirait d’entrée de jeu. « Pour composer, peut-on lire dans son profil biographique,  Anjimile s’inspire de tout ce qu’il a appris, de la pop africaine adorée par ses parents à la chorale de jeunes qu’il a fréquentée, en passant par les influences de la musique des années 80 et même de ses contemporains et camarades du label 4AD, Big Thief. «  Ainsi, l’auteur, compositeur et interprète (guitariste et chanteur) déjoue les clichés en minimisant le groove et misant sur une culture occidentale dont le socle est l’indie folk des années 2000,renommé pour la richesse de ses arrangements et son souci de limpidité mélodique. Prolifique depuis 2015, il a déjà lancé 5 albums, dont le récent The King paru chez 4AD.

POP Montréal Jour 2 | Loraine James dans la nuit

par Alain Brunet

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Jeudi soir au Piccolo Rialto 

Loraine James 

Loraine James vient  tout juste de lancer Gentle Confrontation, un album de 16 titres sous étiquette Hyperdub. C’est, grosso modo, ce dont il était question dans la nuit de jeudi à vendredi, au Piccolo Rialto. Venue du Royaume-Uni, la productrice et DJ avait brillé l’an dernier dans le contexte de MUTEK et elle migrait cette fois à Pop Montréal pour y présenter un set tout à fait concluant. La matière de Gentle Confrontation n’a pas été dupliquée sur scène, la musicienne a plutôt opté pour une relecture de cette matière pour le moins inspirée. Des éléments plus conceptuels de l’album sont mis de côté  au profit d’une facture énergique, vu le contexte  d’un set présenté à 1h du matin, dans un contexte nightclub.

Le fondement de cette matière réside dans le contraste entre les mitrailles rythmiques dans la lignée de la culture électronique afro-britannique (jungle, dub, drum’n’bass, dubstep, grime) et de contreparties « orchestrales » où planent de riches harmonies et douces mélodies, parfois vocales, à la fois tributaires de la soul, de la musique classique moderne et de l’ambient électronique. La clef de cet art brillant se trouve dans cette dialectique entre ces pulsations musclées et ces musique aériennes qui les survolent. On peut ressentir certaines exagérations dans cette tension, c’est-à-dire trop de percussion confrontée à la volupté mélodico-harmonique. 

Kate NV

Le set précédent au programme était de la productrice russe Kate NV alias Katya Shilonosova, programme certes électronique mais plus pop et même parcouru d’harmonies jazz-world,  impliquant diverses manipulations sur scène. Son profil biographique indique que cette trentenaire étudie l’architecture, crée des personnages “curieux et colorés » et improvise en live avec différents bidules comme des cloches et des synthétiseurs jouets. L’univers de Kate NV est clairement lié à l’enfance, à des univers fantasmagoriques où les sons sont au cœur de  l’émerveillement. Cela étant dit, on ne se trouve pas exclusivement dans le monde de l’enfance, des beats plus costauds et des harmonies plus complexes entrent en jeu, ce qui mène à conclure que Kate NV a des notions de composition instrumentale en plus d’être productrice électro d’un corpus originale, quoique touffu sinon échevelé par moments. 

LaFHomme

En premier lieu LaFHomme, artiste de Montréal visiblement non genré, aura présenté un set dynamique au référents afro-britanniques et aussi soul/R&B. Les rythmes jungle/ drum’n’bass alternent avec des harmonies et mélodies typiquement soul. Bref, la qualité est au programme de ce set ympa mais on doit conclure davantage à un travail de synthèse qu’à une singularité affirmée – musicalement du moins.

