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L’album bénéfice «A Guide to the Birdsong of Mexico, Central America & the Caribbean»

par Rupert Bottenberg

Cette nouvelle parution du label latino-américain à la vision planétaire Shika Shika propose des musiques apaisantes pour une noble cause. A Guide to the Birdsong of Mexico, Central America & the Caribbean (guide des chants d’oiseaux du Mexique, d’Amérique centrale et des Caraïbes) rassemble une foule de musiciens des régions en question, unis dans leur capacité à concilier les traditions locales et les tendances technologiques transnationales, et dans leur détermination à protéger la faune ailée qui court un risque sérieux dans son propre jardin.

Illustrations : Scott Partridge

Basée à Berlin, l’étiquette Shika Shika a été fondée en 2015 par l’Anglais sans attache Robin Perkins, alias El Búho, et l’Argentin bourlingueur Agustin Rivaldo, alias Barrio Lindo. Leur nouvelle compilation de 10 titres fait suite à A Guide to the Birdsong of South America (guide des chants d’oiseaux d’Amérique du Sud) de 2015, supervisé par Perkins et publié sur le label Rhythm & Roots, visant à recueillir des fonds pour la protection des espèces aviaires menacées.

Pour cette suite sur Shika Shika, A Guide to the Birdsong of Mexico, Central America & the Caribbean, l’objectif et le principe demeurent les mêmes, mais la sélection des artistes musicaux est bien entendu totalement différente. L’argent récolté grâce à la vente de disques et de produits dérivés et aux redevances de diffusion en continu sera versé à Birds Caribbean, à La Asociación Ornitológica de Costa Rica et à la Fundación TXORI du Mexique.

« Pour être honnête, explique Perkins, joint quelques semaines avant le lancement de juin, je suis aussi excité par ce volume-ci que je l’étais par le premier. Il y a tant de travail dans un projet comme celui-ci, de l’identification des oiseaux et de l’organisation jusqu’aux choix des artistes et à la recherche des chansons, en passant par l’enregistrement des pistes, sans parler des illustrations et du financement social. Voir le projet se concrétiser, tout comme la réaction des gens, est quelque chose de vraiment formidable, et cela nous motive de continuer à y travailler. »

Ci-dessus : oiseau-chat noir, illustration de Scott Partridge; Garifuna Collective

« Mon fils Alson et moi sommes ornithologues au Bélize », explique Al Obando du célèbre Garifuna Collective, dont le titre Black Catbird a été le premier extrait de l’album. 

« Je travaille dans la musique depuis plus de 20 ans, comme ingénieur du son, producteur, directeur de tournée, guitariste et bassiste. Lorsque j’ai entendu parler du projet des chants d’oiseaux, j’ai tout de suite trouvé que c’était une bonne idée et j’ai voulu en savoir plus long. Mes amis Eli et Robin m’ont guidé durant tout le processus, et j’étais enthousiaste à l’idée de faire quelque chose de musical avec des chants d’oiseaux. J’ai aussi appris que le Bélize ne devait pas en faire partie au départ, je me suis alors dit qu’il serait juste de défendre tous les oiseaux et la musique du Bélize. »

Obando explique les étapes qui ont mené à la pièce finale, un long processus d’élimination, afin de sauver une espèce en voie d’extinction.

« Je ne connaissais pas l’oiseau-chat noir avant de participer au projet. Robin a fait des recherches et a trouvé trois espèces d’oiseaux considérées comme menacées au Bélize. Il m’a demandé de choisir une espèce après avoir écouté les différents chants des oiseaux. J’ai aimé les mélodies de l’oiseau-chat noir, c’est donc sur cette espèce que mon choix s’est porté. Je ne me souviens pas comment s’est déroulé le processus musicalement, mais on a commencé à intégrer les chants de l’oiseau-chat noir en même temps que l’on mettait au point l’arrangement de la chanson. »

Les divers artistes participants ont interprété le concept de base et les chants d’oiseaux avec lesquels ils ont travaillé (ayant fait l’objet de recherches rigoureuses et été dénichés par Perkins dans d’importantes archives ornithologiques) de manière très différente. Le chant des oiseaux comme inspiration mélodique, le chant des oiseaux comme instrument rythmique, le chant des oiseaux comme élément sonore trouvé. Perkins savait qu’il obtiendrait de la qualité des musiciens qu’il avait réunis, mais au-delà de cela, chaque fois qu’il recevait un nouveau fichier audio dans sa boîte de réception, c’était du nouveau et de l’inattendu.

