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Population II : Au travers du rêve et de l’amitié

Interview réalisé par William Paulhus

Malgré l’incertitude qui plane, Population II décide de foncer et de nous soumettre un album qui comblera assurément notre soif de fuzz.

Genres et styles : punk / rock

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Crédit photo : Laurence Martin

Difficile de faire plus efficace que le fringant trio montréalais lorsque nous analysons la sphère rock québécoise. Après avoir ratissé à de nombreuses reprises les salles de la province et fort de deux EP décapants, le temps était venu de lancer un premier album. Avec À la Ô Terre, les trois comparses proposent une légère cassure stylistique sur laquelle ils ont bien voulu élaborer le temps de quelques questions.

PAN M 360 : Population II roule sa bosse depuis déjà quelques années, comment votre rencontre s’est-elle produite et comment expliquez-vous l’évolution rapide de votre sonorité ?

Tristan : Moi et Sébastien, le bassiste, sommes des amis de jeunesse et le groupe s’est formé à force d’apprendre à jouer ensemble. À la base, nous sommes des mélomanes et nous découvrons constamment de la nouvelle musique. C’est en essayant de la reproduire et à force de faire de longues improvisations que notre son s’est développé, nous étions simplement deux jeunes musiciens qui s’amusaient. Ce que nous faisions au début s’approchait même un peu du blues.

Je dois mentionner qu’il y a eu deux alignements différents du groupe. Nous n’avions pas le même batteur sur notre premier EP instrumental paru en 2017. À ce moment, la direction était moins définie, notre style était plus libre et axé sur l’impro. Par la suite, nous l’avons remplacé par un autre ami d’enfance, Pier-Luc, à la batterie et au chant. Depuis son arrivée, les chansons sont plus concises et les compositions se sont complexifiées, ça se remarque assez facilement sur notre nouvel album. Population II est devenu plus énergique et propose une touche punk tout en conservant une note de psychédélisme.

PAN M 360 : Votre premier album sortira le 30 octobre et vous y proposez dix pièces explosives, depuis combien de temps ce nouveau disque mijote-t-il et qu’aviez-vous envie d’essayer de différent par rapport à vos précédents ?

Pier-Luc : Cet album correspond aux premières chansons que nous avons écrites ensemble et certaines remontent même à près de trois ans. Nous avons commencé l’enregistrement il y a environ deux ans et ce sont des pièces que nous jouons en spectacle depuis un bon moment. Notre son évolue constamment et ça fait longtemps que nous expérimentons l’idée de faire des compositions plus courtes et structurées en délaissant le côté plus libre de nos débuts.

Tristan : Nous voulions avoir une direction un peu plus claire par rapport à nos deux premiers EP. Avec la maturité que nous avons acquise au niveau de la composition, notre objectif était de délaisser le côté libre, répétitif et plus difficile d’approche. Auparavant, notre musique était plutôt destinée à ceux qui adoraient les longues improvisations et il fallait que les gens se mettent dans une certaine ambiance pour l’apprécier. Cette fois, notre but était de faire plus direct et avec certaines sonorités punk, mais il y a aussi des pièces qui sont plus douces. Il y a un grand contraste sur l’album et nous voulions montrer une autre facette du groupe.

PAN M 360 : D’où vous vient cette volonté de faire plus en douceur ? C’est quelque chose qui se remarque notamment en fin d’album.

Tristan : Je ne dirais pas que c’était une volonté, car le plan initial pour le pacing de l’album était totalement différent. Chacune des faces du vinyle était normalement censée alterner entre une chanson agressive et une plus calme. Avec l’aide de Dominique Berthiaume de Corridor, nous avons modifié l’ordre pour débuter de manière plus intense et adoucir le tout progressivement. Au final, nous avons beaucoup apprécié cette nouvelle disposition.

PAN M 360 : Comment en êtes-vous venus à intégrer le chant de manière si singulière à votre musique ?