Le Vivier | La grange : immersion hors du temps

par Elena Mandolini

La grange est un projet à plusieurs facettes. Entre performance théâtrale, concert et installation, le public a été happé et tenu captif durant toute l’heure qu’a duré l’événement. Dès l’entrée en salle, au Bain Mathieu, on est accueilli par une ambiance tamisée. Tout le bassin de l’ancienne piscine a été aménagé pour recevoir le concert. Chaque élément de décor a été réfléchi pour aider à évoquer la fameuse grange qui donne son titre à l’œuvre de Félix-Antoine Coutu. Roues de vélo, étagères en bois et morceaux de tissus côtoient matériel d’amplification, écrans cathodiques et instruments de musique. Rien ne semblait déplacé dans ce décor, qui évoque parfaitement un espace rempli d’objets d’un autre temps, avec lequel le protagoniste doit composer (dans tous les sens du terme). Le public, pour sa part, est disposé tout autour du bassin, en hauteur. Cela donne l’impression d’observer de haut ce microcosme qu’est la grange. La mise en scène a été conçue en collaboration avec le Collectif Tôle, qui se spécialise surtout en théâtre.  

En entrevue avec PAN M 360 plus tôt cette semaine, le compositeur Félix-Antoine Coutu nous a parlé de ses instruments inventés. Nous avons pu les voir à l’œuvre ce soir, dans tous leurs détails. Les moteurs faisaient vibrer des cordes à différentes vitesses, produisant ainsi des accords différents et des effets de drone. Il faut vraiment voir ces dispositifs pour apprécier pleinement l’ingéniosité de Coutu. Instruments électroniques et acoustiques se mariaient parfaitement pour créer une trame sonore épurée, malgré la présence de 8 instrumentistes. La grange est avant tout une œuvre évoquant des ambiances. L’on sent que quelque chose est en train de se préparer et que le temps passe, inexorablement. Non seulement Coutu performe musicalement, avec ses instruments électroniques, il offre également une prestation théâtrale. Son jeu est subtil, nuancé et silencieux (la trame narrative est uniquement évoquée par la musique, ainsi que par un programme numérique disponible en scannant un code QR en entrant en salle). Toute la psychologie du personnage est transmise par des gestes simples et des regards évocateurs.

L’œuvre se découpe en plusieurs tableaux, distingués par des changements subtils d’éclairage et d’instrumentation. Le protagoniste, Jude, gardien de la grange et inventeur, incarné par Félix-Antoine Coutu lui-même, déambule dans le décor, portant son attention sur différents éléments. Son objectif : réussir à faire décoller le drone sur lequel il travaille. Chaque tableau a une ambiance distincte, passant de la contemplation à l’anticipation, de l’anxiété à l’espoir. La présence scénique des 7 autres musiciens est également à saluer. Un petit orchestre de chambre, composé de percussions, piano, flûte, saxophone, clarinette basse, violon et violoncelle vient graduellement s’ajouter aux instruments électroniques pour construire et intensifier la structure musicale, qui mène par le fait même au paroxysme de l’œuvre. Il s’agit là d’excellents interprètes (membres du Duo Airs et de l’ensemble Paramirabo), maîtrisant chacun et chacune multiples techniques contemporaines. On a droit à de beaux moments musicaux, tantôt tendus, tantôt très mélodiques. La trame sonore s’apparente parfois à la musique de type ambient, parfois même à la musique de film.

La grange est véritablement un événement hors du commun. Durant une heure, on se sent détaché du monde, hors du temps. Une performance à voir absolument!

Deux représentations auront lieu le 30 septembre au Bain Mathieu, à 15h et à 19h30. INFOS ET BILLETS ICI.

POP Montréal Jour 1 | surtout Charlotte et Bolis

par Alain Brunet

POP Montréal est sans conteste un des événements majeurs de l’automne pour les vrais fans de musique. Du mercredi 27 septembre au dimanche 1er octobre, des dizaines et des dizaines de découvertes et acclamations d’artistes nichés dans la pop se produisent à Montréal. Suivez l’équipe de PAN M 360 jusqu’à dimanche !

Un mercredi soir au Rialto

Charlotte et Boris

crédit photos: Sarah ODriscoll

Le clou de la première soirée Pop MTL, c’était de 23h à minuit dans la salle principale du Rialto. Le tandem que forment la chanteuse Charlotte Adigery et le compositeur, producteur et multi-instrumentiste Bolis Pupul, c’est du béton!

