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Osheaga 2022 : les bons, les brutes et les brillants

par Stephan Boissonneault

Le parc Jean-Drapeau s’est transformé en un paradis pour les musicophiles le week-end dernier, à l’occasion du 15e festival de musique et d’arts Osheaga. La programmation d’Osheaga 2022 était très variée, il y en avait pour tous les goûts. On y retrouvait des artistes étrangers en tournée comme Idles, Dua Lipa, Yeah Yeah Yeahs et les héros locaux Arcade Fire, mais aussi quelques artistes qui se sont fait connaître sur Tik Tok comme Tai Verdes, Pink Pantheress, 100 gecs, Crawlers et ainsi de suite.

Cela semble être une nouvelle tendance pour les festivals : programmer des artistes qui deviennent « viraux » sur Tik Tok pour une chanson qui est partagée des millions de fois, puis obtenir une place dans un festival international. Donc, il est difficile de reprocher à Osheaga d’avoir suivi la tendance, quant aux groupes mentionnés ci-dessus.

Parfois, ces nouveaux musiciens peuvent vous surprendre, comme ceux de Crawlers qui ont offert une prestation intéressante. Et parfois, le manque d’expérience sur scène peut se retourner contre soi, comme chez PinkPantheress qui a dû terminer tôt en raison de difficultés techniques et d’un manque de voix. Elle était assez timide et devra améliorer sa présence scénique.Quoi qu’il en soit, la fin de semaine a été agréable, compte tenu de la combinaison de bonne musique et de temps qui, heureusement, n’était pas étouffant. Sans plus tarder, voici mes observations quotidiennes d’Osheaga 2022 pour PAN M 360.


Première journée 

La journée a commencé par un bref retour au shoegaze des années 90 mâtiné d’americana et de coldwave, gracieuseté de King Hannah, un duo de Liverpool. Je n’ai assisté que brièvement à leur prestation à la Scène des arbres Sirius XM, car je devais ensuite me frayer un chemin jusqu’à Charli XCX sur la scène principale. King Hannah a rendu sublimement les pièces de l’album I’m Not Sorry, I Was Just Being Me, paru en 2021. Il y a une magie particulière à ce duo, soutenu par un batteur, et sa chimie sur scène était assez hypnotique.

Je suis arrivé en retard à Charli XCX afin d’aller voir Parcels, un groupe indie-pop australien, sur la scène Verte. C’était bien, mais j’ai l’impression d’avoir entendu beaucoup de groupes offrant la même ambiance indie-disco et le même style. Et la foule attendait manifestement Turnstile, sur la scène adjacente. 

Charli XCX était déjà en ébullition sur la scène principale, légèrement vêtue d’une brassière rouge et d’un pantalon de yoga moulant, chantant et dansant sur les chansons de son hyper-pop Crash. Je ne suis pas un grand fan de musique pop, du moins pas de cette génération, mais Charli XCX est une pro. Elle sait comment faire remuer la foule et faire durer le plaisir, elle a ensorcelé l’auditoire pendant une heure. Je suis parti tôt pour aller voir Turnstile, une autre sensation, cette fois dans le domaine du punk-hardcore.   

Turnstile jouait soudé et avait une bonne énergie, mais je m’attendais à ce qu’ils soient plus lourds et plus hardcore, d’autant plus que le guitariste se servait d’une guitare Jackson et avait l’air de faire partie d’un groupe de speed-metal. C’est peut-être le chant de type Jane’s Addiction qui m’a rebuté, mais il était bon de voir un véritable mosh-pit se former. Et Turnstile avait beaucoup de fans sur place, car une grande partie de la foule connaissait leurs paroles. Pourtant, pour moi, cela semblait plus à du pop-punk alt-rock qu’à du punk-hardcore.

Le groupe suivant était Yeah Yeah Yeahs, qui s’est franchement déchaîné sur la scène principale. Ce sont des habitués des festivals et ils savent comment doser l’apparat, le dance-punk et la pop pour faire bouger la foule. La chanteuse Karen O est arrivée affublée d’un casque de motard à pointes et vêtue d’une combinaison colorée qui ressemblait à une peinture de Jackson Pollock. Des serpentins colorés et frangés étaient également attachés à ses épaules et à son micro.

L’excitation suscitée par sa tenue était difficile à contrôler. Le reste du groupe avait l’air trop mollo et a laissé Karen O mener chaque chanson. Ils ont joué beaucoup de vieux morceaux, y compris les tubes, notamment Heads Will Roll à la fin. Il allait être difficile de faire mieux. Mais le groupe suivant était nos légendes locales, Arcade Fire, qui ont tout juste fait paraître l’album We.

