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Le festival malgré tout (3e partie – Pop Montréal)

par Patrick Baillargeon

Le FME, MUTEK, Pop Montréal et autres festivals québécois vont de l’avant avec leurs programmations respectives malgré la pandémie qui sévit. PAN M 360 est allé à leur rencontre afin qu’ils nous expliquent les enjeux, contraintes et nombreux obstacles auxquels ils ont dû faire face.

Notre dossier en continu se poursuit avec le co-fondateur et directeur de la programmation de Pop Montréal, Dan Seligman. La 19e édition du festival multiplateforme débute le 23 septembre et se poursuit jusqu’au 27. Zone orange ou pas, films, ateliers, conférences et bien sûr plusieurs spectacles sont à l’affiche, en direct ou en streaming. 

PAN M 360 : Quelles ont été les contraintes auxquelles vous avez dû faire face pour cette édition de Pop Montréal ?

Dan Seligman : Environ un mois après le début de covid, nous avons rapidement réalisé que nous ne pourrions pas faire le festival comme nous le faisons habituellement. Nous avons donc annulé tous les artistes étrangers et nous attendions l’été pour savoir ce qui allait se passer, mais nous savions que si nous pouvions faire quoi que ce soit, ce serait beaucoup plus petit, plus contenu. Nous étions en quelque sorte dans un schéma d’attente parce que nous ne savions pas exactement ce que nous pouvions ou ne pouvions pas faire avec toutes les règles municipales, provinciales et tout le reste. 

Nous savions qu’il serait plus difficile de produire un événement en streaming. C’est plus cher, il y a différents soucis de production et nous aurions encore à faire face à toutes les réglementations… Donc nous savions que si nous devions faire des concerts devant public à Pop Montréal cette année, il faudrait que ce soit beaucoup plus petit pour le faire de manière sûre et efficace, évidemment avec que des artistes locaux… Donc la plupart des spectacles que nous produisons seront devant un petit public et certains d’entre eux seront uniquement en streaming, avec un petit pourcentage d’artistes qui ne sont pas de Montréal et qui seront en streaming depuis leur ville natale, mais tous sont du Canada.

Dan Seligman

La seule artiste qui vient de l’extérieur de Montréal est Lido Pimienta (Toronto), dont nous avions déjà confirmé la participation au festival avant le début de la pandémie. Elle va se produire au Rialto, mais tous les autres qui joueront devant un public seront des artistes locaux. La plupart des spectacles seront au Rialto et il y aura quelques pop-up. Nous essayons juste de faire en sorte que ce soit aussi gérable que possible pour que nous puissions faire les choses en toute sécurité. C’est l’un des premiers festivals en ces temps de Covid et nous voulons le faire bien, nous ne voulons pas faire de conneries. Nous sommes donc très prudents : tous les billets doivent être achetés à l’avance, nous allons tout contrôler, nous allons nous assurer que toute personne qui entre dans la salle devra donner ses coordonnées et les billets achetés sont non-transférables. 

PAN M 360 : Et pour les concerts à l’extérieur, ça va se passer comment ?

DS : Nous allons faire quelques petits spectacles en plein air, mais les règles actuelles en matière de plein air sont que tout doit être très circonscrit, et ils ne veulent pas que vous fassiez la promotion des événements à l’extérieur. Nous allons donc faire quelques spectacles payants à l’extérieur et nous n’allons pas annoncer le lieu. Mais nous allons faire un Rialto sur le toit avec seulement 40 billets. Et puis nous aurons 3 ou 4 lieux différents où nous donnerons des spectacles… Les règlements de la ville disent que vous pouvez faire des spectacles mais que vous devez maintenir une distance sociale et que si c’est dans un espace public quelconque, vous ne pouvez pas annoncer le lieu du tout. On nous a dit que nous ne pouvions rien faire dans un parc public, comme nous le faisons habituellement pour le Marché des possibles, parce qu’il est difficile de contrôler ces foules ; tu as vu ce qui s’est passé sur la montagne avec l’événement Occupy The Hood… Nous avons donc reçu un appel de la ville pour nous assurer que nous serions très très prudents et que nous ne laisserions pas une telle chose se produire. Nous allons donc de l’avant, mais évidemment très lentement et prudemment. Nous essayons de produire un événement et d’apporter de la musique aux gens, mais en étant aussi sûr que possible. 

PAN M 360 : Vous attendez-vous à des contrôles ?

DS : Nous savons que des gens de la ville ou du gouvernement se présenteront pour s’assurer que nous faisons les choses correctement. Donc nous serons prêts, il y aura des stations de désinfection des mains, des masques partout, la sécurité partout. Nous allons faire très attention. On va être à 110% dans les règles. Nous allons au-delà pour s’assurer que tout le monde soit en sécurité.

PAN M 360 : Avez-vous songé à annuler ?

DS : Nous n’avons jamais vraiment voulu annuler. Le pire pour nous est que nous aurions fait un événement virtuel et nous avons tout fait pour éviter cela, mais si on n’avait pas eu d’autre choix, nous aurions fait un événement en streaming uniquement. Si nous étions comme l’un de ces grands festivals américains qui dépendent des sponsors et de la vente de billets, nous ne pourrions pas organiser le festival cette année, mais comme nous avons tous ces financements de différents organismes gouvernementaux et avons pour mandat de présenter des artistes d’ici, cela nous aide à rester en vie. 

PAN M 360: Comment voyez-vous l’avenir par rapport à la situation actuelle, sachant que cela pourrait durer encore un an ou deux ?

DS : Nous prenons ça un jour à la fois. Nous allons d’abord passer à travers ce festival et voir comment ça se passe. Je pense que nous devons nous adapter et simplement accepter le fait que c’est la nouvelle façon de faire les choses pour le moment, et que si les gens veulent vraiment voir des spectacles, il y en aura. Et nous savons que les gens veulent voir des spectacles parce que nous vendons beaucoup de billets. Nous essayons aussi de faire en sorte que cela reste très bon marché. C’est presque comme si nous devions reconstruire depuis le début avec des spectacles à 5 ou 10 dollars, avec des artistes locaux… Comment mettre en place un événement dans ces conditions, reconstruire son rapport avec le public, l’inciter à venir à des spectacles de 30 minutes pour 5$… nous soutenir, soutenir les artistes.

SITE OFFICIEL DE POP MONTRÉAL

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