Deux artistes de Gand, Belgique, occupent pleinement la scène. Charlotte Adigéry est dotée d’un charisme tout simplement irrésistible. Elle s’amuse follement, elle nous amuse follement tout en offrant une performance des stars les plus rutilantes du showbiz. Voix puissante d’alto, maîtrise parfaite, aisance, sensualité, humour, énergie totale.

Son partenaire la jouxte avec ses claviers, bidules et guitare électrique. De son gear, il tire une variété de références électroniques, pop ou rock. Ses accroches sont redoutables, ses riffs sont futés, ses choix de sons d’un goût indiscutable. Il y mêle électro-pop, IDM, house, techno, big beat, krautrock, sons industriels, de manière à propulser très haut sa partenaire devant une foule jubilatoire.

Impossible de refuser cette communion nocturne, crescendo de plaisir culminant lorsque  les protagonistes s’amènent sur le parquet et s’entourent de leurs fans nouvellement conquis, puisque c’est une toute première fois à MTL. Ce ne sera pas la dernière, car nous avons fait la rencontre d’artistes top niveau dont le rayonnement devrait se décupler dans un avenir proche. Des bombes, je vous assure.

Martyn Bootyspoon

Précédemment, la salle fut chauffée par le fort bon DJ et producteur montréalais Martyn Bootyspoon, que l’on sait actif depuis  (au moins) 2017. Son affaire, c’est plus que de la musique de danse conforme aux tendances maîtresses de l’électro, house et (surtout), ghetto tech, footwork, techno. Bootyspoon ne déteste pas les aspérités sonores, entrelardant ses beats d’une rugosité industrielle et une acidité texturale qui lui confèrent une personnalité bien affirmée. On aura aussi reconnu  une reprise de Work It, signée Marie Davidson.

Xela Edna & Eius Echo

En première partie de programme, Xela Edna , Eius Echo et leurs collègues montréalais nous ont mis au parfum d’une synth pop encline à l’exploration. La chanteuse s’efforce de donner un spectacle sensuel, elle sait bouger et se mettre en valeur pendant  que la musique se déploie derrière elle. Les références sont multiples, pop, krautrock, prog rock, ambient… les fondements sont clairement électroniques, des instruments (violoncelle et guitare)  en complètent le portrait. La maturité est à venir mais les fondements de l’approche séduisent d’entrée de jeu.

POP Montreal Jour 1| Party d’ouverture avec Planet Giza, Jesse Futerman, Emma Beko

par Stephan Boissonneault

photo by Ming

Le soir du 27 septembre, les membres des médias, les délégués internationaux, les promoteurs et quelques autres festivaliers ont été invités à L’Entrepôt77 pour le party d’ouverture officiel de POP Montréal. Sous une nuit d’automne ridiculement chaude, les boissons ont coulé à flot et les conversations se sont intensifiées alors que la rappeuse Emma Beko a déversé quelques rimes venant directement du cœur. Il est dommage que L’Entrepôt n’ait pas été aussi rempli pour le set d’Emma Beko, car elle méritait une plus grande foule, mais bon, c’est ça être un opener.

D’autres invités sont arrivés à temps pour la combinaison de future house et de downtempo funky du DJ Jesse Futerman. Futerman a déjà joué au Piknic Électronik et à la Boiler Room et sait comment faire réagir la foule, mais son set s’est transformé en musique d’ambiance. Malgré tout, il semblait s’amuser, et c’est tout ce qui compte.

Le véritable événement de la soirée a été Planet Giza, un dragon hip-hop composé du rappeur Tony Stone et des producteurs Rami B et DoomX. La foule se précipite sur la petite scène de L’Entrepôt77 et le trio joue les morceaux de leur dernier album, Ready When You Are. En live, cet album a beaucoup plus d’énergie que l’album de rap funk-jazz relativement décontracté que l’on peut entendre en ligne ou au casque. Stone a une présence énorme, courant autour de la scène et faisant signe à ses producteurs pour les gouttes d’intensité.