Yeah Yeah Yeahs / Pat Beaudry & OSHEAGA

Arcade Fire a joué près de 20 chansons pendant un concert de deux heures et j’ai été surpris d’entendre quelques chansons de Funeral, mon album préféré. C’est fou de voir à quel point ce groupe est devenu important. Ils avaient l’habitude de jouer dans des clubs minuscules et maintenant ils tournent avec une boule disco géante qui surplombe la scène principale, déployant des éclairages psychédéliques à la Pink Floyd.

À un moment donné, pendant Sprawl II (Mountains Beyond Mountains), qui m’a toujours semblé être une reprise de Blondie, la chanteuse et claviériste Régine Chassagne avait des lumières qui se reflétaient sur sa boucle de ceinture brillante. Je suppose que l’on peut s’attendre à cela de la part d’un groupe dont un des albums s’appelle Reflektor. Je dois dire que lorsqu’ils ont joué les vieilles chansons, elles semblaient aussi présentes et actuelles que lorsqu’elles sont sorties. Bien qu’Arcade Fire soit un groupe s’appuyant sur la nostalgie d’une époque plus simple, ce sont des musiciens fantastiques, alors bravo à Osheaga de les avoir mis en tête d’affiche après l’annulation des Foo Fighters.

Arcade Fire / Pat Beaudry / OSHEAGA

Deuxième journée

Le deuxième jour d’Osheaga semblait plus axé sur le hip-hop avec Freddie Gibbs, Skiifall et Slowthai. Ce dernier a offensé – par inadvertance – certaines personnes, qui ont interprété au premier degré son t-shirt Destroy avec swastika (plus d’info là-dessus plus loin). Également au programme : Burna Boy et Future, qui ont remplacé ASAP Rocky, qui devait apparemment remplacer Kendrick Lamar.

Shemar Mckie, qui se fait appeler Skiifall, est un artiste montréalais originaire de Saint-Vincent (NDLR : dans les Caraïbes).  Son DJ et lui étaient excellents. Skiifall est également hilarant lorsqu’il a reproché à la foule de ne pas l’encourager durant sa nouvelle chanson Pistol Whip. « Vous êtes nuls, je vais devoir le faire tout seul », a-t-il dit en riant. À un moment donné, il a demandé à un admirateur de monter sur scène et de rapper avec lui, ce que le fan a assez bien réussi, mais Skiifall a dû mettre fin à l’exercice ensuite. « Tu me tues, mon ami », a-t-il dit en riant. Je ne sais pas pourquoi ils l’ont mis sur la scène des Arbres Sirius XM, la plus petite, parce qu’il aurait facilement pu ouvrir pour Freddie Gibbs; mais bon, je ne suis pas un programmateur de festival.

Un autre groupe montréalais, Men I Trust (que nous avons interviewé ici) jouait ailleurs au même moment. Son rock-pop jazz indé décontracté accompagnait parfaitement cet après-midi couvert.

Tai Verdes est ensuite monté sur scène et je n’ai pas réussi à embarquer dans son mélange de pop-rock et de hip-hop. Par moments, on aurait dit un groupe de reprises de dad-rock, ça ne collait pas. Je voulais assister à la prestation de Sophia Bel, qui est sous étiquette Bonsound, une autre artiste locale qui fait de la pop post-punk bizarre et raffinée, mais il semblait y avoir des problèmes techniques et elle a dû commencer plus tard, ce qui a sans doute réduit son concert de moitié. Elle était vêtue d’un tutu comme une mini-fée maniaque, et je suis persuadé que sa prestation a dû être géniale – je m’assurerai de me reprendre lors d’un autre concert à Montréal –, mais je devais trouver me rendre à Freddie Gibbs. Son album avec The Alchemist, Alfredo, est l’un de mes albums hip-hop préférés des cinq dernières années.

Freddie Gibbs a fait l’un des concerts que j’ai préférés à Osheaga, même si, par moments, le mixage et sa voix semblaient plus timides que d’habitude. Ses rimes rapides et la précision de son élocution sont, à mon avis, du niveau des plus grands. Il a aussi demandé à la foule de scander « Fuck the Police » à plusieurs reprises, question de mettre de l’humour et du dynamisme dans tout ça. Quand il a entamé Scottie Beam, les fumeurs d’herbe s’en sont donné à cœur joie, il y a même eu un mosh-pit.

« Merde, ces gars-là ici font un mosh-pit, j’adore ça ici! », s’est-il exclamé. « Mettons-leur un rythme plus lourd! » a-t-il ajouté, tandis que le MC a entamé Crime Pays. Freddie disposait aussi d’une unité spéciale de deux personnes, sur scène, l’air cool; on aurait dit que l’une de leurs tâches consistait à lui rouler des joints. Un vrai gangster.

