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Good Booty et la musique post-pandémie

par Isabelle Marceau

Dans son essai Good Booty : corps et âmes, noirs et blancs, amour et sexe dans la musique américaine, Ann Powers observe et analyse la trajectoire des musiques populaires états-uniennes sous l’angle de la sexualité.

La musique est un moyen d’expression qui révèle les désirs et inhibitions de ses créateurs avec, comme toile de fond, celles d’une époque. Reclus que nous sommes depuis près d’un an, quels styles musicaux prendront forme et seront représentatifs de la période pandémique et – on se croise les doigts – post-pandémique ?

Pour en mesurer l’influence, nous aurons besoin de temps et de recul. Mais nous pouvons commencer à y songer en lisant le livre d’Ann Powers Good Booty : corps et âmes, noirs et blancs, amour et sexe dans la musique américaine. Son livre explore la naissance et l’évolution de la musique populaire aux États-Unis sous un angle qui nous interpelle tous : la sexualité. 

Selon Powers, un sentiment d’urgence de communier avec la musique s’est développé tandis qu’elle adoptait des formes de plus en plus libératrices pour notre corps et notre esprit. Elle est devenue associée à nos fantasmes de satisfaction sexuelle et à l’épanouissement de notre âme, laissant véhiculer le désir à travers son rythme, ses paroles, par la danse et les performances scéniques, disséminant au passage des leçons d’érotisme. 

Dans son livre, Powers expose ces leçons informelles dont elle remarque la présence dès le XIXe siècle dans les divers styles musicaux présents aux États-Unis, et qui ont éventuellement mené à la naissance du rock & roll.  « La vraie raison pour laquelle la musique populaire américaine nous parle majoritairement de sexe, écrit-elle, est qu’en tant que nation nous ne reconnaissons pleinement et ouvertement le pouvoir de la sexualité qu’à travers la musique ».

C’est sous cette prémisse qu’elle retrace comment la leçon d’érotisme s’est dévoilée, de la musique et des danses au Congo Square à La Nouvelle-Orléans jusqu’aux multiples déclinaisons de la musique populaire diffusées sur nos présentes plateformes. 

Mais les contraintes à l’expression du désir par l’entremise de la musique sont nombreuses. Selon Powers « Retranscrire l’intime, ou laisser de la place au plaisir, devient de plus en plus difficile en ces temps où l’évocation du corps demande de considérer les multiples façons dont il peut être affaibli voire détruit, au lieu d’être utilisé comme un vecteur de bien-être ». 

Tiré de son livre est un exemple qui fait écho à ce que nous vivons présentement : le virus du SIDA, apparu dans les années 80, après la révolution sexuelle des années 60 et son paroxysme musical dans les années 70. La crainte de ce virus initialement mortel explique-t-elle en partie les styles musicaux prédominants des années 90 et les façons uniques dont le pouvoir érotique fut exprimée par les musiciens de l’époque, soit par de nouveaux « sons », paroles et danses, codes vestimentaires et prestations ? C’est le type d’exercice fascinant que l’on fera pendant la lecture de chacun des chapitres, ainsi qu’en réécoutant les groupes et pièces qui nous ont fait chavirer. 

La musique populaire a l’aigre-douce saveur des contraintes et risques érotiques de l’époque où elle prend place.
De l’érotisme exprimé consciemment ou non naît une diversité de styles musicaux aux tensions sombres et lumineuses, ce qu’explore Powers avec passion. 

Après la lecture de Good Booty et tandis que nous découvrirons la musique créée pendant et après la pandémie, nous l’écouterons autrement. Les artistes nous proposeront de la musique aux limites repoussées, inspirée probablement en partie des angoisses, de l’isolement et de l’inconnu, mais aussi inspirée de l’espoir, de l’imaginaire, et du désir qui lui, ne disparaît pas. C’est elle qui nous indiquera où nous en sommes quant à l’expression de notre vitalité individuelle et collective.    

Autrice : Ann Powers

Good Booty : corps et âmes, noirs et blancs, amour et sexe dans la musique américaine

2019 (édition française)

Éditeur : Le Castor Astral pour l’édition française

Pays : États-Unis

Nombre de pages : 416 p.

Genres et styles : Histoire de la musique populaire, culture pop, féminisme, sociologie

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