D’autres invités sont arrivés à temps pour la combinaison de DJ Jesse Futerman avec des titres comme « SHIP N LUV », « FATAL ATTRACTION », qui ressemble plus à une version Motown moderne des Temptations, et « SHIP N LUV », qui ressemble plus à une version Motown moderne des Temptations.Cette dichotomie a fait de Planet Giza un groupe très intéressant.En tant que véritable groupe montréalais avec un melting-pot d’influences, je peux voir ce groupe devenir un nom familier dans le jeu rap/RnB dans les années à venir.

POP Montréal Jour 1 | Avec plaisir… Barnacle !

par Théo Reinhardt

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Mercredi soir, Casa del Popolo

Avec plaisir

Avec Plaisir est un quartette mêlant indie punk et emo, avec quelques touches math rock. Les beuglements et lamentations vocales des chanteurs se collent aux jeux précis des guitares. Or, leur précision s’estompe par un ton complètement écorché. L’effet en ressort thématiquement dans un contraste entre robustesse et douceur, soutenu aussi par les accords souvent doux-amers. À tout cela s’ajoute un percussionniste qui agit comme véritable pilier, offrant des rythmes rigoureusement agités, et qui joue parfois avec les mesures. La musique évoque une nostalgie et une anxiété réminiscentes des scènes emo du début des années 2000. C’est bruyant et ça grafigne, mais on sent que le tout vient d’un endroit plus calme, plus doux. Après tout, les membres d’Avec Plaisir ne peuvent pas être si durs que ça s’ils acceptent nos demandes avant même qu’elles soient posées.

Barnacle

Barnacle est un quartette punk et bruyant. À voir leur timidité et leur douceur sur scène, ils ne semblent toutefois pas annoncer autant d’expressivité violente. Une belle surprise à chaque début de chanson, ce déchaînement. Leur musique est rapide, elle martèle les murs. Les instruments se battent entre eux en une tornade de fréquences. Ensuite, sur ce lit à clous s’ajoutent des déclamations vocales, de l’ordre du cri du ventre et non de la mélodie. C’est la voix humaine qui crie ses paroles par-dessus des guitares qui crient leurs notes. Dommage qu’on n’ait pas vraiment pu saisir un seul mot. Peu importe, ça crie, ça sue, même si ça ne bouge pas beaucoup. On dira que la musique prend toute la place.

Lizée, Holst, OSM : comète, planètes, vaisseau

par Frédéric Cardin

Ce fut une soirée très haute en couleurs à la Maison symphonique ce mercredi 27 septembre. Au programme : Blurr is the Color of my True Love’s Eyes, le concerto pour percussion et orchestre de la Québécoise Nicole Lizée (donné pour la première fois au Québec), ainsi que les fameuses Planètes de Gustav Holst. Au podium, Gemma New, une jeune cheffe d’origine néo-zélandaise qui est actuellement à la tête du Philharmonique de Hamilton. Cette dernière a démontré de très belles qualités avec une direction précise et nerveuse et un investissement personnel qui allait au-delà de ses petits pas de danse. Son physique délicat vibrait au diapason de sa solide maîtrise du discours et des nuances, bien suivies par les musiciens.

Le Concerto de Lizée, dont on vous invite à prendre meilleure connaissance en lisant l’entrevue que j’ai réalisée avec la compositrice il y a quelques jours à peine, est un magnifique chaos organisé. Une œuvre pétante de textures nervurées et de couleurs provenant autant de l’impressionnant assemblage du soliste (marimba, cloches tubulaires, xylophone, batterie, synthétiseur, guitare! et pleins de gugusses ovniesques) que de l’orchestre lui-même. La matrice de base est une suite de motifs orchestraux constamment changeants, mais perpétuellement répétés, à la façon de l’école étasunienne minimaliste (Glass, Reich), par-dessus lesquels, ou entre lesquels, le soliste s’échine à cogner et frapper et colorer l’espace sonore de toutes les manières imaginables (il frappe sur une guitare et, ailleurs, sur le violoncelle de Brian Manker, première chaise de l’orchestre!). Il y a peut-être un travail d’équilibre à peaufiner (dans le rendu? Dans l’écriture?), car on perdait occasionnellement certaines interventions du soliste dans la masse orchestrale. 