30 juillet 2022 – Montréal – Freddie Gibbs au Festival de musique et d’arts Osheaga, au parc Jean-Drapeau. TIM SNOW/OSHEAGA

Après Freddie Gibb est arrivé Slowthai, un rappeur britannique en colère qui aime la controverse et s’est fait connaître par ses textes politiques dans Nothing Great About Britain, à l’époque du Brexit. Sa musique est abrasive et bruyante, mettant à profit des éléments de grime et de trap. Ce n’est pas vraiment ma tasse de thé et sa violence semble bidon. Il semblait vouloir provoquer les gens. Il a également porté un t-shirt avec un swastika; les représentants d’Osheaga ont dû s’en excuser officiellement, le lendemain du concert.

« Quiconque n’est pas d’accord avec vous finira dans une housse à cadavre », a crié Slowthai au micro en enlevant sa chemise pour révéler ses tatouages. Sans doute que Slowthai est un gentil jeune britannique, dans la vraie vie. Mais qu’en sais-je? Il a également demandé à une spectatrice de monter sur scène pour rapper Inglorious avec lui, et elle s’en est bien sortie. Je ne peux imaginer ce que l’on peut ressentir, lors d’un moment comme ça.

J’avais très hâte de voir Khruangbin, un trio de rock psychédélique qui m’a servi de musique de fond pour écrire, depuis que je les ai découverts lors du premier confinement de 2020. Osheaga les a programmés sur la scène principale, ce qui semblait étrange étant donné qu’il s’agit d’un groupe instrumental « lysergique » et que, pour une raison quelconque, personne ne dansait. La musique était géniale, le son impeccable, mais peut-être que les gens voulaient plus de hip-hop. Moi, j’ai adoré chacun des instants de ce spectacle. Les projections visuelles sur le grand écran, montrant les membres du groupe qui se déplacent, se déphasent et se fondent, ajoutaient une touche fabuleuse au concert. Et je pourrais écouter Laura Lee à la basse et Mark Speer à la guitare pendant des heures. À un moment donné, ils ont joué un pot-pourri de reprises, certaines qui avaient du sens, comme Miserlou, et d’autres n’en avaient aucun, comme Bennie and the Jets d’Elton John.

Khruangbin / Pat Beaudry & OSHEAGA

Après Khruangbin, j’ai jeté une oreille à 100 gecs, et je ne sais toujours pas vraiment ce dont j’ai été témoin. Un gars est habillé comme un personnage de film d’’animation, une femme crie des insanités dans un micro auto-tuné. Peut-être que c’est mon âge qui me rattrape, mais je ne comprends pas l’engouement pour ce groupe célèbre sur Internet. Personnellement, je ne supporte pas l’auto-tune et 100 gecs se résume à cela, fusionnant l’hyper-pop (mais pas de la même manière que Charli XCX, qui fait ce j’appellerais, heu, de la musique) et de la production de je ne sais quoi d’autre. Je suppose que je ne suis pas assez jeune pour comprendre ou me soucier de 100 gecs, mais à mon avis, c’était épouvantable.

J’avais besoin d’un nettoyage auditif et c’est ce que m’a procuré Polo & Pan, un duo électronique français qui est passé maître dans l’art de créer de la dance-pop apaisante. Les effets visuels m’ont rappelé les festivals électroniques auxquels j’assistais il y a de nombreuses années.

J’ai vu un peu de Burna Boy et je devrai retourner le voir, puisque j’ai pris goût à sa folie. Il était accompagné d’un groupe de 15 musiciens et ressemble à un prince nigérian sur scène. Son mélange de dancehall et de reggae-rap m’a rebuté un peu au début, mais son sens du spectacle a fini par me convaincre.

Le groupe Future ne m’intéressait pas et rien ne m’a fait changer d’avis, alors j’ai opté pour Caribou, qui m’a vraiment surpris. Je m’attendais à de la musique de fond et à un DJ, mais il avait un groupe complet et m’a époustouflé avec son mélange de folktronica et de soft-dance. Mon seul reproche était la foule qui cherchait la pagaille, je suppose que j’aurais fait la même chose si j’avais été sur le même parterre EDM à consommer des drogues pendant huit heures.

Troisième jour

Je suis arrivé plus tard le troisième jour, épuisé. J’ai entendu les riffs lourds de Royal Blood alors que je faisais du vélo sur un chemin ensoleillé dans le parc Jean-Drapeau. J’avais vu la fin d’un de leurs concerts, il y a plusieurs années, lorsqu’ils ont fait la première partie de Queens of the Stone Age; ils semblent bien se porter.

