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GGROUNDD : Au-delà des limites

Interview réalisé par William Paulhus

Le nouveau spectacle A/V du duo Line Katcho et Guillaume Cliche, au premier jour de l’édition 2020 de MUTEK, s’annonce éblouissant.

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L’édition 2020 de MUTEK Montréal se mettra en branle cette semaine malgré le contexte défavorable qui règne actuellement. L’équipe du festival s’est démenée afin de fignoler une programmation excitante majoritairement composée d’artistes québécois et canadiens. Parmi ce lot, le duo formé de Line Katcho et Guillaume Cliche attire l’attention avec un nouveau spectacle A/V qui s’annonce éblouissant. Voyons voir ce qu’ils avaient à nous raconter avant de lancer le bal lors de la première journée d’activité.

PAN M 360 : L’année actuelle est particulièrement étrange, comment a-t-elle affecté votre participation au festival et la création de ce nouveau projet ?

Guillaume Cliche : Nous avons été en attente durant une longue période sans savoir si nous allions jouer devant public ou seulement en streaming. Nous souhaitions pouvoir le présenter à une foule, car il ne s’agit pas de la même expérience. GGROUNDD existait avant la pandémie, nous en discutions depuis environ un an. Avec MUTEK qui approchait, c’était le bon moment de le faire après que Line y a présenté INSURRECTION (2019) et IMMORTELLE (2018).

Line Katcho : Nous avons fait la proposition en janvier et nous avons appris au mois de mars que LIMIT BRICK était accepté, tout juste avant la pandémie. C’était stressant de voir tous les spectacles et festivals être annulés les uns après les autres. Nous croyions que le MUTEK allait aussi y passer quand Valérie Plante a fait l’annonce que tous les festivals étaient interdits jusqu’au 31 août. L’idée de ce duo est survenue après notre collaboration à l’émission de radio Lo Signal sur CKUT. Nous sommes aussi ensemble dans d’autres projets comme Paysage Primitif, mais c’est notre premier projet en formule duo.

PAN M 360 : Le teaser du spectacle nous met l’eau à la bouche, quels rôles tenez-vous au sein de ce projet qui s’annonce éclatant ?

LK : Même si à la base, je suis une compositrice, j’avais le désir de travailler avec quelqu’un qui allait s’occuper entièrement de la musique afin de pouvoir me concentrer sur la vidéo et perfectionner mes techniques. Pour moi, la musique est le maître du spectacle et non le visuel, alors je lui ai demandé d’y aller pour quelque chose d’intense. Il y a un côté avant-gardiste dans ce qu’il fait et je savais que ça m’aiderait à prendre plus de risques.

GC : Line m’avait dit que mes premiers démos n’étaient pas assez éclatés, qu’ils  manquaient de mordant pour aller avec son style visuel. Elle adore quand les spectateurs sont sur le rebord de leur siège. Nous nous rencontrons plusieurs fois par semaine depuis deux mois, alors nous pouvons rajuster le tir facilement.

PAN M 360 : Quels genres de défis aviez-vous envie de relever avec cette nouvelle création ?

LK : Je voulais faire évoluer certaines techniques visuelles que j’utilisais déjà dans mes deux pièces précédentes. Je tenais à utiliser davantage ou différemment certains éléments et à aller plus loin dans ma démarche. Il y a aussi un immense travail de synchronisation puisque je ne suis plus seule, je n’ai pas le contrôle sur tout. C’est Guillaume qui s’occupe du son et il y a une certaine part d’imprévisibilité dans sa musique.

GC : La musique sera assez expérimentale. Contrairement à mes autres projets, je voulais réunir toutes mes influences tout en évitant d’en faire une pizza. Ça passera par le IDM, l’électroacoustique, le noise, la booty house, le juke et même un peu de vaporwave. Le défi était d’éclater la structure tout en gardant une certaine cohésion.

PAN M 360 : Puisque tout a déboulé rapidement, quel genre de stress avez-vous vécu durant les derniers mois ?

LK : Je trouve qu’il y a quelque chose d’excitant à faire partie de cette édition spéciale du MUTEK. Malgré l’inconnu qui plane, c’est le travail d’un artiste d’être capable de gérer les délais intenses. J’aurais pleuré si j’avais eu seulement deux mois pour monter tout ça en solo, mais l’éthique de travail similaire que nous avons a rendu cela possible. Nous utilisons le même vocabulaire et sommes rigoureux.

GC : En tant que technicien audio, il m’était impossible d’exercer mon métier dans les derniers mois, alors j’ai pu y consacrer tout mon temps. Comme nous sommes allés à l’école ensemble, nous connaissons les méthodes de travail de l’autre. Nous interprétons les choses de la même façon et ça accélère le processus.

PAN M 360 : Pourquoi avoir choisi le titre LIMIT BRICK pour votre présentation ?

LK : Dès le début, je voyais le projet comme quelque chose de très intense pour nous, qui allait nous pousser à l’extrême. Je voulais relever un défi important et me dépasser tout en espérant que l’auditoire ressente la même sensation. L’idée de limitations en a donc émergé.

GC : Nous tenions à utiliser le mot limite pour faire comprendre l’écart entre les éléments minimalistes et les moments plus saturés du spectacle. Le terme LIMIT BRICK vient aussi d’un outil de dynamique audio qui se nomme « Brickwall Limiter » et permet d’établir un plafond sonore maximal.

PAN M 360 : Comment vivez-vous le fait de devoir jouer dans conditions limitatives en raison de la pandémie ?

GC : J’ai eu l’occasion de faire un concert en streaming lors du confinement et j’avais beaucoup apprécié. J’étais tout aussi nerveux qu’avant une performance régulière, mais le stress se dissipe une fois que la première note est lancée. Pour ce qui est de notre prestation à MUTEK, il y aura des portions plus dansantes, mais j’ai du mal à savoir si les gens resteront assis ou s’ils se lèveront. Je serai heureux dans les deux cas !

LK :  De mon côté, je suis beaucoup plus stressée. Nous perdons un certain contrôle sur la manière dont ce sera présenté. Si les gens écoutent le concert sur leur portable, c’est très différent que d’être en salle avec un projecteur et un méga système de son. En même temps, je me dis qu’il y aura peut-être 5 000 personnes qui nous écouteront. Bien sûr qu’il y aura une légère déception que la salle soit moins remplie. C’est souvent arrivé que le public réagisse durant mes performances et ça me fait chaud au cœur. Je me questionne à savoir s’ils s’en permettront plus comme il y aura moins de personnes autour d’eux. De toute manière, nous avons travaillé tellement fort que je suis simplement contente de présenter cette pièce et j’ai hâte de voir ce que tous les bouleversements vécus cette année apporteront de nouveau dans le milieu artistique.

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