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Décalage de fréquence : Les effets insoupçonnés de la COVID-19 sur l’écoute en continu

par Alain Brunet

Qui aurait cru que l’écoute de la musique en continu chuterait mondialement de 10 à 20 % depuis les débuts de la pandémie? Ne pensait-on pas plutôt que les confinés écouteraient davantage de musique ? Et… qui aurait pu prévoir cette montée à contre-courant des musiques classiques, jazz et ambient ?

Aux États-Unis, rapporte Buzz Angle, relayé par Quartz, « le flux de contenus a diminué de 18,3 milliards pour atteindre 16,6 milliards, soit une baisse d’environ 10 %. Ces données incluent les flux de tous les principaux fournisseurs de streaming, y compris Spotify, Apple Music et Pandora. » 

Pour sa part, le New York Times révèle que les flux combinés du Top 200 sur Spotify aux États-Unis ont glissé pendant au moins trois semaines consécutives en mars.

 « Sur Facebook, Netflix et YouTube, le nombre d’utilisateurs d’applications téléphoniques a stagné ou décliné pendant que leurs sites web se maintenaient, indiquent les données recueillies par SimilarWeb et Apptopia. SimilarWeb et Apptopia, soit à partir de plusieurs sources indépendantes. »

En Italie, révèle aussi Quartz, les 200 chansons les plus diffusées sur Spotify ont totalisé en moyenne 18,3 millions de flux quotidiens en février 2019. Après que la quarantaine nationale a été imposée par les autorités, le nombre total de flux pour les 200 chansons les plus populaires n’a pas dépassé 14,4 millions, soit une baisse de 23 % entre le 3 et le 17 mars.

Idem en Suède : baisse de 3,9 millions de diffusions par jour, passant de 18,3 millions en février 2019 à 14,4 depuis le début mars. 

En France, la situation est similaire : selon Les Jours, relayés par le Huffington Post, Spotify, Deezer et Apple Music auraient perdu entre 10 et 15 % d’écoute durant la semaine du 16 mars. Lobby des multinationales de la musique en France, le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP) confirme à son tour que le top 200 français des albums a reculé de 22 % sur les plateformes de streaming. 

En février dernier, Spotify se targuait d’avoir conquis 10 millions de nouveaux utilisateurs payants durant les trois derniers mois de 2019. Avec 124 millions d’utilisateurs payants, Spotify avait alors le vent en poupe. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Pendant que le rap, la pop et le rock se voient confinés dans les statistiques négatives, les musiques calmes fleurissent dans les chaumières : la musique classique, l’opéra, la musique d’ambiance et la musique expérimentale soft ont gagné du terrain en Europe comme en Amérique du Nord, nous indique Chartmetric, s’inspirant de plusieurs sources,  « … le point d’inflexion intéressant se situe entre le 16 et le 23 mars, où les trois groupes ont une tendance à la hausse et à droite, avec un pic à la fin du calendrier, le 9 avril. Environ 80 % des artistes ici le font…Un coup d’œil sur le Spotify Monthly Listeners for the Top 100 Classical Artists suggère une amélioration du genre pendant le verrouillage de COVID-19 pour de nombreux pays européens et nord-américains. »

Crédit photo: William Brock

Président d’Analekta, soit la plus importante maison de disques classiques indépendante au Canada, François-Mario Labbé corrobore ces données :

« La musique classique et le jazz sont parmi les rares genres musicaux ayant augmenté leur rayonnement pendant la pandémie. De beaucoup d’ailleurs : environ 25 %. L’International Federation of the Phonographic Industry (IFPI) et nos propres rapports d’entreprise le confirment, la musique classique profite de la pandémie. On peut aussi penser que des musiques plus apaisantes ont la cote en ces temps d’incertitude. Quant à la baisse des autres genres musicaux, on peut aussi l’expliquer par ceci : les gens écoutent moins de musique en continu parce qu’ils ne se déplacent pas au travail matin et soir. Et ils écoutent plus de télévision. »

En déduit-on que les affaires vont bon train chez Analekta sans aucune difficulté majeure à l’horizon?

« Il y a deux ans, indique François-Mario Labbé, je m’étais fixé comme objectif que j’allais atteindre en 2021 100 millions de streams. Or du 1er mars 2019 au 1er mars 2020, on a dépassé les 80 millions, ça veut dire qu’on va faire 100 millions pour l’année qui vient. »

La COVID-19 est aussi une occasion de faire valoir le talent local chez Analekta.

« Lorsque fut lancé le Panier Bleu au Québec, Angèle (Dubeau) m’a dit : « Pourquoi ne pas emboîter le pas ? »  L’idée est venue de mettre en ligne des listes d’écoute faites par les artistes stars de notre étiquette : Angèle Dubeau, maestro Kent Nagano, Charles Richard-Hamelin, Luc Beauséjour, etc. La réception est très bonne, c’est fait dans cet esprit québécois d’acheter local, car nos artistes classiques sont parmi les meilleurs au monde. On n’a rien à envier aux grands labels de musique, on a une production extraordinaire. C’est une façon de dire à nos concitoyens : appuyez-nous! »

Vous les retrouverez ici.

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