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Aramis : accord vin et musique… pour semer la confusion

Interview réalisé par Isabelle Marceau
Genres et styles : électro-pop / trip-hop

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Aramis est le projet solo-collaboratif électro-pop d’Urhiel Madran-Cyr, musicien et sommelier. Ce fut d’abord un groupe, pendant plusieurs années, mais l’avenir incertain causé par la pandémie et les obligations des autres membres en ont provoqué la dissolution, laissant Madran-Cyr seul à la barre. Depuis, il a présenté son EP Pour éviter les commotions sous forme de spectacle interactif où le public participe à des expériences sensorielles, gustatives et olfactives qui se veulent mémorables.

Ayant déménagé à Lachute pour y louer une terre avec sa fiancée, dans le but d’y réaliser un projet de vignes et de plantes médicinales, il s’est entretenu avec PAN M 360 à l’occasion du lancement de son premier album Pour semer la confusion et pour discuter de la possible existence d’accords vins et musique.

PAN M 360 : Aramis fut un projet de groupe pendant de nombreuses années, puis il est devenu un projet solo collaboratif. Cet album est-il l’aboutissement d’un long parcours prenant ses racines dans le groupe d’origine, ou représente-t-il pour toi un virage?

Urhiel Madran-Cyr : C’est dur à dire. Un peu des deux parce qu’il y a certaines chansons que j’ai écrites quand on était encore en groupe, dont les chansons Prologue, Joues d’Hiver et Camaguey. Mais par la suite, on a retravaillé les arrangements avec des collaborateurs et collaboratrices tels qu’Antoine Gratton et Valérie Bellefeuille. J’ai composé vraiment seul le reste des chansons et, par la suite, des collaborateurs et collaboratrices se sont ajoutés au projet. Alors, c’est du renouveau, mais aussi l’aboutissement de plusieurs années de recherche à essayer des sons et à aller de plus en plus vers l’électronique. Je me suis rendu compte que ma passion, c’étaient les synthétiseurs, alors j’y suis allé à 100 % dans cet album.

PAN M 360 : Tu es musicien et sommelier! À Pop Montréal en 2019, les pièces du EP furent jouées tandis que le public dégustait des vins accordés à chaque pièce; on retrouve aussi des buveurs de vin dans le clip Vous, extrait du nouvel album. Remarques-tu l’existence d’accords vins et musique rehaussant notre expérience de ceux-ci, ou est-ce que tu t’amuses tout simplement?

Urhiel Madran-Cyr : C’est vraiment une réflexion que j’ai eue pendant mon cours de sommellerie. Des recherches ont été faites sur l’amélioration de la mémoire en stimulant plusieurs sens, soit dans le but d’y ancrer nos expériences. Je me suis dit que ce serait intéressant de créer ce type d’expérience pour que les gens vivent des moments exceptionnels et puissent vivement s’en souvenir. J’avais déjà accordé mes chansons avec des vins pour Général Pop, un magazine français. Puis à Pop Montréal, c’est la sommelière du bistro Boxermans qui avait fait les accords avec mes chansons. Alors j’ai découvert les vins en même temps que le public. Depuis, on s’est dit qu’on devrait essayer de refaire cette expérience multisensorielle.

PAN M 360 : As-tu approuvé les choix de la sommelière? (rires)

Urhiel Madran-Cyr : Oui! Elle a fait de superbes choix! Et c’était la première fois qu’elle faisait ça. En tant que sommelier, je peux affirmer que les accords vins et musique sont rares!

PAN M 360 : L’EP et l’album sont des projets qui se sont concrétisés pendant la pandémie; dans ce contexte, comment t’y es-tu pris pour composer et enregistrer ton nouvel album?