Malgré les jaillissements éclatés de timbres et de sonorités diverses provenant de celle-ci, la trame générale du Concerto est pulsatile, voire groovy tout du long (quelque 30 minutes). On hoche plaisamment de la tête comme si on était dans un char qui crache sa bass rebondie. Heureusement, celle de Lizée est infiniment plus subtile, même si résolument ressentie. Parlons du soliste : Colin Currie. C’est lui-même qui créa l’œuvre l’an dernier et qui la reprenait ici. Le plaisir du spectacle réside autant dans les sonorités qu’il crée avec sa vaste instrumentation, que dans les courses parfois effrénées qu’il doit réaliser entre les parties du set-up (placées de part en part de la cheffe)! Respect.

Voilà certainement un jalon important, je pense, dans le répertoire encore occasionnel de grands concertos pour percussion. Nicole Lizée et son Blurr is the Color of my True Love’s Eyes feront date. J’ai adoré, et le public a longuement applaudi les artistes montés sur scène.

La foule était constituée d’un grand nombre de jeunes, chose plaisante à voir. Ces derniers étaient manifestement issus de groupes ou de programmes musicaux d’écoles secondaires car ils étaient attentifs et franchement impressionnés.

En deuxième partie, nous avons eu droit à de très vivantes Planètes de Holst. Gemma New a repris sur les chapeaux de roue avec la même énergie en lançant Mars, le porteur de guerre. Peut-être un peu trop précipité, car les premières secondes ont semblé vouloir dévier vers la perte de contrôle. Heureusement tout s’est replacé très vite. La jeune cheffe a convaincu l’orchestre de briller avec moult écarts de dynamique et nuances de couleurs et de textures. J’ai très peu de choses à dire qui pourraient apporter des bémols substantiels à cette performance excitante. 

J’étais avec fiston, et nous avons eu du gros gros fun. C’est comme ça qu’on aime nos soirées symphoniques!
Le concert sera repris intégralement dimanche à 14h30. Amenez votre ado, surtout s’il ou elle aime la musique de film!

Salle Bourgie | Concert d’ouverture du Quatuor Dover : Le quatuor à cordes à travers les âges

par Rédaction PAN M 360

Le Quatuor Dover est de passage à Montréal et nous a offert mercredi soir une classe de maître sur l’art de la composition du quatuor à cordes à travers les grandes époques de la musique avec, au programme, Haydn, Florence Price et Chostakovitch. Un voyage à travers le temps qui nous en apprend beaucoup sur l’évolution de la musique de chambre, avec un ensemble formidablement virtuose.

Le Quatuor Dover jouit d’une excellente réputation à l’international, et on comprend rapidement pourquoi. Le Quatuor en sol mineur, op. 74 no. 3 de Haydn, plus communément appelé « Le Cavalier » à cause de son dernier mouvement au rythme galopant, est exécuté avec une foudroyante précision. On applaudit la virtuosité dans la vitesse et la sensibilité dans les largesses des mouvements plus lents.

Le concert était animé par les contrastes. Dans le Haydn, il s’agissait du contraste entre les mouvements rapides et les mouvements lents. Le Quatuor à cordes no. 1 en sol majeur de Florence Price contrastait quant à lui avec la façon dont il a été composé. Alors que la tradition classique d’Haydn construisait le quatuor à l’essentiel autour d’un premier violon virtuose et de trois autres instruments en soutien, Price accorde un traitement plus équilibré à chaque instrument. Le contrepoint est bien plus développé et complexe, voire trop par moments, mais est balisé par des idées intéressantes sur le plan harmonique. La beauté de la musique de Price réside dans ses motifs particuliers, souvent inspirées de musiques d’origines populaires. Le second mouvement est absolument fantastique sur ce point, avec un passage en pizzicato rappelant une « walking bass ».