Pier-Luc : La plupart de nos compositions sont tirées d’improvisations qui durent plusieurs heures dans lesquelles je me lance spontanément dans le chant. J’essaie ensuite de reproduire les mélodies vocales qui m’étaient venues à ces moments précis. J’intègre de vraies paroles après coup en me fiant aux syllabes que j’ai prononcées en improvisant. Ce que je chante durant les jams ne veut généralement rien dire, peut-être qu’un jour nous inventerons une langue, mais ce n’est pas encore arrivé.

Tristan : Nous commençons normalement par la musique afin de nous défouler. À force de répéter certains riffs, nous déterminons les endroits où il serait bien d’intégrer un couplet, par exemple. Le peaufinement des paroles vient ensuite, l’important est d’extérioriser les mélodies et d’avoir une légère idée de leurs emplacements.

PAN M 360 : Comment êtes-vous entrés en contact avec le label américain Castle Face, était-ce un objectif pour Population II de s’y retrouver ?

Tristan : C’est un label que nous avions en tête depuis longtemps et je dois dire que nous devons la réussite à notre producteur Emmanuel Ethier. Nous lui avions mentionné lorsque nous mixions l’album que ce serait un rêve de s’y retrouver. Ensuite, le tout s’est fait rapidement. Il leur a envoyé l’album et une heure plus tard John Dwyer l’avait écouté et il voulait nous proposer quelque chose.

PAN M 360 : Les bonnes nouvelles arrivent durant une drôle de période pour vous. Avec l’impossibilité de faire un réel lancement et des tournées, sentez-vous que tout ça est comme un coup d’épée dans l’eau ?

Tristan : Nous avons pris la décision d’aller de l’avant même si le label nous a proposé de sortir l’album plus tard. Comme les chansons existent depuis longtemps, nous avions envie de les montrer au public. Beaucoup de gens nous ont avisés que la promo allait être difficile, mais nous avions une réelle volonté de le sortir et de travailler nous-mêmes sur la promo. C’était important de montrer comment le groupe sonne en ce moment contrairement à nos EP qui ne nous représentent plus vraiment. Nous jouons ce matériel depuis longtemps en spectacle et nous en faisons même qui est sur un album ultérieur à celui-ci. Nous avons donc décidé de le sortir en connaissance de cause en sachant qu’en sortant de cette pandémie, nous allons déjà avoir un autre disque complété.

Pier-Luc : Je trouve que c’est une période intéressante pour faire de la musique et sortir un album. Nous sommes habitués de voir les artistes faire beaucoup de tournées après une sortie, mais les conditions actuelles vont montrer une autre manière de faire de la promotion. Qui sait, peut-être que les gens vont se languir de nous voir en spectacle à la fin de tout ça ?

PAN M 360 : Vous avez eu l’opportunité de jouer lors de la série Dômesicle cet été, comment avez-vous vécu l’expérience d’un concert pandémique ?

Pier-Luc : Le concert à la SAT était vraiment intéressant, l’expérience était totalement différente avec les projections de Daphnee4000. Nous ne sommes pas habitués de faire des salles où les plafonds sont hauts, il s’agit plus souvent d’espaces restreints. C’était spécial de jouer devant aussi peu de gens, mais surtout qu’ils soient obligatoirement assis.

Tristan : C’était une belle expérience même si nous sommes plutôt familiers avec les petits bars où le public est frénétique. L’énergie était totalement différente car les groupes perçoivent normalement l’appréciation de la foule, alors dans ce cas c’était un peu plus froid, mais les visuels ont rendu le tout transcendental. Faire un livestream n’est pas aussi agréable que de jouer devant une salle pleine, nous nous ennuyons quand même des spectacles conventionnels.

PAN M 360 : En conclusion, prévoyez-vous un événement spécial pour célébrer la parution de votre album, un lancement virtuel, par exemple ?

Tristan : Nous avions planifié quelques spectacles pour souligner sa sortie, mais l’alerte rouge nous force à attendre à 2021 pour la plupart. Nous ferons tout de même partie de la programmation du festival M pour Montréal et nous présenterons un concert virtuel en direct de L’Anti Bar le 7 novembre prochain. Plusieurs choses surviendront avec le groupe en janvier 2021, alors ce sera une manière de célébrer autrement la parution de l’album.

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