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classique / musique contemporaine

Concours de composition de l’OM : le carré d’as

par Alain Brunet

Le premier concours de composition de l’Orchestre Métropolitain consacre quatre créateurs, voici l’occasion de les découvrir sur PAN M 360, à commencer par Marie-Pierre Brasset

L’Orchestre Métropolitain a choisi quatre lauréats pour son premier Concours de composition, inspiré par l’œuvre de Beethoven : Marie-Pierre Brasset, Cristina Garcias Islas, Francis Battah et Nicholas Ryan. Lancée en mars dernier, cette compétition vise à commémorer le 250e anniversaire du fameux compositeur allemand. L’an prochain, les œuvres des lauréats seront créées par l’Orchestre Métropolitain sous la direction de Yannick Nézet-Séguin. Le présent dossier vise à vous faire découvrir ces compositeurs et leurs œuvres, interviews de PAN M 360 à l’appui.

Nous commençons par Marie-Pierre Brasset, collaboratrice régulière de PAN M 360.

L’équipe de direction de la plateforme est très fière de vous la faire connaître davantage. Née au Québec en 1981, elle besogne dans le milieu de la musique classique contemporaine depuis une quinzaine d’années. Ses œuvres ont été interprétées par des formations telles le Nouvel Ensemble Moderne (NEM), l’Ensemble Contemporain de Montréal (ECM+), le Trio Fibonacci et le Quatuor Bozzini. Comme l’indique son profil biographique, « sa musique se distingue par un foisonnement mélodique et motivique qui se développe dans des formes amples et organiques. » De plus, « l’écoute contemplative de la nature marque profondément son travail de création. »  Marie-Pierre Brasset détient un doctorat en recherche-création portant sur l’opéra contemporain et enseigne également comme chargée de cours à l’Université de Montréal. Elle a créé l’émission de radio Pulsar, consacrée aux musiques de création, diffusée encore aujourd’hui sur les ondes de CISM à Montréal. Elle rédige régulièrement des articles sur la musique pour la revue Circuit, le site Web cettevilleetrange.org et PAN M 360.

PAN M 360 : Quel a été ton parcours académique ?

MARIE-PIERRE BRASSET : Un long parcours. Bac en composition musicale à l’Université Laval, maîtrise au Conservatoire de musique de Montréal, doctorat à l’Université de Montréal, stage de recherche à Paris 8. Avant cela, j’avais fait un bac à l’UQAM en Histoire, Culture et Société. Disons que j’ai fait mon temps sur les bancs d’école !

PAN M 360 : Comment es-tu devenue musicienne ?

MARIE-PIERRE BRASSET : Difficile à dire… je fais de la musique depuis toujours.

PAN M 360 : Dans quelle tradition de composition t’inscris-tu ?

MARIE-PIERRE BRASSET : Je dirais musique classique contemporaine. 

PAN M 360 : As-tu un projet global de développement créatif qui te définit et te distingue de tes contemporains ?

MARIE-PIERRE BRASSET : Ces temps-ci, je me passionne pour la musique théâtrale et vocale. Les projets sur lesquels je travaille façonnent mon développement créatif en quelque sorte. Je peux dire aussi que ma musique est la plupart du temps strictement acoustique. Je n’emploie pas de nouvelles technologies, je ne fais pas de musique mixte, électro ou acousmatique, bien que j’admire et adore ces pratiques. Mon chemin m’a mené à travailler avec des musiciens live et débranchés !

PAN M 360 : Quelle est pour toi la différence entre un compositeur éduqué, diplômé d’études supérieures en 2020 par rapport aux compositeurs issus des générations précédentes ?

MARIE-PIERRE BRASSET : Il y a beaucoup plus d’ouverture à la différence, aux nouvelles perspectives sur la pratique du métier, à l’inclusion. Cela vient d’un grand questionnement sur les dogmes de la musique classique établis par des hommes blancs occidentaux depuis environ 400 ans. Il y a eu énormément de chemin fait en ce sens depuis une dizaine d’années et c’est une bénédiction pour les jeunes compositeurs et compositrices de la nouvelle génération.

PAN M 360 : Quels sont tes goûts musicaux en tant que mélomane ?

MARIE-PIERRE BRASSET : Je suis ouverte à tout. Vraiment – merci PAN M 360 pour toutes ces découvertes !  D’un autre côté, j’ai un grand besoin de silence, ou plutôt de prendre une pause de musique, car cela occupe 99 % de mes activités. J’écoute très souvent de la musique en me posant beaucoup trop de questions et cela devient un exercice cérébral épuisant plutôt qu’une expérience esthétique nourrissante.

PAN M 360 : Quelles sont tes principales œuvres ?

MARIE-PIERRE BRASSET : La Piñata, un opéra de chambre dont la création devait avoir lieu à Québec en septembre dernier et qui a été reportée à l’année prochaine. Une grosse œuvre d’une heure vingt avec cinq chanteurs et dix musiciens. Un beau projet porté par Erreur de type 27 et l’Ensemble Lunatik. Bien hâte de voir naître cet opéra ! Présentement, je travaille à une autre pièce d’envergure, un monodrame de 50 minutes pour baryton, quintette à vent et théâtre d’ombres, soit avec le baryton Vincent Ranallo, l’ensemble Choros et la compagnie de théâtre Ombres folles. La création est prévue en janvier 2022.

PAN M 360 : Quel est le projet de l’œuvre lauréate de l’Orchestre Métropolitain ?

MARIE-PIERRE BRASSET : Une pièce pour orchestre ! Sans blague, ce concours de composition a pour thématique la musique de Beethoven. Pour moi, l’amor fati, ce grand « oui » à la vie, est l’héritage le plus important de ce compositeur. On ne sent aucun apitoiement, aucun renoncement dans cette musique : Beethoven se tient droit et va convaincu et va au bout de ses élans. Cela donne un discours formel mené à un degré de perfection impressionnant. Il ne contient aucun flou, tout est coupé au couteau, tout est placé au bon endroit et semble arriver au bon moment.  Voilà, disons, ce qui m’inspirera pour ce projet musical. Mais je ne peux pas en dire davantage. Une pièce en cours de composition est tellement difficile à décrire…

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