Le Quatuor à cordes no. 9 en mi bémol majeur de Chostakovitch change encore une fois la structure fondamentale de cette forme musicale. Une superposition de motifs qui entre parfois en accord, souvent en désaccord, forment une tension palpable. L’ensemble reproduit à merveille l’intensité et la violences des émotions que le compositeur a transcrit sur la partition. C’est dans un nuage de résine et de crins que le Quatuor Dover a terminé cette œuvre débordant d’une créativité introspective et troublante.

Avec une main de maître, le Quatuor Dover a démontré toute la virtuosité, tout le lyrisme et toute l’intensité que le répertoire du quatuor à cordes peut offrir. La qualité des sonorités de l’ensemble les œuvres en elles-mêmes. Vivement la prochaine occasion de les revoir en concert!

Piknic Electronik : Chaos In The CBD, EEJUNGMI et Waner

par Elsa Fortant

Les Piknic Electronik du mois de septembre ont quelque chose de spécial. La saison touche tranquillement à sa fin, l’envie d’en profiter, elle, reste intacte. Alors que les arbres dévoilent des teintes rougeâtre et orange, que le vent frais s’installe, que la lumière automnale s’empare du ciel, nous voilà encore en train de danser, lunettes de soleil sur le bout du nez. La météo était au beau fixe dimanche pour la venue du duo néozélandais Chaos In The CBD, accompagné par la Torontoise EEJUNGMI et le Montréalais d’adoption Waner. PAN M 360 était de la partie, voici ce que vous avez manqué.

Crédits photo : play.fille

Ouvrir un événement, lorsqu’on est DJ, est un rôle complexe. Il faut savoir donner le ton, chauffer le public mais pas trop, autrement dit, mettre l’eau à la bouche. Français installé à Montréal depuis un bout, le DJ et producteur Waner a très bien relevé le défi. Celui qui est aussi cofondateur du collectif Kizi Garden a alterné entre table tournante et CDJ, navigant entre la house et la deep house pour commencer. Lorsque la piste de danse a commencé à se remplir, aux alentours de 17h30, il est allé puiser dans la tech-house, la chill house et l’électro; avec des remix bien sentis des Fugees, de Eminem et surtout de Britney Spears à la sauce ukg (inattendu et apprécié).

Par la suite, EEJUNGMI a pris les commandes, mais la transition entre les sets laissait légèrement à désirer. Cependant, une fois qu’elle a pris son élan, l’énergie s’est manifestée à travers des lignes de basse acid, révélant un groove progressif et enivrant. Les sonorités disco et RnB se sont entremêlées, ponctuées par des retours aux lignes acid, le tout accompagné de nappes texturées. Alors que la nuit commençait à s’installer, une forme d’électro plus percussive a émergé, plongeant le public dans une atmosphère plus sombre. On pourrait se demander si EEJUNGMI n’a pas oublié qu’elle était invitée comme opener et non comme tête d’affiche. Malgré cela, sa prestation reste très bonne.

Voir le jour se coucher à l’horizon, sur le Saint-Laurent, tandis que les lumières des condos s’illuminaient progressivement, a ajouté une touche particulière à l’ambiance du Piknic Electronik.

Puis, Chaos In The CBD est arrivé. Composé des frères Ben and Louis Helliker-Hales, ce tandem a conquis les scènes mondiales grâce à leur fusion unique de deep house et de jazz expérimental. Dès leurs premières productions, ils ont fait preuve d’une maturité sonore notable. C’est assez rare pour être souligné : leurs DJ sets sont audacieux et nous emmènent dans des directions inattendues, tout en restant cohérents. Le duo incarne l’essence même de l’innovation dans le paysage de la musique électronique contemporaine. Leur capacité à tisser des mélodies complexes et envoûtantes avec des rythmes percutants les distingue, créant ainsi une signature sonore reconnaissable entre mille. Avec Chaos In The CBD, chaque set est une expérience qui révèle une profondeur musicale rare. En bref, la prochaine fois qu’ils sont en ville, on ne peut que vous conseiller d’aller les voir.

