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PAN M 360 PRÉSENTE SON TOP 100 DE 2021! (DEUXIÈME PARTIE, DE MARS À JUIN)

par Rédaction PAN M 360

Le dévoilement des 100 meilleurs albums de 2021 selon PAN M 360, en cinq tranches et autant de jours, se poursuit avec d’époustouflantes œuvres parues de mars à juin.

L’équipe de Pan M 360

Feu! Chatterton
Palais d’argile
Caroline

Arthur Teboul (parolier et chanteur) et ses collègues Raphaël de Pressigny (batteur), Antoine Wilson (bassiste), Clément Doumic et Sébastien Wolf (guitaristes et claviéristes) disposaient de tout un lot de chansons à l’état de maquettes, lorsqu’a commencé le confinement. Restait à choisir celles qui figureraient sur Palais d’argile, puis trouver un réalisateur. Feu! Chatterton a choisi Arnaud Rebotini et le résultat est plus que probant : Palais d’argile est encore meilleur, à tous égards, que ce qu’a produit Feu! avant. Entre les pièces en appui-livres Un monde nouveau et Monde nouveau défilent douze autres titres tout aussi stimulants les uns que les autres. (Luc Marchessault)

Institut
L’effet waouh des zones côtières
Rouge Déclic

L’effet waouh des zones côtières est le troisième album du trio Institut, après Spécialiste mondial du retour d’affection (2016) et Ils étaient tombés amoureux instantanément (2011). Arnaud Dumatin, directeur d’Institut, a presque tout écrit et composé. Comme parolier, il se pose généralement en observateur désabusé. Il nous balade dans le champ littéraire de Michel Houellebecq, là où l’air ambiant exhale des effluves de fin de civilisation. Nina Savary élève la proposition de sa voix exquise. Le musicophile sera réconforté par L’effet waouh des zones côtières car la poésie, même lucide et blasée, demeure porteuse d’espérance. (Luc Marchessault)


Danny Driver
Ligeti : 18 études

Hyperion

Le syncrétisme des meilleures pratiques musicales du 20e siècle. C’est un peu ce que sont les Études de Ligeti, un monument du piano savant moderne, à la fois ludique, exigeant et stimulant. Danny Driver s’est approprié ces grandioses miniatures avec force et personnalité. (Frédéric Cardin)

BAAB
Rédactions tranquilles
MFC Records

Pour son premier album, le duo montréalais BAAB s’est intelligemment et créativement approprié les codes de la lo-fi house, du jazz et de la pop, allant parfois même jusqu’à flirter avec l’expérimental. La voix éthérée de Mariève Harel-Michon, alias Bayta, s’entrelace avec fluidité et douceur aux compositions accrocheuses de Charles-David Dubé. C’est prenant, touchant et ça met du baume sur l’âme. Avec Rédactions tranquilles, c’est un vent de fraîcheur qui souffle sur la scène locale. Assurément à suivre. (Elsa Fortant)


Gojira
Fortitude
Roadrunner Records

Une chose est certaine: le quatuor français Gojira a une moyenne élevée en matière de qualité d’album. Sur sept parutions, y compris Fortitude, il n’y a que de The Link (2003) qu’on est incapable de réécouter. En 25 ans de carrière, Gojira a presque toujours réussi l’exploit de se réinventer dans son propre univers, composé de chansons multidimensionnelles et envoûtantes. Il y a encore matière à réflexion dans les textes de Gojira. Puis, des mélodies enveloppantes et puissantes nous rappellent que le groupe n’a pas perdu toute sa force de frappe, même si les harmonies prennent plus de place qu’avant. (Christine Fortier)

Dry Cleaning
New Long Leg
4AD

Si Dry Cleaning emprunte à un tas de groupes issus de la scène art-punk, post-punk ou alternative, de Siouxsie and the Banshees à The Fall en passant même par Marianne Faithfull ou tous ceux, plus contemporains, ayant adopté le style déclamatoire plutôt que le chant (Sleaford Mods, Yard Act, Protomartyr, Gudrun Gut et tant d’autres), on doit admettre que le groupe de Londres a su s’imposer grâce à la voix froide et détachée de sa chanteuse Florence Shaw. D’un ton monocorde, elle livre sans émotion des paroles frisant l’absurde dans lesquelles cohabitent observations du quotidien et clins d’œil ironiques. La dichotomie entre la voix et la musique est encore plus flagrante en concert, alors que la dame demeure impassible tandis que tout le reste du groupe s’énerve sur ses instruments. Bien que la formule a ses limites (quoique les Sleaford Mods en sont à leur 11e album…), l’approche inusitée de Dry Cleaning intrigue et risque de charmer pour encore un petit moment. (Patrick Baillargeon)


Cadence Weapon
Parallel World
eOne Music

Cadence Weapon a fait du millage sur la route du Prix Polaris, qu’il a remporté en 2021 après y avoir été sélectionné sur la liste courte dès 2006. Le rappeur mérite pleinement le fameux prix, car il a mis au point un rap électronique parfaitement distinct des tendances hip-hop à la mode en Amérique du Nord (trap, drill, etc.) et des variantes du grime britannique, tout en puisant de chaque côté de l’Atlantique pour ainsi mettre au point un langage unique. Excellent chroniqueur de la mouvance sociale, ceci incluant le racisme systémique et les possibles dérives autoritaires dans un environnement numérique, Cadence Weapon est sans conteste un artiste hors du commun. (Alain Brunet)

