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La SAT au Forum IRCAM: révolution de l’immersion sonore

par Alain Brunet

Pour sa 7e présentation par la Société des arts technologiques (SAT) le Symposium iX se consacre au son et à Immersion, en partenariat avec le Forum Ircam et l’Université McGill.

Voilà l’occasion d’explorer les technologies audio immersives mises au point par les chercheurs du Métalab, soit le secteur recherche & développement de la SAT. Consacré au vaste concept de l’immersion et audiovisuelle, des conditions et des lieux où elle peut s’y déployer (dômes, réalité virtuelle, réalité augmentée, réalités mixtes) , le Symposium iX  invite le public à faire l’expérience d’une nouvelle forme de conférences dans un espace virtuel en 3D : le Hub SATELLITE, soit la plateforme web immersive développée par la SAT en collaboration avec Mozilla Hubs.  Présentation de contenus et interaction sont à l’ordre du jour de ce 7e Symposium iX.

Au programme notamment : une simulation acoustique dans une reconstitution virtuelle d’un quartier de Paris au 18ème siècle et un prototype de navigation sonore au coeur de l’Orchestre symphonique de Montréal. Les présentations seront suivies d’expérimentations et discussions avec le public. En deuxième portion de la journée, trois œuvres et projets sélectionnés et présentées en mode expérimentation déambulatoire dans l’espace virtuel.
 

« De Paris, l’IRCAM  (l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique), a invité la SAT  pour une journée complète de présentations. Plus précisément, l’IRCAM réunit annuellement sa communauté pour faire le point sur les avancées de leurs logiciels, de leurs métodes de composition etc. Il existe dans ce contexte un forum IRCAM hors les murs; on y choisit une ville autre que Paris et cette année la ville de Montréal qui a été sélectionnée pour faire différentes présentations, dont celle notamment de Robert Hasegawa, prof de composition à McGill » explique Nicolas Bouillot, un des chercheurs du Métalab de la SAT, qui fait ici équipe avec Emmanuel Durand (son partenaire de recherche), les compositeurs Michal Seta, Zack Settel, Émile Ouellet-Delorme.

« Nous proposons une journée complète sur nos travaux consistant à explorer la spatialisation du son mais pas dans le sens traditionnel. Habituellement la spatialisation consiste en un système de haut-parleurs  ou un casque d’écoute qui fournissent l’information de localisation des sons. Alors que nous nous intéressons à localiser des sons en fonction de la géométrie des lieux dans lesquels les sons sont diffusés, en tenant compte par exemple de la situation des murs, des matériaux (vitre, moquette, etc.) , de la réverbération, des illusions possibles, etc.  On veut donc explorer la spatialisation en temps réel pour les arts de la scène, dans le contexte de performances. »

Parmi les exemples proposés par le Métalab , il y a ce projet en partenariat avec avec  Mylène Pardoen, chercheure du CNRS qui a fait une maquette de Paris au 18e siècle et a tenté d’en reproduire les sons ambiants. De l’archéologie sonore, en quelque sorte.

« Elle positionne les son dans l’espace, soit dans l’architecture des lieux. On peut ainsi entendre le Paris de cette époque-là. Pour y parvenir, il fallait résoudre problèmes de spatialisation traditionnelle,  en tenant compte de la nature des lieux, des matériaux des bâtiments, etc. »

Un autre terrain de recherche implique l’Orchestre symphonique de Montréal, l’expérience ayant été menée plusieurs mois avant la pandémie, soit lorsque Maestro Kent Nagano était le directeur musical. Le compositeur et chercheur du Métalab Zach Settel avait été associé de près à cette expérience de spatialisation.

« Nous avions enregistré les sons au coeur de l’orchestre. Nous pouvions isoler les instruments, les sections et aussi les sons de la salle, soit récolter un maximum d’informations afin de pouvoir recréer quelque chose de différent », rappelle Nicolas Bouillot.

Or, l’une des tâches fondamentales du  chef d’orchestre est celle spatialiser le son avec chacune des sections et donc en en contrôlant le volume. Avec cette nouvelle technologie mise au point par le Métalab, le rendu de l’oeuvre peut être radicalement transformé… et fort probablement différent des consignes d’intensité sonore prescrites par la partition du compositeur et , par voie de conséquence, du chef d’orchestre. 

Qu’en dit notre interviewé?

« Kent Nagano avait refusé  de mettre un casque pour réaliser sa position dans l’espace avec notre concept de spatialisation. Il arguait que depuis des centaines d’années, on disposait l’orchestre sur la scène avec, par exemple, les instruments les plus forts au fond, afin d’équilibrer le point d’écoute. Or, même avec cette approche  traditionnelle, le son n’est pas diffusé uniformément dans la salle. Du point de vue de la personne qui vit l’exécution, il y a des positions qui sont optimisées. L’ingénieur du son Carl Talbot nous disait alors que la meilleure position de la Maison symphonique se trouvait au milieu de la cinquième rangée du  premier balcon. Or, si tu es collé sur l’orchestre dans les premières rangées du parterre, le son est très différent. »

Deux logiciels de spatialisation du son ont été développés par le Métalab.  

« Le premier permet de spatialiser le son des orchestres, il permet de faire de la localisaton de son en temps réel et d’offrir un rendu binaural différent pour un casque d’écoute – le rendu binaural est une technique permettant restitution sonore de la prise de son dans le casque.  Le deuxième logiciel fait la même chose en localisation des sons, mais évalue aussi la géométrie de l’espace et la propriété des matériaux de l’espace dans lequel les sons sont émis. Il nous permet de comprendre la réverbération des lieux et de mieux localiser les sons en temps réel.  On travaille donc aussi sans casque d’écoute, mais bien en socio-immersif, par exemple dans le dôme de la Satosphère où il n’existe pas de sweet spot, soit un espace optimal pour percevoir les sons. »

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