J’ai vu quelques minutes de Girl in Red, qui sonne comme si Billie Eilish avait joué dans Blur, et j’aurais aimé en voir plus. Cette auteure-compositrice-interprète norvégienne n’a que 23 ans; je m’attends à de grandes choses de sa part.

Au même moment, Lucy Dacus faisait une prestation tranquille, la foule était minuscule. C’est dommage, car son précédent concert à Montréal était bondé et que le son y était mille fois meilleur. Malgré tout, elle a assuré et a fini avec la chanson indie-rock Night Shift, que même les plus âgés ont entonnée. Je vous recommande d’aller la voir la prochaine fois qu’elle viendra à Montréal. Elle est une Phoebe Bridgers plus intime, à mon avis, et on ne peut pas juger un artiste en se basant sur une prestation de festival.

Ma sérotonine était épuisée au moment où Glass Animals est passé. J’ai entendu une ou deux chansons qui étaient géniales, mais encore une fois, je n’avais plus d’énergie. J’avais besoin de trouver un remontant pour Wet Leg. Il s’est avéré que ce remontant était un peu d’herbe, quelques « Coors Banquet » et… Wet Leg elles-mêmes, qui faisait leurs débuts canadiens à Osheaga. Ce jeune groupe, qui a gagné en vitalité avec son post-punk et son rock indé à l’esprit vif sur des chansons comme Chaise Longue, a été merveilleux sur scène. Leurs plaisanteries sur scène étaient hilarantes et on pouvait voir qu’elles passaient les meilleurs moments de leur vie. Je n’ai jamais vu autant de sourires de la part d’un groupe. Un des points forts de mon Osheaga.

Wet Leg – Simon White/Osheaga

Je n’ai rien à cirer de Machine Gun Kelly. Tout ce que je sais, c’est qu’il sort avec Megan Fox et fait une sorte de pop-punk et de hip-hop. Il ressemblait à une publicité de Pepto Bismol et sa musique est tout simplement dégueulasse. Je déteste vraiment la façon dont les influenceurs font semblant de jouer de la musique sur scène. Encore une fois, c’est peut-être juste l’âge, mais je ne comprends pas.

Heureusement, je suis parti tôt pour avoir une bonne place à Idles, les Stooges post-punk de Bristol qui sonnent comme une soûlerie rock’n’roll en studio. Je m’entraîne en écoutant leur musique tout le temps et leur premier album, Brutalism, est toujours l’un de mes préférés. Ils ont lancé une salve de chansons avant de dire saluer la foule. J’en voulais plus et j’en ai eu, lorsque leur guitariste Mark Bowen a couru comme un fou en robe à fleurs pendant I’m Scum. Bravade, intensité, satire, ces gars-là ont tout compris.

« Qui est un sac à merde, ici? », a demandé le chanteur Joe Talbot. La foule a crié et le groupe a continué. À un moment donné – et je ne suis toujours pas sûr que c’était de la théâtralité –, il semblait que quelqu’un dans la foule voulait se battre avec Talbot et essayait sans cesse de le faire descendre de scène pour l’affronter.

« Tout le monde se tait. Ce gars a quelque chose d’important à dire », a lancé Talbot. « Non mon gars, je n’irai pas dans la foule parce que j’aime être sur scène », a-t-il renchéri.

Ils se sont lancés dans The Wheel, de leur plus récent album Crawler. Cette chanson sonnait si bien, avec sa structure d’accords chimériques et le lyrisme désinvolte de Talbot. Cet homme est un pacifiste en colère qui tient un micro et c’est splendide à voir. Ils ont terminé avec la chanson pro-immigration Danny Nedelko. Rien n’aurait vraiment pu égaler ma soirée.

31 juillet 2022 – Montréal – IDLES en spectacle lors du festival Osheaga au parc Jean-Drapeau TIM SNOW/OSHEAGA

Alors que je me dirigeais vers l’espace VIP pour boire jusqu’à la fin de la nuit, j’ai pu entendre quelques chansons de Dua Lipa, la Madonna de la présente génération, je suppose? Elle avait plus de dix danseurs de soutien et sa pop-disco était très agréable. Elle a également une voix formidable et n’utilise que quelques astuces vocales ici et là. Quand j’écoute la musique pop moderne, il est difficile de savoir ce qui est authentique. Dua Lipa est une véritable mégastar.

Et avec ça, ma première édition Osheaga a pris fin. Qui sait ce qui nous attend l’an prochain.

Photos reproduites avec l’aimable autorisation du festival Osheaga.

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