Laurence Anne
Musivision
Bonsound

Dream-pop, art-rock, funk cosmique, synthwave… ces étiquettes réunies ne peuvent décrire avec exactitude cet opus de Laurence Anne, distinct de toutes les mouvances de la scène indie en Amérique francophone, ce qui lui a valu le statut d’« artiste de l’année » au GAMIQ. Ainsi, sa voix laineuse et haut perchée survole des arrangements singuliers et une étonnante diversité compositionnelle. Un tantinet sibyllin, cet album se veut un « recueil de lettres de correspondance destinées à un ancien amant secret », ainsi que la « trame sonore qui résonne entre les murs d’un manoir mystérieux ». Alors… on ne pénètre pas dans ce manoir pour ses propriétés poétiques, mais bien pour les riches vibrations sonores qui y résonnent. (Alain Brunet)


Birmani
Birmani
Cuchabata

Après trois microalbums portant le sceau Birmani et lancés entre l’automne 2018 et le printemps 2019, voici un recueil qu’on pourrait qualifier de complet puisqu’il totalise 33 minutes et quelques secondes de musique. On y entend des rythmes syncopés, des riffs qui fendent l’espace auditif, un blues lourdement lesté de psychédélisme, des évocations de Soundgarden, Queens of the Stone Age ou Mastodon. Outre l’apport textuel de l’auteure Gabrielle Delamer sur trois chansons, Simon Doucet-Carrière, Antoine Lévesque-Roy et Mathieu Racine ont tout fait eux-mêmes. Cet album homonyme gonflera de bonheur le cœur de tous les musicophiles friands de sonorités stoner, métal et sludge. (Luc Marchessault)

Konstantia Gourzi
Anajikon

ECM

On se promène dans l’écoute d’Anajikon comme dans un rêve brumeux, mélodies poignantes ici, quelques dissonances légèrement épicées ailleurs, nous accompagnant comme un guide bienveillant. On a vite l’impression de plonger dans une trame sonore d’un film de Theo Angelopoulos. C’est vrai que la plume de Gourzi a quelque chose d’aussi évocateur que la musique d’Eleni Karaindrou, et nous invite presque parfois à attendre l’entrée de la voix magique d’Angélique Ionnatos. Nils Mönkemeyer (alto), William Youn (piano), l’orchestre de l’Académie de Lucerne et le Miguet Quartett sont tous excellents. À ne manquer sous aucun prétexte. (Frédéric Cardin)


Charles Richard-Hamelin
Chopin : 24 préludes; Andante Spianato et Grande polonaise brillante

Analekta

CRH est résolument romantique, incitant à souhait toute la viscéralité des partitions à s’épanouir totalement. Chopin est une extension de l’âme musicale du jeune homme, qui continue de gagner en maturité d’année en année. Cet album démontre la puissance évocatrice que CRH construit avec brio, dans chacune des 24 perles miniatures de l’op. 28 signées de la main du grand Frédéric. (Frédéric Cardin)

Deine Lakaien
Dual
Prophecy Productions

Ce groupe emblématique de la scène culturelle allemande nous offre un dixième album fort original : dix nouvelles pistes, composées sous l’inspiration de pièces d’autres artistes, précèdent les reprises par le groupe de ces pièces inspiratrices. Elles proviennent d’horizons musicaux éclectiques, de Can (Spoon) à Cat Stevens (Lady D’Arbanville) en passant par Brel (La chanson des vieux amants) et même Linkin Park (My December), chansons auxquelles le groupe a le génie d’offrir autant d’écrins faits sur mesure. Aux éminents talents de compositeur du pianiste Ernst Horn s’ajoute la voix d’Alexander Veljanov, d’une douceur et d’une générosité sans faille. (Geneviève Gendreau)


Squid
Bright Green Field

Warp

Nous pourrions passer des heures à décortiquer les multiples facettes de Bright Green Field. Nous pourrions nous attarder aux textes qui dénoncent l’industrie pharmaceutique, qui ironisent sur les victimes de la mode à l’ère numérique, qui ridiculisent les appareils d’aérobie dans les gymnases. Nous pourrions nous attarder aux talents musicaux et académiques des artistes de Squid, qui s’inspirent des autodidactes des générations précédentes. Nous pourrions discuter du mélange astucieux de genres et d’improvisations qui font toute la couleur de ce vaste champ musical. Par souci de brièveté, on peut dire que c’est très très bon. (Louis Garneau-Pilon)