Olga Kudriakova et la Chapelle historique du Bon Pasteur : grande musique et résilience en partage

par Frédéric Cardin

Hier après-midi, c’était jour de rentrée pour la Chapelle historique du Bon Pasteur. Oh, bien sûr, pas à la Chapelle historique. Les réparations qui doivent remettre l’édifice en état suite à l’incendie du 25 mai dernier ne sont même pas encore commencées. C’est plutôt dans la salle Paul-Desmarais du Centre canadien d’architecture que prendra refuge la programmation ainsi que l’administration de la Chapelle pour la saison 2023-2024 (au moins). Et c’est hier, donc, que fut inaugurée cette saison « en exil » avec un récital exceptionnel d’une artiste elle aussi exilée, la pianiste d’origine ukrainienne Olga Kudriakova. 

Kudriakova est arrivée à Montréal en août 2022 avec mari (Russe) et bagages pour fuir la guerre et la répression que l’on connaît. La jeune dame était déjà en pleine ascension de carrière quand a commencé l’invasion russe : enseignante et concertiste, elle avait déjà plusieurs prix de concours dans sa besace et une renommée qui commençait à s’étendre. Elle a dû laisser tout cela en plan en précipitant sa fuite, mais pas pour longtemps. Aussitôt arrivée à Montréal, on l’a remarquée et elle a rapidement et résolument commencé à prendre sa place dans l’écosystème artistique de la métropole culturelle. Si bien qu’une année à peine après avoir déposé ses valises dans sa nouvelle maison, la dame est admirée par un nombre toujours grandissant de mélomanes et a été invitée à donner le récital inaugural de la Chapelle, noble institution culturelle s’il en est une ici. Elle fait même la couverture du programme de la saison d’automne. 

Reportage de Radio-Canada sur Olga Kudryakova et son mari Maxim Chatalkine peu après leur arrivée à Montréal

Qui plus est, elle est hyper dynamique : elle a mis sur pieds une fondation qui soutient l’enseignement musical des jeunes ukrainiens qui ont dû interrompre leurs études en raison de la guerre, et elle vient tout juste de participer à la création d’un nouvel espace de récitals appelé Dissonances Studio qui offrira sur abonnements des expériences de concerts classique renouvelées. Dans le style des salons amicaux du 19e siècle et dans un espace non conventionnel, les curieux et les mélomanes pourront s’y présenter avec leur propre nourriture et leur propres boissons, et assister à des concerts dans une ambiance décontractée et ouverte. La petitesse de l’endroit rendra les contacts entre artistes et public très intimistes. L’initiateur du projet, Mathieu Baribeau, en rêvait depuis plus de 20 ans. Il a donc investit de sa poche les fonds pour mettre l’endroit en ordre et acheter un beau piano Bechstein D282. Bref, Olga Kudriakova sait s’entourer et se faire remarquer!

Deux exilées, donc, la Chapelle et Olga Kudriakova, dont le destin a fait des partenaires de résilience dans un concert qui fut tout à fait mémorable. On est d’abord heureux, habitués de la Chapelle, d’entrer dans la salle Paul-Desmarais du Centre canadien d’architecture, une salle de belle configuration classique rectangulaire, à la scène bellement boisée et de couleur ambrée chaleureuse. Le piano Fazioli, rescapé de l’incendie, trône fièrement et, dès les premières notes, sonne magnifiquement (restauré minutieusement par l’indispensable Oliver Esmonde-White).

Et les notes parlons-en! Un programme tout romantique, réservoir de textures délicates et de sonorités puissantes, était à l’honneur. Les quatre Impromptus D.899 de Schubert lançaient le bal. Une vision limpide, dépouillée de trop de rondeurs, presque baroque surprend mon compagnon de concert, un connaisseur de l’œuvre. Moi je suis déjà sous le charme, car je sais que cette clarté du discours est une particularité de la jeune pianiste, mais que jamais elle n’oublie la charge émotionnelle de la musique. Et le miracle se produit : une architecture musicale dessinée à la pointe fine s’imprègne, subtilement, d’un couvert délicat d’émotions, du simple fait que l’on comprend parfaitement où chaque phrase se dirige et ce qu’elle veut exprimer. Il y a très peu de failles techniques (rarissimes) dans le doigté de la néo-montréalaise, si bien que c’est un délice à écouter toutes ces superbes notes perlées qui percolent à travers l’espace sonore de la salle. D’autant plus que l’acoustique est très bonne. On applaudit chaleureusement. Mon ami aussi, conquis.