« D’une certaine manière, dit-il, je pense que le morceau de Siete Catorce est celui qui m’a le plus surpris, même si, connaissant son travail, je n’ai pas été surpris d’être surpris. C’est un producteur qui a constamment repoussé les limites et exploré de nouveaux sons, ce qui est à nouveau le cas de son morceau sur l’album, qui est totalement original. »

Loro Cabeza Amarilla, du producteur mexicain est en effet l’un des morceaux les plus inusités du lot, et parmi ceux qui font le plus appel au chant d’un oiseau, en l’occurrence, l’amazone à tête jaune (Amazona oratrix).

Bien que musicalement, on y trouve des espèces des quatre coins du territoire, sur le plan visuel, cet album présente une remarquable homogénéité. Scott Partridge (Partridge = perdrix, Robin = rouge-gorge, alias « le hibou », c’est quoi tous ces noms d’oiseaux ?) fait aussi office de graphiste, avec un style minimaliste, géométrique, presque pédagogique, mais amusant et accessible, de l’école du grand Charley Harper. « Une influence importante, reconnaît Partridge, et je crois que nous nous inspirons tous deux du design des logos et des symboles. Si je devais identifier un principe esthétique dans mon travail, ce serait l’élimination des détails qui ne communiquent pas l’essence du sujet. » Comme vous pourrez vous en rendre compte en jetant un œil sur son site web, les oiseaux constituent un sujet essentiel pour Partridge.

Au-dessus : Tamara Montenegro; motmot à bec caréné, illustration de Scott Partridge

« Le projet est parfaitement aligné en ce sens qu’il relie la communauté des musiques du monde électroniques downtempo, mon magnifique public, à des projets qui visent la protection de la faune et de la flore en Amérique centrale et du Sud, déclare la musicienne nicaraguayenne Tamara Montenegro. C’est un projet parfaitement synchronisé qui relie la consommation artistique au besoin d’un monde régénérateur. J’ai été invitée à y participer, ce à quoi j’ai donné un « oui » clair et entier dès le départ. C’est ainsi que je sais avoir atteint mon but dans la vie. »

La piste de Tamara Montenegro & NAOBA, Momoto Carenado, présente le motmot à bec caréné, classé zoologiquement sous le nom d’Electron carinatum, mais connu localement sous le nom de guardabarranco, le « garde-ravin ».

« Le motmot, explique Montenegro, est une magnifique espèce d’oiseau que j’ai passé mon enfance à admirer au Nicaragua où j’ai été élevé et qui est l’un de mes chez-moi. C’est aussi l’oiseau national du Nicaragua, et il en existe cinq ou six sous-espèces dans la région de la Riviera Maya et de l’Amérique centrale. On dit qu’il est le gardien des falaises et aussi le gardien du monde souterrain des cénotes mayas, ces grottes qui mènent aux bassins versants souterrains. Il est choquant de réaliser que cette créature majestueuse que j’adorais quand j’étais enfant a été victime de la dévastation systématique par l’homme de son habitat naturel et qu’elle a ainsi perdu sa capacité à s’épanouir et à se multiplier.

« Créer un chanson inspirée de cet oiseau et des défis successifs auxquels il est confronté pour survivre en raison du simple fait que l’homme est déconnecté de la nature et ne vit pas en harmonie avec notre planète a été une expérience importante. J’ai conçu une pièce mélodique à l’émotion dynamique qui témoigne de ces préoccupations et crée un sentiment d’espoir tout en servant de prière à l’humanité afin qu’elle change ses habitudes et se reconnecte à notre lien désormais si délicat et fragile avec la vie, avant qu’il ne soit trop tard. »

Ci-dessus : Ferminia, illustration de Scott Partridge; Robin Perkins (photo : Lizett Diaz)

Et qu’en pense Perkins ? Parmi les nombreux oiseaux auxquels ce projet rend hommage, quel est celui qui lui tient le plus à cœur ? « C’est vraiment une question difficile, admet Perkins. Chaque espèce a sa propre histoire, et d’une certaine manière, à travers les œuvres de Scott, j’ai l’impression qu’on s’identifie encore plus à eux. Je pense que dès le premier album, le macá tobiano, ou grèbe mitré, d’Argentine, a eu une place particulière dans mon cœur. C’est une espèce vraiment emblématique, belle et majestueuse et, comme pour toutes ces espèces et bien d’autres encore, ce serait une tragédie si nous devions la perdre.

« Sur le deuxième album, pour une raison quelconque, je me suis vraiment entiché du troglodyte Zapata (Ferminia cerverai), je pense que c’est parce qu’il est petit et modeste, mais en même temps très beau ».

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