Yautja
The Lurch

Relapse

Vous aimez les groupes capables de vous surprendre avec des changements de rythmes intrépides? Alors écoutez Yautja. Le trio de Nashville est composé du bassiste-chanteur Kayhan Vaziri (Coliseum, Die Young), du batteur-chanteur Tyler Coburn (Thou, Gnarhwal, Mutilation Rites) et du guitariste-chanteur Shibby Poole (Thirdface), ce qui donne également un bon indicatif de la qualité de The Lurch. À l’écoute, on songe d’abord à Converge, Baptists et Pig Destroyer, mais des passages évoquent aussi le mathcore de The Dillinger Escape Plan, la fureur de Napalm Death et la profondeur de Gorguts. On ne peut que vous recommander fortement The Lurch, de Yautja. (Christine Fortier)


Teke::Teke
Shirushi
Kill Rock Stars/Ray-On

Monstre à sept têtes, Teke::Teke est une drôle de bête. Conçu à la base comme un hommage improbable au légendaire guitariste japonais Takeshi Terauchi, la bande a élargi son champ d’action, fusionnant pratiquement tout sur son passage, incorporant à sa mixture plusieurs instruments traditionnels ou exotiques à ceux qui le sont un peu moins, créant ainsi son propre univers musical. La musique schizophrène du collectif montréalais est tout sauf banale et Shirushi, premier album complet du septuor, l’illustre parfaitement en dix temps. Du surf-rock nippon à des envolées épiques à la Sergio Leone ou à la Badalamenti, en passant par des charges punk-prog baignées d’essences lysergiques et d’autres morceaux mystiques se rapprochant de l’enka nippon, l’ensemble est mené brillamment par la théâtrale chanteuse Maya Kuroki. S’exprimant uniquement en japonais, Kuroki captive, sublimant magistralement la musique de la troupe, lui donnant un aura de mystère ou de folie. (Patrick Baillargeon)

Robert Robert
Silicone Villeray
Chivi Chivi

Silicone Villeray se trouve au nord du Colorado Plateau et à l’ouest de Rosemount, Minnesota. C’est là que vit Arthur Gaumont-Marchand, alias Robert Robert. Sur Silicone Villeray, il délaisse quelque peu les variantes électro et house de la musique de club pour se concentrer sur des sous-genres pop. Robert s’est mis à l’écriture de textes, avec un coup de main d’Hubert Lenoir et de Benoît Parent. Le résultat s’avère probant : réflexions, introspections et observations simples mais fort bien tournées. Robert Robert atteint, sur Silicone Villeray, le délicat équilibre prosodique aussi cher aux créateurs de pop que l’était l’Arche d’alliance à Indiana Jones. (Luc Marchessault)


Night Beats
Outlaw R&B
Fuzz Club

Night Beats est le véhicule de l’auteur-compositeur-interprète Danny Lee Blackwell, seul membre permanent de cette formation basée dans l’État de Washington. On suit l’évolution de sa palette musicale depuis 2011. Sans provoquer de coup de foudre comme la cultissime chanson Puppet on a String, l’album Outlaw R&B amène le son de Night Beats vers des horizons où les perspectives se déforment, à travers l’écran de chaleur. On sort un peu du garage, mais on ne s’en éloigne pas trop non plus. Juste assez pour prendre un peu de soleil. (Patrice Caron)

Mustafa
When Smoke Rises

Regent Park Songs

Pendant que les jeunes de sa génération préféraient le hip-hop, Mustafa écoutait Nick Drake, Joni Mitchell et Richie Havens. Il estimait que le folk lui permettait d’explorer un langage poétique plus intime, plus sentimental. L’album When Smoke Rises explore le sentiment ressenti après une tragédie :  son titre et ses pièces font référence à la mort de son ami et rappeur Smoke Dawg, victime d’une fusillade en 2018. Ces huit chansons folk-pop constituent une introspection des étapes du deuil. The Hearse porte sur l’envie de venger la mort de son ami, mais se décline finalement comme une chanson d’amour, plutôt qu’une chanson violente. (Jade Baril)


Yoo Doo Right
Don’t Think You Can Escape Your Purpose
Mothland

Le post-rock fleurit à Montréal depuis l’époque où Godspeed! You Black Emperor et Fly Pan Am en ont jeté les bases. Or, Yoo Doo Right en opère tranquillement la refonte. Le son de Yoo Doo Right peut faire s’évaporer des larmes et trembler les rues d’une ville: de véritables galaxies sonores prennent forme puis implosent, en l’espace de six minutes. L’album Don’t Think You Can Escape Your Purpose, paru en 2021, constitue un chef-d’œuvre auditif. (Stephan Boissonneault)

Jesse Royal
Royal
Easy Star

Pour son album Royal paru en juin dernier, Jesse Royal s’est entouré d’une demi-douzaine de réalisateurs – Sean Alaric (Koffee), Natural High et Wayne Thompson, entre autres – pour onze titres de styles variés, mettant tous de l’avant sa prose rastafarienne. Le disque commence et se termine avec des paraboles, la sagesse rasta coule librement sur une variété de rythmiques empruntant au hip-hop, au jazz, au blues, à l’afrobeat et, évidemment, au dancehall. En à peine quelques années, Royal s’est développé une réputation enviable qui attire des collaborateurs bien en vue comme Kumar, Runkus, Stonebwoy, Protojé et Vybz Kartel. (Richard Lafrance)

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