Suit le Prélude de Tristan et Isolde de Wagner, dans une transcription d’Ernest Schelling, un entremets qui sert de tampon textural entre les papillonnements schubertiens précédents et la monumentale et tempétueuse Sonate en si mineur, S.178 de Franz Liszt. Encore une fois, la clarté technique de Kudriakova ainsi que sa maîtrise remarquable du discours des œuvres qu’elle joue transforment une exécution musicale en moment de communion ou même le plus profane des spectateurs réussirait à suivre les circonvolutions lisztiennes sans se perdre! Le squelette ainsi parfaitement équilibré, la pianiste y insère une substantifique moëlle spirituelle, du muscle sonore et une chair émotionnelle palpable qui émerveillent les sens du public nombreux (la salle était comble, même à peu près deux fois plus grande que la Chapelle).

La salle en question sera vite adoptée par le public, je le prédis. On se dit même qu’une fois que la Chapelle pourra retourner dans ses quartiers habituels, on se plaît à rêver de saisons régulières de musique de chambre en bonne et due forme et comme legs de cette nouvelle collaboration! Jusqu’à maintenant, il y avait principalement des conférences qui s’y donnaient. Je pense que cette utilisation devra être étoffée musicalement pour un avenir durable.

Si j’étais morbidement cynique, je dirais que la présence d’Olga Kudriakova à Montréal est peut-être le plus beau cadeau que Vladimir Poutine et sa guerre stupide aient pu nous faire. Sinon, quelle raison aurait pu avoir une si grande et belle artiste à venir s’installer chez nous? Mais maintenant que c’est fait, soutenons sans relâche son immense talent et aidons-le à se déployer au maximum de son potentiel. Olga Kudriakova est l’une des pianistes les plus intéressantes de la nouvelle génération sur la planète en ce moment. J’ose le déclarer. C’est comme ça. 

Les Violons du Roy à la Maison Symphonique : Une ode à la Seine et à la France… en italien

par Rédaction PAN M 360

Les Violons du Roy ont entamé dimanche après-midi leur saison montréalaise sur les planches de la Maison Symphonique. On a pu y entendre un orchestre extrêmement bien rodé, il s’agit après tout de la troisième représentation de ce concert, avec les deux premières jouées au Palais Montcalm à Québec, et une œuvre d’une forme bien particulière.

La Senna festeggiante est une sérénade, une forme à cheval entre la cantate (païenne) et l’opéra, qui fait l’éloge de la France à travers une allégorie parfois subtile, parfois moins, construite grâce à trois personnages incarnés par les trois solistes : la soprano Robin Johannsen, la mezzo-soprano Ana Reinhold, et la basse Alex Rosen.

Ces solistes ont été fantastiques, transportant le public sur les rives de la Seine avec des duo enchanteurs de la part des voix féminines, et des arias puissants de la part de Rosen, qui rappellent par moment les bouffes italiennes. L’orchestre était lui aussi de très bonne qualité. Derrière les directions minimalistes du chef Jonathan Cohen, souvent occupé au clavecin, on sent tout le travail et la rigueur des musiciens. D’un effectif plus réduit que l’on est habitué d’entendre à la Maison Symphonique, on peut regretter le volume un peu bas, qui évoque l’ambiance d’un salon de l’époque, mais qui est peu adaptée à la salle. La partition est quant à elle typique de Vivaldi. On reconnait bien la structure des ses mélodies, ainsi que quelques emprunts à ses anciennes compositions. On remarque avec plaisir les références à la musique française de l’époque, notamment avec l’ouverture à la française.

La saison à venir des Violons augure bien. On espère pouvoir les retrouver dans un environnement plus intime et adapté pour leur prochain concert, mais on ne peut que féliciter l’ensemble pour une superbe exécution!

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