Urhiel Madran-Cyr : C’est sûr que ça a compliqué le processus! (rires) Pour le premier EP, j’avais fait un petit lancement dans un parc et j’ai réalisé sur place un accord de vins avec les plats d’un restaurant. Une cinquantaine de personnes s’étaient présentées, j’avais malgré tout réussi à faire un lancement! Quant à l’album, la majorité du travail s’est fait à distance : j’envoyais des idées à Antoine Gratton qui faisait des arrangements, et je collaborais aussi à distance avec Valérie Bellefeuille. Ensuite on s’est vus en studio avec Fred Bouchard et des musiciens et musiciennes tels que le quatuor à cordes Mommies on the run et Solane Sancho. C’était censé être un deuxième EP mais, finalement, je me suis rendu compte que les chansons étaient très chargées en arrangements et en émotions. J’ai donc décidé d’y inclure des intermèdes piano-voix et l’EP est finalement devenu un album. Il y a certes eu beaucoup de défis d’horaires, d’endroits et de programmation, mais on a réussi à les relever.

PAN M 360 : La présence de femmes musiciennes est notable.

Urhiel Madran-Cyr : Oui. Depuis que les gars ont quitté le groupe, j’ai toujours eu le souhait de collaborer le plus possible avec des femmes, parce qu’on a tendance entre gars à aller vers nos chums. Mais il y a tellement d’excellentes femmes musiciennes, il faut qu’elles se fassent entendre elles aussi. Je souhaitais avoir une voix de femme sur l’album. Quant à Mommies on the run, j’étais super content de travailler avec elles parce que je les avais déjà entendues dans le passé. Mais travailler avec des femmes n’a pas été un choix conscient : ça s’est fait naturellement. Et j’en suis très content parce que cette énergie féminine amène des qualités qui sont complémentaires à ma propre énergie.

PAN M 360 : Les influences musicales sont très variées dans cet album. Tu l’identifies à quels styles? Qui sont tes influences?

Urhiel Madran-Cyr : Je dirais que c’est un mélange d’électro, de trip-hop, avec un peu de hip-hop car j’en ai beaucoup écouté au cours des dernières années. J’ai écouté énormément de trip-hop au secondaire et au Cégep et beaucoup de groupes anglais, parmi ceux-ci Portishead, Archive, James Blake, aussi Perfume Genius. Plus tard je me suis mis à écouter beaucoup d’électro français comme l’Impératrice, Polo et Pan, des groupes qui ont fait surface plus récemment et qui, je crois, ont exercé une petite influence. Mais l’album est beaucoup ancré dans le trip-hop.

Pan M 360 : Tu as une voix qui passe aisément du chant parlé aux aigus. La première pièce, 25 Mars, nous annonce un album où la voix et les harmonies vocales tiendront une place importante. Tu as choisi Solane Sancho pour t’accompagner aux voix; pourquoi ton choix s’est-il arrêté sur Solane?

Urhiel Madran-Cyr : Solane est une chanteuse jazz. J’avais demandé à Valérie Bellefeuille de me proposer l’une de ses amies pour m’accompagner. Elle m’a donc proposé dix voix différentes et parmi celles-ci, j’ai trouvé que Solane se démarquait par sa douceur et son timbre hyper-feutré qui se mariait bien à ma voix. Je l’ai approchée et elle a aimé le projet immédiatement.

Pan M 360 : À propos de ta collaboration avec Papa Humbertico, qui est un musicien de hip-hop d’origine cubaine, comment cette rencontre a-t-elle eu lieu? 

Urhiel Madran-Cyr : Je suis tellement content de cette rencontre! C’est un rappeur cubain pionnier du hip-hop cubain. Il a démarré des groupes tels que Los Aldeanos, le groupe de rap le plus connu de Cuba. Il est plutôt connu comme un beatmaker, mais quand j’ai écouté son rap, j’ai immédiatement eu un énorme coup de cœur. Ça faisait plusieurs essais avec des rappeurs locaux qui ne fonctionnaient pas, et je l’ai approché parce que j’avais écrit la chanson Camaguey lors d’un long séjour à Cuba. J’ai donc décidé de lui écrire sur Instagram et il m’a répondu tout de suite! Il m’a dit « mais ça ne sera pas gratuit », et je lui ai répondu « Bien sûr ça ne sera pas gratuit! Je m’attendais à payer! » (rires). La journée même, il m’envoie ses deux textes enregistrés et mixés! J’ai été vraiment impressionné. Et son texte est très poignant : il décrit le régime oppressif, la vie dans la misère. Il m’a invité à Cuba pour aller tourner le clip, alors c’est sûr que le clip y sera tourné… un jour!

