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classique

Quarantaine orchestrale : L’Orchestre Symphonique de Laval – Être disponible

par François Vallières

Annulation, report, déconfinement, possible deuxième vague… De quoi sera fait notre automne? Comment conjuguer concert et distanciation? Dans notre nouvelle série-dossier, nous avons posé quelques questions à des directrices et directeurs artistiques, afin d’imaginer ce qui se prépare dans les ensembles et orchestres du Québec. Sixième sujet de notre série : Alain Trudel, chef et directeur artistique de l’Orchestre Symphonique de Laval.

Chef attitré et directeur artistique de L’Orchestre Symphonique de Laval depuis 2006, Alain Trudel  est un homme positif, fin prêt à relever le défi de la pandémie:

 « C’est effectivement un gros défi, pose-t-il d’entrée de jeu. On peut appeler ça un problème. Mais quelque part, il faut transformer ça en une opportunité de s’améliorer dans certaines choses, de se remettre en question… »

Lui-même instrumentiste, le chef est conscient que la situation est dramatique pour les musiciens de l’ensemble. 

« On a fait quelques réunions, dont une où nous étions une cinquantaine sur Zoom, pour que tout le monde puisse poser des questions, émettre des idées. » 

Malgré ces efforts, Alain Trudel ne pense pas qu’au Québec, on va retourner en salle  en septembre prochain. 

« Peut-être que je me trompe, mais je n’ai pas misé là-dessus. J’ai par contre misé sur l’importance de rester présent pour le public et vraiment se préparer en conséquence. » 

Effectivement, L’OSL entretient depuis longtemps un lien privilégié avec son public et sa communauté: « Il faut gérer cette situation un peu ingrate que l’orchestre soit à la fois  en région et pas en région. »

Afin de pallier à l’annulation des concerts estivaux et automnaux, le chef ne manque pas d’idées: 

« La nécessité est mère de l’invention, comme on dit. On a une nécessité de communiquer et de protéger une certaine culture. On va continuer à jouer live, mais aussi à maintenir une présence sur différentes plateformes. Je voudrais faire des émissions d’une heure où on va parler de la musique. J’aurai un animateur avec moi, l’orchestre va jouer plusieurs extraits de différents styles, dont des choix de notre public, qui aura choisi des œuvres qui le touchent. On aura aussi des groupes de musique de chambre qui vont jouer à travers la ville et plusieurs événements en studio, dont des projets personnels soumis par des musiciens de l’OSL. »

Avec les mesures de distanciation émises par la santé publique, un concert classique en salle  est viable ? 

« Moi, répond Alain Trudel,  je joue du trombone. J’ai fait des concerts complets de musique de Gabrieli où l’on jouait d’un bout à l’autre d’une église. En général, dans les ensembles de cuivre, on garde une distance de 1 à 2 mètres entre les musiciens. Mais c’est vrai qu’à l’orchestre, avec les nombreuses cordes, c’est plus compliqué. Mais il faut s’adapter, avec une bonne écoute, c’est tout à fait possible. »

Alain Trudel est également directeur musical du Toledo Symphony, en Ohio. Y a-t-il une différence entre les deux organismes ?

 « On ne pourrait pas être plus différents que ça! À Toledo, on planifie déjà les concerts en salle pour septembre prochain. Il faut dire qu’aux États-Unis, ils n’ont pas une culture de soutien  gouvernemental à tous niveaux, donc c’est dans leur mentalité de vouloir retourner au travail le plus vite possible. Sinon, c’est la faillite. C’est sûr que ça me met dans une drôle de situation, tout comme d’autres collègues travaillant aux États-Unis. »

Que ce soit avant, pendant ou après cette période de confinement, Alain Trudel cherche la pertinence. Il a toujours essayé de définir le rôle qu’un orchestre doit jouer au sein de sa communauté.

« Les gens commencent à retourner aux sources de la musique classique, car elle nous procure un réconfort. Par exemple, quand les restaurants ont fermé, les gens ont recommencé à faire la cuisine à la maison, à reprendre conscience du temps que ça prend pour préparer un repas, être ensemble, en parler. Écouter de la musique, ça prend du temps, il faut être disponible. »

Comment voit-il l’avenir  ?

 « Je pense que la forme du concert va se métamorphoser, s’adapter à une nouvelle réalité. Un orchestre, c’est comme un gros bateau, ça prend un effort soutenu pour faire bouger les choses. Mais une fois lancé, il va falloir garder cette énergie-là, même quand les problèmes vont s’estomper. Ce n’est pas juste en temps de crise qu’il faut bouger. »

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