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MFC Records : techno activiste

par Elsa Fortant

Tout est politique, la techno n’y fait pas exception. Cette vision est mise de l’avant par les technoheads engagées du label MFC Records, qui lancent la compilation Stranger In Their Own World.

Avec cette compilation caritative, le jeune label montréalais s’inscrit dans la lignée d’une techno politique, vecteur de progrès social. Tous les bénéfices de cette première sortie sont reversés à la NAACP, soit la National Association for the Advancement of Colored People. Cette compilation implique la participation d’artistes émergents locaux, Aahan, Alexa Borzyk, ottoman.grüw, ainsi qu’Inside Blur et KORVN, deux artistes avec lesquels nous nous sommes entretenus.

PANM 360 : Comment êtes-vous entrés en contact avec la techno ?

KORVN : “ Grâce à ma première relation amoureuse qui m’a initié au monde de la teuf. Elle m’a emmené dans des soirées plus rave, j’avais 17 ans. Elle m’a fait découvrir ça, aller dans des raves, écouter de la hardcore, etc. Puis la house, et je suis revenu à la techno.”

Inside Blur : “C’est à peu près la même chose, c’était mon premier copain, j’avais 16 ans, il m’a fait découvrir pas mal de trucs : Justice, Daft Punk, SebastiAn, Crystal Castles…  J’ai commencé avec la scène électro et j’ai naturellement migré vers la techno. J’ai découvert les teufs de campagne dans le Sud-Ouest, j’avais des potes qui mixaient et c’est comme ça que j’ai connu le milieu.”

PANM 360 : Y-a-t-il un événement marquant qui vous a permis de saisir les liens entre techno et luttes sociales ? 

Inside Blur :  “ Le premier événement qui m’a fait me rendre compte que la techno pouvait aussi être activiste c’était la Fée Croquée à Paris, qui se définit comme une « organisation d’événements culturels comprenant des stands de sensibilisation à l’aide alimentaire à destination de familles et personnes dans le besoin. » Une partie des fonds recueillis par les ventes de billets est également déversée à certaines causes : aide aux enfants démunis et aux sans-abris par exemple.”

KORVN : “L’une des premières fois où j’en ai pris conscience c’était lors du mouvement en Georgie avec les manifestations en 2018 devant le parlement, pour défendre la jeunesse, et où la techno était vraiment mise de l’avant, au service du mouvement de contestation et du message qu’ils voulaient faire passer.”

PANM360 : Quels artistes rattachez-vous à ce courant de techno politique et sociale ? 

Inside Blur : “Dans la scène house plus underground, je pense à DJ Stingray, qui se battait beaucoup pour le mouvement noir. Tout le mouvement Underground Resistance qui a fait beaucoup pour la scène de Détroit et donné une voix aux artistes noirs qui manquaient de reconnaissance. Maintenant ce sont les piliers.”

KORVN : “Comme Mylène l’a mentionné, il y a tout le mouvement UR qui est marquant dans l’histoire de la techno politisée et activiste. Sinon, toujours au départ quand je m’initiais à cette culture musicale, j’ai été frappé par l’engagement de Laurent Garnier. Toujours aujourd’hui, il n’hésite pas à s’exprimer sur des sujets comme la montée de l’extrême droite il y a quelques années! J’aime bien sa vision car il se sert de sa reconnaissance en tant qu’artiste pour s’exprimer sur des sujets importants, sans forcément en faire son image de marque. Sinon, plus récemment, j’ai été marqué par la reprise du morceau Silence Is Opression de ØTTA dans les manifestations polonaises courant octobre 2020. Ça m’a montré une fois de plus que la techno pouvait bel et bien être vecteur de messages forts et servir d’hymne pour défendre des idées.”

PANM360 : Pouvez-vous élaborer sur le discours de vos morceaux respectifs, Brain to Body et Street Strangers ?

Inside Blur : “ Quand Camille m’a proposé le thème Strangers In Their Own World, j’ai tout de suite pensé aux violences policières. On est en plein dedans, surtout en France. Je me suis dit que ça collerait bien au projet, j’ai des amis à Toulouse juste parce qu’ils marchaient à côté de manifestants, se sont fait charger par des CRS. Ça fait réfléchir à l’usage de la force. Même au Canada, il y a beaucoup de racisme systémique, du délit de faciès; que tu sois autochtone, ou que tu aies une couleur de peau différente, on va aller te voir en premier. Et ça m’a touchée. Je suis favorable au mouvement de définancement de la police.”

KORVN : “ Ça m’a tout de suite inspiré le thème des personnes en situation d’itinérance, ce sentiment d’être présent dans la société et pourtant ignoré. J’essaye de composer le morceau plus cinématographiquement, avec une intro pour se mettre dans la peau d’une personne en situation d’itinérance, avec beaucoup de mouvements, de personnes. Il est là, il est le centre de la situation mais personne ne le regarde, c’est comme s’il était seul au monde.”

PAN 360 : Strangers In Their Own world sera la quatrième compilation techno sortie en moins d’un an à Montréal… Comment percevez-vous cette tendance ?

Inside Blur : “ Montréal manque de collaborations et de compilations, c’est vraiment cool si on sent que les initiatives se multiplient. Je suis contente d’en faire partie, ça fait toujours plaisir de participer à l’essor de la scène techno montréalaise !”
KORVN : “ Ces quatre ou cinq dernières années, la scène techno était en effervescence, avec beaucoup de collectifs, de petits événements. J’avais peur que la COVID mette un frein à tout ça et au contraire, les acteurs qui allaient dans cette direction-là créent des labels et développent des projets. Ce n’est pas près de s’arrêter.”

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