PAN M 360 : Aramis a déjà plusieurs clips à son actif, et ceux-ci sont dynamiques, évoquant des histoires intrigantes et ambiguës. Comme premier vidéoclip du nouvel album, tu as choisi la pièce Vous qui semble raconter ton départ en solo; peux-tu nous parler de ce choix et du clip?

Urhiel Madran-Cyr : J’ai choisi cette pièce comme premier clip et simple parce que c’est une affirmation comme quoi je ne suis plus avec les mêmes musiciens, et ce que j’ai vécu par rapport à cela, j’avais besoin d’en parler. J’avais l’impression que le public se douterait qu’il s’agissait d’un groupe qui se sépare, mais en même temps le clip laisse place à l’interprétation. Quant au texte, la chanson parle beaucoup de l’ancien guitariste d’Aramis parce que c’est mon meilleur ami – encore aujourd’hui – et on a démarré Aramis ensemble. Lorsqu’il est parti, c’était un gros morceau qui partait. J’ai donc eu besoin d’en parler à travers une chanson. 

PAN M 360 : Malgré les contraintes vécues dans le milieu des arts de la scène depuis deux ans, ton EP lancé en juin 2020 avait reçu l’attention de plusieurs médias. Puis maintenant, tu lances ton premier album sous ces mêmes contraintes. Qu’espères-tu pour cet album? Y a-t-il des spectacles en vue, au risque qu’ils soient reportés?

Urhiel Madran-Cyr : C’est sûr que de faire des spectacles me rendrait vraiment heureux. Ça me manque beaucoup. Quand on fait de la musique, c’est pour la partager avec les autres. On avait un spectacle de lancement prévu le 27 janvier à l’Astral, mais il a été reporté. Puis on a commencé à travailler sur un spectacle virtuel, donc ce sera finalement sous cette forme. Mais on va essayer d’inclure du public en tant que figurants dans la performance. J’essaie toujours d’ailleurs de pousser un peu dans cette direction-là. Lors d’un show au Ursa, j’ai donné des instruments à la foule, puis je les ai échantillonnés et c’est ce qui a créé la base rythmique de mes chansons. On parlait tellement de bulles que je me suis dit, ok : je vais créer une bulle avec tout le monde dans la salle! On a donc fait trois prestations dans la même soirée avec douze personnes à la fois. Ce fut vraiment une très belle expérience.

PAN M 360 : On écoute ton nouvel album en dégustant quel vin ? Y avais-tu songé? Si tu n’en choisissais qu’un seul?

Urhiel Madran-Cyr : Pas encore! Mais pour le spectacle, on était effectivement censés y intégrer une dégustation avec trois vins différents. C’est dur d’agencer un seul vin à tout l’album, mais je trouve que l’album est effervescent, il a beaucoup d’énergie, alors j’irais avec un pétillant naturel, soit québécois, du moins quelque chose de nordique, mais qui a quand même de la chaleur… Ah je ne sais pas! C’est une bonne question! Peut-être un pétillant naturel de la Loire…

PAN M 360 : Si tu veux y penser, tu peux nous revenir là-dessus! (rires)

Urhiel Madran-Cyr : Oui! Je vous reviens là-dessus avec un nom de vin plus précis! (rires)

NDLR : Un courriel plus tard, Urhiel nous suggère d’accompagner l’écoute de son nouvel album par un vin mousseux rosé québécois effervescent, vivant, fruité, frais, rosé en méthode champenoise produit par un couple de L’Estrie, soit le Rosé brut 2017 du Domaine Bergeville.

Crédit photo : Axel Palomares

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