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Moodie Black : Faire du noise

Interview réalisé par William Paulhus

Figure de proue de la nouvelle ère du noise rap américain, Moodie Black vient tout juste de lancer son quatrième album intitulé FUZZ. Avec ses paroles crues et sa surdose de distorsion, cette nouveauté comblera assurément votre soif de décibels. Il était donc impératif de décortiquer cette bombe à retardement en compagnie de la rappeuse et productrice Kris Martinez qui nous en apprendra davantage sur l’histoire du projet et sur sa volonté d’étendre la portée de son message.

Genres et styles : bruitiste / hip-hop

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PAN M 360 : Tu fais bourdonner nos tympans avec Moodie Black en compagnie de ton ami de longue date Sean Lindahl depuis près d’une dizaine d’années. Comment avez-vous fait connaissance et quand avez-vous commencé à faire de la musique ensemble ?

Kris Martinez : À vrai dire, je crois que ça fait encore plus longtemps. Nous avions un projet noise du nom de GAHEDiNDIE qui a commencé vers 2007. Je l’ai rencontré au collège et nous sommes devenus amis comme nous partagions une passion commune pour la lutte. Je le forçais pratiquement à m’enregistrer faire du rap à toute heure de la nuit et il me suivait dans mes délires. Sean est là depuis le tout début, il a commencé à m’aider en ajoutant des segments de guitare que j’étais incapable de jouer. Avec les années, il contribue de moins en moins à ce niveau. Il fait cependant beaucoup de travail d’arrière-plan pour le groupe et, bien entendu, il m’accompagne toujours en spectacle. Sean est plutôt un acolyte de scène qui m’aide de temps à autre en studio. C’est moi qui suis responsable de toute la production, et de la majeure partie des sons et du jeu des instruments sur l’album. Cela dit, sans lui Moodie Black n’existerait pas, il fait partie de l’ADN du projet, mais pas pour ce qui est de l’enregistrement ni de l’esthétique musicale.

PAN M 360 : Le titre de ton nouvel album pourrait difficilement être mieux choisi pour décrire sa sonorité. Les chansons sont plus bruyantes que jamais et l’énergie coule à flots. As-tu changé quelque chose de particulier dans ton approche ou bien es-tu seulement plus en colère contre la vie et la société en général?

KM : En toute honnêteté, je ne comprends pas très bien qu’on perçoive de la colère dans ma musique. On me fait souvent ce commentaire. Bien entendu, il y a des choses et des causes qui me tiennent à cœur, mais ce que je ressens quand je crée relève davantage de la tristesse et de la frustration que de la colère. Ma motivation dans ce projet était surtout le désir de faire quelque chose de plus accessible. Je voulais faire un album qui puisse intéresser plus de monde que le public très niché auquel nous devons plaire. Ce qui me fâche, c’est plutôt cette perception selon laquelle ma musique ne peux pas connaître de succès commercial parce qu’elle est différente et bruyante. Je refuse d’accepter cette idée, mais en même temps, je comprends la réalité dans laquelle je vis. Je veux cependant la changer. Le processus de création a été légèrement différent, car j’ai demandé leur avis à des amis en qui j’ai confiance et même de contribuer à certaines parties, chose que je n’avais jamais faite avant FUZZ.

PAN M 360 : À cause de la pandémie, tu as dû faire le lancement de FUZZ sur internet uniquement. Comment l’expérience s’est-elle déroulée? Aurais-tu préféré le faire devant une véritable foule?

KM : Maintenant que l’album est sorti depuis environ un mois, je commence à ressentir une certaine déception. Tout est arrivé si vite avec l’annulation de nos tournées à cause de la pandémie que c’est à peine si j’ai eu le temps de réagir. Nous étions occupés à essayer de sauver notre lancement en faisant plus de contenu vidéo et en organisant la diffusion en direct. Le résultat a été le meilleur possible dans les circonstances. Il y a eu un manque d’intérêt notable pour cet album et nous croyons que c’est à cause de tous les projets qui ont été lancés sur le web au même moment.

PAN M 360 : À maintes reprises, tu as mentionné que tes influences n’étaient pas nécessairement issues du rap, mais plutôt d’artistes comme The Cure, Labradford, Spacemen 3 et Pan American pour en nommer quelques-uns. Comment en es-tu arrivée à faire du noise rap avec une culture musicale plutôt rock?

KM : J’ai écouté beaucoup de post-rock, de punk et de noise quand j’étais plus jeune. J’ai grandi avec Motown et le rap de la côte ouest. J’étais faite pour créer du noise rap et je crois que notre travail a une identité propre. J’ai travaillé terriblement fort pour devenir une bonne rappeuse et productrice. Je viens de la vieille école et j’ai trimé dur pour apprendre à faire de la production de hip-hop. C’est seulement une fois que j’ai atteint un bon niveau que j’ai pu ajouter des influences noise et punk. Je crois que c’est important d’avoir une base solide et du respect pour l’histoire de la musique qu’on crée. Ça prend ça pour réussir ensuite à innover et faire progresser les genres.

PAN M 360 : Moodie Black semble avoir élu domicile sur l’étiquette américaine Fake Four Inc. En plus d’y produire tes propres albums, tu as aussi participé à la réalisation d’un excellent EP du rappeur Chris Conde en décembre dernier. Est-ce important pour toi d’être sur un label qui tente de repousser les limites en termes de diversité et d’expérimentation musicale?

KM : Je crois que Fake Four est le dernier grand label de rap indépendant. Il poursuit dans la veine de Def Jux, Anticon, etc. Ceschi, qui dirige l’étiquette, s’assure d’honorer la tradition tout en restant ouvert aux genres musicaux et à l’identité de genre de ses artistes. Pour ce qui est de Chris Conde, j’ai commencé à travailler avec lui après un spectacle à San Antonio au Texas. Nous sommes restés en contact et il m’a demandé de l’aider pour la production de son EP. Ça tombait bien puisque j’avais acquis beaucoup d’expérience en travaillant sur FUZZ. Fake Four a assurément été de la partie pour tout ça et m’a permis de continuer à mettre Moodie Black de l’avant, et même d’en vivre.

PAN M 360 : La promotion de FUZZ s’annonce ardue en raison de la crise actuelle. Comment prévois-tu occuper ton temps dans les prochains mois puisque tu ne pourras pas être en tournée à travers le monde? Après tout ce bordel, est-ce que Moodie Black a des plans pour une première visite à Montréal?

KM : Même la promotion en ligne est étrange actuellement. On dirait que tout mène à un cul-de-sac. Nous allons donc en profiter au maximum pour travailler à de nouveaux projets que nous pourrons emporter en tournée quand ce sera possible. Nous avons aussi d’autres plans que nous dévoilerons bientôt. Nous avons joué au Canada une fois! Je ne me rappelle pas où exactement, mais il y avait des chips au ketchup qui étaient incroyablement bonnes. J’aimerais bien visiter Montréal… j’attends juste qu’on me fasse une offre!

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